‹ Maladies de la matriceChapitre 71 sur 86 · B. EXTIRPATION DE LÀ MATRICE TAR LA METHODE SOUS-PUBIENNE · texte numérisé non relu

B. EXTIRPATION DE LÀ MATRICE TAR LA METHODE SOUS-PUBIENNE

Lorsque la matrice est fixée à sa place normale par la tension et la rigidité de ses ligamens , on peut encore amener cet organe plus ou moins près de la vulve. Ce déplacement rend-il l’opération plus facile et moins dangereuse ?

Cette opinion , partagée par MM. Récamier et Dupuytren, a été combattue par M. Gendrin (i). Dans le procédé par-

(i) Journal général de Médecine > octobre 1829.

EXTIRPATION de iâ matrice.

ticulier que ce médecin propose , il conseille } au contraire , de refouler en haut l’utérus au moyen d’un gorgeret en bois. 11 a pour but , en écartant du col utérin la portion de vagin qui s’y réfléchit et l’embrasse , d’en éloigner en même temps les artères utérines et de les mettre tout d’abord A portée de recevoir les ligatures. Nous observerons que ce procédé n’ayant été essayé que sur le cadavre, on ne saurait juger bien précisément de sa valeur.

Les praticiens diffèrent sur le point par lequel on doit commencer l’incision du vagin. Les uns séparent d’abord l’utérus de la vessie (Récamier et Roux); d’autres commencent par la partie postérieure (Elundell); M. Gendrin propose d’attaquer d’abord les parties latérales, pour pouvoir atteindre les ligamens et se rendre de suite maître de l’hémorragie. Langenbecks (i) veut cpie l’on dissèque le péritoine sans l’ouvrir; on a même proposé de respecter le fond de la matrice dans les cas où l’altération laisserait cette portion saine; mais le plus grand nombre des opérateurs incisent la membrane péritonéale pour aller saisir les ligamens, y appliquer des ligatures et les diviser.

Pour opérer ces premières opérations, M. Récamier se sert d’un pharyngotome , auquel il substitue le lithotome du frère Corne.

L^utérus étant séparé dans un point, cloit-on le renverser, soit d’arrière en avant ( antéversion ) (Sauter, Roux, Piécamier), soit d’avant en arrière (Elundell), pour compléter plus parfaitement sa séparation totale? Ou bien convientil mieux de faire la séparation sur place et d’amener directement l’utérus quand il aura été entièrement isolé, comme le voudrait M. Gendrin? L’expérience n’a pas encore prononcé pour fixer ce choix.

Une analyse succincte des principaux faits connus d’extirpation de la matrice par la vulve fera mieux concevoir les règles à suivre dans l’application des divers procédés que bon a conseillés pour cette opération. Elle donnera aussi une idée

(i) Nune Bibliothek fur chirurgie , tome III.

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plus précisé des difficultés que l’on peut rencontrer , de ce qu’on doit faire pour les surmonter, les écarter ou les détruire, et cependant nous ne rapporterons que ceux de ces faits dans lesquels l’opération , faite clans les conditions les plus favorables , a été couronnée d’un succès plus ou moins complet.

135e OBS. Extirpation cVun utérus cancéreux sans déplacement préalable , pratiquée par M. Sauter , médecin a Constance y en 1822. ( Mélanges de chirurgie étrangère , 1824, Genève page 246. ) — J’ai rapporté l’histoire de l’altération pour laquelle l’opération fut pratiquée, en traitant des excroissances carcinomateuses (page i48, Observation 44)- Il nc nie reste plus qu’à donner les détails opératoires , après avoir rappelé les circonstances principales de la maladie. Geneviève Waldrat a eu six couches heureuses , la dernière en 1 8 1 1 . Cessation des règles en 1817. Vers le milieu de l’année 1821 , perte abondante, accompagnée de douleurs poignantes aux aines, aux pubis et au dos. E11 octobre 1821, M. Sauter trouva le col et l’orifice utérin garni , à la partie postérieure surtout , de grosses excroissances dures , rugueuses , très-douloureuses , et saignant au moindre attouchement (1); état général d’épuisement. Sous l’influence de l’usage de la sabine, la perte s’arrêta, les douleurs disparurent, l’appétit revint, et les forces se relevèrent. Les indurations du col de la matrice semblèrent diminuer , s’amollir , et perdre de leur sensibilité douloureuse. En novembre , retour des

mêmes accidens , écoulement fétide et sanieux Il ne fut

plus possible de méconnaître la transition du squirre à l’état de vrai cancer utérin : la sabine , l’acide liydrocyanique , la ciguë , furent sans résultats 3 les excroissances augmentent, remplissent le vagin, empêchent les déjections en comprimant le rectum. Le 16 janvier 1822, diarrhée, faiblesse excessive, douleurs atroces; l’opération fut décidée. La malade avait alors cinquante ans.

Le contour extérieur du carcinome se bornait à la totalité

(1) C’était probablement une métrite granulée. Voy, page 85 de ce Mémoire.

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du col utérin jusqu’au cul-de-sac du vagin exclusivement; un très-petit espace séparait l’utérus du rectum : le doigt pouvait pénétrer jusque dans la cavité utérine à travers des ulcères et des fongosités.

Le 28 j anvier 1822 , à deux heures après midi , on place la malade horizontalement en travers du lit, on tient les genoux écartés, et l’on vide la vessie et le rectum. « Je tentai, dit « M. Sauter , d’abaisser l’utérus avec mon doigt agissant ci comme un crochet; mais les fongosités se déchirèrent et cc saignèrent sans que la matrice s’abaissât. Il fallut y renonce cer. J’introduisis alors l’index et le médius gauches sous le « pubis jusqu’au cul-de-sac du vagin; je glissai entre les « deux doigts un couteau convexe , arrondi par le bout , à ce manche long et fixe, avec lequel je coupai le vagin sur « l'utérus, faisant immédiatement pénétrer mon doigt dans cc l’ouverture que j’achevai tout autour du vagin , ce que je cc fis sans interruption et sans accidens. Pour détruire les cc attaches latérales , j’introduisis un doigt dans la matrice ce et la tirai en bas , tandis qu’avec le manche du couteau ce ou avec l’index droit je déchirai le tissu cellulaire; mais cc l’adhérence était si forte que le moyen ne réussit pas. Une « masse de fongosités se détacha en partie et vint faire saillie « à la vulve. J employai alors une pince avec laquelle je ce saisis la paroi antérieure du col et la tirai, tandis qu’avec « le manche du couteau et une spatule en baleine je cherchai ce à détacher l’utérus de la vessie. Mais plusieurs tentatives ce douloureuses furent vaines, la pince échappa, emportant « avec elle une portion de la tumeur.

cc L’opération durait depuis une demi-heure Je renon-

ce çai à toute espèce d’abaissement et de séparation , et je me cc décidai à couper net au-dessus du fond de la matrice. Pour cc cela, j’introduisis deux doigts de la main gauche dans le ce vagin , entre la vessie et la matrice ; je conduisis entre cc eux le scalpel; je saisis avec l’index recourbé une portion « du tissu cellulaire que je coupai près de l’utérus, jusqu’à cc ce que mes doigts parvinssent dans Pabdomen; ensuite peu cc à peu je coupai le péritoine en avant , en haut , et jusqu’aux

« attaches latérales les plus élevées. J'introduisis alors toute la « main gauche dans le vagin , et je pénétrai ainsi dans l’ouver- « ture du péritoine , ou je détruisis de chaque côté les attaches « latérales et détachai les ovaires, lesliganiens , etc. ; je saisis « ensuite la matrice au-dessous de son fond, et je cherchai « à la renverser. Pendant cette tentative , la malade, irritée « par ma main et par les douleurs , poussa très-fort. Je sente tis alors les intestins se presser sur ma main et se précipiter « dans le vagin,* je fus obligé de les repousser dans l’abdo- « men j je ressaisis la matrice, la malade se raidit de nouée veau, et la môme chute des instins s’opéra. Je revins à la ce charge une troisième fois, tandis qu’un aide refoulait en ce haut les intestins et comprimait Fabdomen au-dessus des e< pubis ) je réussis alors à renverser la matrice , et à amener ce son fond jusqu’au bord des grandes lèvres ; les intestins la ce suivirent et remplirent le bassin; un aide les retint, au « moyen de trois doigts introduits par la vulve. Pendant ce « temps , je détachai avec l’instrument tranchant la paroi « postérieure et les attaches latérales , ce qui se fît aisément « et sûrement. Je replaçai les intestins dans leur situation « naturelle , et les y maintins avec un gâteau de charpie sèche , ce destiné à les garantir de l’air et des styptiques (alun), cc La femme fut mise dans une position horizontale qu’elle cc garda ) la malade ne perdit qu’environ une livre et demie de cc sang.

c< Après l’opération , sueur froide, douleurs d’estomac cc (vin, éther, teinture d’opium), sensation brûlante dans cc le vagin.

29. — « Faiblesse, pouls petit, écoulement d’un liquide ce séreux par la vulve, trois vomissemens , sommeil , soif arec dente, transpiration , chaud.

5o. — ce Vagin en contact avec l’alun, sec et rude au toucher, cc vomissemens, abdomen douloureux , tympanisé, urines in- « volontaires. (Potion composée de teinture d’opium, lice queur d’Hoffmann, liqueur de corne de cerf succinée, eau ce de menthe et mucilage de gomme arabique. )

5if — •«Nourriture légère, décoction de quinquina avec

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« étlier acétique ; injection avec une décoction de saule et la « teinture de galbanum.

6 novembre. — « La malade s’assied sur son lit , sans se « plaindre de la moindre sensation ; le péritoine paraissait « consolidé en forme d’entonnoir, urines volontaires.

io. — « La malade se lève, la peau et les lèvres se colorent.

i5. — « OEdème qui des pieds gagne tout le corps, des « escarres se détachent des difïérens points du vagin, Eoedème « disparaît pendant une sueur abondante.

« Le 16 , la plaie était parfaitement guérie.

« Le 22 mars suivant, vomissemens , diarrhée, traités par « le quinquina, l’éther et l’opium.

« Le 26 mai , violente indigestion occasionnée par de la « choucroute; mort le ierjuin.

« Cette observation a de remarquable, i° l’origine de l’alté- « ration, qui, à la suite d’un accouchement , ses caractères « primitifs, etc., me paraît avoir consisté en une inflam- « mation granulée du col de l’utérus, susceptible de résolu- « tion. Cette heureuse terminaison fut en effet en partie « obtenue. N’aurait-on pas pu espérer l’obtenir plus coince plète , si l’on eût mis en usage des moyens thérapeutiques cc plus convenables que ceux qui furent employés?

« 20 La longueur et les difficultés de l’opération;

« 5° L’absence d’hémorragie notable, bien qu’aucune liga- « ture n’ait été appliquée ;

cc 4° La guérison complète , la mort ayant été le résultat cc d’un accident indépendant de l’opération. La nature de cc l’altération , qui appartenait plus aux phlegmasies avec race mollissemens et végétations qu’aux véritables cancers, ne cc devait-elle pas ôter toute crainte de récidive? »

136e OBS. Extirpation cVun utérus cancéreux sur place , par M. Blundell , professeur d’accouchemens à l’hôpital de Guy (Angleterre). — M. Blundell a pratiqué quatre fois cette opération; elle a été mortelle dans trois cas : nous rapporterons seulement celui qui a été suivi de succès.

Une femme de cinquante ans , disposée à l’obésité , fut prise d’un écoulement âcre et d’une métrorrhagie tellement

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abondante , qu elle perdait par jour deux pintes ( probablement anglaises) de sang. OEdème , pâleur, faiblesse et défaillances fréquentes... Quoique la femme parût cachectique et présentât toute l’apparence des femmes qui succombent aux progrès d’une ulcération utérine , on ne pouvait cependant la regarder comme dans un état au-dessus des ressources de la chirurgie.

A l’examen , M. Blundell reconnut que l’utérus était mobile, et avait environ le volume d’un œuf d’oie. Col ouvert et gonflé, et d’une dureté comme cartilagineuse : sur cette masse s’était formée une ulcération du diamètre d’un schelling environ. Les tissus environnans paraissaient sains, ainsi

que la vessie et le rectum M. Blundell jugea qu’il y avait

un cancer ulcéré de l’utérus, et que l’extirpation de cet organe était la seule ressource que l’art pût offrir.

Opération le 19 janvier, huit à neuf mois après le commencement présumé de la maladie.

La malade étant couchée sur le côté , sur le bord d’un lit, le corps fléchi, M. Blundell porta les doigts index et médius de la main gauche dans le vagin, qui servirent à conduire une sorte de scalpel à disséquer, à lame tranchante, et montée à angle de i5 à 20 degrés sur une tige longue et terminée par un large manche. Il incise d’abord le cul-de-sac vaginal en arrière , de manière à pénétrer dans la cavité péritonéale , entre la matrice et le rectum. Cette division fut faite lentement et fréquemment interrompue , pour laisser aux doigts conducteurs la facilité de s’assurer des rapports du rectum, et de l’éviter. L’ouverture faite de manière à permettre l’introdution de la première phalange de l’indicateur, celui ci servit de guide à l’instrument pour agrandir l’ouverture dans la direction de l’insertion du ligament large gauche. Avec un instrument analogue au précédent , mais monté en sens opposé, l’incision fut prolongée de la meme manière du côté droit. M. Blundell sentit alors les intestins, mais il sut les éviter par la précaution qu’il prit de tenir la pointe de l’instrument appliquée contre la palpe de l’indicateur.

L’opérateur introduisit ensuite la main gauche dans le va-

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gin y et deux doigts de cette main à travers la division postérieure jusqu’au fond de rutérus. Ils servirent à y conduire et y fixer un double crochet monté sur une tige de 1 1 pouces de long. Cette partie de l’opération fut peu douloureuse. Par ce moyen on put attirer l’utérus en en bas , renverser son fond vers la pointe du coccyx , et amener l’organe dans la paume de la main placée dans le vagin. Cette manœuvre fut très-douloureuse. M. Blundell coupa alors les ligamens larges auprès de l’utérus; il sépara cet organe de la vessie, en prenant des précautions pour ne pas en blesser le col ni les uretères , et la matrice fut ainsi entièrement isolée. L’opérateur laissa quelques points indurés du vagin, se proposant de les enlever plus tard, s’il y avait indication. L’opération dura une heure.

Lorsque ce fait a été publié, cinq mois après l’opération , la malade était parfaitement rétablie.

137e OBS. Ablation d’un utérus cancéreux , par M. le professeur Récainier ( ï ) . — Mme B***, «âgée de cinquante ans, d’un tempérament éminemment nerveux, a été réglée à douze ans et demi; elle devint mère à vingt et un, vingt-huit et trentecinq ans. A quarante-cinq, ictère de six semaines, et dysménorrhée pendant quatre mois. A quarante-neuf ans, diminution et irrégularité des menstrues avec douleurs obtuses dans le siège, sentiment de lassitude dans les régions lombaires, écoulement successivement séreux, sanieux et fétide. Huit mois après l’invasion de ces acciclens , M. Récamier trouva la lèvre antérieure du museau de tanche rongée postérieurement par un ulcère sordide et fongueux, qui avait détruit la lèvre postérieure et s’étendait sur la paroi recto-vaginale. Le toucher fit reconnaître deux tumeurs séparées par un sillon, et qui paraissaient être formées par l’utérus surmonté d’une bosselure, ou par le col tuméfié et le corps de l’organe.

Le 26 juillet 1829 , l’opération est pratiquée de la manière suivante :

Position de la malade comme pour l’opération de la taille*

(1) Recherches sur le Traitement du Cancer , tome Ifï, page 519.

On fixe la lèvre antérieure du museau de tanche avec une forte pince airigne placée d’avant en arrière. On abaisse l’utérus, et pour assurer le déplacement on fixe une seconde pince airigne placée transversalement. Incision transversale du vagin seulement , et de droite à gauche j sur la partie antérieure et inférieure de la tumeur, au moyen d’un bistouri convexe boutonné, dirigé par l’index de la main gauche. Dissection du tissu cellulaire qui unit le vagin et la vessie à la face antérieure de l’utérus. Ouverture du repli du péritoine le plus près possible de la surface de la tumeur ; introduction de l’index dans l’ouverture péritonéale, et agrandissement de cette ouverture à droite et à gauche avec un bistouri boutonné herniaire, droit et peu tranchant.

Le meme bistouri sert à couper de haut en bas les deux tiers supérieurs du ligament large gauche , en rasant le bord correspondant de l’utérus, juscpie vers le sillon qui le sépare du col immédiatement après , même dissection du ligament droit.

L’index de la main gauche est aussitôt porté derrière le reste du ligament large droit , et le pouce en même temps placé en avant et en dehors. Ces doigts fixent le ligament et servent de conducteurs à une aiguille courbe montée sur un manche, percée à la pointe et armée d’un fil fort, destiné à embrasser ce qui reate du ligament large où se trouve l’artère utérine. On serre ce fil à l’aide du serre-nœud. La ligature du côté gauche est appliquée de la même manière $ on achève ensuite la section des ligamens avec le bistouri herniaire, et l’on parvient au vagin que l’on divise. L’utérus sort alors de la vulve , et il ne reste plus qu’à diviser le repli péritonéal qui est entre la matrice et le rectum ; enfin on coupe le vagin postérieurement.

Cette opération a duré vingt minutes. La partie la plus douloureuse fut l’abaissement de la matrice il n’y a pas eu trente onces de sang perdu par la division des tissus. L’épiploon s’était montré, 011 le réduisit. Les fils des ligatures furent relevés sur les aines. La malade fut placée horizontalement 7 et il n’y eut pas d’autre pansement.

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Deuxième jour de l’opération. Pouls , quatre-vingt-dix pulsations } ventre un peu élevé, sans douleur ) cathétérisme répété. Saignée cle six onces ; cataplasmes ; tisane de Un. Sommeil.

Troisième jour. — Pouls fréquent, ventre plus élevé et plus sonore, douloureux dans la région iliaque droite j constipation. Saignée le matin ; trois grains de calomel en trois doses ; quarante sangsues sur le coté droit du ventre.

Cinquième jour. — Fièvre modérée , ventre ballonné j constipation. Sangsues ; pilules de calomel et déextrait de belladone , de chaque un grain , de deux heures en deux heures. Augmentation du ballonnement du ventre, agitation. Bain d'une demi-heure. Pour la première fois, la malade rend des vents par bas.

Sixième jour. — Un peu de sensibilité aux régions iliaques. Sangsues , bains . La malade a une selle.

Septième jour. — La partie postérieure de la vessie adhère au rectum, on divise cette adhérence avec le doigt, et il s’écoule une once d’un fluide brunâtre et fétide. Lavemens ; vingt sangsues sur les flancs ; bouillons ; injection d’eau tiède dans le vagin pour entraîner une sorte de bouillie fétide qui s’en échappait par la pression.

On retire les ligatures le dixième jour. A dater du quatorzième, l’amélioration fait des progrès, et le vingt-septième l’on reconnaît que le fond du vagin forme un anneau souple pouvant à peine admettre le doigt, et communiquant avec un cul de-sac de la profondeur de deux tiers de la première phalange de l’index , et formé par la réunion de la vessie et du rectum.

M. Hoelcher ayant opéré d’après la méthode de Sauter, en février 1824, la malade mourut au bout de vingt-quatre heures. Il dut inciser la vulve latéralement pour permettre l’introduction et le jeu des mains et des instrumens. Il eut l'heureuse idée de laisser une sonde à demeure dans la vessie pour servir de guide et éviter de blesser ce viscère.

M. le professeur Roux a pratiqué deux fois l’extirpation de l’utérus ; et dans les deux cas, les malades ont succombé,

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l’une neuf jours , l’autre vingt-quatre heures après l’opération. Chez la première, on ne put éviter d’emporter une partie de la face postérieure de la vessie , qui était adhérente à un énorme mamelon qui s’élevait de l’utérus, et avait pu être pris pour le corps de l’organe lui-même. La division de ce réservoir n’a pu non plus être évitée par le docteur Blundell, dans l’une des quatre opérations qu’il a eu l'occasion de pratiquer. La femme succomba quelques heures après l’extirpation , de même que les deux autres opérées. On ne put non plus éviter d’intéresser la vessie dès les préludes de l’opération par la méthode sus-pubienne pratiquée par Delpech (Obs. i54, page 487 ).

M. Langenbecks perdit, -en vingt-quatre heures, la malade qu’il avait opérée d’après la méthode de Gubertat. En ayant opéré deux autres par le procédé de Sauter, l’une périt le second jour, et l’autre le quatorzième. Paletta et Monteggia (1) extirpent la matrice, qu’ils prennent pour un polype; les sujets meurent en moins de deux jours. Deux malades, opérées par MM. Siebold (2) et Holoeher, périrent, l’une après vingt-quatre heures , l’autre au bout de soixante-cinq. Une femme, opérée par Burner le 2 septembre 1828, mourut le quatrième jour. Moins heureux encore, M. Lizars, d’Edimbourg, vit périr une femme qu’il opéra après vingt-quatre heures. Il dut aussi agrandir la vulve en fendant le périnée; le rectum fut atteint.

Appréciation de V extirpation de la matrice. — En réunissant tous les faits connus, on voit, sur une quarantaine de cas d’extirpation de l’utérus, deux réussites complètes et une autre incomplète : la première opérée de M. Sauter étant morte accidentellement à la suite d’une indigestion , quatre mois après l’opération.

Il paraîtrait qu’en général Ehémorragie est le moindre des aecidens qu’on ait à redouter par suite de l’extirpation de

(1) Anatazioni praticlie sopra anali venerei , pnge 178.

(2) De Scirrho et Carcinomate uteri adjectis trjùus lalius uteri extir palwnù observettiombus , Berol, 1826.

extirpation de la matrice.

l’utérus; les docteurs Blundeli et Sauter ont négligé d'appliquer des ligatures, et cependant la perte de sang fut trèsmodérée. Par le procédé de M. Récamier, l’on prévient toute inquiétude de ce côté.

Mais l’ébranlement porté dans l’innervation par les manœuvres et la durée d’une opération qui , pour être bien faite , a souvent demandé plus d’une demi-heure , et quelquefois une heure; mais l’inflammation, résultat presque inévitable des incisions , des tiraillemens , des froissemens , de la pénétration de l’air dans la cavité péritonéale , inflammation dont on ne peut pas toujours prévenir le développement, et qu’il n’est pas toujours possible de maîtriser, rendent généralement cette opération promptement funeste.

Et ici je ne parle que des cas dans lesquels les organes voisins de la matrice , le rectum et la vessie , n’ont pas été compromis pendant l’opération.

Que l’on joigne à ces graves inconvéniens ceux qui résultent de l’imminence d’une récidive provoquée, soit parce que quelque point altéré des annexes de l’utérus aura échappé à l’investigation de l’opérateur, soit parce que la modification organique ou vitale qui a présidé au développement du premier cancer, le rappelle dans la cicatrice ou dans des parties plus ou moins éloignées , et l’on sera autorisé à se demander s’il ne serait pas plus avantageux pour l’humanité , et pour la science elle-même, d’abandonner une opération téméraire qui , pour un bien petit nombre de succès , présente tant de chances périlleuses.

Que se propose-t-on dans les opérations majeures? de sauver la vie des malades ou de prolonger leur existence. Trois opérées seulement ont obtenu , de l'extirpation de l’utérus, une guérison telle quelle , et par conséquent une prolongation d’existence. Chez presque toutes les autres opérées , la mort est arrivée bien plus promptement que si elle avait été le résultat de la maladie abandonnée à elle-même. Et d’ailleurs, l’art estil impuissant pour calmer et rendre supportables les accidens qui font du cancer de la matrice une affection si cruelle ? Si dans quelques cas extrêmes le traitement palliatif est sans

effets marqués, dans le plus grand nombre on en obtient des résultats avantageux. Par lui , on prolonge l’existence des malades, et l’on peut encore leur rendre supportable le temps qui leur reste à vivre. Le tout est de savoir bien choisir, combiner, et diriger les moyens hygiéniques et médicaux , selon les circonstances. J’espère avoir suffisamment indiqué quelle est la marche que le praticien doit suivre à cet égard , en parlant du traitement propre à chaque espèce de cancer confirmé. Dans le chapitre suivant, nous indiquerons les moyens palliatifs applicables au cancer confirmé. INotre opinion sur l’extirpation de la matrice est maintenant partagée par la majorité des praticiens. L’un d’eux s’est exprimé ainsi :

« Il doit être bien évident que l’extirpation de l’utérus est une des opérations les plus graves et les plus douloureuses de la chirurgie , puisqu’elle est le plus souvent mortelle. Elle ne doit être entreprise qu’avec une grande prudence, et elle ne doit jamais l’être qu’il ne soit trèsprobable que le mal n’a pas dépassé les limites de l’utérus , et que cet organe conserve toute sa mobilité à l’égard des parties voisines. Les signes de cette limitation du mal et de cette mobilité s’acquièrent par tous les moyens d’exploration de l’utérus, et malheureusement ces moyens sont fort infidèles. Deux hommes très-habiles (MM. Sauter et Roux) ont méconnu l’extension du mal aux trompes et aux ovaires qui sont si souvent atteints quand le corps de l’utérus est affecté. Il faut en conclure qu’il sera le plus souvent très-sage de s’abstenir de toute opération (i). »

Traitement symptomatique et palliatif. — Le cancer, quelles que soient et son origine et sa forme, étant confirmé et re connu incurable, le ministère du médecin n’est pas fini j il peut être encore d'un grand secours pour les malheureuses victimes de ces cruelles maladies. Je ne parlerai point des consolations que donnent les soins affectueux, les attentions délicates, les promesses rassurantes, de l’espoir qu’il fait incessamment renaître, en ayant de temps en temps recours à

(i) Gendrin , loco citato .

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des moyens nouveaux , ou en variant les formes de ceux qu’il a déjà mis en usage; il peut en outre retarder réellement les progrès du mal , calmer ou même arrêter les symptômes ou les aceidens qui sont plus particulièrement de nature à affecter désagréablement ou péniblement la malade : parmi les plus remarquables , je signalerai l'inflammation,, les douleurs et l’odeur infecte de l’ichor qui s'écoule incessamment des surfaces ulcérées.

On sait que l’extension aux parties voisines des squirres ulcérés ou non, est favorisée par l’inflammation des parties limitrophes , inflammation qui parait être l’état intermédiaire de propagation de ces altérations. M. Pauly dit que chaque fois qu’il a eu occasion de faire l’anatomie pathologique des tumeurs squirreuses, il a trouvé le centre formé par une gelée grisâtre , pultacée, résultant de la fonte de la matière squirreuse; puis, en procédant de dedans en dehors, venait un tissu squirreux, lardacé, coupé de rayons fibreux. Ce caractère lardacé se dissipait graduellement, et passait d’une manière insensible à un tissu graisseux induré , qui allait lui-même se perdre dans un engorgement blanc, simple , celluleux ; enfin à la circonférence on ne trouvait plus que du tissu cellulaire hypertrophié par suite de l’inflammation. Ces dispositions, conformes à celles que j’avais observées et d’après lesquelles j’ai basé mon opinion sur le mode d’extension des affections cancéreuses, justifient les conséquences pratiques que j'en ai déduites.

Ainsi, par l’application, au moyen du spéculum, de sangsues sur l’engorgement squirreux ou sur les bords de l’ulcération , on arrête et on borne le développement de ces altérations, et par conséquent on limite la maladie (Obs. i4o). On peut aussi s’assurer que la récrudescence des douleurs dépend souvent de mouvemens inflammatoires qui s’emparent de quelqu’un des points du centre de l’altération ou de la surface de l’ulcère; dans ces cas aussi, des sangsues appliquées immédiatement sur le mal et au centre même de l’ulcère, en modérant, en arrêtant l’inflammation, suspendent instantanément les douleurs, ou les rendent plus supportables (même Obs.).

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M. Lisfranc prétend qu’à mesure que Ton use des antiphlogistiques , la masse du cancer diminue d’étendue dans son diamètre , que l’engorgement se dissipe insensiblement à sa circonférence, mais qu’en revanche la désorganisation marche au centre avec une rapidité plus grande. Il est un autre inconvénient plus grave et plus certain des émissions sanguines , dans les cas de cancer avancé ; elles ajoutent à l’appauvrissement du sang et à l’épuisement que la maladie a déjà provoqué, elles hâtent le développement et la marche des phénomènes généraux qui constituent la cachexie cancéreuse. Ce n’est donc qu’avec une extrême réserve qu’on doit y avoir recours. Aussi les saignées générales sont-elles essentiellement contre-indiquées dans cette période avancée, et ne conseillons-nous de recourir alors qu’aux émissions sanguines locales.

Les douleurs qui ne dépendent pas de cette circonstance, et contre lesquelles ont échoué tous les médicamens stupéfians donnés à l’intérieur , cèdent quelquefois à l’application immédiate de ces mêmes substances sur les points souffrans j on les étend dans la matière d’une injection épaissie par l’addition de l’amidon ou de la fécule de pomme de terre ou de la farine de riz, et on les maintient en contact prolongé par le tamponnement du vagin ou la compression de la vulve. J’ai aussi obtenu cl assez bons effets , pour calmer des douleurs qui avaient résisté à tous les autres moyens -, de l’application de morphine , graduée de un à trois et quatre grains, sur la plaie de petits vésicatoires que j^établissais soit aux cuisses, soit sur les hanches ou le bas-ventre. Quelquefois l’esprit de Mendererus ou acétate d’ammoniaque, administré par six à dix grains , a paru calmer efficacement les douleurs les plus intolérables.

M. Fourcade a obtenu de l’acide phosphorique ( quatre à cinq gouttes dans un verre de liquide) un soulagement à des douleurs qui avaient résisté à tous les autres moyens connus.

L’odeur infecte qui s’exhale des parties frappées de cancer ulcéré ne fatigue pas moins la malade que les personnes

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qui l’entourent les injections avec les chlorures cl’oxide de chaux ou de soude, à l’avantage de détruire instantanément l’odeur, joignent celui de calmer les douleurs et meme d’arrêter quelquefois la marche de l’ulcère (Obs. 142).

Comme l’ ulcération est la cause principale des symptômes les plus insupportables , ou des acciclens les plus redoutables, et de l’épuisement des forces , soit par l’abondance des sécrétions sanguines, et le plus souvent séreuses, quelle fournit incessamment, soit par les douleurs brûlantes et térébrantes qui lui sont inhérentes , ou parvient à modérer ou même à suspendre plus ou moins complètement ces symptômes, au moyen de cautérisations légères de la surface ulcérée. C’est à peu près de la même manière qu'agissent les applications de créosote ; c’est également dans ces cas que l’on a signalé et que nous avons constaté les bons effets de l’oxi-phosphate de fer (i). Cette préparation, proposée par M. Fuzet-Dupouget fils, est employée en pilules et en injections,* j’ai éprouvé que ce médicament calmait les douleurs , qu’il semblait réveiller l’hématose altérée, excitait l’appétit, favorisait les digestions et ranimait les forces épuisées. J’en rapporterai ci-après un exemple (Observ. i55). On

(i) Préparation de Voxi-phosphate de fer.

Phosphate de soude demi-once.

Eau distillée q. s.

Faire solution :

Sulfate de fer demi-once.

Eau distillée q. s.

On expose les deux solutions séparément au soleil ou au bain de sable jusqu’au moment où la solution de sulfate de fer a acquis une couleur rousse de vin de Madère. Alors on fait chauffer au feu la dissolution de phosphate de soude; lorsqu’elle est un peu chaude , on verse peu à peu et en même temps les deux dissolutions dans un même vase. Il se forme un précipité floconneux. On laisse reposer pendant un quart d’heure; on filtre alors au papier joseph. Le résidu ou précipité qu’on recueille sur le papier doit être lavé deux fois à l’eau distillée. On filtre de nouveau; on fait sécher à l’ombre le résidu , qui est l’oxi-phosphate de fer. L\au distillée qui a servi à laver foxi-phosphate de fer sert aux lotions et aux injections. (Fuzet*Dupouget fils. Revue médicale , i836, page 284. )

donne celte substance A l’intérieur, A la dose de trois A dix grains répétés trois fois par jour; on fait des lotions ou des injections avec l’eau-mère.

Les complications exigent aussi parfois l’usage intercurrent de quelques moyens thérapeutiques. Les douleurs abdominales, souvent produites par l’inflammation qui se propage au péritoine ou aux viscères de cette cavité, seront calmées par une application de sangsues sur le ventre , les cataplasmes et les fomentations émollientes. Ces moyens conviennent également dans le cas où des hémorroïdes volumineuses couvrent et bouchent la marge de l’anus, et par cela même occasionnent souvent de vives douleurs. On calme encore par les mêmes moyens dirigés vers les régions inguinales, les douleurs occasionnées par la tuméfaction , l’engorgement des glandes de ces parties, etc., etc.

Parmi un grand nombre de faits dont la plupart me sont propres, je rapporterai ceux dans lesquels chacun des moyens qui ont été précédemment indiqués ont produit d’heureux résultats.

138e OBS. Cancer ulcéré de V utérus. — Traitement palliatif par les lavemens et les injections opiacées. — MmeThéaux, autrefois fortement constituée, maintenant maigre, décharnée, et présentant toutes les apparences de la vieillesse, malgré son âge peu avancé, a eu six enfans , et, en dernier lieu , une fausse couche après quatre mois de grossesse, A trentesix ans et demi. Cette fausse couche a été occasionnée par une chute dans un escalier rapide. Depuis, Mme T. a toujours souffert des reins et dans le bassin, et ses règles ont été supprimées. A quarante-deux ans , écoulement séreux , puis roussâtre, et ensuite fétide. A des douleurs sourdes succèdent des élancemensj des douleurs brûlantes et rongeantes , paraissant d’abord A de longs intervalles , deviennent de plus en plus rapprochées , au point que depuis trois mois elles laissent a peine quelques minutes de relâche. Souvent il s’échappe de la vulve du sang noirâtre , liquide , ou des caillots A demiputréfiés. Diarrhée , ardeurs d’urines ; des médecins , des charlatans, des commères, avaient tour A tour épuisé leur

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science et leurs recettes. Les narcotiques avaient e'té prodigués sous toutes les formes; la malade appelait la mort comme un bienfait , et se la serait donnée sans la grande surveillance que ses enfans exerçaient sur elle. On me fit demander une ordonnance pour soulager cette malheureuse femme. Je désirai la voir.

Je trouvai en place du vagin une ouverture à bords inégaux, gonflés et durs, laissant à peine pénétrer le doigt, et au-delà une excavation, pour ainsi dire sans fond, remplie de caillots et de matières putrilagineuses. L’utérus formait une tumeur bosselée au-dessus des os pubis. Quatre sangsues sur les bords de l’ouverture carcinomateuse du vagin; injections dans l’excavatiou d’une forte décoction de racine de guimauve et de têtes de pavots épaissie avec de la fécule de pomme de terre; cataplasmes sur le ventre arrosés de laudanum ; lavemens avec une décoction de têtes de pavot et d’amidon, et addition de dix gouttes de teinture d’opium.

Pour la première fois depuis trois mois, la malade goûte quelques heures de repos et de sommeil; elle se sent quelque peu d’appétit; l’espoir renaît. Mais après quinze jours les douleurs se réveillent. Quatre nouvelles sangsues ; on ajoute aux injections quelques gouttes de teinture d’opium dont on augmente graduellement la dose; on maintient les injections pendant une heure dans la cavité , en appliquant un tampon contre la vulve ; enfin , deux mois après , la malade succombe , mais sans douleurs , au marasme et à la fièvre hectique.

On remarquera que la teinture d’opium n’a été ajoutée aux injections qu’à petite dose, et grandement étendue. Le laudanum pur, loin de calmer les douleurs dans les cas de cancer ulcéré, les exaspère souvent, et a en outre l'inconvénient de plilogoser le vagin , comme l’a observé Gullerier l’oncle.

L’adjonction de quelques grains de camphre aux narcotiques employés par la bouche ou en lavement , favorise beaucoup l’action de ces médicamens.

139e OBS. Cancer ulcéré de l’utérus. ■ — Inefficacité des

CANCER DE IA MATRICE

opiacés par toutes les autres voies. — Succès instan tané par la méthode endermique (1). — « Mme Delry , âgée de cinquantetrois ans , ayant joui de tous les attributs d’une santé florissante, s’est mariée à vingt-cinq ans. Mère de cinq en fa ns , elle a toujours eu des couches laborieuses j la dernière nécessita l’emploi du forceps : on retira un enfant mort. À cinquante et un ans, elle fut atteinte d’une dartre à ravant-bras gauche; les bains sulfureux dans lesquels elle fut plongée déterminèrent une irritation dans l’intérieur de la matrice, et une ménorrhagie abondante. Le mal empira : elle ressentit au museau de tanche un sentiment d’ardeur et de fourmillement. Elle essuya à Necker un traitement infructueux. La matrice, explorée à l’aide du spéculum , en juillet 1824, présenta à son col un engorgement dur, squirreux, inégal, qui saignait facilement à la oression et fournissait un écoulement d’une odeur infecte. L’urine sortait avec peine, la peau était d’un jaune sale , les chairs étaient blafardes et bouffies. En novembre, la maladie fît de nouveaux progrès, les douleurs devinrent atroces, la malade se roulait dans son lit en invoquant la mort ; tous les opiacés , les antispasmodiques les plus puissans } le sirop de morphine à haute dose , restèrent sans effets. O11 ne parvint à apaiser les souffrances de cette malheureuse et à lui procurer les douceurs du sommeil qu’en plaçant dans un cautère deux grains d’acétate de morphine ; ce moyen l’a si bien calmée quelle a prolongé son existence jusqu’au 20 décembre 1824, sans quelle proférât un seul cri et sans qu’elle donnât des marques de douleur. » Cette observation prouve que, dans les cas où il n’est plus permis d’espérer la guérison, on peut encore retirer de grands avantages des applications extérieures.

140e OBS. — Influence favorable de l’iode sur un cancer de la matrice parvenu au dernier degré. (Nouv. Bib. méd. , 1824, 2e vol., p. 210: Extrait du Journal de Médecine pratiq. de Hufefand. ) — « Une femme de trente-six ans était arrivée au dernier degré d’une affection cancéreuse de la matrice : toute

(1) Essai sur la Méthode enderfuique , Paris, 1828.

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la portion vaginale de l’ utérus était squirreuse, et l’orifice de cet organe considérablement érodé* de fréquentes hémorragies avaient lieu ; les douleurs atroces qu’éprouvait la malade ne pouvaient être calmées que par de fortes doses d’opium , et son état constitutionnel répondait à la gravité de l’affection locale. Une foule de moyens avaient été déjà employés lorsque M. Hannemann pensa à l’iode, qui , disait-il, ayant évidemment la propriété de fondre les glandes mammaires, exercerait peut-être une action analogue sur la matrice. 11 fait en conséquence préparer une teinture avec six grains d’iode sur un gros d’alcool, dont il fit prendre soir et matin chaque fois dix gouttes, dans un peu d’eau de cannelle édulcorée avec du sirop d’orange ; toutes les autres drogues, à l’exception de l’opium, furent mises de coté. Ce médicament n’occasionna aucune incommodité , et bientôt on remarqua une amélioration sensible* les douleurs que la ma- . lade avait éprouvées dans l’intérieur des os disparurent* les évacuations alvines ne produisirent plus chaque fois une hémorragie et s’exécutèrent avec facilité. Enfin , le volume de la matrice n’était presque plus perceptible extérieurement au-dessus des pubis; le vagin était devenu beaucoup plus large; les excroissances charnues avaient considérablement diminué, et ne rendaient plus de sang. Toutefois, l’état des forces et l’assimilation des substances nutritives ne répondirent pas à ce changement avantageux ; on fut obligé de suspendre le traitement au bout de vingt-neuf jours, pour recourir à quelques toniques, et la malade succomba. Elle a pris en tout une once de teinture d iode. »

Il résulta essentiellement de l’ouverture du cadavre que l’affection cancéreuse de la matrice s’était améliorée par l’effet du médicament , et que la mort a été due en grande partie à l’existence d’un ulcère, qui avait établi une communication entre le vagin et la cavité abdominale. M. Hannemann considère ce fait comme propre à engager les praticiens à tenter quelques essais sur l’emploi de l iocle dans les affections cancéreuses de la matrice; nous le désirons également , et d’autant plus que jusqu’à présent la médecine ne possède aucun moyen

contre cette cruelle maladie , parvenue à ce point. Cependant , ne pourrait-on pas craindre , dans le cas où il s’agit, que la teinture d’iode n’ait pu augmenter le mouvement inflammatoire? Pour éviter, autant que possible, ce fâcheux effet, nous préférerions l’hydriodate de potasse a l’iode.

141e OBS. Ulcéré cancéreux parvenu au dernier degré ; soulagement par les sangsues. — Une femme de quarantehuit ans vint aux consultations de la Société de Médecine à l’Hôtel - de -Ville , ou plutôt y fut traînée. Elle était affectée d’un vaste ulcère qui avait détruit toute la lèvre pos térieure du museau de tanche, une partie de la lèvre antérieure, et s’avançait profondément dans l’utérus ; ce qui n’avait pas été détruit était gonflé et dur; ainsi , la partie restante de la lèvre antérieure formait une tumeur du volume d’une noix ; ce qui restait de la partie postérieure du col offrait des bourrelets carcinomateux qui descendaient jusqu’au milieu de la paroi correspondante du vagin. On pouvait sentir le corps utérin dur, engorgé et volumineux derrière les pubis. Les douleurs étaient atroces; l’écoulement, abondant et sanieux , avait une odeur repoussante; en un mot , cette femme était dans un état de cachexie cancéreuse très-avancé. Sur l’invitation de M. Burdin, secrétaire des consultations, je fus chez cette pauvre malade, et, après avoir détergé à grande eau les parties ulcérées, j’y appliquai quatre sangsues. Le soulagement fut prompt. Les douleurs furent calmées au point que la nuit suivante cette pauvre femme put dormir quelques heures, ce qui ne lui était pas arrivé depuis long-temps, malgré les narcotiques dont elle avait fait usage; aussi ne crois-je pas devoir attribuer le sommeil qu’elle put goûter à l'administration d’une pilule de cynoglosse de quatre grains que la malade prit d’après mon conseil, après l’application des sangsues. Les douleurs reparurent cependant au bout de quatre ou cinq jours; mais l’extrême faiblesse de la malade me fit craindre l’effet d’une nouvelle application de sangsues ; elle ne tarda pas à mourir. Cette femme avait eu douze enfans , et depuis le dernier, dont elle était accouchée à trente-huit ans, ses règles avaient été dérangées et reve-

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«aient moins abondantes et plus rares. Des douleurs sourdes dans les reins et une leucorrhée simple avaient précédé les douleurs lancinantes et l'écoulement putrilagineux.

142e OBS. Ulcéré cancéreux large et profond. — Epuisement et fievre hectique , paraissant devoir amener une mort prochaine , par suite d’un écoulement abondant et fétide , et de douleurs atroces. — Injections avec le chlorure de soude. — Soulagement inespéré et prolongation de la vie pendant cinq mois. — Mme R***, habitant la banlieue de Paris , a eu cinq enfans , le dernier à 1 âge de trente-six ans. Sa menstruation a toujours été fort régulière jusqu’à l’âge de quarante-trois ans , quelle fut brusquement supprimée par l’événement tragique arrivé à son mari , que cette dame reconnut , après quelques jours d’absence, parmi les cadavres des ncvés exposés à la Morgue. Elle fut prise de suffocations ; les mains se gonflèrent considérablement , des douleurs sourdes s’établirent dans les reins; puis, après cinq ou six mois , il survint une perle abondante , qui se renouvela fréquemment et fut remplacée dans les momens d’interruptions par un écoulement comme leucorrhéique d’abord, mais qui devint ensuite sanieux, entraînant comme des débris de chairs putréfiées, et répandant une odeur infecte. Pendant les deux premières années de cet état, la malade, autrefois d’un tempérament très-ardent, sentit se réveiller des désirs quelle ne put maîtriser; ils étaient occasionnés par un sentiment presque continuel de prurit voluptueux quelle ressentait dans l’intérieur du conduit va-

À quarante-six ans on reconnaît l’altération de l’utérus , et l’on fait un traitement antisyphilitique, se fondant sur ce que la malade avait eu, vers sa trentième année, une affection vénérienne, qui cependant paraissait avoir été complètement guérie , puisque depuis , ni la malade , ni les enfans quelle avait eus, ne s’en étaient ressentis en aucune manière. Les accidens augmentèrent, des traitemens variés, rationnels ou empiriques , furent successivement employés ; enfin la malade désespérée se résigna à attendre la mort

sans plus rien faire. Elle approchait de sa quarante-huitième année , quand je fus conduit auprès d’elle par un de ses parens ; je trouvai cette malheureuse femme dans un état excessif de maigreur, avec bouffissure de la figure- œdème des pieds et des mains; teint plombe, peau sèche et comme racornie. J’avais été frappé , en entrant dans la chambre de la malade, bien aérée cependant, d’une odeur infecte et caractéristique; des tampons de vieux linge, dont la malade se garnissait , étaient imbibés d’un liquide roussâtre , séreux et mêlé d’un sang noir, en partie dissous. Je pus sentir derrière les pubis l’utérus peu élevé, mais largement tuméfié; une sorte de vive arête , ou de rebord dur, séparait le fond du vagin d’une excavation anfractueuse , ulcère qui paraissait avoir détruit presque entièrement le col de l’utérus , et s’être avancé jusqu’au {tcorps de cet organe; la malade invoquait la mort pour terminer ses horribles douleurs.

Je prescrivis quelques pilules de cynoglosse, et des injections avec une décoction d’eau d’orge, dans une pinte de laquelle on ajouterait d’abord deux , puis quatre cuillerées d’une solution de chlorure de soude. En quelques jours l’écoulement diminua considérablement, les douleurs s’apaisèrent, l’odeur fut dès le principe complètement détruite. J’avais vu la malade dans les premiers jours de septembre 187.9; elle ne mourut que le 29 janvier suivant , ou plutôt elle s’éteignit sans souffrances.

143e O BS. Ulcéré cancéreux de l’utérus . • — Destruction de la cloison recto -vaginale , de la paroi correspondante de la vessie. — Heureux effets d’injections chlorurées . übs. communiquée par 1V1. le docteur Jolly.) — Mlle Honorine N*** était née d’une mère qui a succombé à, une affection cancéreuse de l’utérus. Deux de ses tantes, du côté maternel, se trouvaient dans le même cas. Douée d’une constitution forte, elle était parvenue à l’àge de quarante-sept ans dans un état de santé parfaite et sans jamais avoir éprouvé aucun désordre dans la menstruation. Mais à cette époque il se manifeste presque subitement une double névralgie sciatique qui ré-

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siste à plusieurs applications de sangsues , à des linimens narcotiques, à des bains tièdes, à plusieurs vésicatoires promenés sur le trajet douloureux , et à beaucoup d’autres moyens, tous également infructueux. Jusqu’alors la menstruation avait été régulière; toutefois, portant mon attention sur l’utérus, je crus qu’il pouvait bien être le point de départ de tous les accidens, le siège et le foyer de la maladie. Je reconnus facilement, en effet, que le corps et une partie du col de l’organe étaient sensiblement tuméfiés, que ce dernier était induré dans quelques points et ramolli dans d’autres. Toute la région hypogastrique était elle-même douloureuse à la pression.

Dès lors je ne doutai plus que les souffrances de la malade ne fussent la conséquence d’une altération organique de l’utérus. De nouvelles applications de sangsues , des injections émollientes et narcotiques , des bains de siège renouvelés chaque jour , etc., n’eurent aucun succès.

Bientôt survinrent des pertes de sang suivies d’un écoulement puriforme des plus abondans. L’ulcération fît des progrès si rapides, qu’en moins de trois mois elle avait envahi le col, une partie du corps de l’utérus, toute la partie supérieure du vagin , la paroi correspondante du rectum, ainsi qu’une partie de la vessie, de telle sorte que la cavité du vagin était devenue un véritable cloaque où se confondaient le sang, le pus , les selles et les urines. Les injections chlorurées devinrent alors l’unique moyen de traitement , et cependant elles eurent un tel succès , que la malade , qui semblait d’abord vouée à une mort inévitablement prochaine, vécut encore plusieurs mois dans un état stationnaire.

Les conséquences de ce fait découlent d’elles-mêmes; il donne un exemple bien remarquable de la propriété héréditaire de Faffection cancéreuse et delà marche aiguë que prend cette maladie dans certains cas, ou quand elle est parvenue a une certaine période; il prouve l’efficacité des préparations chlorurées comme moyen palliatif puissant contre ces altérations, quand elles sont arrivées à ce haut point de désorganisation.

144e OBS. Cancer ulcéré de la matrice parvenu au dernier degré , avec cachexie cancéreuse , heureusement modifiés par l’usage de Voxi- phosphate de fer. — Mme David, lapidaire, âgée de quarante - cinq ans, m’avait consulté en i854 pour un engorgement de la lèvre antérieure du col, avec ulcération encore peu étendue de cette partie. L’engorgement me parut s’étendre jusqu’à la paroi antérieure de l’utérus. L’inquiétude qu’inspirait cette affection à la 'malade fut accrue par les doléances d’une de ses amies, qui la décida à demander d’autres conseils. Je ne revis cette dame que deux ans plus tard ; elle était alors en proie à tous les symptômes les plus intenses d’un cancer ulcéré de la matrice , avec cachexie cancéreuse avancée. Pendant dix * huit mois elle avait été cautérisée tous les huit ou quinze jours , et enfin on avait suspendu la cautérisation, en l’assurant que le cancer était guéri, et que les accidens quelle éprouvait encore n’étaient qu’un effet ordinaire de l’époque critique. Je ne trouvai plus de traces du col utérin 3 le vagin , plissé dans son fond comme une bourse , présentait une ouverture irrégulière anfractueuse, permettant cà peine l’introduction du doigt, qui pénétrait alors dans une caverne inégale formée par la cavité ulcérée et cancérée de la matrice. Les douleurs étaient intolérables et occasionnaient une insomnie absolue des plus anxieuses. Il s’écoulait incessamment par le vagin une quantité prodigieuse de sérosité incolore, écoulement qui n’avait pas empêché une œdématisation générale de se développer. Les narcotiques avaient été employés sous toutes les formes et par toutes les voies ; tous avaient successivement échoué, après avoir paru agir d’abord favorablement. La malade, complètement décolorée et comme transparente, exténuée, ne pouvait plus quitter le lit, elle paraissait n’avoir plus que bien peu de temps à vivre. Je la soumis à l’usage de i’oxiphosphate de fer, à la dose de deux grains, répétés quatre fois, puis six, puis huit fois par jour , on pratiqua des injections avec les eaux-mères de cette préparation. Huit jours ne s’étaient pas écoulés que les douleurs avaient complète-

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ment cesse, que l’appétit était revenu; l’estomac put digérer des alimens assez substantiels, les forces grandirent au point que la malade put se lever , marcher et supporter son transport à quinze lieues de Paris. Là elle reprit une apparence de santé. Malheureusement ce retour inespéré eut un terme. Les mauvais temps revinrent et l’obligèrent, avec le renouvellement des aecidens cpii eut alors lieu, à revenir à Paris, après quatre mois d’absence. Elle vécut encore quatre autre mois. Ici Faction avantageuse de l’oxi-phosphate de fer a été incontestable; elle a permis de venir lui adjoindre celle non moins bienfaisante du séjour à la campagne.

A propos des sécrétions abondantes qui , dans les cancers ulcérés , précipitent l’épuisement des forces , et contre lesquelles il est ordinairement nécessaire d’agir pour les modérer, je dois cependant prévenir qu’il ne serait pas, dans tous les cas, sans danger de les supprimer trop brusquement. Le fait suivant, dont je viens d'être témoin, est de nature à imposer quelques réserves dans l’emploi des agens astricteurs.

145e OBS. Ulcéré cancéreux de l’utérus , à marche lente , injections astringentes froides et poussées vivement. — Déclaration subite d’une métrite sub-aigue mortelle. — Mme Michel , grande et forte, âgée de quarante et un ans, était depuis trois ans environ tourmentée par une leucorrhée assez abondante, et qui l’inquiéta d'abord, parce que jamais jusqu’alors elle n’en avait été affectée. Rassurée cependant par quelques unes de ses amies qui prétendaient être dans le même cas sans inconvéniens, elle négligea cette maladie. L’écoulement, d’abord muqueux, acquit d’autres qualités, il devint plus séreux, souvent sanguinolent ; il occasionna par son contact un prurit et des cuissons à l’entrée de la vulve. Les règles, qui ne s’étaient point dérangées pendant les premiers mois , devinrent plus abondantes , plus prolongées ; elles reparaissaient parfois entre les époques mensuelles; enfin un sentiment insupportable de chaleur se fit sentir au bas des reins. Près de trois années s’étaient écoulées depuis le début de cet état nouveau lorsque je fus consulté. La malade me dit avoir maigri ;

cancer de LA matrice.

elle avait néanmoins conservé son appétit; toutes les fonctions se faisaient bien , et rien dans son habitude extérieure n’annonçait une affection profonde ou grave ; mais au toucher je trouvai le col utérin profondément ulcéré, anfractueux ; en quelques points de la circonférence cette partie pa raissait entièrement détruite par 1’ ulcération qui là envahissait les parois vaginales. Les bords et le fond inégal étaient très-durs, mais seulement superficiellement; aussi aurait-ce été le cas d’appliquer le caustique avec espoir de succès, si ce noli me tangere n’eût pas déjà dépasse les limites du col et n’eût point atteint le vagin. Je ne pus sentir le corps de l’utérus au-dessus des pubis, et il ne me parut pas engorgé par l’exploration à travers le cul-de-sac vaginal. L’ulcère était trèssensible au toucher, et la malade en ressentit une vive douleur qui se prolongea pendant quelques heures. Les matières que j’entraînai avec le doigt ne me parurent pas avoir d’odeur particulière. Je dus me borner à un traitement modificateur, sinon capable de provoquer une guérison devenue difficile , du moins susceptible d’apporter une palliation avantageuse. { Bains généraux , régime végétal et animal , mais privé de sel. d’aromates, d’épices, d’acides, etc. Administration d’hydrochlorate d’or et de soude uni à l’extrait de ciguë en pilules. Injections tièdes , d’abord émollientes et sédatives , me réservant de les rendre plus altérantes par la suite.)

Ap rès deux mois environ de ce traitement, l’état de la malade paraissait plus satisfaisant ; il me sembla que l’ulcération était moins étendue , que les bords étaient moins durs. D’après ces résultats , je crus ne devoir rien changer aux prescriptions précédentes. Cinq jours plus tard, je suis demandé en toute hâte : la malade était en proie à des douleurs atroces dans le bas des reins; tout écoulement avait complètement cessé. Je trouvai le col utérin, ou plutôt l’ulcère, chaud et comme sec , mais ses bords étaient plus gonflés et d’une sensibilité exquise; le bas-ventre était aussi douloureux, il y avait une fièvre intense. On m’avoua alors que, sollicitée par des amies et des parens effrayés de la gravité du prognostic que j’ayais d’abord porté , cette dame était allée

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consulter l’avant- veille M. Lisfranc. Ce célèbre chirurgien confirma mon diagnostic , approuva les moyens que j’avais indiqués , mais il conseilla de remplacer la décoction de guimauve et de tète de pavot par des injections faites avec une décoction de quinquina rouge. Rentrée chez elle, la malade n’eut rien de plus pressé que de recourir à cette modification. Soit quelle eût fait la décoction trop forte , soit quelle lui eût donné une température trop ou pas assez élevée , ou quelle l’eût poussée avec trop de violence , ou par sa nature astringente, la malade ressentit aussitôt et pour la première fois une douleur des plus vives; cependant le soir meme elle crut devoir recommencer; mais elle fut obligée de suspendre l’opération, tant fut violent le redoublement de la douleur qui avait à peine cessé ! celle-ci continua avec la meme intensité toute la nuit; en même temps l’écoulement avait disparu complètement, des douleurs de reins insupportables s’établirent, la fièvre se montra; enfin , c’est après avoir lutté près de trois jours, et ces symptômes devenant de plus en plus intenses, que la malade se décida à me redemander (12 juin). Je reconnus une métrite aiguë, et je lui opposai une large saignée du bras, les injections émollientes, les cataplasmes, les boissons délayantes, le repos et la diète. Dans l’après-midi, même état. Trente sangsues sur le basventre. Les piqûres coulent toute la nuit. Le i5, l’utérus dépasse les pubis, et paraît du volume d’une grosse bille ; nouvelle saignée du bras. Le sang était couenneux. Le soir et le lendemain matin 14, réapplication d’un même nombre de sangsues. L’utérus continue d’acquérir du développement. Le i5, vingt cinq sangsues ; le soir, la matrice est développée comme au troisième mois et demi de grossesse. Le pouls est faible, les extrémités peu chaudes. Frictions mercurielles, un gros toutes les deux heures. Le 17 , l’utérus a presque atteint l’ombilic. La rareté des urines , jointe à la saillie de l’hypogastre , pouvait indiquer une rétention d’urine. Je trouve par le cathéter la vessie presque vide et comprimée. Le 18, le développement si rapide de la matrice, le caractère des douleurs, qui sont comme expulsives et aussi violentes que pendant la der-

nière période du travail parturitif, me font soupçonner quil pourrait bien exister un épanchement avec accumulation de fluide dans la cavité utérine, bien cpie la palpation ne fasse découvrir aucun signe de fluctuation. J introduis facilement une sonde dans cette cavité, et rien n’en sort. Cette exploration fut à peine sentie. Ces douleurs, de plus en plus violentes , reviennent par accès , durent cinq à six secondes, se calment pendant à peu près le même temps pour revenir plus intenses, malgré les opiacés administrés par toutes les voies. Le pouls faiblit de plus en plus, la malade se plaint d étouffemens , de chaleurs insupportables, bien que tout le corps soit glacé, et elle succombe dans l’après-midi.

Les différons moyens dont il vient d’être parlé, ou d’autres analogues, n’ont pas la même action avantageuse, les mêmes résultats heureux chez tous les sujets ; souvent ils ne produisent qu’une amélioration passagère • on les voit aussi, après avoir échoué une première fois , produire plus tard des effets surprenans; la forme sous laquelle on les donne, ou les voies par lesquelles on les administre, influent aussi sur cette action. De là la nécessité de les varier, de les alterner, d’y revenir après une suspension plus ou moins prolongée, de changer de voie d’administration. Le médecin doit bien se garder de rester dans l’inaction* tout convaincu qu’il est de l’insuflisance de l’art, et dût-il employer des moyens inertes ou insignifîans , il faut qu’il prescrive. 11 ne peut plus rien contre le mal, il entretient du moins l’espérance; l’espérance qui,, anticipant sur un avenir meilleur, fait oublier ou supporter avec plus de courage et de résignation la douleur présente! Si on ne peut retarder une mort inévitable , on en cache du moins la faux redoutable, et on en rend les préludes moins affreux !

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