TRAITEMENT DES FORMES DOULOUREUSES ET DYSPEPTIQUES DE L'ULCÈRE
Lorsque l'ulcère se traduit surtout par des douleurs gastriques et des vomissements, on luttera par des médications symptomatiques mais bien plus encore par le régime.
ï° Médications dirigées contre la douleur gastrique et les vomissements. — Bien souvent la médication de ces deux symptômes se confond et c'est en calmant la sensibilité gastrique qu'on atténuera la réflectivité de l'organe.
.1) L'application de glace agit déjà, comme nous
Il8 MALADIES DE L ESTO\tAC ET DE L CESOPHAGE
l'avons >Ti, en calmant la conlracdlilé de l'estomac et en atténuant la douleur.
B] A!ÇALGÉsiQUES. — On pourra essayer d'associer Topium et la belladone à d'autres anesthésiques et de donner, par exemple, par cuillerées à café, la potion suivante :
Chlorh>dnile de cocaïne 08', o5
Sirop thébaique 3o grammes.
Sirop de belladone 3o —
Eau chloroformée 100 —
Dans bien des cas, il faudra recourir à l'injection sous-cutanée d'un ou deux centigrammes de morphine avec 1/2 milligramme d'atropine.
C) Alcalins. — A côté de leur action analgésique directe, ils agissent en calmant la douleur d'une manière indirecte en saturant Thyperacidi té gastrique. Le meilleur de tous est, comme nous le dirons au chapitre de la médication gastrique en général, le bicarbonate de soude qui, à son action saturante, joint son action analgésiante par dégagement d'acide carbonique. Mais il est à redouter comme excitant de la sécrétion et il sera préférable de le donner à petites doses, fréquemment répétées, d'heure en heure, seul ou mélangé à de la craie, ou à de la magnésie hydratée. Quoi qu'il en soit, son emploi ne devra être qu'exceptionnel et momentané, comme analgésique au cours de la période aiguë et non comme curateur.
On pourra ordonner celle thérapeutique sous des formes un peu différentes, soit :
Bicarbonate de soude pur 10 grammes.
Sulfate de soude desséché 2 —
Phosphate de soude 2 —
Eau i litre.
Une gorgée de temps en temps. Ou bien :
ULCERE CUROMQUE AVEC IIYPERCHLORIIYDRIE I 19
Sous-nitrate de bismuth 3 grammes.
Bicarbonate de soude 3 —
Carbonate de magnésie a —
Carbonate de chaux 2 —
Pour I paquet. 4 par jour dissous dans un peu d'eau.
Cette médication alcaline, employée surtout au cours de la phase chronique de l'ulcère, Test cependant par les Allemands au cours de la phase aiguë, sous forme d'eau de Karlsbad. M. Hayem Ta usitée en France en faisant prendre la solution suivante :
Eau distillée i litre.
Bicarbonate de soude 28»',5o
Sulfate de soude 3 grammes.
Chlorure de sodium i gramme.
On prendra, le matin à jeun, en 3 fois, par quantités égales, à intervalles égaux (toutes les 20 minutes) une certaine dose chauffée au bain-marie jusqu'à une température de 4o degrés environ. La dose du premier jour est de aSo centimètres cubes environ ; elle sera augmentée chaque jour de 5o centimètres cubes jusqu'à ce qu'on arrive au 1/2 litre qu'on ne dépasse pas. Vingt minutes après la dernière prise, le malade peut faire son premier repas.
La cure doit durer vingt-cinq jours environ. Elle aurait surtout un bon effet, en diminuant l'hypersécrétion plus que l'acidité.
Nous croyons qu'il est préférable de ne recourir à ce traitement qu'après une période où l'on aura réalisé le repos complet de l'estomac.
2^ Régime dirigé contre l'ulcère de restomac. — Avant d'étudier le régime classique en France, nous tenons à citer ceux qui ont été proposés à l'étranger et qui semblent avoir donné, entre les mains de leurs auteurs, d'excellents résultats. L'un est le régime gras de Senator, qui a pour but la diminution, par l'action
(les corps gras, de la sécrétion gastrique ; Tautre le régime albuiniiicux de Lenharlz, qui a pour but la saturalif)n de Tacidité par sa combinaison avec les albuminoïdes.
.1^ Régime de Sexatou. — Cet auteur a proposé, en i()o(), le régime gras.
Au cours même de l hémorrar/ie gastrique^ il fait prendre, de 1/2 heure en 1/2 heure, une ou deux cuillerées à soupe de
(iéialine i5 grammes.
Kaii i5o —
Oléosaccliarurc de citron .... 5o —
Dès que l hcmorrafjie est terminée ^ le malade reçoit, par jour^ 3o grammes de beurre sous forme de pilules glacées et 1/4 de litre de crème, sucrée ou non.
Plus tard, on ajoute du lait, des œufs, de la viande, du lait d'amandes et on supprime la gélatine qui provoque vile dudégoiit.
Kutimeyer a employé l'huile d'olive : 100 grammes d'huile chaufTée à la température du corps, prise à jeun; en plus, i:*) à 3o grammes d'huile deux fois par jour avant les repas.
Ce traitement a surtout pour résultat de calmer les douleurs et le spasme du pylore, mais il ne guérit pas l'ulcère et Thuile paraît en général être assez mal tolérée par les malades.
B) Régime de Lenhaktz. — Cet auteur, en 1901, « exposé un régime qui consiste à donner une alimentation progressivement croissante : on débute le i"jour, chez un sujet qui vient d'avoir une hématémèse, a>ec 200 grammes de lait glacé et deux œufs crus, battu? ou éniulsionnés. Chaque jour, on augmente la ration de 100 grammes de lait et d'un œuf, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à 1 000 grammes de lait et 8 œufs. Au (J'' jour, on introduit, dans le régime, de la viande crue
LLCEllE CHUOMQLE AVEC UYPERCIILORIIYDRIE l'ii
hachée (35 à yo grammes). Au 7® jour, du riz au lait (100 grammes), que Ton porte peu à peu à 4oo grammes. Au 8® jour, des zwieback et au 10® jour, du jambon cru (5o grammes) avec du beurre. Au bout de deux semaines, le régime est moins sévère. La viande est mangée cuite, et on y ajoute des bouillies.
Ainsi, au 1 4" jour après Thématémèse, Lenhartz donne 8 œufs, 5o grammes de sucre, i litre de lait, 70 grammes de viande crue, 400 grammes de riz au lait, 1 00 grammes de zwieback, 5o grammes de jambon et ^o grammes de beurre.
A ce régime, Lenhartz ajoute le repos absolu, la vessie de glace sur Tépigastre, le bismuth, le fer et Tarsenic.
De nombreux médecins allemands prétendent avoir eu de bons résultats, grâce à ce traitement.
C) Régime classique. — En France, après une cure de repos stomacal, d'une durée variable selon l'intensité des accidents, on recommence TaJimentation très progressivement.
Au début, les malades, n'ayant pas faim, on se contentera de donner de Teau pure, non alcaline, à la température de la chambre, ou une infusion légère de tilleul, à laquelle on peut ajouter un peu de sucre ou de lactose. On peut même permettre cette absorption dès les premiers jours, lorsque la cure de repos absolu est mal supportée.
Ensuite viendra le lait qui le plus souvent est bien toléré : 3oo grammes, le i*"" jour, en augmentant de 100 à 200 grammes par jour jusqu'à un litre et demi, comme nous Tavons indiqué. Augmenter vite la quantité de lait peut avoir Tinconvénicnt de distendre Testoniac. Mieux vaudra le rendre plus nutritif, par Taddition de poudre de lait, de crème, de lactose, des amylacés (riz ou tapioca), de caséine, d'œufs. La viande crue et la poudre de viande — bien que calmant les douleurs hyper-
chlorhydriques — seront à éviter parce qu'excitantes de la sécrétion. On cherchera aussi, en principe, à restreindre la sécrétion chlorhydrique en augmentant la ration hydrocarbonée et grasse et en diminuant la nourriture azotée. En luttant de temps en temps contre les douleurs par les alcalins tels que nous les avons formulés, contre la constipation par les lavages d'intestin, ou par une cuillerée d'huile d'olive à jeun comme le conseille Soupault (ce qui a l'avantage de diminuer la sécrétion chlorhydrique), on instituera d'une manière durable le régime lacto-végé tarie n.
Comme le fait remarquer Linossier, dans son rapport au Congrès de médecine de 1907, « en parcourant la littérature de l'ulcère de l'estomac, on ne peut qu'être frappé de ce fait que tous les auteurs sont enchantés du traitement qu'ils ont adopté ». Qu'en conclure sinon que l'ulcère a une tendance naturelle à la cicatrisation et qu'il suffit de le mettre dans des conditions qui ne troublent pas trop cette tendance nalurelle, pour obtenir de bons résultats? Néanmoins, bien qu'on puisse être tenté d'adoucir la sévérité du régime, nous croyons qu'on ne saurait trop se rappeler que tout ulcère persistant peut être la cause d'accidents graves et qu'on doit faire tous ses efforts pour réaliser sa cicatrisation.
Car la guérison d'un ulcère de l'estomac est toujours une chose incertaine. C'est pendant des mois et des années après la disparition des symptômes, que l'ulcéreux devra être suivi et soumis à un régime alimentaire strict, s'il veut éviter de nouvelles poussées aiguës et ne pas être exposé aux complications que nous allons maintenant étudier.
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