‹ Maladies de l'estomac et de l'oesophage: méthodes générales de diagnostic et de thérapeutiqueChapitre 86 sur 103 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AÉROPHAGIE

L'aérophagie est constituée par la pénétration d'air atmosphérique dans les voies digestives supérieures . Elle se caractérise cliniquement par difierents symptômes, dont le plus objectif est l'éructation qui n'est que la projection brusque, dans la bouche, des gaz issus des voies digestives.

Aérophagie physiologique. — Il nous faut d'abord faire remarquer que la présence d'une certaine quantité d'air dans l'estomac n'est pas un fait pathologique, ainsi que nous l'avons constaté en étudiant la radioscopie gastrique. La poche à air existe normalement chez presque tous les individus. Elle ne diflere que par sa dimension. Cette poche à air est constituée par de l'air atmosphérique dégluti et très peu par des gaz de fermentations.

Il n'est pas douteux que normalement chaque déglutition d'aliments solides et plus encore liquides, la déglutition de la salive seule chargée de bulles d'air, s'accompagne de déglutition d'air. Le nourrisson même déglutit de l'air en tétant et il n'y a qu'une différence de degrés entre Taérophagie physiologique et l'aérophagie pathologique. Mais si, grAce au volume exagéré de la

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poche à air, la tension intra- gastrique devient trop forte, alors l'estomac se débarrasse, le cardia s'entr'ouvre et Téractation se produit.

Aérophagie par rétention. — Mais qu'il se produise un spasme du cardia laissant Tair pénétrer encore de haut en bas, sans permettre l'éructation, où une déformation de l'extrémité supérieure de Testomac, venant faire saillie contre le cardia et le fermant comme un clapet, chaque déglutition de salive amenant de Tair qui ne peut plus sortir, la tension intra- gastrique augmente et l'aérophagie silencieuse est constituée.

Aérophagie par tic. — On comprendra que, par le même mécanisme, se produise Taérophagie chez les névropathes, véritables tiqueurs, qui constamment déglutissent leur salive.

Aérophagie chez les dyspeptiques. — Les malades atteints de dyspepsie nerveuse deviennent très facilement aérophages, soit par le fait de réflexes gastriques, augmentant la sécrétion salivaire et les mouvements de déglutition, soit par le fait qu'ils attribuent leur malaise post-prandium à une quantité exagérée de gaz, et que, cherchant à produire des éructations qui les soulagent momentanément, ils ne déglutissent de l'air. C'est la même cause qui engendre l'aérophagie chez les neurasthéniques ou les hystériques ayant la phobie des

gaz- , , ,

Très fréquente à tous les âges, Taérophagie se rencontre le plus souvent chez les adultes, et également dans les deux sexes.

£LËMENTS DU DIAGNOSTIC

i® Forme habituelle. — Il s'agit le plus souvent, comme nous l'avons vu plus haut, de malades nerveux,

'l'i'À MALADIES DE L ESTOMAC ET DE L OESOPILVGE

à passé névropathique chargé. Lorsqu'on les interroge, ils énumèrent longuement leur régime, s'étant observés beaucoup. On apprend d'eux qu'ils ont des rots nombreux, survenant en salve, en séries et, si on demande au malade d'en avoir devant vous, voici ce à quoi on assiste : dans un premier temps, le malade se penche en avant s'il est assis, ou se redresse s'il est couché, ferme la bouche, baisse la tête en avant, puis dans un deuxième temps il se met à roter, discrètement d'abord, puis d'une façon plus bruyante qui va du son grave jusqu'au timbre d'éclatement métallique , chaque éructation étant précédée d'une simili-éructation qui coïncide avec l'occlusion de la bouche. En réalité, dans le premier temps, le malade déglutit un peu d'air et pour cela ferme la bouche et recueille sa salive ne pouvant déglutir à vide. Dans le deuxième temps, l'air dégluti ressort bruyamment. Puis il se produit, avec suite, une alternance de déglutition et d'éructation et la crise aérophagique est produite. La crise ne cesse que par diminution de la salive, et par l'évolution digestive, qui supprime le malaise gastrique cause de celle-ci.

On peut s^ assurer de trois façons que le malade déglutit de iair. En constatant les mouvements d'élévation du larynx au moment delà déglutition qui précède l'éructation. En auscultant, au niveau du cardia, et en entendant le bruit métallique que produit l'arrivée d'un peu de gaz après chaque mouvement de déglutition. Enfin en constatant, parla percussion, le tympanisme -considérable de la région épigastrique gauche.

Le plus souvent, le malade sent venir sa crise. C'est soit une sorte d'aura à symptomatologie éloignée, soit un malaise gastrique qui l'annonce. Le malade provoque alors sa crise ; une éructation véritable, produite par une ouverture momentanée du cardia et soulageant le malade, est pour lui l'occasion fréquente d'une série de déglutitions et d'éructations. Chez les hyperchlorhy-

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driques à sécrétion salivaire exagérée par Tacidité, chez les nerveux ayant une sensation pénible de plénitude gastrique après le repas, c'est souvent là le début de la crise qui, d'ailleurs, peut être déclanchée par les phénomènes les plus futiles.

On comprendra donc que les malades aient des crises d'aérophagie à des périodes très variables. Les uns en ont particulièrement à jeun, d'autres après les repas, suivant que le signal réflexe est produit par ijne sensation ou une autre de la muqueuse gastrique. Plus souvent encore les malades ont des périodes de crises, suivant que leur dyspepsie nerveuse ou que leur état névropathique déclanche le tic et, chez les sujets appartenant à ce dernier groupe, l'apparition des crises suit un horaire parfaitement irrégulier. La durée de la crise est de 10 à 20 minutes en général, mais il y en a qui peuvent durer plusieurs heures.

2^ Formes cliniques. — L'aérophagie, loin d'être toujours semblable à elle-même, peut revêtir de nombreuses modalités cliniques.

Elle peut d'abord être silencieuse et on comprend que, dans ce cas, elle soit plus difficile à dépister. Ce sont les sialophages qu'a décrit Hayem, ]es malades qui déglutissent des mucosités nasopharyngiennes et prennent ainsi Thabitude de ce tic.

Il peut se produire alors de la distension gazeuse de l'abdomen avec une lympanite quelquefois intense.

L'aérophagie spasmodique des hystériques, le faux hoquet de Bouveret, en sont des modifications.

Dans certains cas, l'air ne va même pas jusqu'à l'estomac. Il distend simplement l'œsophage et ressort aussitôt. L'intervalle entre la déglutition et l'éructation est plus long, quand l'air descend un peu plus bas dans l'œsophage.

Quand l'aérophagie devient véritablement gastrique.

li^ MALADIES 1>K L KSTOMAC ET 1»K LGESOPIIAGE

il faut souvent un grand nombre.de déglutitions pour arriver à une tension in tra- gastrique suffisante pour amener un rot bruyant. On a pu mesurer, dans ces cas, des expulsions d'air allant jusqu'à un litre.

Enfin il existe des cas où Taérophagie entraîne, par distension de Festomac, des symptômes à distance par compression d'organes. Ce sont les cas qui simulent Tangine de poitrine, la crise d'asthme, la dyspnée cardiaque ou urémique, l'asystolie, l'artériosclérose, les dyspepsies les plus graves. C'est ce que Mathieu a décrit sous le nom d'aérophagie dramatique, car Fangoisse est toujours considérable et souvent nocturne soit parce que l'aérophagie est dans ce cas plus accentuée pendant le jeûne nocturne, soit parce que le décubitus horizontal empêche le cardia de s'entr'ouvrir.

L'état général est parfois très touché chez les. aérophages. Des vomissements accompagnent .souvent la dyspepsie causale, un état d'amaigrissement marqué se montre parfois chez ces débilités de l'estomac ou du système nerveux dont la nutrition se fait mal.

Nerveux, ils deviennent facilement obsédés par leur gaz, et ils ne sortent que bien difficilement alors du cercle vicieux que créent : d'une part l'aérophagie et d'autre part l'état névropathique, l'un retentissant sur l'autre.

TRAITEMENT

La condition la meilleure pour que le malade guérisse de l'aérophagie, est tout d'abord qu'il en connaisse l'existence et qu'il se rende compte de ce qui se passe réellement. A très peu d'exceptions près, on voit guérir rapidement tous ceux auxquels on peut faire la démonstration convaincante de l'aérophagie. Ils comprennent, dès lors, qu'ils doivent non pas chercher à expulser des gaz contenus dans l'estomac — puisque

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c'est en faisant des efforts d'expulsion qu'ils avalent de l'air — mais au contraire se retenir le plus possible de faire des mouvements de déglutition.

Chez ces malades, le médecin devra s'efforcer de faire provoquer une crise à cette seule fin de la détailler au malade et de lui arrêter net en lui faisant ouvrir la bouche, pour éviter ainsi tout mouvement de déglutition. Il faudra, dans certains cas, pour arriver à ce but, mettre un bouchon entre les dents ou recommander remploi d'un ruban serré au niveau de la pomme d'\dam rendant ainsi pénible chaque mouvement de déglutition .

Dans d'autres cas, il faudra arriver, pour évacuer Tes tomac, à des thérapeutiques plus énergiques.

Il faudra parfois aller jusqu'à Tintroduction du tube de Faucher pour permettre l'évacuation des gaz, et l'on se trouvera en général bien de la faire suivre d'un lavage alcalin de l'estomac.

Enfin le massage de l'estomac,^ la révulsion locale, Télectrothérapie, les mouvements de gymnastique respiratoire, pourront à leur tour être employés suivant les cas.

Il est évident qu'en plus on devra s'efforcer de traiter la cause première de Taérophagie, lorsqu'elle est déterminée par un état gastrique.

La codéine, l'eau de laurier-cerise, l'eau chloroformée, les poudres saturantes, le bismuth, seront recommandés selon les cas auxquels on aura affaire.

Enfin, chez les nerveux, les neurasthéniques, les hystériques, il sera nécessaire d'employer la persuasion, la suggestion et mrme parfois d'arriver à T isolement, pour parvenir enfin à guérir son malade^

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