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avait 47 cholériques gravement frappés, ci du 8 au 14, le même bâtiment nous envoie 50 nouveaux cas. — Ce bâtiment avail mis 18 jours à faire la traversée de Marseille à Constanlinople, el tous les hommes se plaignaient d'avoir été fort mat traités à bord , sous le triple rapport de la nourriture, de f encombrement el des soins.
Vers la même époque, quelques cas de choléra se déclarent sur les rives du Bosphore, à l'hôpital de Canlidjé el dans différents quartiers de Constantinople.
Du 11 au 19 octobre, 2 soldats du poste de Péra, 1 du poste de Dolma-Bagtché et I infirmier valide de ce dernier établissement, lous nouvellement arrivés de France, sout pris de choléra el poriésà l'Ecole militaire ; et, le 18, un 2e bâtiment, arrivant de Marseille, chargé de troupes, nous envoie H nouveaux cholériques.
Le 17 novembre, un 3e bâtiment anglais, également arrivé de France avec des troupes françaises, avait à son bord 9 soldats atteints de choléra, lesquels sont transportés à l'Ecole militaire.
Le 19 du même mois, un caporal du 1er de ligne, arrivé depuis peu de France est frappé au poste de Dolma-Bagtché, et du 20 novembre au 5 décembre, 51 soldats sont atteints au camp des Eaux -Douces, à une faible distance de Maslak et de l'Ecole militaire.
Le 40 janvier 1856, le capitaine d'un bâtiment marchand est pris de choléra, à bord, dans le Bosphore; le lendemain on nous apporte un soldai frappé à Canlidjé; deux jours après, î adjudant-major el 2 soldats du 1er de ligne sont atteints au camp de Maslak.
Pendant les quatre mois suivants, on ne signale plus, ni à Constantinople ni en Crimée, aucun cas de choléra confirmé. Mais, dans la nuit du 17 au 18 juin 1856, plusieurs malades de l'Ecole militaire, — restée jusqu'alors complètement étrangère à toute influence cholérique apparente, malgré le nombre considérable de cas de choléra qu'elle avait reens , —
éprouvent quelques symptômes légers mais évidents de celle maladie ; et, du 19 au 20, le vaguemestre de Dolma-Bagtché et 1 soldat du train, logé dans les bâtiments de l'Ecole, sont pris de phénomènes cholériques assez graves, mais qui se dissipent du jourfc*au lendemain. Ce sonl les derniers cas de choléra dont j'ai été témoin en Orient.
Les symptômes du choléra observé à l'Ecole militaire sont les mêmes que ceux que j'ai rencontrés dans toutes les épidémies cholériques : l'algidiié, la cyanose et la faiblesse du pouls, les vomissements et la dian liée, les crampes el la perte de l'élasticité de la peau.
Je dois faire remarquer cependant :
1° Que chez les cholériques frappés à Conslantinople ou dans les camps et apportés au début de la maladie, les crampes, l'ai gidité, la cyanose et l'affaiblissement de la circulation cousiiluaieniles phénomènes dominants, .tandis que les vomissements, la diarrhée et la diminution de l'élasticité de la peau n'en étaient généralement que des symptômes secondaires ;
2° Que parmi les nialades[évacués des ambulances de la Crimée et de Maslak, beaucoup étaient convalescents, d'autres gravement ou mortellement frappés par le retour des phénomènes cholériques ou par des accidents comateux, pulmonaires ou typhoïdes, cousécuiifs à une réaction trop violente, sans crampes, sans algidilé, sans cyanose, sans faiblesse du pouls , sans diarrhée eigsans vomissements;
o° Que parmi les cholériques envoyés des bâtiments arrivés de France, il y avait quelques convalescents, quelques cas de choléra primitif avec diarrhée, vomissements, crampes, algidilé et cyanose , et un bien plus grand nombre de cas caractérisés par les accidents consécutifs ordinaires à une réaction trop violente, tels que congestions cérébrales et pulmonaires, coma et dyspnée [avec ou sans phénomènes typhoïdes prononcés ;
4° Que chez la plupart des cholériques provenant des hôpitaux, — cachectiques et débilités par un séjour prolongé en Cri-
ffiée et par des diarrhées ou des dyssenteries antérieures ci chroniques et ne nous arrivai!*, le plus souvent, que le lendemain ou plusieurs jours après l'invasion du choléra, — la diarrhée, l'algidité, la faiblesse ou l'absence du pouls et la perte de l'élasiicitôde la peau en constituaient les symptômes dominants et les plus constants, tandis que les crampes manquaient presque toujours, et les vomissements et la cyanose très souvent.
Qu'en outre de ees derniers cas qui ne constituaient pas généralement le choléra réel, légitime, confirmé, mais bien des états pathologiques complexes dans lesquels des accidents cholériques entraientà titre de complication toujours grave et propreà rapprocher le moment de la mort, j'ai noté, parmi les hommes évacués des hôpitaux, comme atteints de choléra, 120 sujets qui ne figurent pas dans celte statistique et qui, réduits au dernier degré du marasme par des affections chroniques et incurables du tube digestif, n'offraient aucun signe cholérique réel. — Les infirmiers, prenant pour des symptômes de choléra les vomissements, la faiblesse du pouN, le refroidissement et les évacuations involontaires qui sont les signes précurseurs ordinaires de la mort dans les diarrhées et les dyssenteries chroniques, nous envoyaient, en l'absence des médecins traitants, sous le prétexte de choléra, tous les malades qui présentaient l'un ou l'autre de ces accidents, complètement étrangers à l'intoxication cholérique.
11 résulte des faits précédemment exposés :
\° Que le choléra s'est montré dans notre année en juillet 1854, à peu près en même temps sur tous les points de l'Empire Ottoman occupé par nos troupes, et que depuis cette époque jusqu'à la fin de la campagne, celles-ci n'ont jamais été complètement à l'abri de l'inlluence cholérique, se traduisant, tant à Constanliuople qu'en Crimée, sur un ou plusieurs points à la fois, tantôt par de simples phénomènes cholériques compliquant d'autres maladies, tantôt par des cholérines manifestes, tantôt par des cas spjradiques de choléra confirmé, tantôt enfin par de véritables épidémies ou des recrudescences
épidémiques, plus ou moins étendues, mais toujours do cour lé durée ;
2° Que la mortalité produite par les 1490 cholériques liaités à l'École militaire, a varié selon les époques et selon la provenance des malades;
5° Que la mortalité a é(é de 77 sur 100 chez les 55 cholériques delà lle époque, de 57 sur i 00 chez les 730 de la l*** et de 49 sue 100 chez les 725 de la 5mc ;
4e Que la mortalité a été \° excessive chez les cholériques de la iie époque, parce que tous ces cas avaient été fournis paj des hommes épuisés en Crimée et déjà atteints d'autres maladies chroniques an moment de l'invasisn cholérique ; 2° modérée chez ceux de la 2e, parce que la très grande majorité des cas a été fournie par des hommes valides du, camp de Maslak ; 5° intermédiaire aux deux autres chez ceux de la 3e, à cause de la variété plus grande de la provenence des malades:
5° Que la mortalité a été de 2G sur 100 dans les H1 cas de choléra primitif, simple, vierge de toute maladie et de tout traitement antérieur, fournis par les troupes des camps de Maslak et des Eaux-Douces, par les infimiers et par les postes militaires de Péra, de Dolma-Bagché, de l'École mili taire et de la Marine ; de 55 sur f 00 dans les 565 cas primitifs, simples , vierges de maladies antérieures mais évacués des ambulances de Crimée et de Maslak ou des bâtiments arrivant de France, où ils avaient été déjà soumis à un traitement plus ou moins complet ; de 71 sur 100 dans les 484 cas survenus chez les malades en traitement pour d'autres maladies dans les hôpitaux de Péraj, de l'École militaire, du Terrain de manœuvres, de l'Ecole préparatoire, de Dolma-liagtché, de Canlidjé et de l'ambassade lïusse et évacués de ces éta blissements dans mon service après l'invasion du choléra ;
6° Que la mortalité a été : 1° faible chez les malades de la lre deceslroiscatégories, parce qu'ils étaient, en généra 1, forts, robustes, sans maladies, sans privations, sans fatigues antérieures, et envoyés a l'hôpital dès le début de la maladie;
¥plm élevée chez les cholériques de la 2«, — bien qu'évacués 5 litre de convalescents — à cause des rechuieset des congestions viscérales occasionnées si souvent par les refroidissements et les mouvements résultant nécessairement du transport, quand surtout l'évacuation était un peu prématurée; 5° excessive chez les cholériques delà 3e, à cause de l'état cachectique et des maladies dont ils étaient généralement atteints avant l'invasion du choléra et parce que, dans les hôpitaux, on retenait les cas légers pour n'envoyer a l'hôpital spécial des cholériques que les attaques les plus graves, celles qui, ayant résisté au premier traitement, n'offraient plus que très peu de ressources au moment de l'évacuation.
7° Que la mortalité a été : 1° très modérée chez les malades provenant des camps de Maslak et des Eaux -Douces,— malgré l'application un peu tardive du traitement, la longueur et la difficulté du transport, — parce que chez eux le choléra était simple, légitime et ne s'attaquait qu'à des hommes bien portants, récemment arrivés de France et encore vierges de maladies antérieures, des fatigues et des privations de la guerre ; 2° forte chez les cholériques évacués des ambulances de la Grimée et de Mas'ak, — bien qu'envoyés à titre de convalescents, — parce que beaucoup d'eutr'eux, quelquefois à peine sortis de la période algide, éprouvaient, par suite des mouvements et des refroidissements inséparables du transport d'un lieu dans un autre, le relourdes accideuts cholériques, ou plus souvent encore des congestions viscérales consécutives, toujours graves et très souvent mortelles ; 5" très élevée chez les malades frappés à bord des bâtiments venant de France, à cause de leurarrivée tardive à l'hôpital^ de la longueur et de la difficulté du transport; 4° excessive chez les malades évacués de Dolma- Bagtché et de l'Ecole préparatoire, à cause de la longueur du transport et de l'origine de la maladie exclusivement criméenne ; 5° moins élevée chez les cholériques de Péra que chez ceux des deux hôpitaux précédents, à cause de leur double provenance antérieure, les uns de Crimée et les autres du camp de Mas-
lak; <>° moins élevée encore chez les cholériques évacués du terrain de manœuvres que chez ceux de Péra, — malgré leur double origine commune, — à cause de leur plus grande proximité de l'Ecole militaire ; 7° moins élevée enfin chez les malades frappés à l'Ecole militaire jjue chez ceux provenant de ces trois derniers hôpitaux,— malgré les mêmes conditions d'origine, — parce qu'ils étaient traites dans l'établissement même, immédiatement après l'invasion cholérique et sans ê;re exposés aux inconvénients du transport d'un hôpital dans un autre.
Et, c'est là, pendant mon séjour à l'Ecole militaire, au milieu d'éléments si nombreux et si variés, que j'ai pu me convaincre des graves dangers,— quelles que soient les précautions que l'on prenne pour les atténuer, — qui résultent pour ies cholériques, «teleur translation d'un établissement dans un autre ' combien les cholériques frappés daus un établissement gagnent à ê«re traités de suite e sur les lieux mêmes ; combien enfin les mouvements et tes refroidissements occasionnés nécessairement par le transport des malades ainsi que le moindre retard apporté au traitement du choléra, aggravent la maladie et élèvent le chiffre de la mortalité !
2° Causes du choléra et des affections cholériques. Cette étude est de la plus haute importance, et pourtant la plupart des auteurs, dans leurs ouvrages, se contentent, généralement de rappeler les hypothèses de leurs prédécesseurs, d'en hasarder de nouvelles, et de faire la longue énumération des circonstances que l'on a l'habitude de considérer comme causes morbifiques générales, sans s'inquiéter, le plus souvent, de leur mode d'action et de leur puissance relative. Nous allons chercher, d'après les faits et notre observation, à établir quelques vérités utiles, à détruire quelques erreurs dangereuses et à jeter un peu de lumière dans cette question si intéressante et encore si obscure des épidémies cholériques.
Nous ne sommes plus au temps où l'on regardait le choléra comme une inflammation ou une asthénie, oà pour tout traiic-
ment, on conseillait les anlipbiogistiques ou les excitants. Personne ne lui conteste plus aujourd'hui un caractère réel de spécificité, et tous les médecins admettent que l'action d'un agent spécifique sur l'économie es* indispensable à l'invasion de tout phénomène cholérique.
Puisque le choléra ne peut éclater sans une intoxication spéciale, nous devons étudier séparément : 1° l'agent spécifique qui le produit ; 2° les causes communes susceptibles de favoriser son action sur les individus soumis à son influence.
A. Cause spécifique. Le choléra épidémique ou sporadique, la cholérine et ious les accidents cholériques réels sont évidemment le résultat de la même cause morbifique. Ou a tour a tour cru en trouver l'origine dans un empoisonnement miasmatique, dans la présence d'animalcules s'introduisant dans l'économie, dans des corpuscules particuliers qui se développent dans l'air et auxquels on a donné le nom de champignonscholériques, dans ie déf ini d'équilibre entre les deux électricités du corps vivant, dans l'arrêt accidentel du fluide sanguin dans les capillaires, dans la diminution des sels alcalins dans le sang, dans la prédominance des alcalis sur les acides, dans une altération septique du sang, dans une lésion spéciale et primitive de la moelle épinière ou des nerfs ganglionnaires, dans une inflammation de la muqueuse digestive, dans une altération profonde de l'innervation générale, dans une phelgmorragie gasiro-intestinale, dans une fièvre pernicieuse algide, dans divers météores visibles ou invisibles, dans une régurgitation intestinale par les vaisseaux chylifères du chyle et de la lymphe provenant du canal thoracique, etc., etc.
La cause spécifique d'une maladie aussi générale que le choléra ne peut résider que dans un agent universellement répandu; et, comme 51 n'existe autour de nous qu'un seul élément, — l'atmosphère — assez universel pour donner une explication satisfaisante de sa génération et de sa généralisation, c'est en vain que l'on en chercherait l'origine dan? des conditions locales ou accidentelles de terrain, d'alimentation, d'exercices,
d'habitations, de vêtements, d'habitudes, d'affections morales, etc. Toutes ces conditions sont sans doute susceptibles d'être favorables ou contraires à l'action de cet agent spéeifique une lois engendré; mais aucune d'elles n'est assez générale pour lui donner naissance. L'air atmosphérique seul peut nous donner la raison de la prompte diffusion du choléra. Son retour périodique ainsi que sas affinités particulières pour les lieux qu'il a déjà visités, fournissent une preuve de plus de la connexion intime de l'atmosphère avec les épidémies cholé- • riques.
Des auteurs d'un grand mérite ont déjà avancé et soutenu que la cause spécifique du choléra résidait dans l'air, et tour à tour on l'a attribuée à la diminution de l'oxygène, à une modification de l'électricité ou de l'ozone, à un miasme lellurique et originaire du delta du Gange, etc. Mais, ces théories, ne reposant généralement que sur des assertions ou des hypothèses, ont le sort de toutes les conceptions de celte nature : elles s'évanouissent à mesure que l'on en recherche la vérification dans les faits bien observés.
Puisque le génie cholérique ne peut avoir un autre véhicule que l'atmosphère, c'est en elle que l'on a quelque chance d'en découvrir l'origine, et, la rechercher ailleurs ne saurait être qu'une chimère. Mais, ce génie, dont les terribles effets ne peuvent laisser aucun doute sur son existence, consiste-i-il en un miasme dont l'air non altéré ne serait que le véhicule, ou bien résulte-t-il d'une modificafion particulière de ses qualités sensibles? Telles sont les questions délicates, qu'au point de vue pratique, il serait peut-être plus curieux qu'important de résoudre, mais dont la solution définitive n'est pas possible dans Tétai actuel de nos connaissances médicales.
Ou peut admettre cependant qu'il n'est pas constitué par un agent matériel en suspension dans l'atmosphère, puisque la physique et la chimie, malgré la perfection et la délicatesse de leurs procédés, ne nous apprennent rien de positif à cet égard ; il est plus rationnel de croire qu'il résulte d'une allé-
ration spéciale de ses qualités sensibles, et c'est sans doute dans l'élude approffbndie de ses modifications que se trouvera la cause mystérieuse du choléra, comme celle peut être de toutes les grandes épidémies.
La météorologie, destinée à jeter tant de lumière sur les causes des maladies, est encore dans l'enfance sous ce rapport ; et la raison s'en trouve bien moins dans l'absenced'observaîiocs météorologiques que dans la difficulté de les généraliser et d'en déduire des conséquences rigoureuses.
Les médecins qui se sont particulièrement occupés de l'élude des maladies populaires, — Hippocrate, Ramazini, Baglivi, Stoll, Huxhain, Lepecq de la Clôture, etc., — avaient tous compris que la cause générale de ces constitutions médicales existaitdans l'air avant leur explosion et proclamé « que c'est dans la constitution atmosphérique antérieure à leur manifestation qu'il fallait en rechercher l'origine. »
Le choléra ne nous paraît être qu'une maladie populaire exceptionnelle, qu'une constitution médicale intempestive et ne faisant pas, sous ce rapport, exception à cette loi générale formulée par les auteurs illustres que nous venons de citer. Aussi, croyons-nous pouvoir affirmer que pour établir la relation véritable qui existe entre les qualités de l'air et le choléra, au lieu, comme on le fait trop souvent, d'examiner l'atmosphère pendant les épidémies cholériques, il est indispensable de tenir compte de la constituiion atmosphérique des temps passés, c'est -à dire de la constitution qui existait avant l'apparition de la maladie. C'est cette constitution de l'air, antérieure au choléra, qui est la vraie cause génératrice du génie morbifîque, celle qui prépare peu à peu les épidémies cholériques, tandis que la constitution régnante pendant la durée des épidémies agit bien plus comme cause déterminante du choléra qu'à titre de cause spécifique de la maladie.
Une épidémie de choléra ne peut donc jamais éclater dans une localité sans que cette localité ait été préalablement sou-
mise à l'influence d'une atmosphère cholérique, de même que le choléra ne frappe jamais un individu sans une infection cholérique préalable ; et, si cette influence cholérique, antérieure à l'invasion de tout cas de choléra et de toute épidémie, n'est pas notée partout, ce n'est pas à son absence, mais bien à ce qu'elle passe inaperçue qu'il faut en attribuer la cause.
La durée de cette incubation, indispensable à la manifestation de tout phénomène cholérique, ne saurait être déterminée, même d'une manière approximative ; car, si, d'une part, l'observation nous apprend qu'un temps assez long, — huit à dix jours au moins, — est nécessaire au génie cholérique, une fois absorbé, pour produire ses premières manifestations pathologiques, elle nous démontre, d'un autre côté, qu'un individu peut être infecté sans être atteint par la maladie et que l'influence cholérique peut se développer dans une localité sans provoquer uneépidémie de choléra. L'empoisonnement cholérique n'entraîne donc nécessairement l'invasion ni du choléra ni même de la cholérine : l'élimination de l'agent septiquepëut s'opérer et s'opère même très souvent sans la manifestation de symptômes cholériques bien tranchés.
Dans le but de déterminer la relation réelle qui existe entre l'atmosphère et les épidémies de choléra, nous avons étudié, avec le plus grand soin, les constitutions atmosphériques qui ont précédé et accompagné les trois épidémies d'Oran en 1849, 1850 et 1851; et, les observations météorologiques recueillies, avec exactitude, par l'administration des ponts-etchaussées, en dehors de toute préoccupation palhogénique, nous ont conduit aux résultats suivants, dont il serait inutile et trop long de reproduire tous les détails et que nous allons résumer ici sous forme de propositions (1) :
(1) La constitution atmosphérique normale de la ville d'Oran a été déterminée d'après les observations météorologiques de 10 ans; et, le choléra a régné dans celte villç, épidémîquement, en 1841) du 27 septembre au 21 novembre, en 1850 du 20 octobre au 1er décembre, en 1851 du 19 juillet au 8 septembre.
).? La constitution atmosphérique dos irois années qui uni précédé la première épidémie, (1840, 1847 ci 1848), diffère^ la constitution atmosphérique normale, par des fluctuations plus grandes du thermomètre ei du baromètre, notamment du dernier; par l'évolution sensiblement plus régulière des saisons et pr moius d'intempéries ; par la plus grande fréquen ce des vents d'Est et d'Ouest ei par leur calme plus grand ; par une humidité un peu plus considérable sous le double rapport du nombre de jours de pluie cl de la quantité d'eau tombée.
2° La constitution atmosphérique des trois an nées épidémiques (1849, 1850 et 1851), diffère : a. de la constitution atmos phérique normale, par une température sensiblement plus froide et plus régulière; par les oscillations moins intempestives du baromètre ; par la fréquence des vents du Nord et de l'Est, la rareté des vents contraires et par le calme plus grand des uns et des autres; par le nombre plus considérable de jours clairs ; par une sécheresse notablement plus grande sous le double rapport de la quantité d'eau tombée et du nombre de jours pluvieux ; b. de la constitution atmosphérique des trois années qui ont précédé la première épidémie {i8â6, 18 47 et 18i8)j par un printemps sensiblement plus chaud et un automne plus froid ; par une élévation notablement plus grande du mercure thermometrique; par une fréquence et un calme plus grands des vents du Nord et de l'Est ; par le nombre plus considérable de jours clairs; par une sécheresse remarquablement plus grande sous le double rapport du nombre de jours de pluie et de la quantité d'eau tombée.
3° La constitution atmosphérique des neuf premiers mois de 1849, qui ont précédé la première épidémie, diffère de la constitution atmosphérique normale de la même époque de l'année, par la plus grande fréquence des vents du Nord et par leur calme plus grand ; par une fréquence extraordinaire de jours clairs; par une sécheresse excessive sous le double rapport de la quantité d?eau tombée et du nombre de jours pluvieux.
4j La constitution atmosphérique du mois île septembre 1849, qui a précédé la première épidémie diffère : a. de la constitution atmosphérique normale du même mois, par une température un peu plus élevée, plus constante et plus régulière; par les fluctuations moins profondes du baromètre ; par un calme et une constance remarquable des verns du Nord et par une sécheresse plus grande; b, (te la constitution atmosphérique du mois de septembre des trois années qui ont précédé la première épidémie (1846, 1841 et 1848), par les oscillations moins étendues du thermomètre et une température moyenne un peu plus élevée; par une pression atmosphérique plus régulière et moins variable ; par la constance et le calme absolu des vents du Nord ; par une sécheresse notablement plus grande sous le double rapport du nombre de jours de pluie et de la quantité d'eau tombée.
5° La constitution atmosphérique du mois d'octobre 1850, qui a précédé la deuxième épidémie diffère : a. de la constitution atmosphérique normale, par une température plus basseet moins intempestive; par uneélévation moyenne du baromètre un peu moins grande et des oscillations moinsétendues; parla fréquence un peu plus grande des ^entsdu Nord et par une humidité sensiblement plus prononcée; b. de la constitution atmosphérique du mois d'octobre des trois années qui ont précédé la première épidémie (1846, 1847 et 1848), par sa température moyenne plus élevée et plus régulière ; par son élévation barométrique moyenne un peu moindre et des oscillations moins sensibles; par la plus grande fréquence des vents du Nord et de l'Est, et par un plus grand nombre de jours pluvieux.
6° La constitution atmosphérique du mois de juin 1851, qui a précédé la troisième épidémie, ditfère : a. de la constitution atmosphérique normale du même mois, par une température moyenuemoins élevée; par uneélévation moyennede la colonne barométrique plus grande; parles fluctuations moins brusques et moins notables du thermomètre et du baromètre ; par la
fréquence plus grande des vents du Nord ei de l'Est et pat leur moindre agitation, et par une plus grande quantité d'eau tombée; I). de la constitution atmosphérique des trois années qui ont précédé la première épidémie, par les mêmes caractères.
7° La constitution atmosphérique des mois d'octobre et de novembre 1 349, époque de la première épidémie, diffère : a. de la constitution atmosphérique normale des deux mêmes mois de Vannée, par une température moyenne plus élevée et une hauteur barométrique plus grande ; par la fréquence et le calme plus grands des vents du Nord et de l'Est, par une sérénité plus grande du ciel et par une sécheresse plus grande: b. de la constitution atmosphérique des mois d'octobre et de novembre des trois années qui ont précédé la première épidémie {1846, 1S57 et 1848), par les mêmes caractères.
8° La constitution atmosphérique du mois de novembre 1850. époque de la deuxième épidémie, diffère : a. de la constitution atmosphérique normale des mêmes mois, par la plus grande fréquence des vents du Nord et de l'Est, par un nombre plus grand de jours nuageux et par une sécheresse plus grande : b. de la constitution atmosphérique du mois de novembre des trois années qui ont précédé la première épidémie [1846, 1841 et 1848), par les mêmes caractères.
9° La constitution atmosphérique des mois de juillet et d'août 1851, époque de la 5e épidémie, diffère : a de la constitution atmosphérique normale des deux mêmes mois, par une température plus régulière et à peine supérieure en moyenne; par un calme sensiblement plus grand des vents ; par un nombre à peine plus élevé de jours c airs et par une sécheresse plus grande; b de la constitution atmosphérique des mots de juillet' et d'août des trois années qui ont précédé la 1" épidémie (1846, 1847 et 1848), par un nombre à peine supérieur de jours clairs et par une température un p'iu plus élevée en moyenne.
D'où il résulte:
i" Que la constitution atmosphérique dos trois années qui ont précédé la lre épidémie (184G, 1847 et 1848), à peine dît" lérente de la constitution normale, ne s'en distingue guère que par le calme un peu plus notable des vents et par sa plus grande humidité, surtout en automne ;
2° Que la constitution atmosphérique des neuf premiers mois de 1849 qui ont précédé la lre épidémie, bien différente au contraire, de la constitution normale du même mois, s'en distingue par un calme remarquable des vents et par leur fréquente direction des côiés Nord et Est, par une sérénité tout à fait extraordinaire du ciel et par une sécheresse extrême sous le double rapport du nombre de jours pluvieux et de la quantité d'eau tombée ;
5° Que les constitutions atmosphériques des mois de septembre 1849, d'octobre 1850 et de juin 1851, qui ont* précédé l'invasion des trois épidémies, diffrèent de la constitution atmosphérique normale des mêmes mois, par une température et une pression sensiblement les mêmes en moyenne, mais notablement plus uniformes, par la fréquence et le calme plus grand des vents du Nord et de l'Est ;
4° Que les constitutions atmosphériques des trois années épidemiques (1849, 1850 et 1851) ne diffèrent sensiblement de la constitution normale que par la plus grande fréquence des vents du Nord et de l'Est, par la sérénité plus constante du ciel et par une sécheresse plus considérable sous le double rapport de la quantité d'eau tombée et du nombre de jours pluvieux.
Je ne voudrais point tirer des conclusions définitives des recherches météorologiques auxquelles je me suis livré à Oran après les épidémies cholériques de 1849, 1850 et de 1851, recherches qu'il m'a été impossible, faute de documents, de renouveler en Orient ; elles me paraissent pourtant de nature à fixer l'attention des médecins; et, si des résultats analogues venaient à être constatés eu divers pays cholérisés, la science iuétéorologique aurait fait faire un progrès réel à la pathogé
nie: l" en démontrant que !e choléra, de même, probablement que toutes les grandes épidémies, lire son origine d'une constitution intempestive de l'atmosphère et d'une altération spéciale et plus ou moins prolongée de ses qualités sensibles ; 2° en prouvant, ce qui n'est encore que conjectural, que l'intempérie atmosphérique qui prépare peu à peu la constitution cholérique, résuite d'un calme extraordinaire des vents et de la déviation plus ou moins prononcée de leur direction habituelle, d'une sérénité exceptionnelle du ciel et d'une sécheresse plus considérable que de coutume.
Je livre ces faits à l'appréciation des savants, sans autre but que celui d'être utile à la science et à l'humanité, sans autre désir que celui d'arriver à la découverte de la cause génératrice réelle des affections cholériques.
Mais ce génie cholérique, qu'il consiste dans un miasme matériel en suspension dans l'atmosphère ou dans une altération spéciale des qualités sensibles de l'air et qui peut se développer spontanément, ce génie cholérique, dis-je, une fois engendré, quel est le mode de généralisation du choléra? Se généralise- 1 — i 1 par sa puissance épidémique ou par contagion, ou bien, à la fois, en vertu de sa double qualité épidémique et contagieuse ? Cette question, fort complexe, peut-être plus importante encore que celle de son origine, sur laquelle est basé, en grande partie, notre système prophylactique et qui touche aux intérêts les plus considérables et les plus chers de l'humanité, a été résolue dans le sens le plus contraire par les médecins et par les gouvernements, chargés, les uns et les autres, de veiller sur la santé des populations :
Personne ne conteste au génie cholérique une grande puissance épidémique, et tout le monde sait que le choléra possède au plus haut degré tous les caractères des grandes épidémies Comme celles -ci, en effet, il se montre d'abord par des cas isolés, se généralise ensuite avec plus ou moins de rapidité pour se terminer enfin par des attaques rares el bénignes ; comme toutes les autres grandes épidémies, les épidémies cholériques of-
iront, dans leur évolution, les périodes successives --y incubation, invasion, d: 'accroissement, d'état et de déclin ; et, cette marche, analogue àcelie de chaque cas particulier de choléra, est toujours la môme, quelles que soient les précautions mises en usage pour la modifier.
Ainsi, le choléra, une fois déclaré, se généralise évidemment en vertu de sa propriété franchement épidémique ; voyons maintenant si la contagion a une part quelconque dans son mode de diffusion:
La théorie de la contagion partage les médecins en deux camps opposés : les partisans de la contagion ou les contagionistes et les partisans de la non contagion nu les anli-conlagio nistes.
Dans l'Inde, on croyait autrefois à h contagion du choléra ; mais aujourd'hui que cette maladie y est plus particulièrement connue, on a partout abandonné cette croyance, et les habitants du pays savent très bien que l'émigration d'un point cholérisé sur un autre point à l'abri de l'influence cholérique, est le véri table moyen île se préserver ùe la maladie. « Tou« les médecins, dit le Conseil général de santé à Londres, dans son remarquable rapport, sur la quarantaine, présenté aux deux chambres du Parlement, qui ont eu lieu d'observer fréquemment cette maladie dans l'Inde, ont bien vite abandonné cette croyance, que le choléra est contagieux. »
Lorsqu'en 1831, le fléau éclatait pour la première fois en Europe,, presque tout le monde le considérait comme étant de nature contagieuse, et partout, notamment dans le Nord, le système prophylactique fut appliqué en conséquence.
Depuis cette époque, la doctrine de la contagion a été, généralement et routinièrement, professée dans les académies et dans les écoles, et malgré les conséquences sociales funestes qu'elle entraîne, elle a été acceptée, sur parole, par les gouvernements et par les peuples.
Cependant, celte opinion est abandonnée aujourd'hui , en Angleterre, en Russie, en Pologne, en Prusse, en Hollande
cl en France, par ta grande majorité des médecins instruits et ayant eu le triste privilège d'observer plusieurs épidémies:
— « Un sujet atteint de cette maladie, disait, en 1849, le Dr Jolly, à l'Académie de médecine, et placé en dehors de la sphère d'activité de l'épidémie cholérique, ne peut communiquer sa maladie à un individu sain, et dans les centres cholérisés on ne l'a jamais vue choisir de préférence ses victimes parmi les personnes immédiatement en rapport avec les malades, tels que les médecins, les gardes-malades et tous les individus appelés à leur donner des soins incessants, à les toucher, à respirer leur haleine, à ahsorber enfin les émanations de leur corps. »
— t Tous les médecins qui ont eu l'occasion d'observer fréquemment le choléra dans l'Inde, ne croient plus usa contagion (1).
— « Comment est il possible, dit le D'Stosch, de IJcrlin, qu'il y ait contagion cholérique, quand on voit uu individu, tomber malade avec un véritable commencement de choléra, guérir au bout de quelques heures, par de simples boissons aromatiques et diaphorétiques, comme j'eu ai vu tant d'exemples ? Un principe contagieux ne s'éteint jamais de celte manière, il produit, toujours au contraire des effets plus ou moins étendus et prolongés (2), »
— « Nous ne pouvons supposer, dit le D' tâarkus, de Saint- Pétersbourg, de principe contagieux dans le choléra, en considérant le prompt début de la maladie chez les individus, après une cause accidentelle, et le rétablissement aussi rapide qu'étonnait, amené par des moyens incapables de détruire un principe contagieux aussi violent qu'on doit le supposer dans une maladie si rapidement mortelle (5). »
— «Si nous pouvions parvenir à prouver, d'une manière irrécusable, la non-contagion du choléra, opinion qui est la mienne et celle, je crois, de la majorité des médecins, nous rendrions un service immense à la science, et à l'humanité. (4) »
(1 ) Rapport sur la quarantaine, p. 120.
[m Thomas-Longueville, Recherche» sur le choléra, n 80. (3) p. 88 i) Thomas- Longue-ville, r- 80
— « Combien de lois n'a vons-nous pas vu, en Crimée,, le choléra, apporté par les arrivages de France et de Turquie, s'éteindre en peu de jours, faute de disposition favorable à son développement. S'il avait été contagieux, l'armée eut été détruite tout entière par le fléau cholérique, dont étaient infectées toutes les troupes envoyées, de mois en mois, pour combler les vides de^U effectif (1). »
— « Pour moi, dit le Dr Thomson, en ma qualité d'officier de quarantaine pour la ville de Damas, qui, dans l'invasion actuelle, ai eu un vaste champ d'observation, bien suffisant pour déterminer un jugement, je suis arrivé à cette conclusion, que le choléra n'est pas contagieux (2). >
— « L'opinion presque générale des médecins, dit le Dr Wi seman, de Stettin, est que le choléra n'est pas une maladie contagieuse (3). »
— « Toucher un cholérique ou rester longtemps près du corps de ceux qui ont succombé au choléra, dit le Dr Muller, du Hanovre, cela n'augmente pas, chez les personnes en bonne santé, la prédisposition à contracter la maladie (4). »
— « Les lois préventives, dit le Dr Bonnet, de Bordeaux, ne servent à rien centre le choléra. »
Telle est l'opinion des hommes les plus compétents, sur la contagion du choléra ; mais la routine est puissante, et malgré les louables efforts du Conseil de santé .de Londres, de notre savant et modeste ami le D1' Thomas Longueville, que l'on est sûr de trouver sur la brèche partout où vient à se montrer une épidémie de choléra, et de beaucoup d'autres auteurs recommandâmes, on a de la peine à se dépouiller complètement de cette malheureuse croyance, engendrée par l'ignorance et la peur, perpétuée par la routine, la peur et peut-être quelquefois aussi par des intérêts personnels ou de localité ; et, à l'apparition de chaque nouvelle épidémie, on
(1) Scrive, Relation médico- chirurgicale de la campagne d' Orient, jp. 8&
(2) Rapport sur la quarantaine, p. 135.
(3j Rapport mu la quarantaine, p. 135. — (4) 135
recommence, sur de nouveaux trais, par habitude plmôt peu! être que par conviction, le régime illusoire de l'isolement et des quarantaines.
Ce n'est pourtant, généralement, qu'en Italie, en Espagne et en Orient parmi les médecins indigènes, que l'on rencontre encore aujourd'hui beaucoup de coniagiouistes. Mais, après avoir observé, sur une grande échelle, le choléra dans la Do brutscha, à Varna et dans la capitale de l'Empire Ottoman, je peux affirmer qu'il n'est pas plus contagieux en Orient qu'en Afrique et en Europe.
La quesiion de la contagion du choléra doit être résolue par des faits et non par des assertions et des hypothèses ; et pour que les faits eux-mêmes aient une valeur réelle et absolue, ils doivent offrir au lecteur toutes les garanties d'exactitude et de détails.
Les faits apportés par les contagionistes à l'appui de leur opinion, — très nombreux d'ailleurs, — sont loin, généralement , de présenter ce double caractère. En effet : tantôt c'est un individu qui est pris subitement de choléra après avoir visité ou touché un cholérique ou un suspect, après avoir eu avec eux des rapports directs ou indirects, ou bien après avoir touché ou lavé des vêtements infectés ;
Une autre fois, c'est un voyageur venant d'un pays cholérisé qui meurt, en arrivant ou peu de temps après son arrivée dans un endroit jusqu'alors épargné , et cette mort coïncide à peuprcs avec l'invasion de la maladie dans cette dernière localité ;
Une autre fois encore, un cas de choléra qui se déclare dans un quartier, dans une rue, dans une maison, dans une chambre, est bientôt suivi d'un 2e, d'un 5e, d'un 4e cas dans le même quartier, dans la même rue, dans la même maison, dans le même appartement ;
Une autrefois enfin, l'arrivée d'un régiment, d'un bataillon, d'un navire, d'un individu, de marchandises cholérisés ou infectés et provenant d'un pays ravagé, coïncide, plus ou moins
exactement, avec l'invasion du choléra dans un end) où respecté jusqu'alors.
Eh bien ! tous ces faits, isolés, incomplets, inexacts, mal analysés, mal interprétés, propagés, souvent amplifiés ou dénaturés par la presse ou la rumeur publique, ne prouvent jamais rien, ne sont pas plus favorables que contraires à la doctrine de la contagion directe ou indirecte ; car aucun d'eux ne résiste à une analyse consciencieuse et sévère ; et quand, par un examen profond et sérieux delà santé publique avant l'explosion des épidénjies, on en vient à leur vérification rigoureuse, on trouve partout et toujours des signes précurseurs auxquels les contagionistes n'attachent pas assez d'importance et qui démontrent: 1° que le génie cholérique avait commencé son œuvre de destruction bien avant le contact ; 2° que ce ne sont presque jamais les personnes en relation avec les cholériques, les suspects ou les marchandises infectées qui sont les premières frappées ; 5° que presque toujours les premiers cas se sont déclarés avant l'arrivée des cholériques, des suspects ou des marchandises infectées ; 4° qu'enfin l'arrivée d'un voyageur cholérisé ou suspect et le contact d'un cholérique î^ont eu d'autre effet, sur les nouveaux malades, que celui d'agir par la crainte qu'ils inspirent, comme une cause déterminante et nullement à titre de cause spécifique.
Il ne suffît pas, pour prouver la contagion, de constater qu'un cas de choléra s'est déclaré : chez les individus, après avoir touché un cholérique, un suspect ou des objets infectés ; dans un pays, après l'arrivée d'un ou de plusieurs sujets malades ou de marchandises suspectes; i! faut avant tout, par la provenance des personnes ou des choses et par le caractère de la constitution médicale antérieure, démontrer que les individus et les pays frappés après le contact ri étaient pas préalablement infectés et qu'ils se trouvaient antérieurement en dehors de toute atmosphère épidémique . C'est cette double condition qui manque dans toutes les observations rapportées en faveur de la doctrine de la contagion ; et pourtant elle est
essentielle, indispensable , car du moment où un individu ou un pays atteints se trouvent placés, avant le ccnlacl direct ou indirect, sous l'influence d'un atmosphère cholérique, il est inutile et même absurde de faire intervenir la contagion pour expliquer l'invasion du choléra chez les individus et celle de l'épidémie cholérique dans les pays.
Citons quelques exemples à l'appui de cette proposition:
— On a dit et répété que le choléra, en 1849, avait été apporté d'Alger dans la province d'Oran, par les paquebots chargés du service de la côîe, lesquels louchaient successivement à Mostaganem. à Arzewet à Mers-el-Kebir pour y déposer les passagers, les marchandises et la correspondance. Eh bien ! tandis que le choléra débutait à Orao, où le paquebot ne louchait pas, le 20 septembre, par un soldat qui n'avait point quitié la ville et qui n'avait eu aucune espèce de relation avec les voyageurs suspects, il ne se déclare a Mers-el-Kebir, que le 1er octobre suivant, le 10 à Arzew, et le 51 a Mostaganem; et, une fois déclaré à Orao, il se montre dans cent trente-un centres habités de la province, sans suivre une ligne quelconque, soit de l'Ouest a l'Est ou de l'Est à VOuest, soit du Sud au Nord ou du Nord au Sud.
—En 1850, pendant que le choléra régnait à Mascara, un soldat, envoyé de cette ville à Oran, est frappé parla maladie, à deux lieues avant d'arriver au Tlélat ; on le transporte au village où il meurt dans la journée. Trois colons de la commune sont cholérisés le môme jour, et, de suite la nouvelle se répand que le choléra leur avait été communiqué par le militaire malade. Eh bieu ! désirant savoir au juste comment les faits s'étaient passés, je m'adressai à M. Lambert, chirurgien sous-aide distingué et chargé alors du service médical de la colonie : il m'apprit que les trois colons avaient été frappés dans la matinée et que le soldat n'était entré dans le village que vers deux heures du soir.
— On a proclamé de tous côtés que le choléra avait été importé, en 1854, d'Afrique et de France en Orient. Eh bien !
tous les rapports officiels constatent que les premières troupes frappées en arrivant tic France, n*oal débarqué à Sallipoli, <}ue dans les premiers jours de juillet^ tandis qu'une influence cholérique, bien manifeste, régnait à Varna, sur toute l'armée anglo-française, bien avant cette époque., et qu'un zouave du lor régiment, arrivé, de la province d'Alger où n'existait pas le choléra, en Orient depuis plus de deux mois, était mort à l'hôpital de Varna, de cette maladie, dans la dernière quinzaine de juin.
On a dit également, qu'en 1854, le germe cholérique avait été introduit à Andrinople, par les troupes venant de France. Eh bieu ! au rapport, de M. le Dr Lespiau. médecin aide-major de l'hôpital militaire, des cas nombreux de choléra avaient été observés en divers points de la ville, bien avant l'apparition de la maladie, parmi nos soldats, dans la caserne.
— Tout le monde conserve le souvenir du conflit regrettable surveuu, en 1849, entre le pouvoir et la commission sanitaire de Marseille. Celle-ci, tidèle à la doctrine de ses ancêtres, soutenait que le choléra avait été importé par contagion dans la ville. Le savant et judicieux M. Mélier fut envoyé dans celte ville pour y remplacer, momentanément, la commission sanitaire dissoute. M. le Dr Dugas, médecin des épidémies, fut ebargé de rechercher le mode d'invasion de l'épidémie cholérique. Il résulta de cette enquête officielle et consciencieuse qu'aucun cas de choléra ne s'était montré chez les personnes venant d'un pays où régnait alors la maladie, que tous les cas s'étaient déclarés, au contraire, chez les personnes habitant depuis longtemps la ville cl ne Voyant pas quittée ; que toutes les premières attaques avaient été isolées, étrangères les unes aux autres et nullement engendrées les unes par les autres. Eh bien ! si !e gouvernement s'en était rapporté aux articles des journaux, aux conversations officieuses et à l'opinion préconçue de la commission sanitaire , la contagion aurait passé pour avoir apporté le choléra à Marseille en 1849. Une enquête intelligente et officielle a sufli pour arriver à la dé -
couverte de la vérité et pour réduire à leur valeur réelle les assertions et les hypothèses.
Les choses se passent partout de la même façon qu'à Marseille : partout les épidémies cholériques débutent spontanément, d'abord par une constitution médicale cholérique manifeste, et puis par des cas de choléra isolés et complètement indépendants les uns des autres ; et, si les gouvernements prescrivaient toujours uue enquête officielle pour la vérification des faits rapportés à l'appui de la doctrine de la contagion, je ne crains pas d'affirmer qu'ils auraient le même sort que celui de la commission sanitaire de Marseille.
Il nous serait facile de multipliera l'infini les faits de cette nature ; mais ceux qui précédent nous paraissent suffisants pour prouver que l'influence cholérique existe toujours dans une localité avant l'arrivée des cholériques ou des suspects, signalés par les cont^gionistes, comme les agents de l'importation du choléra.
Passons à d'autres faits plus concluants encore, à ceux qui donnent une preuve plus directe que le choléra n'est nullement contagieux, à ceux qui, par leur caractère de netteté, de généralisée! d'authenticité, ne sauraient être considérés par personne comme un effel^ni du hasard, ni d'unesimplecoïncidence.
— En 1849 et en 1851, cinq individus, émigrants ou de passage, ont été frappés de choléra dans la commune de la Sénia, à 8 kil. d'Oran, où un grand nombre d'habitants de la ville s'étaient retirés durant les deux épidémies. — Aucune des personnes n'ayant pas quitté le village, n'y est devenu malade, bien que vivant au milieu d'immigrants infectés, malgré la mort des cinq individus dont nous avous parlé, malgré les relations incessantes des habitaets de celte localité avec ceux de la ville.
— Le 23 octobre 1849, un habitant d'Oran meurt du choléra dans la commune d'Arcole, située à 5 kilomètres de la ville et où il s'était retiré pour échapper à la maladie. — Aucun autre
cas ne se déclare daus le village.
—Eu 1851, un homme d'Assi Bounif, infecté à Grau, estâtteiui de choléra, dans son village, et guérit. — C'est le seul cas observé dans la commune.
— Du 13 au 14 novembre 1849, on reçoit à l'ambulance d'Ammi-Mouça, située sur les bords de l'Oued-Riou, dans la subdivision de Moslaganem, trois voyageurs frappés de choléra; deux succombent et le troisième guérit. — Aucun des habitants du camp — civil ou militaire, — n'a ressenti les effets de l'influence cholérique.
— Du 27 novembre au 10 décembre 1849, le choléra frappe six indigènes de la tribu des Ouled-Mélouk, à côté de la Maghrnin. Ces six hommes avaient été infectés à Nédromah où l'épidémie avait l'ait des ravages considérables. — Aucun autre habitant de la tribu n'a été cholérisé.
— Le 19 novembre 1849, un indigène d'une tribu voisine, et au mois de novembre 1850, un Espagnol venant d'Oran sont pris de choléra au poste militaire de Daya où ils meurent promptement après avoir reçu tous les secours de l'art. — Ce sont les seuls cas observés, en 1849 et en 1850, dans cette localité.
— En 1849, deux militaires ont été pris decholéra en passant au camp d'été d'Aïn-Takbalet ; ils ont été soignés à l'ambulance où ils ont succombé. - Ni avant ni après on n'a observé d'autres cas de choléra dans le camp.
— Le 4 décembre 1849^ sept indigènes des Beni-Chougrau, infectés ailleurs, sont pris de choléra en rentrant dans leur tribu ; 4 guérissent et 3 succombent. — Ce sont les seuls cas observés dans la localité.
— Le 29 novembre 1849, plusieurs hommes des Hachem-Chéraga qui avaient séjourné plusieurs jours dans une autre tribu cholérisée, sont frappés par la maladie ; vers le milieu de décembre; trois nouveaux cas, également contractés ailleurs, se déclarent dans la tribu. — Ce sont les seuls cas constatés dans la localié.
Le 1er décembre 1849, un homme d'EI -Bordj, infecté daus
un pays voisin, est frappé ei» arrivant dans sa tribu. — C'est le seul ras de choléra noté dans ee lieu.
—Le 7 octobre 1850, un soldat du 68e de ligne, infecté à Oran, est atteint de choléra à Assi-Ameur et il guérit. — Aucun habitant du village'ne devient cholérique.
— En octobre 1850, deux soldats du 68e de ligne, infectés à Oran, sont frappés à Mers-el-Kébir ; ils guérissent tous deux. — Le choléra respecte complètement les habitants de la commune.
—Le 59 octobre !850, un indigène, infecté dans un pays voisiu, meurt du choléra chez les Ou!ed-Abd-EI. — C'est le seul «•as noté dans la tribu ;
— Le 20 octobre 1850, un indigène, infecté ailleurs, meurt du choléra chez les Ouled-Ali, de l'Agalik des Beni-Ouragh. — SI ne communique sa maladie à aucun- habitant de la tribu.
— Le 29 octobre 1850, un nègre est frappé en passant dans la tribu des Guled-Lekred. — C'est le seul cas observé dans ^elte localité.
— Assi-Ben-Féréah est situé entre Fleurus, Assi-Ben-Okba et Saint-Louis; les communications sont incessantes entre les quatre villages, notamment entre Saint-Louis et Ben-Féréah, entre Fleurus et Ben-Okba. En 1849, Saint-Louis et Fleurus ont été ravagés, tandis que Ben-Okba et Ben-Féréah sont restés vierges. En 1850, Saini-Louis et Ben-Féréah ont été touchés, tandis que Fleurus et Ben-Okba ont été épargnés; et pendant que l'épidémie régnait à Ben-Féréah, un colon de ce village se rend, pour affaires, à Fleurus, où il est frappé par le choléra et où il meurt sans communiquer la maladie à aucun habitant de la commune.
— Entre Miserghin et Âïn -Témouchent , eu 1851, l'influence cholérique avait une teile puissance que cette contrée a perdu le quart de sa population et que les étrangers ne pouvaient y séjourner quelques jours sans y être mortellement frappés. Le 27 juillet , le gardien d'un troupeau meurt du choléra à Ain- Brédia, entre Bou-Tlélis et Miserghin; le lendemain, un habi-
tant de l'endroit, qui se rend à Miserghin pour informer l'an, torité de la mon subite de cet homme, tombe malade eu arrivant au village et meurt en quelques heures, malgré les soins que Ton s'était empresse de lui donner. Le 12 août suivant, un ouvrier d'Aïn-Brédia, voyant les ravages que fesait la maadie, et croyant trouver son salut dans l'émigration, part pour Miserghin et y arrive à six heures du soir; il est pris de choléra vers neuf heures et meurt dans la nuit.— Malgré les ravages effrayants faits par le choléra dans toute la contrée; malgré les relations incessantes avec Oran, Aïn-Brédia, Bou-Tlélis, Tlemcen, les Douairs et les Zmélas cruellement éprouvés; malgré les deux décès signalés parmi les étrangers à la commune, Miserghin, en 1851, est resté complètement^ l'abri de toute influence cholérique notable.
— Sidi-Chami est une colonie située à 15 kilomètres d'Oran. Un grand nombre d'habitauts de la ville se sont retirés dans ce village en 1849 et en 1851, les uns dans le but de se soustraire à l'influence cholérique et les autres pour y passer le temps de leur convalescence ; plusieurs de ces émigrants y ont éprouvé des accidents cholériques. Aucun habitant de la commune n'a été atteint de choléra.
Aïn-Tédelès et Souk-el-Mitou sont deux colonies situées à une faible distance l'une de l'autre et leurs relations sont de tous les iustanis. Le choléra se déclare à Mostaganem le 16 août 1851 et le 6 septembre à Souk-el-Mitou, le plus éloigné des deux villages, où il fait neuf victimes eu six jours. Un colon de 45 ans, infecté à Souk-el-Mitou, est frappé à Aïn-Tédelès et succombe eu peu de temps. Le 19 du même mois, un soldat, également infecté à Souk-el-Miiou , meurt du choléra à Aïn- Tédelès. — Aucun cas cholérique n'a été signalé parmi les habitants de cette dernière colonie.
— Une sœur Trinilaire d'Oran avait prodigué, en 1851, les soins les plus charitables et les plus dévoués aux nombreux cholériques d'Arzew; le 20 août, au moment où l'épidémie touchait à sa fin dans celte ville, elle rentre, au couvent, à Oran
où le choléra était à sa période décroissante , pour y preudre le repos nécessité par des faligues excessives. Le leuriemaiii de son arrivée, elle est frappée par la maladie; ses compagnes l'entourent des soins les plus affecleiix ; elle meurt dans leurs bras. - Aucune d'elles, aucun des nombreux habitants de rétablissement resté, jusqu'alors et depuis, complètement étranger à l'épidémie, n'éprouvèrent le moindre symptôme cholérique.
—En 1851, aucun desmédecius, aucuudesinfirmiers attaches au service des cholériques à l'hôpital milùaire d'Oran, n'a été atteint de choléra. — l 'officier comptable et un pharmacien aidemajor, qui n'avaient que des rapports fort indirects et fort éloignés avec les malades, et trois infirmiers , dont deux avaient des services spéciaux en dehors de l'établissement et le troisième était à la salle de police depuis plusieurs jours, sont les seuls cholériques fournis par le nombreux personnel de l'hôpital.
— Sur 2,055 personnes que comptait, eu 1852, le service de santé des hôpitaux de Paris, 45, dont 2 médecins seulement, ont succombé pendant tout le cours de l'épidémie;
A Sainl-Pétersbousg, sur 58 officiers de santé attachés à l'hôpital des cholériques, un seul a été victime du fléau;
A Moscou, sur 125 personnes chargées du service de santé du grand hôpital de celte ville, 2 succombèrent seulement;
A Cronsiadt, sur 255 individus attachés au service des cholériques, 4 seulement furent atteiuts;
A Calcutta , sur 250 médecins appelés à soigner les malades pendant une épidémie de choléra, un seul succomba;
Pendant l'épidémie de la Haute-Marne, en 1854, sur plus de 20 médecins ou élèves envoyés de Paris, joints à tous les médecins du département, un seul praticien mourut (1).
—Plusieurs médecins ont tenté de s'inoculer le choléra avec le sang et les matières vomies des cholériques; d'autres ont couché dans les lits de sujets morts de celte maladie ; des mères cholériques ont allaité leursenfants bien portants. — Jamais le
(1) Thomas-Longueville, Recherches sur le choléra, p. 92.
choléra n'a ete communiqué aux personnes bien portantes ni par l'un ni par l'autre de ces moyens.
Pendant les mois de septembre et d'octobre 1854, de nombreux cholériques, les uns convalescents et les autres malades, sont arrivés de Crimée aux hôpitaux de Péra, de Maltépé et de Rami-chifTlik. — Jamais le choléra ne s'est propagé aux malades ni au personnel de ces établissements.
En 1854 et en 185S, des cholériques, provenant de Frauce, de Crimée, do Varna , des camps voisins, etc., traversaient journellement Conslaniinople. — Jamais le choléra n'est devenu épidémique dans la ville.
La garde impériale et les deux divisions de réserve, vivement éprouvées par le choléra au camp de Maslak en avril 1855, arrivèrent en Crimée le mois suivant, emportant avec elles le germe cholérique. Après leur débarquement à Kuniech, elles éprouvèrent une légère recrudescence épidémique ; mais le choléra, loin de se communiquer aux autres troupes, diminua rapidement d'intensité et disparut presqu'aussitôl. Presque tous les convois de troupes, venant de Frauce ou de Coustantinople, étaient plus ou moins fortement frappés parle fléau après leur débarquement, comme la garde impériale et les divisions de réserve. — Jamais la maladie ne s'est propagée aux anciennes troupes.
Depuis le 28 janvier i85o jusqu'au 51 janvier 1856, l'hôpital de l'école militaire, spécialement affecté aux chcflé tiques, a reçu 1488 cas de choléra, provenant de France, de Crimée, de Maslak, de la ville ou des hôpitaux voisins. Ces U88 cas ont fourni 658 décès. Tous les cas graves étaient traités dans des salles particulières : les cas légers, en arrivant, et les cas graves, au moment de la convdesceuce, étaient disséminés au milieu des malades ordinaires , au nombre de 5 à 600 en moyenne. Eh bien ! non seulement le choléra ne s'est pas propagé dans les salles des malades ordinaires, mais encore aucune des personnes , - médecins , infirmiers , pharmaciens, scfiirs de charité . aumôniers et officiers d'administration , -■
/t'a offert le moindre symptôme de choléra m d'infection cholérique. Au mois do juin 1856 seulement, époque à laquelle il n'y avait plus, depuis cinq mois, un seul cholérique à l'Ecole militaire, quelques accidents cholériques et deux cas légers de choléra ont été observés dans l'enceinte de l'établissement.
Il me serait facile de multiplier à l'infini les faits de cette nature; mais ceux que je viens de rapporter et qui me semblent offrir toutes les garanties désirables d'authenticité . d'exactitude, de netteté et de détails, joints à ceux qui se trouvent insérés dans d'autres ouvrages, notamment dans Le rapport du conseil de santé de Londres sur la quarantaine, suffiront pour démontrer que la théorie de la contagion est non seulement essentiellement fausse, mais eucore dangereuse et pernicieuse.
Le choléra, qui est essentiellement épidémique, ne peut être contagieux ni directement ni indirectement :
1° Parce qu'il se déclaie et se généralise toujours à la manière des maladies franchement épidémiques et jamais comme les maladies contagieuses ;
2° Parce que la marche générale du choléra et des épidémies cholériques est la même que celles des maladies épidémiques et non celles des maladies contagieuses;
o° Parce qu'il se guérit souvent en quelques heures par l'usage d'une simple boisson stimulante, tandis qu'un principe contagieux quelconque loin de s'éteindre ainsi, entraîne toujours à sa suite des effets morbides plus ou moins prolongés ;
4° Parce qu'on ne l'a jamais vu réellement se transmettre, ni par les personnes ni par les objets, d'un pays cholérisé à un autre pays placé en dehors d'une atmosphère épidémique ;
5° Parce qu'on ne l'a jamais vu réellement se communiquer à des individus non préalablement infectés au milieu d'une atmosphère cholérique, ni par le contact immédiat, ni par le contact médiat, ni par le maniement, la purification, le lavage des vêtements, des marchandises, des lettres infectés, ni par
riuocuLtiion du sang et des matières vomies, ni par l'allaitement, ni par un moyen quelconque (ie contagion ;
6° Parce que les quarantaines, les lazarets, l'isolement le plus complet n'ont jamais empêche ni les pays ni les individus d'être frappés par le fléau épidémique, et que partout il s'est montré rôfraciaire à l'isolement ;
7° Parceque les médecins et les garde-malades, vivant constamment au milieu des cholériques, sont très généralement frappés dans des proportions inférieures à celles du reste de la population ;
8° Parce que, dans les lazarets, les gardes de santé, les expurgaleurs , les purificateurs des marchandises et des lettres, ne sont jamais atteints qu'autant que le lazaret se trouvait déjà , avant l'arrivée des malades ou des suspects, sous l'i fluence du génie cholérique ;
9° Parce que, pour être atteint du choléra, il faut avoir séjourné pendant plus ou moins longtemps au milieu d'une atmosphère cholérique ;
10° Parce qu'il ne se forme jamais autour des cholériques, transporté* dans un pays sain, une atmosphère susceptible de développer ni le choléra ni une épidémie cholérique ;
\i° Parce qu'enfin le véritable danger de sa généralisation ne se trouve ni dans le contact d'un cholérique avec un homme sain, ni dans la manipulation des effets ayant appartenu aux malades, ni dans le maniement des objets infectés, mais bien dans l'habitation au sein d'une atmosphère épidémique et dans les conditions ordinaires qui prédiposent aux autres maladies ou qui les déterminent.
Les faits précédemment exposés démontrent suffisamment que !e choléra, dont les effets varient selon l'énergie de l'attaque et celle de la défense, se développe spontanément partout où il se montre, que sa loi de diffusion est celle des maladies épidémiques et que la contagion, directe ou indirecte, n'est ja mais pour rien, ni dans son apparition ni dans sa généralisa tion; voyons maintenant quelles sont les conditions qui sont
réellement favorables ou contraires à l'invasion de ta maladie chez les individus préalablement soumis à l'influence épidémique :
Sur les 4,422 habitants dont se composait la population de vingt colonies agricoles de la province d'Oran, — Dou-Tlélis. Sl-Cloud, Kléber, MefFessour, St-Leu , Damesme, Arzew, Muley-Magoun, Fieurus, Beu-Okba, St-Louis, Ben-Feréah, Assi- -Bou-Nif, Assi-Ameur, Mangin , Aïn-Nouisv, Aboukir, Ain Tédelès, Souk-e!-Miiou et Touuin, il y avait, en 1849, 50 et 5! , époques des trois épidémies cholériques, 3,065 adultes dont 1,712 hommes et 1,353 femmes, et 1.357 enfants des deux sexes;
Les 3,065 adultes ont fourni 659 attaques ou 21.42 attaques sur 100 habitants;
Les 1,557 enfants 295 attaques ou 21.70 attaques sur 100 habitants ;
Les 1,712 hommes 409 attaques ou 25.89 attaques sur 100 habitants;
Les 1,353 femmes 250 attaques ou 18.47 attaques sur 100 habitants;
Les adultes ont eu 4iG décès ou 13.52 sur 100 habitants et 63.83 sur 100 attaques ;
Les enfants 170 décès ou 12.52 sur 100 habitants et 57.62 sur 100 attaques;
Les hommes 273 décès ou 15.85 sur 100 habitants et 66.74 sur 100 attaques ;
Les femmes 143 décès ou 10.64 sur 100 habitants et 57.20 sur 100 attaques.
Sur 62 cas de choléra observés parmi les malades de l'hô pilai d'Oran en 4851, 55 appartenaient au service des fiévreux et 7 seulement aux divisions de chirurgie.
Pendant les trois épidémies de 1849, 50 et 51, la garnison cTOrao a perdu 16 <>/„ de son effectif, la population civile européenne 8, les israélites 6 et les musulmans 5.
D'où il suit : lo que ia choléra m en mQ g0 et gf a
été plus fréquent chez l'homme que chez la femme, el qu'il a frappé dans des proportions semblables les enfants ei les adul tes des eolonjes agricoles de la province; 2° que la mortaliié relative au nombre des habitants el au chiffre des attaques a été plus élevé chez les adultes que chez les enfants et chez l'homme que chez la femme; 5° que les constitutions altérées par suite de la misère, des privations, des excès, d'une nourriture de mauvaise qualité ou de maladies antérieures, sont celles que le choléra frappe de préférence, et que ce sont ces constitutions affaiblies ou détériorées qui, dans les épidémies cholériques, sont frappées les premières; 4° que les soldats ont été atteints dans des proportions bien plus considérables que le reste de la population, el que, parmi la population civile d'Oran, les Européens ont été les plus éprouvés et les Musulmans les plus ménages.
La fréquence el la gravité de la maladie chez les soldats, que l'on observe d'ailleurs presque partout, tiennent évidemment aux mauvaises conditions d'hygiène au; milieu desquels ils vivent généralement : le défaut d'acclimatement, l'encombrement des casernes, l'intempérance, les excès, lès fatigues, la nostalgie, les variations atmosphériques auxquelles ils sont saus cesse exposés; et la différence de mortalité observée dans la population civile de la ville, selon la nationalité, uous a paru se rattacher spécialement aux conditions d'habitaliou, de bien être et d'émigratiou.
Nous avons vu partout les classes pauvres avoir généralement un plus grand nombre de victimes que les classes aisées, et le nombre des attaques et des décès être en rapport avec le degré d'aisance ou de misère des populations.
L'inquiétude, la contrariété , le chagrin, la colère, la peur toutes les affections morales lentes prédisposent au choléra; et toute émoiion vive et subite en est souvent la cause déterminante. Nous avons vu plus d'une fois l'aspect d'un cholérique déterminer l'invasion du choléra ; mais alors le cholérique n'agit pas en vertu de la spécificité de la maladie, mais bien à
la manière 'de loute autre émotion, en troublant le système nerveux et en diminuant la résistance de l'organisme contre l'action de l'agent morbilîque qui l'infecte. Les affections morales prédisposent au choléra comme à toutes les autres maladies. Ce serait une grande erreur de croire que la peur snflit pour engendrer la maladie sans avoir respiré préalablement au milieu d'une atmosphère épidémique ; mais du moment où l'on a vécu dans cette atmosphère, la peur le détermine souvent. Cependant, il est bon de rappeler ici que l'on exagère souvent l'influence de la peur comme cause du choléra. Sans doute, notamment chez les personnes pusillanimes , une Irayeur subite, la vue d'un cholérique mort ou mourant, etc.. déterminent l'invasion de la maladie chez les individus préalablement infectés; mais nous pouvons affirmer qu'une crainte modérée et raisonnable qu'inspire le fléau, tenant en éveil les populations, et qui engage les personnes à se soignera temps, à éviter les imprudences, à s'entourer des précautions hygiéniques sus ceptibles d'empêcher son explosion, est infiniment préférable à une fausse sécurité, à cette forfanterie de certaiues gens qui se jouent des plus sages conseils et qui finissent souvent par succomber, à la suite d'une imprudence, aux atteintes du mal, et surtout à cette ignorance de l'existence et de la marche de l'épidémie, dans laquelle on cherche à entretenir trop souvent les populations des lieux ravagés. Combien de fois n'avonsnous pas vu des personnes tout en sueur se découvrir la poitrine ou avaler, par bravade , une glace ou un ou plusieurs verres d'eau glacée, tomber, quelques instants après, victimes do cette imprudente témérité! Combien n'y a-t il pas d'individus pris de choléra sans connaître l'existence de l'épidémie ou des moyens hygiéniques propres à en éviter les terribles effets! Sans doute, s'il était possible de faire observer aux populations les règles d'une bonne hygiène sans leur inspirer la crainte de contracter la maladie, il serait préférable de leur cacher l'existence du choléra à l'état épidémique ei de les tromper sur l'intensité de ses ravages, mais il n'en est et il n'en sera
jamais ainsi, ei nous ne «aurions, irop le dire cl le répéter : une juste crainte qui conserve est plus utile que le doute ou l'ignorance qui détruisent; il faut que les populations soient averties, dès ie début d'une épidémie, des dangers qui les menace, afin de les préparer, par l'observation rigoureuse des préceptes de l'hygiène, à lutter, avec succès, contre l'ennemi toujours prêt à l'attaque.
Aucune maladie ne préserve du choléra ; il acquiert au contraire une grande puissance de destruction par son mélange avec d'autres éléments morbides ; et, pendant uue épidémie un peu grave, presque tomes les autres affections régnantes sont, pour ainsi dire, absorbées par le choléra ou se compliquent de phénomènes cholériques. L'intoxication paludéenne et la fatigue ont été les deux causes qui ont rendu si meurtrière l'épidémie de la Dobrulscha; la fatigue, le scorbut, l'encombrement, l'infection paludéenne et animale donnaient aux affections cholériques de la Crimée un caractère particulier de gravité.
On croit généralement qu'une attaque de choléra met à l'abri «l'une nouvelle attaque, comme la variole préserve d'une deuxième atteinte varioleuse. Noire observation personnelle confirme cette croyance générale. Eu effet :
1° Bien que placé, à Oran en 1851 et en Orient en 1854 et 1855, dans les conditions les plus favorables pour observer les récidives, nous n'en avons constaté que quatre sur des milliers de cas, trois à Oran et une à Constantinople ; et encore ces quatre attaques ont- elles été bénignes et ont-elles eu une solution heureuse.
2° Pendant les trois épidémies de la province d'Oran en \ 849, en 1850 et en 1851, le choléra a régné dans 205 centres de population indigène ou européenne. — 46 dans la subdivid'Oran, 75 dans celle de Mostagauem , 50 dans celle de Tlemceu, 34 dans celle de Mascara et 22 dans celle de Sidi-Bel~Abbès; - 131 en 1849, 44 en 1850 et 141 en 1851 ;
Sur ces 205 ceutres cholérisés, 21 l'ont été 5 fois — en 1849. en 1850 et en 1851; 80 deux fois, - 17 en 1849 et eu 1850, 11
eu 1850 et en 1851, et 52 en 1849 et en 1851 ; 104 une fois seulement, — 41 en 1849, 5 en 1850 et 58 en 1851 ;
Sur les 21 centres cholérisés trois fois, 6 appartiennent à la subdivision d'Oran , 9 à celle de Mostaganem , 2 à celle de Tlemcen, et 4 à celle de Mascara ;
Sur les 80 centres cholérisés deux fois, 28 à la subdivision d'Oran, 26 à celle de Mosiaganem, 7 à celle de Tlemcen, 4 a celle de Mascara et 15 à celle de Sidi Bel-Abbès;
Sur les 104 centres cholérisés une fois , 12 à la subdivision d'Oran, ô9à celle de Mostaganem, 21 à celle de Tlemcen, 26 à celle de Mascara et 6 à celle de Sidi-bel Abbès.
Eh bien ! parmi les 21 centres cholérisés en 1849, en 4850 et en 1851, aucun n'a été vivement frappé les trois années de suite : les points fortement éprouvés en 4849 ne l'ont été que légèrement en 1850, ceux ravagés en 1850 n'ont été qu'effleurés en 1851, et ceux touchés deux fois fortement, mais innégalement, n'ont offert, la troisième, que des perles peu sensibles ;
Sur les 80 centres cholérisés deux fois , 28 seulement l'ont été deux années de suite, 17 en 1849 et en 1850, 11 en 1850 et en 1851 ; les 52 autres l'ont été en 1849 et en 1851.
Sur les 131 centres cholérisés en 1849 , 41 seulement ont été complètement épargnés les deux années suivantes ; en 1850, la maladie ne s'est montrée que dans 5 localités nouvelles, tandis qu'en 1851, 59 points, respectés jusqu'alors, ont éié touchés avec une intensité variable.
Sur les 205 centres cholérisés, un seul, la tribu des Ouled- Khouïden , a été frappée deux fois avec la même intensité ; partout ailleurs, les points ravagés en 1849 ont été ménagés en 1850 et en 1851, et tandis, qu'en 1851, l'épidémie a été généralement modérée dans les lieux où elle avait fait de grands ravages en 1849 ou en 1850, elle a frappé avec intensité presque tous ceux restés vierges jusqu'alors.
En Orient, les mêmes remarques ont été faites partout : les mêmes troupes n'ont jamais été frappées deux fois avec vin-
tensité; ainsi, la lre division, clndérisée presque toul entière dans la Dobrulscha, a été à peu près complètement épargnée en Crimée ; la 2? division, à demi ménagée dans la Dobrulscha a été atteinte en Crimée avec une moyenne intensité; la 3e division, à peine effleurée dans la Dobrulscha, a éprouvé, en Crimée, une vive recrudescence épidémique ; parmi les troupes cbolérisées au camp de Maslak, celles qui avaient été ménagées avant rembarquement furent assez rudement frappées en arrivant en Crimée, et celles qui avaient fait des pertes nombreuses avant leur départ (irrenl presque complètement épargnées après leur débarquement à Kamiesch.
Ces faits, sans avoir une valeur absolue, ajoutés à ceux de la même nature que l'on connaissait déjà, démontrent ou du moins tendent à démontrer :
1° Que lorsque le choléra se déclare deux aimées de suite dans la même localité, si la lre épidémie a été inten-e la 2e sera bénigne à moins que la population ne se soit renouvelée dans de fortes proportions ;
28 Que lorsqu'une épidémie se montre pour la 2« fois dans un pays, sa gravité sera d'autant plus à redouter qu'elle s'éloigne davantage de la \fe et que le renouvellement de la population est plus considérable;
3° Qu'une lre attaque de choléra préserve généralement «l'une 2e attaque de la même maladie et que, dans le cas où la préservation n'a pas eu lieu, la 2e attaque est ordinairement peu dangereuse et rarement mortelle.
Nous avons déjà étudié l'atmosphère comme véhicule du principe générateur du choléra, nous devons l'envisager ici au point de vue de son influence sur la marche des épidémies en général et sur l'invasion de la maladie chez les individus en particulier :
Puisque le choléra se montre dans tous les climats, dans toutes les localités, quelles que soient la nature ei l'exposition des terrains et daus toutes les saisons, i! est évident qu'il naîj des intempéries de l'a-ir et non de ses qualités normales.
Toutes les qualités sensibles de l'atmosphère exercent sans doute une influence comme cause du choléra; mais il faut le reconnaître, parmi ces qualités, il en est une. facile à apprécier, qui domine toutes les autres , c'est la température. En effet, l'air ne passe jamais delà sécheresse à l'humidité ni de l'humidité à la sécheresse, l'électricité et l'ozone n'augmentent ni ne diminuent, les vents ne changent de direction ni de vitesse, la pression ne devient ni plus forte ni plus faible sans une modification plus ou moins notable de la colonne thermooiétrique. C'est donc dans les modifications de la température, — sans toutefois négliger de tenir compte de la pression barométrique, de la présence ou de l'absence de l'électricité et de l'ozone, de la sécheresse et de l'humidité, de la direction et de la vitesse des vents, qui impressionnent plus ou moins l'organisme vivauf, — qu'il faut spécialement chercher la cause déterminante de l'invasion et de la marche, régulière ou irrégulière, des épidémies cholériques. El s'il n'est pas possible, dans l'état actuel de la science, de déterminer, d'une manière certaine, la nature de l'altération spéciale de l'air qui engendre la constitution cholérique, il est généralement facile d'apprécier l'influence qu'exercent la régularité et les variations de la température sur le nombre et la .gravité des attaques de choléra.
C'est toujours ou à peu près toujours à la suite d'une intempérie de l'atmosphère qu'éclatent les épidémies cholériques. C'est ainsi que la maladie a débuté à St.-Pétersbourg en 1848, à Paris en 1832 et en 1849. à Biskara en 1849, à Arzew, à Mostaganem , à Tlemcen et à Mascara en 1 851 . C'est ainsi que nous l'avons vu se déclarer à Oran en 1851, dans la Do brutscha eu 1854, au camp de Maslak en 1855 ; et, si des phénomènes météorologiques semblables ne sont pas signalés partout, c'est, bien plus souvent, à ce qui'ils passent inaperçus qu'à leur absence qu'il faut en attribuer la cause.
Les documents nombreux et variés que nous avons recueillis sur les phénomènes météorologiques qui précèdent et
accompag nent les épidémies de choléra , documents dont il serait trop long et inutile de reproduire ici ions les détails» nous amènent à formuler les propositions suivantes :
1° Le choléra peut régner dans tous les climats, dans toutes les localités, dans toutes les saisons et sous toutes les températures ;
2° Une chaleur lente et progressive, agissant à titre de cause prédisposante, est favorable au développement, à l'activité du génie cholérique el à l'aggravation de l'épidémie;
3° Un froid lent et progressif agit aussi comme cause prédisposante, mais en sens contraire de la chaleur, c'est-à-dire en paralysant l'activité du génie épidémique et eu diminuant l'intensité de l'épidémie ;
4° Une chaleur extrême el subite, agissant à la fois comme cause prédisposante et comme cause déterminante, augmente généralement le nombre et la gravité des attaques; mais comme il est rare que la température s'élève subitement à un degré extrême , les recrudescences épidérniques consécutives à la chaleur, sout presque toujours lentes, régulières, longues et modérées ;
5U Un abaissement subit et extrême de la température, agissant exclusivement comme cause déterminante, augmente nécessairement le nombre des attaques et des décès ; el comme les refroidissements subits et extrêmes sont fréquents, c'est à leur suite que surviennent presque toujours ces recrudescences graves, subi'.es, éphémères qui effrayent el déciment en quelques jours les populations;
6° Quaud l'élévation de la température est lente, régulière et continue, le génie épidémique devient de plus en plus puissant, et l'épidémie s'accroît lentement el régulièrement comme elle; mais si la chaleur devient subitement extrême, l'accroissement de l'épidémie est brusque el violent ;
1° Quand un refroidissement atmosphérique arrive lentement, régulièrement et sans secousse notable, il amène constamment et nécessairement une diminution de l'épidémie, et
- us -
cette diminution est d'autant plus grande que rabaissement de la température est plus considérable ; mais dans les cas de refroidissements subits et profonds, l'épidémie, loin de diminuer, s'accroît du jour au lendemain et acquiert des proporlions d'autant plus grandes que le froid est plus subrt et plus extrême ;
8° Quand le refroidissement atmosphérique, une fois pro •luit, reste à peu près au même degré on augmente lentement , régulièrement et sans secousses, l'épidémie, qui avait d'abord puisé en lui une énergie nouvelle , se modère bientôt et diminue ensuite d'une manière notable ; mais, si au milieu du froid, la température subit un nouvel abaissement rapide et notable, les cas de choléra deviennent encore plus nombreux et plus graves, pour devenir ensuite plus rares et plus légers dès que la température, quel que soit son degré, reste sta linnnaire ou subit un abaissement lent et régulier;
9° Quand, à la suite de vives recrudescences épidémiques consécutives à un refroidissement profond cl subit, la température vient à s'élever sensiblement, cette chaleur donne au génie cholérique une nouvelle puissance, et alors l'épidémie, après avoir diminué momentanément, acquiert une énergie nouvelle, d'autant plus grande que l'intempérie est plus extrême, et qui persiste généralement jusqu'à ce que l'atmosphère se refroidisse d'une manière lente, régulière et durable.
La marche des épidémies cholériques a donc les rapports les plus intimes avec la marche de la constitution atmosphérique régnante, uotamment avec celle de la température ; elles s'accroisssenl généralement lentement et régulièrement à suite d'une élévation régulière et notable de la chaleur, restent stationnaires et puis perdent de leur intensité par suite de la constauce et de l'abaissement lent et progressif de la température, et elles éprouvent des recrudescences no labiés à la suite des refroidissements subits et profonds.
L'élévation du terrain au-dessus du niveau de la mer et
surtout au-dessus des lieux environnants exerce une influence incontestable sur te développement el sur la marche des épidémies cholériques : les points élevés et exposés à tous les vents peuvent sans doute quelquefois deveuir le siège de l'infection épidémiquc, mais il est certain quê les hauts plateaux d'un pays et les hauts quartiers d'uue ville sont, très-généralement, moins éprouvés que les lieux bas , humides et mal aérés. — Eu 1852, à Paris, les quartiers élevés n'ont perdu que 18 habitans sur 1,000, tandis que dans les bas quartiers la proportion des décès a atteint ie chiffre de 23 sur 1,000.
A Oran , des quartiers entiers, bas et hauts, sont peuplés d'un grand nombre d habitant» — Espagnols, Juifs et Mahométans — vivant également dans la saleté et l'indigence. Dans ces quartiers, où les rues, également étroites, sont encombrées de matières organiques eu putréfaction, d'excréments humains, de détritus d'insectes et d'autres animaux, qui y répandent une odeur infecte et qui restent indéfiniment entassés devant les portes des maisons ; où les cours, sans espace, sont le réceptacle habituel de matières organiques de toute espèce qui s'y putréfient ; où les maisons rétrécies, basses, humides, où la chaleur s'engouffre ,, où l'a»r ne circule qu'avec peine, où les hommes, les femmes el les enfants, trop nombreux , nuds ou denii-nuds restent étendus pèle et mêle sur un sol en terre dout ils ne sont généralement séparés que par une natte ou un mauvais tapis. Eh bien ! ces quartiers , où les conditions d'habitation, de misère et de saleté sont à peu près les mêmes, ont été bien inégalement frappés, en 1849, en 1850 el en 1851, sous le double rapport du nombre des attaques et du chiffre des décès : les quartiers bas, humides et mal aérés ont été cruellement ravagés, tandis que les quartiers hauts et ouverts à tous les vents ont été à peine effleurés par les trois épidémies^ par deux ou par l'une d'elles seulement.
Dans la province d'Oran, nous avons toujours vu le choléra se localiser particulièrement et faire de nombreuses victimes d^ns les régions inférieures et mal aérées des villes, dans les
villages et dans les tribus des basses plaines ; s'arrêter avant d'arriver arix liants plateaux, ei respecier les habitants des monlagnes exposées à tous les vents ou les ménager d'une manière remarquable, quand il venait à faire au milieu d'eux une insolite apparition.
A Varna , située au bord de la mer et d'un grand lac, au pied d'une colline irès-élevée, tes troupes campées dans l'enceinte de la ville ou dans son voisinage furent cruellement éprouvées, tandis que l'épidémie n'atteignit que très-faiblement les divisions stationnées sur les plateaux élevés de Franka.
Les trois premières divisions de l'armée d'Orient, inégale ment engagées dans la Dobruischa, ont fait des pertes d'autant plus considérables qu'elles se sont trouvées, lors de l'épidémie cholérique de 1854, dans des lieux plus bas et plus marécacageux ; c'est là que nous avons vu le choléra de la lre division, si cruellement éprouvée , atteindre, en quelques jours , après avoir été soumise à l'influence délétère des marais immenses situés entre Castendjé et Babadag, des proportions jusqu'alors inconnues et s'éteindre ensuite, presque tout à coup, après notre retour snr les hauteurs de Baldchick.
Enfin, il est bien rare de voir la maladie épidémique persister longtemps et d'une manière sérieuse, dans les rues bien percées, bien ouvertes, garnies de maisons recevant de l'air de tous les côtés, tandis qu'elle s'éternise, pour ainsi dire, souvent, dans les rues étroites, dans les maisons mai bâties, basses et infectes.
La malpropreté des villes, des quartiers, des rues, des maisons, ainsi que toutes les conditions susceptibles d'être un obstacle au renouvellement de l'air, sont des causes favorables à l'action malfaisante du génie cholérique, et celte action est partout d'autant plus grande qu'elle exerce son influence dans des lieux plus bas et plus humides.
L'encombrement constitue une des causes les plus puissan tes de cette préférence des épidémies cholériques à se loca-
User particulièrement dans les casernes, dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les bagnes, dans les vaisseaux, partout enfin où se trouvent réunis un trop grand nombre d'habitants relativement à l'espace qui leur est donné pour respirer. L'air est presque toujours altéré dans les établissements de cette nature, tantôt à cause de l'insuffisance de l'espace, tantôt à cause de la disposition défectueuse des portes et des feue très, ou parce qu'on néglige les moyens ordinaires de les ventiller; l'insalubrité qui résulte de celle altération augmente la puissance du génie cholérique, diminue la résistance vitale de l'organisme en même temps qu'elle dispose la maladie cholérique à se terminer par des phénomènes typhiques plus ou moins prononcés; et, dès que l'influence épidémique s'y montre, les cas y deviennent presque constamment plus nombreux et plus graves que dans les maisons particulières.
Ce qui se passe dans les établissements publics encombrés, mal aérés et mal dirigés, se reproduit partout où les mêmes conditions se trouvent réuuis ; et, si, généralement, le choléra est plus long et plus meurtrier dans les grandes villes que dans les petites, dans celles ci que dans les villages, dans les villages que dans les maisons isolées, dans l'habitation du pauvre que dans celie du riche, dans les basses plaines que sur les hauts plateaux, c'est évidemment à l'encombrement qu'il faut attribuer une grande part de ce résultat.
Les vêtements n'agissent comme cause du choléra, que par leur insuffisance ou leur trop grande conductibilité calorifique, par les refroidissements subits résultant de leur brusque suppression ou de leur conservation sur le corps, alors qu'ils sont mouillés par la pluie ou la sueur.
Une nourriture trop copieuse ou trop réparatrice, insuffisante ou de mauvaise qualité, prédispose au choléra comme àv tout autre maladie régnante, c'est-à-dire en produisant une assimilation trop puissaute dans le premier cas et en diminuant la résistance vitale dans l'autre.
Sous le fallacieux prétexte de mieux résister, par une sti-
miilatiou factice et exceptionnelle, à l'action déprimante et dé îétère du génie cholérique, on déroge souvent à ses habitudes pour s'adonner à l'usage immodéré des excitants, tels que mets épicés, thé, café^ infusions aromatiques, vins, liqueurs, etc. Cette doctrine, dangereuse, a souvent les plus funestes résultats, et les médecins ne sauraient s'élever avec trop d'énergie contre une semblable pratique ; car l'usage prolongé et inaccoutumé des stimulants élève l'excitation générale à un degré qui ne tarde pas a troubler tous les ressorts de l'organisme vivant et à le placer dans les conditions les plus favorables au triomphe du poison cholérique. Combien de l'ois n'avons-nous pas vu, dans ces conditions, des individus et des familles entières devenir malades et les phénomènes cholériques ne se dissiper qu'après le retour au régime habituel, sous le double rapport des aliments et des boissons! On ne saurait trop prévenir, en temps d'épidémie cholérique, les populations du danger qui résulte pour elles d'un changement de régime ayant pour but de le rendre plus excitant. Entre l'usage et l'abus des excitants la nuance n'est pas facile à saisir, et, à moins d'indications spéciales , il est bien préférable de s'en tenir, sous ce rapport, aux habitudes normales de la vie que de les dépasser, car tout ce qui trouble ou détruit l'harmonie des fonctions est une cause prédisposante du choléra. La stimulation, poussée trop loin, porte à un très haut degré cette prédisposition, et la guérison de la maladie est d'autant plus difficile que les ressorts de l'organisme ont été plus usés par l'abus de ces moyens ; car alors la nature a à lutter, non seulement contre le génie cholérique, mais encore contre cette stimulation factice qui constitue elle-même un véritable état morbide.
Les écarts de régime, les excès de table, l'abus des purgatifs, les aliments de difficile digestion, tels que viandes salées ou faisandées, viande de porc, foie de tous les animaux, poissons marinés, légumes secs non écossés , fruits non mûrs, surtout le concombre, le melon et l'ananas, doivent être
considérés comme cause prédisposant de la maladie. Maïs aucun aliment ne doit être systématiquement banni de la nourriture ordinaire eu temps de choléra ; aucun n'est absolument mauvais quand il est de bonne qualité, bien préparé et qu'on a l'habitude d'en faire usage et de le digérer ; il n'y a réellement que l'abus qui soit nécessairement nuisible. Sous le prétexte que les légumes et les fruits sont dangereux, beaucoup de personnes se nourrissent à peu près exclusivement de bouillon gras et de viande : c'est là une mauvaise nourriture dès qu'elle n'est pas ordinaire ; car, habitué à une alimentation plus variée et moins annualisée , l'estomac se fatigue, l'assimilation devient trop active si la digestion est complète, et insuffisante dans le cas contraire. Alors, la rupture de l'équilibre entre les divers actes de la vie dispose l'organisme à l'invasion de la maladie, à l'occasion de la cause déterminante la plus légère.
Les voyages et les déplacements, par suite des fatiguesqu'ils entraînent, des irrégularités et des changements qu'ils introduisent dans les habitudes de la vie, augmentent la disposition des individus infectés à contracter la maladie, alors que le pays parcouru ou nouvellement habité est aussi sous l'influence du génie cholérique ; et, l'observation constate chaque jour que les habitants d'une localité, infectée ou non infectée, sont, après leur arrivée dans une autre localité cholérisée, bien plus éuergiquement frappés que les indigènes qui n'ont pas bougé. Voici quelques exemples qui ue laissent aucun doute à cet égard.
En octobre 1849 , 491 soldats partent de Tlemceu où le choléra n'avait pas eucore paru, et arrivent, quelques jours après, à Oran où l'épidémie faisait, déjà des ravages. Ce détachement, qui établit son camp au village de St. -André, situé à quelques mètres de l'enceinte de la ville, n'offre aucun cas de choléra dans les quatre premiers jours ; mais dans la nuit du 4e au 5e jour^ la maladie se déclare, et en quelques jours il perdit le 1/4 de so:i effectif. — Ni à Oran, ui à Tlemcen où k
détachement est rentré plus tard, on n'a remarqué une morta- 1 i té proportionnelle aussi considérable.
En 1 854, à Gallipoli, les corps arrivés an moment de l'invasion épidémique, ont été bien plus vivement frappés que ceux arrivés depuis plusieurs mois dans la ville ;
Dans la Dobrutscha, la Indivision de l'armée d'Orient, qui avait fait des marches très fatigantes dans des contrées basses et marécageuses, perdit, en 15 jours, le l/5e de son effectif, la 5e, qui avait à peine fait quelques étapes sans fatigue, fut à peine effleurée ; et la 2e, qui avait été moins fatiguée que la 1re et plus que la 5e, fil des pertes bien supérieures a celles de la 5e mais bien moins considérables que celles de la îre ;
En Crimée, chaque nouveau convoi de troupes, venant de France ou de Constantinople, était frappé plus ou moins vivement après son arrivée, et jamais l'épidémie ne s'étendait aux troupes anciennes ;
La 1re division du 1er corps d'armée, après son débarquement à Kerich, fut frappé avec beaucoup plus d'intensité que les autres divisions stationnées sur les plateaux de Chersonnèse ;
Ces faits et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, démontrent, d'une manière incontestable, que si les émigrations sont le meilleur préservatif du choléra, quand elles ont lieu sur des points non infectés, elles sont très dangereuses et deviennent une cause puissante de la maladie si l'on tombe dans une localité placée elle-même sous l'influence du génie épidémique.
Telles sont les principales conditions qui nous ont paru être favorables ou contraires au développement du choléra chez les sujets préalablement soumis à l'action déprimante du génie cholérique. — Une chaleur extrême, les excès en tout genre, l'abus des excitants, une nourriture insuffisante, de mauvaise qualité ou mal préparée, les voyages, les émotions morales, toutes les circonstances enfin qui sont susceptibles de troubler lentement, directement ou indirecte-
ment, ie fonctionnement normal et régulier de nos organes, doivent être considérées comme des causes prédisposantes du choléra ; mais comme presque jamais une de ces causes n'agit isolément ni sur les individus ni sur les masses, il n'est guère possible de faire exactement la part qui revient à chacune d'elles. Chez les pauvres, par exemple, notamment dans les villes populeuses, la mauvaise nourriture se trouve très généralement combinée à l'habitation d'un quartier malsain, d'une rue étroite, d'une maison encombrée et sans air. à l'humidité, à la malpropreté, à l'intempérance, aux privations de toute espèce, aux excès, aux imprudences, à l'abus de boissons falsifiées; et, chez 'es gens aisés, une alimentation trop substantielle s'unit le plus souvent à l'abus des excitants, aux émotions morales, aux excès, aux imprudences de toute nature.
Toutes ces causes, qui, à un faible degré d'activité, agissent à litre de causes prédisposantes, soit en diminuant la résistance vitale de l'économie ou en élevant l'organisme à un trop haut degré d'excitation, deviennent déterminantes quand leur action est brusque et plus puissante.
Mais parmi les causes déterminantes communes du choléra, les variations subites de la températnre, les indigestions et les émotions morales, à raison de leur importance spéciale, méritent encore de fixer un instant notre attention.
Tous les auteurs signalent les refroidissements comme l'une des causes déterminantes les plus ordinaires du choléra. Les brusques variations de la température sont la cause déterminante la plus commune des recrudescences épidémiques dans les épidémies, commes l'impression subite du froid est la cause la plus fréquente de la maladie chez les individus préalablement infectés, et l'on a presque toujours remarqué que les attaques avaient lieu plus particulièrement la nuit et le matin, — la nuit, au moment où nos organes engourdis par le sommeil sont le plus disposés à ressentir l'influence des agents extérieurs, où la température subit son
plus grand abaissement, où la puissance vitale réagit le moins contre l'action des causes morbifiques ; le matin, à cause du refroidissement que l'on éprouve en se levant et en s'habillant.
A Hambourg, par exemple, les cas éclataient si généralement la nuit, que bien des personnes, alors que l'épidémie était à son maximum d'intensité, craignaient de se mettre au lit et de s'enc'ormir ;
Au rapport de M. le Dr Catteloup, la maladie, pendant l'épidémie cholérique de Tlemcen, ^n 1849, se déclarait souvent instantanément chez nos soldats, après un refroidissement, entre minuit et quafre heures du matin, pendant la'faction, au corps de garde ou sous latente;
Sur 261 cas de choléra dont nous avons pu noter, avec précision, l'heure de l'invasion, pendant l'épidémie d'Oran, en 1851, l'attaque a eu lieu 170 fois pendant la nuit et 91 fois seulement le jour. - Sur les 170 cas nocturnes, 140 fois l'attaque a eu lieu de minuit à quatre heures du matin et 30 fois seulement de huit heures du soir à minuit ; et sur les 91 cas diurnes, 55 fois la maladie a éclaté de quatre heures du matin à midi et 36 fois de midi à huit heures du soir;
Dans la Dobruîscha, à Varna et à Constantinople, nous avons constaté des résultats à peu près semblables, et partout nous avons vu les attaques cholériques se déclarer presque toujours à la suite d'un refroidissemeut : très généralement la nuit, après le premier sommeil ; souvent le matin en se levant ou en s'habillant ; assez fréquemment dans la journée, à la suite d'un changement de vêtements, !e corps étant en sueur, du passage d'une chambre chaude dans un appartement plus froid, d'un bain froid domestique, de rivière ou de mer, de l'ingestion d'un liquide froid, trop abondant on glacé, etc.
Après les refroidissements, les indigestions sont la cause la plus fréquente du choléra. Sous l'influence de l'empoisonnement cholérique , l'action digestive de l'estomac s'affaiblit
et devient paresseuse, la digestion est plus longue et plus laborieuse qu'en temps ordinaire, et le moindre écart de régime, la moindre surcharge de l'estomac, surtout par des aliments indigestes ou altérés, par un liquide froid ou trop copieux, amènent, avec la plus grande facilité, une indigestion qui s'accompagne souvent, surtout si on néglige de la traiter, de tous les symptômes du choléra confirmé. — Une erreur, très accréditée et qui a souvent les effets les plus funestes, est de manger sans faim et quelquefois malgré la répugnance que l'on éprouve pour toute espèce d'aliments.
La plus légère indisposition s'annonce d'ordinaire par de l'anorexie et la sensation du besoin de la diète : en temps habituel, l'infraction à cet avertissement de la nature est souvent la cause de maladies diverses, mais c'est surtout en temps de choléra qu'elle fait de nombreuses victimes. Combien de fois, en effet, n'avons-nous pas vu la maladie se déclarer, après l'ingestion, à contre cœur, d'une quantité même faible d'alimeuts! Combien de fois, au contraire, n'avons-nous pas vu les prodromes du mal se dissiper définitivement, par l'observation de ces sages et simples indications de la nature : la diète et le repos !
Une grande et subite douleur morale, une frayeur, une vive émotion quelconque , sont encore souvent une cause déterminante du choléra ; et, l'action puissante des affections morales, sur le système nerveux, donne la raison de ces attaques inopinées, chez quelques personnes, en visitant les cholériques ou en soignant des amis atteints de choléra ; attaques que les contagionisles prennent à tort pour des exemples de contagion, et qui ne sont, en réalité, que l'effet de la peur résultant de la vue d'un mort ou d'un mourant, et agissant sur des individus préalablement soumis à l'influence du génie cholérique.
Les refroidissements subits, les indigestions et les émotions vives, sont les trois causes déterminantes les plus puissantes du choléra ; elles agissent quelquefois isolément, mais il
n'est pas rare de voir un refroidissement el une indigestion, une indigestion et une émotion, une émotion et un refroidis sèment, ou même ces trois causes s'associer pour déterminer l'invasion de la maladie.
3° Symptômes e1 lésions du choléra et des affections cholériques. — Dans le chapitre précédent, nous avous cherché à déterminer la nature des conditions génératrices du génie cholérique et les causes qui favorisent le développement et la diffusion du choléra ; nous allons étudier ici les effets que produit, sur l'organisme vivant, l'intoxication cholérique. Ces. effets sont de deux sortes : le trouble des fonctions ou les symptômes, et les lésions des organes ou Vanalomie patholo gique. Nous examinerons successivement 1° les symptômes, u2° les lésions organiques, 3° les rapports qui unissent la cause essentielle à la maladie et les symptômes aux lésions annU)~ miques .
Symptômes. — Toutes les alîecjions cholériques procèdent de la même cause spécifique. Symplômatiquemeni, elles se confondent entr'elles. Dans les descriptions, on ne peut pas les isoler les unes des autres, et, depuis l'accident cholérique le plus léger et le plus éphémère jusqu'au choléra algide le plus prononcé, il n'y a que des degrés dont les nuances sont aussi insensibles qu'infinies.
Celte partie de l'histoire des affections cholériques est généralement si bien décrite dans les traités élémentaires que nous n'insisterons guère que sur les faits peu connus ou encore en litige. Pour en faire saisir plus aisément le tableau symptômatologique, nous le diviserons en o degrés ou périodes : i° Vincubation, 2° la cholérine, 3° Valgidité, 4° la réaction, 5° la convalescence.
\° Incubation. — On l'appelle encore période prodromique ou prémonitoire. Elle comprend le temps qui s'écoule depuis l'infection cholérique jusqu'à la manifestation des signes qui caractérisent la cholérine. Bien qu'on la néglige très généralement et qu'elle soit souvent difficile à déterminer, nous la
considérons connue extrêmement utile à étudier. Elle comprend naturellement deux degrés. Le premier est insaisissable comme dans toutes les maladies septiques, parce qu'il n'est jamais possible de préciser le moment ou un agent morbifique exerce sa première action et que les fonctions ne se troublent i;u'après un contact assez prolongé pour permettre à l'agent septique de pénétrer les organes et de les soumettre à son action délétère.
Bien que des faits nombreux tendent à démontrer que la durée de ce 1er degré ne peut pas être inférieure à 8 ou 10 jours, il est facile de comprendre qu'on ne peut pas lui assigner de limites précises et qu'elle doit variera l'infini selon la puissance de la cause, celle de la résistance de l'organisme vivant et la nature des conditions hygiéniques au milieu desquelles on se trouve.
Au v2e degré de l'incubatiou , les fonctions se troublent, mais ce trouble, d'abord à peine sensible ou douteux, ne se caractérise définitivement que peu à peu. L'époque de celte perturbation ne saurait être la même pour tous les sujets sou mis en même temps et au même degré, à l'influence du génie épidémique. C'est d'abord, très généralement, chez les individus atteints de maladies aiguës ou chroniques qu'elle se montre ; puis chez ceux qui, sans être réellemeut malades, sont habituellement indisposés ou souffrants; puis chez ceux dont la constitution est naturellement chétive ou plus ou moins profondément altérée par suite d'excès, de débauche, d'une habitation insalubre, d'une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité, ou de maladies antérieures ; puis chez ceux qui, forts et robustes, n'observent pas les préceptes d'une bonne hygiène ; puis enfin chez ceux dont une bonne constitution s'allie avec de l'énergie morale et l'observation rigoureuse des régies prophylactiques.
Cet ordre de progression cholérique n'est généralement troublé que par suite d'imprudences ou d'infractions aux règles hygiéniques, qui font que quelquefois les hommes forts
TObustes et bien portants sont les premiers Trappes.
Les premiers symptômes de l'infection cholérique, qui nous paraissent résulter d'une atteinte primitive portée au système nerveux, sont : un malaise, une langueur musculaire, une faiblesse générale, une disposition insolite à la transpiration, une excitation particulière des sens et une seusibilité inaccoutumée à l'action du froid. A ces phénomènes, qui n'appartiennent pas exclusivement à l'infection cholérique et qui constituent, au contraire, le prélude de presque toutes les maladies, viennent se joindre d'autres symptômes plus caractéristiques, lesquels se montrent le plus souvent de la mauière et dans l'ordre suivants : circulation moins active, pouls sensiblement plus rare, plus lent, plus petit et plus mou ; céphalalgie, éblouissements, vertiges, tintementsd'oreilles, insomnie, agitation, oppression épigastrique , anxiété précordiale, inquiétudes dans les jambes se transformant aisément eu douleurs ; coloration cyanique légère et irrégulière des paupières et des lèvres ; altération toute particulière des traits de la physionomie, qui sont comme affaissés ou contractés ; teint légèrement plombé de la peau ; refroidissement facile des extrémités et de la langue ; dyspnée légère caractérisée par des inspirations longues et profondes ; bouche amêfc, langue souvent sèche et recouverte d'un enduit blanc ou jaunâtre; organes digestifs paresseux, inappétence, éructations, dyspepsie, soif, quelquefois nausées avec ou sans vomissements, flatuosités, borborygmes, quelquefois tranchées ou coliques, alternatives de diarrhée et de constipation ou diarrhée seulement ; sécrétions urinaire et biliaire moins abondantes.
Tels sont les signes qui caractérisent plus ou moins nettement ce degré de l'infection cholérique. Leur ordre d'apparition n'est pas toujours le même. Quelquefois ce sont les fonctions digestives qui sont troublées les premières, d'autrefois celles de la sensibilité, de la circulation ou de la respira lion; mais dans l'immense majorité des cas, on observe d'abord un affaissement notable des forces musculaires, puis une
exaltation de la sensibilité, puis enfin, et presque toujours à la fois, une paresse remarquable «le la circulation, de la respiration, de la ealorification, de la digestion, des sécrétions de la bile et de l'urine.
Tous les sujets soumis à l'action d'une atmosphère cholérique n'éprouvent pas toujours et nécessairement la série de phénomènes que nous venons d énumérer : quelques individus, privilégiés, traversent une ou plusieurs épidémies sans ressentir, pendant leur durée, la moindre indisposition ; «nais ce sont là de rares exceptions que l'on ne retrouve guère, et encore bien rarement, que chez les personnes douées d'une bonne constitution et observant, avec rigueur, les préceptes d'une bonne hygiène. D'autres fois, les symptômes se bornen à quelques troubles nerveux, circulatoires, digestifs ou respiratoires; mais le plus souveut,du moment où la constitution cholérique est un peu puissante, on constaie aisément, chez presque tous les individus soumis à son influence, une perturbation plus ou moins profonde de toutes les fonctions.
A Oran en 1851, dans la Dobrutscha en 1854, à Maslak en 1855 par exemple , il y avait fort peu de personnes saus éprouver un dérangement plus ou moins notable de la santé, et ce dérangement, dout la faiblesse musculaire, la .disposi. lion à la transpiration, l'anorexie, la coloration cyanique des lèvres, les borborygmes et la diarrhée, étaient les stny = tômec» les plus communs et les plus saillauts, résultait évidemment d'une iufection cholérique préalable.
L'infection cholérique, qui peut s'opérer, le poison s'éiiminantsans se révéler par aucun signe particulier et certain, s'annonce donc, le plus souvent, par les symptômes que nous venons d'énumérer, symptômes qui ne constituent pis l'espèce pathologique que l'on désigne sous le nom de choléra, mais bien des accidents cholériques qui sont de la plus haute importance à signaler , parce qu'ils ne manquent jamais avant l'invasion du choléra proprement dit, parce qu'ils
sont un aveulissement salutaire du danger qui nous menace, parce qu'enfin ils nous annoncent qu'il ne manque plus au choléra algide pour se déclarer qu'une occasion favorable, que l'action d'une cause déterminante.
Une incubation cholérique précède toujours l'explosion de l'épidémie dans les pays cholérisés et l'invasion du choléra chez les sujets infectés. Cette incubaticn s'annonce chez les individus par les symptômes précédemment décrits, et dans les pays inlectés par une constitution médicale insolite dont les caractères principaux sont : la manifestation plus ou moins générale, chez les habitants, des mêmes phénomènes morbides, par quelques cas isolés et légers de cholérine ou de choléra confirmé et quelquefois par des maladies générales chez les animaux de diverses espèces, paraissant avoir une certaine analogie avec le choléra chez l'homme.
Une épidémie de choléra ne remplace jamais tou' d'un coup toutes les affections régnantes: la diffusion de ia maladie peut être plus ou moins rapide, mais la cause spéciale qui la produit nuit partout et toujours un certain temps à se développer, et ce n'est jamais que d'une manière lente et graduée qu'elle soumet à son empire les habitants qu'elle empoisonne pour les préparer à l'explosion épidémique ; el, avant cette explosion, ou voit toujours, non seulement les symptômes de l'incubation cholérique se généraliser el se montrer sur la plupart des habitants valides ou malades, mais encore les maladies régnantes se localiser peu à peu de préférence du côté du canal alimentaire et offrir quelques phénomènes particuliers au choléra.
Le 1er degré de l'incubation cholérique passe inaperçu et ie 2e se caractérise par les signes que nous avons énoncés. La durée totale de celle période, que nous n'avous jamais vu manquer totalement chez les individus frappés de cholérine ou de choléra, varie à l'infini ; car, tandis que nous l'avons vue maintes fois se dissiper ou se transformer en cholérine après quelques jours do souffrances, elle se prolonge, chez beaucoup
d'individus, depuis le commencement jusqu'à la fin d'une épidémie.
Son intensité varie généralement selon la gravité de l'épidémie, selon la constitution, la manière de vivre et les dispositions particulières de chaque sujet.
Elle se termine presque toujours par le retour complet à la santé chez les personnes qui se soumettent, avec constance et régularité , aux règles prophylactiques nécessaires : alors la nature, réagissait! modérément et sans secousse, élimine peu à peu, avec ou sans le secours delà thérapeutique, l'élément morbifique. D'autres fois au contraire, notamment chez les sujets réfractai res aux règles de l'hygiène , elle passe, après une durée de quelques jours ou de plusieurs mois, à l'état de chotérine, que nous allons décrire maintenant.
2° Cholérine. — On appelle généralement cholérine le 2e degré de l'infection cholérique. La cholérine constitue un étal intermédiaire, un Irai t-d' union, pour ainsi dire, entre l'incubation que nous venons d'étudier et la période algide que nous examinerons tout -à -l'heure. Elle a la même nature que l'incubation, elle n'en diffère que par l'intensité de ses symptômes; elle a un degré de plus que la première et un degré de moins que l'algidité, et les symptômes qui la caractérisent sont les mêmes que ceux de l'incubation, avec cette seule différence qu'ils sont plus prouoncés : faiblesse plus grande du système musculaire, excitation plus marquée du système nerveux, avec céphalalgie, éblouissements, vertiges, insomnie, agitation, douleurs ou crampes légères a l'estomae et aux ex trémités; débilité plus notable des fonctions circulatoire, respiratoire, digestive, calorifique, urinaire et biliaire; faiblesse et fréquence du pouls plus grandes: altération plus prononcée de la physionomie; disposition plus marquée au refroidissement et a la transpiration ; teinte cyanique des lèvres plus prononcée ; voix altérée, dyspnée plus notable : anorexie plus complète ; borboryginès et gargouillements a peu près constants; diarrhée piu> forte et caractéristique;
nausées plus fréquentes avec vomiturilions et Vomissements riziformes.
Jusques-là la vie n'est pointer» danger. A cette période, qui n'entraîue jamais directement h mort, toutes les fonctions sont troublées, presque toujours à des degrés différents, et ce sout, tantôt la diarrhée ou les vomissements, la prostration ou les crampes^ le froid ou la dyspnée, la faiblesse du pouls ou de la voix qui dominent les autres symptômes.
L'incubation, plus o;a moins évidente et plus ou moins prolongée, précède toujours la cholérine, et celle-ci, dont la durée n'a rien de fixe et qui peut se terminer en quelques heures comme après plusieurs jours, par le retour complet à la santé ou par le passage à la période algide, ne manque jamais de précéder le choléra confirmé.
Pendant les épidémies cholériques, elle est généralement très fréquente; son intensité varie à l'infini, et taudis que dans beaucoup de cas elle est îellemeut légère qu'elle fixe à peine l'attention du malade et celle du médecin, dans d'autres elle est assez intense pour donner des inquiétudes ; mais, quelle que soit son intensité, le retour à ia santé ne se fait pas ordinairement attendre longtemps, si les secours de l'hygiène et de la thérapeutique sont administrés à temps et avec intelligence; tandis que, négligée, abandonnée aux seules ressources de la nature ou à un traitement intempestif, on la voit se transformer, avec la plus grande facilité, souvenl en quelques motneuts, en choléra algide confirmé.
3° Période algide. — On l'appelle encore période de froid, cyanique, asphyxique, choléra bleu ou confirmé. Le choléra algide qui est l'expression pathologique la plus complète de l'infection cholérique, constitue le choléra proprement dit des auteurs ; les deux premières périodes n'étant que des accidents ou des variétés du groupe nosoiogique formé par les affections cholériques.
Li période algide est à h cholérine ce que celle-ci est à l'incubation cholérique : identiques dans leur nature intima
elles constituent une série «l'étais morbides, ne différant tes uns des autres que par leur intensité, leur forme et leur complication. En elfel, la prostration profonde de l'action vitale des organes; les crampes violentes et a peu près constantes ; la circulation et l'hématose frappées d'impuissance plus ou complète; le cœur, les poumons, le foie et les reins incapables de fonctionner; l'activité remarquable et exceptionnelle des sécrétions gastro-intestinale et cutanée, — parce que sans doute la muqueuse digestive et la peau sont les organes vers lesquels la force médiatrice de la nature dirige spécialement ses mouvements éliminateurs ou critiques ; la chute plus ou moins complète du pouls et des battements du cœur; le froid glacial de toute la surface extérieure du corps, surtout des extrémités ; la cyanose plus ou moins prononcée ; l'extinction plus ou moins complète de la voix ; la dyspnée souvent extrême ; la viscosité froide et la disparition plus ou moins absolue de l'élasticité de la peau ; le sentiment de brûlure et de compression à l'épigastre et à l'a bdomen ; les vomissements et la diarrhée rizifo rmes; l'altération profonde des traits du visage; les yeux ternes, renversés, enfoncés, environnés d'un cercle livide; l'absorption rapide du tissu cellulaire du corps qui semblese fondre, et qui entraîne, en quelques instants, un amaigrissement prodigieux et remarquable; la suppression plus ou moins complète des sécrétions urinaire et biliaire, qui caractérisent le choléra algide , ne différent des symptômes de la choléline que par leur plus grande intensité et par les congestions passives des viscères qu'ils provoquent , lesquelles amènen1 si souvent le coma, l'asphyxie et puis la mort.
Ainsi, dans ces trois degrés de l'infection cholérique, les symptômes, identiques au foud, ne diffèrent que par les formes qu'ils affectent ou l'intensité qu'ils présentent. Dans le premier, ils sont légers et toujours curables ; dans la cholérine, beaucoup plus accentués, ils cèdent encore généralement sans difficultés l'emploi rationnel et bien entendu des moyens de l'hygiène et de la thérapeutique. Dans la période algide enfin,
le plus stouvfiM mortelle , ils sont ordinairement leltëment extrêmes que tous les actes de la vie sont, pour ainsi dire, enchaînés a ia foi?, tous les organes plus ou moins complètement paralysés, le principe vil a 1 comme sidéré.
Les mêmes symptômes se rencontrent, avec des caractères semblables, dans tomes tes épidémies, quels que soient le pays et la saison où on les observe, et si' des différences se remarquent quelquefois, elles tiennent à diverses conditions, indépendantes de la nature du génie morbifique :
Le choléra d'Oran en 1851, était le même que le choléra de Paris en 1849;
Nous n'avons constaté dans le choléra d'Orient aucun caractère particulier, si ce n'est la perte plus prononcée de l'élasticité de la peau ;
A l'Ecole militaire, chez, les hommes forts, robustes, bien portants et non cachectiques, les crampes, l'algidité, la cyanose et la faiblesse du pouls constituaient les symptômes les plus saillants, tandis que les vomissements, la diarrhée, n'étaient que fort secondaires; chez les cholériques évacués de la Grimée, de l'ambulance de Maslak et des bâtiments venant de France, les accidents comateux, pulmonaires ou typhoïdes, consécutifs 5 une réaction trop violente, étaient les phénomènes morbides les plus prononcés, tandis que les crampes, l'algidité, la cyanose, la faiblesse du pouls, la diarrhée et les vomissements faisaient souvent plus ou moins complètement défaut ; chez les sujets cachectiques et débilités par un séjour prolongé en Crimée ou par des maladies antérieures, la diarrhée, l'algidité, la faiblesse du pouls et l'absence de l'élasticité cutanée étaient les caractères dominants, tandis que les crampes manquaient presque toujours et les vomissements et la cyanose très souvent.
Ces différences, bien plus superficielles que profondes, tiennent plulôtà l'intensité des symptômes qu'à leur nature, à leur localisation spéciale dans tel organe que dans tel autre, à la prédominance particulière de l'un ou de plusieurs d'entr'eux
sur les autres; elles se rattachent à l'intensité du génie épïdémique, à l'état du malade, et plus souvent à ces deux ordres de causes réunis.
Des médecins ont avance et soutenu que les symptômes si graves du choléra algide se montraient, sans prodromes, subitement, instantanément, d'une manière foudroyante ou sidérante. Cette assertion, fondée plutôt sur l'apparence que sur des faits réels, a été déjà victorieusement combattue par M. G. Guiren et plusieurs autres observateurs distingués ; nous venons à notre tour, nous inscrire en faux contre celte doctrine dangereuse, si propre à effrayer les populations et à rendre doublement meurtrières les épidémies déjà si graves de choléra. Sans doute, l'état morbide résultant de l'empoisonnement cholérique peut parcourir rapidement les divers degrés d'incubation, de cholérine et de choléra algide ; mais nous pouvons affirmer, sur des milliers de cholériques qui nous sont passés sous les yeux, même dans ia Dobrutscha, à Varna pi à Maslak, où les cas étaient pourtant bien graves et bien prompts, nous pouvons affirmer, disons -nous, n'avoir jamais vu une seule attaque arriver à l'algidité et à lac^tnose sans avoir été précédée du phénomène ordinaire de l'incubation cholérique ou de la cholérine. Ces cas foudroyants, sidérants, sans phénomènes prémonitoires ne se rencontrent jamais dans la pratique ; ils n'existent que dans l'imagination de ceux qui^ oubliant de s'enquérir du début de l'affection, ne voient de maladie cholérique que dans le choléra algide confirmé; et, toutes les fois qu'en interrogeant le malade ou les assistants, le médecin peut remonter à l'origine du mal, il constate aisément que ia période algide a été précédée par une indisposition cholérique plus ou moins prolongée et toujours évidente.
C'est surtout à la suite d'un refroidissement, d'une indigestion, d'une vive émotion, que se montrent les cas de choléra les plus subits et les plus graves ; mais, même dans ces conditions qui sont les plus favorables à la gravité et à la rapidité des at-
taques, nous n'avons jaunis rencontré L'aigidité et la cyanose sans signe précurseur ; ei nous avons la conviction que, dans les cas où le choléra devient si promptemeru mortel, c'est presque toujours à une imprudence du malade ou à l'absence des secours nécessaires qu'il faut en attribuer la cause.
Puisque la période algide ne se montre jamais dans la pratique sans incubation et cholérine préalables, ce sont ces deux périodes prodromiques, presque toujours bénignes, qu'il est important de surveiller et de ne pas méconnaître afin de prévenir, à l'aide de l'hygiène et au besoin de la thérapeutique, l'explosion du choléra algide contre, lequel les ressources de la nature et de l'art échouent le plus souvent.
La période algide, dont la durée varie depuis moins d'une hoirs jusqu'à plusieurs jours, ne peut se terminer que parla mort ou par la réaction. La mort est malheureusement la terminaison la plus fréquente. Elle arrive presque toujours par asphyxie, quelquefois seulement par syncope, et dans quelques cas il serait difficile de dire au juste quels sont, des phénomènes respiratoires ou circulatoires, ceux qui ont cessé les premiers. En 1851, à l'hôpital d'Oran, sur 115 décès cholériques, 94 fois, ou 81 fois sur 100, la mort est arrivée à la période algide, — 88 fois sans réaction notable et 6 fois après une ou plusieurs alternatives d'algidilé et de réaction. A l'École militaire de Constantinople , sur 275 décès dont nous avons pu tenir note exacte, la mort a eu lieu 180 fois, ou 65 sur 100 à cette période, — 114 lois sans réaction sensible et 66 fois après une ou plusieurs alternatives d'algidité et de réaction.
Arrivé a la période algide, la guérison ne peut s'opérer qu'à la suite d'une nouvelle période, bien distincte desaulres, la réaction, que n3us allons étudier maintenant.
4° Période de réaction, de délente ou de crise.— Dès que le choléra se montre avec les caractères prononcés de la période algide, la mort ou la réaction en sont la suite inévitable. La mort est le signe certain du triomphe du mal, la réaction
annonce une lutte énergique entre celui-ci et la nature, et la persistance de la réaction assure la victoire à celle-ci.
Le premier signe de la réaction consiste dans une diminution du malaise intérieur qui agite le malade. L'apparition de ce bien-être, bien plus sensible pour le cholérique que pour le médecin, s'accompagne bientôt de symptômes moins incertains, tels que: réapparition du pouls ou diminution de sa faiblesse s'il n'était pas éteint ; respiration moins profonde et moins laborieuse ; froid de la surface du corps moins glacial ; cyanose moins prononcée; voix moins étouffée et moius éteinte; physionomie moins contractée; yeux moins excavés ; crampes moins douloureuses et moins fréquentes ; prostration moins profonde ; peau moins pâteuse et plus élastique ; retour de la sécrétion urinaire, etc. Tous ces phénomènes se manifestent à peu près en même temps ; il serait difficile^ dans la plupart des cas, de dire au juste quel est celui qui perce le premier; et, si l'on signale généralement d'abord le retour de la circulation et de la chaleur, c'est parce qu'il est plus facile de les constaier que les autres symptômes.
Si la réaction est salutaire et que la nature ne soit troublée dans ses mouvements curateurs, ni par ses propres écarts, ni par une imprudence du malade, ni par une mauvaise direction donnée au traitement, ces premiers symptômes heureux se dessinent de plus en plus, et alors le pouls perd un peu de sa fréquence et gagne quelque chose en ampleur, la respiration se dégage^ la cyanose diminue et la peau prend une teinte légèrement rosée, la voix reparaît, une douce chaleur succède au froid glacial; la sueur froide, épaisse et visqueuse fait place à une transpiration chaude, limpide et abondante, la peau reprend de l'élasticité et la physionomie de l'expression, les vomissements et les selles diminuent ordinairement de fréquence et changent de nature, les sécrétions urinaire et biliaire se rétablissent, la soif se calme, l'appétit ne tarde pas à renaître et le malade enfin éprouve un bien-être particulier dont il est presque étonné lui-même»
Dans un grand nombre de cas, les vomissements et les selles persistent au même degré; quelquefois même, les vomissements, impossibles jusqu'alors, se montrent à cette période et semblent contribuer au soulagement du malade.
Du moment où la réaction commence, on peut être à peu prés certain que l'organisme possède tous les éléments nécessaires pour arriver à bonne fin, et le médecin et le malade, pour compléter la victoire, n'ont qu'à se tenir en garde contre les agressions incessantes du génie cholérique, terrassé, mais non encore définitivement vaincu ; car quelquefois — bien moins à cause de l'intensité du mal et de l'impuissance de la nature que par suite d'une imprudence, de l'indocilité du malade ou d'un traitement intempestif, — la maladie reprend le dessus, les symptômes de l'algiditése reproduisent, le pouls faiblit de nouveau ou se supprime, la respiration s'embarrasse, et alors la mort arrive, dans la plupart des cas, au milieu de cette nouvelle attaque, qu'il eut été facile de prévenir.
Dans les cas de cette nature, l'organisme, seul ou avec le concours de l'hygiène et de la thérapeutique, triomphe encore quelquefois du mal et amène une réaction, plus difficile à conduire que la première, mais qui pourtant peut permettre encore l'espoir d'une heureuse issue. Nous avons vu ces alternatives d'algidité et de réaction, de vie et de mort, jusqu'à trois ou quatre fois, chez le même individu ; mais alors le malade finit presque toujours par succomber ; car chaque nouvelle rechute, toujours plus grave que celle qui précède, se reproduit généralement sous l'influence de la même cause, — un refroidissement, une indigestion, une émotion morale ou un traitement intempestif. Ces rechutes d'ailleurs ne s'observent guère que dans les cas graves où l'attaque primitive avait offert une chute complète du pouls avant l'application des premiers moyens thérapeutiques.
Mais au lieu d'une guérison parfaite et rapide, au lieu de ces fluctuations incertaines entre la vie et la mort, la réaction
dépasse quelquefois les limites compatibles avec une solution favorable de la maladie, se transforme plus ou moins vite en un mouvement fébrile qui amène rapidement des accidents d'une nature nouvelle, mais qui pour cela, n'en constituent pas moins un état très grave et très souvent mortel. La violence de la circulation et les mouvements fluxionnaires qui en résultent ajoutent aux congestions viscérales passives, résultant de l'action directe du génie cholérique sur les systèmes nerveux et sanguin, une nouvelle quantité de sang dont les organes, plus ou moins complètement paralysés, ne se débarrassent qu'avec une difficulté extrême. De là ces états comateux plus ou moins profonds, avec ou saus délire, avec ou sans céphalalgie, avec ou sans phénomènes typhoïdes, si fréquents, si graves et produits par une hyperémie cérébrale avec ou sans phlegmasie dss méninges, et que l'on désigne, à tort, sous le nom de fièvre typhoïde; de là aussi cette dyspnée extrême, au moins aussi fréquente que le coma, occasionnée par une congestion pulmonaire et qui pardonne encore moins que l'hyperêmie seule du cerveau; de là enfin, plus souvent encore, la congestion simultanée de tous les organes parenchymateux, notamment du cerveau et du poumon, cet état de dyspnée et de coma, contre lequel la nature, l'hygiène et la thérapeutique se montrent presque toujours impuissantes et qui achève de moissonner un grand nombre d'individus qu'avait épargnés la période algide.
En 4851, à l'hôpital d'Oran, sur cent quinze décès, douze ou dix sur cent ont eu lieu à la période de réaction, et à l'École militaire de Constantinople, trente-deux sur deux cent soixantequinze, ou 11,65 sur cent.
A l'hôpital d'Oran en 4851, sur cent vingt cas de guérisont Sa réaction a été :
Régulière et sans accidents notables. 57 fois.
Accompagnée de congestions cérébrale, pulmonaire ou cérébro- pulmonaire. 49
Accompagnée de troubles digestif?, diarrhée ou
vomissements Z6
Accompagnée de hoquet persévérant 5
— de rétention d'urine... 6
— de céphalalgie, de dyspnée ou d'altération de la voix 5
Et, à l'Ecole militaire, sur 455 cas de guérison, la réaction
a été :
Régulière ou sans accidents notables 252 fois.
Accompagnée de congestions viscérales graves . 72
— de troubles digestifs, -— diarrhées ou vomissements 104
Accompagnée de hoquet persévérant 6
— de rétention d'urine 11
— de dyspnée et d'autres accidents divers *0
5° Période de convalescence. Elle commence au moment où tout danger a disparu, où la maladie est jugée au profit du malade. Elle peut se montrer après la première période de l'infection cholérique, après la deuxième ou après la quatrième.
Elle est à peu près insensible quand elle se manifeste après la première période. Dans ce cas, la sauté est rétablie aussitôt après la disparition des phénomènes morbides.
Elle est généralement de très courte durée quand l'infection cholérique ne dépasse par les limites de la cholérine.
Dans le choléra algide, quand la réaction, bien dirigée suit une marche régulière et convenable, la convalescence n'est pas ordinairement longue ; mais sa durée varie selon la gravité de l'attaque, sa longeur et ses complications, selon le tempérament et la constitution du malade, et selon que celui-ci observe plus ou moins rigoureusement les préceptes d'une bonne hygiène.
En général, les congestions viscérales et membraneuses se dissipent aisément et promptement ; les fonctions de la circulation, de la respiration, de la digestion, des sécrétions, de la
sensibilité et les forces reprennent en peu de jours leur activité primitive et normale, à moins qu'il n'existe ou qu'il ne survienne un ou plusieurs accidents susceptibles de prolonger plus ou moins le trouble fonctionnel d'un ou de plusieurs organes, Les accidents que nous avons vu survenir le plus souvent pendant la convalescence, sont : la diarrhée, la constipation, la dyspepsie, les vomissements, la flèvre intermittente, des plaies provoquées par les révulsifs, l'auasarque, le coma, l'épistaxis, la fièvre typhoïde, des abcès divers, l'éruption d'eczéma, de miliaire, de furoncles, d'urticaire, de rougeole, de varicelle, etc.
La mors survient encore quelquefois pendant la convalescence, mais c'est toujours par suite d'une complication.
Marche générale du choléra et des épidémies cholériques. — Nous avons vu que le génie cholérique pouvait : 1° infecter les individus soumis à son influence sans produire aucun signe capable de révéler sa présence ; 2° borner ses effets pathologiques aux symptômes du deuxième degré de la première période ou à ceux de la cholérine ; 3° atteindre la période algide ; 4° qu'enfin, ce génie une fois arrivé à l'état de choléra confirmé, la guérisou n'avait lieu que par suite des autres périodes de réaction et de convalescence. Nous allons résumer maintenant l'enanaînemeot ordinaire de ces périodes.
La durée de la première période de l'infection cholérique peut varier, depuis quelques heure? jusqu'à plusieurs mois, c'est-àdire qu'il y a des individus qui sont bien portants ou à peine indisposés pendant toute une épidémie. Elle se termine toujours par le retour complet à la santé ou par la cholérine. Dans le premier cas, la convalescence est à peu près nulle et se confond avec l'état morbide; dans le deuxième, la cholérine peut éclater après quelques heures de malaise comme après un, deux ou plusieurs mois de souffrances.
La deuxième période dure rarement longtemps. De deux choses l'une : ou bien la guérison s'opère du jour au lendemain, ou la maladie se transforme promptement en choléra al-
gide. Dans la plupart des cas, la cholérine se juge du deuxiè me au troisième jour, rarement plus tôt ou plus tard. Elle est toujours consécutive à l'incubation, et ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels, à la suite d'une cause déterminante bien active, qu'on la voit débuter sans indisposition préa lable et marquée.
La période algide est toujours de courte durée. Quelquefois elle se dissipe en moins d'une heure ; très rarement elle se prolonge au-delà de deux jours ; dans l'immense majorité des cas, elle se juge en vingt-quatre heures, et, quand au bout de douze ou quinze heures on n'est pas parvenu à déterminer un commencement de réaction, la mort est presque inévitable. Le choléra confirmé ne se déclare jamais sans prodromes, et dans les cas les plus foudroyants, l'algidité, la cyanose et la chute du pouls sont constamment devancés par les symptômes ordinaires de l'incubation cholérique et de la cholérine.
La réaction est la crise favorable de la maladie. Elle est à peu près insensible quand elle se montre après la première période, ordinairement peu prononcée lorsqu'elle vient après la deuxième, toujours très sensible si elle n'arrive qu'à la suite de la troisième. — Si, dans ce dernier cas, elle est régulière et favorable, elle se confond de suite avec la convalescence, dont la durée varie à l'infini, selon les conditions que nous avons énoncées plus haut.
La durée totale des affections cholériques, dans les cas de guérison, ne saurait être déterminée par le nombre de jours de traitement dans les hôpitaux ; car les phénomènes propres à la maladie se dissipent en peu de jours, et les malades n'y sont d'ordinaire retenus longtemps que par les maladies antérieures, des affections nouvelles ou des accidents consécutifs, tels que la débilité, des congestions viscérales, des plaies, des abcès^ des éruptions, etc.
La mort arrive le plus souvent pendant la période algide,
assez souvent pendant la réaction et quelquefois pendant la convalescence.
A Paris, en 1832, sur 4,907 décès, !a mort est arrivée :
Le 1er jour
A Constantînople Le 1er jour
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en 1851, sur 115 décès :
Le îer jour. .
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Le 2*. . ^ .
Le 3e. . . .
Le 4e. . . .
Le 5°. . . .
Le 6e. . . .
Le 7e. . . .
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Du 9e au 50e .
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Le 3e
Le 4* ...
Le 5e
Le 6e
Le 7«. . . , . .
Le 8e
Du 9e au 58e . . .
2,384 ou 48 sur 100
1855 et 1856, sur 275 décès :
103 ou 37 sur 100.
La rapidité avec laquelle arriva la mort à la suite du choléra donne une idée de la puissance du génie épidémlque; et bien que dans tous ces relevés statistiques il ne soit guère
possible de noter exactement le début de la maladie et que Ton ne compte généralement que du moment où le malade reçoit les premiers soins, on arrive à ce résultat approximatif, que partout elle a lieu cinquante fois sur cent, en moyenne, le jour même de l'entrée à l'hôpital.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans dire un mot de la marche générale des épidémies cholériques.
Bien que le choléra se montre quelquefois sous forme sporadique, cette maladie appartient évidemment, par sa nature, à la classe des grandes épidémies.
Une épidémie' cholérique n'apparaît jamais tout d'un coup dans une localité quelconque ; son explosion est partout précédée par une constitution médicale caractérisée par des phénomènes cholériques compliquant les autres affections, et par des cas isolés de cholérine ou de choléra confirmé.
Dans toutes les épidémies, on remarque les trois périodes d'accroissement, d'état et de déclin ; mais ces périodes sont loin d'avoir la régularité que leur supposent beaucoup d'auteurs ; leur marche, au contraire, est toujours irrégulière, ei l'observation démontre que cette irrégularité se rattache particulièrement à l'état de l'atmosphère.
Quelquefois, la période d'incubation passe insensiblement à la période d'accroissement ; mais , celle-ci , généralement, après quelques cas isolés et peu graves, se généralise subitement du jour au lendemain. C'est ce que nous avons remarqué à Oran eu 1851, dans la Dobrutscha en 1854 et à Maslak en 1855, et nous pouvons dire qu'une épidémie n'arrive peutêtre jamais, d'une manière régulièrement croissante, à son maximum d'intensité et qu'elle n'atteint celte intensité que par bonds, par suite d'alternatives ou de recrudescences successives et devenant de plus en plus générales.
Arrivées à la période d'état, les épidémies ne restent jamais complètement stationnaires, elles augmentent ou diminuent chaque jour, et ces oscillations, quelquefois extrêmes, nous
oui toujours paru avoir des rapports intimes avec les varia tions atmosphériques.
La période de déclin n'est pas plus constante que les auires. La décroissance a presque constamment lieu par saccades plus ou moins prononcées, et généralement, les épidémies choléri ques finisseut comme elles ont commencé, par des attaques isolées et bénignes. Cependant il n'est pas rare de rencontrer, à la fin d'une épidémie, des cas aussi violents qu'à la période d'état. Quelquefois même, des attaques sporadiques et plus ou moins sérieuses se montrent encore huit, quinze, trente et même soixante jours après les derniers cas épidémiques. Enfiu, nous avons vu plusieurs fois, en Algérie et en Orient, l'épidémie récidiver longtemps après sa cessation complète ; mais alors ces récidives ont toujours été éphémères et peu graves.
La durée d'une épidémie cholérique ne saurait être indiquée que d'une manière très approximative. Nous avons vu le choléra ravager en quelques jours les soldats de la 1re division de l'armée d'Orient dans la Dobrutscha ; les habitants d'un grand nombre de tribus et des villages de St-Cloud, de Méfies sou r ei de Damesme en Algérie , tandis qu'il a duré des mois entiers à Oran, à Mostagauem, à Paris et en Crimée. On peut dire cependant, d'une manière très générale, qu'une épidémie de choléra ne dure guère moins de quinze jours et que sa durée, à l'état véritablement épidémique, ne dépasse que très exceptionnellement deux ou trois mois dans chaque localité. Mais il n'est pas rare de voir la constitution cholérique, manifester encore sa présence par des cholérines ou des phénomènes cholériques légers, cinq, huit ou dix mois., après la disparition des attaques épidémiques.
La constitution médicale consécutive aux épidémies de choléra est ordinairement semblable à celle qui la précède, c'està-dire que les phénomènes morbides qui la caractérisent se localisent de préférence dans les organes digestifs et par des cas isolés et légers de choiérine ou de choléra.
Après les épidémies cholériques, de même qu'à la suite de toutes les grandes épidémies, les maladies sont généralement d'autant moins nombreuses et d'autant moins meurtrières que les premières ont fait plus de ravages ; parce que, d'une part, les individus malingres, chétifs, cachectiques, malades ou imprudents out été victimes du fléau; parce que, d'un autre côté, les populations ont mieux observé que de coulume les règles d'une bonne hygiène.
Influence du choléra sur les maladies régnantes. — On a dit et tous les auteurs répètent que le choléra absorbe toutes les autres affections et qu'il ne fait, généralement, que devancer, de quelques jours ou de quelques instants, l'heure de la mort. Ces propositions sont exactes, mais jusqu'à présent oa n'a guère songé à déterminer ce que deviennent ces maladies dans les cas où le choléra n'a pas été mortel. Cependant M. le Dr Duplay dit avoir remarqué que lorsque le choléra vient à s'enter sur des phlegmasies du tube digestif , les symptômes (l'inflammation, au lieu de s'accroître par le traitement, cessent tout-à-coup ; que les individus qui ne peuvent pas supporter les boissons ordinaires hupportent alors les excitants les plus forts ; que chez quelques-uns, cette sensibilité qui semblait avoir été détruite par le choléra, reparaît après la guérison, niais sans être exaltée par les toniques ou les excitants dont on a fait usage (1).
Ce sujet a aussi attiré notre attention, et les résultats auxquels l'observation nous a conduit ont la plus grande analogie avec ceux énoncés par M. Duplay. Parmi les sujets atteints d'affections générales graves ou de maladies aiguës ou chroniques des appareils digestif, respiratoire, nerveux, etc., au gmoment où ils sont frappés de choléra, quelques-uns guérissent, mais la plupart succombent promptement. Dans les cas mortels, les phénomènes cholériques absorbent complètement les symptômes de toutes les autres maladies. Dans les cas de
(1) Compend. de médecine pratique , t. 2, p. 260.
guérison, les symptômes des maladies primitives s'effacent aussi plus ou moins complètement, pendant la durée du choléra ou se confondent avec ceux de cette dernière maladie ; mais généralement ils reprennent leur cours, souvent même ils deviennent plus intenses et plus tenaces après la guérison de l'affection cholérique. Nous avons fréquemment vu les maladies bénignes les plus diverses, les maladies catarrhales par exemple, s'effacer complètement pendant le choléra et se reproduire ensuite, avec les mêmes caractères, pendant la convalescence ou après la guérison de l'affection cholérique.
Complications et accidents consécutifs. — Pendant la période algide les symptômes du choléra absorbent toute l'atteniion du médecin, toutes les autres maladies, toutes les complications s'effacent complètement en leur présence, pour ne reprendre leur empire que du moment où la réaction est éta blie.
Toutes les maladies, générales ou localisées dans les divers appareils de l'économie, telles que les fièvres intermittentes, la constipation, la diarrhée, la dyspepsie, le hoquet, la phlegrnasie gastro-intestinale, la miliaire, l'eczéma, l'urticaire, le furoncle, etc , sont des complications fréquentes ; mais parmi les accidents qui méritent spécialement de fixer l'attention du médecin, les congestions cérébrale et pulmonaire occupent le premier rang.
La congestion cérébrale, notée par tous les médecins et étudiée particulièrement par M. Gendrin, se produit peu à peu et s'aunonce d'abord par une pesanteur de tête incommode qui ne tarde pas de s'accompagner de somnolence, d'assoupissement et puis d'un coma plus ou moins profond, pendant lequel le pouls s'affaiblit ordinairement sans augmenter de fréquence, l'urine s'accumule dans la vessie sans en être expulsée, les selles deviennent involontaires, les réponses lentes et la respiration profonde, l'intelligence s'affaiblit, les pupilles se dilatent. Cet état comateux se termine souvent, sous l'influence d'un traitement convenable, d'une manière
heureuse, et alors, après un, deux ou plusieurs jours, tes symptômes perdent peu à peu leur intensité et puis se dissipent définitivement; d'autres fois ces phénomènes s'aggravent, voni jusqu'au earus le plus profond et le malade meurt ordinairement du deuxième au cinquième jour. Chez quelques malades, le coma s'accompagne d'un irouble des facultés intellectuelles consisiant généralement plutôt en des rêvasseries continuelles qu'en un délire bruyant ; dans les cas de cette nature le pouls est dur, petit et fréquent, la peau chaude, les selles involontaires, l'urine séjourne dans la vessie, les pupilles sont contractées ou dilatées, la langue se déssèche, se fen dille et devient tremblotiame comme dans les affections cérébrales ou typhoïdes. Ces phénomènes, qui sont, à la fois le signe d'une hyperémie cérébrale et d'une inflammation des méninges se terminent presque constamment par la mort, du deuxième au troisième jour.
La congestion pulmonaire est au moins aussi fréquente et plus grave que la précédente. Elle a ordinairement lieu sans phlegmasie pleurale; cependant la coïncidence de la pleurésie n'est pas rare, et ces deux affections, isolées ou combinées, s'annoncent par les signes qui leur sont propres, qu'il serait inutile de reproduire ici, et qui, le plus souvent, ont une terminaison fatale.
Les cougestions du cerveau et du poumon, dont nous venons de parler, peuvent exister isolément ; mais ieur apparition simultanée à des degrés semblables ou différents, est bien rare ; presque tous les malades qui offrent celte complication succombent, et la mort est presque toujours plus prompte que dans les cas où l'un des deux organes seulement est le siège de l'hypérémie.
Altérations pathologiques. La plupart des maladies spécifiques ont deux ordres de lésions matérielles : 1° celles qui leur sont propres ; 2° celles qui leur sont communes avec d'au très affections.
Les premières, dont le mécanisme nous est inconnu, sont
primitives, essentielles, consianies et iiées par des rapports intimes et directs à la cause morbifiqne ; les autres, plus aisément saisissables, sont importantes aussi, mais moins que les précédentes, parce qu'elles sont secondaires, accidentelles, inconstantes, et le résultat des i roubles fonctionnels qui s'accomplissent pendant la maladie.
Le choléra ne fait pas exception à cette loi générale : il laisse à sa suite des altérations spéciales tenant à sa nature intense, et des lésions accidentelles, résultant du trouble morbide des fonctions qjii l'accompagne.
Toutes ces lésions ont été étudiées par les auteurs qui se sont occupés du choléra; mais quelques-unes d'enlr'elles nous paraissent n'avoir pas été envisagées dans tous leurs détails et à leur véritable point de vue^ et l'on n'a peut-être pas toujours distingué assez nettement les altérations spécifiques de celles qui ne sont qu'accidentelles. Nous allons essayer d'élucider celte importante question de physiologie pathologique.
A parties altérations du liquide gastro-intestinal, du sang, de l'urine, de la bile et de la sueur qui paraissent aussi dériver eu ligne droite de l'intoxication cholérique et qui appartiennent pluiôt à l'histoire des symptômes qu'à celles del'anatomie pathologique, il n'existe qu'une seule lésion organique se rattachant directement à la cause spécifique du choléra : la psorenterie intestinale. C'est elle qui constitue le véritable caractère anatomique de la maladie ; toutes les autres lésions, telles que la coloration de la peau et des muqueuses, l'aspect extérieur du cadavre, l'état des canaux artériels et veineux, les congestions viscérales et membraneuses sont le résultat de la maladie, et varient à l'infini selon la rapidité de la marche et la prédominance des symptômes du côté de tel ou teHappareil, de tel ou tel organe.
Examinons d'abord, et avec tous les détails qu'elle mérite, la psorenterie intestinale.
Le Dr Wagner, savant professeur à l'Université de Vienne,
en a fait une étude particulière et approfondie ; MM. Czermas et Hirtz l'ont examinée au microscope ; MM. Nonat et Serres, en ont fait le caractère anatomique essentiel du choléra ; enfin elle a été signalée par tous les médecins qui se sont livrés à des recherches d'anatomie pathologique.
Son étude anatomique est donc très avancée; cependant, les descriptions qui en ont été faites laissent encore beaucoup à désirer, par la raison sans doute qu'elles ont été dominées par cette doctrine universellement admise, qu'elle était le produit constant du choléra et non l'effet immédiat de l'infection cholérique.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur la nature de l'élément anatomique de l'éruption. MM. Andral et Chomel la considèrent comme un gonflement anormal des follicules de Brunner et de Peyer, et MM. INonai et Serres, comme une tuméfaction des papilles intestinales. Quelque soit son siège primitif, nous partageons à ce sujet l'opinion de MM. Chomel et Andral. — Nos recherches personnelles nous ont conduit à la considérer comme le caractère anatomique spécial et constant, non-seulement du choléra confirmé, mais encore de l'infection cholérique.
En effet, en 1849, sur un assez grand nombre d'autopsies pratiquées au Va i-de Grâce; en 1852, sur 52 cadavres cholériques examinés avec le plus grand soin, à Oran et Malle, 11 le 1er jour, 9 le 2e, 3 le 3e, 2 le -4e, 1 le 8e, 1 le 9e, 1 le 10e, 2 le 139, 1 le 18e et un le 47e, — 22 à la période algide, 5 pendant la réaction et 3 par suite d'affections consécutives ; en 1855, sur 72 cas observés à l'Ecole militaire de Constantinople,— la psorenterie n'a jamais manqué.
Une éruption intestinale, ayant de l'analogie avec celle du choléra, se rencontre quelquefois à la suite d'autres maladies. On l'a signalée quelquefois dans la variole, la scarlatine, l'e rysipèle, 5a méningite, la fièvre, le typhus, la peste, et elle constitue le caractère anatomique spécial et peu près constant de la fièvre typhoïde. La psorenterie typhoïde, la sfîule
étudiée et bien connue, diffère à tous les degrés de son évolution, de la psorenterie cholérique, par des caractères bien tranchés sur lesquels nous appellerons tou(e l'attention des lecteurs.
Dans le choléra, de même que dans la fièvre typhoïde, les follicules isolés et agminés s'allèrent simultanément, et comme l'altération des uns est, au fond, absolument la même que l'altération des autres, nous Pétudierons d'une manière générale et quelques mots suffiront pour indiquer les caractères particuliers aux plaques.
L'éruption cholérique des follicules intestinaux, dont l'évolution a la plus grande analogie avec celle de la variole et de la vaccine peut être divisée en trois périodes distinctes: 1° la crudité, 2° le ramollissement, 3° la cicatrisation.
1° Période de crudité. A celle période le follicule est tumiûé et enflammé, blanchâtre ou grisâtre, opaque ou demi transparent, conique ou globuleux, dur ou ne s'écrasant qu'à l'aide d'une pression assez forte qui ne fait écouler aucun liquide, d'un volume qui varie eulre celui d'un grain de millet très petit et celui d'une grosse tète d'épingle.
Au début de l'éruption, la granulation est petite, élastique, presque demi-transparente. A mesure qu'elle s'accroît-elle devient opaque ei friable. Sa résolution peut avoir lieu sans passer à la deuxième période ; alors elle conserve sa dureté primitive, son volume diminue peu à peu jusqu'à sa disparitiou totale.
Mais si au lieu de se résoudre elle continue à se développer, elle passe à la deuxième période et cette transformation s'opère lentement, insensiblement, par une augmentation régulière de son volume, de son opacité et de sa friabilité.
La muqueuse qui recouvre le follicule ainsi altéré n'a encore subi aucune altération notable, sa couleur, son épaisseur et sa consistance sont sensiblement normales, elle corn-
meuce seulement à s'altérer au moment où le corpuscule se ramollit.
En générai, le follicule et la muqueuse sont plus ou moins étroitement unis; mais dans un grand nombre de cas, il nous a été facile d'enlever la muqueuse, tandis que la granulation restait fixée et comme implantée au tissu cellulaire sousmuqueux, et nous avons cru remarquer que la séparation avait lieu tant que le follicule était dur, que l'adhérence était consécutive au ramollissement, ou qu'elle se produisait en même temps que lui et qu'elle était d'autant pîus^ntime que le ramollissement est plus avancé ; circonstance qui nous paraît être une preuve incontestable qne les granulations cholériques ont leur siège primitif dans le tissu cellulaire sous-muqueux et non dans la tunique muqueuse elle-même.
Quelquefois la portion de la muqueuse qui tapisse le sommet des follicules est décolorée el comme anémique avant d'être ulcérée; d'autres fois, mais plus rarement, elle a une coloration rosée ou rouge; mais, en général, la rougeur ne se manifeste qu'à la suite du ramollissement folliculeux ; et lorsque le ramollissement est porté à un certain degré, la muqueuse se rompt par une légère traction et le liquide, encore épais, ne s'écoule que difficilement.
Le nombre de follicules isolés subissant l'altération'cholérique est infiniment variable, mais toujours beaucoup plus considérable que dans la fièvre typhoïde. Ordinairement confluents vers la valvule cœcale, ils vont presque toujours en s'éclaircissant jusqu'à la fin du jéjunum pour redevenir souvent confluents au voisinage du pylore. Dans le cœcum, ils sont également souvent très nombreux et leur nombre diminue à mesure qu'on s'en éloigne pour disparaître presque toujours vers le milieu du gros intestin. Nous n'en avons rencontré que dans des cas tout -à-fait exceptionnels dans l'estomac el l'œsophage.
L'éruption cholérique semble commencer vers la valvule du cœcum et généralement elle est d'autant plus avancée dans
son évolution, qu'on s'en rapproche davantage. La muqueuse qui recouvre les follicules esi soulevée partiellement par chacun d'eux, ce qui lui donne un aspect rugueux et chagriné. La confluence remarquable des granulations et leur faible volume, leur isolement et l'absence de toute altération dans la muqueuse qui les recouvre sont des caractères suffisants pour ne pas confondre, à cette période, la psorentérie cholérique avec l'éruption typhoïde, dont les corpuscules, sont toujours moins rapprochés et plus volumineux et dans laquelle la muqueuse qui les tapisse l'altère dès le début du travail éruptif ; je tissu cellulaire voisin des follicules participe promptement au travail morbide.
Le nombre des plaques altérées peut varier dans les affections cholériques comme dans la fièvre typhoïde depuis 4 ou 2 jusqu'à 20, 30 et même davantage; et, dans les plaques, nous avons compté, depuis 20 jusqu'à plus de 200 follicules; tous les follicules de la même plaque sont généralement à peu près au même degré d'altération, et l'évolution des plaques est ordinairement d'autant plus avancée qu'on se rapproche davantage de la valvule cœcale. Les plaques, qui sont généralement elliptiques, et très souvent confluentes autour de la valvule, occupent, comme dans la fièvre typhoïde, le bord libre de la moitié inférieure de l'intestin grêle, surtout du dernier tiers de l'iléon. Elles sont saillantes au-dessus de la muqueuse voisine, mais celte saillie est très faible et jamais aussi prononcée que dans la fièvre typhoïde. La muqueuse qui recouvre les plaques n'offre aucune altération notable au début de l'éruption; ce n'est que lorsque le ramollissement folliculeux commence qu'elle devient un peu rouge: mais cette inflammation, restant toujours au sommet des follicules, la portion de la muqueuse qui les sépare reste parfaitement saine, sans rougeur, sans ramollissement, sans hypertrophie. Chaque follicule, parfaitement isolé, constitue, dans les plaques, une légère élévation, et ces élévations, bien distinctes les unes des autres, donnent à celles-ci un aspect inégal, rugueux et chagriné.
Ces caractères, remarquables, ne permeiteut pas de confondre, à cette période, les plaques cholériques avec les plaques typhiques. En effet, dans les plaquescholériques, —toujours peu saillantes et jamais déprimées, — la saillie n'est formée que par une foule d'élévations isolées résultant de l'hypertrophie des follicules, la portion de la muqueuse et du tissu cellulaire sous-muqueux intermédiaire aux granulations restant toujours parfaitement intenses; tandis que, dans les plaques typhiques, la muqueuse qui les recouvre est constamment plus ou moins profondément altérée, rouge, ramollie ou hypertrophiée ; la saillie est uniforme, générale et constituée par une matière dure et friable, homogène, presque unie, d'un blanc mat, jaunâtre ou rougeâtre, semblable à une couche d'albumine, sans organisation apparente, résultant de l'altération de tous les tissus et formant un relief considérable ou une dépression sensible qui leur donnent un aspect gaufré ou réticulé. Les plaques typhiques coïncident presque toujours d'ailleurs avec l'engorgement des ganglions mésentériques, lesquels ne sont qu'accidentellement altérés à la suite du choléra.
Les follicules de la même plaque sont généralement au même degré d'évolution , parfois, cependant, on en trouve quelques-uns à la lre période et d'autres à la 2e. Il est très rare de ne pas rencontrer à la fois, dans le même intestin, des follicules isolés et agminés, et presque constamment, dans ces cas, les uns et les autres offrent le même degré d'altération; cependant nous avons vu souvent, à la même hauteur de l'intestin, des granulations isolées au 1er degré et des follicules agglomérés au 2e et vice versa.
Les follicules isolés, ainsi que ceux des plaques peuvent, à ce premier degré d'évolution morbide, se résoudre sans se ramollir.
Cette première période de l'éruption cholérique se rencontre généralement au début des épidémies, aussi bien chez les sujets morts d'une autre maladie ou d'un accident quelconque que chez ceux qui ont succombé par suite de choléra confir-
nié. Nous l'avons également trouvée au milieu, à la lin et même après les épidémies d'Oran et de Maslak. Mais nous pouvons dire, d'une manière très générale, qu'elle précède l'apparitiou des épidémies cholériques, qu'elle est à son maximum de fréquence à leur début, qu'elle diminue à mesure que l'on s'en éloigne et qu'elle disparaît plus ou moins complètement à la fin ou quelque temps après, tandis que la deuxième et surtout la troisième existent encore très souvent.
2° Période de ramollissement. — Elle comprend le ramollissement du follicule, l'ulcération de la muqueuse et la suppuration. L'éruption cholérique à la première période peut, avons-nous dit, disparaître sans passer à la deuxième ; mais dans la plupart des cas., les follicules se ramollissent, et alors, la granulation grossis, prend l'aspect d'un tubercule blanchâtre ou rougeâlre, devient plus opaque, plus saillante, plus large, plus molle, se déprime à son centre, en même temps que la portion de la muqueuse correspondante, à son sommet, normale ou pâle jusqu'alors, s'enflamme elle-même, s'ulcère et se perfore de l'extérieur à l'intérieur pour donner passage à la matière ramollie du follicule qui paraît tomber en suppuration.
Dans le choléra, la perforation de la muqueuse, toujours très étroite, occupe constammeut le sommet de chaque follicule. Cette perforation semble ne jamais s'opérer qu'après la formation d'une adhérence intime entre la tumeur et la muqueuse, car chaque foyer foliiculeux se vide, par ce pertuis spécial, sans infiltration du liquide, ni dans le tissu de la muqueuse ni dans le tissu cellulaire sous-jacent: et c'est sans doute à ce mode de perforation, à cette ouverture si étroite, et si bien limitée, à l'absence de toute inflammation dans les tissus voisins qu'il faut attribuer ce remarquable phénomène. Dans la fièvre typhoïde, au contraire, l'inflammation s'étend, non seulement aux follicules, mais aux tissus muqueux et celluleux qui sont rouges, ramollis et hypertrophiés: l'ulcération est large et dépasse la circonférence de la base des granula-
iions, le liquide rnucuso-puruleni s'iolilire dan^ \êt lissas voisins, les tuniques de l'intestin s'ulcèrent successivement et tombent en gangrené, et le travail destructeur s'étend quelquefois non-seulement aux membranes muqueuse et celluleuse, mais encore ans tuniques musculaire et séreuse.
Autour de l'ulcération cholérique, toujours étroite et régulière, l'injection des vaisseaux est très limitée, tandis que dans la fièvre typhoïde l'ouverture est large et ses bords sont rouges ou noirâtres et déchiquetés.
Le ioilicule cholérique, plus volumineux, plus saillant, plus large, plus opaque, plus mou à la 2e période qu'à h ire, se déprime sensiblement à son sommet en se perforant: et.uue fois la perforation accomplie, son caractère ornbiliqué et le point noirâtre qui en indique le centre persistent. L'ouverture de la muqueuse, entièrement limitée au sommet du follicule, a un diamètre a peine suffisant pour donner passage à un stylet très fin ; elle -emble ne se produire que par l'évacuation de la matière folliculeuse ramollie ou transformée en pus, car du moment où le liquide est évacué, la cicatrisation commence. Par l'introduction d'un stylet dans le sac folliculeiu, il est facile de constater l'étroiiesse de l'ouverture et de voir que le décollement de la muqueuse ne dépas-e jamais la base du follicule. Cet orifice ne s'agrandit jamais comme dans la fièvre typhoïde, et l'ulcération ne dépasse jamais les limites du follicule ou de la couche celluleuse.
Quand le fol.icule e«î ramolli et la muqueuse perforée, le liquide s'échappe d'ordinaire peu à peu, et le foyer se vide lentement; mais si l'on vient à opérer une traction modérée de chaque côté du foilicole bien ramolli, ornbiliqué et encore plein, la matière qu'il contient jaillit tout à coup sous la forme d'une gouttelette de pus ou de mucus : et pendant cette opération, la rougeur des bords de l'uicérajon s'efface plus ou moins comp élément pour se reproduire ensuite comme la tache de l'exanthème morbilleux après avoir été pressée par le doigt.
Le fluide folliculeux, plus ou moins épais, plus ou rpoMM coloré, parait séro -muqueux si on l'examine un peu avant la perforation naturelle de la muqueuse; il prend ensuite un aspect mucoso-purulen». ou purulent et semble avoir, à part la quantité, la plus grande analogie avec le fluide variolir;ue ou vaccinal.
Examiné au microscope, il nous a toujours semblé être constitué, d'abord par de la sérosité et du mucus, et puis par du mucus et du pus.
Le ramollissement folliculeux arrivé à un certain degré, la résorpliou du liquide nous a paru ne jamais se faire: le foyer ne se vide dès lors que par suite de la perforation de la muqueuse. A mesure que la suppuration s'opère, la petite tumeur s'affaisse, et quand l'évacuation du liquide est complète, celle-ci s'efface totalement, et alors il ne reste plus à sa place que la tache rouge ou noirâtre dont nous avons déjà parlé et qui persiste encore longtemps.
Le ramollissement des follicules suit la même marche que l'éruption ; il commence généralement autour de la valvule et s'étend ensuite à l'ilion et au jéjunum. La suppuration est plus tardive et plus rare au colon, où la période de crudité paraît avoir une persistance remarquable, et ce n'est qu'exceptionnellement que nous l'avons constatée dans le duodénum.
De même que dans la fièvre typhoïde, le ramollissement commence par les follicules isolés et puis par les plaques, et, après les épidémies c'est plus particulièrement au cœcura et à la portion supérieure du colon que nous trouvions des ulcérations cholériques.
La 2e période reste rarement isolée dans le même intestin; souvent elle est unie à la lre, d'autres fois à la 3e ; quelquefois enfin à la lre et à la 3e. Nous ne l'avons trouvée qu'exceptionnellement au début des épidémies; elle devient moins rare» à mesure qu'on avaace ; elle est très fréquente et à peu près constante à la fin et même plusieurs mois après.
Il n'est pas possible, daus l'état actuel de la science de dé-
terminer le temps nécessaire à l'éruption folliculeuse pour passer de la tre à la 2e période ; ce temps doit être très variable , puisqu'on rencontre quelquefois le ramollissement et la suppuration au début des épidémies, la crudité à la fin et même à leur suite.
A cette période, il est encore plus facile qu'à la 4re de distinguer le follicule cholérique du follicule typhoïde et des lésions tuberculeuses et dyssentériques. En effet, \° dans le choléra : confluence remarquable de l'éruption comme à la période de crudité, orifice des ulcères extrêmement étroit, à bords réguliers ei à peiue injectés, ulcérations très limitées ne s'étendant jamais au-delà du sac folliculeux ou de la couche celluleuse : 2° dans la fièvre typhoïde : ulcérations plus larges, arrondies, aussi étendues que les follicules et même davantage, plus profondes et atteignant toujours la tunique celluleuse, presque toujours la couche musculeuse et quelquefois le péritoine, d'où résulte une perforation complète de l'intestin; bords de l'ouverture inégaux, irréguliers, boursoufflés, ramollis, rouges, grisâtres, ardoisés ou noirs ; 3° dans la tuberculisation pulmonaire : ulcérations larges, peu nombreuses, à bords noirâtres; 4° dans la dyssenterie : ulcérations siégeant exclusivement au gros intestin, larges, rouges, profondes, à bords épais, gonflés, infiltrés.
Les follicules agminés suivent, dans leur évolution, la même phase que les follicules isolés, ei les plaques cholériques se distinguent aussi aisément que les follicules isolés des plaques typhoïdes. Dans les premières^ il y a autant de petites ulcérations que de follicules, la muqueuse interfolliculaire reste parfaitement saine, et ces petites ulcérations, limitées au sommet de chaque corpuscule, sont toujours indépendantes les unes des autres ; le liquide de l'un ne se mêle jamais à celui de son voisin ; la muqueuse qui le recouvre ne se ramollit jamais dans toute son étendue; elle n'est jamais ni indurée, ni fortement hypertrophiée ; elle ne tombe jamais en gangrené, et jamais elle ne se perfore ; elle ne forme jamais une
saillie considérable. Si, par une légère pression, on fait sourdre de chaque follicule une gouteleile de liquide semblable à celui des granulations isolées, et une fois l'écoulement terminé, les follicules s'affaissent et les plaques se trouvent bientôt à peu près au niveau de la muqueuse voisiné. Dans les plaques typhoïdes, le liquide folliculeux s'infiltre dans le tissu cellulaire voisin, toutes les tuniques participent à l'état morbide des follicules, ce qui leur donne un aspect uniforme, blanchâtre ou jaunâire ; la muqueuse qui les recouvre se ramollit, s'ulcère, se détache en partie ou en totalité, sous forme d'escarre, qui frappe non-seulement la muqueuse, mais encore la couche cellulo-musculaire et quelquefois même le péritoine, d'où résulte une perforation intestinale, ce qui n'arrive jamais dans le choléra.
3° Période de cicatrisation. — A mesure que le liquide rnucoso-purulent s'échappe des follicules ramollis, celui-ci s'àffaisse, les bords de l'ulcération se rapprochent, se réunissent, se cicatrisent, et quelquefois nous avons pu, pour ainsi dire, assister au début de la cicatrisation, examiner l'intestin au moment où la cicatrice encore imparfaite se rouvrait aisément, sous l'influence de la traction la plus légère. Les taches qui se dessinent au sommet des follicules, à la 2e période de leur évolution, persistent pendant toute la durée de la cicatrisation ; et ces taches rouges ou noirâtres, petites et non saillantes, qui diminuent peu à peu, jusqu'à leur disparition totale, persistent pendant longtemps, puisque, à Oran, en 1851 , nous eu trouvions encore des traces bien évidentes, dix mois après la fin de l'épidémie, et qu'à Constantinople, en octobre 1855, époque à laquelle il n'y avait plus que des cas très rares de choléra, nous rendions témoin du même résultat, par l'examen cadavérique d'un grand nombre de sujets préalablement soumis à l'influence épidénique, mais morts par suite d'autres maladies, M. le Dr Thomas-Longueville, allé en Orient pour y continuer des études sur le choléra.
Les cicatrices des follicules agglomérés ont le Même carae-
tère que celles des granulations isolées. Dans les plaques, en effet, il y a autant de points noirs, distincts les uns des autres, qu'il y avait de follicules ulcérés, ce qui leur donne un aspect pointillé assez remarquable, que Ton a comparé, avec raison, à la peau de mouton fraîchement rasée. On distingue plus facilement les taches des plaques que celles des follicules isolés, à cause sans doute de leur plus grande confluence, car il est rare qu'avec un peu d'attention, on ne découvre pas quelques taches isolées, quand le pointillé des plaques est bien évident.
Des plaques pointillées, semblables à celles qui résulteut de l'infection cholérique, ont été signalées par plusieurs auteurs, chez les sujets morts à la suite des maladies les plus diverses, et le savant professeur Forget, de Strasbonrg, en a donné une description très exacte. Les opinions sont partagées sur leur nature. Quelques médecins ne voient en elles qu'une variété de tleur état normal ; pour quelques autres, la cause en est bien incertaine ; elle est considérée par d'autres comme l'altération initiale, terminale ou constitutive de la fièvre typhoïde.
Les recherches nombreuses et variées auxquelles nous nous sommes livré à ce sujet depuis le choléra d'Oran, en 1851, nous paraissent de nature à faire croire que ce pointillé noir des follicules isolés et des plaques ne peut être ni une variété de leur état normal, ni l'altération initiale de la lièvre typhoïde, mais bien le résultat de leur éruption pathologique, ayant parcouru successivement les périodes de crudité, de ramollissement, d'ulcération et de cicatrisation.
Or, comme d'une part, à la suite de la fièvre typhoïde, les ulcérations isolées sont plus larges et moins confluentes, que l'ulcération générale de la muqueuse qui tapisse les plaques et la destruction plus ou moins complète de tous les tissus qui la composent sont le lait le plus constant, et l'ulcération du sommet de chaque follicule agminé, le fait très exceptionnel, il n'est guère possible d'admettre que le poin-
tillé des follicules et des plaques soit généralement consécutif à cette maladie.
Comme, d'un autre côté, à la suite du choléra et de l'infection cholérique, l'ulcération de la muqueuse intestinale est toujours limitée au sommet de chaque follicule isolé ou agminé et que l'observation démontre chaque jour que l'éruption cholérique laisse constamment à sa suite, quand elle a parcouru toutes les périodes de son évolution pathologique, des cicatrices réunissant tous les caractères de la lésion qui nous occupe, nous sommes autorisé à penser que, dans l'immense majorité des cas, si ce n'est pas toujours, le pointillé des follicules isolés ou des plaques que l'on rencontre parfois, en temps ordinaire, sur des sujets morts par suite des maladies les plus diverses, est le signe caractéristique d'une éruption cholérique intestinale, ayant parcouru avec ou sans choléra, toutes ses périodes de crudité, de ramollissement, d'ulcération de suppuration et de cicatrisation.
Et, ce qui est de nature à donner plus de consistance à cette opinion déjà fondée sur des faits anatomiques nombreux, c'est qu'à Oran, en 1851, et à Constantinople, en!855,nous avons vu ce caractère, presque constant, pendant et vers la fin des épidémies, chez les sujets morts par suite du choléra ou de tout autre maladie, devenir de moins en moins fréquent à mesure que nous nous éloignions de la période épidémique: c'est qu'à Constantinople où les malades nous arrivaient de différents points à la fois, nous rencontrions très généralement pendant et après le choléra, ce pointillé des follicules isolés et des plaques, chez les hommes morts par suite du choléra ou de toute autre maladie et provenant d'un pays cholérisé, tandis qu'il faisait presque toujours défaut chez ceux qui, examinés dans les mêmes conditions, provenaient, d'une localité à l'abri de l'influence cholérique.
Des études postérieures, dirigées dans le même sens, pourront seule fixer définitivement la science sur ce point curieux et intéressant de physiologie pathologique.
Sur trente deux autopsies pratiquées, sous nos yeux, à Oran en 1851, avec le plus grand soin, par MM. Driard et Krémer, chirurgiens sous-aides attachés au service des cholériques, la psorentérie a été trouvée :
Au 1er degré, 9 fois. — Au 1er et au 2e degrés, 6 fois.
Au 2e degré, 9 fois. — Au 2e et au 3e degrés, 6 fois.
Au 3e degré, 1 fois. — Au 1er, au 2e et au 3e degrés,! lois.
Elle a été trouvée :
1° Sur onze sujets morts le jour même de l'entrée à l'hôpital :
Au 1er degrés 2 fois, au 2e degré, 3 fois, au 1er Pt au 2e degrés, 5 fois, au 2e et au 3e degrés, 1 fois.
2° Sur neuf sujets morts le lendemain : au 1er degré, 2 fois, au 2e degré, 4 fois, au 1er et au 2e degrés, 1 fois, au 2e et au 3e degrés, 2 fois.
3° Sur six sujets morts du 3e au 8e jour : au 1er degré, 3 fois, au 2e degré, 1 fois, au 3e degré, 1 fois, au 2e et au 3e degrés \ fois.
4° Sur six sujets morts du 9e au 47° jour : au 1er degré, 2 fois, au 2edegré 1 fois, au 2e et au 3e degrés, 2 fois, au 1er, au 2e et au 3e degrés, 1 fois.
Elle a été trouvée :
l°Sur vingt-deux sujets morts à la période algide : au 1er degré, 4 fois, au 2e degré, 8 ffois, au 3e degré, 1 fois, au 1" et au 2e degrés, 6 fois, au 2e et au 3e degrés, 3 fois.
2° Sur quatre sujets morts a la période de réaction : au 1er degré, 3 fois, au 2e et au 3e degrés, 1 fois.
3° Sur six sujets morts à la période de convalescence du choléra et par suite d'une maladie consécutive : au 1er degré, 2 fois, au 2e degré, 1 fois, au 2e et au 3e degrés 2 fois, au 1er, 2e et 3e degrés, 1 fois.
A Constantinople, en 1855, nous avons trouvé chez les sujets cholérisés, la même variété d'éruption folliculeuse qu'à Oran en 1851; et, à Constantinople comme à Oran, ce n'est pas seulement sur les cadavres cholériques que l'allé-
ration des follicules isolés et des plaques existait, nous la rencontrions également, avec les mêmes caractères pendant les épidémies et longtemps après, chez beaucoup de sujets préalablemeut soumis à l'influence cholérique et morts par suite d'un accident quelconque ou de toute autre maladie que le choléra.
Nous avions déjà signalé en 1851, ce fait jusqu'alors inconnu, dans une note adressée à l'Académie impériale de Médecine et dans un article inséré dans le Moniteur des hôpitaux. Les recherches nombreuses auxquelles nous nous sommes livré pendant la guerre d'Orient ont pleinement confirmé ce principe posé en 1851, savoir, que l'altération des follicules isolés et agminés est un des premiers effets analomiques de l'infection cholérique comme l'affaiblissement de la circulation en est un des premiers symptômes sensibles.
Les faits que nous venons d'exposer démontrent :
l°Que la psorentérie est le caractère anatomique spécifique de riufection cholérique :
2° Qu'elle existe, en temps épidémique, non seulement chez les sujets morts du choléra, mais encore chez beaucoup d'individus qui, préalablement soumis à l'influence cholérique, succombent par suite d'un accident quelconque ou de toute autre maladie que le choléra ;
3° Qu'elle est aussi constante dans le choléra que l'altération spéciale des follicules de Brunner e* des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde, que la pustule variolique dans la va riole, que l'exanthème rnorbilleux ou scarlatineux dans la rougeole ou la scarlatine ;
4° Que très généralement, si ce n'est toujours, elle est antérieure à toute attaque cholérique et que son existence n'entraîne pas nécessairement l'invasion du choléra ;
5° Qu'elle peut se résoudre sans passer à la période de ramollissement, mais qu'une fois la matière folliculeuse ramollie, la seule terminaison possible est la suppuration ;
6° Qu'elle peut parcourir toutes ses périodes de crudité, dp
ramollissement, de suppuration el de cicatrisation, sans invasion cholérique et que le choléra peut se déclarer, chez un sujet infecté, à toutes les périodes de son évolution morbide:
70 Que la marche générale de son évolution pathologique est bien plus en rapport avec l'ancienneté de la constitution cholérique de l'atmosphère et des épidémies, qu'avec l'invasion du choléra et la marche spéciale de la maladie;
8° Qu'on la rencontre tout aussi bien à la 2e -période de son évolution, chez les sujets morts en quelques heures ou à la période algide du choléra, qu'à la lrc période chez ceux qui ont résisté plusieurs jours aux atteintes du mal ou qui ont succombé, longtemps après, par suite d'une complication ou d'une maladie nouvelle; et que les plaques existent au début des épidémies aussi bien que les follicules isolés à la fin ou à leur suite;
9° Que, bien que tous ses degrés, isolés ou réunis dans le même intestin, puissent exister à toutes les périodes des épidémies, on rencontre, plus particulièrement, la crudité à leur début, la suppuration plus tard, le pointillé noir des follicules isolés et des plaques h la fin et à leur suite.
Matières des vomissements et des selles. — On s'est beaucoup occupé de l'étude physique de la matière des vomissements et des selles que l'on retrouve après la mort, dans la cavité gastro-iniestinale, quand le malade a succombé à la période algide. La plupart des médecins et des chimistes admettent qu'elle est constituée» en grande partie, par l'albumine. Quelques-uns pensent qu'elle est formée de fibrine et de sérum ; d'autres croient qu'elle n'est autre chose que du mucus sécrété tout à coup en très grande quantité el modifié par cela même dans ses qualités ; d'autres soutiennent qu'elle n'est ni de l'albumine , ni de la fibrine ni du mucus, mais bien un principe particulier connu sous le nom d'albuminose ; d'autres prétendent qu'elle est formée par les lamelles épiihéliales de la muqueuse. Quelques chimistes y ont trouvé des globules purulents et muqueux réuni? enlr'eux
par une malière amorphe , des cellules , des plaques épithéliales ei des cristaux de cholestérine. Le Dr Parkes , pour qui elle n'étaii d'abord qu'une modification de la sérosité du sang, composée d'une matière organique coagulable formée d'albumine, d'eau et de sels, en quantité variable a reconnu plus tard que les cellules, les fibres, les lamelles, la malière amorphe du liquide cholérique, ne sont qu'une simple modification de la fibrine. Des cristaux de cholestérine y ont été découverts par Gluge et plusieurs autres chimistes ; M. Lassaigne n'y en a jamais trouvé, et le Dr Parkes, qui en avait d'abord nié l'existence, yen a rencontré plus tard. Wittslock y a découvert la présence de l'acide urique mais ie Dr Parkes a nié le fait. On y a signalé la présence de champignons cholériques, que la plupart des chimistes n'y ont jamais rencontrés.
La nature de la matière floconneuse ou comme al bu mineuse des vomissements et des selles, que l'on trouve dans la cavité gastro-intestinale après la mort, matière que tout le monde considère comme propre au choléra et que l'on à tour à tour attribuée aux lamelles épithéliales de la muqueuse digestive et aux noyaux de leurs cellules, à une simple altération du mucus, à des globules de pus ou de mucus, à une modification de la sérosité du sang et de la fibrine, à des champignons particuliers, à la présence de la cholestérine ou de l'acide urique, nous estdonc encore inconnue ; et, si les résultats si contradictoires de tant de laborieuses recherches nous démontrent que les chimistes et les physiciens, malgré la perfection de leurs procédés, ne nous ont laissé que le doute le plus obscur, ne nous ont rien appris de positif sur la composition de ce liquide dont les éléments varient sans doute, mais dont on ignore la cause de variation, nous savons du moins que son caractère spécifique ne peut pas être mis en doute, et qu'il est aussi essentiel au choléra que la psorentérie elle-même.
Sang. — Le sang n'a pas moins occupé les savants que ie liquide gastro-intestinal. Les uns y ont trouvé une diminu-
tion de ta fibrine, de l'albumine ot des aeis alcalins ; d'autres, une diminution notable de l'eau, avec augmentation de la fibrine, de l'albumine, de l'urée, les sels restant à leur chiffre normal ou augmentant. M. Ândral pense que l'albumine y conserve ses proportions physiologiques. M. Hermaun y a signalé la présence d un acide particulier, que MM. Lassaigne, Lecanu, Thomson, etc., n'y ont jamais trouvé. A l'aide du microscope , on a cru reconnaître que les globules sanguins étaient irréguliers dans leurs formes et déchirés à leursurface. M. Donné pense que ses globules, sans avoir subi aucune altération de volume, déforme ni de nombre, sont plus rudes et glissent moins facilement qu'à l'état normal dans le liquide qui les baigne, s'arrêtent brusquement, se vident et se déchirent avec rapidité. Enfin, selon la plupart des auteurs, les globules sanguins n'éprouvent aucun genre d'altération ni dans leur forme, ni dans leur nombre, ni dans leur texture intime.
Le microscope n'a donc pas plus avancé la question que les réactifs sur les altérations matérielles du sang ; mais ce qu'il ya de certain, de réellement pratique, — et l'on n'a besoin ni de réactif, ni de microscope pour le constater, — c'est, qu'à l'autopsie, on trouve les cavités droites du cœur et les grosses veines presqueconstammentrempliesd'un sang noir, épaissisqueux, fluide ou en caillots peu consistants, ordinairement noirâtre et semblable à de la gelée de groseille ; c'est que le sang contenu dans les cavités gauches et dans les artères est toujours noir, abondant et semblable à celui du système veineux ; c'est que, pendant le choléra, l'élaboration du sang est vicieuse et que son artérialisation est incomplète, d'où résulte une altération analogue à celle de l'asphyxie lente par défaut d'air ; c'est que, pendant le choléra, quelle que soit la période de la maladie, le sang des cholériques est épais, visqueux, se prenant en masse avec rapidité, ne se séparant que difficilement et incomplètement en sérum et en caillot ; c'est que, retiré de la veine, même après la réaction, il offre un reflet bleuâtre par-
ticulier qu'il conserve même au contact de l'air et que l'on ne retrouve pas dans lesang desautres maladies.
Urine, air inspiré, transpiration . — L'urine des cholériques a été souvent soumise à l'analyse chimique, de même que le liquide gastro-iniestinal et le sang. Le Dr Parkes y a trouvé, à la période de réaction, les éléments de la bile.
M. Begbie, qui pense qu'elle est plus ou moins complètement dépourvue d'urée, y a signalé la présence fréquente de l'albumine, de l'urate d'ammoniaque, de l'acide urique, du phosphate ammoniaco-magnésien et de l'oxalate de chaux. M. Michel Lévy y a constaté fréquemment en 1849, au Val-de- Grâce, la présence de l'albumine ; la plupart des auteurs pensent que ce caractère, accidentel, n'a rien de constant ni de spécifique.
Au dire de quelques chimistes, l'air expiré contient plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que l'air inspiré ; selon les expériences de John Davy et Barruel, l'air introduit dans les poumons en sort comme il y est entré, c'est-àdire, sans altération.
M. Doyère dit avoir trouvé, dans la sueur visqueuse des cholériques, une substance capable de réduire les composés de cuivre, et se demande si celte matière n'est pas du sucre ; la présence de cette matière n'a été constatée par aucun autre chimiste.
Tout ce que nons savons de positif à ce sujet, c'est que la vessie, généralement rétractée et vide à la période algide, est ordinairement plus ou moins distendue par l'urine au début de la réaction ; c'est qu'à la période algide, l'haleine des cholériques est froide; c'est qu'à la période algide du choléra, la peau se couvre d'une sueur froide, épaisse et visqueuse; c'est que toute les autres sécrétions, — biliaire, muqueuse, séreuse et purulente, — diminuent ou se suppriment pendant la période algide du choléra, et se rétablissent ordinairement plus ou moins vite du moment où la réaction commence. En dehors de ces caractères, faciles à constater sans le con-
cours du microscope et des réactifs, il n'y a qu'hypothèse, inconstance, incertitude ; toutes ces recherches, dont les résultats sont si contradictoires ne nous apprennent que leur insuffisance et leur stérilité au triple point de vue de l'étiologie, de la prophylaxie et de la thérapeutique : elles nous démontrent que les altérations matérielles, révélées par la physique et la chimie, dans le liquide gastro-intestinal, le sang, l'urine, l'air expiré et la sueur des cholériques, n'ont rien de fondamental, rien de spécifique, et qu'elles sont susceptibles de varier à l'infini selon une multitude de circonstances relatives à l'état antérieur du malade, à la forme, à la période et aux complications de la maladie.
Lésions secondaires. - Ces lésions, consécutives à l'embarras de la circulation et aux complications, très variables selon que la mort est arrivée à la période algide ou pendant la réaction, sont si bien décrites dans les auteurs classiques que nous nous contenterons d'en donner ici, d'après notre observation personnelle, un résumé très succinct.
Après la mort, les traits de la physionomie sont généralement moins contractés qu'ils ne l'étaient pendant la vie ; la peau conserve plus ou moins sa coloration livide, son état pâteux et visqueux, et ses rides plus ou moins profondes. L'amaigrissement est extrême , la plus grande partie du tissu cellulaire a été absorbée et celui qui reste est affaissé, poisseux, sec, friable et quelquefois ecchymosé.
La chaleur animale se conserve longtemps, mais nous n'avons jamais pu constater son élévation réelle ; elle se dissipe dès que la rigidité, — qui persiste longtemps, — commence.
Nous avons parfois remarqué , à Oran et à Coustantinople, mais toujours à des degrés peu prononcés, les mouvements spontanés des membres ou d'autres parties du corps don* parlent les auteurs.
La muqueuse digestive, à part l'altération folliculaire spéciale dont nous avons parlé, n'offre aucune lésiou constante. Alapériodealgide, on la voit saine, pâle ou rosée; mais, dans la plu-
pari des cas elle a une teinte plus ou inoins livide, quelquefois même elle est parsemée de petites ecchymoses. Elle n'est ramollie, indurée ou épaissie d'une manière notable, que dans des cas tout à fait exceptionnels. Parfois on trouve, sur quelques points de son étendue, les villosités plus développées qu'à l'état normal. A la période de réaction, surtout si elle est un peu avancée, la lividité et les ecchymoses passives peuvent avoir disparu et être remplacées partiellement, par une rougeur phlegmasique plus ou moins prononcée ;mais il n'y a en cela rien de constant. Une injection plus ou moins vive se rencontre plus souvent sur la muqueuse de l'estomac que sur celle de l'intestin, mais cette injection tient souvent bien plus à l'action locale et immédiate des stimulants dont on a fait usage qu'à la maladie elle-même. La cavité gastro-intestinale contient à peu près constamment, si le malade est mort à la période algide, une quantité plus ou moins grande d'un liquide blanchâtre, crémeux, analogue à la matière des vomissements et des selles et dont nous avons déjà parlé. Son mode de sécrétion est inconnu : dans la diarrhée, le liquide exhaléest ordinairement séreux ou muqueux ; muqueux et sanguinolent dans la dyssenterie , il est comme albuinineux dans le choléra. Si la mort n'a lieu qu'à la suite de la réaction, cette matière peut avoir disparu complètement. Nous avons quelquefois trouvé des ascarides dans l'intestin ou dans l'estomac; mais leur présence dans le canal alimen taire nous a paru n'avoir aucune relation directe avec l'infection cholérique, L'épiploon et le mésentère sont quelquefois injectés, et les glandes mésentér iques, très généralement normales, ne sont tuméfiées ou ramollies que tout à fait exceptionnellement. Le foie et la rate, offrant parfois un volume et une consistance physiologiques, sont, très généralement, fortement congestionnés, quelquefois ecchymosés, plus rarement ramollis; et la bile contenue dans la vésicule présente les caractères les plus variés sous le triple rapport de la quantité, de la couleur et de la consistance.
Les reins ue nous ont jamais offert de lésion notable, si ce n'est une injection plus ou moins prononcée, comme la rate et le foie.
La vessie, généralement rétractée et vide à la période al gide, est ordinairement distendue, quand la mort a eu lieu pendant la réaction, par une quantité plus ou moins grande d'urine dont nous avons étudié plus haut les caractères chimiques.
Le cerveau, quelle que soit la période à laquelle le malade a succombé, est presque toujours plus ou moins hypérémié, piqueté ; mais nous n'y avons jamais découvert d'épanchements sanguins. Les méninges sont presque constamment injectées, et, dans les cas où la mort est la suite directe d'un état comateux avec fièvre et délire, le tissu de la pie -mère est toujours injecté et imhibéde sérosité, et les membranes cérébrales présentent des traces manifestes d'inflammation. Tous les vaisseaux qui rampent h la surlace de la dure-mère sont plus ou moins gorgés de sang, quelle que soit la période à laquelle la mort a eu lieu. Nous avons constaté plusieurs lois, dans les veines de la périphérie du cerveau, la présence de bulles gazeuses dont la formation ne pouvait être attribuée à une putréfaction préalable.
Les poumons sout fréquemment plus ou moins fortement congestionnés à toutes les périodes delà maladie. L'hypérémie pulmonaire est souvent générale, mais plus constante et plus prononcée dans les parties déclives. Quand la mort est arrivée à la période algide, les régions postérieure et inférieure sont généralement gorgées de sang et même souventecchymosées, tandis que les régions antérieure et supérieure sont pales et emphysémateuses. Quand les malades ont succombé pendant la réaction, l'hypérémie pulmonaire, qui ne manque jamais, est souvent la cause directe de la mon, et il n'est pas rare alors de voir la congestion active dégénérer en phlegmasie aiguë. La plèvre, généralement sèche, offre quelquefois une injection plus ou moins vive de ses vaisseaux et, dans
des cas plus rares, de véritables ecchymoses sous -pleurales.
Nous n'avons jamais rencontré une. altération notable quelconque dans la substance du cœur. Son tissu est parfois injecté, mais jamais ecchymose. Sa consistance est ordinairement normale et nous n'avons jamais vu de ramollissements pouvant se rattacher à l'affection cholérique. Ses cavités droites et les grosses veines sont, très généralement, quand la mort est arrivée à la période algide, remplies de sang ; tandis que les cavités gauches et les grosses artères, que nous n'avons jamais trouvées totalement vides, en contiennent toujours en moins grande quantité. Nous avons étudié ailleurs les caractères physiques et chimiques du sang des cholériques.
Résumons ici, en quelques mots, les lésions matérielles des solides et des liquides qne l'on trouve chez les sujets qui ont succombé, à la suite du choléra :
4° Psorentérie intestinale constituant , à toutes les périodes, le caractère anatomique spécifique et constant de la maladie, et que l'on retrouve, non%seulement dans les cadavres cholériques, mais encore chez la plupart des sujets qui, préalablement soumis à l'influence épidémique, succombent par suite d'une autre maladie ou d'un accident quelconque ;
2° Exhalation, à la surface gastro-intestinale, d'un liquide blanchâtre, floconneux qui constitue la matière des vomissemeuts et des selles, qui est aussi constant et aussi spécifique que la psorentérie, que l'on retrouve toujours, en plus ou moins grande quantité, dans l'estomac et l'intestin , à la période algide, et qui se dissipe peu à peu à mesure que la réac lion s'avance ;
3° Diminution notable de la sérosité du sang et de la quantité absolue de ce fluide, qui, avec l'algidité, devient épais, visqueux et semblable à la gelée de groseille, qui se prend rapidement en masse bleuâtre et livide, mais qui ne se sépare que difficilement et incomplètement en sérum et en caillot. Tous ces caractères s'effacent pendant la réaction;
4° Apparition, pendant i'algiilité, sur toute la surface cutanée, d'une sueur froide, épaisse et visqueuse, laquelle est peu a peu remplacée par une transpiration chaude et de plus en plus limpide à mesure que la réaction fait des progrès;
5» Diminution et suppression plus ou moins complète, pendant la période algide, des sécrétions urinaire, biliaire, séreuse, muqueuse et purulente, lesquelles reprennent peu à peu leur fonctionnement normal dès le moment où la réaction commence ;
6° Amaigrissement extraordinaire, amenant celte altération profonde et si caractéristique de la physionomie, la perte si remarquable de l'élasticité et les rides de la peau;
7° Hypérémie passive, pendant l'algidité , de tous les tissus, de tous les organes parenchymateux et membraneux, d'où résulte cette coloration cyauique si remarquable de la peau et des muqueuses, laquelle est généralement d'autant plus prononcée que les sujets, plus forts et plus pléthoriques , avaient résisté avec plus d'énergie à l'action délétère du génie épidémique, et ordinairement d'autant moins intense que les individus, plus amaigris et plus débilités par les maladies, la débauche ou la misère, avaient succombe plus promptement. La congestion simple ou l'accumulation passive du sang, dans les capillaires veineux des parenchymes des membranes, peut être considérée comme constante à la période a«gide, il n'y a que le degré de variable ; l'infiltration sanguine diffuse est beaucoup moins fréquente que la congestion et on ne la rencontre guère que dans la partie déclive des organes parenchymateux et membraneux; Phémorrhagie apoplectique est encore plus rare que l'infiltration diffuse, elle ne se produit guère que chez les sujets forts, robustes, ayant résisté longtemps à l'attaque; nous ne l'avons rencontrée que dans des cas très rares et seulement dans les poumons et la muqueuse digestive. Quand la réaction commence, toutes les congestions passives viscérales tendent à se dissiper, et elles s'effacent peu à peu à œe.«urr
qu'elle fait ries progrès. Mais si la réaction est trop violente, cette hypércmie passive ou cholérique se transforme plus ou moins vite en congestion active ou phlegmasique, laquelle peut se localiser dans tous les organes pareuchymateux etmembraseuxet qui devient surtout grave et souvent mortelle quand le cerveau et le poumon en deviennent' spécialement le siège.
Rapports du génie cholérique avec les troubles fonctionnels et organiques et entre les symptômes et les lésions anatomiques. Après l'étude que nous venons de faire des causes^ des symptômes et des lésions du choléra, nous devons, avant de quitter ce sujet, chercher à déterminer les rapports qui unissent la cause spécifique de l'infection cholérique aux troubles fonctionnels ou organiques, et les symptômes aux altérations des liquides et des solides. Et, pour bien saisir ces rapports, il nous paraît indispensable de considérer dans leur ensemble et non isolément tous les effets pathologiques de l'agent cholérique, et de ne pas oublier qu'entre l'accident cholérique le plus léger et le plus éphémère jusqu'au choléra algide le plus grave, il n'y a que des degrés; que le symptôme cholérique le plus léger, lacholérine, le choléra sporadique et épidémique ne sout que les effets variés ou gradués de la même cause spécifique et que, dans leur nature intime, ils sont complètement identiques.
Rappelons d'abord que les troubles du système nerveux,, tels que le malaise, la faiblesse, l'irritabilité , l'insomnie, la dépression de la circulation et une disposition extraordinaire au refroidissement sont les premiers symptômes de l'infection cholérique et qu'à leur suite le sang et les follicules isolés et agminés de l'intestin ne tardent pas à subir une altération spécifique remarquable ; qu'en même temps que ces phénomènes se prononcent de plus en plus, il survient de l'inappétence, de la soif, de la dyspepsie, une faiblesse plus grande du pouls, de l'oppression, une teinte plombée des paupières et des lèvres, une altération particulière de la physionomie, quelquefois de la céphalagie, des vertiges et une disposition
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exceptionnelle à la transpiration ; que plus lard apparaissent la diarrhée, les nausées, des inquiétudes ou des douleurs passagères dans les membres ; puis les vomituritions, les vomissements, les crampes, l'algidité, la cyanose, la sueur froide et visqueuse, la perte de l'élasticité de la peau, la dimiuulion ou la suppression des sécrétions urinaire, biliaire, séreuse, muqueuse et purulente, les contestions viscérales passives; puis enfin l'aggravation de tous les symptômes et la paralysie complète de ioutes les fonctions, c'est-à-dire la mort, ou bien une réaction sous l'influence de laquelle, quand elle est heureuse et régulière, se rétablissent peu à peu les fonctions éteintes, et diminuent et puis se dissipent plus ou moins rapidement les symptômes de la maladie.
Mais, parmi ces symptômes, les vomissements et les selles, i'algidité, la cyanose et les crampes sont ceux qui ont particulièrement fixé l'attention des médecins. On les a toujours considérés comme les plus importants à cause de leur action réelle ou présumée sur les autres phénomènes, de leur utilité pour le diagnostic, le pronostic et le traitement, et de leur influence sur le résultat définitif de la maladie.
Les évacuations gastro-intestinales sont les phénomènes qui, le plus souvent, frappent d'abord le malade et même le médecin. On les a fait généralement dériver de l'altération spéciale des follicules isolés et agminés, et l'on pense que la matière qui les constitue est sécrétée par eux. Cette théorie, • contraire à l'observation et aux faits, ne saurait être vraie au moins d'une manière absolue ; car la psorentérie parcourt, chez beaucoup d'individus, toutes les phases de son évolution sans diarrhée et vomissements riziformes ; car les selles et les vomissements riziformes se rencontrent indistinctement chez les cholériques, quelles que soient l'ancienneté de l'épidémie, la période et la confluence de l'éruption ; car nous avon6 trouvé indistinctement l'éruption, confluente ou discrète, au premier et au deuxième degré de son évolution, chez les cholériques morts en quelques heures ou plusieurs jours
après l'invasion de la maladie; car nous avons vu le choléra déterminer la mort, avec ou sans vomissements, que l'éruption fui discrète ou confluente, à sa période de crudité, de -suppuration ou de cicatrisation; car nous avons fréquemment trouvé une confluence remarquable des follicules isolés et agminés en pleine suppuration chez des sujets morts sans phénomènes cholériques, par suite d'une maladie étrangère au choléra ou d'un accident quelconque, et une éruption très discrète, et au premier degré de son évolution chez d'autres indi vidus ayant offert pendant la vie des évacuations excessives.
D'où il suit que la psorentérie iutestinale, quels que soient sa confluence et le degré de son évolution, est sans une influence notable sur la manifestation, la prédominance ou la localisation de tel ou tel symptôme ; sur la marche et la terminaison du choléra et des affections cholériques; que la diarrhée, les vomissements, les coliques, les tranchées, les crampes intestinales ne sont pas sensiblement influencées par elle; et nous pensons que le liquide gastro-intestinal s'exhale à la surface de la muqueuse digestive ; que la psorentérie et cette matière, loin d'avoir entre elles un rapport de cause à effet, sont, l'une et l'autre, le résultat d'un mouvement critique spécial de la force médicatrice de la nature pour débarrasser l'organisme Vivant de la cause morbifique.
Les vomissements et les selles sont, très généralement, considérés comme le fait capital de la période algide, et l'on admet que les matières qui les constituent, provenant de la sérosité du sang, entraînent avec elles l'albumine et tes sels, et que celte spoliation est le point de départ, la cause directe ou prochaine de la coagulabUité du sang, de la stase dans le système veineux, de l'algidité, de la dyspnée, de l'asphyxie et de tous les accidents nerveux ou cérébraux. Cette doctrine, fondée sur ce principe essentiellement faux, que la diarrhée est le phénomène initial de l'infection cholérique, ou plutôt que les troubles fonctionnels qui précèdent toujours la période algide sont d'une nature différente de celle du choléra proprement
dit, est dangereuse et entraîne nécessairement avec elle les plus funestes conséquences, parce qu'elle dirige tous les efforts du médecin vers l'application de moyens thérapeutiques qui ont pour but de supprimer le plus promptement. possible et à tout prix les évacuations.
La coagulabililé du sang, la stagnation des vaisseaux veineux, la faiblesse des battements du cœur et du pouls, la tendance au refroidissement et à la lipothimie^ la dépression ou la paralysie des fonctions ne sont pas sous la dépendance immédiate des évacuations; car l'algidité et la cyanose se présentent fréquemment en même temps qu'elles et même quelquefois avant ; car la faculté absorbante des organes est quelquefois détruite avant leur apparition et persiste d'autres fois, malgré leur abondance ; car elles n'arrivent souvent qu'à la période algide déjà avancée, quelquefois au moment où la réaction commence, et dans quelques cas même la mort surprend le malade sans diarrhée et vomissements ; car ce n'est pas toujours lorsqu'elles sont le plus abondantes, que les autres phénomènes cholériques sont le plus prononcés; car la faiblesse du pouls et sa chute complète, l'algidité et la cyanose , les crampes et les congestions viscérales existent souvent, à un haut degré d'intensité sans vomissements ni diarrhée ou avec des évacuations peu copieuses ; car la gravité du choléra est très généralement loin d'être en rapport avec leur abondance ; car la guérison du choléra arrivé à la période algide, ne pourrait jamais avoir lieu, puisque les vomissements et les selles continuent presque toujours jusqu'à ce que la réaction soit très avancée ; car la réaction, le retour de la chaleur et du pouls et de l'absorption, la diminution de la dyspnée et de la cyanose, coïncident avec la persistance des vomissements et de la diarrhée^ avec l'apparition d'une sueur abondante et le retour des urines, sécrétion dérivant, comme le liquide gastro-intestinal, de la sérosité du sang. Et, si la théorie que uous combattons était fondée, si l'exhalation gastro-intestiuale était la cause réelle, directe, immédiate, es»
sentielle des autres phénomènes cholériques graves, au lieu d'être le signal d'une solution heureuse, du triomphe de la nature sur la maladie, les sueurs chaudes et copieuses, les urines abondantes qui se montrent précisément au moment où la réaction commence, ajoutées à la diarrhée et aux vomissements qui persistent, devraient accroître le froid, la chute du pouls, la cyanose, les congestions viscérales passives et hâter l'arrivée du terme fatal, c'est-à-dire la mort.
Mais si l'observation clinique démontre chaque jour et d'une manière irrécusable que les évacuations sont utiles à la solution heureuse du choléra, le médecin doit bien se pénétrer de cette vérité, qu'il en est d'elles comme de toutes autres médications naturelles ou provoquées, c'est-à-dire qu'elles peuvent devenir funestes quand elles sont excessives ou intempestives; que, bien dirigées et contenues dans certaines limites, elles sont toujours favorables à la guérisen, tandis que mal réglées ou excessives, elles deviennent souvent la cause de la mort.
Nou, les évacuations gastro-intestinales ne sont pas la cause essentielle de la coagulation du sang, de sa stagnation dans les cavités droites du cœur et dans les veines, de la faiblesse des battements du cœur et du pouls, de la disposition au refroidissement et à la syncope ; cette cause réside dans l'action déprimante exercée directement et primitivement par le génie cholérique sur le système nerveux, action qui enchaîne plus ou moins profondément tous les actes de la vie et particulièrement les fonctions de l'innervation, de la circulation, de la calorification et de la respiration. La faiblesse du pouls, la cyanose, l'algidité, la dyspnée et tous les autres symptômes cholériques reconnaissent donc pour cause essentielle l'atteinte portée primitivement et directement par ce génie morbifique au système nerveux, au principe même de la vie, et les évacuations sont une crise naturelle propre à éliminer le poison. Elles sont toujours favorables quand elles s'accomplissent dans de justes limites, mais quand elles sont trop consi-
dérabtes elles dépassent le bui d'une bonne médication, par l'altération du sang qu'elles augmentent, par les refroidissements et les fatigues qu'elles entraînent. Elles méritent donc qu'on s'occupe d'elles, non pour les supprimer dès leur apparition, car leur suppression prématurée serait funeste, mais bien pour les diriger, les régulariser et les contenir dans de raisonnables proportions; et, si beaucoup de médecins font du mal en cherchant à les faire disparaître trop tôt, d'autres ne sont pas moins dangereux en les provoquant outre mesure à grand renfort de vomitifs et de purgatifs.
Les douleurs et les crampes, qui ne sauraient être l'effet ici des évacuations ni de la paralysie fonctionnelle des organes, constituent un caractère indépendant propreà la maladie, utile pour éveiller l'attention du malade, pour mieux faire apprécier au médecin les chances de la lutte entre la maladie et la nature médicatrice et pour donner à l'une et à l'autre la mesure de l'énergie avec laquelle l'organisme vivant réagit contre l'action de la cause morbifique.
On explique différemment la mort arrivée à la période algide du choléra. Les uns soutiennent qu'elle arrive par asphyxie et les autres, par syncope Quelques médecins pensent que la coagulation du sang et sa stase dans le système veineux sont l'effet d'une altération spéciale déterminée directement par le poison cholérique circulant avec lui: selon d'autres, ces phénomènes dépendent exclusivement de la paralysie plus ou moins complète des vaisseaux sanguins eux-mêmes. Les faits démontrent que l'asphyxie et la syncope peuvent être, l'un et l'autre, la cause immédiate de la mort et que la première l'occasionne bien plus souvent que la seconde. En général, h dyspnée, qui commence dès que l'incubation cholérique est un peu avancée, fait des progrès incessants jusqu'à la réaction ou la mort, et alors, le plus souvent, le malade meurt par asphyxie. D'autres fois, au contraire, et surtout lorsque les épidémies se trouvent à leur maximum d'intensité, à la suite d'une cause léierminante subite et très active, toutes les fondions
sont, pour ainsi dire, frappées en même temps, et comme la circulation est la plus impressionnable et peut-être la plus essentielle à la vie, la mort a lieu par syucope, l'asphyxie n'ayant pas eu le temps de devenir complète. Dans quelques cas enfin, les fonctions circulatoire et respiratoire s'éteignant à peu près au même moment, il serait impossible de dire laquelle des deux a cessé la dernière.
En résumé, nous pouvons dire :
1° Que le poison cholérique, une fois introduit au sein de l'économie, porte primitivement et directement son action déprimante sur le système nerveux qui préside au fonctionnement régulier de tous les organes, et que son premier effet pathologique apparent est le trouble des fonctions, dont il affaiblit les ressoits ;
2° celle dépression fonctionnelle des organes, primitive, essentielle, est bientôt suivie de l'altération spéciale des follicules intestinaux et du sang, lequel perd la faculté de se combiner avec l'oxygène , et devient de moins en moins apte à stimuler les organes et à cheminer dans les vaisseaux ;
3° cette sédation plus profonde des fonctions et celle altération spécifique du sang amènent la période algide qui a, pour caractères anatomiques spéciaux, les stases sanguines dans le système veineux et les congestions passives des viscères :
4° Que ce sont encore les fonctions nerveuses qui, à la suite de la période algide, donnent le premier signal de la crise ou de la réaction, par le bien-être qu'éprouve le malade, par la diminution des douleurs et des crampes, par le retour de la circulation, de la chaleur, de l'urine et des autres sécrétions. Les stases sanguines et l'exhalation gastro-intestinale ne tardenji pas à se dissiper, et l'altération du sang et l'éruption folliculeuse ne disparaissent que lentement et toujours les dernières ;
5° Que les sueurs et les diverses éruptions cutanées, la psore|itérie et l'exhalation du liquide gastro-intestinal nous
paraissent devoir être considérées comme le résultat des efforts critiques delà nature, pour combattre et éliminer le poison cholérique ;
6° Qu'enfin les douleurs et les crampes nous semblent constituer un signe important et capable de donner la mesure de la puissance réciproque que la nature et la maladie déploient dans la lutte,
4° Traitement du choléra et des affections cholériques. Le traitement des affections cholériques comprend deux par- ' lies distinctes : la prophylaxie et la thérapeutique. Nous les étudierons séparément.
A. Prophylaxie. Elle comprend cette partie du traitement qui résume l'application des moyens propres à se préserver des affections cholériques ; et, comme celles-ci sont le résultat d'un empoisonnement produit par un agent septique spécial introduit au sein de l'économie par les diverses voies de l'absorption, elle fournit deux indications principales, savoir: 1° éviter l'infection ; 2° empêcher ou atténuer les effets de celleci quand il n'a pas été possible de se soustraire à son action. C'est surtout dans l'hygiène, et seulement par exception dans la matière médicale qu'elle puise ses moyens préservateurs.
1° Eviter l'infection cholérique. On a cru pendant longtemps et bien des gens croient encore aujourd'hui pouvoir soustraire, par la quarantaine, les pays et les individus à l'influence du génie cholérique.
La quarantaine, qui comprend les lazarets, les cordons sanitaires, la séquestration et toute espèce d'isolement, a pour objet de prévenir la transmission du choléra d'un pays ou d'un individu infectés aux pays et aux individus sains; son principe est fondé sur la présomption de la propriété contagieuse de cette maladie, sur la supposùionque sa propagation s'effectue par le contact direct ou indirect d'un individu sain avec une personne ou un objet infectés ; les préservatifs qu'elle ré-
clame sout : l'isolement le plus absolu du malade, du suspect et des objets infectés et l'interdiction de toute communication avec eux des personnes et de tous les objets réputés capables de transmettre la contagion.
Si, pour démontrer l'inutilité de la quarantaine, il suffisait desavoir que le choléra n'est contagieux ni directement ni in directement, nous n'aurions rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut; mais beaucoup de médecins, par un excès de timidité ou de prudence, tout en doutant de sa propriété contagieuse ou même en la niant, donnent au système quarantenaire l'appui de leur nom et de leur lalent, dans l'unique but, disent-ils, de rassurer les populations et sous le prétexte qu'une mesure usitée depuis des siècles, regardée par toutes les nations comme une sécurité et respectée par elles, ne saurait être abandonnée tout d'un coup sans imprudence et sans s'exposer à des résultats fâcheux. Cette doctrine est dangereuse et nous paraît bien coupable, parce que, au lieu de rassurer les populations, elle engendre la peur et donne l'alarme, parce que, au lieu de préserver de la maladie ou de l'infection, elle détourne l'attention des médecins, des autorités locales, des gouvernements et des peuples de la véritable cause du danger et des moyens prophylactiques réels, pour la fixer sur des moyens inutiles, illusoires et mêmes pernicieux.
Nous ne sommes ni le premier ni le seul à proclamer l'inutilité de la quarantaine et à nous élever contre l'application des moyens qu'elle entraîne ; le Conseil général de sauté de Londres ; presque tous les médecins anglais qui ont pratiqué dans l'Inde, les Drs Thomas-Longueville, Jolly, Bonnet, de Stosch, Gregson, Julien, le colonel Rose, etc , ont déjà fait de louables efforts pour arriver à sa suppression.
c II est clair dit le Conseil de santé de Londres, même en admettant que la doctrine de la contagion fût fondée, que les règlements de quarantaine manquent leur propre but, soit par la négligence, soit par les inconvénients, les retards, les préjudices qu'ils causent, et deviennent impuissants devant les
substitutions, les faux serments et tous les moyens si faciles de les éluder (î). »
€ Le choléra, dit le Collège des médecins de Londres, parait avoir été bien rarement communiqué par importation personnelle, et tous les essais faits pour en arrêter les progrès au moyen de cordons sanitaires, ont toujours échoué. (2) »
« Je considère, dit le Dr Gregson, les quarantaines comme une impuissante sauvegarde. Par leurs opérations injustes et oppressives, elles propagent le mal au lieu de le diminuer, et des centaines de personnes ont péri pour avoir été arrachées de leurs maisons et jetées de force dans des lazarets encombrés, surchargés et souillés (3) . »
a Les quarantaines, dit le colonel Rose, paraissent faire plus de mal que de bien. Elles sont préjudiciables aux affaires et au commerce; en outre, elles nuisent aux soins que l'humanité doit toujours aux malades , et, après tout, elles sont parfaitement inutiles (4). »
t 11 n'y a pas lieu de croire, dit le Or Julien, de Berlin, que le choléra soit contagieux. C'est plutôt une maladie endémique. Les meilleurs préservatifs sont les mesures sanitaires : la quarantaine est tout à fait superflue (5). »
L'opinion des hommes les plus compétents est donc que la quarantaine, même abstraction faite de sa propriété contagieuse, est une mesure inutile et illusoire, pour éviter la propagation du choléra, nuisible aux malades et aux populations, préjudiciable aux affaires de l'industrie et du commerce. Mais, voyons si les faits répondent à ces propositions.
Lors de la première invasion cholérique en Russie et dans la Prusse orientale, notamment dans celte dernière, la crainte delà contagion prévalait partout; on institua, de tous côtés, des lazarets et des cordons sanitaires ; les villes, les quartiers, les hôpitaux, les maisons étaient isolés, séquestrés, gardés à vue. — La mortalité fut plus grande que dans les contrées
(1J Rapport sur la quarantaine, p. 120. — (-J) p. 121. (3) p. 144. - (4; p. 143. - (5) p. 36. -
voisines où !es communications n 'avaient pas été interrompues.
A Neidenbourg, en 1831, on prit d'abord les mesures les plus sévères ; du 8 au 13 août il y eût 150 décès sur 210 malades. On lève alors le séquestre , on rétablit la liberté des communications ; dès ce moment jusqu'au 15 septembre on ne constate plus que 57 décès sur 134 attaques.
Berlin était entourée d'un triple cordon sanitaire pour se défendre des approches du fléau. — Tout le monde sait si la ville a été préservée et on connaît les pertes immenses qu'elle a faites par suite de l'épidémie.
A Elbiug, le séquestre fut établi pendant les 14 premiers jours de l'épidémie; on y observa, pendant ce temps, 150 cas de choléra. On rétablit alors la liberté des communications , on n'y compta plus, les 16 jours suivants, que 70 nouvelles attaques.
A Dantzig, en 1831, on n'avait négligé aucune précaution : cordon sanitaire hors de l'enceinte de la ville, lazaret dans le port, séquestre des maisons ravagées, tout fut mis en usage. — On compta 1,010 décès sur 1,387 cholériques.
* Un riche chrétien, hors de Beyrouth, garda une quarantaine tellement sévère qu'il bannit même les oiseaux de sa cour; cependant sa femme, sa belle-mère et tousses domestiques périrent du choléra » (1).
c Un naturel chrétien, habitant un faubourg d'Alep, s'était enfermé dans sa maison ponr y faire une quarantaine volontaire avec son fils déjà grand, et deux filles nubiles : le 1er août, vers le soir, tous les quatre furent attaqués du choléra, et le lendemain matin il ne restait plus que quatre cadavres raidis (2). »
a Durant l'automne de 1847, au début de l'épidémie cholérique de Tabreez et des envirous, Bahman-Meerza se retira, avec sa famille au village d'Herbi, situé dans une vallée à 20 milles de la ville et garda une stricte quarantaine dans son
(1) Rapport sur la quarantaine, p. 143. — (9) p. 143.
campement. Le consul anglais M. Slévens, s'en alla, avec ses compatriotes à Béera, situé à 2 milles plus haut dans la même vallée; il n'observa aucune quarantaine, maintenant une communication journalière avec la ville où il se rendait lui-même chaque semaine. — Plusieurs cas se déclarèrent dans le camp du prince, dont toute communication avec Herbi était interceptée, quelque cas ayant eu lieu dans ce village; tandis que par un seul ne se déclara à Béera qui avait maintenu ses communications avec Herbi (1). >
Si les faits précédents démontrent, d'une manière irrécu sable, que la quarantaine est une mesure insuffisante pour éviter la propagation du choléra, ceux que nous allons rapporter prouveront, d'une manière non moins évidente, que le choléra ne dépasse jamais qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de quarantaine, les limites de l'atmosphère cholérique :
Lorsque le choléra sévissait en 1853 dans les îles voisines, aucun habitant d'Haïti ne fut atteint de la maladie. — Il n'y avait pourtant là ni quarantaine ni cordon sanitaire pour en prévenir l'invasion :
Au moment ou l'épidémie fesait de terribles ravages à la Nouvelle-Orléans, le choléra ne prit jamais à la Mobile la forme épidémique ; les cas graves y avaient été importés de la Nouvelle-Orléans, avec laquelle les communications étaient constantes, par des vaisseaux qui étaient à l'ancre dans la baie, ou des paquebots à vapeur qui mouillaient dans la rivière voisine, l'Alabama (2).
Pendant les épidémies cholériques, on rencontre partout des lieux, des villes, des quartiers respectés à côté d'autres lieux, d'autres villes, d'autres quartiers ravagés, entre lesquels pourtant les communications sont libres et incessantes.
En 1832 et en 4849, Lyon, Montpellier, Toulouse, Bayonne et une infinité d'autres villes de la France ont été épargnées; et pourtant personne ne l'ignore, il n'y a jamais eu de cor»
(1) Rapport sur la quarantaine, p. 144. — (2) p, 136.
don sanitaire entre Paris qui a été ravagé et les villes que nous venons de signaler, qui ont été respectées.
Les nombreux cholériques envoyés de Crimée ou de Varna aux hôpitaux de Péra, de Maltépé et de Rami-Tchifflik en 1854, n'ont jamais déterminé d'épidémie de choléra dans ces établissements encombrés de malades ordinaires.
Les nombreux cholériques débarqués à Constantinople, en 4854 et en 1855, et provenant de France, de Varna ou de Crimée, n'ont jamais propagé le choléra daus la ville.
Les 1,488 cholériques traités à l'Ecole militaire du 28 janvier 1855 au 31 janvier 1856, indistinctement répartis dans les salles ordinaires, aussitôt qu'ils entraient en convalescence, n'ont jamais propagé le choléra parmi les 5 ou 600 malades au milieu desquels ils se trouvaient, ni déterminé un seul symptôme cholérique chez les médecins, les infirmiers, les sœurs de charité appelés à leurs donner des soins incessants.
Les faits précédents, le dernier surtout qui s'est perpétué, pendant une année entière, sous nos yeux comme sous les yeux de tout le personnel de l'Ecole militaire et de tous les médecins de Constantinople, prouvent ce uous semble, d'une manière bien évidente et qui ne saurait être imputée au hasard : l°que les cholériques, les suspects et les objets infectés peuvent être transportés dans un pays impunément pour ce pays ; 2° que les exhalaisons qui s'échappent du corps des cholériques transportés dans un lieu sain ne forment jamais autour d'eux une atmosphère épidémique susceptible d'engendrer le choléra ; 3° que le choléra vit et meurt là où il a pris spontanément naissance, sans pouvoir être transporté ailleurs ni par les hommes ni par les objets infectés; 4° qu'enfin l'absence de la quarantaine et de l'isolement n'est pas du tout une cause de propagation cholérique.
Mais, en supposant même que le choléra fût contagieux et que l'isolement fût le moyen préservatif par excellence, le sysième quarantenaire serait encore insuffisant pour arrêter sa propagation. En effet :
Les partisans de la quarantaine admettent nécessairement l'existence d'une atmosphère cholérique comme condition indispensable à la propagation du choléra; car, sans cette condition,— suffisamment démontrée d'ailleurs par la vaste étendue des épidémies, par les cas de choléra qui éclatent en même temps sur les divers points d'un même pays ou de pays différents, par la régularité remarquable avec laquelle il envahit les mêmes localités aux différentes époques, — il ne serait qu'une maladie contagieuse à la manière de la gale et de la syphilis, restant limitée aux individus frappés par la contagion directe. Eh bien ! il est impossible non-seulement de déterminer au juste le moment où le génie cholérique commence à exercer son influence dans une ville ou dans un port de mer,— avant l'existence des signes réels de l'infection cholérique, celle-ci a déjà commencé son œuvre de destruction,— mais eucore de connaître les premiers cas decholérine ou de choléra, parce qu'ils passent inaperçus ou qu'on néglige de les signaler, à cause de leur nature douteuse ou sous le vain prétexte de ne pas effrayer la population ; et ce n'est jamais qu'en pleine épidémie, c'est-à-dire quand déjà des centaines de localités seraient contaminées, quand de nombreux bâtiments auraient déjà quitté le port, munis d'un certificat de santé et encombrés de passagers et de marchandises infectés, que la présence du choléra est officiellement connue et que l'on prescrit l'établissement des quarantaines.
Citons quelques exemples, ils auront plus de valeur que tous les raisonnements du monde : en 1849, le premier cas de choléra, connu à Oran, avait été constaté le 20 septembre et 5 nouveaux cholériques avaient été reçus à l'hôpiial militaire du 20 au 26. — C'est seulement le 27, c'est-à-dire sept jours après l'existence réelle de la maladie à Oran, que fut installée, à Mers-e!-Kebir, ù quarantaine qui devait empêcher son importation.
L'Espagne, Marseille, Cetie, Alger, s'étaient mises en quarantaine pendant l'épidémie de la province d'Oran, en 1851-
— Le choléra était dans la ville depuis le 22 juin et la constitution y était cholérique bien avant cette époque ; la maladie n'y a été constatée officiellement que le 18 juillet suivant, et les certificats d'insalubrité n'ont été délivrés aux bâtiments partants, qu'à partir de ce jour. Si le choléra était contagieux, il est évident que la France, l'Espagne, l'Algérie tout entière, auraient été infectées avant l'établissement de la quarantaine ; et pourtant, personne n'ignore qu'à cette époque il n'y a eu de choléra, d'influence cholérique, ni à Alger, ni en France, ni en Espagne.
Le 18 octobre 1850, le choléra semblait avoir terminé ses ravages à Alger, où depuis sept jours on n'avait pas signalé de nouvelles attaques. Dans la soirée du même jour, la commission sanitaire de la ville décidait que l'épidémie était terminée et qu'on pouvait délivrer la patente nette à tous les bâtiments en partance : le lendemain, à midi , un paquebot muni d'un certificat de santé, délivré, la veille au soir, par la commissiou sanitaire de la ville, quittait le port pour se rendre à Marseille, emportant des passagers, des marchandises et la correspondance. Le capitaine de la santé qui avait remis, vers H heures au commandant du bâtiment, le certificat de santé, succomba le même jour à une attaque de choléra; du 19 au 20, 40 ou 50 nouveaux cas furent signalés dans la ville et l'épidémie reprit une nouvelle intensité pour ne se terminer complètement que dans le mois de décembre suivant.
Le génie cholérique, seulement assoupi pendant huit jours, se réveille après le départ du paquebot, et il est évident que les passagers, les marchandises, les bagages et la correspondance transportés à Marseille étaient infectés. — Si le choléra était susceptible d'importation par les hommes ou par les choses infectés, Marseille n'aurait pas manqué de devenir, à cette occasion, le foyer d'une nouvelle épidémie, car le débarquement a eu lieu sans quarantaine, deux jours après lé dépari de la ville d'Alger, qui était encore profondément infectée. '
Eu 1851, pendaut le choléra d'Oran, Alger observait toutes les rigueurs de la quarantaine. — D'une part, la quarantaine n'a été établie à Alger qu'à partir du 18 juillet, tandis que le premier cas de choléra avait été constaté à Oran le 22 juin, de sorte que peudant le premier mois du règne cholérique, les relations entre les deux villes n'avaient point été interrompues ; d'un autre côté, pendant l'existence de la quarantaine, les passagers venant d'Oran, débarquaient à Alger, après 5 jours de lazaret, et se répandaient ensuite dans la ville bien avant sans doute la complète élimination du génie épidémique ; en troisième lieu, plusieurs habitants de diverses localités cholérisées de la province d'Oran, pour se soustraire aux inconvénients et aux ennuis de la quarantaine, se rendirent par terre à Alger ; enfin la quarantaine a été supprimée à Alger dans les premiers jours de septembre, tandis que la ville d'Oran était encore, longtemps après, sous l'influence du génie cholérique. Si le choléra était transportable d'un lieu infecté dans un lieu sain, il est bien évident qu'il aurait été transporté d'Oran à Alger ; et cependant tout le monde sait que cette dernière ville a été complètement respectée à cette époque.
A partir du 12 octobre 1848, les vaisseaux venant de Hambourg, étaient soumis à la quarantaine en arrivant aux ports de l'Angleterre. — D'une part, le choléra régnait déjà, à cène époque, non seulement dans quelques coins des îles Britanniques, mais même à Londres; d'un autre côté, tous les habitants de Hambourg, que des affaires appelaient en Angleterre, s'y rendaient par la Hollande, la Belgique et la France. Il n'y avait dans celte iufractiou aux règlements quarantenaires que l'inconvénient de rendre le voyage plus long et plus coûteux; inconvénient préférable néanmoins à celui de la quarantaine de 5 ou 6 jours dans les cas les plus heureux et de 6 jours après la mort ou la guérison du dernier cholérique.
En Î849, tandis qu'on refusait à Londres des certificats de
santé pendant le choléra et même après sa disparition, on en délivrait à des vaisseaux parlant, dans des ports où la maladie régnait mais où sa présence n'avait pas encore pu être notifiée officiellement aux consuls étrangers (1).
Les cargaisons des vaisseaux, généralement composées de produits de diverses contrées, sont, presque toujours, emballées à différentes époques, les unes épidémiques et les autres non épidémiques. Un bâtiment, prenant la mer à la fin d'une épidémie, avec un certificat de santé, aura donc presque nécessairement une cargaison infectée si elle a été emballée pendant l'épidémie, tandis qu'un autre paquebot, partant durant la période épidémique, avec un certificat d'insalubrité, aura, au contraire, une cargaison pure, si l'emballage et l'embarquement se sont opérés avant l'épidémie. Les cas de cette nature tont très fréquents. Il en résulte que l'on débarque, immédiatement après l'arrivée au port, en toute liberté, les marchandises infectées du premier bâtiment, lesquelles sont livrées au commerce et qui devraient répandre la contagion, si le choléra était susceptible d'être transporté, tandis qu'on soumet aux rigueurs de la quarantaine les marchandises pures du deuxième paquebot.
Il est expressément défendu aux suspects, dans les lazarets, de communiquer soit directement, soit indirectement, avec les officiers de la quarantaine, les gardiens, les expurgateurs, le médecin, le prêtre, etc.; mais du moment où ils deviennent malades, ils sont visités par le médecin et reçoivent les soins des infirmiers, comme s'ils étaient moins dangereux pendant qu'avant la maladie. On empêche tous les rapports entre les suspects et les préposés à la quarantaine, sans songer que ceux-ci respirent nécessairement l'air altéré parles premiers et que les maladies contagieuses épidémiques se communiquent bien moins par !e contact immédiat que par l'intermédiaire de l'air.
(1) Rapport sur la quarantaine
Si les marchandises étaient susceptibles d'absorber le germe cholérique el de le communiquer eusuile, il faudrait nécessairement admettre qu'il se forme autour d'elles, une fois exposées a l'air, sur le pout des paquebots ou dans les lazarets , une atmosphère épidémique devant empoisonner, au moins quelquelois, les hommes préposés à leur purification. Or, tout le monde sait que les personnes chargées d'examiner, de manier, de décharger, de déballer, de purifier les marchandises et les effets des passagers déposés en quarantaine, ne sont jamais atteintes de choléra dans les ports qui sont à l'abri de l'influence cholérique. S'il en était autrement, le choléra serait évidemment contagieux ; mais alors, on ne trouverait personne voulant se charger d'une fonction si dangereuse, si promptement mortelle, laquelle cependant est fort recherchée partout.
Tout le monde sait que les passagers et même les équipages, pour échapper aux inconvénients et aux -ennuis de la quarantaine dont ils savent l'inutilité, engagent les malades à donner une fausse indication sur la nature et la cause de leurs souffrances, à dissimuler le début de leurs maladies et leurs symptômes; d'où il suit que, généralement, les accidents cholériformes et même les premiers signes de choléra passent sur le compte d'une indigestion ou du mal de mer. Et celte dissimulation, qui rend les maladies plus graves, leur guérison plus difficile et moins prompte, fort excusable d'ailleurs, aura toujours sa raison d'être, jusqu'à ce que les pauvres cholériques auront cessé d'être officiellement considérés comme un objet de défiance et de répulsion.
Les partisans de la quarantaine admettent le principe de la transmission et en éludent la conséquence la plus essentielle : Vémigration En effet, si le choléra était communicable par les hommes ou par les objets, le premier devoir de l'autorité serait, pour empêcher la propagation du fléau, de défendre toute espèce d'émigration et de condamner les malheureux habitants d'un pays ravagé à mourir sans chercher,
par la fuite, à se soustraire à l'action toute locale de l'épidémie. C'est pourtant ce que l'on n'a jamais tenté de faire; et personne n'ignore aujourd'hui combien ces émigrations sont fréquentes en temps de choléra, combien elles sont salutaires aux personnes infectées et combien elles s'exécutent impunément pour les habitants des localités qui sont en dehors de l'atmosphère épidémique.
Les faits que nous venons d'exposer et dont nous pourrions grossir presque indéfiniment le nombre, prouvent donc d'une manière irrécusable :
1° Que la quarantaine est complètement inutile: Parce que le choléra n'est contagieux ni directement ni indirectement ;
Parce qu'elle n'empêche jamais la maladie de se déclarer dans un pays ou chez un individu ;
Parceque son absence n'est jamais une cause de propagation cholérique ;
Parce qu'enfin, les épidémies cholériques, avec ou sans quarantaine, avec ou sans cordon sanitaire, avec ou sans séquestration , aux diverses époques épidémiques, marchent généralement, comme le dit le colonel Tulloch, avec une régularité pour ainsi dire postale.
2° Que la quarantaine! en supposant même que le choléra lut contagieux, constitue un système illusoire, impropre a éviter la propagation :
Parceque le génie cholérique résulte évidemment de conditions météorologiques locales et qu'il a pour véhicule l'air atmosphérique contre lequel la médecine et l'hygiène n'ont aucune puissance ;
Parce que le système de l'isolement est inapplicable dans toute sa rigueur ;
Parce qu'on ne connaît jamais exactement ni le premier ni le dernier cas de choléra, ni le débat ni la fin de l'infection cholérique ;
Parce qu'on n'établit jamais la quarantaine qu'après le corn-
mencemeni de l'épidémie et qu'on la supprime toujours avant les derniers cas ;
Parce que la quarantaine n'est presque jamais élablie dans un pays que lorsque déjà ce pays est depuis longtemps sous l'influence d'une constitution cholérique ;
Parce que, constamment, malgré l'institution de la quarantaine, des individus d'un pays cholérisé se rendent, par des voies détournées, dans un pays sain ;
Parce que tous les voyageurs mettent en action tous les moyens imaginables pour en éluder les règlements et pour en diminuer la durée ;
Parce que les moyens d'appliquer les règlements manquent le plus souvent: car, faute d'espace sur les ponts et dans les lazarets, ou bien peut-être plus souvent par incurie ou insouciance, une partie des ballots de marchandises et les effets des voyageurs ne sont ni purifiés, ni aérés : les objets en sortent sans aération et sans purification préalables, l'eau manque généralement pour les lavages et les ablutions ;
Parce qu'il n'est pas possible de constituer et de maintenir sur toute la ligne d'une frontière, autour d'une grande ville, un cordon sanitaire capable d'empêcher toute communication entre un pays cholérisé et un pays sain ;
Parce qu'enfin on ne connaît peut-être jamais la provenance de toutes les marchandises que l'on embarque, ni l'époque de leur emballage ou de leur embarquement, afin de déterminer si elles sont saines ou contaminées.
Et que voudrait-on d'ailleurs que puissent faire un vaisseau de quarantaine dans un port, un cordon sanitaire sur toute la ligne d'une frontière, une rangée de soldats autourd'une ville, contre un ennemi invisible, impalpable, ayant pour véhicule un fluide tel que l'air, qui pénètre partout et qui voyage au gré des vents: contre un ennemi qui prépare de longue-main son œuvre de destruction avant même qu'il soit guère possible de soupçonner son existence: contre un ennemi dont les terri bles effets seuls nous démontrent la présence: contie un en-
uemi enfin qui ne connaît pas d'obsiacle, qui traverse la terre et la mer avec la rapidité de l'éclair, qui se montre le même jour, dans des localités situées quelquefois à des centaines de lieues de distance et qui respecte complètement des pays, des villes, des quartiers à côté d'autres pays, d'autres villes, d'autres quartiers cruellement ravagés ?
5° Que le système quarantenaire, n'est pas seulement inutile, illusoire, insuffisant, impropre à éviter la propagation du choléra, mais encore dangereux et pernicieux ;
Parce qu'il expose les malades et les suspects, à l'agglomération et à l'encombrement, le plus souvent dans un lazaret étroit, malpropre, mal aéré, malsain et dépourvu des secours les plus nécessaires de l'hygiène et de la thérapeutique, ou bien dans un vaisseau encore plus étroit, plus encombré, plus sale, plus mal aéré et réunissant toutes les conditions les plus favorables au développement, à la propagation et à l'aggravation de toutes les maladies auxquelles on est spécialement prédisposé;
Parce qu'il prive souvent les malheureux cholériques des soins que leur état réclame et auxquels l'humanité leur donne droit et les condamne quelquefois à une mort certaine qui aurait pu être conjurée;
Parce qu'il rend les attaques plus nombreuses, plus graves et plus souvent mortelles;
Parce qu'il répand, dans les populations, la terreur, la consternation et l'alarme, ou bien il donne une fausse sécurité qui détourne l'attention des médecins, des gouvernements et des peuples du véritable danger et de l'application des vrais moyens prophylactiques, surtout au moment qui sépare le premier symptôme prodromique de l'apparition de la période algide, moment précieux pendant lequel les moyens curatifs sont encore presque toujours efficaces ;
Parce qu'il expose les malades et les suspects aux effets accablants de la solitude, de l'inactiou forcées ;
Parce qu'en outre des dépenses considérables qu'il entraîne
par lui-même, il met un obstacle souvent ruineux à la liberlé et à la célérité des relations industrielles, commerciales, scientifiques et artistiques. . .
Puisque le choléra se développe toujours spontanément sous l'influence d'une constitution atmosphérique spéciale, qu'il n'est contagieux ni directement ni indirectement et qu'il se généralise par la seule puissance de son caractère épidémique ; puisque la quarantaine, enfantée par Ja peur et l'ignorance, encouragée et entretenue par la peur, la routine, des assertions sans fondement et peut-être aussi quelquefois par un intérêt personnel ou de localité; puisque, disons-nous, la quarantaine est non-seulement inutile, illusoire, insuffisante impropre à éviter la propagation du choléra, mais encore dangereuse, pernicieuse , pour les populations cholérisées et préjudiciable aux intérêts généraux du commerce, de l'industrie, de la science, des arts, il nous paraît urgent d'en décréter la suppression complète et radicale et de la remplacer par un code ou règlement sanitaire applicable à toutes les classes d'habitants, aux villes et aux villages, aux armées de terre et de mer ; et nous ne craignons pas de dire, avec la plus profonde conviction, qu'en la supprimant, les gouvernements rendront un service immense à l'humanité, moins encore sous le rapport des sciences, des arts, du commerce et de l'industrie que sous celui de la salubrité publique et de la santé des populations.
Puisque le germe cholérique se développe spontanément dans les lieux où le choléra se montre ; qu'il vit et meurt là où il a pris naissance, sans pouvoir être transporté ailleurs, l'émigration est le seul moyen efficace d'éviter l'infection cholérique.
Le choléra, comme nous l'avons déjà dit, ne devenant jamais épidémique sans une incubation préalable, du moment où celte incubation s'annonce par des phénomènes cholériques, des cas isolés de cholérinc ou de choléra, le devoir des médecins est d'en informer sur le champ l'autorité cl la population et
de conseiller l'émigration, sur des localités salubres, de tous les sujets qui peuvent s'éloigner, notamment des personnes malingres, ehétives, affaiblies par les privations ou par les maladies surtout celles du tube digestif.
Les émigrations réussissent d'autant mienx qu'elles sont plus précoces. Quand elles ont lieu dès le début de l'épidémie , elles sont toujours efficaces, préservent les émigrants et diminuent la mortalité parmi les habitants que leur position ou leurs affaires obligent de rester. En 1851, au centre du foyer épidémique par exemple, depuis le début jusqu'à la période d'état de l'épidémie, plus de 8,000 personnes de tout âge, des deux sexes, de toute position, évidemment infectées avant leur départ, ont quitté Oran pour se rendre en France ou à Alger ; quelques-unes ont éprouvé des phénomènes cholériques pendant la traversée et pendant leur quarantaine : un enfant seul a succombé, et encore, nous a-t-on assuré, sa mort a été la suite d'une maladie autre que le choléra.
Ces émigrations doiveut s'accomplir avec la précaution d'éviter, anlant que possible, les variations brusques de la température et de ne porter aucune modification notable daus les habitudes ; car les émigrants, ayant déjà subi, avant leur départ, un commencement d'infection pourraient être frappés de choléra à la suite d'une cause déterminante active, tandis que, sans imprudence notable ou de condition fâcheuse particulière, l'élément morbide s'élimine peu à peu sans provoquer d'accidents pathologiques tranchés et s'éteint sans former une atmosphère cholérique susceptible d'engendrer un foyer épidémique local.
A mesure que l'épidémie fait des progrès, les chances des émigrations deviennent plus douteuses ; car, une fois l'empoisonnement porté à un haut degré, la moindre infraction aux règles d'une bonne hygiène, détermine, dans l'économie, un trouble fonctionnel susceptible défaire triompher le mal de la résistance de la nature. Cepeudant, tant que l'épidémie en est à sa période d'accroissement, il est prudeut de conseiller,
aux valétudinaires surtout, de s'éloigner du foyer d'infection, tout en leur fesaut comprendre le danger qu'entraîne l'émigration sans la précaution d'observer rigoureusement les règles de l'hygiène ; mais, du moment où la période de déclin se manifeste, l'émigration est plus souvent funeste que favorable : dans ces cas, le plus sur moyen d'échapper au choléra est de ne pas bouger et de s'entourer des précautions hygiéniques nécessaires.
Du moment où l'atmosphère d'un pays est cholérique, il n'y a donc que l'émigration pour se soustraire à son influence délétère. Dans certaines contrées de l'Inde, lorsque le choléra éclate sur un point, tous les habitants se portent sur un autre lieu, sain, et y restent jusqu'à ce qu'ils puissent impunément regagner leurs demeures. Les émigrations en masse seraient sans doute partout l'unique moyen de préserver les populations; mais, en Europe, ce système n'a jamais été exécuté, il serait d'ailleurs bien difficile à appliquer à cause : de la variété des fortunes^ du commerce, de l'industrie et d'une foule d'autres conditions particulières aux individus ou de la grande diffusion de la constitution cholérique.
2° Empêcher et atténuer les effets de l'infection cholérique quand il n'a pas été possible de se soustraire à son action.
Pour une raison ou pour une autre^ l'immense majorité des habitants sont forcés de subir, là, même où elle se développe, l'influence de la constitution cholérique et d'être témoins des ravages qu'y fait autour d'eux le choléra. Or si, dans ces cas, l'hygiène est impuissante à éviter l'infection, elle possède du moins des ressources souvent efficaces pour empêcher l'invasion de la maladie ou du moins pour diminuer le nombre des attaques et les rendre moins mortelles.
Mais, disons, avant tout, que les prétendus spécifiques conseillés comme préservatifs du choléra , tels que le chlorure de sodium, les lotions chlorurées, le gaz des fosses d'aisance, le gaz ammoniaque, l'acide arsénieux et les arséniates, l'emplâtre de poix de Bourgogne, le sucre, la limonade mi-
nérale. l'isolement du sol, l'inoculation du virus syphilitique, le sulfate de quinine, le quinquina,, le sel marin, le camphre, les vinaigres aromatiques, le soufre, les élixirs de toute espèce, etc., sont aussi inutiles, aussi illusoires que la quaranlaine, les cordons sanitaires et l'isolement: que leur effet le moins funeste est de donner une fausse sécurité aux personnes crédules qui en font usage et de détourner leur attention des véritables moyens prophylactiques, que nous allons rapidement examiner et dont il sera facile d'apprécier la valeur, en se rappelant ce que nous avons dit au sujet des causes qui produisent la maladie.
Éviter, avec le plus grand soin, les variations brusques de la température et entretenir, autant que possible, à l'aide de vêtements de laine, immédiatement appliqués sur la peau, à la surface cutanée, une chaleur uniforme : se garantir des chaleurs excessives et des transpirations abondantes qui sont une source fréquente de refroidissements et puis d'attaques cholériques ; changer de linge quand la peau est couverte de sueur, avec la précaution de ne pas se refroidir ; aérer largement, pendant le jour, l'appartement que l'on habite, y rester toujours vêlu ; au lieu de se découvrir en rentrant chez soi, surtout si le corps est en sueur* conserver ses vêtements et même les remplacer par d'autres plus chauds et plus mauvais conducteurs du calorique ; ne se jamais coucher sans couvertures, ne laisser ouvertes, pendant la nuit, les portes ni les fenêtres de sa chambre à coucher; s'habiller, le matin, le plu? promptement possible, au lieu de rester, comme on le fait souvent en été et dans les pays chauds, plus ou moins longtemps, en chemise et les jambes nues ; proscrire absolument et rigoureusement les bains froids domestiques, de rivière ou de mer; s'abstenir complètement de l'usage de boissons froides ou glacées, — les meilleures boissons sont alors celles qui ont à peu près la température des appartements ;
Ne porter, autant que possible, aucune modification notable dans sa manière de vivre lorsqu'elle est régulière, et surtout
ne pas rendre son régime plus stimulant que d'habitude, sous le prétexte de réagir avec plus d'efficacité contre l'action déprimante du génie morbifique ; s'abstenir de manger sans faim ou quand on éprouve la moindre indisposition ; ne jamais satisfaire complètement son appétit à chaque repas, surtout à celui du soir ; ne jamais oublier que la sobriété est une des premières conditions hygiéniques, et qu'il ne suffit pas alors de ne pas manger quand on n'a pas faim , mais encore qu'il faut éviter de manger trop à la fois et de faire usage d'aliments de mauvaise qualité ; ne bannir systématiquement aucun aliment de sa nourriture habituelle, car tel individu, par nature ou par habitude digère fort bien telle substance qui serait nuisible à beaucoup d'autres, tandis que tel autre aliment que ne digèrent jamais certaines personnes constitue une excellente nourriture pour la plupart des gens. L'habitude et l'observation sont le meilleur guide quant au choix des aliments pour chaque individu ; varier, autant que possible, la nourriture, qui doit se composer de potages gras ou maigres, de viandes rôties ou bouillies, d'œufs, de poissons, de légumes et de fruits, en proportions différentes, selon les habitudes et les dispositions individuelles ; régulariser les repas, choisir ies substances que l'on digère le mieux, et celles de bonne qualité, les bien préparer, rejeter toutes celles qui sont altérées, ne jamais abuser d'aucun aliment, surtout de ceux qui sont difficiles à digérer; rejeter les aliments mal cuits, les viandes faisandées ou indigestes , les fruits qui ne sont pas arrivés à leur parfaite maturité ; n'user qu'avec réserve et en petite quantité, des légumes secs et ligneux, tels que pois, fèves, haricots, lentilles, etc., à moins qu'ils ne soient dépouillés de leur enveloppe extérieure et réduits en purée, ainsi que de certaines substances qui ne se digèrent généralement qu'avec difficulté, telles que, melon, pastèque, concombre; etc. ; bien se pénétrer de celte vérité qu'aucun aliment n'est nuisible d'une manière absolue quand il réunit toutes les conditions désirables de quantité, de qualité et de préparation ;
que I on peut user de tous, mais qu'on ne doit abuser d'aucun ; qu'il appartient au médecin surtout Je prescrire à chacun une alimentation en rapport avec sou tempérament, sa constitution et ses dispositions spéciales, et, à chaque individu, d'être sobre, de régler ses repas, de respecter ses habitudes si elles sont bonnes et de les modifier progressivement si elles sont mauvaises, de ne pas fatiguer son estomac dans l'intervalle des repas, de faire, selon le degré de son aisance et de ses habitudes, un bon choix d'aliments, d'éviter l'usage de ceux qui sont réputés nuisibles, et l'abus de ceux dont la digestion est ordinairement longue ei pénible.
Le vin, constituant généralement la meilleure boisson pendant les repas, le choisir autant que possible, pur, géaéreux, de bonne qualité, et le couper avec de l'eau ou de l'eau de Seltz, en proportion variée selon le besoin ou les habitudes. Toutes les autres boissons stimulantes, lelles que : infusions de café ou thé etc. , eaux de vie et liqueurs, à moins d'être habitué à leur usage ou sauf uue indication spéciale, sont plus nuisibles qu'utiles ; il faut en réserver l'usage pour les moments où il est indiqué ; ne perdre j.nnais de vue qu'il tsl bien plus facile et plus avantageux d'éviter une indigestion par la sobriété et le choix des aliments, que par uue excitation factice de la force digeslive de l'estomac, qui n'a jamais lieu sans réagir défavorablement sur l'organisme tout entier. — Dans l'intervalle des repas, n'user qu'avec une extrême réserve, de boisson, pour étancher la soif. Quelle que soit la nature du liquide dont on se sert alors, la quantité doit toujours être très petite : car, s'il est prudent de ne pas satisfaire complètement la faimt il est encore peut-être plus important de ne jamais boire beaucoup à la fois. Quand la soif est trop vive, la boissou la plus propre à l'étaucher sans nuire à la régularité fonctionnelle est l'eau sucrée ou la limonade, en faible quautilé et animée par quelques gouttes seulement d'un liquide spiritueux, le vin, l'eau-de-vie, le rhum, l'alcoolat de mélisse par exemple.
Ainsi : sobriété et régularité dans les repas, alimentation autant que possible de bonne qualité, variée, bien préparée, peu abondante surtout le soir ; usage sans abus de légumes et de fruits choisis et bien mûrs ; boissons vineuses aux repas et abstinence de toute autre boisson stimulante à moins d'indication particulière ou d'en avoir l'habitude; boire le moins possible dans l'intervalle des repas et toujours en faible quantité à la fois ; éviter toute stimulation factice inutile: voilà, sous le rapport de l'alimentation, les préceptes hygiéniques les plus propres à se préserver du choléra.
Se soustraire, autant que possible, à l'influence des inquiétudes, de la contrariété, des chagrins, de la colère, de la peur et de toute émotion morale ; ne pas oublier que le danger connu est à moitié conjuré, qu'une juste crainte qui préserve est plus utile qu'une fausse sécurité, et que non-seulement il est dangereux de tenir cachés l'influence épidémique et les premiers cas de choléra, mais encore qu'il est du devoir des médecins et de l'autorité de faire connaître l'imminence du danger, de tenir exactement les populations au courant de la marche du fléau, de leur donner les instructions prophylactiques nécessaires et de leur faire comprendre qu'en exécutant les mesures avec rigueur, on est presque certain d'éviter l'invasion du mal ou de le rendre moins rebelle à l'action combinée de la force médicatrice de la nature et de la thérapeutique. Il faut que les populations sachent que les premiers accidents cholériques ne sont qu'un avertissement salutaire, n'ayant presque jamais de suites fâcheuses , sinon par imprudence eu parce qu'on met de côté les conseils prophylactiques. Et, nous devons le dire ici : ce n'est pas l'autorité qui est moralement responsable des attaques et des décès dont la théorie contraire est la cause directe; cette responsabilité incombe particulièrement aux médecins chargés d'éclairer le pouvoir sur les avantages et les inconvénients de telle ou telle mesure hygiénique.
C'est en Cesant connaître officiellement aux populations que
la ihéorie de la contagion n'esl qu'une chimère engendrée par l'ignorance ei entretenue par la peur, la routine ou un intérêt personnel ou de localité; que les quarantaines et l'isolement ne sont qu'une mesure inutile, illusoire, dangereuse, pernicieuse; en les tenant exactement au courant de la marche de l'épidémie, de son accroissement, de son état et de son déclin, que l'on arrivera à éviter l'exagération du nombre des attaques et des décès,— exagération qui ne manque jamais de se produire quand on en fait un mystère — à inspirer une crainte salutaire propre à faire éviter les imprudences, à faire mieux observer les règles de l'hygiène, à diminuer enfin le nombre des attaques et à rendre celfes-ci moins foudroyantes et moins meurtrières.
Faire des promenades régulières en plein air et autant que possible sur des lieux élevés et sains; travailler modérément ; prendre des distractions dans la famille ou dans le monde; éviter les excès du travail d'esprit et de corps ; s'abstenir, à moins d'indication particulière, de l'usage et surtout de l'abus des médicaments, tels que le camphre, l'éther, les vinaigres et les eaux aromatiques de toute espèce, etc., dont on abuse si souvent et dont l'usage même est plutôt nuisible qu'utile ; surveiller et soigner de suite toute espèce d'indisposition ; tenir habituellement le ventre libre à l'aide de lavements ou de purgatifs légers, sans toutefois provoquer de purgatîon violente ni de diarrhée ;
Surveiller la propreté des villes, des villages, des établissements publics, des maisons particulières, des ruisseaux et des égoûts; aérer les hôpitaux, les casernes, les manufactures, les vaisseaux, tous les lieux publics et les appartements particuliers; enlever des villes, des rues et des maisons, les immondices et toutes les substances organiques susceptibles de donner naissance à des émanations malfaisantes ; arroser les rues en été ; entretenir la propreté du corps en changeant fréquemment de linge et par l'usage de bains tièdes; éloigner de l'appartement qu'on habite et surtout de lachambreà cou
cher tout ce qui exhale une odeur forte ; expulser de l'enceinte des habitations les animaux domestiques dont les émanations et les déjections sont toujours nuisibles ;
Disperser en plein air les cholériques au lieu de les entasser pêle-mêle dans la câle des bâtiments, dans les lazarets ou ailleurs; débarquer, diriger, transporter, en arrivant au port, les malades des bâtiments dans des établissements publics ou des maisons particulières bien aérés et sains, au lieu de les garder en quarantaine à bord ou au fond d'un lazaret ; donner à l'équipage et aux passagers la liberté d'aller respirer à volonté l'air de la terre ou de la ville au lieu de les condamner aux ennuis inutiles et inséparables de la quarantaine ; faire exécuter enfin, avec le plus grand soin, dans les villes, dans les villages, dans les établissements publics et dans les maisons particulières, les règlements sanitaires et les instructions populaires sur le choléra : telles sont les règles hygiéniques générales qui, en temps d'épidémie cholérique, conviennent à tous et partout, mais dont les détails d'application varient à l'infini selon les climats, les localités, les saisons, les conditions sociales et individuelles. Elles constituent la véritable prophylaxie du choléra et le seul moyen de mettre fin aux effets désastreux qu'entraîne sur les populations la fausse doctrine de la contagion, le seul système propre à prévenir, à modérer ou à éteindre, dans les limites du possible, les épidémies cholériques, de protéger les individus bien portants, de rassurer les populations, de fixer l'attention des médecins, des gouvernements et des peuples sur la cause réelle du danger et sur les moyens de le conjurer, de permettre à la mère de soigner son enfant, à la femme sou mari, au médecin et aux garde-malades tous les cholériques, sans les exposer incessamment à cette crainte chimérique, à celte perspective illusoire et poignante de puiser, auprès des malades confiés à leurs soins, en accomplissant un devoir sacré, le germe de la maladie ou la maladie elle-même.
B. Thérapeutique, — Quand, par les moyens prophylacli-
ques, on n'a pu empêcher le développement du choléra, le médecin est appelé à veuir en aide à la nature par l'emploi des ressources que lui fournil la thérapeutique.
Les agents vantés comme spécifiques pour la guérison du choléra ne sont ni moins nombreux ni moins bizarres que ceux qui ont été préconisés comme préservatifs de la maladie :
Le soufre, le chloroforme, la strychnine, le charbon, l'huile de cajéput, la transfusion du sang, le sous-acétate de plomb, la ratanhia, la gomme kino, le tannin, le sang-dragon, le diascordium, le punch, le vin de Malaga ; les infusions d'auis, d'angélique, de menthe, de romarin^ de sauge, de bourrache, de thé, de café; la teinture de cannelle., les vésicatoires, les synapismes, les bains de moutarde, les frictions ammoniacales, les ventouses, les emplâtres, l'acétate d'ammoinaque, les cautérisations, l'iodure de potassium, le stachys anatotica, le sulfatede quinine, le nitrate d'argent, l'oxygène, le vin chaud, le sulfure noir de mercure, l'eau froide, l'eau de fleurs d'oranger, le calomel, le quinquina, le chlorhydrate de morphine, le sulfate de magnésie, la vapeur chaude ; le sirop de peruitrate de fer avec l'opium ou le camphre ; l'hyperchlorite de soude associé à l'opium ou à l'éther ; la saignée du pied avec des pédiluves salés et des frictions aux jambes ; le soufre avec le petit-lait, l'ipécacuanha avec le sulfate de magnésie, les cataplasmes sur le ventre et quatre ou cinq lavements par jour ; es bains chauds acidulés, avec la limonade sulfurique ou chlorhydrique et les lavements d'acide phosphorique ; le café, le sucre et le vin à la période prodromique et l'inhalation de l'oxigène à la période algide ; le charbon avec la fleur de soufre; la glace à l'intérieur et le sel marin en lavements ; l'ipécacuanha à la première période et le perchlorure d'or et de sodium à la période algide ; l'opium à la première période et l'ipécacuanha à la période algide; la saignée, le bain froid, la couverture de laine, et puis les boissons aromatiques, les pilules d'ipécacuanha et (je ca-
lornel ; les vomitifs, les purgatifs, les sudorifiques et les stimulants; l'ipécacuanha avec la saignée; les évacuants depuis le début jusqu'à la fin ; les éméto-cathartiques, la pommade stibiéeen frictions sur le rachis et les lavements avec le quinquina, le camphre et le iaudanum ; la glace avec l'opium et l'ammoniaque ; les frictions avec la gousse du dolichos pruriens, avec la couverture et un électuaire tonique et antispasmodique ; l'ipécacuanha, avec la limonade sulfurique, une potion stimulante, un emplâtre de thériaque et des briques chaudes sur le ventre; les bains chauds et multipliés, avec les boissons aqueuses et des vapeurs chaudes ; tels sont les principaux moyens , les principales méthodes conseillés dans le traitement du choléra. L'hypothèse ou le plus aveugle empirisme ont présidé à leur emploi ; on conseille la saignée pour faciliter la circulation du sang sous prétexte que le phénomène essentiel de la maladie est l'engorgement des vaisseaux sanguins ; les évacuants et les délayants pour chasser, par les vomissements, les selles^ les urines ou les sueurs, le poison qui infecte l'économie; l'opium pour arrêter les évacuations qui sont regardées comme dangereuses ; les stimulants et la chaleur pour comhattre le froid et ranimer la cir culation ; les a ntiph logistiques pour abattre l'inflammation : les alcalis sous le prétexte que le poison est acide; les acides parce que le poison est considéré comme alcalin ; enfin telle ou telle substance, telle ou telle méthode parce que l'empi risme ou le hasard en ont décidé l'emploi.
Tous ces prétendus spécifiques, touies ces méthodes absolues montrent la même insuffisance et la même impuissance, et lorsque l'observateur consciencieux et sévère vient les sou mettre au creuset de. l'expérimentation, il est bientôt aussfrappé de sa crédulité que de l'audace des inventeurs et de l'impudence qu'ils mettent à en proclamer les prétendus merveilleux effets.
Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de remède spécifique, de méthode absolue pour traiter le choléra, qui^ sous ce rap-
pori, a la plus parfaite analogie avec toutes les maladies aiguës. L'agent cholérique est un poison dont nous ne connaissons pas la nature intime et qu'il n'est pas en notre pouvoir de neutraliser, comme dans un laboratoire on neutralise un acide par un alcali ot un alcali avec un acide ; il produit, sur les individus soumis à son influence, des effets pathologiques variés et plus ou moins graves, selon son énergie et la résistance du malade ; et comme ces effets varient à l'infini, il est aisé de comprendre que le traitement ne doit être le même ni dans tous les cas ni à toutes les périodes, qu'il doit être, au contraire, aussi varié et aussi complexe que les symplômes qui constituent la maladie. Nous essayerons, après avoir jeté un coup d'œil rapide sur les méthodes thérapeutiques les plus accréditées, et d'après les faits puisés aux meilleures sources et dans notre observation personnelle, de formuler les principales lois générales qui doivent présider à son traitement.
I. Méthode évacuante. C'est la plus généralement connue, la plus séduisante et celle peut-être qui a aujourd'hui le plus de partisans. Elle consiste dans l'emploi des vomitifs ou des purgatifs, ou bien des vomitifs et des purgatifs, à la fois ou successivement. Elle est fondée sur ce principe, que le choléra étant le résultat u'up empoisonnement, l'élimination du poison est la première condition de la guérison; et comme le canal alimentaire se prête merveilleusement à la médication évacuante, les agents qui la produisent conviennent à tous les cas, à toutes les périodes et à toutes les formes du mal, depuis le début jusqu'à la cessation des phénomènes morbides.
Les partisans de celle méthode, convaincus que les évacuants seuls guérissent, et que les autres remèdes ne sont jamais que des auxiliaires plus ou moins utiles pour combattre quelques accidents particuliers, ne sont guère divisés que sur le point de savoir, si les vomitifs et les purgatifs doivent êire employés exclusivement ou s'il convient, pour remplir
des indications secondaires, de recourir à d'autres moyens.
Il est évidenl que le génie cholérique agit sur l'économie animale à la manière des poisons septiques, que ses effets varient selon le degré de son énergie et la résistance que l'organisme oppose à ses attaques, et que les évacuations sont l'effet d'une crise salutaire de la nature propre à expulser de l'économie le principe morbifique ; mais, ce qu'en bonne thérapeutique il n'est pas possible d'admettre, c'est qu'il faille purger ou faire vomir dans tous les cas, depuis le début jusqu'à la fin, quels que soient les symptômes domiuanls, la période et la tendance de la maladie.
Voyons, d'après l'observation, ce qui se passe généralement chez les cholériques :
Dans beaucoup de cas, la maladie débute lentement, les symptômes sont légers, la nature réagit modérément et avec succès contre le poison cholérique qu'elle élimine régulièrement et sans secousse ; d'autres fois, le génie morbifique, plus actif et favorisé par l'action d'une cause déterminante, le choléra éclate d'une manière plus brusque, plus violente et passe promptement à la période algide ; d'autres fois enfin, après une indisposition plus ou moins longue, et à la suite le plus souvent d'une imprudence, l'organisme est surpris sans être préparé à la défense et la mort arrive généralement en peu de temps , pour ainsi dire sans vomissements, sans diarrhée, sans crampes, sans réaction.
Faut-il employer les évacuants dans tous les cas ? les partisans de cette méthode le pensent, et ils agissent ainsi dans le but de chasser de l'économie le poison cholérique, de ramener à l'état normal la sécrétion biliaire, d'empêcher la suppression des évacuations, de diminuer le danger de la maladie, de soulager les malades, de prévenir l'algidité et la cyanose, de favoriser la réaction.
Mais, ce n'est pas parce que les évacuations se suppriment que la maladie s'aggrave ou que la mort arrive ; les vomissements et les selles s'arrêtent au contraire par suite de l'aggra-
▼alion du mal, parce que les organes, frappés de paralysie plus ou moins complèle, soni incapables de fonciionner. La suppression prématurée des excrétions est nuisible sans doute, mais entre leur suppression complète et leur exagération il y a une distance infinie, et les provoquer lorsque déjà elles sont assez abondantes, c'est fatiguer inutilement le malade, l'exposer à des refroidissements et augmenter l'embarras de la circulation en dépouillant le sang d'une trop grande partie de son sérum. Le vomissement soulage le cholérique quand il est facile et que l'organisme vivant a encore assez de puissance pour sortir victorieux de la crise qu'il provoque ; mais lorsque , l'économie déjà foudroyée , l'estomac déjà paralysé est incapable de répondre à l'action des vomitifs, celui-ci ne fait que rendre plus vives et plus profondes les angoisses du malade ; et de môme que l'on s'empresse de calmer les crampes quanJ elles sont vives, on doit modérer les évacuations quand elles deviennent excessives. Le praticien se trouve souvent entre deux écueils également redoutables : l'insuffisance des évacuations et leur abondance excessive ; car, amant elles soin avantageuses, — qu'elles soient naturelles ou provoquées, — lorsqu'elles sont modérées, autant elles sont funestes quand elles se suppriment, parce que le poison reste au seiu de l'économie et tue le malade, ou quand elles deviennent trop copieuses, parce qu'alors elles dépouillent le sang d'une trop grande quantité de son sérum, détruisent, outre ses éléments naturels, — la fibrine, l'albumine, les globules et les sels, — l'équilibre normal si nécessaire à sa libre circulation et à l'hématose, épuisent le malade en efforts inutiles et l'exposent sans avantage à des refroidissements in cessants. Les évacuations modérées constituent une crise salutaire ; leur suppression prématurée et leur excessive abondance sont une erreur de la nature médicatrice ; il faut donc les respecter lorsqu'elles ont lieu dans des proportions convenables, les provoquer quand elles font défaut, les augmenter quand elles souî insuffisantes, les modérer ou les régula-
rîser quand elles deviennent excessives ou désordonnées. Un vomitif, en excitant à la fois l'estomac et l'économie tout entière, est quelquefois favorable à la réaction ; mais l'excitation immédiate qui résulte de son administration et qui peut tuer le malade par l'ébranlement général qui en est la suite directe, est bientôt suivie. — si le malade résiste à l'action primitive du remède, — d'un effet secondaire ou consécutif, d'une prostration d'autant plus profonde que la stimulation a été d'abord plus active, mais dont il est impossible de calculer tous les degrés. Pour que le vomitif puisse être administré sans danger, il faut que la nature soit encore assez puissante pour résister à la crise immédiate qu'il détermine et à la prostration consécutive qui en est la suite nécessaire. Eh bien ! dans les cas de cette espèce, la réaction, très généralement, peut s'opérer sans le concours d'une médication artificielle. Et, dans les cas où l'organisme trop enchaîné a besoin, pour réagir, des ressources de la thérapeutique, le vomitif entraîne le plus souvent la mort, soit au milieu des vomissements ou des efforts stériles que le malade fait pour vomir, ou par suite de la prostration ou des congestions viscérales qui en sont le résultat inévitable. Il est fréquemment bien difficile de déterminer, au lit du malade, les cas dans lesquels le vomitif peut être réellement utile et ceux où il doit être inutile ou nuisible, et nous avons la conviction, basée sur une longue expérience, que dans les cas douteux ieschan ces sont plus favorables en s'abstenant. Le vomitif est une arme bien puissante entre les mains de celui qui sait s'en servir avec habileté, mais cette arme est bien dangereuse quand on s en sert à tout venant et sans chercher à déterminer si le malade est assez fort pour résister à l'ébranlement immédiat et à la prostration secondaire qu'il détermine. Administré à propos, il peut sauver un cholérique ; donné dans des conditions contraires il peut le tuer en peu de temps ; ce n'est donc point comme moyen de réaction que le vomitif peut être généralement utile, car lorsque la chaleur et le pouls se ré-
lablissent après son emploi, la nature pourrait se dispenser de son concours ; uous possédons d'ailleurs, comme nous le ver rons plus tard, pour atteindre ce but, des moyens plus puis sants, plus sûrs et plus faciles à manier : les excitants ditïusibles, la clialeur artificielle et les révulsifs.
Les effets immédiats et consécutifs des purgatifs sout moins violents que ceux des vomitifs, mais ils sont de la même nature et exposent le malade aux mêmes dangers quand ils sont portés trop loin ; et les selles trop fréquentes et trop copieuses, loin de favoriser la réaction, aggravem tous les symptômes et peuveut être la cause de la mort.
Mais si les évacuants doivent être bannis du traitement du choléra comme méthode générale, leur emploi est utile dans bien des cas. Essayons d'en préciser, autant que possible, les indications :
Le vomissement naturel est un symptôme essentiel à peu près constant du choléra; il ne manque que dans des cas très rares et alors que l'énergie de l'estomac est insuffisante pour le produire.
Si le malade vomit spontanément et si le vomissement est facile, pourquoi irriter et tourmenter la muqueuse gastrique par Témétique ou l'ipécacuanba? laissez à la nature le soin d'opérer la médication^ elle n'a besoin de l'intervention de l'art que dans des cas exceptionnels.
Si le malade a des nausées ou des vomituritions et que les vomissements soient nuls, pénibles ou difficiles, — pourvu que l'impuissance de l'organe gastrique ne soit pas l'effet d'une débilité trop grande ou de sa paralysie, — il convient de le faire vomir, et dans la plupart de ces cas, l'eau tiède, une infusion légère de thé, de tilleul, etc., ou la titillation de la luette suffisent pou* opérer la médication vomitive. Si ces moyens restent sans résultai, l'éméiique est indiqué, et alors celui-ci manque rarement sou effet. Mais, quand un premier vomitif ne produit juedes nausées ou des efforts saus vomissements, „il serait dangereux d'eu renouveler l'emploi; ce se-
rail stimuler en vain l'estomac doni la force vitale, enchaînée ou paralysée, demeure insensible et impuissante en présence des excitants quelle que soit leur énergie; ce serait tenter l'impossible, perdre un temps précieux, aggraver le mal, favoriser les congestions viscérales ou déterminer une syncope fréquemment mortelle. C'est surtout chez les cholériques froids, cyanosés, oppressés et sans pouls qu'il faut s'abstenir de l'emploi des vomitifs ; ce serait les tuer presque à coup sûr, car, dans un état semblable, le moindre ébranlement, la moindre secousse^ le moindre refroidissement amènent la syncope et l'asphyxie, aggravent la prostration et la congestion passive des organes parenchymaleux , notamment des poumons et du cerveau. Qnand, dans les cas de cette nature, des signes particuliers indiquent l'usage du vomitif, on doit, avant de l'administrer, préparer le malade à résister à ses effets primitifs et secondaires par la médication stimulante, la seule capable d'amener une réaction favorable et sans secousse ; et ce n'est qu'après un retour notable de la chaleur et du pouls, quand l'estomac a reconquis, sous l'influence de celte médication, son pouvoir absorbant et assez d'énergie pour répondre à l'action du vomitif, que celui-ci peut être donné avec quelques chances de succès ; et encore alors n'est-il réellement utile que dans des cas bien rares, car les vomissements, se manifestant presque toujours d'eux-mêmes dès que l'organe gastrique est assez puissant pour se contracter, les évacuants sont, comme le dit Cullen « non -seulement superflus mais commuoément nuisibles. »
Le vomitif convient : \° Pendant l'incubation, chez les sujets qui éprouvent, en même temps que les signes ordinaires de celte incubation, les symptômes de l'embarras gastrique, tels que: malaise général, inappétence, soif, dégoût, nausées, bouche pâteuse et amère, langue blanche ou jaunâtre, etc. Dans les cas de cette nature, un vomitif, administré avec prudence et avec le soin surtout d'éviter le refroidissement , amène des évacuations abondantes, rétablit promptement le
fonctionnement régulier des organes digestifs et prévient généralement l'explosion d'un degré plus avancé de l'infection cholérique ; 2° Dans la cholérine, lorsque les symptômes cholériques se compliquent d'embarras gastrique et que les nausées sans vomissements sont le caractère dominant ; mais ce n'est qu'avec la plus grande circonspection que ce moyen doit être mis en usage à celte période, car le moindre refroidissement détermine promptement l'algidité, la cyanose et des congestions viscérales ; 3° A la période algide, qusnd les phénomènes gastriques dominent, qu'il existe des nausées et des efforts sans vomissements et que le malade est encore assez fort pour résister à la crise que le remède doit produire et à la sédation qui en est la suite inévitable, et quand le choléra s'est déclaré à la suite d'un repas, alors que l'estomac est chargé d'aliments dont il ne peut se débarrasser naturellement ; 4° Pendant la réaction, lorsque, à la suite de la période algide, l'embarras gastrique persistant met un obstacle réel au rétablissement du malade. Les cas de cette nature sont rares, car généralement tous les phénomènes gastriques se dissipent aisément à la suite des vomissements qui ont eu lieu pendant la maladie ou par le régime qui convient à la période de la convalescence. Ainsi, la médication vomitive, extrêmement dangereuse comme méthode générale, ne convient que pour remplir des indications particulières: et à la période algide elle ne peut être presque jamais mise en usage sans danger, que dans les cas où elle est inutile.
La diarrhée est un symptôme du choléra encore plus constant que le vomissement; elle ne manque que dans des cas excessivement rares, et l'on peut affirmer qu'elle est bien plus souvent trop abondante que pas assez. Pourquoi chercher à l'augmenter quand elle existe? Est-ce pour éliminer le principe morbifique ? Mais donnez aux évacuations spontanées le temps nécessaire pour produire cet effet naturellement et sans violente secousse. Pour rétablir la sécrétion biliaire ? Mais la sécrétion de la bile et celle de l'urine, troublées par l'effet
,ie lu maladie et non pas causes de la maladie, se rétablissent d'elles-mêmes dès que les phénomènes cholériques tendent a se dissiper. Pour prévenir Falgidité et la cyanose? Mais une diarrhée excessive qui fatigue le malade, qui l'expose à des refroidissements, qui augmente l'embarras de la circulation, est bien plus favorable que contraire à l'invasion de la période algide. Pour provoquer la réaction? C'est la plus grossière de toutes les erreurs, car la diarrhée n'est jamais directement favorable au retour de la chaleur et du pouls; elle est au contraire une cause puissante de l'aggravation de tous les phénomènes algides dès qu'elle devient trop abondante ou désordonnée.
Les purgatifs conviennent : 1° A la période d'incubation, lorsque les phénomènes intestinaux, tels que constipation» borborygmes, gargouillements, flatuosités, chaleur à l'anus, besoins fréquents et ténesme dominent. Dans les cas de cette nature, assez fréquents, un verre d'eau de Sedliiz ou de limonade citro -magnésienne pendant deux ou trois jours de suite ei quelques lavements émoliients ou huileux ne tardent pas à dissiper ces symptômes; 2° Dans la cholérine, quand les phénomènes précédems, surtout le ténesme, persistent. Ce n'&ét qu'avec une sage réserve et avec le soin d'éviter les refroidissements que ces moyens doivent être administrés à cette période; 3° A la période algide, lorsque l'algidité et la cyanose se prolongent et restent stationnaires sans offrir de gravité et dans les cas où, au lieu de diarrhée, il y a constipation, flatuosités, borborygmes et ténesme ; 5° Pendant la réaction, quand la constipation remplace la diarrhée. Dans ces cas, très fréquents, la médication purgative est très utile pour prévenir ou dissiper les gargouillements et le météorisme presque inséparables de la constipation ; o° Pendant la convalescence, quand il survient de la constipation, surtout si elle s'accompagne de congestion cérébrale et pulmonaire.
II. Méthode antipfilogistique. La saignée et les sangsues en constituent la base. Elle est moins généralement adoptée que
la précédente ; cependant quelques médecins, ne voyant dans le choléra qu'une inflammation de la muqueuse digestive ou un engorgement du système sanguin, considèrent les émissions sanguines comme le seul moyen rationnel de guérison.
Si la phléboiomie est quelquefois utile, ce qui est incontestable, elle devient très dangereuse quand on l'emploie comme méthode générale.
A la période d'incubation, une saignée de 2 ou 300 grammes, rarement plus copieuse, produit les plus heureux résultats chez les sujets plétoriques, surtout lorsque les symptômes qui caractérisent la pléthore s'accompagnent d'un mouvement fébrile continu ; elle est inutile et souvent funeste dans toutes les autres circonstances; elle est plus favorable que contraire à l'explosion de la période algide qu'elle rend plus grave et dont elle diminue les chances de bonne solution.
Dans la cholérine, à moins d'un état pléthorique avancé ou d'un mouvement fébrile prononcé, elle n'est jamais utile, tandis qu'elle peut être souvent nuisible ; et ce n'est que d'après des indications bien formelles que l'on doit se décider à tirer du sang.
A la période algide, une perte de sang un peu considérable ne ferait qu'ajouter une cause de plus aux causes de la cyanose, de l'algidité, à la chute du pouls et un obstacle nouveau à la réaction.
A la période de réaction, au contraire, la saignée est, très généralement, un moyen précieux et de première importance. Beaucoup de médecins la pratiquent dans tous les cas, dans le but de modérer Je mouvement réactionnaire et de prévenir la congestion des viscères. Cette pratique, bonne fréquemment, est souvent inutile et quelquefois nuisible. La saignée a un succès à peu près constant chez les sujets pléthoriques, pour peu que la force et la fréquence du pouls s'élèvent au-dessus de l'étal physiologique, surtout quand le mouve-
ment fébrile est fort ou menace de le devenir ; elle est indispensable, toutes les fois que la réaction est violente, pour prévenir les congestions actives qui deviennent fréquemment promptement mortelles.
Elle est indiquée pendant la convalescence lorsque, par une circonstance quelconque, des mouvements fluxionnaires un peu violents viennent à menacer le cerveau ou les poumons.
Les sangsues ou les ventouses sont applicables toutes les fois qu'il y a des congestions actives ou des phlegmasies locales à combattre ; mais elles ne peuvent jamais remplacer la phlébotoraie, quand les émissions ont pour-but de combattre des phénomènes généraux de pléthore ou de réaction.
III. Méthode excitante. Quelques médecins considèrent les excitants comme toujours mauvais ou nuisibles, tandis qu'ils constituent pour beaucoup la seule médication importante à toutes les périodes du choléra.
Les partisans de cette méthode, ne voyant dans le choléra, que les effets débilitants du génie cholérique, emploient les excitants, pendant les périodes prodromiques pour prévenir i'algidité, la cyanose et la chute du pouls ; à la période algide pour provoquer la réaction ; à la période de réaction pour éviter le retour du froid, de la cyanose et de la chute du pouls et pour dissiper les congestions passives des viscères. Les excitants diffusibles, la chaleur artificielle et les révulsifs sont les moyens généralement mis en usage pour opérer cette médication.
Nous avons déjà noté le danger résultant de l'emploi inaccoutumé et intempestif des stimulants, comme moyens prophylactiques du choléra et nous avons dit qu'ils étaient, très généralement, plus favorables que contraires à son invasion.
Dans le traitement curatif de la maladie, la médication excitante est la ressource la plus puissante dont le médecin puisse disposer, mais cette médication n'est applicable ni à tous les cas, ni à toutes les périodes.
Pendant l'incubation cholérique et dans la cholérine, l'emploi des stimulants est souvent utile ; ils conviennent généralement aux sujets affaiblis ou détériorés, chez lesquels la circulation et la calorification perdent de leur puissance ou menacent de s'éteindre ; mais on ne doit les mettre en usage qu'avec une sage réserve, car, la stimulation portée trop loin ne ferait que favoriser l'appariiion de la période algide. A ces deux périodes, l'excitation ne doit être qu'accidentelle et portée au point justement nécessaire pour ramener et entretenir ces fonctions à leur degré d'activité physiologique ou normale.
C'est surtout à la période algide que les excitants à l'intérieur et à l'extérieur sont indispensables ; ils constituent la seule médication capable de provoquer la réaction, de terminer heureusement la lutte engagée entre la maladie et la nature, la seule enfin qui permette de diriger et de ménager la crise. Elle doit être mise en usage dès le début de l'algidité, de la chute du pouls et de la cyanose, continuée jusqu'au retour du pouls et de la chaleur, diminuée dès que la réaction se prononce, supprimée quand celle-ci est bien établie, et reprise, au besoin, dans les cas où la cyanose, l'algidité et la chute du pouls reparaissent ou tendent même à se reproduire.
IV. Méthode narcotique. L'opium, administré à l'intérieur ou à l'extérieur est la substance que les partisans de cette méthode emploient de préférence ; on se sert encore souvent de la morphine, de l'aconit, de la jusquiame, de la belladone, de la thériaque, etc.
Les médecins sont divisés sur l'utilité des narcotiques dans le traitement du choléra. Les uns, considérant les évacuations comme la cause immédiate de l'algidité, de la cyanose et de la chute du pouls, les conseillent dans tous les cas, à toutes les périodes de la maladie, et à l'exclusion de tous les autres remèdes, dans le but d'arrêter les vomissements et les selles, de prévenir la période algide, de provoquer ou de maintenir
la réaction ; d'autres, persuadés au contraire, que les vomis sements et la diarrhée ne sont qu'une crise salutaire et indispensable pour éliminer le poison cholérique les condamnent comme toujours nuisibles ; les bons praticiens enfin, mettant de côté la théorie pour s'en tenir à l'observation, les regardent comme l'auxiliaire utile des autres médications dans un certain nombre de cas et en réservent l'usage pour remplir des indications spéciales.
Nous avons déjà signalé le danger résultant des évacuations excessives ou trop prolongées et les inconvénients de leur suppression trop brusque ou prématurée. Or, comme l'opium est l'agent le plus propre à les modérer ou à les supprimer, il est facile de comprendre que son emploi doit être utile dans certaines circonstances et inutile ou nuisible dans d'autres. Il est donc loin d'être aussi avantageux que le disent ceux qui le prescrivent toujours, ni aussi dangereux que le proclament les partisans de la doctrine contraire. Il n'est pas toujours utile, parce que les évacuations modérées sont généralement favorables à la guérison ; il n'est pas toujours dangereux, parce que dans beaucoup de cas, employé à propos, il est très utile pour modérer la diarrhée trop abondante, on pour combattre l'insomuie, et que fréquemment, surtout à la période algide, il est rejeté comme tous les autres remèdes, sans être absorbé, par les selles ou par les vomissements. C'est bien à tort souvent qu'on lui attribue le coma et la dyspnée qui se manifestent ou qui s'aggravent après son emploi, puisque souvent, de même que les anti-spasmodiques et les autres narcotiques, il provoque les vomissements ou les selles au lieu de les calmer.
L'opium est donc quelquefois utile, souvent inutile et d'au trefois dangereux.
A la période d'incubation, il n'est réellement avantageux que dans les cas où la maladie s'accompagne d'insomnie ou d'accidents nerveux , et encore alors les auti-spssmodiques légers, les infusions de fleurs de tilleul ou de feuilles d'oran-
ger, l'eau de laurier-cerise et l'éther sulfurique, etc., méritent ordinairement la préférence. Dans la cholérine, il est souvent utile, seul ou associé aux anti spasmodiques, quand la diarrhée est trop copieuse ou trop persévérante et quand l'insom- , nie ou des accidents nerveux fatiguent le malade ; mais il ne faut jamais perdre de vue que, dans tous ces cas, la diarrhée est une crise naturelle et salutaire, qu'il faut respecter quand elle est modérée, provoquer quand elle manque, modérer quand elle est excessive ou trop tenace et qu'il est toujours dangereux de la supprimer trop tôt ou d'une manière trop brusque. Il est presque toujours inutile et souvent nuisible à la période algide., et ce n'est qu'avec beaucoup de réserve qu'on peut le mettre eu usage pendant la réaction, et seulement, dans les cas où la diarrhée est assez copieuse et assez persévérante pour débiliter profondément le malade. Pendant la convalescence, quand la circulation est régulière et normale et qu'il n'y a pas de congestions viscérales à redouter, il peut être donné quelquefois avec succès et toujours sans inconvénients, pour combattre les évacuations consécutives rebelles; mais son emploi doit être absolument proscrit dans les cas où une congestion cérébrale ou pulmonaire se manifeste pendant la réaction ou la convalescence.
V. Méthode expeetante. Bien comprise, l'expectaiion est la moins dangereuse de toutes les méthodes exclusives, parce que, sans l'emploi des moyens fournis par la matière médicale, elle fait observer au moins les règles de l'hygiène; mais, employée comme méthode générale, elle est pernicieuse et coupable, parce qu'elle abandonne tous les malades aux seules ressources de la nature et de l'hygiène souvent insuffisantes pour produire la guérison. Elle ne lue pas directement les cholériques, mais elle les laisse mourir sans les secours qui, le plus souvent, pourraient les sauver. Celte méthode, — fruit de l'ignorance, de la paresse ou de la peur, — doit être sévèrement condamnée par tous les praticiens, parce que tout le monde sait que, dans une épidémie, on rencontre beaucoup
de cas nécessairement mortels quand ils sont abandonnés à eux-mêmes, qui ont une solution heureuse sous l'influence des secours intelligents prêtés à la nature par la thérapeutique.
Les considérations que nous venons de présenter démontrent clairement que les prétendus spécifiques contre le choléra ne sont qu'une chimère, et que si les évacuants, les antiphlogistiques, les excitants, les narcotiques sont souvent utiles dans le traitement de la maladie, aucun do ces moyens ne peut convenir comme méthode générale et à l'exclusion des autres.
VI. La vraie méthode curativedu choléra, comme celle de toutes les autres maladies, n'est ni absolue ni exclusive; les moyens varient surtout selon la période de l'affection cholé rique, et comme les indications peuvent varier à tout instant, le médecin doit suivre pas à pas les mouvements de l'attaque et de la défense^ et faire tous ses efforts pour maintenir l'organisme, pendant la lutte cholérique, dans les conditions les plus favorables au succès de la nature.
Essayons de déterminer les règles géuérales de traitement applicables aux différentes périodes de l'infection cholérique.
1° Période d'incubation cholérique. — Les repas très peu copieux et le choix des aliments parmi ceux que l'on digère le mieux, le repos, la chaleur uniforme de la chambre, une infusion aromatique chaude et sucrée de tilleul ou de feuilles d'oranger pour boisson ordinaire, des lavements émollients, des pédihives synapisées, sont les moyens sous l'influence desquels se dissipent, le plus souvent et très rapidement, les prodromes cholériques quand ils sont peu prononcés et sans complication notable.
Mais quand les phénomènes cholériques de celte période sont plus caractérisés, persistent au-delà de 24 heures ou deviennent plus intenses, une médication plus compliquée est indispensable. Là diète absolue, la chaleur du lit et les
boissons aromatiques, nécessaires dans tous les cas, exigent le concours d'autres moyens dont la nature varie selon les complications et la prédominance de tel ou tel symptôme.
Un vomitif, administré avec toutes les précautions indiquées plus haut, dissipe, presque toujours, du jour au lendemain, les phénomènes gastriques qui accompagnent le plus ordinairement les premiers accidents cholériques. — Un verre d'eau de Sédlitz ou de limonade eitro-magnésienne donné, tous les matins, pendant trois ou quatre jours de suite, est le purgatif le plus propre à combattre la constipation ou la diarrhée avec épreintes, ténesme, flatuosités, gargouillement et chaleur à l'anus, que l'on rencontre souvent à cette période de l'infection cholérique, tandis que les purgatifs plus violents sont toujours inutiles et souvent dangereux, par l'abondance des évacuations, la faiblesse et les refroidissements qu'ils entraînent à leur suite. — Un vomitil d'abord et un laxatif léger les jours suivants, comme dans les cas précédents, sont souvent utiles pour combattre à la fois et successivement rembarras gastro-intestinal qui existe. — Une saignée de deux ou trois cents grammes, avec ou sans évacuants, selon les cas, est le moyeu le plus sûr pour amener la guérison chez les sujets pléthoriques, quand la pléthore, un peu prononcée, s'accompagne d'éblouissements, de pesanteurs de tête, de céphalagie et d'un mouvement fébrile, continu. — Les antispasmodiques, l'eau de fleurs d'oranger ou de laurier-cerise, l'éther, le musc, avec le vomitif, les purgatifs ou la saignée, quand ces moyens sont indiqués, font partie du traitement, dans les cas où des accidents nerveux tels qu'une agitation générale, l'insomnie, des inquiétudes dans les jambes, etc., se montrent à cette période d'incubation cholérique. — Les toniques, — quinquina, vin d'Espagne ou de Bordeaux, — sont souveut utiles quand la prostration domine tous les autres symptômes; mais ils ne doivent être employés qu'avec circonspection et le plus souvent après l'usage des évacuants. — Enfin, l'intervention du sulfate de quinine seul,
un plus souvent après l'emploi des évacuants, esl quelquefois indispensable pour combattre l'intermittence qui complique si fréquemment, dans les pays chauds et marécageux, toutes les affections eoutinucs.
Ainsi, les vomitifs, les purgatifs, les amiphlogistiques, les antispasmodiques, les ioniques et les fébrifuges peuvent trouver et trouvent souvent leur emploi à celle période de l'infection cholérique; mais chacun d'eux doit être réservé pour les cas où il esl particulièrement indiqué et aucun ne doit être employé d'une manière banale ou comme méthode générale et à l'exclusion des autres; les stimulants diffusibles eux-mêmes si utiles au début du traitement sont remplacés, avec avantage, par des boissons délayantes, — l'eau de chiendent, l'orangeade ou la limonade par exemple, — dès que les symptômes cholériques ont fait place à la réaction soutenue.
2° Période de cholérine. — Quand, par suite d'uue imprudence, d'une médication intempestive où malgré les soins administrés à la première période, la cholérine se déclare, l'emploi de moyens plus actifs devieni nécessaire. La diète la plus absolue, le séjour du malade au lit, bien couvert pour éviter le refroidissement, provoquer une douce transpiration et entretenir à la périphérie du corps une chaleur uniforme, des boissons aromatiques chaudes et sucrées, des flanelles ou des cataplasmes chauds sur l'abdomen, sont les moyens généraux applicables à tous les cas de cholérine et sous l'influence desquels, quand elle est légère et sans complication notable, la guérison s'opère généralement et en peu de temps.
Mais, dans beaucoup de cas,, à raison de ses complications et de la forme particulière de ses symptômes, la maladie exige un traitement plus complexe et plus varié.
Quand le malade est tourmenté par des nausées et des efforts sans vomissement et que les préparations d'opium, de morphine, l'oxyde de zinc, le musc, l'azotate de bismuth, aggravent ces symptômes au lieu de les atténuer, il est urgent de provoquer le vomissement à l'aide de l'émétique ou de
!*i p^cacuanha , tout en recommandant (l'éviter, avec le plus grand soin, l'action subite du froid ou du refroidissement qui ferait éclater presque à coup sûr l'algidité et la cyanose: et. si dans les cas de cette nature. — les seuls où les vomitifs soient indiqués, — il y avait une contre-indication formelle à leur emploi, on aurait quelque chance de les suppléer par le* boissons aromatiques administrées très-chaudes on glacées et toujours en très ftible quantité à la foi*, par les laxatifs légers et par un vésicatoire volant à la région épigastrique. quand les stimulants et les purgatifs ont échoué. — A cette période, le médecin ne doit cherchera modifier les évacuations alvines qae lorsqu'elles sont insuffisantes ou trop copieuses : on les modère, dans le premier cas, par des boissons féculentes, des cataplasmes chauds appliqués sur l'abdomen, des lavements laudanisés, des potions opiacées ou morphinées quand l'estomac peut les supporter ; on les provoque, dans le deuxième, par l'emploi des purgatifs à petites doses et des lavemements émollients continués jusqu'à ce que les selles soient devenues faciles sans être trop abondantes, de manière à déterminer une diarrhée lente et modérée : car les grandes purgations, par la faiblesse, les refroidissements et les secousses qu'elles entraînent, font passer fréquemment la cholérineà l'état de choléra algide ou confirmé.
5° Période algide. — On a beaucoup et peut-être trop disserté sur le point de savoir si, pendant la période algide du choléra, les médicaments peuvent ou uon être absorbés par l'estomac ou par la peau. Comme toutes les questions de celte nature, celle-ci a été résolue dans les sens les plus opposés : les uns prétendent que la muqueuse gastrique et la peau absorbent toujours; les autres soutiennent qu'elles n'absorbent jamais. Ces deux opinions sont également fausses parce ce qu'elles sont trop exclusives. La paralysie des organes absorbants a des nuances infinies, et il est évident qu'il existe des cas dans lesquels l'absorption est à peine altérée, d'autres où MU* est complètement éteinte, et beaucoup où elle s'exerceàdes
degrés très différents. La théorie de la non-absorption, qui condamne le médecin à l'inaction et le malade à la mort, par eouséquent dangereuse et coupable, doit être repoussée : et comme il est impossible de déterminer avec exactiiude à quel degré se trouve la faculté absorbante de la peau et de la mu queuse digestive, le médecin sage et éclairé doit agir, toutes les lois qu'il y a du doute, comme si l'absorption existait, et appliquer les moyens thérapeutiques indiqués par les symptômes.
Dans les maladies lentes et qui ne menacent pas immédiatement ou directement la vie du malade, le médecin s'attache d'abord, généralement, à les simplifier, en les débarrassant des complications susceptibles d'entraver la régularité de leur marche. Dans le choléra, il ne saurait en être ainsi sans danger, car ses effets immédiats sont promptement mortels, tandis que les complications, de quelque nature qu'elles soient, sont secondaires et s'effacent pour un instant, du moins, en présence de la gravité de l'affection principale, pour reprendre seulement leur importance quand la nature a triomphé de l'attaque cholérique.
A cette période, le premier devoir du médecin est de diriger contre les phénomènes les plus graves, toutes les ressources que la thérapeutique met à sa disposition.
C'est surtout pendant la période algide que les théories le= plus contradictoires ont reçu leur application; et l'on a conseillé tour à tour, la saignée et les autres antiphlogistiques pour combattre l'iuflamrnation, les acides pour neutraliser le génie cholérique que l'on croit alcalin, les alcalis pour saturer l'élément morbide que l'on suppose acide, les évacuants pour éliminer le poison, les narcotiques pour arrêter les évacuations, les antispasmodiques pour calmer les accidents nerveux, les excitants pour ramener la chaleur et le pouls, etc.
C'est surtout à cette période qu'il est indispensable de mettre de côté les théories et de s'en tenir à l'observation ri-
goureuse des symptômes qui menacent directement et immédiatement la vie des malades, et comme ces symptômes sont le froid, la chute du pouls, la dyspnée et la cyanose, la première indication est de ranimer la chaleur et la circulation, c'est-a-dire de provoquer la réaction. La médication la plus efficace pour obtenir ce résultat est la médication stimulante.
On a préconisé, comme moyens de réaction, les synapismes» les frictions sèches ou aromatiques, le bain d'air chaud à l'aide de l'appareil Duvaî, le repassage du rachis avec un fer chaud, les bains chauds et synapisés, l'application de la glace pilée sur le corps, la strychnine, les injections salines dans les veines, la transfusion du sang, i'éleciricité, l'acupuncture, réleciropuncture et une foule d'autres moyens bizarres dont le moindre inconvénient est celui de faire perdre un temps précieux qu'il serait urgent de mieux utiliser.
ÎNous avons essayé la plupart de ces moyens, et il ne nous a pas été difficile de constater leur impuissance, au moins comme méthode générale. — La chaleur produite par l'appareil Duval est trop difficile à ménager pour arriver à des résultats satisfaisants : ou bien elle est insuffisante, et alors on manque le but que l'on se propose d'atteindre : ou bien elle est excessive et brûle le malade qui fait involontairement, malgré toutes les précautions possibles, des efforts incessants pour se découvrir et échapper à son action insupportable ; et nous avons la conviction, qu'en raison des alternatives de chaleur et de froid qui résultent alors de son application, cet appareil est plus souvent nuisible qu'utile. La réaction que l'on obtient à l'aide de l'immobilité du malade et avec remploi des frictions, des synapismes, des couvertures, des briques, des sachets et des cruchons est souvent préférable à celle que produit l'appareil Duval ; elle conduit généralement à des résultats beaucoup plus heureux, parce qu'elle est plus facile à diriger et à ménager, parce qu'elle est plus uniforme, parce qu'elle ne force pas le malade à se découvrir et à se refroidir quand elle est en pleine action.
Mais, parmi les nombreux excitants propres à provoquer la réaction cholérique, il en est un bien puissant que l'épidémie du camp deMaslak, en 1854, nous a fourni l'occasion d'expérimenter en grand, avec un succès que nous n'avions jamais pu atteindre par l'emploi d'aucun autre agent thérapeutique, et sur lequel nous devons appeler l'attention d'une manière spéciale. Ce moyen est le bain de vapeur humide (bain turc, maure ou oriental) dont nous avons déjà fait connaître les effets, par une note communiquée à l'Académie impériale de médecine et au Conseil de santé des 3rmées (1).
Je me hâte de dire, pour ne pas être confondu avec cette foule de charlatans ou de visionnaires exploitant les populations à leur profit, que ce moyen est fondé sur les lois de la physiologie et de l'expérience, qu'il n'a rien de spécifique, qu'il ne guérit pas toujours, qu'il n'est applicable ni à tous les cas ni à toutes les périodes de la maladie, et qu'il consiste tout simplement dans l'application, plus régulière et mieux entendue que par le passé, de l'air chaud et humide à l'intérieur et à l'extérieur.
L'idée de l'emploi du calorique au traitement du choléra algide est loin d'être nouvelle ; de tous les temps, les bons praticiens ont compris et proclamé que, pour combattre l'algidité et la cyanose, il fallait réchauffer les malades; et, c'est d'après ce principe, universellement admis, que l'on conseille, chaque jour, d'une manière banale, les briques, les cruchons, les sachets chauds et les caléfacieurs de toute espèce. La théorie et la pratique justifient l'usage de tous ces moyens, et, dans des cas spéciaux, à l'aide de soins assidus, d'une surveillance active et constante que l'on ne peut exercer que dans les maisons particulières, on obtient des effets favorables ; mais, en général, dans les établissements publics où les malades sont nombreux, ils offrent tous des inconvénients que personne n'ignore, et ils ne procurent, généralement, que
(1) Cette note a été inséré» dans 1« 18e toI., 2« série, des Mémoirts «U mid. milUaire.
des avantages - éphémères et souvent plus apparents que réels.
En effet, ies briijues, les cruchons et les sachets, ne s'appliquant que sur de faibles surfaces, agissent, presque toujours, avec une intensité insuffisante ou trop forte, et^exposeni, toutes les fois qu'on les renouvelle, les malades, à des refroidissements souvent notables. L'appareil Duval et tous les autres caléfacteurs analogues brûlent le cholérique ou ne le chauffent pas assez, et aucun d'eux ne dispense de l'emploi des frictions ou des rubéfiants, qui sont une cause incessante d'agitation et de refroidissement et deviennent, très généralement ainsi, plus contraires que favorables à la manifestation d'une bonne réaction.
Le moyen que nous signalons uous paraît destiné à remplacer, avec un immense avantage, au moins dans les hôpitaux et les casernes, tous les autres excitants extérieurs. Le bain de vapeur qui a servi à nos expériences se composait tout simplement de deux chambres ou étuves inégalement ehauffées. Une troisième chambre, non chauffée, où se tenaient et couchaient les infirmiers préposés à ce service spécial, se trouvait à côté des deux étuves reliées entr'elles par une antichambre commune, chauffée et dans laquelle étaient déposés les effets des cholériques pendaut i'opérauon.
Après des essais nombreux et variés sur l'action des diverses températures sur les malades aux différents degrés d'algidité et de cyanose, nous avons pu nous convaincre que 40° c. pour l'étuve u° 1 et 30° pour la chambre n° 2 étaient les degrés moyens les plus propres à provoquer d'abord et puis à maintenir une réaction uniforme et durable.
Les cholériques cyanosés et algides ou tourmentés par des «rampes violentes étaient placés dans le bain de vapeur en entrant à l'hôpital, et l'aciion eu était surveillée par nousméme au début et puis par l'un des aides-majors du service ou des infirmiers intelligents, choisis parmi les hommes de bonne volonté, lesquels, au bout de quelques séances, saisis-
saicnt très bien le moment de retirer le malade ou de le faire passer d'une étuve à l'autre.
Quand l'algidité, la cyanose et la chute du pouls étaient très prononcées ou les crampes très violentes, le malade était placé, nu, sur un lit, dans l'étuve u° 1, où ii était frictionné sur tout le corps avec de l'alcool camphré ou tout autre liquide aromatique excitant, où il prenait des boissons plus ou moins stimulantes selon les exigences de son état général, où y restait enfin jusqu'à ce que la réaction fût complète. Il était transporté ensuite dans l'étuve n° 2, où il buvait, à volonté, des liquides tempérants ei où il restait, enveloppé dans une couverture de laine, jusqu'à ce que la réaction parût régulière et assurée. Alors seulement,, il était emmailloté dans des couvertures de laine et apporté, à l'abri de tout refroidissement, dans la salle affectée aux premiers soins des cholériques, et mis au lit, où il devait rester, sans se découvrir ni changer de linge, jusqu'à ce qu'il n'y eût plus rien à craindre pour !e retour du phénomène cholérique.
Lorsque l'algidité, la cyanose et la chute du pouls n'étaient pas très avancées et que les crampes étaient nulles ou peu vives, l'étuve de -40° étant inutile, le malade était directement porté dans l'étuve n° 2, où il était frictionné et où il avait à volonté des boissons excitantes ou tempérantes comme dans le cas précédent ; et quand la chaleur et la circulation avaient repris leur forme physiologique ou que les crampes s'étaient dissipées, on le portait dans so;|i lit avec les mêmes précautions que le cholérique passé successivement de !a lre à la 2e étuve.
La durée du séjour dans l'une et l'autre de ces pièces variait selon l'intensité du mal, la longueur et la difficulté de la réaction. Dans l'étuve !a plus chaude, les malades restaient en général de 20 à 40 minutes, quelquefois moins, rarement davantage. On les laissait dans la 2e une, deux, trois heures et quelquefois plus longtemps.
En général, du moment ou, sous l'influence de celle eha-
leur humide, la réaction s'opérait dans la lre étuve, s'opérait •use soutenait et se régularisait dans la 2e, on pouvait considérer le malade comme hors de danger; et quand l'algidité, la cyanose, les crampes et la chute du pouls se reproduisaient, la rechute se rattachait bien plus souvent à une imprudence, presque toujours à un refroidissement, qu'à la puissance du génie cholérique, lequel ne reprenait le dessus que parce que je malade lui fournissait une occasion favorable à une nouvelle attaque.
Sous l'heureuse influence de cette chaleur humide de l'élu ve, qui atteint, à la fois et d'une manière uniforme, l'organisme vivant, par !a muqueuse pulmonaire et par la peau, généralement la circulation se réveille et se régularise, le sang perd sa plasticité cholérique, la cyanose disparaît avec une rapidité remarquable et la peau devient blanche et rosée en même temps qu'elle reprend une partie de l'élasticité qu'elle avait perdue. L'algidité morbide et la sécheresse de la peau ou la sueur visqueuse qui la recouvre sont bientôt remplacées par une sueur abondante, chaude et Ihnpide; les crampes disparaissent, la respiration devient plus facile au lieu de devenir plus pénible comme on pourrait le craindre à priori, les phénomènes de congestion des poumons s'effacent, les vomissements diminuent et se suppriment le plus souvent. La diarrhée elle-même se modifie fréquemment, toutes les fois que la nature conserve assez d'énergie pour réagir avec efficacité contre le génie cholérique et tous les effets dynamiques et statiques qu'il a déterminés, enfin tous les signes propres au choléra tendent à se dissiper promptement, à celle condition que la force vitale ne soit pas encore assez déprimée pour rester complètement insensible à l'action thérapeutique de ce moyen puissant: et, tel cholérique qui, abandonné aux ressources de la nature et de la thérapeutique ordinaire, paraissait voué à une mort certaine, perd, fréquemment, en quelques instants, la physionomie de l'affection primitive et semble convalescent d'une toute autre maladie que le choléra.
Quand la réaction s'opère convenablement et qu'elle n'est contrariée dans sa marche ni par l'indocilité, ni par les imprudences des malades, nous n'avons jamais vu, d'une manière générale, des convalescences aussi franches et aussi courtes qu'à la suite du traitement par le bain de vapeur.
Lorsque le malade, pendant la durée de l'opération, est menacé de congestion cérébrale active, l'application de compresses froides sur la tête suffit presque toujours pour l'éviter.
Le bain de vapeur n'est applicable qu'a la période algide ou lorsque les crampes tourmentent le malade. Il est, inutile, tant que la chaleur et la circulation conservent un certain degré d'activité et dans les cas où les crampes sont nulles ou peu vives. Il est nuisible et souvent dangereux, pendant la réaction, et son action mérite surtout d'être surveillée chez les sujets qui, amaigris ou réduits au marasme par d'autres affections chroniques, sout pris subitement ou lentement du choléra. Dans ces cas, ou bien la chaleur est impuissante à réveiller les fonctions qui s'éteignent, et alors il ne produit aucun effet favorable ; ou bien, — et ces cas ne sont pas rares, — la réaction se manifeste brusquement et s'accompagne de mouvements fluxionnaires violents, pouvant devenir rapidement mortels si l'on ne s'empresse de retirer les malades de l'étuve.
Le bain de vapeur réunit, sans en avoir les inconvénients, tous les avantages des stimulants externes. Il agit, à la fois, par la muqueuse pulmonaire et par la peau ; et tandis que le tube digestif se montre déjà insensible à l'emploi des excitants et réfractaire à toute absorption, le cœur et le poumon obéissent encore à l'action bienfaisante de cette chaleur humide qui leur arrive directement par le tube aérien. Son action sur la peau et sur la surface bronchique est uniforme et la même partout ; on peut en élever la puissance au degré que l'on désire^sans exposer le malade à être excité ou brnlé, comme cela arrive, à tout instant, par l'emploi des autres sti-
mutants. Il permet «le déshabiller le malade, de le nettoyer, de le frictionner, de le masser et de l'envelopper sans avoir à redouter les dangereux effets d'un refroidissement subit. On peut en prolonger l'action autant que l'exige l'état du malade, sans que l'on ait à craindre les irrégularités de la température, les alternatives de la réaction, les brûlures et les plaies graves et quelquefois mortelles qui résultent trop souvent de l'usage des cruchons, des briques, des synapismes, du fer chaud, de l'appareil Duval, etc. Il provoque, en quelques instants, une sueur abondante et de bonne nature, véritable crise éliminatrice qui compense, avec avantage, la diminution ou la suppression des évacuations par la diarrhée et les vomissements. Il dispense de l'emploi de tout autre stimulant et de tout autre révulsif à l'extérieur, et il met le malade à l'abri de toute cause de refroidissement et des funestes effets qui en sont trop souvent la suite. Enfiu, il nous paraît, de tous les agents thérapeutiques jusqu'à présent mis en usage, le plus puissant et surtout le plus propre à combattre l'algidité, la cyanose et les crampes, à provoquer une bonne réaction, à maintenir la convalescence, à assurer la guérison et à diminuer la mortalité des épidémies cholériques ; car, à l'Ecole militaire, sur 408 malades traités par ce moyen, il n'en est mort que 192 ou 38 sur 100 (1), tandis que la mortalité générale a été de 658 sur 1,490 cas ou de 44 sur 100 ; et encore devons nous faire remarquer à ce sujet que, pendant la durée de nos expériences, tous les cas graves sans exception,
— à moins des contre-indications que nous avons signalées,
— étaient soumis au traitement par le bain de vapeur, tandis que les cas les plus légers étaient le plus souvent traités par la méthode ordinaire.
Le rapprochement de ces faits suffit, ce nous semble, à faire comprendre les avantages des bains de vapeur pour le
(1) Sur ces 192 décès, la mort est arrivée : 19 fois dans le bain, 34 fois après la sortie du bain sans réaction, 42 fois par suite de réaction incertaine, 97 fois par suite de rechutes.
traitement du choléra et la légitimité des vœux que nous faisons afin que l'administration de la guerre , qui ne recule devant aucun sacrifice quand il s'agit de la conservation de nos soldats, fasse installer, dans les grandes casernes et dans les hôpitaux importants, des appareils à peu près semblables à celui que nous venons de décrire, qui seraient si précieux en temps d'épidémie cholérique et qui, en dehors du choléra, rendraient encore d'immenses services à l'armée pour l'entretien de la propreté, si généralement négligée des soldats., et comme moyen préservatif de certaines maladies. Nous reviendrons sur cette importante question, à l'occasion de la prophylaxie des affections typhiques.
Mais comme le bain de vapeur n'existe encore, ni dans les hôpitaux ni dans les casernes, etquesou application ne pourra jamais devenir générale dans la pratique particulière, nous devrous indiquer sommairement la méthode qui nous a le mieux réussi après !a vapeur humide dans le traitement de la période algide du choléra.
Nos judicieux et savants Inspecteurs, MM. Michel Lévy et Scrive, en raison de la mauvaise disposition des hôpitaux ou de leur insuffisance, se sont empressés, à Varna et puis à Constantinople, de faire placer les cholériques sous des tentes. Des esprits superficiels ont conclu, de ce fait exceptionnel et forcé par les circonstances de la guerre, que les tentes sont préférables aux hôpitaux pour ie traitement du choléra. Celte interprétation fausse, dangereuse, aurait la plus funeste conséquence si elle venait à se propager. En 1851, à Oran, nous avons été témoin de la facilité avec laquelle, la réaction, une fois obtenue, se maintenait dans les salles d'un hôpital confortablement installé. Dans ta Dobrutscha et à Varna, nous avons été frappé de l'incertitude et des écarts de la réaction, du retour fréquent de celle-ci à l'état algide sous les tentes ou eu plein air ; et, à l'Ecole militaire enfin, nous avons pu nous convaincre de la supériorité des salles d'un bâtiment en pierres sur la baraque en planches; sous le rapport de la marche de
la réaction cholérique. Dans ie premier cas, eile était généra lement franche, régulière et se terminait en peu de temps, par une convalescence assurée et une guérison durable, tandis que, dans les baraques, ■— supérieures pourtant ans tentes, — elle s'accom.pagnaiî de rechutes fréquentes, graves et souvent mortelles.
El, s'il est vrai de dire qu'une bonne tente vaut mieux, dans le cas qui nous occupe, qu'une baraq ie en planches sale, infectée et encombrée, et une bonne baraque en planches qu'une chambre d'hôpital en pierres infectée, encombrée et sale, notre expérience personnelle, malheureusement bien grande eu cette matière, nous autorise à affirmer, ^sans la crainte d'être démenti parles faits, que, toutes choses étant égales d'ailleurs, un hôpital en pierres est infiniment .supérieur aux baraques et les baraques aux tentes, et que ce n'est que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles et pour des raisons majeures, — comme cela a eu lieu à Varna et à Constantinople, — que l'on doit préférer les tentes aux baraques et les baraques à un bâtiment en pierres, La raison en est facile à comprendre en sè rappelant : î° que l'uniformité de la chaleur et ta respiration du bon air sont les deux conditions les plus essentielles au maintien d'une réaction heureuse et durable; 2° qu'il est toujours facile de réunir ces deux conditions dans un hôpital en pierres bien situé, bien distribué et bien installé ; 3° que dans les baraques en planches, quelles que soient leur destination et les précautions que Ton prenne, la chaleur intérieure suit toujours à un ou deux degrés près, les mêmes fluctuatious que la température extérieure ; 4° qu'enfin, sous les tentes, surtout quand elles sont habitées par plusieurs malades, on étouffe dès qu'elles sont fermées, et que la température de l'intérieur se met au niveau de celle de l'extérieur dès qu'elles sont ouvertes.
Le cholérique doit donc être couché, aussitôt qu'on le peut, et autant que possible, dans une chambre chaude, spacieuse et bien aérée, mais à l'abri des courants d'air et des brus-
ques variations de la température. Une fois au lit et avant de le couvrir, on doit le frictionner sur toutes les parties du corps avec une brosse ou une flanelle imbibée d'un liquide aromatique, - le vinaigre rubéfiant, l'alcool camphré, le baume de Fioraventi, l'alcool vulnéraire,'la teinture de cantharides, ou un mélange de deux ou de plusieurs de ces substances : l'huile ammoniacale camphrée et opiacée peui remplacer les alcools aromatiques, surtout lorsque les crampes sont douloureuses. Après ces frictions, qui doivent être pratiquées énergiquement et avec rapidité, de manière à ne laisser que le moins de temps possible le malade au contact de l'air , des synapismes ou des cataplasmes plus ou moins synapîsés seront appliqués aux extrémités supérieures et inférieures, dans le but de ramener la vie vers la surface cutanée et de dégager en même temps, par une puissante révulsion, le poumon et le cerveau. Après l'application de ces premiers moyens, on enveloppera le malade dans des couvertures de laine chauffées, tout en lui faisant comprendre que la condition la plus essentielle au succès du traitement consiste à rester immobile. Une fois ainsi emmaillolté, on entourera les jambes, les bras et le tronc de briques chauffées, de cruchons d'eau bouillante ou de sachets de son ou de sable très chauds, et au besoin, quand l'algidité est avancée, on promènera, à plusieurs reprises, une bassinoire très chaude sur les diverses régions du corps. Mais, à moins qu'il ne soit urgent d'agir avec violence et subitement, la chaleur continue, produite par les briques, les sachets ou les cruchons, est préférable à ce dernier moyen.
Celle excitation extérieure, toujours insuffisante, doit être secondée par l'usage: 1° d'infusions aromatiques de tilleul, de mélisse, de camomille, d'arnica, de menthe, de thé ou de café, légèrement sucrées et toujours données très chaudes et en très petite quantité à la fois ; 2° de potions anti-spasmodiques et plus ou moins stimulantes selon les cas, dont l'eau de menthe, l'alcoolé de mélisse, le musc, le sel de morphine et l'éiher sulfurique doivent constituer les principaux agents.
Pendant celte période dont la durée n'est jamais très longue, il n'y a pas ordinairement lieu de se préoccuper des éva cuations : elles ne sont jamais la cause immédiate de la mon, et les crampes se dissipent d'ordinaire à mesure que la réac lion s'opère sous l'influence des moyens employés pour pro- Toquer celle-ci.
Quand le malade vomit avec facilité et avec abondance, il faut, — tout en éviiant, avec le plus grand soin, les refroidis sements, — favoriser les vomissements à l'aide d'eau tiède, d'infusions aromatiques légères. Si les vomissements sont <iifficiles ou accompagnés de nausées et d'efforts violents, l'émétique et les boissons tièdes sont indiqués; mais,, dans les cas où l'estomac reste réfractaire à l'action d'un premier vomitif, il est prudent de ne pas eu donner un deuxième, au moins jusqu'à ce que la réaction soit établie, et alors, presque toujours, l'organe gastrique, ayant repris assez d'énergie vitale pour se contracter, se débarrasse naturellement et sans le secours de l'art des matières qu'il contient.
L'émétique, quand le malade ne peut vomir, ne fait généralement qu'aggraver le mal et hâter le moment de la mort, par suite des efforts impuissants qu'il détermine et des congestions viscérales qui en sont la suite. — La glace, à cette période, est plus nuisible qu'utile, en augmentant la paralysie de l'estomac et le mettant dans l'impossibilité de réagir, avec efficacité, contre l'action sédative du froid. Les boissons aromatiques et très chaudes sont infiniment préférables et les seules que l'expérience permette d'employer jusqu'à la réaction. La saignée ne donne presque jamais de sang, elle serait d'ailleurs plutôt nuisible qu'avantageuse. — Les pertes sanguines produites par les sangsues sont généralement insignifiantes, et d'ailleurs leur application est dangereuse à cause des refroidissements auxquels elle expose les malades. — Les bains froids que le malade ne peut guère d'ailleurs supporter à cause de sa faiblesse, des crampes et des vomissements, les applications sur le corps de glace pilée et les allusions froides
sont des moyens presque toujours dangereux et souvent piomptemeni mortels, parce qu'ils ajoutent uue cause de plus à la paralysie fonctionnelle des organes. Les purgatifs sont presque toujours inutiles, parce que la diarrhée est généralement plutôt trop abondaute que pas assez ; ils sont très souvent nuisibles, parce que, en augmentant la diarrhée déjà trop copieuse souvent, ils nuisent au retour de la chaleur et du pouls, favorisent les cougestions viscérales, devancent le moment de la mort quand ils ne contribuent pas plus directement à la déterminer. Il n'existe guère qu'un cas où les purgatifs soient indiqués; c'est lorsque l'algidité, peu intense, se prolonge et qu'au lieu de diarrhée elle s'accompagne de constipation, de flatuosités, de ténesme et de météo risme.
Les excitants à l'intérieur et à l'extérieur, seuls ou associés aux calmants, sont donc les véritables agents curatifs du choléra algide ; tous les autres moyens ne peuvent remplir que des indications secondaires.
Mais si la médication excitante constitue le fond de la thérapeutique à cette période de la maladie, le médecin ne doit jamais perdre de vue que l'excitation est une arme puissante mais difficile à diriger et qu'il se trouve sans cesse placé entre deux écueils également redoutables : l'insuffisance ou l'excès de la stimulation.
La direction de l'excitation ! voilà la grande difficulté thérapeutique, difficulté d'autant plus grande que la cyanose et la chute du pouls ont été plus prononcées et les rechutes plus nombreuses, et l'on peut dire, qu'en général, le succès du traitement dépend presque toujours de la manière dont elle est conduite.
Si l'excitation est insuffisante, le pouls et la chaleur baissent jusqu'à leur disparition complète et le malade meurt sans réaction. — Si elle est poussée trop loin, ce qui arrive fréquemment quand on fait usage de l'appareil Duval ou de stimulants trop actifs ou trop longtemps employés, la réaction a lieu, maïs elle est souveot suivie de mouvements fluxionnaires
violents, de lièvre ei de congestion active, accompagnées on non de l'inflammation des organes congestionnés ou de leurs enveloppes, et la mon. en est la suite la plus ordinaire. — Quand elle est irrégulière, elle s'accompagne, très généralement, d'alternatives de réaction et d'algidité, et presque toujours alors le malade succombe à la suite d'une première, deuxième ou troisième rechute.
C'est donc à bien diriger, à bien ménager l'excitation que doivent tendre tous les efforts du médecin ei des garde-malades; leur attention doit être incessamment fixée sur l'algiditéetla chute du pouls qui tiennent le patient entre la vie et la mort, et ce n'est que lorsque la réaction est bien établie qu'il est ordinairement permis de songer aux autres symptômes. La bonne pratique consiste à élever la stimulatiou, tout juste au degré nécessaire pour arrêter les progrès du phénomène algide et pour empêcher le malade de mourir ; quand on parvient à atteindre cette limite sans la dépasser, la chaleur et le pouls ne lardent pas, généralement, à reprendre, lentement et régulièrement leur activité normale, sans amener à leur suite ni des mouvements fluxionnaires violents ni des congestions v iscérales dangereuses : et quand, dans ce cas, le malade succombe, c'est, presque toujours, par suite d'une imprudence de sa part — ou par suite d'une fausse direction donnée au traitement. Quand le cholérique est complètement froid, fortement cyanosé et sans pouls, le cas est toujours excessivement grave ; mais il n'est pas toujours au-dessus des ressources combinées de la nature, de l'hygiène et de la thérapeutique ; nous avons vu fréquemment des hommes pour ainsi dire mourants, réagir et guérir en peu de temps et complètement, sous l'influence d'une stimulation uniforme et sagement ménagée, surtout à la suite d'un séjour plus ou moins prolongé dans le bain de vapeur. L'énergie et la durée de la stimulation doivent naturellement varier selon l'intensité et la résistance des phénomènes algides; et nous avons vu, dans quelques cas pour ainsi dire désespérés, la réaction s'opérer après une vio-
lente et longue excitation produite par des syoapismes appliqués sur presque toutes les parties du corps et surtout par le séjour dans une étuve de 40° c.
h° Période de réaction. Pendant cette période , quelques médecins continuent de donner des stimulants pour éviter le retour de la période algidc; d'autres, les vomitifs et les purgatifs, dans le but d'élimiuer le poison cholérique, d'autres, de l'opium ou des préparations opiacées pour arrêter les évacuations, d'autres enfin permettent aux malades de se découvrir sous le prétexte de prévenir une réaction trop violente.
Tous ces traitements systématiques sont dangereux.
La réaction est le signe certain que la nature est victorieuse, et dès qu'elle s'annonce, si la guérison n'a pas lieu, c'est presque toujours par la faute du malade ou du médecin qui fournissent, au génie cholérique, le premier par des imprudences et le deuxième par une fausse direction donnée au traitement, l'occasion d'une nouvelle attaque.
Une stimulation trop forte ou trop prolongée amène nécessairement une réaction trop vive et par suite une fièvre trop violente, des mouvements fluxionnaires difficiles à réprimer, des congestions viscérales ou des phlegmasies plus ou moins profondes et surtout mortelles. — Si au contraire la stimulation est trop faible, irrégulière, abandonnée trop tôt ou d'une manière trop brusque, l'algidité, la cyanose et la chute du pouls se reproduisent, et la mort est la suite presque inévitable de celte rechute, si de nouveaux stimulants ne viennent promptement en aide à la nature défaillante.
La plus grande difficulté du traitement, à celte période comme à la période algide, consiste donc à bien diriger la stimulation, et le rôle du médecin se réduit encore ici à en surveiller la marche, à la pousser assez loin pour amener la réaction, à la diminuer lorsque celle-ci est bien établie, à la supprimer d'une manière lente et graduée dès qu'une rechute n'est plus à craindre, à la reproduire enfiu dans les cas d'un retour ou même d'une tendance au retour de la période al-
gide. Quand le malade est trailé par le bain de vapeur, on le retire de l'étuve de 40° pour le faire passer à celle de 50°. Aussitôt que la chaleur et la circulation sont bien établies, on le transporte de l'éluve de 30° dans son lit, lorsque la réaction est régulière et bien assurée. — Les synapismes qui irritent le malade doivent être enlevés de bonne heure et avec la précaution d'éviter l'action du froid : Ton diminuera ensuite progressivement la chaleur des cruchons, des sachets, et plus lard seulement le nombre des couvertures. — On suivra pour la stimulation intérieure la même marche que pour l'excitation extérieure : à mesure que la réaction s'avance, se consolide et devient parfaite, on diminue, on supprime et on remplace les potions stimulantes et les tisanes chaudes aromatiques, par des boissons délayantes, tièdes d'abord, froides ensuite, telles que la limonade citrique ou tartrique, l'oxycrat, l'eau d'orge ou de chiendent, l'eau de seltz coupée, les sirops de groseilles, de framboises ou de limons, selon le goût du malade.
Quand, sous l'influence d'une médication stimulante habilement et sagement dirigée, la réaction cholérique s'opère régulièrement, sans bonds , sans surprise, sans secousse et dans les limites convenables que nous venons d'indiquer, le médecin n'a qu'à suivre les progrès de la guérison, en écartant tout ce qui peut l'entraver, et à favoriser le retour des forces par une alimentation en rapport avec la puissance digestive du malade, sans recourir à l'usage d'autres moyens médicamenteux. Dans ces cas, les crampes se dissipent, les évacuations deviennent de moins en moins fréquentes, les fonctions rentrent dans leur état normal, et le malade est souvent pour ainsi dire guéri dès qu'il entre en convalescence. — Quand la réaction est paresseuse, qu'elle a de la peine à s'établir ou à se maintenir, la stimulation doit être contiuuée longtemps à la condition de ne pas la pousser trop loin ; car il est bien préférable de la prolonger, du moment où elle est assez élevée pour empêcher le retour de la cyanose,
de l'algidilé et de la chute du pouls, que de la porter brusquement ou irrégulièrement à un degré trop élevé, circonstance qui amène presque toujours des congestions viscérales ou des phlegmasies constamment graves et souvent mortelles. — Quand, au lieu d'être insuffisante, incertaine, paresseuse ou douteuse, la réaction devient trop violente, le médecin doit s'empresser de la modérer par une médication active; car le moindre retard apporté alors au traitement, est capable d'entraîner la mort ; et autant la médication anti- phlogistique est pernicieuse à la période algide et inutile pendant la réaction quand celle-ci s'accomplit régulièrement et dans de justes limites, autant elle devient indispensable lorsqu'elle franchit ces limites, parce que les mouvements fluxionnaires qui l'accompagnent accumulent dans les organes déjà passivement hypérémiés une quantité nouvelle de sang dont ils ont tant de peine à se débarrasser. La phlébotomie est le moyeu par excellence de réduire cette réaction à des proportions favorables; il faut saigner, sans hésitation, dès qu'elle est trop intense ou même qu'elle menace de le devenir, afin de prévenir les congestions cérébro-pulmonaires, généralement si rebelles à tous les moyens de la thérapeutique, une fois constituées. Si une première saignée est insuffisante, il faut recourir à une deuxième et même à une troisième dans les cas où elle serait jugée nécessaire. Il nous est arrivé quelquefois de pratiquer successivement et avec succès trois saignées dans la même journée, dans le but de prévenir les funestes effets d'une réaction trop vive, et nous avons cru remarquer que les petites émissions sanguines, renouvelées selon les besoins, étaient bien plus efficaces que les saignées plus copieuses, lesquelles ont souvent l'inconvénient de favoriser le retour de la période algide et d'enlever aux organes, déjà presque sans ressorts, la puissance vitale nécessaire pour se débarrasser des fluides dont ils sout passivement ou activement engoués. Le succès de la saignée consiste, ici plus que partout ailleurs peut être, dans l'opportunité. Ni les sangsues, ni les ventou
ses ordinaires ne sauraient la remplacer ; celles-ci ne peuvent rendre des services réels que pour combattre des accidents locaux, des complications particulières.
Mais si la phlébotomieest généralement nécessaire dans les cas de réaction générale trop violente, le médecin ne doit pas perdre de vue qu'il faut, autant que possible, ménager le sang du cholérique, si utile pour réagir contre le génie morbifique et abréger la convalescence. Aussi, chez les malades amaigris, détériorés, cachectiques, la saignée peut être fréquemment remplacée, avec avantage, par les révulsifs et surtout par l'application réitérée de la ventouse du Dr Junod. qui réunit à l'avantage précieux de soustraire subitement, à la circulation générale et pour autant de temps qu'on le désire, une ou deux livres de sang et même plus, celui de les lui rendre après cette soustraction thérapeutique sans faire subir aucune perte au malade.
Dans tous les cas de réaction trop vive, les laxatifs, les diurétiques, les sédatifs, appliqués sur le front^ les révulsifs aux extrémités inférieures sont des auxiliaires utiles de la phlébotomie ou de la ventouse Junod.
5° Convalescence. Quand les périodes du choléra se succèdent régulièrement, sans complications et sans accidents consécutifs particuliers, la réaction se confond pour ainsi dire avec la convalescence, et alors celle-ci est presque toujours facile et de courte durée. Le traitement est le même que celui de la convalescence de toutes les affections du tube digestif : un bouillon léger ou du lait coupé, sont les aliments que l'on digère ordinairement le mieux d'abord ; viennent ensuite les fruits cuits et les compotes; puis les potages gras ou maigres à l'arrow-root, au tapioka, au sagou, à la fécule de riz, etc; puis enfin des mets plus substantiels, tels que les œufs à la coque, les légumes frais et bien cuits, du poisson et de la viande. — Le point important est, ici comme à la suite de toutes les maladies sérieuses, de ménager la nourriture, de n'augmenter la quantité des aliments et de ne recourir à de
plus substantiels qu'après s'être assuré que la substance alimentaire prise la veille ou au repas précédent a été bien digérée. Dès le 2e ou 3' jour de la convalescence, pourvu que la réaction soit franche et non fébrile, oo peut donner une cueillerée de vin coupé avec de l'eau de Seltzet en augmenter progressivement la quantité avec prudence. Le convalescent doit garder la chambre plus ou moins longtemps selon l'intensité et la durée de l'attaque, ei ne s'exposer à l'action du froid extérieur qu'autant que la réaction est bien assurée et que l'on n'a plus rien à craindre pour le retour de l'algidité et de la cyanose : il prendra un ou deux bains tièdes pour rendre aux organes leur régularité fonctionnelle.
6° Complications et accidents particuliers. Telles sont les règles générales applicables à la convalescence du choléra, lorsqu'elle se montre en même temps que la réaction et que sa marche est régulière et sans complication notable; mais il n'est pas rare de voir des accidents cholériques ou étrangers au choléra persister ou se déclarer pendant la réaction ou la convalescence. Nous allons passer en revue les accidents ou les complications que l'on observe le plus souvent dans la pratique et nous indiquerons, en quelques mots, les moyens curalifs les plus propres à les combattre.
A. Vomissements. Le vomissemeut, qui constitue un des symptômes les plus constants du choléra, disparaît presque toujours avec la réaction ou à mesure qu'elle s'avance, sans le concours d'aucune médication spéciale. Mais, quand il persiste après la période algide ou à une période avancée de la convalescence, au point de fatiguer le malade et sans être utile pour son rétablissement, il est important de le combattre, et l'on conseille pour le supprimer l'eau de Seltz, l'opium, le musc, la morphine, l'oxyde de zinc, le nitrate de bismuth, la glace, le vinaigre, etc. Il résiste souvent avea opiniâtreté, à l'emploi de tous ces moyens, tandis que nous l'avons presque toujours vu céder après l'application d'un vé-
sicatoire morphine à la région épigastrique. Nous n'hésitons pas à conseiller ce moyen, si simple et sans inconvénients, comme le plus précieux pour arrêter le vomissement pendant la convalescence.
B. Diarrhée. La persistance de la diarrhée cholérique pendant la convalescence est bien plus fréquente que celle des vomissements. Elle est, très généralement, plus favorable que contraire au rétablissement du malade, à moins qu'elle ne se rattache à une lésion organique du tube digestif ; elle n'offre que très rarement un danger réel, et dans la plupart des cas elle 3e dissipe spontanément ou du moins sans le concours de la thérapeutique. Ce n'est donc qu'autant qu'elle se prolonge ou qu'elle est assez intense pour fatiguer ou affaiblir le malade qu'elle exige des soins particuliers. L'opium, les purgatifs, les vomitifs, les toniques, les astringents, les sangsues, les ventouses, etc., que l'on emploie généralement, la suppriment quelquefois ; mais, dans le plus grand nombre des cas, ces moyens sont impuissants, ainsi que toute autre médication interne. Les vésicatoires morphinés appliqués sur l'abdomen surtout à l'hypogastre sont, très généralement, aussi efficaces contre cette diarrhée que les vésicatoires épigastriques contre les vomissements.
C. Dyspepsie, constipation, flatuosités etc. Ces phénomènes sont assez fréquents à la suite d'une attaque grave ou légère de choléra. Les boissons aromatiques, telles que les infusions de tilleul, de feuilles d'oranger ou de camomille, les toniques, tels que le quinquina et le vin de Bordeaux coupé avec l'eau de Seltz ramènent l'appétit et facilitent la digestion. Les purgatifs salins légers et les lavements sont nécessaires pour combattre la constipation. Les flatuosités, les borborygmes, les coliques, le météorisme qui accompagnent si souvent la paresse intestinale se dissipent presque toujours aisément par l'emploi des purgatifs salins, des embrocations d'huile cam-
phrée sur l'abdomen, des«boissons légèrement stimulâmes et des lavements avec une infusion de camomille ou de centaurée.
D. Congestion cérébro pulmonaire. Le cerveau et le poumon se congestionnent presque toujours isolément ou simultanément à la période algide et pendant la réaction. L'hypérémie est toujours passive ou cholérique dans le premier cas, et presque toujours active ou inflammatoire dans le deuxième.
Quand la congestion cérébro-pulmonaire est passive, sans chaleur^ sans réaction générale, la saignée est formellement contr'indiquée, à moins d'un état pléthorique très pronoucé do malade. La ventouse du Dr Junod peut alors être très utile, à la condition de soutenir son action par l'emploi des stimulants à l'intérieur et des révulsifs aux extrémités. Si la congestion cérébrale domine, il est bon d'ajouter aux moyens précédents l'application de compresses imbibées d'un liquide ammoniacal ou aromatique sur le front, de vésicatoires volants à la uuque et sur la tête. Dans les cas au contraire où l'hypérémie a son siège spécial dans les poumons, les synapismeset les vésicatoires appliqués sur le thorax doivent venir en aide à la stimulation intérieure et aux révulsifs appliqués aux extrémités.
Quand l'hypérémie cérébro-pulmonaire est active, c'est-àdire quand elle s'accompagne d'un mouvement fébrile continu, les stimulants internes doivent être proscrits et remplacés par des boissons tempérantes ; la phlébotomie est indispensable à moins que le malade ne soit épuisé, détérioré ou cachectique, et la saignée doit être pratiquée avec la réserve et les précautions précédemment indiquées. La ventouse du Dr Junod peut alors rendre de très grands services, surtout dans les cas où la saignée a été insuffisante ou quandelleest contr'indiquée par l'état constitutionnel du malade. Les révulsifs ordinaires appliqués aux extrémités et les purgatifs sont les auxiliaires indispensables de la médication anti-phlogistique. — Si le car-
veau est le siège spécial de l'hypérémie, ei quand surtout elle s'accompagne de méningite ou d'encéphalo-méningite , les sangsues aux tempes ou aux jugulaires et l'eau froide ou la glace sur le front doivent être ajoutés aux moyens précédents, Si, au contraire, le poumon est principalement le siège de cette congestion active et surtout si elle se complique de pleurésie, des sangsues ou des ventouses scarifiées, des synapismes ou des vésicatoires volants doivent être appliqués sur le thorax en même temps que les antiphlogistiques généraux et les révulsifs des extrémités.
E. Hoquet. Le hoquet, très fréquent à la période algide, persiste quelquefois longtemps après la réaction et pendant la convalescence. Nous avons vu souvent ce symptôme résister à l'emploi persévérant de tous les antispasmodiques, de tous les calmants et ne disparaître qu'à la suite de plusieurs vésicatoires morphines autour du thorax vers les attaches du diaphragme. Le vésicatoire est de tous les moyens celui qui nous a le mieux réussi en pareil cas, et peut-être le seul qui nous ait paru avoir une influence favorable réelle sur ce symptôme (atigant.
F. Rétention d'urine. La sécrétion uriuaire, généralement suspendue, pendant la période algide, reparait d'ordinaire dès que la réaction commence. Quelquefois l'excrétion se rétablit en même temps que la sécrétion; mais, dans beaucoup de cas,, l'urine se sécrète, s'accumule dans la vessie qu'elle détend outre mesure sans s'écouler au dehors par l'urètre. La rétention d'urine est un accident fréquent, au début de la réaction et dans l'état comateux cousécutif à l'hypérémie cérébrale dont nous avons parlé. Il est important de la surveiller, parce qu'elle aggrave toujours l'état du malade et parce qu'elle peut être la cause directe de sa mort. Ou obtient quelquefois spontanément l'expulsion du fluide urinaire en excitant le malade à faire des efforts pour uriner, par des embrocalions d'huile
camphrée el l'application de cataplasmes sur l'abdomen ;mais le cathélérisme doit être pratiqué toutes les fois que la vessie se remplit sans pouvoir se vider spontanément. — Dans le cas où la sécrétion de l'urine reste paresseuse pendant la réaction et la convalescence, l'azotate «le potasse, la scille, la digitale, la tisane de chiendent eu de pariétaire sont les meilleurs moyens à mettre en usage pour la ramener à l'état physiologique ; mais, très généralement, elle se rétablit, pendant la réaction, sans le concours d'aucune médication spéciale.
G. Crampes. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels que les crampes persistent , avec assez d'intensité, après la période algide, pour exiger un traitement particulier. Presque toujours, elles s'apaisent dès que la réaction commence et se dissipent à mesure que celle-ci marche et se confirme. Quand elles tourmentent encore le malade pendant la convalesceuce, elles se calment presque toujours sous l'influence d'une chaleur uniforme et de frictions avec un Uniment camphré et opiacé ou morphiné.
H. Accidents divers. Bien d'autres accidents peuvent se manifester pendant la réaction ou la convalescence du choléra : nous avons vu quelquefois une céphalalgie intense et tenace, sans congestion ni inflammation cérébrale, une dyspnée continue sans congestion ni phlegmasie pulmonaire, une altération profonde et persévérante de la voix sans lésion organique du larynx. Ces symptômes, de nature nerveuse et n'offrant d'ailleurs ui gravité ni danger, se dissipent d'eux-mêmes à la longue et sans le concours de la thérapeutique, ou par l'emploi des moyens généralement mis en usage pour combattre les affections nerveuses, — les antispasmodiques et les révulsifs. — Des éruptions miliaires^ eczémateuses, furonculeuses, l'épistaxis, l'urticaire, des plaies produites par les vésicatoires, par les synapismes ou les caléfacteurs, des affections intermittentes, la méningite, la pleurésie, la variole, la scarlatine, la
rougeole, la fièvre typhoïde, l'anasarque, la gangrène, elc, sont encore des accidents et des maladies que l'on rencontre quelquefois pendant la convalescence, chez les cholériques. Chacun d'eux a une importance plus ou moins grande selon sa nature et son intensité, et doit être traité par les moyens qui lui conviennent, tout en ne perdant jamais de vue, que l'organisme, profondément ébranlé par l'intoxication et l'attaque cholériques, est toujours prédisposé au retour de l'affaiblissement du pouls, de l'algidité et de la cyanose.