‹ Maladies de l'armée d'Orient (campagne de 1854-55-56) [electronic resource]Chapitre 13 sur 20 · FORMES · texte numérisé non relu

FORMES

arrhées ....

•y> ;tt>

Bien que ce tableau ne reproduise que les diarrhées et lesdyssenteries simples ou assez graves par elles mêmes pour dominer les diverses complications, on voit, en l'examinant, combien ces deux maladies ont été fréquentes et graves depuis le début jusqu'à la tin de la campagne ; car elles figurent pour 1/5 dans la totalité des entrants et pour plus du 1/3 dans le total des décès.

Mais, pour mieux faire apprécier l'importance du rôle qu'elles jouaient dans la pathologie de l'armée d'Orient, je vais reprendre les malades de mon service particulier et noter dans quels rapports elles s'y sont montrées avec ou sans complications.

Sur 4,114 malades entiés j'ai noté:

La diarrhée et la dyssenterie simples ou sans complication

uotable 406 fois

Compliquées d'angine 2

— d'ophthalmie 3

d'héméralopie 1

— d'ictère - 10

— d'ascite 1

— d'anasarque 10

— d'albuminurie 6

— de bronchite 50

— de pleuro-bronchite 16

— de pleuro-pneumonie. . . . .. 3

— de tubercules pulmonaires 8

— décongélation 98

— de scorbut 452

— — et d'anasarque 21

— — et de fièvre intermittente 85

— de lièvre intermittente 170

— — et de congélation 7

— de fièvre rémittente 138

— — et de congélation 16

de lièvre typhoïde 54

Total. 1.537

D'où il résulte î( que sur 4,1 14 malades, l,5à"< pu plus du 1/3 étaient atteints, eD entrant, de diarrhée ou de argenteries, simple ou compliquées d'autres affections ;

2° Que sur 1,098 décès, 559 ou un peu plus du 1/5 ont éié causés par l'une ou l'autre de ces maladies, simples ou compliquées;

5o Que sur 1,557 diarrhées ou dyssenteries, 40G seulement étaient sans complication notable et 1,151 ou plus des ^compliqués d'auires affections plus ou moins graves;

4» Que les 1,537 diarrhées ou dyssenteries ont fou roi 559 décès ou 1 décès sur 4,2 malades.

Les chiffres précédents nous révèlent La véritable fréquence des affections intestinales et justifient pleinement cette assertion de Desgenettes, de Fournier et de Vaidy, savoir, « que la dyssenterie (1) fait, dans les armées, plus de ravages que. le typhus, la fièvre jaune et la peste » ; — INous pouvons ajouter que le choléra, car le choléra ne nous a enlevé à l'Ecole militaire, — - qui était L'hôpital spécial des cholériques, — que 658 malades, tandis que 981 ont succombé par suite de diarrhée ou de dyssenterie chroniques, sans compter la part que celles-ci ont eu dans les décès produits par les maladies dont elles constituaient une complication importante.

Les affections de la portion inférieure du tube digestif, à part les époques où le choléra et le typhus régnaient épidémiquement, ont constamment dominé la constitution médicale et la mortalité ; et l'on peut affirmer, qu'en raison de leur permanence, les diarrhées et les dyssenteries sont, dans toutes les armées en campagne, les maladies les plus redoutables et les plus meurtrières.

Les diarrhées et les dyssenteries ne nous arrivaient presque jamais à l'état aigu. Quand nous les observions pour la première fois, elles étaient déjà chroniques, à leur 2e, 5e ou 4e récidive ; ou bien, au lieu de constituer la maladie princi-

(1) Tous ces auteurs confondent ta diarrhée chronique avee>lady§senteric.

pale, elle? compliquaient d'autres affections, notamment lescor but. Tant qu'elles étaient aiguës, simples ou peu graves, elles étaient soignées dans les infirmeries régimentaires ou dans les ambulances.

La diarrhée simple constituait, à l'armée d'Orient, un phénomène morbide tellement géiéral, que je ne crains pas de dire, qu'a l'état aigu, elle précédait à peu près toutes les autres maladies, et que très-fréquemment, les autres affections se terminaient par une diarrhée chronique. C'est à peine, en effet, si, sur un effectif de 4,1 14 malades j'en ai trouvé 500, c'est-àdire 1 sur 8, n'iudiquant pas. pour première indisposition, pour maladie antérieure, nue diarrhée plus ou moins longue, plus ou moius intense; et, d'un .mire côté, la plupart des maladies un peu longues, quelle que fut leur nature, mais surtout le scorbut, se compliquaient de diarrhée souvent rebelle et qui devenait fréquemment la cause directe de la mon.

La dsssenterie elle-même n'éîait peut-être jamais primitive dans les camps; elle avait toujours pour prodrome une diarrhée plus eu moins longue, plus ou moins tenace et souvent plusieurs fois rccidivéc. C'était presque toujours une simple trans formation de la première en la seconde, sous l'influence d'un refroidissement, d'un repas trop copieux, de l'usage de mauvaises boissons ou de tout autre cause déterminante; et il arrivait souvent, dans les hôpitaux, que telle maladie notée comme diarrhée la veille, était due d*fS9ttlt&r fe confirmée le lendemain. Et, de même que celte dernière maladie débute à peu près constamment par une diarrhée aigûe, de même elle se terminait, pour peu qu'elle se prolongeât, avant la guérisonou la mort du malade, par une diarrhée plus ou moins rebelle, plus on moins difficile à combattre.

Celte fréquence de la diarrhfe an début et à la fin des maladies n'est point d'ailleurs un fait propre et exclusif aux soldats de l'armée d'Orient; on l'observe dans toutes les arméeen campagne, notamment dans les pays chauds : elle tient au ^eure de vie du soldat ?* la nostalgie à l'insuffisance ou à la

mauvaise qualité de la uourriturc, aux fatiguas, aux privations de toutes espèces, à ses imprudences incessantes, à l'humidité du sol sur lequel il est obligé de coucher, aux marches et aux factions de jour et de nuit, aux intempéries de l'atmosphère dont il ne peut jamais se garantir suffisamment.

La diarrhée aigùe n'était jamais, et la dysseuteric aiguë que fort rarement, la cause directe de la mon. La diarrhée chroni que était toujours l'affection la plus souvent mortelle, car ji était rare que la dyssenterie chronique conservât jusqu'à la mort ses caractères dysseutériques, qui sont le lénesme et les selles sanguinolentes.

La lésion anatomique de la dysseuterie aiguë consiste dans l'inflammation et l'ulcération du gros intestin. Les lésions de de la diarrhée et de la dyssenierie chroniques ont le même siège et sont caractérisées par des ulcérations récentes ou anciennes, plus ou moins éteudues, généralement d'au:aui plus profondes et plus nombreuses qu'elles sont plus voisines de la partie inférieure du rectum; un épaississement induré et plus ou moins considérable du tissu cellulaire sous-muqueux. Sur 02 autopsies pratiquées sur des sujets provenant de la Crimée, sans distinction du genre de maladie qui avait été la cause di recte de la mort, nous avons rencontré 68 fois, à des degrés différents, les lésions de la diarrhée ou de la dyssenterie chroniques : inflammation, ulcérations récentes ou anciennes, épaississement œdémateux et induration du tissu cellulaire sous-muqueux du gros intestin.

La diarrhée aigùe primitive, soignée dès le début, se dissipait, le plus souvent en quelques jours, par le repos et le régime seuls ou combinés, au besoin, avec l'usage des boissons féculentes et de quelques gouttes de laudanum.

Si celte maladie, qu'éprouvent presque tous les soldats en campagne, sans importance en apparence et fort grave en réa Lté, parce qu'elle altère la constitution et prédispose à d'autrès affections, était traitée, dès son apparition, par l'emploi Ues ,flovens '*ue 'c viens d'indiquer, je peux dire que l'on di-

minuerait, au moins île moiiié, le nombre des maladies graves et la mortalité. Mais malheureusement, le soldat ne se plaiut généralement de sa première indisposition que lorsqu'il est déjà fortement détérioré ou dangereusement frappé.

Quand la diarrhées'accompagnait de phénomènes Ivilieux, — et ces casétaient lès plus fréquents,— un vomiiif ou un éméto-eaihartique d'abord, le régime et le laudanum ensuite, amenaient, presque toujours, eu peu de temps, une guérison Mire et durable.

Dausles diarrhées chroniques, mémo dans celles compliquées de scorbut, les astringents de toute espèce m'ont paru, en général, beaucoup plus nuisibles qu'utiles : l'amélioration qu'ils produisaient était, presque toujours, plus éphémère que durable, plus apparente que réelle, et ne servait, le plus souvent, qu'à endormir, sur la gravité du mal, le médecin et surtout le malade qui se croit guéri dès que le symptôme de la maladie disparaît.

Les toniques n'étaient généralement supportés qu'avec difficulté. Le meilleur tonique était le vin de bonne qualité ; j'en donnais, avec ménagement et en en surveillant incessant" ment les effets, aussitôt que le malade pouvait le supporter sans éprouver, par suite de son usage, des troubles morbides dans les fondions digestives.

L'ipécacuanha à des doses altérantes et l'eau deSedlitzen petites quantités, administrés, de temps en temps, trois ou quatre jours de suite, produisaient, en général, de bons résultats.

L'opium, employé d'une manière continue, seul ou concurremment avec quelques doses d'ipécacuauha et de sulfate de magnésie, est, de tous les agents thérapeutiques, celui dont j'ai retiré les meilleurs effets.

Mais tous ces agents de la matière médicale ne produisaient jamais de résultats heureux cl durables qu'à la condition bien expresse d'être secondés par un régime hygiénique convenable. Un bain d'eau douce ou de vapeur pour nettoyer la peau et favoriser le retour de ses sécrétions normales, l'application immédiate de flanelle sur le corps, pour entretenir à sa surface

une chaleur uniforme el douce, étaient toujours des auxiliaire» très-utiles ; mais l'alimentation,— je ne saurais trop le dire ei le répéter, — constituait toujours la partie capitale, essentielle du traitement dans les diarrhées chroniques. Sans une persévérance extrême dans le régime, il n'y avait pas de guérison possible.

Aussitôt que le malade mangeait un peu trop, ou qu'il était mis un peu prématurément au régime gras, il éprouvait une rechuie. Quand les diarrhcïques avaient assez d'énergie pour résister à celte faim factice, que l'on éprouve dans quelque^ maladies, dans les affections intestinales surtout, et pour se contenter longtemps du quart de la portion, ils guérissaient généralement; mais dès que, pour satisfaire leur appétit, ils dépassaient trop tôt cette limite, ils rechutaient le plus souvent.

Le régime maigre, composé de potages au riz, au vermicelle, à la fécule de riz, ou à l'arrow-root — dont l'usage, sur la demande de M. l'inspecteur Baudens, avait été généreusement et exceptionnellement autorisé pour les hôpitaux de Constant) uople; — d'une quantité de pain et de vin en rapport avec les forces digestives des malades; d'un aliment léger, tel que pom mes, pruneaux, œufs, etc.; voilà quelle devait être, pendant des semaines et quelquefois des mois entiers, la nourriture des ma lades atteints de diarrhée chronique. J'ai été témoin, sous l'influence de ce régime et de la médication indiquée plus haut, d'un grand nombre de guérisons que l'on pourrait presque appeler miraculeuses; mais aussi combien de fois n'ai-je pas vu des hommes dont la guérison eût été facile et certaine à l'aide d'une alimentation et d'une médication plus convenables, succomber à la suite d'une série plus ou moins longue de rechutes, presque toujours provoquées par un écart de régime !

Le traitement de la dyssenterie aiguë n'offrait rien de spécial ; il consistait, comme partout et comme je l'ai dit ailleurs (1), dans l'emploi des vomitifs, des purgatifs, des laye-

I } Considérations générales et pratiques sur le traitement delà dvssen lerie. Metz, 1845.

ments, des cataplasmes, de bains de siège* de l'opium seul ou associé à l'ipécacuanha.

Quand la maladie était ehronique, elle devait èlre frailée de la même manière et avec la même rigueur que la diarrhée chronique, caractérisée anatomiqueme;;t, comme elle, par une altération profonde des tuniques du gros intestin.

Page 1