‹ Maladies de l'armée d'Orient (campagne de 1854-55-56) [electronic resource]Chapitre 4 sur 20 · PIS H · texte numérisé non relu

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La température moyenne de l'année entière, déduite par M. Verrollot, de toutes les observations recueillies pendaul sept ans, eslde 14,4°, se partageant ainsi qu'il suit, selon les saisons: hiver 5,7°; — printemps 12° ; — été 23,3° ; — automne 1G,8°.

Le climat de Coustantinople se rapproche donc : 1° par sa température annuelle de ceux de Toulon, de Montpellier, de Marseille, d'Avignon, de Perpignan, de Madrid, de Naples, de Florence et de Rome; 2° par sa température de l'hiver de ceux de Madrid, d'Avignon, de Toulouse et de Bordeaux ; 3° par sa température du printemps de ceux de Padoue, de Pavie, de Trieste et de Toulouse; 4° par sa température de l'été de ceux de Baltimore, du Cap de Bonne-Espérance, de Madrid, de Lucques, de Naples, de Païenne, d'Avignon et d'Alger ; 5° par sa température de l'automne de ceux de Mexico, de Naples, de Rome, de Perpignan et de Toulon.

Mais la distribution de la chaleur annuelle est excessivement variable, non-seulement selon les saisons, mais encore d'une année à l'autre et de la saison d'une année a la saison d'une autre année; ainsi, taudis que la moyenne aunuelle résultant des observations météorologiques de sept ans est de 14°, 4 c, la moyenne de 1840 est de 13,2, celle de 1847de 15,7, celle de 1848 de 15° et celle de 1855 de 15,8°; taudis que la moyenne des hivers e>>t de 5,7, la moyenne hivernale de 1840 est de 5°, eelle de 1847 de 6°,6, celle de 1848 de 6,1 et celle de 1855 de 6,4 ; tandis que la moyenne des printemps est de 12°, la moyenne printanière de 18 iO est de 9,5, celle de 1847 de 14,4, celle de 1848 de 12,9 et celle de 1855 de 13°,8; tandis que la température moyenne des étés est de 23,3, la moyenne estivale de 1840 est de 22, celle de 1847 de 25°, celle de 1848 de 24° et celle de 1855 de de 24,6 ; taudis, enfin, que la température moyenne des automnes est de 16,8, la moyenne automnale de 1840 est de 16,2, celle de 1847 de 16,6, celle de 4848 de 16,9 et celle de 1855 de 21,2.

D'où il suit que 1840 a été une année très froide, que 1847 ci 1855 ont été très chaudes, qu'entre les moyennes de 1840

et 1855 il y a 2°, 6 de différence; que les moyennes des hivers que je viens de signaler ont varié de 5° à §°,G, celle des printemps de 9.5° à 14,4°, celles des étés de 22 à 25, et celles des automnes de 16,2» à 21,2°.

Janvier est, généralement, le mois le plus froid de l'année. La température s'élève à peine de lp à 2° dans les deux mois suivants ; elle s'accroît rapidement en avril, en mai, en juin et en juillet; elle reste à peu près stationnaire eu août, où elle atteint son maximum ; elle s'abaisse ensuite rapidement et régulièrement en septembre, en octobre, en novembre, en décembre et en janvier où elle atteint son minimum. En 1840, lévrier a été plus froid que janvier qui a offert la même température que mars. En 185G, mars a été beaucoup plus froid que février, qui a été lui-même moins chaud que janvier.

Le froid vif ne dure guère, en hiver, au-delà de cinq à six jours de suite; mais il se renouvelle quatre, cinq ou six fois et même davantage, depuis le ier décembre jusqu'aux derniers jours de mars. Pendant la durée de chacuuc de ces périodes de froid, qui peuvent être considérées comme autant d'hivers isolés et éphémères, le thermomètre descend a 5°, 4°, 5°, G0 et 7° au-dessous de zéro, rarement plus bas; la pluie et la neige tombent, un ou plusieurs jours de suite, à chaque recrudescence de froid, et puis du jour au lendemain, souvent même en quelques heures, pat* suite du passage subit des vents du Nord au Sud, la chaleur s'élève de plusieurs degrés au-dessus de zéro et le dégel s'effectue presque toujours en peu de temps.

Juillet et août sont toujours les mois les plus chauds de l'année et leur chaleur moyenne ne diffère pas sensiblement. De même que les froids en hiver, les chaleurs en été sont presque constamment de très courte durée, et elles sont, généralement, rendues très supportables par les courants d'air périodiques qui manquent bien rarement. Très généralement, aussitôt que, sous l'influence des vents du Sud, la température dépasse 32° ou54°,leciel se couvre de nuages, la chaleur est accablante, le tonnerre gronde, La pluie tombe quelquefois avec plus ou

moins d'abondance, le vent revient au Non!, l'atmosphère se rafraîchit et la température reste plutôt fraîche que chaude, pendant plusieurs jours, jusqu'au retour des vents du Sud ou jusqu'à ce qu'un nouvel orage vienne à éclater.

La plus grande étendue qu'ail parcourue en une année, le 'thermomètre est.de 47 5° c, — le maximum 59,7° en août 1847 et le minimum 7,8° au-dessous de zéro en 1859, 1840 et 1845. En 1855, la plus forte chaleur, 5G°, a eu lieu le 12 juillet et le froid le plus intense, — 7a, le 12 janvier^; 43° de différence. — En 185G, le max., 58°, a été observé le 11 juillet et le min., — 5° le 12 janvier — ; 45° de différence comme en 1855. Ordinairement le mercure thermomètrique oscille eaire — 5° ei 52" -f-. Un des caractères les plus saillants du climat de Constantinople consiste dans les variations très fréquentes, très brusques et très profondes de la température. On voit souvent, en toutes saisons, mais surtout en hiver, dans l'espace de quelques heures, une élévation ou un abaissement de 10°, 12° et même 15° dans la colonne thermomètrique.

On peut dire, d'une manière générale, qu'il pleut beaucoup à Constantinople, et la quantité d'eau qui y tombe, annuellement est plus considérable que celle qu'où recueille à Paris, à Londres, à Trieste et même sur la côte occidentale d'Angleterre. Mais le degré d'humidité varie d'une année à l'autre, de la saison d'une année à la saison d'une autre année, au moins autant que la température : ainsi, en 1840 il est tombé 885 mm d'eau; 1702 mm en 1847 et 900 eu 1848. Ainsi, en 1848 il n'y a eu que 52 jours pluvieux, taudis qu'il y en a eu 109 en 1855 et 48 dans les sept premiers mois de î85G.

L'hiver est toujours l'époque où il tombe le plus (Peau. D'après le calcul du Dr Verrollot, sur 1,000 parties, il eu tombe 361 en cette saison, 350 en automne, 191 au printemps et 98 en été. Sous le rapport de son état hygrométrique, le climat de Constantinople peut être divisé en deux saisons bien tranchées: 1° la saison sèche qui comprend les mois de mai, juin, juillet et août, pendant lesquels les pluies sont généralement

rares el l'aridité liés grande ; 2° la saison numide qui comprend les quatre premiers et les quatre derniers mois de l'année, pendant lesquels la sécheresse est rare et les pluies très fréquentes. Mais encore sous ce rapport, il y a des différences extrêmes entre ces diverses années : dans le dernier trimestre de 1847, par exemple, il y a eu 23 jours de pluie, 35 en 1855 et 6 seulement en 1848. En 1848, sur 32 jours pluvieux, 14 ont eu lieu en hiver, 9 au printemps, 7 en automne et 2 en été; et en 1855, sur 109 jours de pluie, il y en a eu 51 en hiver, 35 au printemps, 30 en automne et 15 en été. Eu 1856, l'hiver, qui s'est prolongé jusqu'à.la fin de mars, a été encore plus pluvieux et plus mauvais que celui de 1855; car, dans les trois premiers mois de cette année, nous avons constaté 27 jours de pluie et 27 jours de neige, et la pluie a continué de tomber fréquemment dans les quatre mois suivants.

Il y a un contraste remarquable entre le nombre des jours clairs, nuageux et pluvieux. Généralement, il pleut toutes les fois que le ciel devient nuageux, et la pluie tombe presque exclusivement à la suiie d'un abaissement notable de la température. Pendant la saison pluvieuse, surtout en hiver, on voit souvent les nuages se former et disparaître alternativement plusieurs fois dans la même journée ; le ciel s'obscurcit presque toutes les fois que le vent passe rapidement du Sud au Nord, et la pluie tombe alors presque toujours, avec plus ou moins d'intensité. En été même, il ne pleut ordinairement qu'à la suite d'un refroidissement subit de l'atmosphère ou d'un orage avec éclairs et tonnerre. En hiver, la pluie arrive, le plus souvent, sans orage, par suite de la succession rapide des vents du Nord aux vents du Sud, et quelquefois le refroidissement s'opère si brusquement, qu'un épais brouillard couvre, en quelques moments , tout le Bosphore. Souvent , une pluie et une neige battantes, succèdent, en quelques instants, à un ciel pur et sans nuage, à une chaleur douce et agréable, en même temps que le thermomètre baisse de 8, 10, 12 ou 15°.

La pluie tombe presque toujours par averses, et rarement

elle continue pendant plusieurs jours et même pendant 5 ou 6 heures de suite; mais les averses se renouvellent souvent et sont tellement formidables, que l'on voit quelquefois tomber en une journée ou en une nuit, 25 à 50 c. d'eau. Le Nord-Ouest, après avoir traversé les Balkans, est le vent qui accompagne généralement la pluie ; il est aussi presque toujours le vent de 'a neige, de la grêle et des tempêtes.

Teudant toute l'année, les vents du Nord sont les plus fréquents, mais leur fréquence varie selon les saisons. En hiver, ils régnent presque sans partage ; en été, ils se montrent plus souvent que les vents du Sud ; au printemps et en automne, ils conservent encore une supériorité notable. Les vents d'Est et d'Ouest soul très rares, et l'on peut dire, d'une manière très générale, qu'il n'y a, à Constautinople, que deux espèces de vents : le N. N.-E. et le S. S.-O. Ceux qui souillent dans d'autres directions, ne sont qu'accidentels et le produit momenané d'une lutte inégale entre les deux grands courants. Cette direction générale, presque constante et presque exclusive, des vents N.-E. et S -0 lient à la situation de la ville, entre la mer de Marmara et l'Euxiu, qui, agissant, à la fois ou alternativement, font l'oûice de soupapes ou de soufflets, et à la configuration du Bosphore, qui constitue un canal profond, reliant les deux mers et aux extrémités duquel s'engouffrent les vents comme dans un enlonuoir. La pluie ne provient pas pluiôt «le l'un que de l'autre de ces vents, et le beau temps est aussi compatible avec le vent du Nord qu'avec le vent du Sud, à la condition qu'ils souiïleut l'un et l'autre avec persistance. Le ciel ne se couvre ordinairement de nuages, et ceux-ci n'engendrent la pluie que par la transition subite des vents ; en hiver, quand le vent du Nord se substitue rapidement au vent du Sud, en été quelquefois, quand le vent du Sud a succédé subitement au vent du Nord.

Il y a peu de localités aussi naturellement salubres que Constantiuople. Ce magnifique Bosphore, qui relie entr'eux deux immenses bassins d'eau ; son majestueux port que l'on

désigne, à juste titre, sous le nom de Corne d'Or ; les nombreuses et pittoresques ondulations du terrain schisteux sur lequel elle est bâtie, offrant partout une pente assez rapide pour donner, aux eaux de toute nature, un écoulement facile ; l'absence totale de foyers marécageux naturels ; la dispersion de la population sur une aussi vaste surface : son atmosphère, sans cesse renouvelée et balayée par les deux grands courants opposés, rafraîchie en été par les vents irès fréquents du Nord, et tempérée en hiver pjir la fréquence des vents du Sud, feraient, de cette grande capitale, un des points les plus beaux, les plus riches, les plus importants et les plus sains du monde, si les habitants s'appliquaient à corriger les quelques imperfections de sou climat, au lieu de paralyser sans cesse, par leur incurie, leur paresse et leur ignorance, les libéralités providentielles dont la nature l'a doté. Couslantiuople est sans doute insalubre; mais les causes de son insalubrité ne tiennent pas, pour la plupart, aux conditions naturelles ni de son sol ni de son atmosphère qui réunissent presque toutes les qualités hygiéniques désirables pour l'habitation de l'homme, mais bien à des conditions artificielles et accidentelles dont les habitants seuls sont coupables et responsables, telles que la construction défectueuse des maisons qui ne sont que de mauvaises baraques en planches mal jointes, où la température suit à peu près les mêmes fluctuations que celles de l'air extérieur, et où le peuple grelotte pendant tout l'hiver et grille pendant les fortes chaleurs de l'été ; à la mauvaise construction des égoùts qui débordent de tous côtés et répandent souvent dans les rues et dans les maisons, une odeur infecte ; à la mauvaise construction, à l'élroitesse et à la saleté des rues, mal pavées, couvertes de boue ou de poussière, encombrées d'immondices de toute espèce et souvent de cadavres d'animaux en putréfaction ; à la situation des cimetières dans l'intérieur de la ville ou trop près de son enceinte, et au peu de profondeur des fosses où sont enterrés les cadavres; à la présence constante, dans les rues ou dans le voisi -

nage de la ville, d'enfoncements, de fossés, de flaques d'eau, consliluaol de nombreux marais artificiels, où s'accumulent des débris végétaux et auimaux de toute espèce, et d'où s'exhalent, sans cesse et surtout en été, des miasmes paludéens et

. putrides, qui ne manquent jamais d'exercer une influence fâcheuse sur les individus soumis à leur aciion délétère ; enfin

• à la mauvaise alimentation du peuple qui, en hiver, vit presque exclusivement île beurre et de poissons salés, de viande toujours maigre et de mauvaise qualité, de pain mal fermenté, mal manutentionné et mal cuit, de riz et de fruits secs, tandis qu'en été et en automne, il ne mange guère que des herbages et des fruits verts qu'il cueille avant leur maturité et dont il se gorge outre mesure.

Le climat de Constantinople a donc pour caractères spéciaux: les alternatives fréquentes, brusques et profondes de la température pendant toutes les saisous, mais surtout eu hiver et en éié ; la sécheresse de l'été et l'humidité des autres saisons : U prédominance générale des vents du Nord sur ceux du Midi; la fréquence des vents de N. E. et de S. 0. et la rareté des autres vents.

En 1855, l'année a été plutôt chaude que froide, très humide et très pluvieuse. Eu décembre 1854, il était déjà tombe beaucoup d'eau. Janvier et février avaient été assez froids et surtout très humides, et, en quatre périodes de mauvais temps, j'avais noté 14 jours de neige dont la terre était restée couverte pendant 25 jours. Le printemps fut également chaud et les pluies très abondantes jusqu'à la fin d'avril. L'été lui-même fut plus humide que de coutume et conserva une température élevée. Les pluies reprirent avec intensité en septembre et puis en novembre. Dès le 15 décembre, la neige commença à tomber et le thermomètre descendit plusieurs fois en quelques jours au dessous de zéro ; mais cette intempérie ne fut que passagère, et, à part quelques jours de pluie sans abaissement considérable de la chalenr, la fin de ce mois fut plutôt belle que mauvaise.

Le premier trimestre de I85G est encore plus humide que celui de 1855 : la pluie, la grêle et la neige tombent souvent et en abondance. Le mois de mars surtout est froid et brumeux : la neige, la pluie et la grêle sont presque incessantes pendant toute sa durée. Jamais peut-être, si ce n'est en 1840, où la température moyenne de mars a été de -+-4°, 3. ce mois n'avait été aussi froid, aussi mauvais qu'en 1 84G ; et l'on peut dire qu'il n'a été" qu'uue intempérie continue depuis le commencement jusqu'à la lin. Mais, à partir du mois d'avril, la saison reprend son caractère normal, à l'exception des pluies qui continuent d'être plus fréquentes que de coutume.

En Crimée, dans les régions occupées par nos troupes, où la température moyenne annuelle est à peine inférieure à celle de Constantinople, où l'automne et surtout l'hiver sont infiniment plus froids, où le printemps et l'été sont à peu près aussi chauds, les variations de la température et les intempéries y sont encore, surtout eu hiver, plus fréquentes, plus brusques et plus profoudes que sur les rives du Bosphore. Les hivers de 1855 et de 1856, sans être excessivement froids, si on les considère dans leur ensemble, ont été très humides et ont offert de nombreuses et profondes intempéries. Pendaut l'hiver de

1855, c'est à peine si le minimum de la température avait été inférieur à celui constaté à Constantinople ; mais en janvier

1856, le mercure thermométrique, dans l'espace d'une nuit, est tombé de quelques degrés au dessus de zéro à 19 et 21° — . Le lendemain, un grand nombre de soldats, ceux surtout qui étaient de garde et débilités par des diarrhées ou d'autres maladies chroniques, furent atteints de congélations plus ou moins profondes.

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