ALCOOLISME
bacille tuberculeux voisine avec le poison alcoolique, on sera en droit de leur dire: Que craignez-vous? Et à nos législateurs qui ne seraient pas disposés à les suivre dans cette voie de l’implacable guerre à l’alcoolisme et aux alcooliques, on dira : Qu'attendez-vous? Que voulez-vous? Qu’espérez-vous donc?...
Sans doute, on espère équilibrer un budget, enrichir le pays; mais nous affirmons qu’on l’appauvrit, et le budget moral d'un peuple, nous l'élevons bien au-dessus de son budget financier.
Dans une belle préface de Joffroy au livre si instructif de Triboulet, Mathieu et Mignot, sur l’alcoolisme, voici ce qu’on lit : « Plus l’alcool produit d'impôts, plus le pays s'appauvrit ; car, non seulement il faut déduire des impôts provenant de l'alcool ce que coûtent les alcooliques qui remplissent les hôpitaux, les asiles d'aliénés et les prisons, mais encore il faut en retrancher le gain qu’aurait produit le travail de tous ces malades, de tous ces aliénés et de tous ces criminels, s’ils n'étaient devenus victimes de l'alcool.»
Dans la lutte antituberculeuse, avant de faire la guerre aux crachats, il faut faire la guerre à l’alcoolisme, fléau peut-être plus redoutable que la tuberculose, puisqu’il la produit et l’aggrave, et qu’il ruine un peuple dans son intelligence, dans son état moral et physique, dans sa descendance. Dans la lutte antituberculeuse, il ne suffit pas seulement d’entraver la propagation de la maladie en édictant la déclaration obligatoire qui sera difficilement obtenue et qui peut devenir une mesure vexatoire et infiniment injuste, une mesure parfaitement égoïste; il faut encore et surtout l’empêcher de naître et de renaître toujours, en assainissant l’habitation, en purifiant l'air des villes, en détruisant l'alcoolisme dans ses causes dont la principale est le cabaret, trop souvent protégé par les législateurs. Là, est le nœud de la question. Que l’Académie de médecine émette, une fois de plus, un vœu formel à ce sujet, et puisqu’il s’agit de maladie infectieuse, qu’elle ne permette pas aux infections politiques de compliquer, de corrompre encore les infections morbides, d’envahir et de misérablement arrêter la science dans ses légitimes décisions.
PROPHYLAXIE DE LA TUDERCULOSE
En parlant de toutes ces choses bien connues, qu’on ne dise pas que je déplace la question. Je laramèn.e au contraire dans ses limites naturelles, puisqu'il s’agit de prophylaxie au sujet de laquelle on fait jouer à la contagion un rôle trop prépondérant, et puisqu’on s’occupe trop d’un mode de propagation de la tuberculose, pas assez de ses modes de développement. Mon seul but a été de remettre les faits à leur vraie place, de ramener la question sur son terrain, et de rappeler des choses qu’on semblait avoir oubliées ou presque abandonnées.
Comme le dit si bien G. Baillière, « la tuberculose n’est pas une fatalité, une maladie inévitable que l’on apporte en naissant; elle est classée scientifiquement parmi les maladies contagieuses ; elle ne l’est malheureusement pas encore administrativement , puisque les mesures de désinfection ne sont pas rendues obligatoires pour les tuberculeux » (1).
Je me résume.
La déclaration obligatoire se beurteà des difficultés, j’allais dire à des impossibilités sans nombre. Mais, on peut exiger la désinfection des locaux contaminés par des maladies transmissibles, sans aucune désignation spéciale de la maladie. Puis, considérant que l’insalubrité des logements et l’alcoolisme sont deux grandes causes du développement de la tuberculose, on doit inviter avec force les pouvoirs publics à procéder sans retard à l’assainissement des maisons et des quartiers insalubres, à la fermeture des cabarets et à la prohibition des nombreuses et mortelles boissons alcooliques.
(1) Georges J. -B. Baillière, Les maladies évitables (prophylaxie, hygiène publique et privée). Thèse de Paris, 1898.