MODE DE FORMATION
memes altérations que les tissus accidentels qui leur ont donné naissance. De là résultent ces 'végétations carcinomateuses , ces pousses murales qui quelquefois couvrent et masquent même entièrement les altérations fondamentales.
La matière, quelle qu’elle soit, des altérations organiques ne peut être que le produit d’une élaboration vitale anormale; on ne trouve pas dans le sang les molécules de la plupart de ces substances , à moins cle résorption ou quelles ne s’y soient aussi anormalement formées de toute pièce, comme on en a vu des exemples pour la matière encéplialoïde -, par exemple , que Ton a trouvée au centre des concrétions polypiformes du sang dans le cœur et les gros vaisseaux ( Bégin , Andral). Ce fluide en fournit les élémens ou les matériaux , comme il fournit les élémens des différens tissus de l’économie et ceux des humeurs sécrétées. Or, l’élection de ces matériaux, leur combinaison et leur dépôt , constituent un véritable travail, soit nutritif, soit sécrétoire.
Quand ces substances ont non seulement leur analogue dans l’économie, mais que de plus elles sont de même nature que le tissu cle l’organe dans lequel elles sont déposées , il y a ou excès de nutrition ou sécrétion plus active, d’où l’hypertrophie, l’obésité , etc. : ici les fonctions intersticielles ne sont pas altérées , elles sont simplement et seulement exagérées.
Si , au contraire , ces substances n’ont pas leur analogue dans l’économie, ou si, ayant leur analogue, elles se trouvent déposées dans les tissus auxquels elles sont naturellement étrangères , il y aura non seulement exagération , mais perturbation particulière de la nutrition ou des sécrétions locales. 11 faut bien admettre que , dans les cas de dépôt de matière étrangère ou sans analogue, la vitalité du tissu qui lui sert de trame a été frappée dùme modification spéciale , pour qu’il pût choisir dans le sang non plus les élémens propres au tissu ou naturels à l’organe , mais ceux dont la combinaison constitue les matières pathologiques. Je sais bien que ces théories, nées du système du célèbre Bichat, sont rejetées par beaucoup de nos modernes savons comme n’étant fondées que sur des suppositions; mais , jusqu’à ce qu’on ait trouvé d'autres et
DES ALTÉRATIONS CANCÉREUSES
de meilleures explications des phénomènes de sécrétion et de nutrition, soit physiologiques , soit pathologiques, l’on nous permettra de tenir à celles qui viennent d’étre rapportées, parce quelles rendent clairement et suffisamment raison delà formation de ces productions , et quelles servent de fondement à des indications thérapeutiques dont la pratique sanctionne la convenance.
Qu’est-il besoin de chercher la cause de ces altérations ailleurs que dans une des conséquences de l’organisme? Que sonteli es autre chose que le résultat de Tune de ces nombreuses modifications plus ou moins anomales que Faction combinée de la constitution du tempérament, des âges, etc. exerce sur dévolutions successives que présente l’économie dans son développement? Ainsi, chez les uns, elle aura pour résultat la disposition aux pseudo-membranes muqueuses , et se manifestera spécialement dans le premier âge ; elle exposera d’autres , et à un âge plus avancé (quinze à trente ans), aux affections tuberculeuses. Enfin la modification organique prédisposant à la plupart des productions pathologiques, n’arrive le plus ordinairement qu après l’époque où l’accroissement organique général, parvenu à son apogée, reste comme stationnaire avant de rétrograder. Il semblerait que l’impulsion nutritive fût forcée , faute d’emploi, à prendre des directions anormales d’où résulte la formation de tissus nouveaux et étrangers, de produits anormaux variés, en un mot , des superfétations qui constituent les altérations organiques. C’est en effet principalement après quarante ans que se montrent les polypes fibreux, les hypertrophies cutanées, si remarquables notamment à la face, les lipomes, les tumeurs stéatomateuses , aussi bien que les altérations qui constituent les cancers, les ostéosarcomes, les tophus , etc. On n’a pas assez remarqué que toutes ces affections diverses, outre ce caractère commun de conditions d’âges, présentent toutes également celles d’hérédité. Pour être logique, d’après le rôle que l’on veut faire jouer à l’hérédité dans !a production du cancer, on devrait en conclure aussi que toutes ces maladies si variées tiennent à une cause générale. Ce que nous avons rappelé précédemment sur cette prédisposition hére'db
CONSIDÉRATIONS
taire , qui parfois porte un organe seulement à être frappé d’al térations organiques lesquelles ne sont pas toujours de meme nature que l’altération originaire, ce fait, dis-je, confirmé par plusieurs exemples , suffirait seul pour étayer notre opinion relativement aux causes prochaines du cancer, en même temps qu’il détruit toute supposition de principes particuliers, soit qu’on le fasse résider dans d’insaisissables altérations humorales, soit que l’on suppose des vices, virus ou principes morbides spéciaux ou spécifiques sur la source et la nature desquels ne peuvent s’accorder ceux qui les ont admis , soit même qu’on l’attribue à la présence , l’action , la propagation de certains animalcules microscopiques, comme l’a prétendu Adams, opinion réhabilitée récemment par MM. Baupertuis et Adelet de Rosseville. Pour nous donc , la cause du cancer réside essentiellement dans une modification de l'organisme ou de la vitalité, modification dont la généralisation primitive n’est pas prouvée1
Cette modification vitale de l’organisme qui donne lieu aux altérations organiques en général , et notamment aux produits cancéreux , ne se développe donc qu’avec l’âge , circonstance commune aux deux sexes. C’est de quarante à cinquante-cinq ans que les femmes sont frappées de cancers aux seins, à l’utérus , que la même maladie se montre chez l’homme à la face, aux voies digestives, aux organes génitaux , etc. Cette modification prédisposante que l’âge développe , l’âge paraît la détruire. A mesure que la femme s’éloigne de cette époque si malheureusement privilégiée qu’on appelle critique, la prédisposition spéciale aux affections squirreuses s’use et s’épuise. On voit en effet bien rarement des affections cancéreuses de l’utérus naître chez les vieillards. La cachexie cancéreuse y est encore plus rare : et lorsque des altérations développées à une époque antérieure ont pu traverser un certain espace de temps sans occasionner la mort , on les voit alors, tantôt se réduire ou bien marcher lentement , ou bien passer par toutes les dégénérescences locales, sans altérer d’une manière notable la santé des femmes qui en sont affectées. ( Voy . les 8e et 9e Obs.) Qui n’a pas été frappé d’étonnemeDt, cà l’ouverture des cadavres
SUR LE CANCER EN GÉNÉRAL
de vieilles femmes , de trouver l’abdomen rempli par une masse ou plutôt une carrière squirreuse avec alteration encéphaloïde et mélanique, des ramolbssemens , des cavités ulcérées et remplies de matières sanieuses. de détritus putréfiés , et dont les principaux foyers indiquaient que futés us et les annexes en étaient le siège originel? Cependant ces vastes altérations dont l’origine remontait à l’époque critique et meme bien avant , n’avaient pas notablement altéré la santé , puisque les sujets qui les présentaient étaient parvenus à un âge très-avancé; et de plus, elles n’avaient pas produit de diathèse cancéreuse , puisque l’affection était bornée à une seule région du corps, dont elle n’avait envahi les divers organes que par voie de continuité ou de contiguïté.
Cette remarque se trouve encore confirmée par l’observation suivante. On s’est assuré par un relevé exact des opérations de cancers pratiqués pendant un certain nombre d’années dans les principaux hôpitaux de Paris , que les récidives étaient d’autant moins à craindre que la maladie était plus ancienne d’où Ton devrait conclure , contradictoirement à l’opinion générale, que loin de se hâter de pratiquer l’opération, il vaut mieux attendre pour la faire que la maladie ait, pour ainsi dire , épuisé son action sur l’organe malade , en un mot quelle se soit localisée. N’est-ce pas plutôt qu’en gagnant du temps on gagne aussi fâge où les modifications vitales ou organiques qui constituent les conditions prédisposantes essentielles des altérations cancéreuses, changent et disparaissent, et qu’ alors la maladie, désormais bornée à la partie quelle a envahie, ne sera plus sujette ni à récidiver ni à offrir consécutivement les funestes effets d’une diathèse, ou plutôt d’une prédisposition qui n’existe plus ? ,
On n’est pas plus d’accord sur l’étendue d’influence de la disposition , quelle qu’elle soit , du cancer, qu’on ne l’a été sur sa nature. Est-elle générale, et constitue-t-elle ce que Ion a appelé une diathèse cancéreuse? ou bien est-elle locale? On a ainsi posé cette importante question : « Le cancer est-il une « maladie primitivement locale, qui se généralise par ses pro- « grès? ou bien dépend-il, au contraire, d’un état morbide
CONSIDÉRATIONS
« primitif de l’organisme existant d’une manière latente, et « constituant, dans cette période, une simple prédisposition? » À la première question, l’observation clinique ne répondelle pas : Oui, le cancer est en général primitivement local. A part quelques cas rares, il ne manifeste son établissement que dans un seul point. Il n’est précédé ni annoncé par aucun signe ou phénomène général. Ce n’est que quand il a acquis un certain développement, et généralement après qu’il est passé à l’état de ramollissement ou d’ulcération, que se déroule cette série d’accidens et de symptômes généraux, indiquant une sorte d'infection universelle, quelquefois marquée par l’apparition d’altérations semblables dans d’autres parties plus ou moins éloignées de celle qui a été frappée la première. Ainsi donc la maladie , de locale qu’elle était d’a- Jjord , s’est généralisée. On a appelé cette généralisation cachexie cancéreuse.
Et remarquez que cette généralisation n’a pas toujours lieu , non seulement quand les cancers sont isolés, enkystés, mais encore lorsque la matière cancéreuse se trouve comme infiltrée . dans les tissus et intimement incorporée aux organes, non seulement lorsqu’ils se maintiennent à l’état cm de squirres , mais encore quand ils sont ramollis , ulcérés. On voit de ces maladies se développer en silence dans une partie, marcher vers la désorganisation la plus profonde, arriver au terme fatal sans que rien en ait fait soupçonner l’existence , la santé s'étant jusque là conservée intacte. Combien de vieillards, affectés de cancers extérieurs, ne meurent que par suite des progrès de l’âge, de l’affaiblissement sénile, ou par quelque affection étrangère à ces maladies qui n’ont pas dépassé les limites de la région où elles se sont développées !
10e GBS. Je vis, il y a quelques mois, mourir une dame dans sa quatre -vingt -sixième année j elle avait été opérée d’un cancer ulcéré du sein gauche à l’âge de cinquante ans. La cicatrisation de la plaie, arrivée à un certain degré, s’était arretée, auprès quelques mois d’état stationnaire provoqué par des soins assidus , quelques cautérisations , l’affection répullula. La j malade ne voulut pas se soumettre à une se-
SUR LE CANCER EN GÉNÉRAL
coude opération. Son sein devint dans un état affreux . Ayant appartenu à une haute famille et tenu un certain rang clans la société, elle conservait ses allures aristocratiques, malgré la diminution de sa fortune. Elle eût été, entre autres choses, très-fâchée que l’on sût l’horrible maladie à laquelle elle était en proie , il lui était d’autant plus facile de la celer, que sa santé, après avoir été quelque temps profondément ébranlée, avait repris son ancien éclat , son teint une fraîcheur inaccoutumée. Moi-même , appelé à donner des soins à son mari , je ne la soupçonnai pas une seule fois. Seulement, je ne sortais jamais de son appartement sans un violent mal de tête occasionné par les parfums que cette dame employait à profusion pour masquer l’odeur infecte qui , malgré les plus grands soins de propreté, s’exhalait du sein malade. Elle avait alors quatre-vingt-deux ans. Ce fut seulement deux ans plus tard qu’une indiscrétion du mari m’apprit ce qui existait , ce qui décida cette dame, après bien des instances, à me montrer son mal. Je vis enfin un des spectacles les plus horribles dont j’aie jamais été témoin. Tout le côté gauche de la poitrine, depuis la clavicule jusqu’aux premières fausses côtes, depuis le sternum jusqu’à la région axillaire, présentait une masse énorme bosselée , creusée par une excayation énorme , anfractueuse , à surface grise , verdâtre , et du fond de laquelle s’élevaient çà et là des excroissances dures, les unes framboisées et saignantes , d’autre frappées de sphacèlej il s’en écoulait incessamment et comme en nappe un ichor séreux , mélangé de sang corrompu, de lambeaux sphacélés , de particules encéphaloïdes. Une odeur des plus repoussantes s’en exhalait. Eh bien! cette dame parvint à Eâge de quatre-vingt-six ans, conservant le libre, plein et régulier exercice de toutes ses fonctions, et toutes les apparences de la plus fraîche santé. Elle succomba alors à une apoplexie foudroyante. La plupart de ses parens et de ses amis n’apprirent qu’après sa mort l’afl reuse maladie quelle portait.
11e OBS. — Une grand’tante avait conservé l’ancien usage d’un pot à feu. Habitant une chambre basse, froide et humide, elle tenait ce foyer sous elle pendant une grande par-
CONSIDÉRATIONS
lie de l’année. Comme il arrive souvent en pareil cas, il se forma des croûtes aux cuisses. Une d'elles , arrachée par mégarde, produisit une plaie qui, incessamment irritée par les memes causes, prit les caractères de véritable cancer, lequel acquit insensiblement un très-grand degré de développement. Néanmoins elle le porta une vingtaine d’années, et elle mourut à quatre-vingt-dix-neuf ans d’un affaiblissement sénile , et sans que rien ait indiqué une affection générale résultant de sa maladie , qui était restée complètement locale. De tels exemples ne sont pas très-rares; les hôpitaux et hospices de vieillards en présentent souvent d’analogues.
Il est donc de la dernière évidence cpie l’état pathologique appelé cancer est une maladie toujours primitivement locale , susceptible, il est vrai, de se généraliser par ses progrès, mais pouvant aussi conserver indéfiniment son état d isolement complet.
On a fondé l’existence d’une prédisposition générale, d’une diathèse universelle, d’une sorte d'infection préalable de tout l’organisme , et partant établi que le cancer était une affection générale, sur ces considérations, i° que l’altération qui constitue ce genre de maladie est uniforme et toujours le meme, quelle que soit la nature de l’organe, du parenchyme, du tissu qu’il affecte; 2° quil est souvent héréditaire; 5° qu’il se montre spontanément; 4° qu’il, se développe en même temps dans différentes régions; 5° qu’il tend à répulluler ou à récidiver après la destruction chirurgicale; 6° qu’il détermine des phénomènes généraux particuliers qui constituent la cachexie cancéreuse. Il est facile de démontrer que ces raisons sont plus spécieuses que solides. D’une part , ces conditions de développemens dont on dote le cancer ne sont rien moins que constantes; d’une autre part, elles se conçoivent et s'expliquent aisément, sans qu’il soit besoin de recourir à une cause générale.
i° L'aspect partout uniforme que présentent les altérations squin euse et cérébriforme , est d’abord le résultat tout simple de la nature même de l'altération j c’est là sou type pvo-» pre | son pyaçtèfg personnel , pondit jpn yppi
SUR LE CANCER EN GÉNÉRAL
comme la graisse constitue le stéatome, n’importe en quelle partie il existe. Ce caractère uniforme est aussi la conséquence de la nature , partout elle-même uniforme, du tissu qui est le siège essentiel des productions cancéreuses et cpii forme sa trame exclusive. ïl en est ici de même que pour les tubercules ; ce sont des produits anormaux qui n’ont rien de commun avec les tissus propres des organes au milieu desquels ils se développent. De ce que les dégénérescences cartilagineuses et osseuses ont les mêmes caractères anatomiques d’uniformité, en conclura-t-on quelles sont sous l’influence d’une diathèse générale ?
2° L’hérédité ne prouve rien ni pour ni contre la disposition générale ou locale des maladies sur le développement desquelles elle influe. Beaucoup d’affections organiques portant le cachet héréditaire sont essentiellement locales , ainsi les polypes, les lipomes, etc. L’hérédité peut donc imprimer à l’économie des modifications organiques prédisposantes cancéreuses entièrement locales , et de manière que ce sera le même organe qui, de génération en génération, pourra être frappé de la même altération et à des époques de la vie ordinairement les mêmes.
5° Le développement simultané du cancer dans différentes régions est une circonstance trop rare pour qu’on puisse l’invoquer comme témoignage du caractère général de cette maladie. Les loupes, les anévrismes et beaucoup d’autres affections essentiellement locales peuvent être simultanément multiples. Dira-t-on quelles sont sous l’influence d’une cause générale ?
4° Le plus fort argument sur lequel repose l’existence d'une diathèse générale , d’une cause cancéreuse imprégnant toute l’économie, est fourni par la répullulation et fa récidive des cancers détruits chirurgicalement. Ces retours, pour être fréquens , n’ont pas la constance nécessaire à la fondation d’un principe aussi absolu que celui qu’on veut établir. On peut d’ailleurs se rendre raison de ces répuHulations qui ont le plus ordinairement leur siège dans l’endroit même où existait je ç$ncer détruit, sans qui! soif besoin de recourir à la nu
CONSIDÉRATIONS
position d'une cause ou d’une prédisposition universelle. M. Berard jeune s’est assuré que des masses squirreuses s'irradiaient des bandes fibreuses , pouvant être facilement confondues avec les tissus cellulaires ou autres circonvoisins, échappant à un examen superficiel, mais dont l’existence se démontre à une dissection attentive. Il pense que c’est par l’intermède de ces prolongemens élémentaires,
échappés à la destruction par l’instrument on les caustiques, que récidive le cancer squirreux. Ce qui tendrait à confirmer eette opinion , c’est que dans les ulcères cancéreux , tels que ceux qui se montrent à la face où ces bandes paraissent ne pas exister, et surtout dans les squirres enkystés , la répuîlnlation est bien plus rare. Quant au développement consécutif de cancers dans des parties plus ou moins éloignées de celles primitivement affectées, cette conséquence s'explique par la résorption. Ce n’est ordinairement que quand les cancers sont formés de matières encéphaloïdes , ou lorsqu’ils sont ramollis ou ulcérés que cela s'observe : or, la résorption en rend raison. Ce phénomène remarquable a été démontré par un assez grand nombre de faits. On sait qu’on a trouvé de la matière encéphaloïde jusque dans des concrétions polypeuses du cœur et des gros vaisseaux. La très-remarquable observation communiquée parM. Hourmannvautà elle seule une conviction, VIe ORS. Cancer de V utérus . Vaisseaux lymphatiques , ov uriques et tubaires pénétrés de matières encéphaloïdes (Rev. méd. iBùy),-— Une femme de soixante-quinze ans, affectée d’un cancer de l’utérus dont elle faisait remonter l’origine à près de trois ans, et qui alors paraissait avoir envahi tous les organes contenus dans le bassin , entre la vessie et le rectum qui étaient restés presque étrangers à l’altération , existait une masse d'un gris jaunâtre, du volume de la tête d’un fœtus de six ou sept mois , représentant l’utérus et ses dépendances j elle était formée d’un tissu encéphaloïde. Derrière elle et les intestins grêles s’élevait une traînée de cordons noueux formant un faisceau du volume du doigt, d’une couleur jaunâtre, placé de chaque côté de la colonne vertébrale , croissant de la masse cancéreuse ) ils s’élevaient jusqu’à la hauteur des reins. Là ils
SUR LE CANCER EN GÉNÉRAL
se divisaient en deux branches, l’une transversale, qui joignait les deux cordons entre eux, l’autre verticale. Ces deux dernières pénétraient dans la poitrine jusqu’à la hauteur du canal thoracique où elles se terminaient. Ces cordons n’étaient autre chose que les vaisseaux lymphatiques, avariques et tubaires remplis de la meme matière encéphaloïde qui constituait le cancer de l’utérus .
Ce qui, du reste, prouverait que c’est par ce moyen que s’étendent ou répullulent bon nombre de cancers, c’est que dans les cas où ceux même encéphaloïdes sont isolés par un kyste , les récidives et l’extension ne s’observent pas.
5° N’est-ce pas prendre l’effet pour la cause que de donner comme attestant l'existence d’une diathèse générale , la cachexie cancéreuse, état essentiellement consécutif au développement du cancer? La cachexie prouve tout au plus que la maladie , de locale quelle était primitivement, est devenue générale : je dis tout au plus, car il arrive le plus souvent que cette cachexie existe sans que d’autres organes que celui primitivement affecté deviennent cancéreux. 'En effet, dans le plus grand nombre des cas , les modifications générales que le cancer amène dans l'économie ne consistent que dans le trouble des fonctions ; il y a perturbation de l’innervation générale , trouble de la circulation, et pour phénomène appréciable particulier la décoloration particulière de la peau; tous les autres symptômes ne diffèrent pas de ceux qu’entraîne toute maladie chronique quelconque, telle que diarrhée, hvdropisie, etc. On ne trouve donc à l’autopsie que des tissus décolorés, atrophiés, infiltrés; ce n’est que dans quelques cas seulement que l’on trouve joints à ces états des altérations indiquant et prouvant, non l’existence d’une diathèse , mais une action plus profonde des él émeus cancéreux résorbés et ayant porté dans toiit l’organisme, par le torrent circulatoire, leur désastreuse infection. De là la cancérification de viscères, d’organes, de tissus, de régions diverses, la fragilité des os, etc. etc. qui constituent la véritable , la seule cachexie cancéreuse.
6° Le cancer paraît quelquefois se développer spontané-
CONSIDERATIONS
ment. Il naît en silence au milieu cl’organes jusque-là trèssains, et qui n’ont été exposés à l’action d’aucune violence ou cause quelconque d’altération de tissus, de lésion vitale ou de trouble fonctionnel. D’accord;, mais on ne peut nier que ces cas ne soient cle beaucoup les plus rares, comparativement à ceux dans lesquels l’apparition de cette terrible affection n’a eu lieu qu’à la suite de l’action des causes provocatrices, et précisément cellesdà qui produisent l’irritation ou qui ont pour effet ordinaire d’occasionner les pblegmasies. Le plus ordinairement meme le cancer succède à ces états pathologiques simples; il n’apparaît dans les organes qu’a près qu’ils ont été le siège de pblegmasies ulcéreuses ou non.
On remarquera en effet que c’est dans les organes qui par leur situation, leur composition organique, leur vitalité, leurs fonctions se trouvent le plus en butte à l’action des agens irritans , et à être affectées de pblegmasies chroniques, que cette terrible altération établit presque toujours son siège de prédilection. Chez la femme, c’est aux seins ou à l’utérus; chez l’homme, elle s’attaque particulièrement à la face et aux organes digestifs ; et quels points affecte-t-elle de préférence dans le dernier appareil? précisément aussi les plus exposés à l’irritation et aux inflammations chroniques par suite du contact plus immédiat et plus prolongé des substances alimentaires et des principes irritans qu’ils sont susceptibles de renfermer , savoir : le pylore , le cæcum , le rectum. Que, dans un certain nombre de cas, les obstructions de ces conduits soient dus à une hypertrophie de leur anneau musculaire, et non à un engorgement squirreux, il n’en est pas moins vrai que ces affections simples , résultant ellesmêmes d’irritation, préludent aux altérations profondes , dont l’examen anatomique démontre la nature évidemment cancéreuse, altérations par lesquelles ces hypertrophies se terminent à la longue, à moins que le trouble fonctionnel quelles occasionnent ne suffise pour provoquer une mort précoce. M, Velpeau regarde comme nous l’hypertrophie du tissu cellulaire comme seule et réelle cause de la dégénérescence squir-
yfqtgg dfffil h plus grand nombre de cas i opinion qui vicmi
Sim LE CANCER EN GÉNÉRAL,
appuyer la nôtre sur l'état simple des altérations qui préludent au cancer.
Chez la femme , on observe le plus ordinairement le cancer d’abord aux seins , là où , de l’aveu de tous les auteurs qui ont écrit sur cette maladie, les coups, les compressions, en un mot, toutes les violences auxquelles ces organes sont exposés par leur situation et leur saillie, sont expressément citées comme causes déterminantes. Vient ensuite l’utérus , et surtout son coi , partie sur laquelle agissent tant et si souvent des causes d’irritation , et qui est si fréquemment le siège d’inflammations ulcéreuses ou autres.
On objecte que si l’irritation , l’inflammation , l’ulcération pouvaient dégénérer en cancer, on devrait observer très-fréquemment celui de l’utérus, par exemple, cliez les femmes publiques , et que cependant les observations recueillies dans les lieux où elles sont rassemblées en grand nombre prouvaient quelles n’y étaient pas plus exposées que le commun des femmes , tandis qu’on l’avait souvent observé cliez des femmes vouées à la virginité. Qu’on me permette d’abord de rappeler une remarque importante à l’explication bien simple delà première objection. La modification de l’organisation qui dispose aux affections cancéreuses est le plus ordinairement le résultat de l’âge, c’est-à-dire qu’on ne l’observe en général, à en juger par ses effets, que de quarante à cinquante ans, à cette époque enfin qui, pour les femmes, a été appelée critique. Or, comme la plupart des femmes publiques qui sont admises dans les hôpitaux vénériens , ou enfermées dans les maisons cle réclusion , n’ont pas encore atteint l’âge où le cancer a coutume de sévir, il n’y a rien d’étonnant qu’on n’en trouve que peu d’entre elles qui en soient affectées. Ce qu’il importait de savoir, c’est si , quand arrivera l’époque fatale, ces lésions simples du col de l’utérus ne deviendront pas, par leur persévérance, la source, l’origine, l’occasion du développement d’affections plus graves. Or, les faits prouvent que ces craintes sont fondées. Les auteurs ont reconnu, et nous R von S particulièrement noté dans les observations que AYGR8 VfCUeiîÜÇfl llff le cancer de la piaLlee , iV.ndepne vio dj§<
CONSIDÉRATIONS
solue qu’avaient menée plusieurs des femmes qui en sont les sujets, comme circonstance qui avait préludé au développement de leur maladie. Quant aux saintes filles, il s’en faut que le célibat exclue chez elles l’excitation des organes sexuels ; résistassent-elles aux tentations de l’onanisme , cause si fréquente et si puissante d’excitation irritante , par la facilité d’en abuser, la privation suffirait encore pour l’éveiller, l’exagérer même; de même que l’on voit la privation des alimens et des boissons provoquer aux gastrites aiguës ou chroniques , la réclusion, pour les cerveaux-* actifs , conduire à l’exagération de l'enthousiasme , du fanatisme , au délire aigu ou chronique , etc.
Au reste , les exemples se pressent pour prouver que le cancer commence souvent par une lésion simple. Un individu s’écorche la lèvre en se rasant; à chaque fois qu’il répète l’opération, la croûte de la petite plaie est enlevée, elle s’irrite, ses bords s’indurent, son centre s’ulcère, et si on ne se bâte de la cerner, elle s’étend de proche en proche, et bientôt elle détruit dans ses ravages progressifs une partie plus ou moins considérable de la face, à moins que , par un traitement approprié, on ne vienne limiter, cerner, détruire le mal.
13e OBS. — Un notaire, qu’un faux avait fait condamner aux travaux forcés, avait obtenu, par protection spéciale, la faveur de faire son temps à la prison de Bicêfcre. Là, il s’occupait de travaux de serrurerie. Sa constitution était forte; sa santé, qu’avaient d’abord ébranlée les angoisses d’un crime, d’un jugement , d’une condamnation, s’était complètement rétablie, lorsqu’un jour (août iBïo) une parcelle de fer sauta et se fixa dans l’œil droit. On ne fît rien pour l’extraire. Une ophthalmie violente se manifesta aussitôt : elle résista à un traitement tel quel. J’avais vu le malade jusqu’au mois d’octobre; je le revis et suivis sa maladie au mois de janvier suivant. Alors le chémosis avait fait de grands progrès et tenait l’œil constamment entrouvert. La cornée paraissait dans l’enfoncement terne, noire; bientôt des bourrelets framboises, d’une dureté carcinomateuse, écartent, renversent, détruisent les paupières et se sphacèlent , ou se creusent en ulcères pro-
SUR UE CANCER EK GÉNÉRAL
fonds, se renouvellent en envahissant de proche en proche; bref, cette désorganisation gagne et détruit tout le côté correspondant de la face, depuis le front jusqu'au menton, depuis le nez jusqu’à l’oreille, parties qui se trouvent aussi comprises. L’os molaire, une portion de l’arcade sourcilière, les os propres du nez , l’apophyse zygomatique , tout l’os maxillaire supérieur, le vomaire , une partie del’ethmoïde, du palatin droit, de l’apophyse ptérygoïde, une grande partie de la fosse temporale se dessèchent, se nécrosent , s’ébranlent et tombent par fragmens ou en toute pièce. Quelques semaines avant la fin de l’année, je faisais l'autopsie de cette hideuse moitié de tete : une partie du lobe moyen droit du cerveau était détruite, et le reste se trouvait dans un état de putrilage jusqu’à une assez grande hauteur vers l’hémisphère correspondant. Cet homme avait conservé toutes ses facultés jusque quelques heures avant sa mort. Les bords qui limitaient cette vaste destruction étaient élevés, inégaux, durs , résistant au scalpel et d’un aspect squirreux.
La majorité des faits de cancer succédant à des affections phlegmasiques ou hypertrophiques est telle , comparativement au petit nombre de cas dans lesquels cette affection se montre spontanément, qu'on ne peut regarder ces derniers que comme exceptionnels. Elle ne permet pas de laisser en cloute qu’il n’existe pas seulement coïncidence , mais bien des rapports de causes et d’effets entre les maladies préalables et ees altérations consécutives. On conçoit qu’une irritation phlegmasique ou ulcéreuse du col de l’utérus, par exemple, existant à l’époque où la disposition cancéreuse, quelle quelle soit, a coutume de se manifester, celle-ci trouvant une condition favorable à son développement , a bien plus de tendance à se montrer que si cette circonstance n’existait pas.
Remontez à l’origine de la plupart des cancers du sein ; d’abord, et le plus souvent à la suite de causes locales, il s’est manifesté un engorgement qui est resté indolent, stationnaire, n’offrant en un mot aucun des signes caractéristiques du cancer; cet état a duré des mois, des années, jusqu'à cc que
DEGRE DE CURABILITÉ
l’âge qui développe la prédisposition cancéreuse soit venu lui imprimer son cachet.
Il nous parait donc évident que des lésions simples peuvent devenir la cause déterminante du cancer, qui, sans elles, aurait pu ne pas avoir lieu, ou n’arriver que plus tard, ou ne se montrer que dans d’autres organes, et probablement d’après des conditions provocantes analogues. Tous ces faits prouvent que dans les cas où il existe une prédisposition au cancer, cette maladie a en général besoin , pour se manifester, d’une cause provocatrice qui décide du lieu et du temps de son développement ; mais nous croyons en outre qu’un ulcère simple peut, parle seul fait ou de son ancienneté ou de mauvais traitemens , se transformer en cancer.
M. Du gès a vu une personne qui pour ne point interrompre ses habitudes , et se livrer plus commodément aux plaisirs de la société , se remplissait, durant la menstruation , le vagin d'une éponge imbibée d’oxycrat. Elle a succombé jeune encore à la marche rapide d’un cancer utérin.
Pénétrez dans les asiles de la vieillesse ; combien , parmi les ulcères chroniques qui déforment et rongent les jambes des vieillards , n’en trouve-t-on pas qui sont devenus cancéreux , sans qu’on puisse en accuser d’autre cause que leur ancienneté? Tous ou presque tous ces ulcères étaient le résultat de plaies , de blessures, de dispositions variqueuses, en un mot constituaient dès l’origine et pendant long-temps des ulcères simples qu’on eût pu guérir par des soins soutenus et des traitemens méthodiques employés à temps. Ce n’est pas seulement par leur aspect, quoique caractéristique , que ces ulcères manifestent leur nature cancéreuse ; elle est rendue évidente par l’examen anatomique. Ces bords épais et durs résistent au scalpel , présentent à l’incision la couleur, la disposition intime des tissus squirreux, et la compression en exprime de la ma tiè re encéphaloï de .
Ainsi, il n’est pas prouvé bien positivement que la prédisposition, quelle quelle soit, du cancer est générale; l’observation a seulement démontré cpie cette maladie reconnaissait quelquefois pour cause ou condition l’hérédité , et quelle ne se
DES AFFECTIONS CANCÉREUSES
manifestait ordinairement qu’au retour d’âge. Dans ces cas , cette prédisposition paraît quelquefois suffire au développement de 1 altération qui se déclare spontanément. Alors le cancer est essentiellement primitif. Mais le plus ordinairement cette affection ne paraît qu après l’action d’agens irritans, ou à la suite de lésions simples hypertrophiques ou phlegmasiques, qui agissent comme circonstances déterminantes ou provocatrices j dans ces cas le cancer est consécutif.
Enfin on ignore complètement en quoi consiste la prédisposition cancéreuse. Qui peut donc assurer qu’elle préexiste dans tous les cas ? La modification spéciale qui la constitue ne peutelle naître spontanément chez des individus qui en étaient vierges et sous l’influence de certaines conditions ou circonstances accidentelles , comme par exemple à l’occasion d’une irritation prolongée , d’une inflammation ou d’une ulcération chronique ? Les faits cités et leurs analogues assez nombreux répondent par l’affirmative , et prouvent qu’il y a des cancers accidentels .
Puisque les lésions simples ont la puissance, personne ne le nie, de doter les tissus qui en sont le siège de la modification spéciale qui préside aux transformations cartilagineuses et osseuses , pourquoi n aurait-elle pas celle de provoquer cette autre modification vitale sous l’influence immédiate de laquelle s’opèrent les transformations cancéreuses, ou se forment les produits organiques qui constituent ce genre d’altérations? À ceux qui objectent que si le cancer devait son origine à des phlegmasies chroniques , on devrait l’observer bien plus fréquemment , ne peut-on pas répondre qu’il n’est pas plus étonnant de voir aussi rarement ces transformations , qu’il ne l’est de voir celles cartilagineuses ou osseuses , et qui cependant sont encore plus rares , proportionnellement à la fréquence des phlegmasies chroniques , que les affections cancéreuses secondaires?
Du degré' de curabilité des affections cancéreuses . — Les médecins ne sont pas d’accord sur le pronostic du cancer II est incontestable que c’est une des maladies les plus redoutables et par la profondeur des désordres qu elle occasionne , et par
DEGRE DE CURABILITE
la gravite des phénomènes qu’elle présente, et par les suites funestes qu’elle n’entraîne que trop souvent. Mais doit-on lui attacher avec quelques auteurs un caractère d’inévitable fatalité et d’incurabilité absolue? Les considérations théoriques qui précèdent prouvent le peu de fondement des raisons sur lesquelles on a basé ce jugement désespérant qui ne tendrait à rien moins qu’à frapper la médecine d’impuissance, et réduirait le praticien à un rôle équivalent presque a une interdiction complète.
L’expérience et l’observation viennent heureusement détruire ce que ces déplorables systèmes ont d’exagéré. L’une et l’autre répondent par l’affirmative à cette première question : peut- on prévenir l’apparition et le développement des cancers ?
Puisque les ulcères simples peuvent , par le fait seul de leur ancienneté, provoquer l’altération cancéreuse; puisque celle-ci a souvent besoin, pour se manifester dans une partie, qu’une irritation phlegmasique ou autre l’y appelle, il est évident qu’en détruisant , en guérissant ces lésions simples avant que par leur persistance elles aient modifié la vitalité de la partie malade qui la rend apte à contracter l’altération cancéreuse, ou avant l’époque où la disposition organique ou diathèse cancéreuse , quelle soit générale ou locale, a coutume de se manifester, surtout chez les personnes qui sont sous la fâcheuse influence de l’hérédité , il est évident , selon nous , qu’ alors on aura prévenu le développement de cette horrible maladie. On trouve clans les auteurs des observations qui pourraient être invoquées à l’appui de cette assertion. Notre savant antagoniste sur cette matière, M. Téallier, en fournit lui-même des exemples dans son ouvrage (i). En voici de plus concluant.
ï4e CBS. — Je fus appelé, il y a trois ans , à Saint-Germain en Laye , par M. le docteur Lamare , praticien distingué de cette ville , pour une de ses clientes, parvenue au dernier terme d’un cancer de la matrice dont l’origine remontait, d’après elle , à
(i) Lococitato.
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un avortement arrivé à l’âge de trente-deux ans, à la suite duquel celte dame avait été tourmentée par une leucorrhée habituelle. Au bout de quelques années, ses règles étaient devenues moins abondantes • elle éprouvait des lassitudes dans les reins , de la pesanteur, de la chaleur dans le bassin. Vers quarante-quatre ans , quelques pertes se manifestèrent , et depuis la maladie fît des progrès qui l’avaient conduite aux portes du tombeau quand je la vis. Si sa position la tourmentait, elle n’éprouvait pas de moins vives inquiétudes sur le compte de sa fille, alors arrivée à l’âge où elle-même rapportait les préludes de sa maladie, et qui était en proie à des symptômes qu’elle trouvait absolument semblables â ceux qu’ elle-même avait d’abord éprouvés, et qui comme chez elle, s’étaient montrés à la suite d’un accouchement prématuré. Quelques jours après ^ cette jeune dame vint à Paris ; je l’examinai , et je trouvai le col engorgé, sa lèvre postérieure dure et saillante , et sur cette lèvre une érosion saignante. Obligée de retourner chez sa mère pour lui donner les derniers soins , elle ne put se soumettre aux moyens que je lui avais prescrits. Deux mois plus tard , l’ulcération était plus étendue et le col encore augmenté de volume. Continuation de la 1 eucorrhée parfois sanguinolente ; douleur de reins, sentiment de brûlure et d’éîancemens dans les régions sacrée et coccygienne , de lassitudes dans les cuisses et les fesses. Les règles revenaient assez régulièrement ^ mais avec beaucoup moins d’abondance qu’avant son accouchement, et ne coulaient que vingt-quatre heures au lieu de quatre à cinq jours quelles duraient alors. Après deux mois et demi d’un traitement approprié , tout symptôme avait disparu ; le col de l’utérus était revenu à son état naturel , les règles s’étaient rétablies comme autrefois , et depuis plus de trois ans et demi la guérison ne s’est pas démentie.
15e OBS. — Dans le cas suivant, le cancer paraissait plus imminent. Mra0 B. , demeurant Vieille me du Temple , n° 6i , fille d’une mère morte d’un cancer de la matrice , vit avec effroi approcher l’âge critique. Dès quarante ans les règles diminuèrent; de la pesanteur et des douleurs sourdes se firent sentir dans
DEGRÉ de curabilité
le bassin. La crainte d’être confirmée sur l’existence de la redoutable maladie quelle appréhendait l’éloigna pendant plusieurs mois de demander conseil. Enfin, choisi pour l’examiner, je trouvai, le 25 avril i854, le col de l’utérus du volume d’un œuf de pigeon. Cet engorgement résistait au toucher $ il était formé principalement aux dépens de la lèvre antérieure , qui dépassait la postérieure de quatre à cinq lignes ; l’orifice utérin était béant, et son orifice infundibulé présentait des espèces de fissures que séparaient des saillies longitudinales, ce qui lui donnait assez l’aspect d’un sphincter de l’anus contracté. Cette partie était d’un rouge foncé, et laissait suinter un fluide séro-sanguinolent , mais en si petite quantité, que jamais la malade ne s’était aperçue de cet écoulement utérin. La matière se perdait dans le flux leucorrhéique auquel elle se mêlait. D’après l’aspect que présentait cet état pathologique , et considérant l’époque à laquelle elle s’était développée et la circonstance de l’hérédité , j’établis un diagnostic peu rassurant , et surtout un prognostic très-grave; je crus à l’existence d’un cancer avec commencement d’ulcération. Néanmoins je soumis la malade à des injections , à des applications locales de sangsues, j’établis deux cautères à la région lombaire. La ciguë et l’hydrochîorate d’or furent administrés à doses croissantes, et interrompus de temps en temps pour faire passer quelques purgatifs. Un régime entièrement végétal fut suivi; la malade , qui auparavant se tenait habituellement dans une arrière-chambre peu éclairée, exposée au nord , habita une pièce plus spacieuse , plus aérée , exposée an midi. Au bout de deux mois^ l’engorgement avait diminué de plus des deux tiers; il était réduit à un noyau entourant l’oi ifîce qui paraissait toujours ulcéré. Je le touchai alors avec le nitrate acide de mercure , et en obtins la cicatrisation. Enfin, après quatre mois de traitement thérapeutique et hygiénique rigoureusement suivi, il ne restait plus qu’un petit point engorgé à la lèvre antérieure et adhérent près de l’orifice utérin. Il résista, malgré la persévérance du traitement, que je crus devoir alléger un peu plus tard , et enfin suspendre complètement. Je supprimai les cautères de la région lombaire
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et les remplaçai par un cautère à demeure au bras. Depuis deux ans et demi rien n’a changé 3 l’espèce de tubercule de la lèvre anterieure du col utérin est resté stationnaire , et la malade a pris de l’embonpoint et un air de fraîcheur qu'elle 11’avait jamais offert à un si haut degré.
Long-temps avant que le cancer des seins ne se déclare, il existe chez la plupart des femmes un petit corps glanduleux , arrondi ou inégal, quelquefois un peu aplati, sensible à la pression, quelquefois indolent,, d’autres fois le siège de douleurs plus ou moins vives et lancinantes , déterminant le plus ordinairement un sentiment de fatigue, d’engourdissement pénible, d’inquiétudes nervo-musculaires dans le côté correspondant de la poitrine , de l’épaule, et s’étendant parfois à tout le membre thoracique. Ce n’est qu’aux approches de l’époque critique , et après plusieurs mois et meme plusieurs années d’existence , que cette espèce de corps ganglionnaire prend du développement , et jette pour lors la crainte au cœur des malades. L’avenir ne tarde pas à la motiver. Or, nous avons vu assez souvent de ces embryons cancéreux avorter sous l’influence de traitemens convenables, et comme ils présentaient une ressemblance frappante avec ceux qui , ayant été négligés, étaient devenus le germe de cancers redoutables, nous avons été convaincus que nous avions , dans ces cas, prévenu le développement du cancer.
16e OBS.-— Mme Bi.. ., blanchisseuse de fin, dont la mère était morte d’un cancer au sein , ressentit, à l’âge de quarante-un ans, des douleurs dans le sein droit; elles augmentèrent par la fatigue. Elle s’aperçut alors d'une tumeur dure qui n’existait pas de l’autre côté. Dès lors grande alarme. Je trouvai en effet la partie externe de la glande mammaire droite du volume d’un petit œuf de poule , bosselée ; une des bosselures semblait adhérente à la peau au voisinage du mamelon , de manière que, dans certaines positions, on apercevait là une dépression. Cette tumeur était très-dure , douloureuse à la pression. Je portai un prognostic très-grave , et conseillai l’opération qui fut absolument rejetée. Je résolus d’essayer d’un traitement hygiénique et médical, C’était en i855. La malade
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avait un embonpoint raisonnable , les rpgles venaient à leurs époques , niais elles étaient bien moins abondantes qu’autrefois. Je lui fis cesser ses occupations fatigantes 3 je pratiquai une saignée du bras , puis appliquai à plusieurs reprises des sangsues au dessous du sein malade. Bains tièdes répétés, bains locaux de fumigations, douches légères , cataplasmes émolliens et résolutifs , ciguë et hydrochlorate d’or à l’intérieur, laxatifs répétés , régime entièrement végétal, cautère au bras gauche. Après six mois de diminutions et d’augmentations alternatives dans le volume et autres signes locaux de l’engorgement, sa décroissance fut plus manifeste, et vers le huitième mois tout avait disparu.
Dans ce cas et d’autres analogues que je pourrais rapporter, soit d’après mes propres observations, soit d'après les auteurs, ai-je guéri des cancers? N’existait-il qu’un état d’induration , résultat d’une phlegmasie chronique ? Mais alors les circonstances d’âge et d’hérédité dans lesquelles se trouvait la malade ne faisaient-elles pas craindre sérieusement que cette altération, supposée actuellement bénigne, ne prît un peu plus tard un caractère alarmant, qu’elle ne devînt enfin l’origine d’un cancer véritable , et en guérissant celle-là, n’ai-je pas prévenu celui-ci ?
Loin de nous la pensée que toutes les ulcérations du col de l'utérus , tous les engorgemens phlegmasiques de cette partie, deviendraient la source de squirres ou d’ulcères cancéreux , si on les négligeait ou si on les traitait inconsidérément. Nous ne croyons pas que, quand on a guéri ces maladies simples , on a, dans tous les cas , prévenu le développement futur d’un cancer. Mais, encore une fois, nous sommes intimement persuadé que, dans un certain nombre de cas analogues à ceux que nous avons présentés ou que nous aurons l'occasion de rapporter, on prévient bien certainement le développement de cette affreuse maladie.
Nous arrivons enfin au dernier article du sujet en discussion, et ce n'est pas le point le moins important. Le cancer est-il susceptible de guérison, ou cette maladie porte-t-elle le cachet infaillible d’incurabilité? On a vu précédemment ce que l'on
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devait penser de la répullulation du cancer ou cle sa récidive plus ou moins éloignée* après qu’on l’avait détruit par des moyens chirurgicaux. Il serait trop long d’énumérer tous les cas dans lesquels ces opérations ont été couronnées du succès le plus complet, imitation artificielle de celui qu’a quelquefois provoqué la nature en frappant spontanément de sphacèle la partie altérée dont la chute faisait place à une plaie simple et cicatrisante sans récidives ultérieures.
Les altérations squirreuses et encéphaloïdes sont-elles susceptibles de résolution? La matière qui les constitue peut-elle être résorbée? L’examen de cette question, qui se rattache si éminemment à la pratique , trouve ici sa place.
Et d’abord les tissus accidentels sont-ils, comme tous les tissus physiologiques, soumis au double mouvement de composition et de décomposition? Pour quiconque a vu les alternatives d’augmentation et de diminution dans le volume des affections cancéreuses externes , correspondant à des alternatives analogues d’embonpoint et d’amaigrissement, la chose n’est pas douteuse.
17e OBS. — Je connais une femme italienne, vive, ardente, qui dès Page de trente-huit ans s’aperçut d’un engorgement dur, mamelonné, de la glande mammaire droite, qui acquit un développement tel qu’à quarante-cinq ans il avait le volume du poing d’un adulte. Il était le siège d’élancemens violens. Cette dame eut alors une rétention de bile dans la vésicule, occasionnée parla présence des calculs biliaires; le traitement que je dus employer contre cette nouvelle maladie, qui paraissait liée à une hépatique chronique, amena une maigreur considérable : la glande mammaire, soumise au dépérissement général, fut réduite au volume d’une noix: à mesure que le corps par la suite reprit de la force , la glande revint à son premier état. Enfin une affection catarrhale aiguë ramena l’amaigrissement l’année d’après, et l’engorgement mammaire éprouva encore une réduction qui depuis n’a pas changé (i). Ne serait-ce pas à la destruction de la modifica-
(i) Depuis la publication de cette observation, la femme qui en est le sujet se soumit, d’après des conseils étrangers , aux soins d’un prétendu
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tion organique qui présidé tà la formation du squirre , destruction opérée par les progrès de l’âge , que l’on devrait attribuer la non-recrudescence de la tumeur, dans ce cas , quoique le reste de l'économie ait repris de la force ?
18e OES. — Je donnai des soins à une autre dame pour laquelle le professeur Marjolin fut plusieurs fois consulté, et chez laquelle un squirre volumineux du sein droit , qui d’abord , presque complètement disparu pendant le cours et le traitement sévèrement diététique d’une gastrite chronique, a repris du développement à mesure que les forces se sont rétablies , puis a de nouveau diminué de volume , et est resté stationnaire depuis la formation d’une luxation spontanée du fémur droit. Ce n’a été que deux ans plus tard que le squirre a repris du développement , et a contribué , avec les autres affections dont était atteinte cette malheureuse dame, à la faire succomber.
Si ces faits ne suffisaient point pour prouver que les matières qui composent les altérations organiques sont susceptibles d’être résorbées , le résultat de quelques moyens thérapeutiques le confirmerait. Lorsqu’on réfléchit que c’est d’abord et principalement sur les produits des sécrétions cellulaires que porte tout dépérissement, on est moins étonné que les matières de ces altérations soient susceptibles dette résorbées , puisqu’elles sont aussi un produit, anormal il est vrai, du même tissu , ainsi que nous l’avons dit. Le cura faillis , dont les puissans effets résolutifs ont été de nouveau constatés par les patriciens modernes , agit-il autrement qu’en entravant les fonctions nutritives et sécrétoires générales, physiologiques et pathologiques, et en provoquant en même temps l’activité des fonctions absorbantes ? La compression agit-elle autrement lorsque , par son moyen , on obtient la résolution des engorgemens squirreux, ainsi que l’ont prouvé les précieuses expérimentations faites par M. le professeur Kécamier ?
guérisseur de cancers, qui lui promit de faire disparaître complètement ce rudiment de squirre. Le fameux caustique de zinc fut appliqué , et. ... il en résulta un cancer qui abrégea les jours, rendus atrocement douloureux.
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Il est peu de patriciens qui n’aient vu , sous l’influence de traitemens appropries, de ces engorgemens squirreux , trèsdouloureux, à marche envaliissan te , être ainsi arrêtes clans leurs progrès , et même réduits à un noyau indolent inerte. Ces petites tumeurs, tolérées par les organes au milieu desquels elles stationnent , n’ont plus désormais de fâcheuse influence sur la santé. On peut les considérer comme de simples corps étrangers, analogues, par exemple, aux halles métalliques qui, après des blessures d’armes à feu, finissent par prendre droit de domicile dans l’économie : veut-on faire l’extirpation de ces tumeurs réduites, leur isolement a rendu l’opération plus facile et surtout plus efficace. Dans tous les cas, ces faits prouvent , contrairement aux opinions des fatalistes , que le cancer n’est pas absolument incurable.
On oppose aux cas de guérisons définitives , qu alors il n’v avait pas cancer. Cette objection tombe devant les faits d’opérations faites avec succès définitifs, et après lesquelles l’examen a démontré la nature évidemment cancéreuse des parties enlevées. Quant aux exemples de guérisons par une sorte de résolution , et dans lesquelles le témoignage de l’anatomie pathologique ne peut être invoqué , la fin de non-recevoir qu’on leur oppose est insoutenable. Elle se réduit à ce dilemme mal fondé, sorte de cercle vicieux d’où l’on ne peut sortir : le cancer est incurable , parce qu’on ne le guérit pas ordinairement; on ne peut le guérir, puisqu’il est incurable; donc quand on le guérit, c’est qu’il n’existait pas. Et n’a-t-on pas fait les mêmes raisonnemens , proclamé les mêmes assertions néfastes sur la phthisie tuberculeuse, maladie qui , dans les conditions de son développement et dans ses conséquences, présente tant de points d’analogie avec le cancer? N’a-t-on pas établi en principe progoostic l’inévitable fatalité de cette maladie et son incurabilité absolue? Et cependant des faits authentiques sont venus donner un démenti formel à ces assertions exclusives. Or, de même que le cancer, la phthisie tuberculeuse consiste en la production de corps organiques nouveaux; comme lui et plus que lui elle est héréditaire; ainsi que la diathèse cancéreuse, In prédisposition
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tuberculeuse sommeille d’ordinaire jusqu’à une certaine époque de la vie* de plus que dans le cancer, cette prédisposition à la phthisie tuberculeuse se signale par des symboles caractéristiques , et qui constituent non plus seulement une diathèse , mais bien une constitution spéciale. Et cependant il est prouvé que l’on peut retarder, ajourner, empêcher même le développement de la phthisie chez les personnes qui y sont prédisposées , en éloignant ou évitant les causes déterminantes de cette maladie, comme par exemples certaines influences défavorables de saisons , de climats , ou en détruisant à temps et convenablement les affections catarrhales et autres phlegmasies pulmonaires, cpii souvent servent de prélude et d’occasion à l’explosion de cette redoutable maladie. 11 n’est plus permis non plus de mettre en doute la possibilité de la guérison de la phthisie confirmée.
Quelques pathologistes ont cru concilier les opinions , lever les difficultés, en distinguant les affections cancéreuses en deux ordres : à l’un , on rapporte les cancers cpii résistent à tout traitement médical et répullulent ou se reproduisent, et après leur destruction chirurgicale. On range dans l’autre les affections qui présentent à l’observation clinique les mêmes caractères , mais qui cèdent complètemens aux traitement chirurgicaux ou médicaux. Aux premiers seuls on concède le nom de cancer légitime ; on en déshérite les autres , que l’on stygmatise de fausseté sous les noms $ affections cancr aides , invention peu heureuse, distinction à peine soutenable en théorie, et embarrassante dans l’application. Exemple : trois individus offrent à la face, à la langue ou dans toute autre partie, une altération organique absolument pareille , caractérisée par une ulcération irrégulière , à bords anfractueux, renversés, à fond gris-verdâtre et sanieux , à marche envahissante et destructive, précédée par l’extension d’une base engorgée et dure. À l’un , on enlève la partie malade par la cautérisation on l’instrument, et l’affection répullule. Chez l’autre , la même opération est suivie de cicatrisation définitive; cependant l’examen des parties enlevées a prouvé l’identité d’altération dans les deux cas. Le troisième guérit sous l’influence d’agens
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simplement modificateurs. Parce que les résultats des traitemens n’ont pas été les mêmes cliez les trois malades, serait-il raisonnable de prétendre que les affections, d’ailleurs en tout anatomatiquement et symptomatiquement semblables, étaient de nature différente?
L’extrême gravité du prognostic du cancer confirmé est incontestable, mais n’infirme pas la possibilité de sa guérison. Ne serait-il donc pas plus profitable à la science et à l'humanité d’abandonner un trop facile système de dénégation pour se livrer à la recherche du mécanisme que la nature emploie dans les cas de résolution spontanée , de la manière dont agissent les moyens thérapeutiques qui ont parfois réussi, afin de saisir les indications les plus conséquentes, et d’arriver à la connaissance des agens les plus propres à les remplir? Nous pensons , au reste , cpie ce n’est pas par des moyens spécifiques, des panacées, que l’on peut espérer d’arriver à ces heureux résultats, mais par un concours bien entendu des moyens thérapeutiques et hygiéniques susceptibles de modifier profondément l’organisme, en agissant, soit sur l’innèrvation qui préside à tous ces actes normaux ou anormaux de la vie , soit sur la composition du sang qui fournit les élétnens matériels aux tissus naturels ou pathologiques. On remarquera dans les observations que j’ai rapportées à l’appui de l'objection sur la possibilité de prévenir et de guérir le cancer, que je ne me suis pas borné à l’emploi de moyens topiques : toujours j’ai fait concourir avec le traitement local l’usage cl’altérans internes et la prescription de précautions hygiéniques susceptibles de modifier profondément l’organisme. Cette marche , nous l’avons suivie dans l’étude pratique des cancers à laquelle nous nous sommes depuis long temps livré : c’est à elle que nous reportons quelques succès heureux; c’est sur elle que nous fondons l’espoir d'arriver plus souvent qu’on ne l’a fait jusqu’à présent au but si difficile à atteindre , la guérison du cancer.
L’art a des bornes sans doute , la puissance de la nature a des limites; mais connaissons-nous assez les ressources de celui-ci , et pouvons-nous assez apprécier la puissance médicatrice de celle-là pour leur assigner un terme fixe qui semble
sa
symptomatologie générale.
leur dire : Ici s’arrête ton pouvoir? Combien n’a-t-on pas vu de ces colonnes herculéennes renversées le lendemain du jour même où un scepticisme exagéré les avait élevées! Gardonsnous surtout de nous laisser aveugler par la prétendue puissance de ces causes occultes dont la supposition a Froconvénient d’arrêter les progrès de la médecine, si elle ne les fait pas rétrograder. Adoptons tous les faits sans exception, sans exclusion , et ne souffrons pas que l’on rejette les uns, tel peu nombreux qu’ils soient, parce qu’ils gênent ou contrarient l’interprétation que l’on veut tirer des autres. On l’a dit, chaque fait, même isolé, a sa valeur que ne peuvent détruire des milliers de faits opposés. Evitons les systèmes exclusifs, les théories absolues , à la mesure desquelles la nature ne peut se plier sans être torturée, et qui, outre les inconvéniens qu’ils entraînent relativement à la science , n’en ont pas de moins graves , considérés sous le point de vue moral. En effet , dans le sujet qui nous occupe, si on a justement manifesté la crainte que le charlatanisme, la mauvaise foi, la spéculation , le désir d’une fausse gloire et d’une réputation usurpée à tout prix ne s’emparent (comme cela n’a été, il est vrai, que trop pratiqué) de la possibilité de prévenir et de guérir le cancer, pour faire un scandaleux abus des moyens chirurgicaux ou autres propres à réaliser cette possibilité , ne doit-on pas redouter que l’hypothèse de l’inévitabilité et de l’incurabilité de cette maladie n’encourage l’ignorance de quelques uns, l’indolence du plus grand nombre, et ne détourne les autres de ces recherches , ou de l’application de moyens préservatifs ou curatifs qu’ils croiraient d’avance frappés d’impuissance ?