‹ Maladies de l'estomac et de l'oesophage: méthodes générales de diagnostic et de thérapeutiqueChapitre 94 sur 103 · TRAITEMENT DES MALADES ATTEINTS DE GASTROPATHIES NERVEUSES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES MALADES ATTEINTS DE GASTROPATHIES NERVEUSES

Quand un médecin se trouve en présence d'un malade qui est atteint de gastropathie nerveuse, il doit savoir ce qu'il doit faire et aussi ce qu'il ne doit pas faire.

A) Ce qu'on ne doit pas faire, c'est prescrire à de tels malades un régime très strict et toute une série de médicaments nettement spécialisés en vue de guérir les maladies de l'estomac. Une telle pratique est souvent la cause de l'exagération des symptômes gastriques, et l'on ne saurait trop affirmer que les régimes alimentaires, donnés à tort et à travers par les médecins, ont

contribué à augmenter le nombre des dyspepsies nerveuses. Dubois (de Berne) a eu, Tun des premiers, le mérite de protester contre un tel abus, d'une façon si précise que nous tenons à le citer in extenso : « La médecine, dit-il, après s'être égarée dans les voies d'une absurde poly pharmacie qui justiGait le scepticisme du ffrand Tronchin, a cru s'assagir en revenant aux moyens physiques ( bal néo thérapie, régimes alimentaires, mesures d'hy«<iène). Malheureusement, dans son désir évident dohicn faire, elle n'a pas su garder ledoute philosophique: elle a trop vite conclu de quelques expériences, de vues théoriques basées sur une connaissance nécessairement incomplète du chimisme organique. Erigeant en lo^nnes des vérités de détail, généralisant trop tut, elle a créé un corps de doctrines qui paraît imposant conmie la facjade d'un bel édifice. Mais entrez, faites uiancinivrcr tous ces appareils qui doivent vous apporter la santé et vous verrez comme tout cela joue mal. Bien plus, ces expériences, annoncées souventau public à son (le trompe, ont développé chez lui cette préoccupation coiilinuolle de santé qui est la plaie des générations actuelles. Les prescriptions de régimes alimentaires ont surtout développé celte tendance et Ton pourrait dire que. pour un malade que guérissent ces praticiens fanatique? (lu régime, il y en a cent qu'ils mènent tout droit à li petite hypocondrie, peut-être même à la grrande (p" n'en est cpie le développement. S'il est utile de fairf des prescriptions de régime à des malades atteints (t véritable maladie de l'estomac ou des intestins, ces-* un abus de faire mener une vie de valétudinaire î tous ces nerveux impressionnables dont les troubla gastro-intestinaux ne sont que les contre coups de leuf inactivité. Suggestibles à l'excès, ces malheuren^ supportent avec une patience angélique, pendant i^ années, les restrictions les plus sévères deralimentalioD| Il y en a qui s'habituent si bien à ce rôle dVlenK^'

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malades, qu'ils ne sembfenl plus avoir le désir de la

^uenson. »

Ainsi donc le médecin doit s'abstenir, chez les malades atteints de psychopathie gastrique, de tout régime strict et de toute médication systématisée, reste à savoir ce qu'il doit faire pour remplacer cette thérapeutique dont les résultats seraient déplorables.

B) Ce qu'on doit faire : mettre en œuvre le traitement psychothérapique et des médications adjuvantes.

1° Le TRAITEMEUT PSYCHOTHÉRAPIQUE COUStitue Ic foud

de la thérapeutique des malades atteints de dyspepsie nerveuse.

A ce point de vue, le médecin peut avoir à sa disposition trois procédés, dont nous rejetons les deux premiers : la suggestion par Thypnose, la suggestion indirecte et la persuasion.

a) Vhypnose permettrait non seulement d'obtenir la suppression des accidents divers présentés parles malades, mais servirait encore à faire l'éducation de la volonté du malade et à modifier ses réactions psychologiques.

Nous rejetons, pour notre part, ces pratiques au moins dans l'application qu'on a voulu en faire au traitement des gastropathies nerveuses. Nous dirons, avec Déjerine et Gauckler : « C'est une atteinte directe et négative à la personnalité individuelle qui est ainsi pratiquée et si celle-ci peut être modifiée par l'hypnotisme, ce n'est à coup sûr pas dans le sens de son développement, mais bien dans le sens de sa diminution et de sa déchéance. Si Ton a pu, pendant un certain nombre d'années, ne pas se rendre compte des dangers de l'hypnotisme, c'est qu'on n'en voyait pas les résultats lointains. De nos jours, plus éloignés du début de la méthode, nous pouvons affirmer cpiVlle offre de nombreux dangers qui compensent — et au delà — les avantages qu'elle peut présenter. »

!l8'4 MALADIES DE LESTOMAC ET DE LCESOPUAGE

h) La suggestion directe à F état de veille et la 50jje«tion indirecte obtenue par F action de médicaments meml leux ou d'un procédé thérapeutique entouré de mysière, constituent des procédés moins dangereux que le sommeil hypnotique, mais nous sommes néanmoins d'accoiJ avec Déjerine pour les rejeter, car en agissant ainsi on ne s'adresse qu'aux accidents en négligeant toulàfail le terrain. Bien au contraire, on atténue par la suggestion, au lieu de Texalter, le pouvoir critique du malai A aucun degré on ne Thabitue à juger ses impressioDî. à reconnaître la valeur de ses sensations. Là encore. comme pour la suggestion par J 'hypnose, améliortf Taccident ou même le guérir, par une suggestion étranfi:ère, c'est renforcer Tauto et rhétéro-suggeslibilitéih malade, source même des accidents.

c) La psychothérapie par persuasion reste donc la iwthode de choix et nous l'adoptons telle que la décrivcal Déjerine et Gauckler, de la façon suivante lelleconskfe a expliquer au malade les raisons précises de son état el des manifestations fonctionnelles qu'il présente. Elle consiste surtout à réveiller les différents éléments de la ptf* sonnalité du malade qui sont capables de devenir k point de départ de Teffort qui lui rendra sa maîtrise (k lui-même. Dans le rôle du médecin, tout n'est q« rappel, réveil, direction; rien et à aucun degré n est suggestion. Toute conception, toute idée émise park médecin doit être acceptée par la raison du malade,» se heurter ni à ses convictions ni à ses sentimenlï Quand le médecin montre au malade en quoi il a erré. quelles sont les fautes de son caractère, de son étf moral, de son raisonnement, qui sont la cause del» genèse de son affection, il ne lui demande pas d'accep; ter ce qu'il lui dit comme un article de foi, il ne l"" demande qu'une chose : de s'efforcer de réfléchir et ^k comprendre. Et si, comme c'est la règle, le sujet guéri^l il lui semble que c'est par lui-même qu'il s'est cvad»»''!

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son état névropathique, que c'est lui-même qui a successivement coupé ou dénoué tous les liens qui Ty retenaient.

On conçoit combien, de ce chef, s'est augmentée la confiance en soi-même du malade guéri. Sa sécurité est complète d'autant plus que, conscient des fautes qu'il a commises, connaissant les dangers qui le menacent, il sait qu'il peut et qu'il doit se garer des unes et des autres. Le risque de rechute, pour un gastropathe guéri par persuasion, est à peu près nul : il pourra avoir des défaillances mais il se rappellera et alors se reprendra.

2® Les médications adjuvantes sont constituées par le repos, l'isolement, la suralimentation et les médicaments.

a) Le repos et C isolement ne peuvent pas être séparés l'un de l'autre car on a pu dire, à justre titre, qu'il n'y a pas de repos sans isolement. Selon le degré de la gastropathie qu'on se propose de traiter, on aura recours à l'un des trois degrés suivants : isolement claustral absolu ; isolement absolu du cadre et du milieu ; isolement du cadre ou du milieu seul.

Le plus souvent, d'ailleurs, afin que le malade ait le repos physique et moral indispensable pour obtenir sa guérison, il faudra absolument le placer soit à l'hôpital, soit dans une maison de santé, où le médecin sera dans les meilleures conditions pour mettre en œuvre la psychothérapie persuasive.

b) La suralimentation est un adjuvant qui sera presque toujours nécessaire, surtout dans ces formes si fréquentes où le malade, de restrictions alimentaires en restrictions alimentaires, en est arrivé à se laisser maigir et cachectiser. Dans ces cas, la reprise rapide de l'alimentation et l'institution d'une suralimentation bien comprise auront le double avantage de relever les forces du malade, et de lui donner confiance en lui montrant que son estomac est capable de digérer les aliments.

'i8G MALADIES DE L ESTOMAC ET DE L OESOPHAGE

D'après Déjerine, dans l'immense majorité des cas, c'est par le régime lacté partiel ou absolu qu'on obtieûl les meilleurs résultats. Son habitude est de faire prendre le lait d'heure en heure, par doses progressives, dôme fois par jour. On commence par 3 litres par jour, puis on augmente la dose horaire de manière à arrivera \i litres et demi, puis à 4 litres et enfin à 5 litres qu'on ne doit pas dépasser.

\ notre avis, il ne faudrait pas ériger ce régime en système, et d'ailleurs Déjerine et Gauckler s'en sont bien gardé : « Est-ce à dire, concluent-ils, quenousalU- (lions à l'emploi de la suralimentation lactée une valeur doctrinale ? A aucun degré. Notre exj)érience nous a auiplcmcnl prouvé que c'était le procédé le plus commodo, lo plus sur et le plus efficace. »

Dans notre pratique personnelle, voici quelle est la progression que nous suivons, pour alimenter nos malades alleinls de psychopathie gastrique : s'il s'agit d'anorevicpies. vomissant le peu d'aliments qu'ils prennent nous pratiquons d'abord, deux ou trois fois par jour, k gavage avec un demi-litre de lait, deux jaunes d'œufe vl rapidement un peu de poudre de viande chaque foû.

Kn général, au bout de peu de temps, le mal«(k réclame de lui-même à se nourrir et nous commençons par du lait et des bouillies et rapidement nous arrivoD» à ralimenlation ordinaire.

Si le malade n'a pas de vomissements et s'il accep* volontiers le lait, nous instituons une alimentation lact^ (lait en nature et sous forme de potages et de bouilfe et ne dépassant jamais plus de 3 litres et demi |tf! vingt-quatre heures et en adjoignant au lait des ferment qui facilitent sa digestion. I

Si, enfin, le malade a conservé une alimenlalii* presque suffisante, nous insistons simplement p^ qu'il augmente sa quantité d\aliments, en lui démM trant que sous l'influence du repos physique et niorif

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la digestion de ces aliments et leur assimilation se fera beaucoup mieux. Comme les choses se passent ainsi que nous les avons annoncées à Tavance, alors la confiance du malade est augmentée et la cure par persuasion est grandement facilitée.

c) Les médicaments. — A ce point de vue, les opinions sont différentes et les deux tendances peuvent être résumées par deux citations de Déjerine et de Grasset.

« Pas de médicaments aux névropathes, dit Déjerine, la méthode est inefficace et son inconvénient capital est de donner au psychisme du malade une orientation opposée à celle qu'on serait désireux de lui voir prendre. »

Au contraire, Grasset s'élève contre le raisonnement qui consiste à dire qu'il est inutile de traiter Tcstomac par des médications, quand le- diagnostic de dyspepsie nerveuse est posé : « Je crois, au contraire, dit-il, que, dans beaucoup (la plupart) de cas de gastropathie nerveuse, il y a des troubles du chimisme gastrique et qu'il serait dangereux et anti-clinique de traiter uniquement le système nerveux, sans s'occuper de la fonction gastrique elle-même. »

Pour notre part, nous estimons que la plupart des malades ont besoin de médications, en plus de leur cure psychothérapique ; mais nous ne croyons pas, avec Grasset, que dans la plupart des cas on ait besoin de modifier le chimisme gastrique par les médicaments, car le plus souvent, chez les nerveux, le chimisme de Testomac varie spontanément; mais, en revanche, nous pensons qu'on peut utilement agir chez ces malades en stimulant la motricité de l'estomac, en faciUtant la digestion des aliments et en luttant contre les douleurs. En agissant ainsi, on facilitera certainement Faction persuasive que l'on se propose d'exercer par la -cure psychothérapique.

Pour réaliser ces difiFérentes actions, on aura recours au traitement physiothérapique sous forme d'hydrothérapie chaude (douches, lotions à Féponge, maillots humides et chauds, etc.) , ou sous formes de douches d'air chaud au niveau du creux de l'estomac ; on y adjoindra souvent, avec utilité, le massage général, les bains de lumière et l'électricité sous la forme statique, ou sous la forme galvanique (courants continus à l'épigastre et sur la colonne vertébrale) .

Comme médicaments destinés à lutter contre les troubles moteurs, selon le conseil de Grasset, s'il existe de l'atonie, on se trouvera bien de prescrire quelques verres à liqueur d'eau chloroformée saturée dédoublée, ou quelques cachets contenant :

Charbon pulvérisé oB'^So

Magnésie calcinée oK'^,a5

Pour un cachet n^ ao. Un avant chaque repas.

Si, au contraire, c'est l'élément spasmodique qui domine, on donnera à la fin du repas et deux ou trois heures après, X à XX gouttes de

Liqueur d'Hoffmann lo grammes.

Teinture de benjoin 5 —

Laudanum de Svdenham .... n —

Et le soir, au coucher, une pilule contenant :

Poudre de belladone 1 AA nS»"

Extrait de belladone j '

Pour une pilule n" 20.

On cherchera à stimuler la digestion des aliments qu'on permettra, en prescrivant des ferments appropriés à Talimentation (sucs gastriques naturels tels que dyspeptine, gastérine, etc.; pancréatine ; pepsine; labferment, etc.).

Et si les malades présentent des acidités gastriques

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après les repas, on se trouvera bien de prescrire la solution suivante.

Sulfate de soude ) » . - ^

Phosphate de soude ) ^

Bicarbonate de soude 10 —

Eau distillée i litre.

. Un verre à bordeaux avant chacun des repas et une heure après ces mêmes rejias.

Enfin, contre les douleurs gastriques qui constituent, en général, le symptôme prédominant, on se gardera de permettre les injections -de morphine ou de ses succédanés, de peur que les malades ne deviennent toxicomanes. En revanche, on devra s'ingénier à calmer les douleurs des malades en conseillant, selon la méthode de Grasset, deux cuillerées à soupe par jour, aux repas, de la solution suivante :

Bromure de strontium . ... ao grammes.

Eau bouillie 3oo centimètres cubes.

OU encore deux à quatre pilules par jour (aux repas) contenant chacune un centigramme d'extrait gras de cannabis, ou encore Va X gouttes de laudanum à chaque repas.

Ainsi donc, on le voit, diagnostic et traitement des gastropathies nerveuses sont complexes et sont loin de tenir dans une formule étroite, comme certains médecins pourraient se le figurer. Mais si Ton est bien persuadé des principes que nous venons d'énoncer, on obtiendra des guérisons dans des cas qui, bien souvent, paraissaient au-dessus des ressources de la thérapeutique.

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