DÉCLARATION OBLIGATOIRE
priété, donl aucune loi humaine ne peut ni ne doit le dégager, aussi bien pour la déclaration de la tuberculose que pour celle de la syphilis. Sans doute, cette déclaration favorise et protège les gens bien portants; mais, puisque les tuberculeux sont si nombreux — cela presque jamais par leur faute, mais par la faute de nos institutions sociales dont ils sont les premières victimes, comme nous le verrons tout à l'heure — de quel droit divisez-vous l'humanité en tuberculeux et en nontuberculeux, et de quel droit encore marquez-vous les gens qu'il faut éviter comme les familles qu'on doit surveiller ou suspecter? D'autre part, avez-vous songé aux erreurs de diagnostic toujours possibles et au recours (pie nombre de malades et de familles peuvent avoir contre les médecins? N’allons pas arguer des bons effets produits par la déclaration obligatoire des maladies infectieuses aiguës parmi lesquelles on est stupéfait de ne pas compter la coqueluche, une des maladies le plus rapidement contagieuses qui existent. 11 s'agit ici de maladies accidentelles dont l’évolution est rapide, qui ne laissent le plus souvent aucune trace après leur disparition, et <pii n’entachent l'avenir ni des malades ni des familles.
Telles sont les principales raisons pour lesquelles la déclaration obligatoire des cas de tuberculose ne peut pas être adoptée, et cependant la désinfection obligatoire des locaux contaminés par les bacillaires s’impose absolument. Pour les propriétaires d'immeubles, elle pourrait être exigible après tout décès, et dans tous les cas de changement de locataires, en vertu du principe qu'on a le droit d’exiger de son propriétaire la livraison d'une habitation propre, saine et non contaminée. Le locataire d'un appartement a autant le droit de l'exiger qu’il a celui de ne pas accepter, par exemple, une chambre envahie par les eaux.
Dans la lutte antituberculeuse, on s’est beaucoup trop préoccupé delà contagion et de la déclaration obligatoire (pie l’on a l’air de regarder comme une panacée. On veut arrêter ou
PROPHYLAXIE DE LA TUBERCULOSE
entraver la propagation du lléau, mais on ne cherche pas les moyens de l'empêcher de naître, et c'est ainsi que nous ressemblons à des gens occupés à éteindre un incendie sur un point sans le voir derrière nous se rallumer continuellement sur d’autres. Si nous ne devions aboutir qu’aux moyens de préserver contre la contagion, — laquelle se fait lentement et dans des conditions déterminées, il ne faut pas l’oublier, — nous n’accomplirions qu’une œuvre très incomplète. La contagion dont on parle un peu trop, la misère sous tous sesaspects (encombrement , privation d'air et de lumière), l’alcoolisme surtout, même l’hérédité, qui « n’est plus guère prise en considération», à tort, comme le dit si bien Kelsch, sont les trois causes les plus importantes de la tuberculose. Si on hérite plus souvent du terrain que de la graine, si on ne naît pas tuberculeux, mais tuberculisable, comme disait Peter, le problème thérapeutique est le suivant : le tuberculisable doit être soustrait à toutes les causes capables d’en faire un tuberculisé, c’est-à-dire non seulement à la contagion, mais encore une fois à la misère et à l’insalubrité des logements. J'arrive ainsi à la seconde partie de mon argumentation, et comme tout se tient dans la lutte antituberculeuse, comme la prophylaxie ne doit pas seulement viser la contagion, c’est-àdire la propagation de la maladie, on a le droit et le devoir d’aller plus loin, de demander aux pouvoirs publics des armes sérieuses pour entraver d’abord la naissance de la bacillose.