‹ Maladies de la matriceChapitre 67 sur 86 · TRAITEMENT CURATIF, COMPRESSION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CURATIF, COMPRESSION

dans la première , doivent de plus en plus encourager à suivre la même voie. Je compte continuer sur ce sujet des expériences thérapeutiques, dont je m’empresserai de faire connaître les résultats. Jusque là , ces maladies ont tant de fois résisté aux moyens plus ou moins rationnels ou empiriques que quelques succès heureux paraissaient devoir consacrer, que l’on a pu mettre en doute si les cas dans lesquels ils ont réussi appartenaient bien réellement à des cancers confirmés ; il est vrai que les auteurs ont pris si peu le soin de bien décrire les faits, qu’ils ont autorisé à supposer qu’ils auraient bien pu se laisser tromper par les apparences sur la nature véritable de la maladie guérie.

Ne poussons cependant pas le scepticisme trop loin. Pour notre part, les exemples que nous avons rapportés de guérison d’affections présentant tous les signes les plus caractéristiques du cancer, ne nous permettent pas de dénier la possibilité des succès proclamés par d’autres praticiens dans des cas analogues. Les moyens particuliers que certains ont employés , et le mode de leur administration, nous paraissent d’ailleurs remplir les conditions que nous avons indiquées comme nécessaires pour arriver à des résultats efficaces ; ils sont en effet de nature à modifier profondément l’économie. Je citerai entre autres l’antimoine et les préparations alumineuses qui ont été employées depuis notre première publication. Les préparations alumineuses ont été préconisées dans les derniers temps comme susceptibles de résoudre les tumeurs cancéreuses du col de l’utérus. En conséquence, le sulfate acide d’alumine a été administré par toutes les voies , de manière à en saturer pour ainsi dire toute l’économie : ainsi en injections (demi-once du sel par litre de décoction de tcte de pavot) , en pilules faites au moyen de la conserve de roses, et contenant chacune deux grains d’alun. On en prescrit deux le matin et le soir, et on augmente d’une tous les deux ou trois jours jusqu’à concurrence de cinq ou six à chaque fois; enfin en bains (deux à cinq onces d’alun pour chaque) répétés le plus fréquemment possible.

En i85o, M. Konchi communiqua à l’Académie médico-

CANCER DE T, A MATRICE

chirurgicale de Naples l’observation d’un ulcère cancéreux traité avec succès par l’antimoine. En i854 , le docteur Polèse, de Venosa, présenta un nouvel exemple de guérison par le même médicament. On donna l’antimoine cru à la dose de dix grains unis à environ un tiers de grain d’extrait de ciguë résultant de la dessiccation au soleil du suc de cette plante ; on éleva graduellement la dose de ces substances jusqu’à un gros de la première et cinq grains environ de la seconde. ( Gazette médicale , août 1 855 . )

J’ai fait connaître les mêmes résultats résolutifs du tartre stibié administré iatraleptiquement. Cette action a été depuis constatée par plusieurs praticiens , et principalement par un médecin de Dijon , qui m’a dit en avoir aussi obtenu des succès inespérés dans les cas d’engorgemens de F utérus offrant les caractères squirreux (cinquième série de faits, page 54b). Enfin des préparations mercurielles m’ont aussi paru avoir contribué à la guérison d’ulcères à base dure et qui présentaient tous les caractères du vrai cancer. Comme rien ne laissait soupçonner leur origine syphilitique, il est certain que les mercuriaux ont agi dans ces cas seulement comme modificateurs puissans (troisième série de faits, page 555).

Quant à l’espoir que nous avons conçu d’arriver à des résultats plus positifs dans le traitement des cancers confirmés , cpiel que soit leur siège, et notamment de ceux qui affectent l’utérus , il ne pourra jamais s’étendre à l’universalité des cas. 11 arrive nécessairement une époque où l’altération est devenue telle, qu’il est impossible de ramener les tissus qui en sont affectés à leur état naturel 3 ou bien elle a par ses progrès envahi et détruit une trop grande étendue de parties , ou enfin elle a jeté toute l’économie dans un tel état de désordre et de dépérissement, qu’aucun moyenne saurait maintenant arrêter et la maladie et ses funestes résultats.

Lorsque les maladies organiques de la matrice sont devenues rebelles dux ressources thérapeutiques de l’hygiène et de la médecine proprement dite , la chirurgie offre encore quelques chances de salut. Elle donne les moyens de détruire les parties qui sont frappées d’altérations cancéreuses par la coin-

TRAITEMENT CURATIF , CAUTERISATION. 453

pression , la cautérisation , la ligature et l’ablation avec l’instrument tranchant.

i°. Compression. ■ — La compression, dont M. le professeur Récamier a démontré la puissance résolutive pour les engorgeiuens squirreux externes, serait d’une application difficile et incertaine dans les mêmes affections qui ont leur siège dans la matrice. Nous ne pourrions , au reste , que répéter ici ce cpie nous avons dit de ce moyen dans le cours de ce mémoire.

2°. Cautérisation. — La cautérisation est spécialement indiquée pour détruire les excroissances ou les végétations du museau de tanche. Elle convient aussi dans les chancres simples qui ont résisté aux traitemens ordinaires; enfin, elle est encore applicable aux ulcères carcinomateux ou cancéreux dont la base offre peu d’épaisseur. En règle générale, on ne doit employer les caustiques que dans les cas où l’altération ne s’étend pas assez profondément pour les empêcher d’en atteindre sans danger les limites; autrement, ils exposent à des inflammations redoutables , ou bien , épargnant quelque portion de l’altération , ils favorisent singulièrement son extension aux parties qu’elle n’avait pas encore envahies , activent la marche des altérations cancéreuses, et hâtent leur terminaison funeste.

On ne doit aussi recourir de prime abord aux caustiques que lorsque par son peu de développement ou d’extension l’altération pourra être détruite en quelques applications; autrement , il conviendrait de commencer par enlever, au moyen de la ligature ou de l’instrument tranchant, le plus possible des tissus morbides. Afin d’éviter une trop violente réaction inflammatoire , et pour être plus certain de ne cautériser ni trop ni trop peu, on préférera à une seule cautérisation profonde plusieurs applications, de manière à détruire le mal couche par couche.

Dans les cas où un ulcère cancéreux, accessible au caustique par son siège au col , est accompagné d’engorgemens du corps de l’utérus , ou de celui des ovaires , ou des ganglions lymphatiques , ces complications contre-indiquent-elles la cautérisa-

tion ? Des succès obtenus de ce moyen , malgré ces complications , par MM. Larrey et Lisfranc, semblent résoudre négativement cette proposition. Je remarquerai qu’il faut alors prendre connaissance de la nature de ces engorgemens profonds. Sont-ils de même nature que l’altération qui réclame la cautérisation, elle serait inutile et pourrait même être préjudiciable. Ce moyen ne serait avantageux que si les engorgemens étaient simplement congestifs ou phlegmasiques et symptomatiquement dus à l’altération cancéreuse bornée au col. Tels étaient probablement les cas observés par MM. Larrey et Lisfranc , et ceux analogues que nous avons rapportés.

On renouvelle les cautérisations autant de fois qu’il est nécessaire pour détruire complètement toute la portion altérée , dût-on empiéter plus ou moins sur les parties saines : autrement, les récidives sont inévitables, promptes , et plus défavorables que n’était l’altération primitive, en ce que l’altéra* tion affecte l’organe plus profondément , et s'étend à des points désormais inaccessibles aux mêmes moyens thérapeutiques.

On reconnaît que la cautérisation a été suffisante j quand la chute de l’escarre laisse une surface qui se couvre de bourgeons cellulo-vasculaires , analogues à ceux qui se développent sur les plaies simples 5 la cicatrisation alors s'opère en peu de temps.

L’on doit craindre , au contraire , qu’il ne reste des parties encore altérées , lorsque quelques points de cette surface sont d’un blanc grisâtre ou se creusent, et quand le toucher y fait reconnaître une dureté remarquable et distincte au milieu de la soupiesse des parties circonvoisines.

L’inflammation consécutive est le seul accident à redouter après la cautérisation : elle s’est quelquefois présentée active et redoutable. On la prévient par l’usage des injections, des bains, des fomentations émollientes j on la combat ou on la modère au moyen de saignées générales et locales , etc. , etc.

Les observations que nous avons précédemment consignées suffiraient pour prouver 1 efficacité de la cautérisation dans les affections cancéreuses limitées au col utérin , je joindrai la

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