I.es autres allections simples ou compliquées 1 i
Nous verrons, plus tard, comment ces maladies s’enchaînaient et se mélangeaient entre elles.
Au début de la campagne, l’état sanitaire de l’armée était excellent et la mortalité insignifiante.
Ije*15juin, le nombre des
malades s’élevait à 4,000
2 sur 100
Le 1*' juillet
Le 24 août
Le 9 septembre
Le 25 octobre
Le î*' novembre
Le i" décembre
Le 1" janvier 1860
Le 1*' février
(1) A cette date, après le départ des premières troupes, il restait en Italie un grand nombre de malades appartenant aux corps rentrés en France ou en Algérie. Et, en déduisant de ces 14,700 malades ceux qui appartenaient aux corps déjà partis, on peut évaluer à H ou t2 sur 100 les malades de l’armée d’observation, proportion à peu près la même que celle du mois précédent. Ces malades ont été successivement évacués à mesure que leur état permettait de les faire voyager sans danger.
MALAOIES DE i/arAIÉE d’ ITALIE.
Cette dernière proportion s’est maintenue, sans variation sensible, jusqu’à la fin de la campagne. La proportion de la fin est donc à peu près la même que celle du début.
Au point de vue pathologique, la campagne d’Italie se divise en trois périodes. La première, — 1" période sporadique— s’étend depuis l’arrivée des troupes jusqu’au milieu du mois de juin ; la deuxième, — période épidémique — de la fin de juin à la fin de novembre ; la troisième, — 2® période sporadique, — du commencement de décembre à la rentrée définitive des troupes. Pendant les 1'® et 3' époques, le nombre des malades a oscillé entre 2 et 3 sur 100, et, pendant la 2®, entre 6 et 12.
Est-il besoin de dire que ces trois périodes, uniquement admises pour la facilité du travail, ne sont pas plus tranchées que ne le sont les saisons entre elles ; que le commencement de l’épidémie se confondait avec la fin de la première période sporadique, comme le début de la deuxième période sporadique avec la fin de la période épidémique?
Il serait inutile de s’étendre longuement sur les maladies de la première et de la troisième époque, parce qu’elles n’offrent rien de remarquable à noter et qu’elles ont été peu nombreuses. Celles de la deuxième période, résultant directement de la guerre, et franchement épidémiques, sont les seules qui méritent une description détaillée.
Au début de la première époque, les espèces nosologiques, malgré leurs fréquentes complications entre elles, étaient généralement bien distinctes les uns des autres. C’étaient, le plus souvent : 1° chez les militaires venant d Afrique,
MALADIES DE l’aKMÉE d’iTALIE.
des fièvres intermittentes, quelquefois primitives, mais le plus ordinairement récidivées et presque toujours compliquées de phénomènes bilieux plus ou moins tranchés, ou bien des fièvres gastriques, des bronchites, des pleurésies, des diarrhées, affections généralement bénignes et compliquées d’accidents intermittents ; 2“ chez les hommes arrivant de France^ des bronchites, des pleurésies, des fièvres gastriques, des pneumonies, des diarrhées, maladies généralement continues, quelquefois compliquées de phénomènes typhiques plus ou moins saillants et plus rarement d’intermittence réelle.
En ne considérant toutes ces maladies que par leurs symptômes locaux, elles n’offraient rien de remarquable ; mais, en les examinant d’un point de vue plus élevé, en tenant compte de leur physionomie générale, on voyait aisément qu’au fond elles variaient, les unes des autres, d’une manière notable, qu’elles constituaient deux catégories distinctes selon la provenance des malades. Un état gastrique, avec disposition àTintermittence, dominait dans les maladies d’origine africaine, et un état inflammatoire, avec tendance à la putridité, dans celles qui remontaient au séjour des malades en France.
Ce constraste, d’ailleurs facile à prévoir quand on sait, par expérience, que c’est surtout dans les temps passés qu’il faut chercher la nature des maladies, ce contraste, dis-je, d’autant plus prononcé que l’on était plus rapproché de l’époque de l’arrivée des troupes, me frappa dès ma première visite dans les hôpitaux de Cônes ; et, quelques jours
MALAUIKS iJt; l’aRMÉK d’iTALIK,
plus tard, je le retrouvai, avec toute son évidence et en grand, à Alexandrie, où je l’ai vu successivement diminuer et s’effacer complètement vers la fin du mois de juin, pour faire place à un type unique et nouveau, quand de nouvelles causes morbifiques locales ont eu exercé assez d’in- %
Iluence sur l’armée, pour réduire à un rôle secondaire ou effacer totalement les effets extérieurs de causes antérieures, pour soumettre à leur dépendance absolue toutes les maladies, quelle que fût la provenance des malades. C’est ainsi que les maladies conservent, en général, jusque vers le milieu de juin, plus ou moins distinct, leur type primitif, algérien ou français ; et c’est ainsi aussi qu’à partir de ce moment, ces deux types tendent de jour eu jour à s’effacer, et, dès les premiers jours de juillet jusqu’à la fin de septembre, la constitution épidémique régnante était tellement dominante que toutes les maladies, pour ainsi dire sans exception, se confondaient en un seul type nouveau, type propre à l’armée d’Italie et dont le fond, malgré ses formes variées, était partout et toujours le même. C’est ce type que nous pouvons désigner sous le nom de fièm'e 'rémittente épidémique cH Italie, dont je vais donner ici la description rapide mais complète.
En se rappelant ce que j’ai dit au chapitre précédent, sur les conditions au milieu desquelles a vécu l’armée, il est facile de comprendre que deux éléments morbides, les éléments bilieux et intermittent, constituaient le fond de cette fièvre épidémique, et que toutes les autres maladies n’étaient que des accidents bien secondaires.
MALADIKS DlC l'aHMICK h'iTALIK,
Toutes les espèces nosologiques observées pendant la campagne, considérées dans leur état d’isolement, sont sans doute les mêmes que celles que l’on rencontre dans les conditions 01‘dinaires de la vie parmi les populations des villes et des campagnes ; mais elles en diffèrent notablement dans leur expression symptomatologique générale, (lelles-ci sont des unités morbides simples ou simplement compliquées d’accidents secondaires, tandis que les autres étaient constituées par des états pathologiques complexes, composés de deux ou plusieurs éléments morbides, réunis ensemble et à peu près également puissants.
Je dois me borner ici à tracer, le plus exactement possible, le tableau de ces maladies telles qu’elles se présentaient généralement ; mais pour bien faire saisir les caractères propres à l’ensemble, je vais d’abord essayer de bien déterminer la nature et l’importance des états morbides particuliers qui les constituaient.
1” De C état gastrique ou bilieux et de son intercention dans la fièvre épidémique. — Pendant toute la durée de la période épidémique, je n’ai pas vu une seule maladie complètement exempte de phénomènes gastriques plus on moins prononcés. Cet état morbide, — embarras gastrique, bilieux ou gastro-bilieux des auteurs, — isolé, était plutôt une prédisposition qu’une véritable maladie. Il était l’élément essentiel de la fièvre gastrique ; il entrait, toujours pour une large part, dans la composition de la fièvre épidémique et compliquait infailliblement, plus ou moins profondément, toutes les maladies accidentelles.
MALADIES DE L ARMÉE d’iTALIE.
La lièvre gastrique d’Italie, caractérisée par les symptômes ordinaires de l’embarras gastrique et un mouvement fébrile continu, offrait, en général, une intensité moyenne et des phénomènes bilieux très-accentués. Dégagée de toute complication, elle était extrêmement rare, puisque cà Alexandrie elle n’a été notée que 32 fois sur 3,827 ou 0,34 sur 100. C’est à l’époque des plus fortes chaleurs de l’été qu’on la rencontrait quelquefois. Soumise à un traitement convenable, elle était toujours bénigne et se terminait infailliblement et en quelques jours parla guérison.
2“ De l'intermittence et de son intervention dans la fièvre épidémique. — Généralement moins profonde, mais pour ainsi dire aussi répandue que l’état bilieux, l’intermittence se présentait quelquefois sous la forme d’hypérémie ou d’hémorrhagie, assez souvent sous celle de névrose et plus souvent encore sous celle de fièvre ou de pyrexie. Presque jamais isolée ou indépendante, elle constituait avec l’état bilieux le fond de la fièvre épidémique et entrait, à des degrés divers, à titre de complication, dans la plupart des maladies intercurrentes. Et si, dans certains cas, notamment de diarrhée ou de dyssenterie, elle faisait, symptomatologiquement, absolument défaut, c’est qu’elle était masquée par les phénomènes continus, ou bien enrayée en même temps qu’eux par le traitement mis en usage. La fièvre intermittente simple était peu fréquente en Italie. Dans les faits recueillis à Alexandrie, nous ne la voyons figurer que 340 fois sur 3,827, et dans ceux observés ailleurs que 1,692. fois sur 13,427 ou 10 fois environ sur 100 ; et encore,
MALADIES DE l’aRMÉE d’iTALIE.
comme dans les statistiques qui servent de base à cette partie de mon travail, un très-grand nombre de fièvres rémittentes étant manifestement désignées sous le nom de fièvre intermittente, il s’ensuit que la fièvre intermittente sans mélange d’affection continue n’a pas dépassé, pendant toute la durée de la campagne, la faible proportion de 2 à 3 pour cent. La fièvre intermittente primitive ou de première invasion n’existait peut-être jamais sans mélange d’accidents continus, et ce n’est que parmi les fièvres anciennes et récidivées que l’on en rencontrait quelques-unes sans cette complication. C’est au début et au déclin de l’épidémie qu’il existait quelques cas de cette nature; mais au milieu de l’époque épidémique, il n’y avait pas d’affection intermittente complètement dégagée de tout accident continu. Les fièvres simples étaient généralement quotidiennes ou doubles tierces, quelquefois tierces et très-rarement quartes. Leurs accès étaient, le plus souvent, irréguliers, et cette irrégularité tenait, tantôt aux heures de leur retour, tantôt à la nature ou à l’intensité de leurs symptômes. Ils étaient rarement complets : le stade de froid manquait assez souvent ; d’autres fois, ils étaient seulement caractérisés par la période de chaleur, le froid et la sueur manquant plus ou moins complètement. La fièvre intermittente n’était jamais grave d’emblée; un accès pernicieux était invariablement précédé d’une ou de plusieurs autres accès légers, réguliers ou irréguliers, complets ou incomplets ; de sorte qu’il n’y avait d’accès pernicieux que lorsque déjà la maladie était rémittente ou pseudo-continue. Après plusieurs
50 MALADIES DE l’aRMÉE d’iTALIE.
récidives, lorsque surtout elles avaient été soumises à un traitement intempestif, elles amenaient des hydropisies et un état cachectique profond, dont la mort était assez souvent la suite.
Après cet examen analytique et sommaire des deux éléments morbides constituant le fond de la fièvre épidémique de l’armée d’Italie, voyons quels étaient les principaux caractères de cette maladie complexe , toujours la même quant au fond et très-variable, comme toutes les maladies de cette nature, dans ses formes.
Fièvre rémittente épidémique. — Dégagée de toute complication étrangère importante, cette fièvre dominait déjà de beaucoup toutes les autres formes morbides ; et, isolée ou combinée avec d’autres maladies, elle constituait la pathologie pour ainsi dire tout entière de l’armée d’Italie durant la période épidémique de la campagne. Étudions-la d’abord dans son type, et nous en examinerons ensuite ses principales variétés.
Fièvre simple. — Un malaise général, un frisson suivi de chaleur, de la céphalalgie frontale, quelques vertiges, de l’insomnie ou de la somnolence, de l’agitation, de la faiblesse, de l’abattement, le brisement des membres, des douleurs vagues, une grande sensibilité de la rétine, la sécheresse des lèvres, une soif vive, le désir de boissons froides et acides, de la répugnance pour les boissons chaudes, le gonflement de l’estomac, une douleur obtuse dans la région gastro-hépatique, la sécheresse et l’aridité de la peau, la force et la fréquence du pouls, l’accélération de la respi-
MALADIES DE l’aRMÉE d’iTALIE.
SI
ration, l’épaisseur et la coloration jaune ou verdâtre de l’urine, la constipation ou une diarrhée bilieuse, des paroxysmes réguliers ou irréguliers étaient, avec les caractères de l’embarras gastrique indiqués plus haut, les symptômes ordinaires de cette maladie. La céphalalgie et la fièvre étaient plus ou moins intenses, et depuis la forme bénigne de la fièvre rémittente de notre climat de France jusqu’à la fièvre pseudo-continue grave de l’Algérie ou de pays plus chauds, on rencontrait toutes les nuances intermédiaires. Elle débutait généralement par un frisson, de la céphalalgie et des alternatives de frisson et de chaleur; sa marche était rémittente ou pseudo-continue ; ses paroxysmes presque toujours quotidiens ou doubles tierces, quelquefois seulement tierces et jamais quartes. Les accès se montraient à toute heure du jour ou de la nuit, mais de préférence entre midi et 6 heures du soir. Sur 100 cas, pris au hasard et remarquablement analysés par M. Folie-Desjardins, chargé d’un service de fiévreux, à Alexandrie, presque pendant toute la campagne, la durée a été :
Maximum. Minimum. Moyenne.
1® üu début de la maladie à l’entrée du malade
à rhôpital 30 jours. 1 jours. 7 j.
2® Du début de la maladie au début de la convalescence 10 5 13
3® Du début de la maladie à la sortie de l’bô-
pital 19 7 18
1® De l’entrée à riiôpital au début de la convalescence 20 1 5
.8® De l’entrée à l’hôpital à la sortie 30 1 10
Sous l’inlluence d’un traitement convenable, elle se ter-
MALADIES DE l’ ARMÉE d’iTALIE.
minait, généralement, presque sans convalescence, au bout de 8 à 10 jours d’hôpital, par une guérison complète et durable. Je ne l’ai jamais vue se prolonger au delà de 12 à 15 jours que dans les cas de complication sérieuse ou à la suite d’un traitement intempestif. Elle était naturellement sans danger ; elle n’éiait mortelle que dans les cas où elle était compliquée, mal traitée ou abandonnée aux seules ressources de la nature.
Lésions anatomiques. — En temps de guerre, il n’est pas toujours facile au médecin de se livrer, comme il voudrait,, dans l’intérêt de la science et de la pratique, à des recherches d’anatomie pathologique. Pendant toute la campagne d’Italie, j’ai pu réunir seulement le résultat complet de 23 autopsies, pratiquées, à Alexandrie, par moi-même on sous mes yeux, sur des sujets morts pendant l’épidémie et ayant présenté, durant la maladie, les symptômes de la fièvre épidémique compliquée d’autres affections. Voici le résumé de ces résultats :
Lésions gastro-intestinales \1 fois.
Id. . . du cerveau ou de ses membranes 12
Id. . . de la moelle (symptômes de rage) t
Id. . . des poumons ou des plèvres 4
Id. . . de la rate 5
Id. . . du cœur i
Ces lésions, quelquefois constituées par la décoloration, l’hypérémie passive, l’infiltration ou des épanchements séreux, consistaient, le plus souvent, en des congestions actives ou des inflammations des tissus. Dans la plupart des cas, la peau conservait, après la mort, une teinte ictérique plus ou
MALADIES DK l’aUMÉE d’iTALIE.
moins foncée, qu’elle avait offert pendant la vie. Des ulcérations, des tubercules, des suppurations se rencontraient aussi parfois, mais exceptionnellement. Le typhus confirmé s’accompagnait toujours des lésions ordinaires de la fièvre typhoïde ; et, dans ces cas insidieux où il était impossible, pendant la vie et même après la mort, de déterminer au juste si la maladie à laquelle le malade avait succombé était une fièvre rémittente typhique ou un typhus rémittent, nous découvrions souvent, à l’autopsie, un soulèvement plus ou moins prononcé des plaques de Peyer.
Ces lésions, toujours générales et multiples, se présentaient ordinairement avec les mêmes caractères dans les divers organes. Les phénomènes de congestion active ou d’inflammation s’observaient surtout chez les sujets robustes, morts à la période aiguë de la maladie épidémique, et la décoloration, l’infiltration, les épanchements chez les sujets détériorés et morts à la suite de cachexies paludéennes ou de toute autre maladie chronique.
Cette extrême variété de lésions démontre, de même que la variété des causes et des symptômes, que l’affection épidémique de l’armée d’Italie était une maladie complexe, frappant l’organisme tout entier, n’étant généralement grave que par suite de complications étrangères, et que les affections exclusivement locales n’étaient que de très-rares exceptions.
Disons maintenant quelques mots des complications les plus habituelles de la fièvre épidémique.
1® Complicatio7is tijphiques, — Le miasme typhique n’a
.^4 MALAIilES liE r/AUMÉK l/lTALIE.
jamais été ni assez généralisé ni assez condensé pour engendrer ce qu’on appelle une épidémie de typhus ; mais il a été, presque partout assez développé, pour amener quelques cas de typhus proprement dit et pour faire entrer, à titre de complication, des symptômes typhiques plus ou moins profonds dans la constitution d’un grand nombre de maladies complexes. A Alexandrie, sur 5,827 fiévreux, des accidents typhiques ont été notés 996 fois ou 17 fois sur 100; et cette intervention typhique était certainement encore bien plus fréquente, car elle n’était notée que dans les cas où elle était bien évidente. L’état typhique dans la fièvre épidémique était plus ou moins prononcé, et depuis ces cas où il se distinguait à peine jusqu’au typhus le plus grave, j’ai vu, pour ainsi dire, toutes les nuances intermédiaires. Sur les 996 affections typhiques d’Alexandrie, 857 fois ou 86 fois sur 100, l’intervention de l’élément typhique n’était pas assez puissante pour modifier profondément la marche de la fièvre rémittente épidémique , tandis que 139 fois ou 14 fois sur 100, elle communiquait à la maladie une évolution toute spéciale, dévolution normale du typhus proprement dit. Dans le premier cas, nous avions affaire à la fièvre rémittente typhique ou compliquée d’accidents typhiques, et dans le second au typhus rémittent ou compliqué d’accidents rémittents. Entre ces manifestations morbides, identiques, quant au fond, et si différentes, quant à la forme, la fièvre rémittente typhique et le typhus rémittent, la transition était insensible, et quelquefois il n’était même pas possible de dire, avec certitude, non-seulement
MALAJJlliS IlK l’aHMÉK ll’llALlE.
pendant la maladie, mais encore après la guérison ou la mort, à laquelle de ces deux espèces morbides on avait eu affaire.
La distinction nosologique entre la lièvre rémittente typhique et le typhus rémittent paraît n’avoir été établie qu’à .\lexandrie ; partout ail leurs les fièvres rémittentes typhiques n’étant pas indiquées, toutes les maladies épidémiques étaient désignées sous les simples dénominations de typhus ou de fièvre rémittente.
La fièvre rémittente typhique offrait les mêmes symptômes et la même marche générale que la fièvre rémittente simple; mais elle s’en distinguait par de la stupeur, du délire et une prostration plus grande, quelquefois par la présence de taches rosées ou de sudamina, par une durée et une convalescence un peu plus longues et se rapprochant d’autant plus de la marche et, de la durée du typhus que la typhisalion ou infection typhique paraissait avoir été plus profonde.
Typhus ou fièvre typhoïde. — En pratique, aucun des médecins traitants, — français ou italiens, — ne paraît avoir cherché à établir une distinction entre le typhus et la fièvre typhoïde; car j’ai remarqué que partout, même dans le même hôpital, on donnait indistinctement l’un ou l’autre de ces noms à la même maladie.
Autant la fièvre rémittente typhique était fréquente, autant le typhus confirmé était pour ainsi dire rare à l’armée d’Italie : 139 c,as sur les 5,827 fiévreux d’Alexandrie et 389 sur les l5,/i27 des autres hôpitaux ou 2,50 cas de ty-
5fi
phiis sur 100 fiévreux; proportion très-faible, comparée surtout à ce que nous voyons, en 1855 et 1856, à Constantinople et en Crimée.
Pendant toute la durée de la campagne, je n’ai pas rencontré un seul cas de typhus sans rémittence; mais, une fois débarrassé de cette complication épidémique, il devenait aussi simple, aussi régulier que notre fièvre typhoïde classique, dont il présentait les symptômes, la marche, la durée et les lésions anatomiques.
Sur 63 cas de typhus observés à Alexandrie et analysés par M. Desjardins, 32 ont offert une forme muqueuse, 11 une forme ataxique et 20 une forme adynamique. Les symptômes, pendant le premier septénaire, étaient absolument les mêmes que ceux de la fièvre rémittente typhique, dont il était impossible de le distinguer d’abord. Mais, à la suite de l’emploi des évacuants et du sulfate de quinine, la distinction était généralement facile. La fièvre rémittente typhique tournait de suite à la convalescence, et le typhus, simplifié, prenait et poursuivait, jusqu’à la guérison ou la mort, le cours normal de la fièvre typhoïde ordinaire. La stupeur, la prostration, le délire, le décubitus dorsal, les taches rosées, les sudamina, la sécheresse de la langue, le fuligo, la dysphagie, le météorisme, le gargouillement, la diarrhée et les râles bronchiques en étaient les symptômes essentiels. L’épistaxis manquait généralement. Les taches rosées se montraient vers la fin du premier septénaire et les sudamina vers la fin du deuxième. Outre les complications bilieuse et intermittente, qui n’ont jamais fait défaut.
MALADIES DE l’aRMÉE d’iTAHE.
M. Desjardins l’a trouvé compliqué : 4 fois de pneumonie, 9 fois d’escarres profondes et 7 fois de parotidites suppurées. Il n’était généralement grave que par suite de paroxysmes rémittents, lesquels avaient toujours une tendance extrême à se reproduire et qui devenaient, souvent, subitement mortels, quand on négligeait de les combattre à temps. Sur ces 63 cas, Irf durée du typhus a été :
Miiximum. Minimum . Moyenne.
1® Du début de la maladie à l’entrée du malade
à l’hôpital
2° Du début de la maladie au début de la convalescence
3® Du début de la maladie à la sortie de l’iiô-
pital
i® De l’entrée à l’hôpital au début de la convalescence
O® De l’entrée à l’hôpital à la sortie
30 jours.
2 jours.
IG
C’est la durée ordinaire de la fièvre typhoïde classique.
.Je ne dois pas omettre une remarque qui n’est peut-être pas sans importance, à savoir, que nous avons trouvé, avec M. Desjardins, comme durée moyenne de l’invasion, c’està-dire depuis l’apparition des premiers symptômes jusqu’à l’entrée du malade à l’hôpital : 7 jours pour la fièvre rémittente simple ou typhique et 9 jours pour le typhus confirmé. J’avais déjà fait la même observation à Constantinople en 1855 et en 1856.
N’est-il pas possible d’induire de ces faits que la fièvre rémittente typhique tend à dégénérer en vrai typhus quand elle est négligée ou mal traitée au début, et que, par un traitement convenable et mis en usage de bonne heure, on
■\IALAD1KS liE l’armée d’iIALIE.
peut, au moins dans un certain nombre de cas de fièvre rémittente typhique, empêcher le développement du typhus proprement dit? Pour moi c’est une conviction, et je ne saurais trop recommander aux médecins des corps de troupes d’envoyer, de bonne heure, à l’hôpital, les hommes présentant les phénomènes insidieux d’une fièvre rémittente.
Les 139 cas de typhus observés à Alexandrie, ont fourni 19 décès ou 13, 66 sur 100, les 389 cas notés ailleurs 117 décès ou 30 sur 100 et les 508 cas réunis 136 décès ou 25 sur 100. C’est la mortalité que fournit assez habituellement la fièvre typhoïde sporadique. Sur 63 cas, la mort a été la suite directe : du météorisme, 2 fois: d’accès de fièvre, 3 fois; de parotidite, 1 fois. Elle survenait généralement vers la fin du 2' septénaire et quelquefois dans le cours du 3% ou pendant la convalescence à la suite d’un accident particulier. Dans les cas où elle arrivait entre la fin du 2® septénaire et le commencement du 4% on trouvait toujours, à l’autopsie, outre les autres lésions ordinaires delà fièvre typhoïde, une altération plus ou moins profonde des plaques de Peyer, qui étaient dures f»u molles, gaufrées, réticulées ou ulcérées, et quand le malade succombait plus tard, par suite d’accidents, il n’était pas rare de rencontrer des plaques cicatrisées ou en voie de cicatrisation.
2° Complications inflammatoires , rhumatismales et aut7'es, — L’inflammation des organes était sans doute fréquente chez nos malades de l’armée d’Italie, mais c<^t élément morbide était généralement secondaire au point de vue du traitement. Presque toujours superficielle, elle se
MALAPIKS nE l’aHMÉE D ITALIE. S9
localisait dans les membranes plutôt que dans les parenchymes, dans les organes digestifs plutôt que dans les autres organes de l’économie. Elle se dissipait, en général, vite et facilement, en même temps que la maladie épidémique, dont elle était presque inséparable, et ce n’est, pour ainsi dire, qu’exceptionnellement qu’elle exigeait l’emploi des émissions sanguines pour la combattre. La diarrhée et la dysscnterie ont été notées dans la proportion de 0,812 sur 21,2.o4 fiévreux ou de 27 sur 100 ; mais ces deux affections n’étaient jamais isolées: elles compliquaient la fièvre épidémique, plutôt qu’elles n’étaient compliquées par elle; elles en constituaient plutôt la forme que le fond. Il y a pourtant à ce sujet une remarque utile à faire : les phénomènes bilieux ne manquaient jamais dans la dyssenterie; mais cette maladie est pour ainsi dire la seule qui se présentât souvent à l’observation sans phénomènes intermittents tranchés, bien que les dyssentériques eussent été, comme tous les autres malades^ soumis à l’influence d’une intoxication paludéenne ; et ce constraste était généralement d’autant plus prononcé que les évacuations étaient plus copieuses et plus fréquentes. Cette rareté relative d’accès intermittents chez les dyssentériques impaludés, je l’avais déjà constatée en Afrique; elle me paraît tenir aux évacuations elles-mêmes, qui ont sans doute, sur Tintoxication palustre, la même action thérapeutique que les évacuations artificielles provoquées par les purgatifs; et ce qui doit donner créance à cette opinion, c’est que, en Italie comme en Afrique, j'ai vu fréquemment rintermitîence, absente pendant toute la
MALADIES DE l’aRMÉE d’iTALIE.
durée delà dyssenterie, se montrer seulement après la disparition des phénomènes propres à la maladie primitive.
Les symptômes et les lésions de la diarrhée et de la dyssenterie étaient les mêmes que ceux de la diarrhée et de la dyssenterie d’Afrique, et, une fois débarrassées des éléments bilieux et intermittent qui les accompagnent infailliblement, elles en offraient aussi la marche et la durée, avec cette différence qu’elles étaient généralement plus bénignes, puisque sur 5,812 cas, il n’y a eu que 116 décès ou 2 sur 100.
Sur 20 cas de dyssenterie, pris parmi les plus graves, et analysés par M. Desjardins, la durée de la maladie a été :
Maximum Minimum. Moyenne
1® Du début de la maladie à l’entrée du malade
à l’hôpital 30jours. 3 jours. 11 j.
2® Du début de la maladie au début de la con-
valescence
Du début de la maladie à la sortie de l’hô-
pital
De l’entrée à l’hôpital au début de la conva-
lescence
De l’entrée à l’hôpital la sortie
Toutes les autres maladies intercurrentes, générales ou locales, — phlegmasies, névroses, rhumatismes, tubercules, scorbut, etc., — qui ne s’élèvent qu’à la faible proportion de 6 sur \ 00 chez les fiévreux traités à Alexandrie et de 14 sur 100 chez les fiévreux des autres hôpitaux, étaient, comme le typhus, la diarrhée et la dyssenterie, toujours dominées au fond par les symptômes de la fièvre épidémique. Leur caractère et leur marche étaient insidieux et incertains
MALADIES DE l’aRMÉE d'iTALIE.
jusqu’à ce que, par suite d’un Iraitemeifi convenable, elles en avaient été dépouillées; mais alors, chacune d’elles, reprenant son allure naturelle, se terminait, en général, rapidement par la guérison, avec ou sans le concours des moyens ordinaires indiqués pour la combattre.
De telle sorte que cette épidémie, si grande par le nombre des hommes frappés et si peu grave quant aux résultats cliniques obtenus, se composait, à part des cas tout à fait exceptionnels et qu’il est permis de négliger, d’une maladie complexe dont les éléments bilieux et intermittent étaient toujours le fond, et à laquelle le mélange des autres entités morbides dont j’ai déjà parlé, générales ou localisées dans tel ou tel organe, tel ou tel appareil de l’économie, donnait les formes les plus diverses.
Après les premières pluies de septembre, le nombre des malades diminue subitement et, tout en conservant le même fond, les maladies changent aussi de forme. Les phénomènes bilieux persistent, mais en s’affaiblissant, tandis que l’intermittence, par suite des alternatives de la chaleur et des pluies de septembre et d’octobre, acquiert un nouveau degré de puissance. C’est ainsi qu’en octobre et en novembre, les fièvres et les névroses intermittentes dominent, très-généralement, les phénomènes bilieux, que les récidives des affections périodiques deviennent fréquentes , rebelles, et obligent de renvoyer en France, notamment de Pavie, de Plaisance et de Crémone, pour les soustraire à une mort presque certaine, un nombre considérable d’hommes déjà infdtrés et profondément cachectiques.
62 MALAOIES DE l’armée d’ ITALIE.
En décembre et en janvier, à part des cas peu nombreux et généralement peu graves d’ailleurs, de bronchite, de pleurésie, d’angine, de fièvre typhoïde, de rhumatisme, etc., ordinairement compliqués de phénomènes intermittents et gastriques, nous n’avions plus, pour ainsi dire, dans l’armée, en fait de maladies, que des fièvres récidivées et des cachexies ; et plus tard, grâce au repos, à la bonne alimentation, à la bonne tenue des logements, à la régularité de la saison, à la mesure générale d’évacuer sur France tous les hommes cachectiques ou malingres, et malgré l’étroitesse générale des l'-asernements, les maladies de l’hiver et du printemps ont été peu nombreuses. Elles ne différaient d’ailleurs de nos affections propres à ces deux saisons que par leur disposition générale au retour de l’intermittence et de la gastricité.
Résumé du chapitre. — Au point de vue pathologique,
la campagne d’Italie se divise en trois périodes ; première période ou première période sporadique; deuxième période ou période épidémique; troisième période ou deuxième période sporadique.
La première période correspond au début de la campagne; la deuxième s’étend de la fin de juin 18S9 à la fin de septembre suivant, et la troisième du 1®'' octobre à la rentrée définitive et totale des troupes.
Les maladies de la première période étaient, selon la provenance des malades, les affections habituelles en Afrique et en France à cette époque de l’année, se développant sous l’influence du voyage et des brusques variations de la
MALADIES DE l’aRMÉE d’iTALIE. 63
température , très-brusques et très-fréquentes alors en Piémont.
Une maladie complexe, la fièvre rémittente, simple ou compliquée de phénomènes typhiques, diarrhéiques ou dyssentériques, constituait la pathologie pour ainsi dire tout entière de l’armée pendant la deuxième période.
Les fièvres paludéennes récidivées et rebelles et les cachexies consécutives d’abord , et plus tard les affections ordinaires de l’hiver et du printemps dans nos climats tempérés, avec une disposition particulière à l’intermittence ou à la rémittence, sont les maladies qui ont caractérisé la 3' période.