ÉTUDE CHIMIQUE DU SUC GASTRIQUE
1^ Recherches qualitatives des acides.
A) Constatation de L'AcmiTÉ : le papier de tournesol vire au rouge.
B) AcmE CHLORHYDRIQUE LIBRE.
a) Papier rouge du Congo vire au bleu.
b) Réactif de Gunzbourg.
Phlorogliicinc i grammes.
Vanilline i —
Alcool absolu 3o —
On dépose, dans le fond d'une capsule de porcelaine, 4 ou 5 gouttes de suc gastrique et une quantité égale de réactif. On chauffe doucement au bec Bunsen pour éviter la carbonisation : si le liquide contient de Tacide chlorhydrique libre, il se produit une belle coloration rouge vermillon, au moment où l'évaporation est complète.
C) Acide chlorhydrique combiné. — Le réactif de
' Le repas classique (Ewald, Hoas, llavcm), se compose de : (io à 8() f^rammes do pain blanc rassis ; 200 à -iJo graimiies de ihé léjçcr ou d*eau.
(icrmain Sée et RoInn y ont ajouté un blanc d'oMif cuit dur.
Le repas do Loubro et Hiej^ol i-oniprend «00 à ioo grammes de l>ouillon, uou grauunesde viande, .|() à 100 grammes de pain, 200 grammes d eau.
(ri MALADIES DE L ESTOMAC ET DE l'oESOPHAGE
Tôpfer permet de constater s'il existe de l'acide chlorhydrique libre ou combiné.
('composition du réactif.
I)imétli}lainidobenzol 08^,^5
Alcool à 90^ 100 gammes.
Si Ton met quelques centimètres cubes de liquide «i^as trique dans une capsule et qu'on ajoute deux ou trois f^outtes de réactif de Topfer :
Vire au rouge s'il y a de l'acide libre.
Devient rose s'il y a de l'acide combiné.
/)) Acides de fermeîïtation.
Réactif d'Uflfelmann.
Solution aqueuse d'acide phénique
à 4 P- 100 10 centimètres cubes.
Eau distillée ao grammes.
Solution de perclilorure de fer concentré I goutte.
Cette solution doit être préparée au moment de l'employer. Elle a une couleur bleu améthyste et elle vire : au jaune serin si le suc gastrique contient de l'acide lactique, au rougeâtrc s'il y a de l'acide acétique.
2^ Recherche quantitative des acides. — ^1) Dosage. — De tous les procédés indiqués, nous ne retiendrons que celui de Topfer modifié par Robin et Bournigault : cette méthode a comme avantages d'être à la portée du médecin éloigné de tout laboratoire, et de |)ouYoir renseigner sur Tacidité totale ainsi que sur la richesse en HCl libre ou combiné et en acides de fermentation.
Ce procédé est basé sur le principe suivant : dans un liquide gastrique où sont mélangés plusieurs acides, la saturation est élective et se produit d'abord sur les acides les plus forts : c'est-à-dire, dans le cas présent, que l'HCl se sature le premier, puis les acides de fer-
VALELU FONCTIONNELLE DES SÉCRÉTIONS 'DE LESTOMAC 63
mentation et enfin THCl à Tétat de combinaison organique.
Si donc, en présence d'un indicateur colorant très sensible (réactif de Topfer), on recherche Tacidité de ce liquide à l'aide d'une solution de soude, on peut doser à la fois l'acidité totale et la valeur de chacun des acides qui la constituent.
On opère de la façon suivante, indiquée par René Gautier : sur une feuille de papier blanc, qui permet de juger les différentes teintes par lesquefles passe le liquide examiné, on dispose deux petites capsules en verre que Ton inclinera pendant les opérations, de telle sorte que le liquide, glissant sur les parois du verre, dégarnisse le fond et que Ton puisse examiner le ménisque supérieur en couche mince.
Dans la' première capsule, on verse 5 centimètres cubes de liquide gastrique et, à l'aide d'un flacon comptegouttes, on ajoute deux ou trois gouttes du réactif de Topfer : dès qu'on verse ces gouttes, s'il y a HCl libre, l'essai prend une superbe teinte rouge-groseille.
Alors, à l'aide d'une burette de Mohr, divisée en dixième de centimètres cubes, on verse dans la capsule une liqueur déci-normale de soude jusqu'à ce qu'on arrive à la teinte orange : on lit, sur la division de la burette graduée, le chiffre obtenu qui donne facilement la quantité d'HCl libre contenu pour i ooo (en multipliant le nombre des centimètres cub^s employés par o,oo365, on obtient ainsi le terme H).
On pousse ensuite de Torange à la teinte jaune d'or et on lit la nouvelle division de la burette, dont le chiffre correspond à la quantité d'acides de fermentation, que l'on désigne par le terme F.
On ajoute alors une ou deux gouttes d'une solution alcoolique de phénolphtaléine (2 grammes pour 100 d'alcool à 90*") et on continue à verser la solution titrée de soudé, jusqu'à obtenir le rouge franc de la phénol-
().\ MALADIES DK j/eSTO^^AC ET DE LGKSOPHAGE
phtaléine : on lit à nouveau la division de la burette et en faisant le même calcul, on obtient la valeur de Tacidité totale A.
Pour avoir la quantité d'HCl combiné, on n'a qu'à retrancher H -|- F de A \
B) Variations normales et pathologiques des
ACIDES DU suc GASTRIQUE.
a) Dans une di(jeslion normale.
L'acidité totale (A) atteint ao p. loo environ.
L'acide chlorhydrique libre (H) atteint o^^^So à o^'",6o.
L'acide chlorhydrique combiné (C) atteint i^^So à i^%8o.
Les acides de fermentation (F) ne représentent que des traces.
b) A ïélal patholo(jique^ on peut établir le schéma suivant :
a) L'acide chlorhydrique libre (H) fait défaut : dans le cancer ; les gastrites atrophiques ; dans la linite. Il est on excès : dans Fulcus ; dans riiyperchlorhydrie.
|j) L'acidité totale (A) est toujours très élevée dans Fulcus, moindre dans le cancer.
y) L'acide chlorhydrique combiné (C) est également considérable dans l'ulcère, faible dans le cancer.
0) Les acides de fermentation (F), surtout Facide lac-
* Dans les cas où l'on lient à avoir des renseignements très rigoureux, on aura recours au procédé des trois capsules de Hayem et Winter : Dans chaque capsule, 5 centimètres cubes do suc gastrique.
Additionner la première de carbonate de soude qui transforme tout le chlore en chlorures et donne ainsi le chlore total,
(Calciner la seconde où ne restera (juc le chlore fixe minéral,
fivaporer la troisième qui perdra seulement l'acide chlorhvdrique ibre.
Doser le chlore dans chaque capsule avec le chromate de poCasse et le nitrate d'argent, et l'on obtient :
Chlore total = T.
(Chlore fixe = F, Cihloro organique = C.
HCl par différence =r H.
VALEUR FONCTIONNELLE DES SÉCRÉTIONS DE l'eSTOMAC 65
tique, sont augmentés dans les sténoses pyloriques et dans le cancer, quel que soit son siège.
3^ Recherche et dosage des ferments. — Tout suc gastrique contient de la pepsine, du lab-ferment et d'autres ferments moins bien connus : il serait important de pouvoir les doser exactement, mais jusqu'à présent, tout au moins, on n'a que des procédés très approximatifs : nous n'indiquerons donc que les plus simples.
A) Pepsine. — Pour la quantité qui est contenue dans un suc gastrique, on a recours à la méthode des digestions artificielles.
Le procédé le plus simple est le suivant : on introduit quelques fragments d'albumine colorée* (une tranche de i centimètre carré et de i millimètre d'épaisseur, dans 5 centimètres cubes de suc gastrique non filtré et Ton place le tout dans Tétuve à 37^. On apprécie la quantité de pepsine, par l'intensité de coloration qu'aura pris le liquide au bout de dix heures.
B) Lab-ferment. — Pour rechercher le lab-ferment, on ajoute, à 5 centimètres cubes de lait frais, cru, neutre, 3 à 5 gouttes de suc gastrique et l'on porte à l'étuve à 37*^. S'il y a une quantité notable de ferment, la coagulation est obtenue en 10 à i5 minutes.
Pour doser ce ferment on peut, comme le conseille lîoas, diluer le suc gastrique neutre à i/io, i/ioo, i/iooo, etc. On mélange avec une quantité égale de lait et on observe à quelle dilution commence la coagulalion.
C) Valeur séméiologique tirée du dosage de ces
* On introduit 4 ou 5 blancs d'œufs dans un flacon carré avec i5 ou 20 centimètres cubes de solution de carmin ammoniacal. On agite jusqu'à ce que la masse soit uniformément colorée : on plonge le flacon dans l'eau et on chuufle jusqu'à coagulation complète de l'albumine. Après refroidissement, on casse le flacon et on débite l'albumine.
FERMENTS. — a) Vabsence totale de lab-Jermenty dans certains cas de cancer gastrique.
b) La, pepsine n'est pas toujours parallèle à la quantité de suc gastrique : très augmentée dans Tulcère, elle n'est pas toujours très diminuée dans le cancer, tandis que dans les gastrites scléreuses elle est plus diminuée que Tacide chlorhydrique.
4*^ Recherche des produits de la digestion. —
Cette étude permet de juger indirectement, mais pculetre plus justement que les procédés directs.
A) Repas d'épreuve a l'albumine pure. — Les repas d'épreuve classiques ne permettent pas toujours un dosage des albumines à cause des autres substances contenues dans le suc gastrique, aussi Loeper etBéchamp ont-ils, à juste titre, conseillé un repas à l'albumine pure.
Ils donnent à leurs malades 200 grammes d'une solution épaisse à 20 p. 100 d'albumine d'œuf diluée dans l'eau bouillie et par conséquent finement coagulée, ou encore ^o grammes de blanc d'œuf cuit et 200 grammes d'eau : ils retirent le chyme au bout d'un quart d'heure, une demi-heure ou une heure. La quantité de liquide retirée est souvent faible, mais on peut toujours établir le rapport entre les peptones produites et les albumines restantes.
B) Méthode d'étude. — Le suc gastrique agissant surtout sur l'albumine, on doit doser avant tout les albumines et les peptones. L'activité du suc gastrique
• f 1 . albumine • ■ . ^ •! i
sera jugée par le rapport ^^ ^^^^^ : si ce rapport est faible,
on en déduira que le suc gastrique est actif; si le rapport est élevé, on pourra affirmer, au contraire, que le suc gastrique a une valeur fonctionnelle peu élevée, puisque l'albumine a été peu transformée.
C) Résultats cliniques . — Surtout lorsqu'on emploie le repas d'albumine pure, les résultats obtenus sont très suggestifs et montrent, d'après Loeper, quelle est, dans les ulcères et Thyperchlorhydrie, la richesse en peptones du liquide gastrique après une demi-heure de digestion ; au contraire, on constate sa pauvreté dans le cancer et dans certaines gastrites alrophiques, comme on peut s'en rendre compte sur le diagramme ci-joint.
TABLEAU SCHÉMATIQUE DES RÉSULTATS OBTENUS PAR LÉTUDE DU CIIIMISME GASTRIQUE DANS LES PRINCIPALES MALADIES DE L ESTOMAC.
HCl