‹ Maladies de la matriceChapitre 70 sur 86 · A. EXTIRPATION DE LA MATRICE PAR LA REGION SUS-PUBIENNE · texte numérisé non relu

A. EXTIRPATION DE LA MATRICE PAR LA REGION SUS-PUBIENNE

Gulbertat avait ( 1 8 1 zf ) proposé d’inciser la ligne blanche au-dessus des pubis , d’aller saisir l’utérus à travers cette ouverture , de couper avec des ciseaux tout ce qui retenait l’organe , et de l’amener par cette plaie abdominale. Ce procédé , qui promettait des dangers inévitables, n’avait été pratiqué qu’une fois par Langenbecks (2), et la malade avait succombé en vingt-quatre heures. Delpech l’entreprit chez une femme âgée de trente-six ans , qui succomba le troisième jour. Voici la relation détaillée de cette opération :

134e OBS. — « Une femme âgée de trente-six ans, mère de trois enfans , douée d’une constitution délicate , éprouva , à la suite de sa dernière couche, les symptômes d’une plilegmasie sub-aiguë de la matrice. La maladie s’aggrava autant par l’incurie que par les indications à contre-temps qui furent administrées; dix -huit mois après, elle fut admise à l’hôpital Saint- Eloi , où nous la trouvâmes dans l’état suivant : amaigrissement considérable; traits tirés et desséchés; fièvre consomptive; langue nette et conservation de l’appétit et des digestions; ténesmes par intervalles, sans excrétion sanguine, mais gonflement habituel des hémorroïdes ; ventre indolent , excepté

(1) Recherches sur le Traitement du Cancer , tome t*Vpage 338,

(s) Loco citato , tome IV.

sur le fond de l’utérus j celui-ci , du volume ordinaire qu’il présente dix jours après la parturition , est dur, bosselé, pesant j il existe à son col un ulcère large , à surface fongueuse et facile à ensanglanter.

« Il n’était que trop évident que cette malheureuse femme ne pousserait pas loin sa triste carrière, et nous lui proposâmes l’ablation de l’utérus, qu’elle accepta avec empresse-

ment. Cette opération fut exécutée de la manière suivante et comme elle l’avait été plusieurs fois sur le cadavre.

«La malade étant couchée horizontalement sur un lit dur.

les parties sexuelles furent rasées.

« Placé au coté droit de la malade, nous pratiquâmes, sur le quart inférieure de la ligne blanche une incision demicirculaire, formant un lambeau de la peau et du tissu cellulaire dont la dissection mit à nu la ligne blanche dans Taxe de la base du demi-cercle. Nous divisâmes alors la ligne blanche dans l’étendue qui en avait été découverte , ainsi que le péritoine correspondant.

« Alors le doigt indicateur de la main droite étant porté dans le vagin , et le même doigt de la gauche dans la plaie de l’hypogastre , ils furent dirigés , le premier au point antérieur et droit du fond du vagin , le second dans le coté droit de la fosse péritonéale inter -utéro- vésicale : les deux doigts se touchaient distinctement avec l’interposition seule du vagin et du péritoine -, alors la gaine d’un pharyngotome, modifié pour cet usage, fut glissée le long du doigt indicateur de la main droite jusqu’au point où s’appuyait le bout de ce doigt. Un cylindre de corne, recourbé dans sa longueur, terminé en pavillon de trompette par l’une de ses extrémités , fut glissé par cette extrémité même, parla plaie de l’hypogastre, le long du doigt indicateur de la main gauche , de manière que la trompe du cylindre emboîtât la saillie que la gaîne du pliaryngotome formait au fond du vagin. En cet état, la lame du pliaryngotome fut démasquée par le jeu du pressoir ; elle perfora la double cloison membraneuse , et se logea dans la trompe du cylindre recourbé ) pressant alors la totalité du pharyngotome ,

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sa gaine pénétra dans la même voie , tandis que la lame était cachée de nouveau.

« Une bougie de gomme élastique, glissée le long d’une gouttière ménagée sur l’un'e des faces de la gaîne du pliaryngotome , pénétra dans la cavité du cylindre recourbé, et sortit bientôt par l’hypogastre, guidée par le cylindre. Alors le pharyngotome fut retiré d’un côté, et le cylindre recourbé de l’autre. La bougie traînait le plein de deux ligatures de fil d’argent dont les chefs restaient pendans par la vulve.

« Deux doigts suffirent pour attirer le fond de l’utérus derrière la plaie hypogastrique , de manière à pouvoir lui imprimer un mouvement de rotation dans tous les sens. Il fut aisé , dans un de ces mouvemens, de saisir le ligament large gauche et de le dévider par la plaie , jusqu’à ce que l’ovaire et la trompe fussent au grand jour : ces organes étaient sains \ et revenant tout auprès de la matrice , nous pûmes couper la trompe et le ligament large dans près de la moitié supérieure de sa hauteur, par le moyen de ciseaux , sans risquer de rien blesser, car la section se faisait hors de l’abdomen. Après un inventaire semblable du côté opposé, le ligament large droit fut coupé de la même manière et de la même quantité. Les deux sections n’entraînèrent pas d’hémorragie, mais nous étions en mesure d’y parer par des ligatures immédiates et isolées.

« Alors nous passâmes , par-dessus et derrière le fond de l’utérus, le plein des deux ligatures métalliques, en faisant retirer leurs chefs par la vulve ; nous dirigeâmes avec nos doigts les deux fils dans le fond des sections des ügamens larges et derrière jusqu’au-dessous de la partie du col de la matrice, autour du vagin. Aucun des viscères flottans ne fut menacé d’être pris dans les ligatures. Les chefs de celles-ci furent engagés dans l’orifice d’une canule serrenœud et attachés aux clefs d’un sabot à encliquetage. Cet appareil servit à donner sur-le-champ aux deux ligatures un degré extrême de constriction , pour qu’elles pussent couper ou plutôt en mortifier immédiatement les parties embrassées par leur anse.

« Enfin , soulevant la matrice par la plaie hypogastrique , nous la retranchâmes immédiatement au-dessus du serrenœud ; après quoi L'opercule cutané , qui avait été réservé à dessein, fut rajusté, et ferma totalement la plaie du ventre.

« Immédiatement après l’opération, les traits de la face étaient fort altérés, les membres froids et la faiblesse extrême. Cependant il n’y avait pas eu d’hémorragie. Les viscères, qui n’avaient pas été très-gênans, n’avaient été nullement atteints. Des doses d’opium servirent à calmer les douleurs; mais nous ne pûmes réussir pendant toute la journée ni cà réchauffer les membres et la face , ni à donner plus d’ampleur au pouls dont les battemens étaient précipités et tumultueux.

« Le lendemain , la chaleur était rétablie ; il y avait un simulacre de réaction, qui nous aurait donné quelque espérance , si la douleur des ligatures n’eût pas continué à être de la même intensité. Sur le soir du troisième jour, le délire survint, et la malade succomba.

« L’examen du cadavre donna lieu de constater que le pharyngotome s’était un peu dévié, et avait légèrement entamé la vessie* Mais l’urine n’avait pu s’épancher , et distillait sans obstacle dans le vase placé tout exprès pour la recevoir. Il n’y avait pas la moindre trace de péritonite, et l’on ne peut nullement douter que la douleur extrême causée par la ligature, bien quelle eût été extrêmement serrée dès le premier moment, ne fût la véritable cause qui avait déterminé la mort.» {^Mémorial des hôpitaux du Midi , t. II, pag. 610.)

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