‹ Maladies de la matriceChapitre 4 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine et causes des affections organiques de l’utérus.

La matrice n’est guère susceptible d'être affectée de maladies, soit aiguës , soit chroniques , ayant la puberté. Jusque là , cet organe est privé de l’activité vitale qui , dans les autres parties , suffit pour y développer spontanément des lésions variées , ou les met dans les conditions qui les disposent à être affectées de maladies sous l’influence de causes déterminantes.

Isolé , pour ainsi dire , du reste de l’organisation , et n’ayant qu’une faible influence sur les différons appareils organiques, l’utérus lui-même est rarement affecté d’une manière sympathique durant les premières années de la vie. Se trouvant par sa position anatomique à l’abri de l’action mécanique, physique ou chimique des corps extérieurs , il n’est pas non plus exposé aux maladies accidentelles ; aussi les exemples de ma-

ORIGINE FT CAUSES

ladies , et surtout d’alterations organiques de la matrice , sontils extrêmement rares clans l’enfance.

Mais l’époque de la puberté arrive et s’annonce par un développement plus rapide de toute l’économie , une activité plus grande de toutes les fonctions ; la vie entière semble s’animer d’un nouveau feu. Les organes de la génération subissent les effets de ce mouvement général , ou , pour mieux dire, c’est alors seulement que leur existence parait commencer.

La matrice sort donc de l’état d’inertie dans lequel elle était comme ensevelie, pour jouer dorénavant un rôle important. Son tissu devient perméable, extensible, érectile même. La circulation s^y fait plus active : la sensibilité s’y développe ; elle devient et le centre et le point de départ d’irradiations sympathiques, qui lui soumettent tous les actes de l’économie, et ceux-ci, à leur tour, exercent des influences non moins importantes sur les fonctions propres de cet organe.

De cet échange réciproque d’influences résultent, chez la femme devenue pubère, de nouveaux phénomènes physiologiques et pathologiques , des maladies générales et locales spéciales ail sexe , ou des formes particulières de celles qui lui sont communes avec l’homme.

Et pour ne parler que de celles de ces maladies qui affectent V utérus , nous observerons que ce viscère peut être le siège de tous les genres de lésions physiques et vitales, et d’altérations organiques que l’on voit dans tous les autres organes de l’économie : cette prédisposition morbide tient à la disposition anatomique et à la composition organique de la matrice. On y trouve du système séreux , dont une portion lui sert d’enveloppe extérieure 3 du système muqueux, qui, quoi qu’on ait dit, tapisse sa cavité; une trame cellulo fibreuse; un système vasculaire susceptible d’un grand développement; des vaisseaux lymphatiques; des nerfs du double appareil cérébrorachidien et ganglionnaire; et enfin un tissu propre de nature fibreuse dans l’état normal et de repos de l’organe 5< et qui revêt les caractères du tissu musculaire par suite de son développement. L’utérus peut donc présenter toutes les maladies dont chacun de ces tissus est susceptible d’être spécia-

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lement affectes , et propres à chacun de ces systèmes orga» niques: des phJegmasies séreuses, catarrhales, parenchymateuses, avec toutes leurs conséquences, comme induration, abcédation • de simples états congestifs sanguins, des hémorragies: des flux humoraux variés 3 des névroses (hystéralgie), des spasmes (ténesmes utérins, épreintes utérines): l’hypertrophie générale ou partielle 3 des exubérances polypeuses , fongueuses^ etc. 3 des végétations et des ulcérations, auxquelles leurs causes , aussi variées que multipliées, impriment leur cachet spécial, comme la syphilis, le scrofule 3 les altérations squirreuses , cérébrifères , mélaniques , tuberculeuses, stéatomateuses 3 joignez à cette nomenclature , déjà si nombreuse, les troubles des fonctions propres à la matrice, et qui , s’ils sont parfois l’effet des autres altérations , se présentent aussi comme affections essentielles, susceptibles de devenir à leur tour cause des autres états morbides.

Dans les premiers temps de la puberté, la matrice n’est pas toujours suffisamment disposée à ouvrir ses pores à l’évacuation du sang que porte dans son tissu le mouvement ou molimen menstruel. Il en résulte un état pléthorique ou congestif local, qui donne lieu aux phénomènes suivans : sentiment de pesanteur dans le bas-ventre, douleurs plus ou moins violentes, qui ont reçu les noms de coliques utérines, de ténesmes utérins, d’épreintes hystériques; alternatives de frissons et de chaleurs, céphalalgie, étouffemens , quelquefois accès hystériques.

Ordinairement ce mouvement fluxionnaire , d’abord sans résultat , se dissipe spontanément après quelques jours ou quelques heures de durée 3 il reparaît, avec les memes caractères , aux époques menstruelles suivantes , jusqu’à ce que les bouches exhalantes, devenues plus perméables, offrent une voie facile de dégorgement.

Chez quelques filles cependant, cette disposition organique persévère indéfiniment : l'engorgement congestif de l’utérus ne disparaît plus complètement après chaque époque, qui, au contraire, l’augmente. Les aceidens locaux et généraux acquièrent un haut degré d'intensité t et la médecine est

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appelée à prévenir les suites dangereuses de cet état pathologique.

L’engorgement de l’utérus peut, dans ce cas, revêtir les formes de simple congestion, de phlegmasie aiguë, et surtout chronique, laquelle passe successivement ou simultanément par tous les degrés de suppuration , d’état cartilagineux et osseux. Maintenu dans certaines limites, cet engorgement devient, après un certain nombre d’années, l’occasion d’altérations plus profondes , qui constituent le cancer.

!re OB5. — Mademoiselle L*** présente, dès l’âge de quinze ans , le développement extérieur qui caractérise l’entrée en puberté. Les phénomènes qui préludent d’ordinaire à l’apparition des règles se manifestent, pendant quelques mois, à des époques irrégulières , mais sans écoulement de sang. Chaque fois des douleurs de reins et de bas -ventre, une leucorrhée modérée, de la courbature, un malaise général, la retiennent au lit pendant deux ou trois jours. Plus tard, ces phénomènes affectent une marche périodique très - régulière , et deviennent de plus en plus intenses et d’une plus longue durée. A la neuvième époque, l’engorgement prend le caractère de métrite aiguë : douleurs hypogastriques et sacro-lombaires très - violentes , tension de l’abdomen, vomissemens spontanés , délire , fièvre , etc. Ces accidens cèdent à un traitement antiphlogistique prompt et actif.

Les époques menstruelles suivantes reviennent avec le même appareil de symptômes, tantôt plus, tantôt moins violens 3 des phénomènes nerveux s’y joignent sous forme de suffocations, de palpitations, de convulsions, et parfois de catalepsie.

Des traitemens rationnels et empiriques furent successivement, alternativement et simultanément mis en usage, mais sans succès. Les émissions sanguines, pratiquées au début des accidens, ont toujours été, de tous les moyens employés, celui qui a le plus efficacement prévenu leur recrudescence.

On pensa enfin que le mariage pourrait être avantageux; il eut lieu à l’âge de vingt ans : loin d’en être diminués, les phénomènes pathologiques sévi cent avec plus de violence.

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Cette clame avait vingt-trois ans lorsque je fus appelé pour calmer les accidcns auxquels elle était alors en proie : c’était au commencement de juillet 1829. Elle était levée, mais ne pouvait se redresser à cause des douleurs quelle ressentait dans le bas -ventre, et qui se prolongeaient dans les reins, les aines, les fesses et la partie antérieure des cuisses ; elle se plaignait d’étoùffemens , de céphalalgie; le pouls battait cent dix fois par minute: il était dur et concentré; le teint général était frais et la figure animée. Le toucher me fit reconnaître le col de l’utérus court, épais, et s’élargissant en se confondant avec le corps de l’organe , que je pouvais sentir à travers la paroi vaginale en promenant le doigt autour du cul-de-sac; il me parut développé comme à deux mois de grossesse; son orifice était entrouvert et rempli par une matière visqueuse ; le fond de l’organe était régulièrement sphéroïdal et à peu près du volume d’un œuf d’oie. Cet examen ne put se faire sans augmenter les douleurs : un accès d’hystérie en fut le résultat. ( Saignée cVune demi-livre , répétée le soir , cataplasmes bains. ) Je conseillai un traitement antiphlogistique et résolutif prolongé et rigoureux ; mais la malade s’y refusa , l’insuccès de tout ce quelle avait fait l’ayant persuadée que son état pouvait être seulement pallié et non guéri.

La malade avait été admise à l’Hôtel-Dieu , puis à la Charité, et là on s’était assuré, par l’introduction d'un stylet qui avait pénétré jusque dans la cavité utérine , que l’aménorrhée et les accidens consécutifs n’étaient pas occasionnés par une imperforation; la même exploration me fournit les mêmes résultats.

Cette observation offre l’exemple d’une persévérance bien remarquable dans 1 emolimen menstruel, quoique l’organe ne fût pas disposé au dégorgement ordinaire ; il en résulte des congestions qui amènent à la longue une augmentation permanente du volume de Eutérus. Il serait difficile de dire s’il y avait hypertrophie de l’organe , ou si l’engorgement était dû à un état pléthorique , ou le résultat d’une inflammation chronique. La conservation de la santé générale , au milieu d’accidens successifs plus ou moins violens, pourrait militer en fa-

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veux de la première de ces suppositions : quoi qui! en soit, ce fait nous a paru mériter de trouver ici sa place.

Dans ce cas , l’engorgement s’est développé spontanément, ou par suite d’une disposition particulière dans l’organisation de Eutérus, qui rendait son tissu non pas imperméable, mais inapte à l’excrétion sanguine , qui forme la crise naturelle du molimen menstruel.

Une excitation trop forte, ou trop précoce, ou trop souvent répétée des organes génitaux , les commotions de la matrice par un coup , par une chute sur les fesses , les genoux ou les pieds, l’usage de substances auxquelles on a reconnu la propriété de provoquer la congestion utérine , toutes les causes qui provoquent une congestion non en rapport avec la faculté exhalante de la matrice, peuvent donner lieu au développement d'engorgemens quelquefois aigus , le plus souvent chroniques de cet organe.

2e OBS. -—Adèle B***, âgée de dix-huit ans, d’une constitution robuste, ei très-bien menstruée , se laisse choir dans un escalier en portant un baquet rempli d’eau froide. Elle était au premier jour de ses règles , qui d’ordinaire coulaient très-abondamment pendant quatre à cinq jours : la frayeur, la commotion, l’impression de l’eau froide, arrêtent brusquement l’écoulement menstruel ; elle éprouve presqua l’instant même des douleurs sourdes dans le bas-ventre , des horripilations , des étouffeipens. La malade néanmoins continue ses occupations habituelles de domestique \ mais dans la journée elle est souvent obligée de s’asseoir, parce que les douleurs du bas-ventre et des reins deviennent plus violentes. Les seins augmentent de volume et de consistance: il survient des

dégoûts et des appétits capricieux comme chez les femmes enceintes. Aux tiois époques menstruelles suivantes, Adèle B*** est forcée, par les douleurs, alors très-violentes, de garder le lit. Les seins pour lors s’affaissent, le corps maigrit, l’appétit se perd complètement 5 la malade éprouve dans le bas-ventre et le bassin un sentiment insupportable de tension et de pesanteur, principalement quand elle est restée debout quelques instans, ou qu’elle a fait quelques pas.

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La quatrième époque menstruelle approchait. Je pratiquai une saignée de quatre poélettes, et prescrivis un bain à 29 degrés. Le lendemain écoulement d'un sang liquide et noir par la vulve 7 qui parait comme exprimé de la matrice et ne s’écoule qu’à la suite de ténesmes utérins : ces menstrues incomplètes durèrent quatre jouis. Les douleurs avaient pris une telle intensité , que la malade ne pouvait se tenir sur son séant ni se retourner sans pousser des cris aigus : céphalalgie , fièvre, sensibilité extrême de l’hypogastre , constipation, j’avais ordonné vingt-cinq sangsues 5 elles ne furent pas appliquées: seulement on avait tenu le bas- ventre couvert de fomentations émollientes. Du mieux s’étant manifesté pendant la nuit, le ventre étant un peu plus souple et moins douloureux, je me bornai à faire continuer les fomentations et le repos. Trois bains furent pris de suite, et tout rentra dans l’ordre. A l’époque suivante, les règles coulèrent d’ellesmêmes et abondamment, et depuis elles n’ont pas offert d’anomalie.

Lorsque la peau est frappée par le froid, que des boissons à la glace sont ingérées, il en résulte chez les femmes , comme effet sympathique, une sorte de constriction spasmodique des bouches exhalantes de l’utérus. Il en est de même des émotions morales, des frissons des fièvres intermittentes , etc.,* ces causes agissent-elles à l’approche des règles, ou seulement au début du mouvement menstruel, elles ont pour résultat non seulement de prévenir le flux , mais encore d’empêcher la congestion qui le précède; il y a donc seulement alors aménorrhée sans affection utérine. Mais quand le molimen menstruel est en pleine activité, à la suspension du flux se joignent des phénomènes locaux qui indiquent un état pathologique de l'utérus : c’est ce qui est arrivé chez le sujet de l’observation précédente. Il est bien essentiel de reconnaître que , dans ce cas, l’aménorrhée n’est pas la maladie, mais un effet, un symptôme , une conséquence de la lésion de la matrice. Les médicanrens dits emménagogues, pris dans la classe des stimulai! s et qui ont pour effet de provoquer ou d augmenter la congestion utérine , ne peuvent être alors que très-

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nuisibles 5 les saignées, les émolliens, les bains sont les meilleurs moyens pour dissiper la congestion ou rendre l'utérus à son état naturel , et par conséquent le disposer à reprendre ses fonctions habituelles.

3e OBS. - — • Madame G*** , âgée de vingt-huit ans, mariée depuis trois ans , nM pas encore été mère ; depuis son mariage , elle est devenue sujette à de fréquens maux de reins.

5o mars 1826. Accès de fièvre débutant par un frisson violent et prolongé. - — 5i . Apyrexie. Le soir , céphalalgie , courbature , augmentation des douleurs de reins , légère leucorrhée, tous symptômes accoutumés de la prochaine irruption des règles chez cette dame. — Ier avril. Le sang parait au point du jour, mais en moindre quantité encore qu’aux époques précédentes. — 2 avril. Frissons violens suivis des deux stades de l’accès fébrile: l’écoulement menstruel est suspendu. — - 3 et 4- Apyrexie. — - Le 5 au matin , le linge est légèrement taché. ( Sulfate de quinine , 24 grains. )

Les accès suivans n’ont pas lieu, mais la malade se plaint d’un sentiment insolite de pesanteur sur le siège, de douleurs sourdes dans le bas-ventre, d’engourdissemens et de faiblesse dans les extrémités pelviennes.

Le lendemain du jour où devait paraître le cinquième accès, qui a manqué, 011 suspend brusquement l’usage du sulfate de quinine.

26 avril. Retour des accès fébriles en quarte. — 29. Accès, — 2 mai. Accès. - — 5. Augmentation des douleurs hypogastriques et sacrées , tension du bas ventre , écoulement , en petite quantité, cFun sang séreux. On revient au sel de quinine , qui est continué pendant près d’un mois à doses progressivement décroissantes.

La fièvre 11e reparaît plus. — Mais la malade 11e reprend pas ses forces; un sentiment vague de gène, de douleur et de pesanteur dans les reins , l'oblige à changer de position à tout instant. Les approches conjugales sont accompagnées de douleurs fortes ou aiguës, et suivies de plusieurs jours d’un malaise inexprimable. Le linge se trouve taché , à des époques plus ou moins rapprochées, par une sérosité rous-

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sâtre: à l’époque des menstrues, cet écoulement est un peu plus prolongé. Madame G*** perd sa fraîcheur; elle maigrit beaucoup , est tourmentée par des gastralgies et des indigestions fréquentes.

Attribuant son état maladif au défaut de ses règles , la malade avait fait usage de remèdes variés, conseillés par des herboristes et des commères ; lasse enfin de souffrir, elle redemanda mes soins (20 avril 1827). Il y avait alors un an environ que les premiers accès de la fièvre quarte avaient paru , et de cette époque dataient les symptômes du côté du bassin. Je trouvai r utérus très-bas , son col épais , dur , mais également engorgé. Le corps lui-mème de la matrice me parut sensiblement plus volumineux qu’il 11e devait être : trois saignées furent pratiquées à quelques jours d’intervalle, la première, de 16 onces, les deux autres, de 8 à 10 onces chacune. ( Cataplasmes êmolllens y bains tous les deux jours ; position horizontale ; lait coupé avec l’eau d’orge , et bouillon de poulet pour toute nourriture . ) Les douleurs furent calmées, l’utérus reprit sa position normale, mais l’engorgement resta à peu près le même. Cependant les symptômes n’augmentèrent pas à l’époque menstruelle (4 mai), et le sang parut alors avec un peu plus d’abondance et de continuité. Deux saignées sont encore pratiquées dans la première quinzaine cie ce mois. Néanmoins, et malgré l’observation très-rigoureuse des autres moyens thérapeutiques et hygiéniques, l’utérus ne diminue que lentement de volume : c’est alors que j’essayai les frictions avec la pommade stibiée, mais faites de manière à ce que le médicament agît par absorption. Une demi-once de tartre stibié est employée sous cette forme; vers la fin de mai , le col de Futérus était diminué de moitié , plus allongé , et présentait une certaine souplesse. L’écoulement menstruel a iieu assez abondamment le 5i mai, devançant ainsi de quelques jours l’époque ordinaire, et n’est ni précédé ni accompagné de symptômes douloureux comme aux époques précédentes.

Saignée de 8 à 10 onces le i5 juin. La malade se lient une partie de la journée sur une chaise longue, fait de temps

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en temps quelques pas dans la chambre, et prend des ali mens solides. Les bains, les cataplasmes sont continués $ les règles viennent facilement le 2 juillet , et depuis elles n’ont été que très-peu»dérangées. li est vrai que cette clame et son mari , effrayés des suites que pouvait avoir une affection de ce genre, se sont soumis avec docilité, et pendant long -temps encore , aux privations que j’avais imposées comme indispensables pour prévenir toute récidive.

On peut voir, dans le tome quatrième de la Nouvelle Bi-> bliotheq ne médicale , année 1829, p. 20, un fait non moins remarquable de métrite avec engorgement considérable de tout l’organe , due aux frissons d’une fièvre intermittente survenue après l’accouchement. Une émotion vive peut avoir les memes résultats.

4e OBS. — Une jeune et belle Israélite , âgée de quinze ans, était réglée depuis quelques mois; chaque fois, des douleurs violentes dans le bas-ventre préludaient au flux sanguin, et disparaissaient dès qu’il était établi. L’écoulement durait de cinq à six jours avec assez d’abondance. Les memes phénomènes existaient le 12 avril 1824, lorsque Sarali W*** fut frappée d’épouvante par un bruit éclatant qui fit subitement explosion: un froid glacial s’empare de tout son corps : il est bientôt suivi d’un tremblement violent. Les douleurs hypogastriques deviennent très- intenses , puis se calment graduellement, sans que les menstrues paraissent. Les douleurs redoublent de violence à l’époque suivante, du 8 au 12 mai; elles se calment encore, mais moins complètement que la première fois; la suppression des règles persévère. La jeune Sarah, d’une timidité excessive et d’une pudeur extrême, dissimule ses souffrances; mais son amaigrissement, l’altération de son teint et de ses traits, la perte de l’appétit, l’impossibilité de se tenir debout sans être fortement courbée en avant, des vomissemens spontanés inquiètent enfin le père , qui fait appeler le docteur Godechaux. La malade s’oppose à ce qu’il s’approche de son lit. Il apprend qu’il ny a pas eu de selles depuis une quinzaine de jours , ce qui , selon la malade, n’est pas étonnant, vu le peu de nourriture quelle prenait, et

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qu’encore elle vendait par le vomissement. Elle se laisse à peine tâter le poids , et s’alarme tellement, que le médecin ne peut employer d’autre exploration. Il prescrit dix sangsues aux cuisses, des lavemens laxatifs que la malade refuse de prendre , et que l’on remplace par des potions et des pilules laxatives et purgatives. L’estomac rejette et médicamens et boissons. L’état cle la malade devenant alarmant, le médecin, me prie de voir la malade avec lui. C’était le 5 1 août. Prévenu que j’étais de la pudique susceptibilité de la jeune fille, je profite du trouble dans lecpiel la jette ma présence inattendue pour explorer l’abdomen qui paraissait bien évidemment le siège de la maladie. Je sentis d’abord derrière les pubis, et dans la région hypogastrique, une tumeur un peu inclinée vers la fosse iliaque droite , dessinant, par sa position , sa forme et son volume , un utérus développé à peu près comme à trois mois et demi de grosses.se. Cette tumeur était très-dure, et sa compression, meme fort légère , paraissait douloureuse. Dans la région iliaque gauche existait une autre tumeur oblongue , connue mamelonnée et plongeant dans le bassin. Ma première idée fut que la jeune fille était enceinte , et l’opposition qu’elle avait mise à se laisser examiner était bien de nature à confirmer cette opinion. Pour éclairer mes soupçons, et connaître au juste d’où provenaient ces deux tumeurs abdominales , je procédai au toucher , que les obstacles organiques que je rencontrai de prime abord ne me permirent pas de continuer; je dirigeai aussitôt le doigt vers l’anus : là , un nouvel obstacle l’empêcha de pénétrer au-delà du sphincter; il fut arrêté par une masse sphérique, dure, couverte de mucosités , formée par une agglomération de matières stercoraîes. Pouls fréquent et dur, pommettes colorées , peau sèche et brûlante , bouche sèche , langue d’un rouge uniformément foncé. (6 'clignée au bras , d’une livre; extraction des matières stercoraîes avec le manche d’une cuiller . )

Le nettoiement du rectum dura une partie de la journée ; le soir on administra une once d’huile de ricin , qui provoqua, au bout de deux heures, des coliques et l’évacuation d une grande quantité de matières , d’abord solides comme

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celles que l’on avait déjà extraites, puis délayées et liquides.

Ier septembre. — Abdomen souple. — La tumeur iliaque gaucbe 11 existe plus ; la tumeur hypogastrique a conservé le meme volume, et paraît plus exactement placée sur la ligne médiane, et plonge dans le bassin. La malade avait abondamment uriné quelques ins tans avant notre arrivée. En exerçant simultanément le toucher avec le doigt indicateur de la main droite introduit dans le rectum, pour lors libre, et la main gauche appliquée sur Fhypogastre , je me convainquis que la tumeur était bien évidemment formée par l’utérus développé. Yavait-il grossesse? Le rapport du volume de la matrice avec le temps depuis lequel il y avait eu suppression des menstrues, pouvait le faire soupçonner; mais ce soupçon se trouvait détruit et par l’état dans lequel je trouvai les parties extérieures de la génération , et par les assurances positives du père de la jeune personne.

Comme les menstrues avaient déjà eu lieu, on ne pouvait supposer une rétention du sang par occlusion du museau de tanche. Je pensai donc que cette augmentation de volume de l’utérus était occasionnée par l’engorgement du tissu de l’organe , et consistait probablement en une phlegmasie qui, d’abord chronique , était devenue aiguë. Les douleurs cpie la malade éprouvait , la sensibilité du viscère à la pression, etc., appuyaient ce diagnostic. En conséquence^ une nouvelle saignée. de 12 onces est pratiquée. Le lendemain on applique 20 sangsues sur Vhypogastre , que l’on tient constamment recouvert de cataplasmes émolliens ; boissons laxatives , bains.

Je ne revis Mlle Sarah que le 5 septembre. La tumeur hypogastrique , moins volumineuse, dépassait à peine le pubis; il n’y avait plus ni fièvre ni nausées. Les douleurs du sacrum et de l’hypogastre avaient beaucoup diminué. Douze nouvelles sangsues , continuation des autres moyens. Lait coupé et bouillons légers accordés au désir de la malade. Le i5, la tumeur se perd et peut à peine être sentie en refoulant les parois abdominales vers le bassin. Le soir quelques douleurs de reins se manifestent, et dans la nuit un peu de sang humecte la vulve. Je cesse de voir la malade , et son médecin ,

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qui me tient au courant de sa position , m’apprend à la fin du mois que ses forces revenaient , quelle se levait, et n’éprouvait plus rien de particulier dans le bas-ventre. Le io octobre suivant , les règles vinrent avec leur ancienne abondance, et, depuis, la santé , complètement rétablie , n’a jamais été altérée.

On pourrait s’étonner du volume que peut prendre l’utérus chez les jeunes filles ^ vu la ténacité de son tissu ; et cependant il existe des exemples que ce volume a été quelquefois porté à un degré extraordinaire. Tel est le fait recueilli à ia Nouvelle-Angleterre par le docteur Serval , et consigné dans le cahier d’août i8i5 , du Medical and physical journal.

5e OB8. — Une demoiselle de vingt ans, d’une petite stature , jouissait d une bonne santé, malgré sa constitution délicate. Ses règles cessèrent tout à coup , l’abdomen et les seins devinrent graduellement de plus en plus volumineux- on soupçonna une grossesse. Cette demoiselle mourut dix-huit mois après la cessation des règles.

A l’ouverture du cadavre, l’utérus occupait, par son vo* lume, la presque totalité de la cavité abdominale; il adhérait au péritoine dans plusieurs points., et refoulait les intestins vers la colonne vertébrale. Sa surface était inégale ; les ovaires se trouvaient confondus dans cette masse; l’utérus pesait trente-deux livres et demie, la cavité naturelle contenait plusieurs livres d'un fluide gommeux , foncé en couleur. Il existait une autre cavité remplie d’un liquide séreux et purulent; débarrassée de ces fluides, la matrice pesait encore vingt-deux livres; son tissu était blanc, ferme, sans élasticité, et offrait quelques points cartilagineux et osseux.

Avant que la femme pubère ait cohabité avec l’homme, la plupart des engorgemens chroniques de la matrice présentent les caractères de congestion ou de phlegmasie.

Le coït , excitant naturel des organes de la génération, peut par son abus, son usage à de certaines époques , occasionner des engorgemens analogues, ou les entretenir quand ils existaient déjà. Ces engorgemens , qui souvent ne produisent pour tout phénomène appréciable que le trouble de la menstruation } sont une cause très-fréquente de stérilité.

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Nous avons vu des femmes désespérées de n’avoir point d’enfans, ce que l’on attribuait à la perturbation delà menstruation considérée comme essentielle, devenir mères apres quelques mois d’une abstinence complète du coït, l’usage d un régime doux et de quelques moyens antiphlogistiques. Si des voyages , soit aux eaux , soit dans des lieux consacrés par des préjugés religieux , ont rendu fécondes des femmes jusquelà stériles, ne doit-on pas, du moins dans certains cas, attribuer ces résultats heureux , moins à l’usage des eaux et aux pratiques de dévotion , qu’au repos spécial dans lequel les organes génitaux sont restés pendant ces voyages, à l’équilibre que le changement d’air, les distractions, etc. ont rétabli entre toutes les fonctions de l’économie , à la diversion que ces circonstances ont opérée sur la concentration anormale de la vie dans l’organe utérin, qui , ayant ainsi récupéré son "état organique naturel , a recouvré en meme temps toutes ses falcultés physiologiques?

Lorsque l’aménorrhée ou la dysménorrhée dépendent de l’engorgement de l'utérus , ainsi que cela a lieu plus souvent qu’on ne le pense , le mariage, loin d être efficace pour rétablir les fonctions de ce viscère, ne fait au contraire qu'augmenter leur dérangement, en entretenant, par l’excitation coïtale , la cause qui le produit.

Le célibat forcé , en privant les organes génitaux d’un stimulant nécessaire , peut jeter l’utérus dans une sorte d’état d’inertie qui lui ôte la force de se débarrasser, par un flux suffisant, des fluides qu’y entraîne le mouvement menstruel : de là résultent des stases , des congestions , des engorgemens plus ou moins lentement progressifs. Ces engorgemens, que l’on pourrait appeler froids, par opposition à ceux précédemment indiqués , ne produisent d'abord aucuns phénomènes saillans susceptibles d’en révéler l’existence ; mais, à une époque plus avancée, ils deviennent le noyau ou l’occasion d’altérations redoutables.

La masturbation , par l’excitation permanente et répétée quelle éveille dans les organes générateurs, en fait un centre de fluxion , d’où peuvent également résulter des ëngorgemens

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chroniques, à marche latente, ayant pour tout symptôme marque la dysménorrhée , préludant ainsi à la stérilité, et plus tard aux altérations organiques profondes.

Je ferai en passant cette remarque , que le plus ordinairement , pour ne pas dire toujours , les maladies chroniques de l’ utérus affectent le corps de l’organe ou sa totalité chez les vierges, tandis quelles ont ordinairement leur siège, du moins primitivement, au col , chez les hiles qui ont souffert les approches de l’homme ou qui ont eu des rapports sexuels, et chez les femmes qui ont conçu. Peut-être cela tient-il à ce que , chez les premières , les maladies utérines résultent d’influences indirectes , tandis que chez les secondes ces maladies sont ordinairement déterminées par des causes qui agissent directement sur l’utérus , et le plus communément sur le col seul. 11 sera facile de se convaincre de cette assertion , d’après l’exposé que nous ferons de ces maladies et de la manière dont elles sont produites.

Outre l’action vitale , et l’effet quelquefois mécanique du coït (contusion du col utérin) } cet acte est la source d’autres affections aiguës ou chroniques de la matrice. On devine que je veux parler du virus syphilitique : bien qu'il porte habituellement ses premiers effets sur les parties les plus externes de la génération , il agit quelquefois de prime abord , mais le plus souvent consécutivement , sur le col utérin, et y développe des altérations de formes variées , telles qu’engorgemens , ulcérations, végétations. lien sera parlé à l’occasion de l'histoire particulière de ces altérations.

D'autres causes morbides virulentes ou spécifiques internes sont encore susceptibles de porter leur action sur l'utérus , et d’y déterminer des altérations variées. Tels sont le scrofule, le scorbut , le principe dartreux. Ces affections présentent ordinairement des caractères qui en décèlent la nature. D’autres fois elles revêtent des formes et présentent tous les signes des altérations organiques profondes qui constituent le cancer, et on n’est conduit à en reconnaître la nature véritable qu’en remontant aux causes, ou par suite du résultat des traite mens.

ORIGINE ET CAUSES

Ce sont principalement les suites de la conception qui deviennent l’origine et la cause du plus grand nombre des maladies des organes génitaux , et particulièrement des maladies chroniques du parenchyme de l’utérus. À cette occasion, l’organisation et la vie de ce viscère éprouvent de nouvelles modifications j son tissu se dilate, devient plus perméable à un abord plus actif et plus abondant des fluides 3 les bouches exhalantes se développent , pour établir des communications plus larges entre les vaisseaux utérins et ceux du placenta; enfin il acquiert la faculté de se contracter activement.

Bien que l’écartement des parois de la matrice, pour le développement du produit de la conception , dépende d’une sorte d’expansibilité active , le tissu de l’utérus n’est pas toujours disposé à se prêter facilement à cette extension , ce qui occasionne , à une époque plus ou moins avancée de la grossesse , des tiraillemens , des douleurs , un sentiment de tension désagréable, bientôt suivis d’avortement. Les jeunes femmes sont plus exposées à cet accident , et l’on s’est assuré que le plus grand nombre des avortemens ou accouche mens Javant terme appartenait à la première grossesse. (VlLLERMÊ. )

Il arrive souvent que ce premier avortement entraîne pour long-temps, et quelquefois pour toujours, le trouble de la menstruation et une infécondité consécutive. Plusieurs faits nous ont démontré que ces troubles fonctionnels résultent souvent alors d’un engorgement phlegmasique chronique de l’utérus, ou de son col seulement. D’autres faits de cancers utérins, observés après l’époque critique, nous ont en outre prouvé que ces maladies dataient d'un premier et unique avortement, depuis lequel les règles avaient été dérangées , et les femmes sujettes à des douleurs plus ou moins fortes et continuelles dans les reins , etc. 3 symptômes qui dénotaient un état pathologique de l'utérus. L’exercice du coït , et le peu de précautions hygiéniques et thérapeutiques prises à la suite de l’avortement , n’avaient sans doute pas peu contribué à entretenir la phlegmasie chronique ainsi occasionnée et par une distension des parois utérines disproportionnée à leur

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