NO Y KM BRE
i OCTO
l SBPTEHBI
1 AOl
Jl'IN MAI
Comme complication, l'intermitlence était fréquente à toutes les époques de l'année, en hiver comme au printemps, en été comme en automne. Si ce n'est en avril et eu mai 1855, époque où Ton n'admettait généralement dans mon service que les cholériques, ses proportions n'ont jamais été inférieures au 1/5 des entrants, et en avril, mai, juin et juillet 1856, époque à
laquelle avaient disparu ou du moins notablement diminuéd'intensité quelques-unes des causes les plus puissantes des maladies continues, elle s'est montrée sur plus de la moitié des malades.
Elle se montrait indistinctement dans toutes les maladies continues. Voici la nature et le nombre des affections qui l'accompagnaient, indépendamment de l'embarras gastrique qui existait, plus ou moins prononcé, à peu près constamment avec elle, même dans les cas où elle est notée comme simple :
I nfprmillpncp
— simple ou avec embarras gastrique.
72 fois
£\yd
IftQ
Su
pleuro-pneumonie
ictère ou conges-
tion du foie.. . .
diarrhée chroniqu6
diarrhée et congé-
diarrhée chronique
et congélation. .
pleuro-pneu-
monie
dyssenterie
bronchite,
Total.... 1207
Le type des fièvres primitives était presque toujours double, tierce ou quotidien, et plus raremeut tierce (1). Les fièvres anciennes ou récidivées, plus souvent tierces que quotidiennes, étaient rarement quartes. Les accès en étaient fréquemment irréguliers, et celte irrégularité se rattachait tantôt aux heures de leur apparition, tantôt à la nature ou à l'intensité de leurs symptômes.
Les accès étaient rarement complets, c'est-à-dire constitués par les trois stades de frisson, de chaleur et de sueur : la période de froid manquait le plus souveni ; et, quelquefois, l'accès, exclusivement constitué par la réaction, les deux autres périodes faisaient complètement défaut.
Mais, non-seulement un ou deux stades manquaient gênéralement aux accès périodiques, il arrivait encore souvent qu'ils étaient larvés, c'est à dire constitués par un autre élément morbide que la fièvre, une hypérémie, une hémorragie ou plus souvent une névrose caractérisée par la céphalalgie, une douleur siégeani dans tel ou tel organe, ou un trouble fonctionnel quelconque.
Les fièvres intermittentes simples n'étaient jamais pernicieuses d'emblée ; un accès de celle nature était toujours précédé d'un ou de plusieurs accès légers, complets ou incomplets, évidents ou larvés et passant souvent inaperçus. Ce n'est même, très-généralement, que chez les sujets déjà amaigris, épuisés, cachectiques que les accès devenaient assez graves pour compromettre la vie ; et, dans ces cas, la gravité du mal
(1) En septembre et en octobre 1851, quand Aïdos, petite ville située à une faible distance de la Mer Noire, entre Andrinople et Varna, était occupée par une fraction de notre cavalerie, j'avais remarqué que presque toutes les fièvres de première invasion ou récidivées qui nous arrivaient, de cette localité marécageuse, à l'hôpital dePéra où j'étais alors chargé d'un service de fiévreux, étaient beaucoup plus souvent tierces que quotidiennes, tandis que dans tous les autres points de la Turquie ou de la Russie que j'ai visités ou dont j'ai reçu des malades, tels que Andrinople, Varna, Constantinople, Sébastopol, Eupaloïia, Kertch et Kinburn, j'ai toujours noté une fréquence plus grande du Ivpe quotidien parmi les fièvres primitives.
se rattachait, presque toujours, bien plus à l'état antérieur du malade qu'à l'intensité de l'infeciion paludéenne. Les accès perni» ieux devenaient piomptemeut rémittent!, puis sub inirants, ce qui leur donnait bien vile une apparence de continuité, difficile quelquefois à distinguer de la continuité réelle, quand on négligeait de tenir compte des antécédents du malade.
Mais, si l'intermittence, caractérisée par l'hypérémic, Pué morragie, la névrose ou la fièvre, était rarement dégagée de toute complication continue, il était presque rare, en louie saison, «même en hiver et au printemps, de voir les affections continues un peu longues parcourir leurs périodes d'accroissement, d'état, de déclin et de convalescence sans se compliquer de phénomènes intermittents plus ou moins prononcés, qui leur communiquaieni toujours un degré de gravité qu'elles n'auraient pas eu sans leur intervention.
Sur un chiffre de 4,114 malades traités dans mon service, j'ai noté cette combiuaison d'intermittence et de continuité 1^07 fois, sans compter un grand nombre d'accès intermii lents qui se molliraient sans beaucoup d'intensité pendant la durée des maladies continues.
Cette fréquence de l'intermittence, simple ou compliquée, parmi les malades de la Crimée, tient évidemment à la situation des troupes, qui campaient, à peu près partout, au voisinage de foyers marécageux dont l'influence se faisait sentir, en toutes saisons, à des degrés différents, sur toutes les armées, alliées et ennemies.
« Il y a des marais en Crimée, nous disait M. le Dr Quesnoy, 5 la Société impériale de médecine de Constantinople, et leur influence se fait sentir même au cœur de l'hiver. »
€ Je remarquai, avec étonnement, dit M. le D' Lespiau, dans un mémoire fort intéressant adressé à la même Société, des accès de fièvre (frisson, chaleur et sueurs,) se développant dans les mois de janvier et de février par une température de i°2°^ 15° et 18° au-dessous de zéro, lorsque la glace
el la neige couvraient le sol. Ils cédaient facilement à un pur gatif el à 2 ou 5 doses de sulfale de quinine. Les maladies les plus nombreuses, ajoule-i-il un peu plus loin, sont les accès de fièvre, les embarras gastriques, les diarrhées el les brou chites. »
t Pendant l'hiver de 1856, nous disait M. l'inspecteur Baudens à la même Société, les Anglais n'avaieut point de lyphus, mais il n'est point exact de dire que leur armée était exemple de fièvres intermittentes. Si elle étail moins éprouvée que la noire, cela tient à ce qu'elle se trouvait en deuxième ou troisième ligne, c'est-à-dire h une dislance assez éloignée de la Tchernaia pour ne ressentir que faiblement l'infection palusire. Cette infection existe même pendant l'hiver, où elle a compté pour 1/10 dans les entrées des malades aux hôpitaux. >
t En quittant Sébaslopol, après la prise de Malakoff, nous disait M. le Dr Alférieff, professeur distingué à l'Université de Kiew, les iroupes russes campèrent dans les vallées. Les fièvres ialermillenles se manifestèrent en grand nomhre, les malades encombrèreul les hôpitaux et c'est à la suite de cet encombrement que le typhus éclata. »
Comme on le voit, tous les faits, observés eu Crimée, que je viens de rapporter el une foule d'autres qui m'ont été racontés par d'autres médecins, s'accordent avec ce que j'ai vu à Constantinople, à savoir, que dans toutes les armées et dans toutes les saisons les affeciions de nature paludéenne étaient fréquentes
Dans les maladies .rémittentes, les paroxysmes étaient presque toujours double- tierces ou quotidiens, rarement tierces ei une fois seulement je les ai vu quartes.
Les accès n'étaient, pour ainsi dire, jamais complets: le frisson et la sueur manquaient le plus souvent, et le paroxysme s'annonçait quelquefois par un simple mouvement fluxionnaire, une congeslion ou une hémorragie ; d'autres fois par une douleur plus ou moins aiguë; plus souvent par la chaleur, la cépha-
lalgic, la force et la fréquence du pouls ei par l'aggravation de* symptômes de l'affection continue.
C'est surtout dans les affections rémittentes que les accès devenaient facilement cl souvent pernicieux quand on négli • geait de les combattre de bonne heure; et^ ici de même que dans les fièvres intermittentes simples, la gravité des accès dépendait bien plus de l'état débile ou cachectique du malade que du degré de l'intoxication marécageuse. C'est principalement dans les affections continues et alors surtout que l'économie était ptofondément altérée par les privations, la diarrhée, le scorbut ou toute autre maladie aigùe, chronique ou cachectique, que le moindre accès intermittent suffisait pour provoquer une congestion viscérale, une^héniorragie ou tout autre accident grave et souvent mortel.
Le rémittence, souvent insolite et insidieuse, était particulièrement fréquente et dangereuse en hiver. L'intoxication paludéenne antérieure en était la cause essentielle; la maladie continue, oul'éiat cachectique du sujet, la cause prédisposante commune; les variations brusques et profondes de la température et les écarts du régime les causes déterminantesjles plus ordinaires.
Les décès produits par les 1,589 fièvres intermittentes et rémittentes simples ou sans complications notables, s'élèvent au chiffre de i34, c'est-à-dire à 1 sur 12 et au 19e environ de la mortalité totale.
Dans mon service particulier, je n'ai perdu quequatre malades par suite de fièvres intermittentes ou rémittentes simples, mais j'ai noté par suite de :
Diarrhée chronique et fièvre intermittente 52 décès.
— — — rémittente 19
— — — typhoïde rémittente 32
Dyssenîerie chronique et fièvre intermittente. . . 11
Choléra et fièvre intermittente consécutive 15
v— fièvre rémittente consécutive 2
Fièvre typhoïde rémittente 58
Scorbut, emphysème pulmonaire et fièvre intermittente 1
Congélation et fièvre intermittente .. . 5
Rougeole et fièvre rémittente 1
Érésipèle et fièvre rémittente i
Pleurésie chronique et fièvre intermittente 5
Pleurésie chronique, diarrhée chronique et fièvre
rémittente., -2
MéniBgite aiguë et fièvre rémittente 2
Total 162 décès.
D'où il résulte que, si sur 1,098 décès qui ont eu lieu dans
mon service, l'intermittence n'a été que quatre fois la cause exclusive de la mort, elie a contribué 1G6 fois, c'est-à-dire dans un 1/6e des cas, à produire ce résultat.
Un grand nombre d'autopsies, pratiquées avec le concoure intelligent de MM. Alix et Constantin, n'ont fait que confirmer ce que tout le monde sait, ce que j'avais appris depuis longtemps dans les hôpitaux de la France et de l'Algérie, savoir, que toutes les lésions résultant des accès de fièvre intermittente consistent en des phénomènes d'hypérémie, de phlegmasie et plus rarement d'hémorragie, siégeant dans les divers organes de l'économie, mais surtout dans les méninges et à la périphérie du cerveau, dans les organes parenchymateux. tels que le poumon, la rate et le foie.
Ce qui a été dit plus haut de la topographie de la Crimée i ' de Constantinople, doit être plus que suffisant pour se rendre compte du petit nombre de fièvres intermittentes simples, légitimes, complètes, sans complications que nous observions à l'École Militaire, ainsi que de l'interveution si fréquente de l'intermittence dans les maladies continues. En Crimée et à Cons tantinople, en effet, il y a des endroits marécageux dont les effets se font sentir en toutes saisons, même au plus fort de l'hiver, par celte raison sans doute que le froid n'est jamais
durable et qu'après ces abaissements subiis et profonds de la lempëralure que nous avons signalés ci qui constituent un des caraelères les plus saillants du climat de ces deux pays, ia chaleur s'élève toujours suffisamment pour favoriser la décomposition putride des matières végétales qui se trouvent partout en si grande abondance. Les miasmes paludéens, se dégageant sans cesse, en été et au printemps, en automne et en hiver, de ces foyers île putréfaction, ne sont nulle pan, suffisants pour déterminer, généralement, des accès de fièvre complets chez les sujets bien portanis, ni pour engendrer de véritables épidémies ou endémies de fièvres intermittentes dominant, comme cela a lieu dans certaines contrées de la France, de l'Algérie et d'ailleurs, la constitution médicale ; mais ces miasmes sont à peu près partout assez puissants pour infecter les individus soumis à leur influence délétère et pour faire entrer l'intermittence, à des degrés divers, dans la composition de la plupart des états morbides continus. Ce fait capital, attesté par les médecins de la Crimée et de Constantiuople, et confirmé par les maladies de Constantinople et de la Crimée, doit être bien établi afin de bien faire saisir la nature des moyens thérapeutiques qu'il convenait généralement d'appliquer au traitement des maladies provenant de l'une et de l'autre de ces localités.
Le traitement des affections intermittentes variait selon qu'elles étaient simples ou compliquées, selon que les malades avaient une constitution forte, détériorée ou cachectique :
Quand l'intermittence, qu'elle fut quotidienne, tierce ou quarte, était dégagée de toute complication continue, et que le malade était robuste, — ce qui était assez rare, — deux ou trois prises de sulfate ou de tannate de quinine, à la dose de 6 à 10 décigrammes, en arrêtaient presque toujours promptement les accès, et un régime tonique en terminait la guérison.
Dans le cas où l'intermittence se trouvait compliquée d'une ou de plusieurs affections contiuues, le traitement devait varier selon la nature des corn olica lions :
Si, daus ces maladies complexes, l'intermittence, ne constituait qu'un élément secondaire et n'offrait aucun danger iinniédiat, — c'était ie cas le plus fréquent , — mou premier soin était d'attaquer de suite l'élément continu parles vomitifs ou les éméto-catharûques, par la saignée ou tout autre moyen selon la nature gastrique, inflammatoire etc. de la complication continue ; et puis je prescrivais au malade deux ou irois doses de sulfate de quinine, comme dans les cas de fièvre intermittente simple.
Si, au contraire, l'intermittence dominait l'état morbide et menaçait de dégénérer en accès pernicieux, je donnais avant tout, une ou deux fortes doses de sulfate de quinine, — 8 à 15 décigrammes généralement, — dans le but d'affaiblir si non de détruire les accès. Le premier danger conjuré, je prescrivais les évacuants, quelquefois les antiphlogistiques ou ces deux ordresde moyens selon le cas; et, après leur emploi, je revenais, pendant deux ou trois jours de suite, à l'usage du sulfate de quinine, à la dose de 6 à 10 décigrammes, pour achever la guérison. Le fébrifuge n'avait, généralement, d'action bien eflicace qu'après l'emploi des évacuants vomitifs et purgatifs; et, les accès, dans la plupart des cas, avaient toujours de la tendance à se reproduire, malgré de fortes doses de sulfate de quinine, tant que l'économie n'avait pas été débarrassée des symptômes d'embarras gastrique ou gastro-intestins hjui ne faisaient que bien rarement défaut. Et comme il n'y avait presque pas de maladie intermittente sans phénomènes bilieux plus ou moins prononcés, ma méthode thérapeutique, — qui n'avait rien d'absolu pourtant, — consistait, généralement, dans l'emploi des évacuants vomitifs et purgatifs d'abord, puis du sulfate de quinine et du régime convenable pour assurer la guérison et prévenir les rechûtes ; ou bieu, quand les accès offraient pa< eux-mêmes un danger immédiat, j'employais, en premier lieu, le sulfate de quinine pour le conjurer, puis les évacuants pour combattre les phénomènes gastriques ou bilieux, puis enfin quelques nouvelles doses de sulfate de quinine pour achevé*
de supprimer les accès intermittents ou eu prévenir le retour.
Quand l'intermittence était associée, — et ces cas étaient extrêmement fréquents, — à un embarras gastrique, à un étal cachectique ou à une maladie aiguë ou chronique continue, je combattais d'abord les phénomènes bilieux par lesémélo-cathartiques et l'élément intermittent par le sulfate de quinine, cl puis je mettais en usa^e les moyens propres à combattre la diarrhée, la dyssen:erie, le scorbut, le typhus ou toute autre affeclion survivant aux deux autres éléments morbides, sans jamais pCFdre de vue les tendances des accès périodiques à se reproduire.
Quand, dans les maladies iotermiltenles ou rémittentes, le sulfate de quinine était administré dans les conditions les plus favorables, c'esi-à-dire après l'usage des évacuants, de la saignée ou d'un autre moyen selon le cas, deux ou trois prises de cette substance à la dose de 6 à 15 décigrammes suffisaient presque toujours pour couper les accès même les plus graves ; tandis que des doses plus fortes et plus nombreuses du même fébrifuge restaient sans efficacité tant qu'il y avait persistance des phénomènes bilieux ou pléthoriques. Dans les maladies longues, la fièvre typhoïde par exemple, l'intermittence avait, généralement, une grande disposition à se reproduire, etil était même rare qu'il ne fallut pas, pendant leur durée, recourir, à plusieurs reprises, à l'emploi des anlipériodiques.
L'expérience et l'observation m'ont appris que, dans les fièvres intermittentes et surtout rémittentes, il était généralement préférable de donner de suite deux ou trois fortes dosée de sulfate de quinine que d'en continuer plus longtemps l'usage au détriment de la quantité. J'ai presque toujours remarqué que la médication quinique trop prolongée était beaucoup plus nuisible qu'utile et qu'il convenait d'en suspendre l'usage aussitôt que les accès étaient supprimés ; elle déterminait .souvent de la diarrhée et presque toujours, notamment chez les sujets détériorés, des accideuts nerveux dont l'intensité et la lurée pouvaient devenir, sans influeucerfavorablement l'inter-
niilteuee, la cause i m m étira te de congestions viscérales graves et mortelles.
Dans les affections rémittentes, une fois l'intermittence cou pée, le rôle du médecin se réduisait à prévenir, par l'emploi, de temps en temps renouvelé, du sulfate de quinine, le retour des accès el à mettre en usage les moyens propres à combattre les états morbides continus.