PREMIÈRE PARTIE
ï)« V Hôpital de P Ecole Militaire, du Climat et des Maladies de Constantinople.
i. — hôpital de l'école militaire.
L'École militaire de Constantinople , que l'on désigne aussi sous le nom ô' École polytechnique, a été transformée en hôpital français, le 27 janvier 1855.
Appelé à l'installation de cet hôpital et en ayant conservé h direction médicale jusqu'au jour où il a été fermé, le 31 juillet 1856, je crois, dans l'intérêt de la science et de la pratique, devoir résumer les documents que j'y ai recueillis au double point de vue de la pathologie et de la thérapeutique.
Construite en pierre et située sur un des points les plus élevés et à une faible distance de Péra, sur la roule de Maslak, à l'Est du Grand-Champ et tout près des autres hôpitaux français de Péra, de Dolma-Bagîché, de l'Ecole préparatoire et du Terrain de manœuvres, l'Ecole militaire était une des meilleures, des plus belles et des plus solides constructions de Constantinople. Le bâtiment forme un carré long non interrompu, parfaitement isolé, entouré d'une grille en fer ou d'un mur élevé, et relié, par une vaste cour, à une autre immense construction servant de manège et où se trouvaient les écuries de l'Ecole, des logements et l'infirmerie des chevaux. La vaste cour intérieure de l'École était divisée en trois cours plus petites, à peu près égales et transformées, en partie, en jardins garnis d'arbres et de fleurs, par deux autres corps de bâtiments intérieurs.
En dehors des logements nécessaires pour une partie du
personnel de l'hôpital, de la pharmacie, de la cuisine, de la dépense, de la chapelle, des magasins de l'administration et de quelques pièces que s'était réservées l'École, pour la conservation des livres, du mobilier et des instruments de physique et de chimie, l'éiablissement se composait de quinze belles salles situées au rez-de chaussée et de vastes corridors, pouvant loger cinq cents malades largement et sans encombrement.
En outre de cet établissement principal, on fit construire, dans la cour du manège, sept baraques en planches de diverses grandeurs et susceptibles d'abriter quatre cent quatre-vingt malades; ce qui donne un chiffre de neuf cent quatre-vingt lits.
Une noria, dans la cour du centre, et une fontaine, avec réservoirs, dans la cour du manège, fournissaient abondamment l'eau, d'assez bonne qualité, nécessaire à l'établissement.
Dans la nuit du H au 12 mars 185b, c'est-à-dire six semaines après notre installation et tandis que les baraques n'étaient encore habitées qu'en partie, un incendie se déclare, dans le bâtiment en pierre, si rapidement, qu'il donne à peine le temps de sauver tous les malades et une partie du matériel. Il ne respecte de ce bel établissement que l'aile Ouest, où se trouvaient réunis le cabinet de physique et de chimie, les logements de l'aumônier et des sœurs de charité, la chapelle, une salle de malades et le corridor correspondant.
Dès ce jour, l'hôpital, composé de biraques, de la salle et du corridor épargnés par le feu, se trouve réduit au chiffre de cinq cent trente-six lits. Le manège est transformé en bureaux et en magasins de l'administration, et l'ou fait reconstruire, dans l'établissement incendié, la pharmacie, !a cuisine, la dépense et quelques magasins.
Les hôpitaux français de Constanlinople se divisaient en deux catégories : 1° ceux de première ligne, destinés, à cause de leur voisinage du Bosphore, à recevoir les hommes les plus malades et ceux atteints de blessures graves ; 2° ceux de deuxième ligne, plus éloignés, où l'on conduisait spécialement
les militaires convalescents et ceux atteints de maladies ou de blessures légères et provenant directement de Crimée ou des hôpitaux de première ligne, quand ceux-ci menaçaient d'encombrement ou manquaient d'espace pour la réception de nouvelles évacuations. L'Eco'e militaire appartenait à la première catégorie, avec Gulhané, l'Université, Canlidjé, Dolma- Bagtehé, Péra, l Ëcole préparatoire ci le Terrain des manœuvres. Daoud-Pacha, Maltépé, Rami-Tchifllick et plus tard les Eaux-Douces et Masiak constituaient la deuxième.
Notre hôpital, pendant toute la durée de son existence, a été spécialement affecté au traitement des maladies internes, et, ce n'est que dans des cas d'urgence et accidentellement que les blessés y ont été admis. Il a été également, depuis son installation, l'établissement spécial des cholériques, et, à part quelques rares exceptions, tous les cas de choléra provenant de Constantiuople, des camps et des hôpitaux voisins, de Frauce et de Crimée, y ont été reçus.
Ce n'est qu'à la suite de la suppression de Gul-Hané, c'està-dire peu de temps avant la fin de la campagne, que les officiers malades y ont été admis d'une manière générale. Jusqu'alors, à l'exception de quelques cas accidentels, les officiers cholériques seuls y étaient traités.
Cet hôpital a toujours eu trois divisions de malades, et ce n'est qu'accidentellement et passagèrement qu'une quatrième y a été créé. Les cholériques ont presque tous été traités dans la première et les blessés dans la troisième.
MM. Girard, Louvel, Witlich, Garreau, Barudel, Quesnoy, Lacronique et Valette, médecins-majors ; Pincoffs et Lewelin, médecins auglais ; Haicault, Domergue, Ropert, Creulzer, Alix, Viennet, Constantin, Clari, Sagne, Martrès, Godot, Bouland, Drouet, Hennequin, Bourdeaux et Virlet, aides-majors; Mathis, Massaloux, Mairet, Guillemin et Bourot, sous-aides; Bernasconi, Gagliardino, Raico et Garabet, requis, ont fait tour à tour partie du personnel médical de rétablissement. J'ai trouvé chez tous, — médecins-traitants, aides-majors,
sous-aides et requis, ainsi que dans la pharmacie, l'administration et auprès des sœurs de charité, — un concours constant et empressé, dont je leur témoigne ici ma reconnaissance et ma gratitude personnelles. Le zèle, le bon accord, je dirai même l'intimité qui n'ont cessé ds régner parmi le personnel de l'établissement, ont allégé ma responsabilité morale, rendu ma lâche moins pénible et moins difficile et sauvé la vie à bon nombre de malades, qui, avec moins de dévouement et d'attentions spontanées, auraient certainement péri.