‹ Maladies de l'appareilChapitre 88 sur 194 · DÉCLARATION OBLIGATOIRE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION OBLIGATOIRE

que jusqu'ici on n‘a osé aborder qu’un des côtés de ce vaste et attristant sujet. Mon argumentation, que je tâcherai de rendre aussi brève que possible, portera sur ces deux points.

Supposons admis le principe de la déclaration obligatoire de tous les cas de tuberculose ouverte ou fermée, ou seulement de tuberculose ouverte, ou encore de tuberculose après décès et non pendant la vie. Quelles en seront les conséquences?

Tout d’abord, je commence par dire (pie le système de ceux qui préconisent la déclaration obligatoire seulement après décès, constitue une œuvre absolument incomplète laissant subsister une grande partie du danger, qu'ils ont dénoncé, de la contagion capable d’exercer ses ravages dans les divers appartements occupés antérieurement par les tuberculeux. On comprend mieux le système radical de ceux qui réclament la déclaration de la tuberculose pendant la vie et après la mort. Mais, dans l'un comme dans l’autre cas, les conséquences pour les malades et pour les médecins sont les mêmes et doivent être sérieusement étudiées.

Ces conséquences, sur lesquelles nous serions coupables de fermer les yeux, ont été indiquées par Albert Robin qui s’est déclaré un partisan résolu de la déclaration obligatoire de la tuberculose après la mort, et en quelque sorte un partisan conditionnel durant la vie du malade. Il n'a plus qu’un pas à faire, et je crois qu'il le fera, en pensant que « le préjudice irrémédiable» que le médecin aura causé aux pauvres tuberculeux par le fait de cette déclaration, ne sera pas moindre pour les familles, si cette déclaration n'est que partielle en quelque sorte et si elle ne concerne que les décès. Et en vous racontant les tristes odyssées de ces phtisiques que la tuberculophobie ou la crainte exagérée de la contagion fait chasser des ateliers, des diverses administrations, de tous les emplois et de la société humaine, il demande comment on fera vivre tous ces malheureux qu’on aura rejetés sur le pavé, et il émet le vœu bien naturel qu’avant de voter la déclaration obligatoire, « on s’inquiète tout d abord du sort qui sera

PROPHYLAXIE DE LA TUBERCULOSE

réservé aux tristes êtres que cette déclaration aura privés de tout moyen d’existence».

D’autres voix éloquentes se sont élevées pour la défense des tuberculeux, et Louis Rénon, qu’on s’étonne cependant de voir parmi les partisans de la déclaration obligatoire, faisant part de ses tristes réflexions qui sont depuis longtemps les miennes, écrit ces lignes (1) :

« Nous voyons déjà, et nous verrons rapidement le tuberculeux chassé de partout comme un objet d’épouvante; nous verrons le tuberculeux sans travail, sans pain, sans gîte, sans asile, voué à la misère noire... Qui sait si un jour nous n’assisterons pas à une révolte de ces malheureux, à la formation possible de syndicats de défense de tuberculeux ? L’avenir est peut-être, à ce point de vue, gros de surprises. En attendant, je demande, à l’heure actuelle, au nom de l’humanité, un peu de pitié pour le tuberculeux, et je voudrais qu’avant de l’isoler comme un paria, on daignât faire quelque chose pour lui. ,le demande qu’on prenne des mesures en sa faveur avant de l’exclure de la société (1) ».

C’est, bien cela : il ne faut pas que la lutte contre la tuberculose se fasse contre le tuberculeux.

Dans un tableau peut-être un peu assombri, on a éloquemment dépeint les tristes méfaits de la contagion ; pour être juste, on aurait dii placer en parallèle le réel et navrant tableau de ces malheureux cherchant un gîte, du travail et du pain, c’est-à-dire un peu de vie dans cette mort qui les menace.

D’autre part, les conséquences pour le médecin seront tellement graves que celui-ci éludera sans cesse la déclaration transformée en loi. Pour échapper aux grandes responsabilités qui le menaceraient dans l'exercice de sa profession, il pourra toujours affirmer que ses malades étaient atteints de bronchite ou d’une maladie quelconque, et beaucoup d’entre eux, parmi lesquels je suis, seront retenus par le secret médical dont on n’a pas suffisamment parlé, secret médical qui est sa pro-

(1) L. Rénon, Les maladies populaires. Paris, 190a.

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