‹ Maladies de l'armée d'Orient (campagne de 1854-55-56) [electronic resource]Chapitre 9 sur 20 · TRAITE S SIR · texte numérisé non relu

TRAITE S SIR

L'hôpital de l'Ecole militaire, ouvert le 27 janvier 1855 et fermé le 31 juillet 1856, a eu 18 mois et quelques jours d'existence. Il a reçu 12,075 malades ou, en moyenne, 670 par mois et 22 par jour. Il a eu 2,514 décès ou, en moyenne, 139 par mois et 4,58 par jour.

Le jour deson ouverture, 179 hommes, presque tous atteints d'affections chroniques, et qui ont fourni un grand nombre de décès le mois suivant, nous ont été envoyés de l'hôpital de Péra, où ils avaient déjà subi un traitement plus ou moins long et où les phénomènes de l'encombrement commençaient à se faire sentir.

Le jour de sa suppression, il nous restait 31 malades en traitement, dont 27 soldats et 4 officiers, presque tous en bon étal de convalescence. Les premiers ont été versés à l'hôpital du Terrain des Manœuvres, supprimé !e dernier, et les officiers à l'hôpital civil de Péra, dont le Dr Verrollot avait la direction médicale. Sur ces 31 malades, deux ou trois seulement étaient encore en danger de mort ; de sorte que, en admettant deux, trois et même quatre décès nouveaux, cela ne change pas seusiblement la proportion absolue de la mortalité qui est de 20,81 sur 100 ou d'un peu plus de !/5e; — proportion considérable sans doute, mais qui s'explique tout naturellement par les fâcheuses conditions hygiéniques de la guerre et par la destination spéciale de notre hôpital au traitement des fiévreux en général et des cholériques en particulier.

En 1855, — 7,844 entrants, 5,537 sortants, 1,811 décès et 496 restants le 31 décembre ; — ou 24,65 décès sur 100 malades traités, déduction faite des 496 restants le 1er janvier 1856;

En 1856, — 496 restants, 4,231 entrants, 4,024 sortants et 703 décès; — ou 14,87 décès sur 100 malades traités.

D'où il suit que la mortalité a été, relativement au nombre de malades traités, beaucoup plus considérable en 1855 qu'en 1856; — circonstance utile à noter, en passant, pour faire voir, dès à présent, que les maladies observées dans notre hô-

pilai uni été moins graves et moins meurtrières en 1 85G qu'en 1855, que la mortalité de 1855 a été, mois par mois et daus presque tous les corps, bien supérieure à celle de 1856, qu'enfin, si, daus les ambulances de la Crimée et daus certains hôpitaux de Cousiantinople, la mortalité de 1856 a été plus forte que celle de 1855, ce n'est pas la naiure plus grave des maladies que l'on doit en accuser, mais bien les conditions hygiéniques particulières 5 chaque établissement ou les méthodes thérapeutiques mises en usage pour le traitement de certaiues maladies.

Les 12,075 malades reçus à l'hôpital de l'école, provenaient :

1° deConstauiinople ou des lieux voisins (entrés

par billets) 2,293

2° de Crimée (évacués des ambulances et quelquefois des infirmeries régimentaires) 8,99i

3° Des hôpitaux voisins (presque tous cholériques) 788

Total 12,075

Les 9,561 sortants ont été dirigés sur :

1° Leurs corps respectifs (sortis guéris par billets) 3,77-2

2° France (évacués comme convalescents ou envoyés avec des congés) 3,523

3° Les hôpitaux de Gallipoli et de Nagara (évacués comme convalescents) 789

4° Les dépôts de convaleseenis de Daoud- Pacha, deMaslak, de Prinkipo et des Eaux-Douces 1,097

5° Les hôpitaux voisins (349 après l'incendie de l'hôpital et 31 le jour de la suppression) 580

Total 9,561

Relativement à leur plus grande mortalité, les corps doivent être classés de la manière suivante (mortalité sur 100) :

Ie Artillerie 24,60

2° Marine 25,70

3° Garde impériale 23,22

4° Chasseurs à pied 21,90

56 Infanterie de ligne 21,50

6° Gendarmes et sapeurs- pompiers ... . 21,42

7° Zouaves 20,57

8° Cavalerie 16,61

9° Légion étrangère 15,95

10° Génie 15,94

11° Train des équipages 15,63

12° Ouvriers d'administration 12,17

13° Etais-majors 11,53

14° Tirailleurs algériens. 10,52

15° Infirmiers 10,36

D'où il résulte que le corps des infirmiers, malgré les fatigues et l'infection miasmatique auxquelles ils ont été continuellement soumis, est celui qui, relativement au nombre de ses malades, a eu le moins de décès et qu'entre les artilleurs qui en ont fourni le plus et les infirmiers qui en ont donué le moins, il y a une différence de 14,30 0/0 à l'avantage des derniers.

Les entrées des malades à l'hôpital se fesant toujours par à-coups, tantôt au commencement, tantôt au milieu, tantôt à la fin des mois, la proportion, par mois, des décès aux entrants ne doit être considérée que comme une indication générale approximative et non comme l'expression absolue de la gravité des maladies mensuelles. On voit en effet que les mois où il y avait le moins d'entrants sont quelquefois les plus chargés en décès, sans que pour cela les affections de ce mois fussent réellement plus souvent mortelles. Ce contraste, frappant surtout pour les mois d'octobre et de novembre 1855, tient uniquement à ce que les malades qui arrivaient à la fin d'un mois fournissaient, le mois suivant, leur plus grande mortalité.

\ La proportion des décès au nombre des malades par catégories de maladies ne saurait être, également, qu'approximative,

parce que, chez uu sujet, entré pour une fièvre intermittente ou rémittente bégnignes, pour une blessure, un scorbut, une angine ou toute autre maladie sans importance, on voyait souvent l'affection primitive qui ne constituait par elle-même qu'une indisposition ou un état morbide léger et passager, se compliquer ou être suivie de diarrhée rebelle, de dyssentcrie, de choléra, de fièvre typhoïde ou d'accidents typhiquesqui devenaient la cause immédiate de la mort. Dans ces cas, tcès fréquents et dont il n'est pas toujours possible de tenir compte, notamment dans les grands services, le premier diagnostic figure quelquefois dans la colonne des entrées, et le deuxième dans celle des décès.

Le troisième tableau fait voir sans doute, d'une manière absolue, la nature et la gravité des maladies dans leur ensemble ; mais il ne peut donner qu'une idée bien imparfaite de leur marche générale et de leur successiou selon les saisons ; et, la raison eu est lacile à comprendre, en se rappelant que les malades ne nous étaient envoyés, pour la plupart, de Crimée, qu'après avoir subi, dans les ambulances, un traitement plus ou moins prolongé ; qu'ils nous arrivaient, à la fois et en proportions variables, de Crimée, de France, de Constantinople et des camps voisins ; qu'enfin, notre établissement ne recevant que sa part des hommes évacués de Crimée ou tombés malades sur les lieux ou à bord des bâtiments, ils étaient inégalement répartis dans les différents hôpitaux, selon le nombre de lits vacants, et suivant que les établissements étaient spécialement affectés au traitement de telles ou telles affections.

Les 1,490 cholériques et 124 individus évacués des hôpitaux voisins, ccmme frappés de choléra, cl qui en réalité, n'étaient atteints que de diarrhées ou de dyssenteries chroniques incurables, mais sans phénomènes cholériques, ont notablement élevé le chiffre absolu de la mortalité ; car, en déduisant ces 1,614 individus et les 782 décès qu'ils ont fournis du nombre total des malades et des morts, la mortalité de notre

établissement se trouverait réduite à 16,55 0/0 ou au 6e des malades traités.

Relativement à leur provenance, nos malades se divisent naturellement en trois catégories : 1° ceux qui ont été fournis par les hommes nouvellement arrivés de France et non encore acclimatés; 2° ceux qui avaient séjourné quelque temps à Constuniinople, sans avoir débarqué en Crimée; 3° ceux qui avaient subi, plus ou moins longtemps eu Crimée, l'influence du climat, les fatigues et les privations de la guerre.

Les malades de la première catégorie provenaient des militaires isolés ou passagers et surtout du camp de Maslak, formé en mars 1855 par de nouvelles troupes arrivant de France et levé presque totalement, le mois de mai suivant, par suite du départ de ces mêmes troupes pour la Crimée.

A part le choléra, qui est la seule véritable épidémie qui ait frappé le camp et dont je parlerai plus lard avec quelques détails, les malades de celte catégorie nous ont offert des affections de même nature et à peu près aussi variées que celles des militaires qui se trouvent dans les mêmes conditions en Frauce. C'étaient, selon les saisons, des embarras et des fièvres gastriques, quelquefois continus, mais le plus souvent rémittents; beaucoup de diarrhées et quelques dyssenteries légères; un assez grand nombre de fièvres intermittentes, bénignes et généralement compliquées d'embarras gastriques ; quelques fièvres typhoïdes à formes généralement muqueuse, quelquefois ataxiqueouadynamique, et presque toujours rémittente; quelques affections superficielles et ordinairement peu graves des organes de la respiration et de la partie supérieure du tube digestif; quelques cas enfin de phlegmasie profonde du parenchyme pulmonaire. Ces maladies, peu nombreuses et ne nous ayant offert rien de remarquable, rien de nouveau,, soit dans leur début, soit dan? leur évolution, ne méritent pas de nous arrêter plus longtemps.

Les affections de la deuxième catégorie, fournies spécialement par les infirmiers, les sapeurs-pompiers, les gendarmes

ei les iroupes employées au service de la place, oni présenté les mêmes variétés de nature^ de forme et de localisation que celles de la première, que celles de la population normale de Constantinople, dans les différentes saisons de l'année : — Point de constitution exclusivement inflammatoire en hiver ni au printemps, et point de constitution exclusivement bilieuse en été ni en automne. Les phlegmasics, généralement superficielles et bénignes de l'hiver, n'étaient que bien rarement exemptes de phénomènes gastriques ou bilieux, et l'élément inflammatoire, plus ou moins prononcé, compliquait fréquemment les maladies bilieuses de l'été et de l'automne. Les affections de l'appareil digestif, — embarras et fièvres gastriques, diarrhées et dyssenteries quelquefois avec congestion du foie et ictère, tantôt continues, mais le plus souvent rémittentes — ont, en toutes saisons, mais surtout en été et en automne, dominé la constitution médicale ; et l'on peut dire, d'une manière très générale, que les maladies de l'appareil respiratoire, — bronchites, pleurésies, pneumonies, pleuropneumonies —n'ont été, même en hiver et a'u printemps, qu'accidentelles, des complications plus ou wioins importantes, plutôt que des affections primitives, fondamentales.

Et, si en automne comme au printemps, en été comme en hiver, les affections intermittentes dégagées de tout élément morbide continu, ont été peu fréquentes, je peux affirmer, qu'en toute saison, en 1855 comme 1856, les maladies continues, quels que fûssent leur siège et leur nature, ont rarement parcouru leurs périodes d'invasion, d'état et de déclin, sans se compliquer de phénomènes intermittents plus ou moins prononcés, mais toujours importants au point de vue de la thérapeutique. Les affections typhoïdes ou typhiques, sur lesquelles je reviendrai plus loin, se montraient assez souvent, à toutes les époques de l'année ; mais elles ont été notamment fréquentes chez les infirmiers, pendant les hivers de 1855 et 1856, par suite des fatigues et de l'infection miasmatique auxquels ils étaient alors plus spécialement soumis

Les maladies de la troisième catégorie, les plus intéressantes par leur nombre et surtout par leur spécificité d'origine et de nature, sont celles qui constituent l'objei presque unique de cette étude et qui doivent nous occuper d'une manière «pédale et presque exclusive.

Comme ces états morbides ont été observés sur des sujets qui avaient di'jà subi un traitement plus ou moins long en Crimée, il me semble indispensable, pour mieux en (aire saisir les caractères et les nuances, de rappeler en quelques mois, les conditions d'hygiène au milieu desquelles se trouvaient nos soldats dans les camps, dans les infirmeries régimentaires, dans les ambulances et dans l'hôpital où ils ont été soumis à notre examen.

Le premier convoi de troupes françaises est arrivé à Gallipoli le 31 mars 1854, ci à la fin du mois de mai suivaul, il y avait déjà 40,000 hommes dans la presqu'île. Dans les premiers jours de juin, le gros de l'armée fut dirigé sur Varna,— la cavalerie et la deuxième division d'infanterie, par terre, en passant par Andrioople, et le resie des troupes, par mer. A la fin de juillet, les trois premières divisions d'infanterie firent un mouvement dans la Dobrutscha, et le reste de l'armée resta campé dans le voisinage de la ville ou sur les plateaux de Franka.

Le 2 septembre, après le retour de ces trois divisions, l'armée s'embarquait à Varna ; quelques jours après elle débarquait, sans obstacles, à Eupatoria ; le 17 du même mois elle remportait, avec le concours de nos braves alliés les Anglais, la glorieuse victoire de l'Aima, et quelques jours plus tard elle campait devant Sébastopol où elle est resiée jusqu'à la fin de la campagne.

L'effectif de l'armée de Crimée, qui éiait d'abord de 50,000 hommes a été porté, par des renforts successifs qu'elle recevait incessamment de Constantinople ou directement de France.au chiffre de 150,000. Pendant qu'elle faisait le siège de Sébastopol, elle occupait aussi, avec une partie de ses troupes, Eupatoria, et plus tard, Kertch et Kinburn.

i>ai»s les régions de la Crimée voisines de noire année ou occupée* par elle, se trouvaient, a pou près partout, des foyers marécageux dont plusieurs étaieni formés par un mélange d'eau douce et d'eau salée. « Entre Eupatoria et les camps, nous disait à la Société de Médecine de Constanlinople, notre collègue le Dr Quesnoy qui a fait uue étude spéciale de la topographie du pays, il y a, outre la Tcliernaya, très marécageuse elle-même, quatre rivières dont les bords sont couveris de marais dont l'influence se fait sentir en tome saison, même en hiver. » Au milieu des camps et surtout dans leur voisinage se trouvaient, presque toujours étendus sur le sol, de nombreux cadavres d'animaux, des matières excrémeniilielles, des détritus animaux et végétaux de toute espèce, d'où s'exhalaient sans cessée des miasmes putrides. Les soldats étaieni campés sous des tentes ou dans des baraques dressées sur un terrain très perméable, recouvert d'immondices de loule espèce et sous lequel se trouvaient enterrés, presque partout, et à un»* profondeur souvent insuffisante, des cadavres nomhreiu d'hommes et d'animaux, d'où s'échappaient également des exhalaisons pestilentielles. Ces baraques et ces toutes étaient, en partie, souierraines et toujours humides, surtout en hiver. Les hommes, en toute saison, n'étaient séparés généra lement du sol, pendant le sommeil, que par une couverture en laine. Eu été, ils ne restaient guère que pour dormir sous ces abris dont ils pouvaient ouvrir largement toutes les issues, sans avoir à redouter l'inclémence de la saison; mais en hiver, dans le but de se préserver du froid, — la première préoccupation du soldat, — ils s'entassaient les uns sur les autres et resiaient le plus longtemps possible, le jour aussi bien que la nuit, dans ces habitations toujours humides et dont ils fermaient, avec soin, le plus hermétiquement possi ble , toutes les ouvertures. Et, ces réduits, que l'on ne pouvait changer de lieu, si peu salubres par eux-mêmes, devenaient, en peu de temps, sous la double influence du défaut d'aération et du nombre trop considéra hle de leurs habi-

lants, de vrais foyers d'émanations typhoïdes ou typhiques.

A ces causes morbifiques déjà si puissautes par elles-mêmes, venaient se joindre la nostalgie, la malpropreté, la privation de sommeil, inséparables d'une semblable situation; les factions de jour et de nuit ; les fatigues incessantes résultant des travaux que les soldats étaient forcés d'exécuter eux-mêmes pour le siège, pour les routes, pour les transports des vivres, du bois et des munitions; l'alimentation, par moments insuffisante et toujours de médiocre ou de mauvaise qualité : le pain était généralement remplacé par du biscuit, quelquefois plus ou moins avarié; les légumes par du riz, dont l'usage trop continu finit par fatiguer les estomacs les plus robustes ; la viande fraîche, qui fesait le plus souvent défaut, par le lard ou la viande salés, et quand celle-ci ne manquait pas elle provenait, généralement, d'animaux malades et était toujours maigre, flasque et peu nourrissante.

Ajoutez à ce séjour prolongé sous des tentes ou dans des baraques encombrées, humides et infectées, à l'usage si continu de celte nourriture de rampagne, composée de biscuit, de lard de riz etdecafé, et exceptionnellement depaiu, de viande fraîche et de légumes, nourriture qui constitue une alimentation trop grossière, trop uniforme et trop dépourvue de végétaux pour conserver longtemps la santé des soldats. Ajoutez à ces conditions les difficultés d'un acclimatement nouveau ; quelquefois l'insuffisance des vêtements; les intempéries du climat qui sont extrêmes, le froid rigoureux de deux hivers, la neige et les ouragansquiles ont accompagnés ; les chaleurs excessives des étés; les alternatives si brusques, si fréquentes et si profondesdela températures notamment en hiver; l'action incessante, sur des organisations déjà fatiguées et usées, des miasmes paludéens et typhiques, provenant des marais et des cimetières voisins, de la décomposition putride des détritus végétaux et animaux qui encombraient les camps et leurs voisinages; ajoutez, dis-je, ces causes morbifiques à celles que j'ai déjà signalées et auxquelles l'armée entière a été soumise

constamment et à «les degrés différents depuis te commencemeut jusqu'à la lin de la campagne, malgré la sollicitude du {gouvernement qui n'a rien négligé pour le bien eue du soldat, et vous aurez aisément l'explication du nombre, de la gravité, de la nature complexe des maladies dont les troupes ont été frappées pendant la rude et pénible campagne d'Orient. v Telles sont les conditions hygiéniques au milieu desquelles a vécu notre armée depuis le début jusqu'à la fin de la campagne. Et, l'on comprend aisément l'influence qu'elles ont dû exercer, sur des individus bien portants d'abord, et puis sur des hommes amaigris, détériorés, non encore malades, mais déjà placés entre la santé et la maladie. L'amaigrissement, le dépérissement, l'altération profonde de la constitution, les troubles de la digestion et de la nutrition, la cachexie scorbu tique, l'intoxication intermittente et typhique ont été les premiers effets de l'action de ces causes variées et multiples; des maladies graves, complexes, et une grande mortalité devaient ^n être le résultat secondaire ou définitif.

Les hommes indisposés ou atteints des maladies et des blessures les plus légères étaient généralement soignés, par les médecins des corps, dans les infirmeries régimentaires. La plupart de ces établissements avaient une installation défectueuse et les soldats ne s'y trouvaient guère mieux que seus leurs tentes. Au lieu de deux baraques, elles n'en avaient souvent qu'une, où l'encombrement était à peu près constant et où ses effets ne tardaient pas à se produire, notammeut en hiver, sur les nouveaux habitants. Elles étaient dépourvues de îits et les malades couchaient sur une couverture de laine, qui, seule le plus souvent, les protégeait contre la dureté et l'humidité du sol.

Les malades sérieusement frappés dans les corps et ceux dont les maladies s'étaient aggravées dans les infirmeries étaient traités dans les ambulances dont l'organisation, incomplète malgré les efforts incessants de l'administration, laissait toujours beaucoup à désirer au point de vue de l'hygiène. En

outre de leur situation qui ne réunissait pas toujours les con ditions hygiéniques désirables et de l'impossibilité de les changer de lieu de temps en temps, le nombre des baraques qui les composaient était trop réduit. Aussitôt que le chiffre des malades venait à dépasser les limites les plus normales, eu hiver par exemple, il fallait les encombrer; et, malgré leur encombrement, ces baraques, devenant tout à fait insuffisantes, on était obligé de placer une partie des malades sous des lentes, où l'infection ne tardait pas à se produire comme dans les baraques. Pendant les hivers tîe 1855 et 1856, le chiffre des malades était si considérable et les moyens de les loger si restreints que des baraques destinées à loger 12 à 14 malades en ont reçu jusqu'à 20 et 24 et que des ambulances devant en contenir 4 à 500en ont logé jusqu'à 1,000 et 1,200. Et, cet encombrement, déjà si pernicieux par lui-même, entraînait nécessairement avec lui une foule d'autres inconvénients, tels que l'insuffisance des moyens de couchage, de linge de corps et de lit, la mauvaise qualité et la mauvaise préparation des aliments et des boissons, l'insuffisance du personnel de santé et administratif, l'impossibilité absolue de nettoyer et d'aérer les baraques et les tentes qui étaient alors, nécessairement, toujours remplies. Les châlits manquaient le plus souvent dans les tentes, et les malades n'y étaient pas mieux couchés que dans les infirmeries régimentaires ou dans les camps. Les couvertures étaient sales, infectées de miasmes putrides et partout en nombre trop restreint pour pouvoir les nettoyer ou les changer assez souvent. Les draps manquaient fréquemment ; toujours ils étaient mal blanchis, et beaucoup d'homiviS étaient obligés de garder sur eux leur pantalon et leur chemise sales et souvent couverts de déjections.

Il est facile de se faire uue idée des conséquences funestes de celte situation fâcheuse, mais forcée par les exigences et les difficultés de celle guerre sans exemple dans l'histoire, situation qui s'est produite pendant l'hiver de 1855 et renouvelée pendant celui de 1856, malgré l'enseignement du passé

et les efforts que l'on faisait pour l'éviter ; et personne ne s'étonnera, si, à ces deux époques, au milieu de tant de causes morbifiques si variées et si débilitantes, au centre d'un si vaste foyer d'infection miasmatique végétale et animale, l'armée a fourni tant de malades et tant de maladies graves et mortelles.

Ce n'est, très généralement, qu'après avoir passé successivement des régiments dans les infirmeries, de celles-ci dans les ambulances, que les malades de la Crimée nous étaient eu voyés à Constantinople. Les indispositions, les maladies et les blessures légères étaient le plus souvent traitées et guéries sur les lieux. Les hommes cachectiques, détériorés et atteints d'affections graves nous étaient seuls évacués, et seulement après avoir subi un premier traitement dans les ambulances. La traversée de la mer Noire n'était pas longue ; mais, pressée par les circonstances,, l'administration était forcée d'entasser les malades à bord des bâtiments, où ils continuaient à subir les effets de l'encombrement comme dans les camps, les infirmeries et les ambulances. Quelquefois même, une fois arrivés dans le Bosphore,- les difficultés du débarquement étaient telles qu'on était obligé de les laisser 24 et même 48 heures à bord, avant de pouvoir les transporter dans les hôpbaux. Alors beaucoup de maladies s'aggravaient ou se compliquaient d'accidents nouveaux qui déterminaient quelquefois la mort en peu de temps.

C'est dans ces conditions que les malades nous arrivaient de la Crimée.

Tous les hôpitaux de Constantinople, au moins ceux de première ligne, recevaient des malades ayant la même origine et des maladies identiques quant à leur nature; mais chaque établissement, par ses dispositions spéciales, devait exercer nécessairement, sur les individus qui l'habitaiemt, une influence particulière. Je vais raconter, sans idées préconçues et sans me préoccuper de ce qui se passait daus les autres établissements analoguos, ce que j'ai observé à l'Ecole Militaire.

L'hôpital était bien sittté, il recevait les vents de tous lec

tiêiés et se composait, comme je l'ai tlil plus haut, de bars ques de diverses grandeurs, d'une salle el d'un corridor dans le bâiimenl incendié.

Les grandes baraques avaient 100 mètres de long, 0,5<> de large et 3.75 de hauteur ; elles avaient chacune 4 portes, 40 fe nêtres et un égal nombre de veniouses placées entre les portes ei au niveau du sol intérieur. Indépendamment de ces moyens naturels de ventilation, l'air filtrait de toutes paris, le froid y était intense en hiver el la chaleur très vive en été ; et c'est à peine si, pendant la saison froide, en entretenant, d'une manière continue, les cinq poêles que chacuue d'elles possédait, on parvenait à élever la chaleur intérieure de 1 à 2° au dessus de la température extérieure. J'ai vu plusieurs fois, en hiver, le thermomètre marquer 2 et même 3° au-dessous de zéro pendant ma visite du matin. Chacune de ces baraques avait 84 lits et chaque malade 29 mètres cubes d'air à respirer, sans préjudice de l'aération continue qui s'opérait par les ventouses et les nombreuses fissures accidentelles dont les planches, mal jointes, étaient criblées.

Les pentes baraques, qui avaient 30 lils chacune, offraient les mêmes dispositions, et les malades avaient, dans celles-ci, autant d'air que dans les graudes.

La salle du bâtiment en pierre avait 2im80 de long, 1 1 ,66 de large et 4,75 de hauteur. Elle avait une porie et 13 fenêtres : elle contenait 36 lils et chaque malade avait 32 à 33m cubes d'air. On la chauffait facilement, et sa chaleur intérieure était à peine influencée par l'état extérieur de l'atmosphère.

Le corridor avait 35ml0 de long, 3,30 de large el 6 de hauteur; il avait deux portes qui étaient très souvent ouvertes et iO fenêtres semblables à celles de la salle. Il contenait 20 lits et il avait, pour chaque malade, un espace de 35m cubes. Opte chauffait aisément quand les portes et les fenêtres éiaieni fermées ; mais, comme les portes étaient très larges et qu'elles s'ouvraient à chaque instant pour les besoins du service de *a salle et du corridor lui-même, les variations tic la tempe

ralure y étaient encore plus brusques et plus fréquentes que dans les baraques en planches, où la chaleur intérieure suivait à peu près, en été comme en hiver, les mêmes fluctuations que celles de l'air extérieur.

J'insiste à dessein sur les dispositions particulières des différentes salles de l'établissement à cause de leur aeticn pathftgénique spéciale sur les malades, action sur laquelle je reviendrai plas tard, à l'occasion des accidents lyphiques dont elle était une des causes déterminantes le» plus actives.

Toutes les salles étaient propres, bien tenues, fréquemment lavées et blanchies à la chaux, et l'on y faisait des fumigations aromatiques et chlorurées plus ou moins souvent , selon la saison, le nombre des malades et la nature des maladies régnantes. Elles étaient bien aérées, et, à part des circonstances tout à fait accidentelles, elles n'ont pus été réellement encombrées. Les malades étaient mieux alimentés à l'hôpital que dans les ambulances de la Crimée; ils avaient du linge plus propre, bien que le blanchissage laissât encore toujours à désirer; des bains d'eau et surtout de vapeur leur étaient donnés toutes les fois qu'on les jugeait utiles, et leurs vêtements, en arrivant, étaient toujours lavés ou lessivés.

Tel était le changement notable qui s'opérait dans la situation des ma'ades en passant des ambulances de la Crimée dans notre hôpital.

Revenons maintenant, sans perdre de vue les faits que je viens d'exposer, aux maladies dont les militaires étaient atteints avant d'être envoyés à Constantinople :

L'état sanitaire des troupes était excellent au début de la campagne; mais déjà, dans les mois de juillet et d'août suivants, notre armée était cruellement éprouvée par le choléra, à Gallipoli, à Varna, à Andrinople, à Constantinople, et surtout dans la Dobru scha où, sur un etfectif de 10,590 hommes, la tre division d'infanterie perdit, en quelques jours, 2,050 cholériques (i).

(1J Cazalas, Ménu fie Méd. Milil., 2e série, vol. 15 - et Gaae{tf UèdirrJi l'avis, 1855. rr- 34, 35 et :t7.

Le 2 septembre, au moment de l'embarquement des troupes, pour la Crimée, l'épidémie cholérique, qui irappaii aussi, à la même époque et avec plus ou moins de rigueur, presque toute* les contrées de l'Europe Occideutale, était à peu près éteinte dans l'armée; mais une influence cholérique, indépendante du climat, des saisons, de l'encombrement et des conditions de ia guerre, n'a jamais complètement disparu depuis le début jusqu'à la fin de la campagne ; et, le choléra, quand il cessait d'être épidémique, continuait de se montrer, tantôt sur un point tantôt sur un autre, par des cas isolés et sporadiques.

Dès le mois d'octobre i854, après un mois de siège, les maladies, caractérisées par des symptômes d'anémie, de prostration, de dépression morale, de paresse musculaire, étaient déjà nombreuses en Crimée : les diarrhées, les dyssenteries, les ictères et le choléra que l'on observait le plus souvent, prenaient, dans beaucoup de cas, une forme typhoïde fréquemment mortelle (1).

Après le terrible ouragan du 14 novembre et le froid qui en fut la suite, le choléra disparut presque complètement ; quelques cas de congélation se montrèrent; les diarrhées et les dyssenteries augmentèrent de nombre et surtout de gravité.

En décembre, le scorbut commençait à paraître, et par suite des pluies, des neiges, des tempêtes, du froid rigoureux et des intempéries subites et profondes de décembre et de janvier, les congélations devinrent nombreuses el graves, surtout chez les hommes affaiblis et détériorés par les fatigues, les privations, le scorbut et la diarrhée; et, déjà à cette époque, les affections de la Crimée étaient, très généralement, complexes, elles offraient un mélange de diarrhée, de scorbut, de choléra et de typhus.

En février et en mars 1855, le scorbut se généralisait outre mesure, ainsi que les diarrhées et les affections typhoïdes . Presque toutes les maladies, — diarrhées, dyssenteries, ty-

l)Scri\e. Mém, de. Mèd, Milit., 2r série, I7r vol

phus, etc., se greffaient sur ud fond scorbutique cl offraient un caractère rémittent plus ou moins prononce.

En avril et surtout en mai, après le retour de la bonne saison, on voyait diminuer de jour en jour, notablement et rapidement, lechiflre des malades et la gravité des maladies.

En été,, les maladies, toujours nombreuses, graves et dominées par le scorbut, étaient, pour la plupart, des diarrhées, des dyssenteries, des affections intcrmitten'es et typhoïdes, compliquées fréquemment d'ictère et à peu près toujours de phénomènes gastriques.

En automne, après la prise de Malakoff, les affections, tout en conservant leur caractère de complexité primitive, diminuaient notablement de nombre ei de gravité; et ce n'est que par suite des pluies, du froid, de la neige, des tempêtes, des intempéries si fréquentes et si profondes de l'hiver de 1856. qu'elles redevinrent, comme l'année précédente et à peu près à la même époque, fréquentes, graves et constituées, de même qu'en 1855, par des états morbides complexes dans lesquels La diarrhées ou la dyssenterie, le scorbut, le typhus et l'intermittence avaient une part plus ou moins importante. Les affections cérébrales, primitives, essentielles, n'ont été qu'une rate exception pendant toute la durée de la campagne; mais des symptômes cérébraux compliquaient assez souvent les autres maladies, surtout le scorbut, le typhus et le choléra. Les maladies de l'appareil respiratoire n'étaient, généralement, pendant l'hiver de 1856 de même qu'en 1855, qu'une complication des autres états morbides plutôt que des affections primitives, isolées, indépendantes.

Les maladies de l'hiver de 1856 ont été sans doute très nombreuses et la mortalité bien graude; mais il est évident que l'on a exagéré le chiffre absolu des malades et des décès, et celte exagération me paraît tenir à cette circonstance, que l'on a nombré, pour les deux époques, les malades et les morts, sans tenir compte de 1 énorme différence de l'effectif des troupes, qui était de "5,000 hommes en 1X55 et de 140,000 en

1856. Les résultais que nous avons obtenus à l'Ecole Militaire sont de nature à prouver, au contraire, que les maladies ont été moins généralement mortelles en 1856 qu'en 1855, puisqu'eo 1855 la mortalité, relative au nombre des malades traités, a été de 24,65 0/0, tandis que celle de 1856 ne s'est élevée qu'a 14,87 0/0, ce qui constitue l'énorme différence de 9,78 0/0 à l'avantage de 1856.

En avril 1856 déjà, — plus sensiblement qu'en 1855, grâce à la cessation des hostilités, à la conclusion définitive de la paix, au repos aprèsdesi longues laiigues, à l'espoir d'un retour prochainen France, à la douce et uniforme température du prin temps et aux sages mesures hygiéniques mises en usage, — la constitution médicale, en conservant toujours les mêmes caractères de complexité, s'améliorait d'une manière remarquable, et, au mois de mai suivant, i! n'était presque pas possible de rêver un état sanitaire plus satisfaisant, état sanitaire qui s'est invariablement maintenu, malgré les craintes chimériques de quelques hommes, jusqu'à la (in de l'évacuatiou des troupes, qui a eu lieu au mois de juillet suivant.

Maintenant, que nous connaissons les conditions hygiéniques au milieu desquelles se trouvaient nos soldais, bien portants ou malades, dans les camps, dans les infirmeries, dans les ambulances et à l'hôpital de l'École Militaire ; que nous avons indi que les causes générales, prédisposantes et déterminantes des maladies de la Crimée, leur marche générale et leur nature complexe, nous pouvons aborder, avec une certaine confiance et sans trop craindre de nous égarer, l'examen de ces mêmes malades et les accidents particuliers que nous ont présente ieurs maladies pendant la durée de leur séjour à l'hôpital.

Je dois constater avant tout, que l'Ecole Militaire est constamment restée, pendant toute la durée du choléra, en dehors de la sphère cholérique, que, malgré le nombre considérable de cas de choléra qui y ont été traités, jamais la maladie ne s'y est propagée et qu'aucune des personnes composant le nombreux personnel de rétablissement n'a été atteinte par elle. Ce

fait devait être bien établi avant d'aller plus loin, pour faire connaître au lecteur quêtes malades de la Crimée n'ont jamais subi une influence cholérique notable pendant leur séjour dans notre hôpital et que, parmi les personnes qui l'ont habité, le choléra ne s'est jamais déclaré. — si ce nVsi dans une circonstance que j'indiquerai plus lard. — que chez celles qui, préalablement à leur entrée, avaient été infectées dans un lieu cholérisé.

Les malades de la Crimée, comme je l'ai dit plus haut, avaient subi, dans les ambulances ou dans les infirmeries régimenlaires, un traitement plus ou moins long avant d'arriver à l'hôpital. Les maladies dont ils étaient atteints offraient, pour la plupart, un caractère général de débilité profonde, résultant nécessaiiement et indépendamment des influences du climat et des saisons, des conditions hygiéniques dont j'ai parlé. Elles étaient, très-généralement, graves, car les affections légères étaient traitées sur les lieux et les convalescents envoyés de préférence dans les hôpitaux de deuxième ligne. Elles étaient, très-généralement, complexes, et, les entités morbides qui entraient, le plus souvent, dans leur composition sont le scorbut, la diarrhée, la dyssenterie, l'intermittence, le typhus et le choléra, réunis deux à deux, trois à trois, etc. ; et, pour donner de suite une idée uelte et précise de l'importance et de la fréquence de ces dernières maladies, il me suffira de dire que, sur 4,114 malades traités dans mon service spécial de l'Ecole Militaire, je n'en trouve que 94, c'est-àdire 1 sur 44, chez lesquels le diagnostic porté à la première visite n'iudique pas l'existence de l'une ou de plusieurs d'entre^ elles.

Les fièvres intermittentes et rémittentes, la diarrhée et la dyssenterie, le scorbut, le choléra et le typhus, qui constituaient la pathologie presque toute entière de l'armée de Crimée, forment, dans nos livres classiques, des entités morbides parfaitement disiinctes les unes des autres. Quand ces maladies se présentaient à notre observation, isolées et sans coin-

plieaûon, — ce qui était fort rare, — il était facile de les reconnaître; mais quand elles se trouvaient combinées plusieurs ensemble, — c'étaient de beaucoup les cas les plus fréquents, — le problème pathologique était plus difficile à résoudre.

L'intermittence s'alliait presque constamment avec les affections continues, et les ma'adies continues n'arrivaient que très-rarement à leur solution définitive, sans se compliquer de phénomènes intermittents plus ou moins prononcés, mais toujours évidents pour l'observateur attentif et expérimenté ; l'embarras gastrique ou bilieux, à des degrés différents, en toute saison, mais surtout en été et eu automne, faisait partie de presque tous les états mor bides continus ou intermittents ; le scorbut, depuis le commencement du premier hiver ju-qu'à la fin de la campagne, n'a presque jamais manqué de constituer, à toutes les époques de l'année mais surtout en hiver, le fond de toutes les autres maladies; le choléra ne frappait le plus souvent que les sujets préalablement atteints d'autres maladies; les congélations n'étaient généralement graves que chez les individus détériorés par la diarrhée ou d'autres affections chroniques; le typhus lui-même ne s'attaquait, dans l'immense majorité des cas, qu'aux hommes déjà scorbutiques ou malades.

De sorte que, les affections intermittentes présentaient presque toujours des symptômes de continuité ; le scorltul des symptômes d'intermittence, de diarrhée ou de typhus ; la diarrhée ou la dyssenterie des symptômes de scorbut, de choléra, de typhus ou d'intermittence ; le typhus, des symptômes d'intermittence, de scorbut, de diarrhée ou de dyssenterie ; le choléra des symptômes de diarrhée, de dyssenterie, de typhus ou de scorbut ; les congélations enfin des symptômes de scorbut, de diarrhée ou de dyssenterie chronique, etc.

Les cas de ces divers mélanges constituaient la règle très générale. L'immense majorité des maladies et surtout des maladies graves étaient complexes, et, autant il est fréquent de rencontrer des affections simples dans la prafique civile et

dans les hôpitaux de l'intérieur, autant les entités morbides, sans complication et sans mélange, étaient rares parmi les hommes qui nous arrivaient de la Crimée.

Quand, dans ces maladies complexes, les symptômes propres à chacune des entités morbides qui les constituaient, étaient nettement dessinés, il était aisé d'en apprécier le uombre, la nature et le degré d'importance ; mais, dans ce mélange d'éléments morbides si divers, les anomalies, si fréquentes, étaient souvent de telle nature que les signes caractéristiques des uns s'effaçaient quelquefois plus ou moins complètement sous le voile des phénomène* des autres, moins importantes en apparence, ou se dissipaient du jour an lendemain pour faire placî à d'autres symptômes appartenant à une affection antérieure ou de nouvelle invasion.

C'estainsi quesedéguisaientsouvent, l'intermittence sous une forme continue, la diarrhée et la dyssenterie sous une forme cholérique, le scorbut sous une forme typhique, le choléra sous une forme dyssenlérique, etc.

C'est encore ainsi que des phénomènes cholériques ou typhiques graves s'effaçaient quelquefois brusquement pour laisser reparaître, dans leur première intensité, la diarrhée, la dyssenterie, le scorbut, la lièvre intermittente, etc., qui existaient antérieurement.

Ces exemples de symptômes larvés et de mutations d'une maladie en une autre maladie, étaient fréquents, et,,ce n'est qu'avec la plus grande attention que le médecin, surtout au milieu d'un service trop longet trop considérable pour ses forces, parvenait à suivre, dans ce dédale pathologique si complexe, cette filiation, cette transmutation, bizarre mais réelle, des éléments morbides entr'eux.

Il y avait sans doute dans la plupart de ces maladies composées un des éléments qui dominait tous les autres; mais aucun d'eux ne régnait pour ainsi dire jamais à l'exclusion absolue des autres éléments. Elles offraient sans doute, dans l'immense majorité des^as, les symptômes plus ou moins obscurs des

affections décrites, avec tant de talent et de vérité, dans nos ouvrages classiques, mais il est absolument impossible de les rapporter à ces types connus ; et, pour les envisager à leur vrai point de vue, il ne fallait rien moins que toutes ces lumières fournies par la pathologie, par l'analyse clinique la plus sévère et par l'attention la plus soutenue. Elles ne constituaient pas des maladies nouvelles, inconnues, comme on pourrait le supposer, mais bien des affections complexes, mixtes, composées d'entités morbides connues, étudiées, décrites, classées; seulement, au lieu d'être isolées et indépendantes les uns des autres, elles étaient combinées entr'elles deux à deux, trois à trois, etc. Et, ce n'est qu'en mettant de côté les théories des écoles, fondées sur la simplicité et l'indépendance des maladies, et en appelant à son secours le concours puissant de l'analyse clinique, que le médecin parvenait â débrouiller ce chaos pathologique si confus ; à déterminer, d'une manière rigoureuse, le nombre et la nature des éléments constituants de ces étals morbibes complexes et leur degré d'influence daus la solution définitive des maladies; à saisir enfin les indications thérapeutiques les plus sûres, les plus efficaces pour venir en aide aux efforts souvent impuissants de la nature médicatrice.

Sur 92 autopsies pratiquéos sous mes yeux, sur des sujets proveuant de la Crimée et dont j'ai pu recueillir les observa-

tions, j'ai noté des lésions :

Gastro-intestinales 88 fois.

Du cerveau ou doses membranes 5r>

Pulmonaires ou pleurales 36

De la rate 35

Du foie 32

Du cœur ou du péricarde 28

Des reins ou de la vessie 25

Ces lésions, quelquefois constituées par une congestion active, une hypertrophie, ou une induration des tissus, étaient presque toujours caractérisées, soit dans les membranes, soit dans

les parenchymes, par l'anémie ou la décoloration, l'hypérémifi ou l'hémorragie passives, l'atrophie, la friabilité ou le ramollissement, l'infiltration de sérosité ou les épauebements séreux. D.ins la plupart de ces cas, la peau était pâle, décolorée, sèche et rugueuse, ictéiique ou couverte d'éruptious diverses ; le tissu cellulaire sous-cutané œdémateux, injecté ou parsemé d'ecchymoses plus ou moins étendues ; le tissu musculaire décoloré, friable et comme macéré ; la muqueuse buccale livide, fongueuse, ulcérée, ou gangrénée.

Outre ces lésions déjà s> nombreuses et qui constituaient la règle très générale, on rencontrait, fréquemment, dans les organes, des érosions, des ulcérations, d( s épaississements, des éruptions, des tubercules, des suppurations, etc. Mais cellesci n'étaient qu'accidentelles et variaient à l'infini selon la nature des éléments morbides qui avaient dominé pendant la vie.

Jamais une de ces lésions, générale ou accidentelle, n'a été rencontrée seule sur un cadavre. Elles étaient toujours multiples et offraient, très généralement, les mêmes caractères dans tous les appareils, sinon dans tous les organes, L'hypérémie active ou les phénomènes de l'inflammation s'observaient quelquefois chez les sujets encore robustes et ayant succombé par suite de maladies aiguës ; l'anémie, la décoloration, l'atrophie, le ramollissement, les infiltrations et les épanchemeuts séreux , les hémorragies passives et les ecchymoses appartenaient, au contraire, aux sujets détériorés, cachectiques et morts à la suite de longues souffrances ou de maladies chroniques.

Celte multiplicité et celte variété de lésions anatomiques que nous rencontrions dans l'immense majorité des cas, confirment de tous points, ce que j'ai dit en parlant des symptômes, et prouvent comme eux, que Ses maladies de l'armée d'Oi ient étaient générales et complexes de même que les causes qui leur avaient donné naissance.

C'est surtout au point de vue»<lu traitement que celte complexité de nature avait une haute importance.

Rien n'était généralement plus dangereux pour les malades

que de considérer leurs maladies comme des entités morbides isolées, indépendantes les unes des autres, parceque ces entités, à l'état d'isolement, n'existaient pas ou ne constituaient que de très rares exceptions. Rien, au contraire, n'était plus avantageux pour la bonne solution des maladies, <jue de le* considérer comme des affections complexes, parce que le mélange, la combinaison, la complexité étaient la règle ires générale et presque absolue. Je dois ajouter, qu'en dehors de ce principe fondé sur l'expérience et l'observation ; qu'eu dehors des métbodes thérapeutiques qui découlent naturellement, de ce principe, applicable d'ailleurs à la paibologie de toutes le? armées en campagne et qui ont beaucoup souffert, le médecin, danssapratiquespéciale, ne pouvait avoir quedesdéceptions, des mécomptes et une mortalité relative très grande. Je ne crains pas de dire que la mortalité de mon service particulier diminuait sensiblement, toutes choses égales d'ailleurs, à mesure que l'expérience faisait progresser ma conviction en ce sens, et je crois pouvoir affirmer que, pendant l'hiver de 1855, épo que à laquelle, nageant à pleines voiles dans des régions inconnues et remplies d'écueils, cherchant et tâtonnant encore, je perdais des malades que j'aurais sauvés en 1856, parce qu'alors, guidé par l'expérience et les recherches du passé, mieux fixé sur la nature complexe des maladies et le degré d'importance des éléments qui les constituaient, j'agissais avec plus d'assurance, de sécurité et d'énergie.

Un élément morbide qui, isolé, ne constitue pas une maladie proprement dite, — {'embarras gastrique, — compliquait la plupart des affections et avait sur elles une influence remarquable. Celles-ci avaient généralement une marche lente, incertaine, irrégulière ; elles étaient sujettes à des secousses, à des rechûtes imprévues, à des récidives et à des complications insolites, tant qu'elles n'en avaient pas été débarrassées par l'emploi des évacuants vomitifs et purgatifs.

Un autre élément, non moins fréquent et plus dangereux encore que le précédent,— l'intermittence,— généralement trop

faible par lui mémo poui déterminer des accès violents et complets de fièvre intermittente, mais assez puissant pour entrer, en toutes saisons, dans la composition d<*s maladies, — contrariait presque toujours la marche de ces dernières, les aggravait et les rendait fréquemment mortelles, par suite descongestions viscérales consécutives aux paroxysmes, si le médecin n'avait pas la précaution de neutraliser, de bonne heure, son action sur l'organisme par l'usage du sulfate de quinine ou d'un autre fébrifuge.

En arrivant à Consiantinople, tous les malades avaient la peau recouverte d'une couche épaisse de crasse dont il était important de les débarrasser d'abord, pardes bains de vapeur, dens le but de rétablir le fonctionnement normal de l'organe cutané.

Les vomitifs, les purgatifs et les anlipériodiques étaient, après les bains, les premiers moyens le plus généralement applicables aux malades de la Crimée, quand des accidents particuliers n'exigeaient pas l'emploi, d'urgence, d'une autre médication active.

Les baius, par leur action sur la peau, les vomitifs, les purgatifs et le sulfate de quinine, par leur action évacuante et fébrifuge, employés dès le début, isolément ou simultanément selon les indications particulières fournies par chaque malade, simplifiaient les maladies, les rendaient plus bénignes, les disposaient à une solution heureuse et plus rapide, et à par cou rir leurs périodes plus régulièrement et sans secousses dangereuses.

Après l'emploi de l'un, de deux ou de ces trois moyens selon les cas, le moment était venu d'attaquer, successivement ou à la fois, les autres entités morbides par les agents de l'hy gyène et de la thérapeutique les plus propres à les combatire : l'air et les autres moyens hygiéniques suffisaient quelquefois pour assurer la guérison ; les toniques étaient souvent utiles, et les amiphlogistiques seulement quelquefois. Enfui, tes maladies, générales ou locales, débarrassées des éléments

dont je viens de parier, qui enlravaienl leur marche ei les disposaient à une terminaison lunesie, réclamaient l'usage de traitements divers dont il n'est opportun de faire connaître ici ni la nature ni les détails.

Après les considérations générales que je viens d'exposer sur les maladies de la Crimée dans leur ensemble, je vais, pour compléter mon travail, reprendre un à un les divers groupes morbides indiqués au 3e tableau de la 2e partie et étudier, successivement et avec plus ou moins de détails , dans autant de chapitres séparés : 1° les lésions chirurgicales ; 2° les affections diverses; 5° V intermittence et les affections intermittentes ; 4° les diarrhées et les dyssenteries ; 5° le scorbut et les affections scorbutiques ; 6° le choléra et les affec lions cholériques : 7° le typhus et les affections typhiques

% l'r. — LÉSIONS CHIRURGICALES.

L'hôpital de l'Ecole militaire, — je l'ai déjà dit plus haut,— a été, depuis le jour de son ouverture jusqu'à l'époque de s.» suppression, spécialement affecté au traitement des fiévreux : ce n'est donc qu'accidentellement et dans les cas où les autres hôpitaux, destinés plus particulièrement aux blessés, étaient encombrés ou menaçaient de l'être, que les hommes atteints d'affections externes nous étaient envoyés.

Le nombre de nos blessés s'élève au chiffre minime de 658; ils ont produit 57 décès ou 8,G6 sur 100.

Ils ont tous été traités daus la 5e division, dont mou savant collaborateur et ami M. Barudel n'a cessé d'avoir la direction depuis le 10 mai 1855, époque de son arrivée à Constautioople. Jusqu'alors, le service de chirurgie avait été provisoirement confié à M. Charles Girard, médecin -major du 7e régiment de dragons, mort en Crimée, l'hiver suivant, du typhus, victime, comme tant d'autres de nos camarades, de son zèle et de son dévouement.

Comme depuis plusieurs années je suis resté constamment et complètement étranger à la pratique des lésion? externes, je

dois laisser à mes collègues, qui fout leur spécialité de la chirurgie et qui sont par conséquent beaucoup plus compétents que moi en celte matière, le soin d'élucider toutes les ques • lions qui se rapportent à cette partie de l'art de guérir, si iin portante surtout dans les armées en campagne et à leur suite.

Je dirai seulement, avant d'abandonner ce sujet, que M. Barudel a recueilli, avec exactitude, tous les documents statistiques et scientifiques relatifs au service spécial de la chirurgie ; que la plupart de nos blessés étaient atteints, en arrivant, de scorbut plus ou moins profond, de choléra, de diarrhée, de dyssenterie ou d'autres affections plus ou moins graves ; que les blessures se compliquaient quelquefois, en toute saison mais surtout en hiver, de typhus ou d'accidents typhi ques ; qu'elles n'étaient mortelles, à l'exception de quelques cas particuliers, que chez les sujets atteints de complications internes; que, par suite des mesures hygiéniques surveillées, avec une attenlion toute particulière, par le médecin trailaut, la pourriture d'hôpital ne s'est montrée que trés-raremeni dans ses salles ; qu'enfin j'ai été témoin d'un grand nombre de guérisons qui certainement n'auraient pas eu lieu sans une habilité spéciale de l'opérateur et surtout sans les soins intelligents et affectueux dont celui-ci entourait incessamment ses malades avant et après l'opératiou.

§ 2e. — AFFECTIONS DIVERSES.

Je réunis sous celte dénomination toutes les maladies qui ne peuvent rentrer dans les autres catégories et qui, en raison de leur nombre et de leur nature, n'exigent pas beaucoup de développements. Elles figurent pour un chiffre de 2,037 malades, c'est-à-dire pour l/6me dans la statistique générale, et elles ont fourni 102 morts, ou 5 décès sur 100 malades.

Le nombre des maladies de cette catégorie serait encore bien moins considérable s'il était possible d'en retrancher toutes celles qui s'accompagnaieut d'intermittence, de diar-

rliée, de dyssenlerie, tic scorbut, d<; choléra ou do lyphus : et, pour prouver l'exactitude de celte assertion, i! suffira de constater que, sur -4114 malades traites dans mon service particulier, je n'ai trouvé que 94 maladies, ou 1 sur 43, dans le*quelles l'une de ces dernières affections n'entrât pour une part plus ou moins grande.

Ces 94 maladies simples ou sans symptômes d'intermillen ce, de diarrhée, de dyssenterie, de scorbut, de choléra ou de lyphus se sont montrées dans les proportions suivantes

Variole 5 fois.

Rougeole 2

Glossite 1

Péritonite "2

Bronchite w20

Pleure- bronchite 52

Pleuro pneumonie 7

Emphysème pulmonaiie 4

luberculisation pulmonaire .... 5

Hypertrophie du cœur 1

Congestion cérébrale 7)

Delirium tremens 1

iïpilcpsie 1

tthumatisme i°2

Total.... 94

Et, comme la plupart de ces affections simples ont été fournies par les troupes arrivant de France ou en station à Conslantinople, on peut établir, d'une manière presque absolue, que les malades de la Crimée étaient atteints d'affections intermittentes ou rémittentes, de diarrhée ou de dysseuierie, de choléra, de typhus ou de scorbut.

Indépendamment de leurs combinaisons fréquentes entre el les, les 4,020 affections traitées dans mon service et appartenant à l'une ou à i'autre de ces dernières catégories étaient compliquées de :

Variole 2 fois.

Ophthalmie 5

liéméralopie î

Otite 5

Méningite 2

Angine tonsillaire 2

Œdème de la glotte 4

Bronchite .. . 152

Pleuro-bronchite 16

Pleuro ou broncho pneumonie . . 10

Tuberculisation pulmonaire 12

Hémoptysie . 1

Congestion du foie ou ictère .... li

Ascite 1

Anasarque 51

Albuminurie (i

Purpura 5

Congélation ' 166

Gangrène 1

Toial.... 410

D'où il suii, 1° que sur les 4,114 malades traités dans mon service, tous, à l'exception de 94, éiaient atteints d'affections intermittentes ou rémittentes, diarrhéiques ou dyssenlériques, scorbutiques, cholériques ou typhiques; 2° que dans les 4,020 maladies appartenant à ces dernières catégories, désaffections diverses ont paru 4t0 lois à titre de complications plus ou moins importantes.

Les 94 maladies simples ou dégagées de complications notables, généralement bénignes, n'ont fourni que 7 décès, ou 7 sur 100. Elles étaient généralement superficielles et se localisaient plutôt sur les membranes que dans la profondeur des parenchymes. Elles s'accompagnaient souvent d'embarras gastrique plus ou moins prononcé, et fréquemment, pendant l'évolution de leurs périodes, elles offraient des s:gnes manifestes d'intoxication paludéenne.

Le traitement qui leur couvenait fst le même que celui que l'on emploie dans les maladies de même nature observées en Frariçe, avec ces différences pourtant ^qu'il fallai) être plus avare

d'émissions sanguines et qu'elles réclamaient plus souvent cj plus impérieusement l'intervention des évacuants, des ami périodiques et des touiques.

& 8e — ni: I.'lSTF.ft.MlTTESCK et des affections INTERMITTBHTBS.

L'intermittence proprement dite est, dans son acception la plus générale, le signe pathognomonique de l'infection paludéenne.

Il y a bien sans doute des paroxysmes, des cxaeerbaiions dans les maladies continues; mais, point d'intermittence réelle sans l'action préalable, sur l'organisme, de miasmes marécageux.

Un accès de fièvre est l'expression la plus complète, sinon la plus fréquente de l'intoxication miasmatique végétale; mais l'intermittence peut également se manifester et se manifeste même bien plus souvent qu'on ne le croit généralement, sous d'autres formes pathologiques, telles que la névrose, l'hémorragie, la fluxion ou la congestion; et, c'est à ton, selon moi, que la plupart des auteurs se sont toujours elïorcésde faire rentrer toutes les affections périodiques dans la classe des fièvres.

L'intermittence, tantôt sous la forme de pyrexie, tantôt sous celle de névrose, d'hémorragie, de fluxion ou d'hypérémie, peut se montrer simple, isolée, indépendante de toute compli cation; mais, dans un grand nombre de cas, elle se trouve liée, chez le même individu, à d'autres éléments morbides cou linns, et, l'on appelle rémittentes les maladies composées d'intermittence et de continuité.

La fièvre gastrique continue unie a l'intermittence, est l'affection que l'on désignegénéralement sous la dénomination defièvre rémittente; mais, d'une part, celle maladie déjà complexe par elle-même, est souvent associée avec d'autres affections continues, et d'un autre côté, toute autre maladie continue juxtaposée à l'intermittence constitue autant de maladies rémittentes.

Que l'intermittence se monire simple ou compliquée d'une maladie continue, qu'elle se manifeste sous une forme ou sous une autre, sa nature restant toujours la même, — l'effet palho-

îogique d'un empoisonnement par des miasmes végétaux, — je dois comprendre dans ce groupe de maladies toutes les affections intermittentes et rémittentes, qu'elles soient simples ou compliquées, quelles que soient les formes sous lesquelles elles se présentent.

Le tableau suivant, établi d'après les rapports particuliers fournis par les médecins traitants, indique, mois par mois, le nombre total des malades atteints, au moment de leur entrée à l'hôpital, de fièvres intermittentes et rémittentes;

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des ; aflec- j tions

périodiques

au nombre total des malades

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1 sur 7,6

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