II. — CLIMAT DE CONSTANTINOPLE
Avant les longues et laborieuses recherches du savant Dr Verrollot, consignées dans son remarquable ouvrage sur le choléra de 1845, 46, 47 et 48, on ne possédait que des notions fort vagues et très- incomplètes sur les constitutions atmosphérique et médicale de Consiantinople. C'est lui qui, à l'aide d'observations nombreuses et précises, a mis la réalité à la place de l'erreur et de l'incertitude. C'est dans son livre que j'ai puisé la majeure partie des faits relatifs au climat de la ville et à ses maladies régnantes.
Consiantinople, située au 41e degré de latitude et au 26e,39 degré de longitude orientale, comprend toutes les habitations des deux rives du Bosphore, depuis l'entrée de la mer Noire jusqu'à celle de la mer de Marmara, c'est-à-dire depuis les îles Cyanées jusqu'au château des Sept-Tours et les îles des Princes. Cette immense capitale, dont l'étendue en longueur est de 82 kilomètres, se compose de 2 villes, 6 faubourgs et 40 villages. Les deux villes sont Stamboul et Scutari, situées, la première sur la rive d'Europe, la deuxième sur la rive d'Asie. Sa population est très-inégalement distribuée sur cette vaste superficie de terrain, et sa densité varie notablement, non seusement entre les villes, les faubourgs et les villages, mais encore d'une rive à l'autre du Bosphore. En général, les villages sont d'autant plus penpiés qu'ils sont plus rapprochés de Stamboul, et Béchik-Tach seul, qui couvre deux vallons et les
pentes de trois collines, compte 24,000 habitants, tandis que Thérapia et les autres centres n'en ont en moyenne que 3 ou 4,000. La côte d'Asie a environ sept fois moins d'habitants que la côte européenne ; les 2/5es de la population de la première, sont réunis à Sculari, dont la superficie est d'environ 186 hectares, et le reste est disséminé dans dix-huit villages, dont le chiffre moyen des habitants est de 2,000 pour chacun.
La population de la rive d'Europe se distribue, par groupes, autour de la Corne d'Or et dans vingt- deux villages échelonnés sur toute la longueur du Bosphore. Le premier de ces groupes, le plus considérable, car il comprend les 7/10es à peu près de la population totale, se compose de Stamboul, ou la ville proprement dite, et des six faubourgs d'Eyoub, deKhas- Keuï; de Kassem-Pacha, de Péra, de Galata et de Top-Hanè.
La population de Stamboul se compose de 360,000 habitants, dont 245,000 musulmans et de 415,000 rayas ou indigènes non musulmans, dont 60,610 Arméniens, 42,000 Grecs, 11,490 juifs et 900 catholiques. Les musulmans occupent le centre de la ville et les rayas sont distribués presque exclusivement à la circonférence.
La population des six faubourgs est de 254,000 habitants. Ceux d'Eyoub, de Kassem-Pacha et de Top-Hanè sont presque tous musulmans, et ceux de Khas-Keuî juifs, Grecs, Arméniens et musulmans. Péra et Galata renferment les quartiers francs, au milieu et autour desquels se trouvent réunis presque tous les catholiques et un grand nombre de Grecs, d'Arméniensde musulmans et de juifs.
La population civile indigène se distribue de la manière suivante : Musulmans. Rayas.
/ Stamboul 360,000 dont 245,000 115,000
|( d'Eyoub à Dolma-Bagtché . 178,500 95,800 82,700 Jj ) de Béchik-Tach à Romné-
li-Hissar 57,000 24,700 32,300
~ I de Balta-Liman à Fana-
°\ raki d'Europe 33,500 11,500 2-2,000
Musulman*. Kayak
.Scutari 55.000 :;o,ooo $5*000
.2 [ Iles des Princes M 06 ■ M 00
< ) de Kadi-Keuï à Anadoli-
| Hissar 1^,300 6,400 12,900
Sfde Kanlidjé à Fanaraki
^ d'Asie 14,300 7,800 6j500
Total de tecôte d'Europe. 629,000 337,000 282,000
Total de la côte d'Asie.. , 92,700 U,200 18,500
Total général 721,700 121,200 300,500
Cette population se divise ainsi qu'il soi! :
Musulmans. 421,200 dont 2! 1,000 hommrset 209,000 femmes
Arméniens. 125,500
Grecs 124,000
■,o,ooo
Juifs , . . , 36,000
Catholiques. 15,000
Total. 721,700
Eu ajoutant aux 721,700 indigènes civils, 16,500 Européens étrangers, 30,000 hommes de garnison et 10,000 marius de la flotte, on arrive au uombre de 778,000 habitants, qui est à peu près le chiffre de la population totale de Constantinople.
Stamboul, qui occupe à peu près le tiers de l'enceinte du port et les six faubourgs qui en couvrent environ les deux autres tiers, forment, autour de ce magnifique bassin, un immense feston de collines et de vallons, et ces ondulations de terrain se continuent, à peu près sans interruption, des deux côtés du canal, jusqu'à la mer Noire.
Sur la côte d'Europe comme sur celle d'Asie, dans les villes comme dans les faubourgs et les villages, les maisons des musulmans sont, généralement, espacées, peu élevées, munies de cours et entourées de jardins ; tandis que celles des rayas
soni, le plus souvent, ent3sséea les unes sur les autres et offrent, par conséquent, une population beaucoup plus compacte. Mais les quartiers francs sont surtout mal partagés sous ce rapport : les rues y sont plus étroites, les maisons plus hautes et habitées par un plus grand nombre d'individus. M. Verrollot a calculé que chaque habitant d'Eyoub et de Kassem- Pacha occupe, en moyenne, une superficie de 30 à 40 mètres carrés, celui de la partie haute de Stamboul 35 et celui du littoral 20, celui de Péra ei de Calata de 12 à 18 seulement.
Les classes aisées habitent généralement le .commet des collines dont l'élévation varie de 100 à 120 mètres au-dessus du niveau du Bosphore, où l'air, sec et pur, circule facilement et produit dans les rues et les appartements une aération complète et très favorable à ceux qui le respirent. Les classes pauvres, au contraire, s'entassent au fond des ravins, sur le bord des égoùts où s'accumulent, croupissent et fermentent les immondices de toute espèce provenant des quartiers supérieurs privilégiés. Ces derniers lieux, quoique bas, sont toujours ventilés et naturellement assez salubres. Ils ne sont réellement malsains et ne deviennent des foyers de scrofules, de lièvres et de tubercules que par la misère et l'incurie des habitants, qui viveul au milieu des cadavres d'animaux, de substances végétales, de détritus de toute espèce en putréfaction, sans se préoccuper en aucune façon des terribles effets qu'exercent incessamment sur eux les exhalaisons putrides et pestilentielles qui s'en dégagent.
Comme le dit le docteur Venollot et comme on va le voir en jetant un coup-d'œil sur les tableaux suivants, le climat de Constantinople appartient à celui du bassin de la Méditerranée compris entre les 31e et 46e degrés de latitude, depuis Alexandrie jusqu'à Trieste, dont la température moyenne annuelle oscille entre 14° et 1G°-K
Les tableaux ci après en feront saisir aisément les principaux caractères.
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