II. — Altitude ; quelques stations françaises
Dans la partie du département des Pyrénées-Orientales qu’on appelle la Ccrdagne française , où se trouvent de si nombreuses eaux minérales d’une action puissante et d’admirables pays d’altitude, vous avez pour les phtisiques une station importante parce qu’elle joint à des propriétés climatiques remarquables l’avantage inappréciable de pouvoir servir de cure hydrominérale pendant l'hiver, et d’être proche du sanatorium du Canigou. « Ame'lie-fcs-Bains, dit N. Gueneau de Mussy, se recommande aux médecins à beaucoup de titres, par l’abondance et la haute thermalité de ses nombreuses sources sulfureuses, abondance telle qu’une seule d’entre elles, le grand Escadaldou, fournit plus d’eau que toutes les sources de Luchon réunies. L'air y est chaud, un peu vif; on y sent le voisinage du littoral, qui en est pourtant à plus de treize
altitude; quelques stations françaises.
lieues... ». La douceur et la constance de son climat, quoique soustrait un peu incomplètement aux vents du nord-ouest, sa merveilleuse situation dans une vallée ensoleillée, son action sédative, en font une station hivernale très recommandable, non seulement pour les phtisiques, mais même pour les cardiaques où ces derniers, soit dit en passant, pourraient trouver de grands avantages pour leur santé, comme à Grasse et à Pau.
Dans les Pyrénées encore et dans nos Alpes, — « il n’y a pas de plus merveilleux pays que la France pour la cure de hauteur », dit Regnard, — on devrait aménager convenablement de belles stations d'altitude pour la cure non seulement de la tuberculose, mais encore de maladies diverses, dans les localités suivantes, par exemple dans les Pyrénées : au Pont d’Espagne (1 488 mètres), au lac de Gaube (J 790 mètres), dans le val de Lutour (1 546 mètres), à Gavarnie (1 350 mètres), non loin de Cauterets, col d’Aspin (1 497 mètres), vallée du Lys (1 100 mètres), lac d’Oo (1 500 mètres), le Portillon (1 360 mètres) autour de Luchon. Kt que d'autres stations estivales, dans les montagnes du Morvan, dans les Cévennes, l’Auvergne, les Vosges, le Jura, sur cette magnifique route qui rejoint la Côte d'Or à la Faucille par les Rousses avec de grandes forets situées à 1 000 mètres !
Les stations d'altitude sont divisées par Regnard en trois groupes : l 0 stations intermédiaires entre la montagne et la plaine, situées au-dessous de 1200 mètres; 2° stations d'altitude entre 1 200 et 1800 mètres ; 3° hautes stations entre 1 800 et 2600 mètres. Or, en France, nous possédons ces trois variétés dans des sites ravissants et grandioses : Saint- Gervais (875 mètres), Chamonix (1 050 mètres), le Salève (1171 mètres), Pralognan (1 424 mètres), les Voirons (1456 mètres), le Monétier (1 493 mètres), le Grave (1526 mètres), le Revard (1545 mètres), Montanvert (1925 mètres). Pralognan , proche de Brides- Salins de Moutiers, est indiqué aux convalescents, aux nerveux, aux chloro-anémiques ; les Voirons (non loin de Genève), aux arthritiques, bronchitiques
TUBERCULOSE ET CURES CLIMATIQUES
et emphysémateux, en raison de l’éloignement des glaciers, qui n’en fait pas un climat excitant ; le Revard (au-dessus d’Aix-les-Bains), à toutes les personnes que l’on voudra faire profiter d’un lieu élevé éloigné des glaciers et aussi des causes de refroidissement subit. A Chamonix, endroit merveilleux au pied du mont Blanc, le climat est doux, chaud à midi et en été, mais tempéré parles forêts de sapins. Quoique l’altitude soit relativement faible (1050 mètres), le voisinage des grands glaciers lui donne un climat de haute montagne, garanti des vents du nord et du sud ; il convient aux nerveux, aux excitables, aux convalescents, aux anémiques, aux candidats à la tuberculose.
Et je parle à peine de nos eaux minérales d’Auvergne qui, à des altitudes de 800 à 1000 mètres, sont des stations estivales de premier ordre, comme la Bourboule et le Mont Dore (840 et 1050 mètres), ou d’autres stations dans les Cévennes, le Jura, le Morvan, où se trouvent des altitudes moyennes ne dépassant pas 1000 à 1200 mètres. Car, les climats de haute montagne ne s’accompagnent pas d’une augmentation d’amplitude des inspirations, et bien souvent, comme G. Kuss l’a prouvé et le dit très judicieusement, ces climats « constituent pour le sujet une fatigue supplémentaire sans avantage pour les régions paresseuses du poumon. D’ailleurs, on n’est pas en droit d’appliquer à des malades, en particulier à des tuberculeux dont la ventilation pulmonaire est habituellement exagérée, les résultats observés chez les sujets sains (1) ».
III ■ — Température, chaleur, lumière.
Le pouvoir préservateur d’un climat n’est pas toujours en raison directe de l'élévation de la température, et il y a longtemps que Fonssagrives a écrit : « La formule de la recherche
(1) Paul Regnard, La cure d’altitude. Paris, 1897. — II. IIuchard, Les cures d’altitude pendant l’été en France ( Journal des praticiens, 1897). — G. Kuss, Recherches expérimentales sur le mode d’action des cures d’altitude (Soc. méd. des hôpitaux, 1909).
(l'un climat pour les phtisiques se résume à peu près dans ce seul mot : la stabilité thermique ». Ajoutez-y la stabilité hygrométrique, dont jouissent le plus souvent les climats marins, et c'est ainsi que Biarritz et surtout A rcach on sont des plus recommandables.
Sur le littoral méditerranéen, nous avons Cannes et le Cannet , Agag, Antibes, Ville franche , Hijères etCostebelle , Nice (à la condition de s'éloigner de la mer, à Garabacel et à Cimiez), Saint-Raphaël , Monte-Carlo, Menton où se trouve à quelques kilomètres le sanatorium de Gorbio, Cap Martin dans une situation privilégiée avec sa forêt de pins maritimes, semée de myrtes, de lentisques et de mimosas, son éloignement de la route si poussiéreuse de la Corniche; Grasse à cinq lieues de la mer, bien abritée des vents du nord-est et du nord-ouest, douée d'un climat plus continental (pie marin, avec un chiffre thermique un peu inférieur à celui des autres stations du littoral; Alger et ses environs avec un climat tempéré et constant, une humidité modérée et l’absence de vents froids pendant l'hiver; en Corse, Ajaccio avec son golfe peut-être aussi beau que celui de Naples et dont le climat, à la fois sédatif et tonique, mériterait d’être plus souvent utilisé. Malheureusement, dans quelques-unes de ces localités et de ces villes, dans les rues et sur les routes, la souillure atmosphérique est un grave défaut, puisque les poussières y sont très abondantes et que par elles surtout l’air devient riche en microbes. Le goudronnage des routes tendra de plus en plus à faire disparaître ou à atténuer cet inconvénient.
Dans le choix d'une station hivernale, acceptez donc de préférence un climat qui se recommande par les qualités suivantes : stabilité thermique, barométrique et hygrométrique; chaleur tempérée, absence de vents surtout continentaux, sol perméable, voisinage de forêts de sapins, ces véritables et vastes « goudronnières naturelles ». Les terrains sablonneux, parce qu’ils sont perméables et secs, sont excellents, et l’on sait (pie l’habitation sur un sol humide prédispose à la tuber-
TUBERCULOSE ET CURES CLIMATIQUES
culosc. Ainsi, en Angleterre, le chiffre des phtisiques a diminué dans les villes ou le sol primitivement humide a clé asséché par le drainage.
Les grandes chaleurs sont presque aussi nuisibles aux phtisiques que les brouillards et les froids humides de Silésie. Ce que l'on reproche, et non sans raison, aux stations climatiques du Midi, c’est de n ôtre que des stations hivernales, bonnes seulement pour un séjour temporaire des malades. Ceux-ci, vers le mois de mai, sont obligés de regagner leur pays, où ils reprennent de mauvaises habitudes au point de vue de l’hygiène et de la thérapeutique. C’est là un inconvénient sérieux ; mais on le fera disparaître quand on voudra. Lt on l'a déjà voulu en installant sur le flanc de la montagne voisine ou dans la vallée, comme à Thorenc , non loin de Cannes et de Grasse, et dans toute la région comprise entre Grasse et Thorenc, des stations estivales où les malades peuvent se retirer pendant les mois chauds de l’été. On le voudra encore près d’Ajaccio, dans l’admirable forêt deVizzavona, à la Face. On l’a réalisé en partie à Amélie-les-Bains, « cette perle enchâssée dans les Pyrénées », où l'on trouve dans le voisinage le sanatorium du Canigou. J’ajoute que cela est déjà fait pour le sanatorium de Durtol , dans l’Auvergne, et qu’il existe un vaste sanatorium libre dans cette longue contrée étendue de l’embouchure de la Gironde à celle de l’Adour, purifiée d'un côté par l'air marin aux chauds effluves provenant des mers tropicales, abritée d'un autre côté par de hautes dunes avec une vaste forêt de pins.
Si le Midi n'est pas habitable en été pour les malades en raison de la trop grande chaleur, nous avons sur notre côte bretonne, surtout dans la baie de Saint-Brieuc (Val-André), à Bosco/f et Saint- P ol-de- Léon , comme dans les îles normandes de Jersey et Guernesey , de nombreuses localités où, grâce à l'influence bienfaisante du courant chaud du gulfslream, une tendance à la stabilité thermique est établie;
c’est ainsi qu'on y voit en pleine terre des plantes tropicales qui meurent ou végètent seulement à des latitudes plus méridionales. Dans ces contrées, on constate (pie la température moyenne des mois d'hiver les plus froids et d’été les plus chauds a toujours été fort douce, puisque le mois le plus froid de la série n'a pas donné une température inférieure à la plus froide de la région de Nice (1). La comparaison des moyennes mensuelles de température pour les années 1885 à 1888 a donné les résultats suivants (hiver et été) :
La courbe de Paris oscille entre.. — 0°,2 et + 19°. ü
Le coefficient d’écart de température oscille à Paris entre 4°, 96 et 12°; à Nice, entre 7°, 9 et 10°; en Bretagne (nord), entre 4°, 8 et 7°, 9; en Bretagne (sud), entre 8°, 2 et 12°, 6.
N’allez pas croire cependant qu’une température douce et égale, que la chaleur seule soit suffisante pour remplir la principale indication thérapeutique. S’il en étaitainsi, dit L. Thaon, si le poitrinaire n’avait besoin que de chaleur et d’une atmosphère égale, il pourrait avoir ces conditions sans se déplacer et sans quittersa demeure habituelle. Les trois principaux agents de la cure climatique sont : Y air, le soleil et la lumière.
1° Le plus souvent, les phtisiques ont besoin d’être tonifiés. Or, ils le sont surtout par un air relativement sec et non par un air humide, sauf dans les cas où la maladie a une tendance congestive, inflammatoire ou fébrile. Même alors, il n’a pas toujours de grands inconvénients si on sait le doser comme un médicament. L'air sec stimule les fonctions digestives et celles de la peau, d’où une action heureuse et dérivative au profit de l’intestin, d’où la cessation fréquente de la diarrhée. Mais, comme le fait judicieusement remarquer Thaon, un air
(1) A. Klein, Étude de la climatothérapie en Franco. Thèse de Paris, 1891. — Baudet, Nouveaux remèdes, 1890 ; Bull, (le t/iérap., 1893.
Bretagne
Nice
Landes
Dunkerque
.. + 5«>,S et + 16°, 8
.. -f 5°, 5 et + 20°. 0 . . + 3°, 2 et -f 21“, 0
. . 0°,5 et + 16°, 0
oo 4
TUBERCULOSE ET CUBES CLIMATIQUES
i ont à fait calme et ne subissant aucune agitation, dans lequel les débris de duvet ont peine à se mouvoir, comme à Madère et à Pau, n’a aucune des propriétés toniques d’un air fréquemment renouvelé, comme il l est dans nos stations méditerranéennes où il est renouvelé d’une façon presque périodique, descendant des montagnes vers la mer matin et soir, remontant vers les montagnes pendant toute la journée. ((Pour que le poitrinaire soit à l’air toute la journée, il faut que 1 air ne soit pas trop froid ; nous savons aussi qu’il ne doit pas être trop chaud, sous peine de perdre toutes ses propriétés toniques. Ce n'est donc que dans un climat tempéré que l’on pourra trouver les conditions favorables pour établir une station hivernale. L’air de cette station devra en outre être moyennement sec, d’une grande pureté, suffisamment renouvelé et le moins possible agité par les vents. »
2° Au sujet du soleil , le même auteur, dont les écrits ont été trop oubliés, je le répète, établit d’abord les règles suivantes:
a. Une station hivernale qui présente, en moyenne, moins d’un jour de soleil sur deux, est une station inacceptable;
b. Une station disposée de telle sorte que le soleil ne l’éclaire pas de 9 heures du matin à 3 heures de l’après-midi pendant les jours les plus courts, est une station peu recommandable;
c. Une station climatique, pour être exposée au soleil, doit présenter une disposition topographique déterminée: protégée de la bise du nord par les montagnes, ouverte complètement au sud, défendue à l’est et à l’ouest par d’autres remparts latéraux qui ne doivent être ni trop élevés, ni trop prolongés, auquel cas ils enlèveraient les quelques heures du soleil naissant et du soleil couchant.
Dans les contrées que nous avons en vue et sur le littoral méditerranéen, s’il faut rechercher le soleil, on doit aussi en éviter les trop fortes ardeurs, le passage trop brusque du soleil à l’ombre, les sorties au moment du coucher du soleil lorsque se produit un refroidissement très rapide et très accusé d’une durée d’une à deux heures.
.‘1° Sur les plantes comme sur les animaux, le soleil exerce une double aetion : calorifique et lumineuse. Si la chaleur peut activer rapidement l’évolution des plantes, elle possède une action semblable sur la plante humaine: elle excite la circulation centrale et surtout périphérique, régularise les échanges respiratoires ; elle pigmente la peau qui devient plus rosée comme elle donne aux fleurs des couleurs plus vives.
Mais, c’est la lumière qui est l'agent principal de la chimie vivante, au point qu’il existe un véritable climat lumineux. D'après de concluantes expériences, les ceps de vigne recouverts de toile noircie reçoivent une chaleur plus grande que d’autres ceps exposés directement au soleil, et cependant les premiers donnent à peine quelques fleurs sans fruits, tandis que les autres se chargent de très belles grappes. — La température annuelle de Thorshavn est de 7°, 6, aux îles Feroe, à peine inférieure de celle de Carliste en Écosse (8°, 3), quoique les latitudes de ces deux stations soient de 62° et de 55°; mais, la quantité de lumière que ces deux localités reçoivent annuellement est très différente, d’où une grande dissemblance entre leurs conséquences climatiques. Aux Feroe et aux Shetland où l’atmosphère brumeuse arrête une grande partie de la lumière solaire, on ne rencontre que des buissons rabougris, des arbres sans fleurs. A Carlisle où la luminosité de l’air est plus pure, la végétation est beaucoup plus active. Sur les animaux, l’action de la lumière est aussi évidente que sur les plantes. Près de Quito, dans la métairie d’Antisana, la température moyenne est presque cellede Saint-Pétersbourg, et cependant rien de plus vigoureux que les nombreux troupeaux d’animaux répandus dans les pâturages de cette première contrée (1). Le fait est confirmé par les expériences d’Rdwards et de Béclard qui ont établi l’influence de la lumière sur le développement des œufs et sur l’augmentation de la respiration chez les grenouilles exposées à la lumière du soleil.
On connaît les relations étroites existant entre la chloro-
(1) Radau, La lumière et les climats, 1877. — L. Thaon, loc. cit.
Huchard. — Consultations médicales, t. III. 15
TUBERCULOSE ET CURES CLIMATIQUES
phylle. des plantes et l’hémoglobine des animaux. Elles perdent ou augmentent leur coloration selon la quantité d’oxygène absorbée, et elles sont les agents directs de la (onction respiratoire chez lesplanteset les animaux. Or, la chaleur solaire et la lumière augmentent leur puissance respiratoire en élevant la quantité de chlorophylle ou d hémoglobine.
D'autres agents de la cure climatique doivent être invoqués : la nature du sol qui doit être calcaire étirés perméable afin de ne pas retenir l'humidité; une quantité moyenne d’ozone; un état électrique de l’atmosphère peu variable pour ne pas lui donner des propriétés trop irritantes ; dans le voisinage, l’air marin qui augmente encore les propriétés toniques du climat; enfin une riche végétation, qui exerce sur les malades une bonne influence morale et un réel effet calmant sur les phtisiques irritables.
Tout cela se trouve (climat tempéré et modérément sec, chaleur et lumière solaire, végétaliou vivace, sol perméable) sur une étroite langue de terre resserrée entre la mer et la montagne, depuis Hyères jusqu’à Menton. « Ce que nous faisons dans un jardin, la nature l’a fait pour le littoral méditerranéen qui ne doit son climat exceptionnel qu’au massif des Alpes et des Apennins. C’est une muraille gigantesque qui met tout le coté méridional en espalier (1) ». Mais, ce climat présente quelques inconvénients, même quelques dangers lorsque les malades n’observent pas les plus simples prescriptions de l’hygiène, lorsqu’ils n’ont pas soin de rentrer chez eux au moment du coucher du soleil, lorsqu’ils ne tiennent aucun compte du subit changement de température qui est presque un changement de climat à cette partie de la journée. On ne saurait être trop sévère à ce point de vue, parce que cette modification thermique, d'une durée de deux a trois heures, survient rapidement, sans être annoncée que par le moment du coucher du soleil, ce qui a fait dire à
(1) E. Onimus, L’hiver dans les Alpes-Maritimes, 2e édition, 1894.