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III. — Indications thérapeutiques

1° Défense de l’appareil respiratoire. — Dans l’appareil respiratoire, il y a deux régions bien distinctes au point de vue microbien : la région supérieure (pharynx, bouche, nez) normalement septique, renfermant une plus ou moins grande quantité de microbes à l’état normal; la région inférieure (trachée et surtout réseau des canalicules bronchiques) normalement aseptique. Ces deux régions communiquent ensemble à plein canal, d’où la facilité, la fréquence des infections bronchiques. H en résulte celte première conséquence thérapeutique :

Pour empêcher, et surtout pour prévenir les infections bronchiques, il convient de pratiquer de bonne heure l’antisepsie des premières voies respiratoires.

11 ne faut pas confondre inoculation et infection. Celle-ci ne peut se produire qu’à la faveur d’une lésion préalable de la muqueuse, et cette lésion est favorisée chez le vieillard surtout par un catarrhe bronchique plus ou moins prolongé. D'où cette seconde conséquence thérapeutique :

11 faut combattre de bonne heure l’état local dans les affections bronchiques pour empêcher et surtout pour prévenir l’infection.

Isolement du malade et antisepsie bucco-phargngienne. — A l’exemple de P. Claisse (1), nous formulons ces indications thérapeutiques en nous appuyant sur les principes suivants :

L'infection peut avoir lieu par contagion , c’est-à-dire par l’apport direct d’un microbe déjà virulent. Donc, au point de vue prophylactique, l’isolement des malades s'impose tout d’abord.

L'infection a lieu par l'exaltation de la virulence des

(1) P. Claisse, Dos infections bronchiques. Thèse de Paris, 18113.

INDICATIONS THERAPEUTIQUES.

microbes préexistant dans les voies supérieures des organes respiratoires. Donc, au point do vue préventif encore, il faut pratiquer l'antisepsie de la bouche et du rhinopharynx, comme nous l’avons établi à propos des pneumonies grippales.

Antisepsie bronchique. — Dans les bronches, les microbes de suppuration onde putréfaction exaltent la virulence du streptocoque. Donc, il faut pratiquer l’antisepsie bronchique par la créosote, l’eucalvptol, le goménol, etc.

Je recommande les injections de gaïacol camphré chez l’adulte (et on peut les utiliser chez les enfants) à la dose quotidienne de l centimètre cube d'une solution renfermant, pour 100 grammes d’huile stérilisée, 20 grammesde camphre et 5 grammes de gaïacol. Chez les enfants, cette formule doit être ainsi modifiée : 5 grammes de camphre et 1 gramme ou 50 centigrammes de gaïacol. Le camphre agit doublement contre l’état local des bronches et contre l’état général, ainsi que je l'ai démontré (1).

Si la médication préventive a échoué, si l’infection a fait son œuvre, on continuera les injections camphrées, auxquelles on peut ajouter celles d'éther et de caféine. Puis, dans les cas graves et presque désespérés, on aura comme ressource suprême, les bains froids, au sujet desquels Sevestre a publié des résultats encourageants (2). Cependant, la balnéation chaude est préférable.

2° Balnéation chaude. — Voici la technique : Un bain de 35° à 38° toutes les trois heures jour et nuit, d’une durée de dix à douze minutes tant que la température dépasse 38°, 6. On plonge le malade jusqu’au cou, une compresse d’eau fraîche étant maintenue pendant ce temps sur la tête; puis on sort l’enfant, on le roule dans une couverture chaude, on l’essuie et on le recouche. C’est ce moment qu’il faut utiliser

(1) Huchard et R. Faure-Miller, Injections sous-cutanées d'Iiuili' camphrée dans la phtisie pulmonaire ( Congrès pour la tuberculose cl Journal des praticiens, 1891).

(2) Sevestre, Soc. méd. des hôp., 1892.

BRONCHITES INFECTIEUSES; TRAITEMENT

pour alimenter le petit malade, et s’il refuse de boire quoi que ce soit, on administre des petits lavements de lait tiède qui ont encore pour résultat de favoriser la diurèse.

Ce procédé de balnéation ne diminue pas sensiblement la durée de la maladie, et même il n’abaisse pas tout d’abord la température; mais bientôt les effets antitoxiques des bains ne tardent pas à se manifester, et on note un abaissement de la fièvre coïncidant avec l’élimination des toxines qui la provoquaient et l’entretenaient. D’après Renaut (de Lyon), le bain chaud peut même agir en entravant le développement des microbes sur la muqueuse bronchique, et il a été aussi démontré qu’il est capable de produire l’augmentation de la tension sanguine et de la diurèse (1). Voilà ce qui en fait une médication importante dans le traitement de toutes les maladies infectieuses, aiguës et subaiguës.

Il y a longtemps, en 1874, après le travail de Lasègue et les recherches de son élève Souplet sur les bains chauds dans la phtisie pulmonaire, j'ai employé dans cette dernière maladie cette méthode de traitement, bille parvient à modérer la fièvre et la toux, à favoriser le sommeil, à combattre les infections secondaires. Cette médication trop tôt abandonnée doit être reprise. Lasègue conseillait les bains très chauds, jusqu’à 40° et 45°. Il y a là une exagération ; à ces hautestempératures, les bains, mal supportés du reste, peuvent affaiblir les malades, et les températures de 35° à 40° sont suffisantes.

Dans les méningites cérébro-spinales suppurées, ou dans les méningites séreuses, Netter a obtenu des guérisons par l’emploi systématique des bains chauds à 38° ou 40° d’une durée de vingt minutes à une demi-heure et renouvelés nuit et jour tonies les trois ou quatre heures.

Les bains froids ne sont pas seulement destinés à abaisser la température, à abattre la fièvre, qui est souvent une utile réaction de l’organisme; ils agissent surtout en favorisant l’élimination des toxines. Ils peuvent stimuler, mais cette

(1) Gufberg, Dcr Einfluss des warmen Badcr (Zeilschr. f. klin. Med., 1882). — Toit, Einiluss dcr soishen Badcr (Therap. Monatsh., 1804).

1 N D ! C A T10NS T 11 É U A Pli U T I Q U ES .

stimulation affaiblit les organismes en déchéance nerveuse. C'est pourquoi il convient de leur préférer la balnéation tiède dont Ch. l’icssinger a démontré les bons cll'ets dans les entérites fébriles du premier âge et qu'il a ensuite recommandée dans toutes les maladies aiguës de l'enfance. Vers la même époque, J. Renaut (de Lyon) a montré les bons effets du <( traitement de la bronchite diffuse infantile parla balnéation chaude systématique », et à l'heure actuelle tous les praticiens s’accordent à suivre cet exemple (l).

3° Inhalations médicamenteuses dans la phtisie pulmonaire. — Ces inhalations ne peuvent rien ou presque rien contre la tuberculose, c’est-à-dire contre l’infection primitive. J’ai dit, il y a quelques instants, que dans eette maladie la thérapeutique devait viser surtout les infections secondaires pour les prévenir et les combattre. Sans doute, les inhalations médicamenteuses sont connues depuis longtemps; mais elles n’ont pas été soumises à des règles précises. A ce sujet, j’ai raconté l'histoire d'une femme atteinte de bacillose pulmonaire, vue avec moi par un de mes collègues qui a pu confirmer la guérison absolue, environ deux ans après la médication suivante que j'avais eu l'idée d’instituer (2).

Cette femme, âgée de trente ans, est restée huit mois sans sortir, dans une atmosphère presque continue de vapeurs obtenues avec le mélange dont je donne la formule un peu complexe. Trois à cinq fois en vingt-quatre heures, cela pendant une ou deux heures de suite, on répandait dans la chambre habitée par la malade des vapeurs émanées par

(1) Lasègue, Des bains chauds ( Arch.de méd., 1874). — Fiessinger, Les bains chauds dans les entérites fébriles du premier âge ( Revue int. de thérap., 1894). Les bains tièdes dans les maladies aiguës de l’enfance ( Journal des praticiens, juillet 1896). Supériorité des bains tièdes sur les bains froids dans les maladies aiguës de l’enfance [Journal des praticiens, décembre 1896). — Renaut (de Lyon), Traitement de la bronchite diffuse infantile par la balnéation chaude systématique [Acad, de méd., 24 mars 1896). — Netter, Curabilité de la méningite cérébro-spinale suppurée ; bons effets des bains chauds et des ponctions lombaires (Soc. méd. des hôp. et Journal des praticiens, 1900).

(2) H. il uciiARD, Journal des praticiens, 1895.

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l'ébullition des substances suivantes à l’aide de l’appareil vaporisateur de Lucas-Championnière. Il suffisait de verser une à deux cuillerées à soupe de ce mélange dans le petit récipient en verre de cet appareil :

Gaïacol

. 50 grammes

Eucalyptol

Acide phénique

Menthol

Thymol

Essence de girolle

Alcool à 90°

CM

s. p. 1 litre.

Sous l'influence de cette médication, les bacilles de Koch ont diminué de nombre d’abord, ils ont disparu ensuite; plus de sueurs, plus de toux, plus d'expectoration, amélioration considérable de l’état général, la malade ayant engraissé de 8 kilogrammes en six mois. Au poumon à droite, les craquements humides étaient remplacés par une respiration très légèrement soufflante, indice de la transformation fibreuse et curative de la tuberculose. La guérison a été confirmée depuis plus de quinze ans.

Sans doute, il s’agit ici d’un fait exceptionnellement heureux. Mais, ne pensez-vous pas que les inhalations médicamenteuses, faites d'une façon presque continue, puissent combattre et même prévenir les nombreuses infections secondaires de la tuberculose pulmonaire ? Alors il ne s’agit plus de l’aération continue avec les fenêtres largement ouvertes... Je les ferme en faisant de l’aération médicamenteuse.

Celle-ci peut être pratiquée par d'autres préparations (1). La formule que j’ai donnée, contenant beaucoup de substances antiseptiques actives, paraît satisfaire à laplupartdes indications.

Une nouvelle formule d’inhalations médicamenteuses vient d’être donnée par A. Robin au moyen de l’association de l’iodure d’allyle et de l’acide hydro-fluosilicique, agents anti-

(1) M. Lepel-Cointet, De la valeur curative des inhalations et des pulvérisations dans les maladies du poumon et des bronches. Thèse de Paris, 1909.

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES. 13<j

septiques, avec le goménol et l’eucalyptol, également antiseptiques et modérateurs des sécrétions bronchiques. C’est ainsi qu'il a pour but également de « former autour du malade comme une sorte d'atmosphère médicamenteuse » (l).

Iodure d’allyle 1 à 4 grammes.

Acide hydrofluosilicique 2 à G —

Goménol ou eucalyptol 10 —

Décoction de lichen carraglieen. . . . Q. S.

Eau bouillie pour un litre Q- S.

F. S. A. émulsion.

4° Inutilité des vomitifs et des expectorants. — Dans la médication que j’ai exposée, vous ne voyez pas figurer les traditionnels vomitifs dont ou a tant abusé dans le traitement des affections respiratoires chez les enfants, ni les potions dites expectorantes avec le kermès ou l’oxyde blanc d’antimoine, ni les vésicatoires. Pourquoi auriez-vous recours à cette médication doublement fautive, puisqu'elle est débilitante dans la bronchite infectieuse qui se termine d’une façon si rapide et parfois si foudroyante par la prostration des forces, et puisqu’elle est destinée à combattre une pneumonie « centrale ou latente » dont les autopsies ne révèlent pas l’existence? Pourquoi une médication expectorante, quand il est démontré que l'obstruction bronchique joue un rôle souvent secondaire et que les phénomènes d’asphyxie et de cyanose relèvent de l’intoxication profonde de l’organisme? C’est cette dernière qu’il faut prévenir d’abord et combattre ensuite avec la plus grande énergie.

(1) A. Rodin, Académie de médecine, 18 janvier 1910.

BRONCHITE URICËMIQUE: TRAITEMENT

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