ARTICLE X
Après avoir exposé le plus brièvement que nous avons pu, les nombreuses affections qui sont propres à la moelle épinière, il nous reste, pour compléter cet exposé, à passer en revue les différentes maladies que les auteurs ont attribuées à quelques unes de ces altérations ; nous réservons pour plus Lard la description de la méningite rachidienne, en traitant des maladies des enveloiDj)es de l'axe cérébro-spinal,
Hoffmann a pensé que les membranes dont est entourée la moelle épinière, et dont la structure, la nature et les usages sont les mêmes que celles du cerveau, pouvaient être affectées comme point d'irritations spasmodiques ; et il part de cette hypothèse,
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pour soutenir que la cause fondamentale de l'état fébrile réside dans une affection générale de tout l'axe cérébro-spinal, et irradie de là sur toutes les fonctions de l'économie. Je sais bien, dit-il, que le point de départ est toujours une lésion de l'estomac ou duodénum; mais l'expérience prouve que c'est dans la moelle épinière que se passent les principaux phénomènes fébriles. Baillou avait déjà exprimé la même opinion. Olivier, d'Angers, a remarqué plusieurs fois une injection assez prononcée des vaisseaux qui recouvrent la pie-mère de la moelle, sur le cadavre d'individus morts de fièvre adynamique. Dans la fièvre jaune de Barcelone, on trouvait presque constamment un épanchement sanguin dans la région lombaire. Enfin M. Rouyer a renouvelé l'opinion de Hoffmann en l'appuyant de toutes les inductions de la physiologie moderne. En effet, l'influence évidente de la moelle épinière sur la circulation, la calorification,la transpiration cutanées, sur la sensibilité générale ou partielle, sur la motilité, fournit une foule d'arguments j^ropres à expliquer les accidents fébriles, les jolus légers comme les plus intenses, et les autres phénomènes qui troublent toutes les fonctions.
C'est surtout pour les maladies qui sont caractérisées par un désordre évident de la motilité, qu'on a dû attribuer leur cause à une lésion plus ou moins profonde de la moelle épinière. Ainsi non-seulement répilepsie, mais encore les mouvements convulsifs locaux et bornés souvent à quelques muscles, ainsi que certains mouvemements spasmodiques et automatiques, ont été renvoyés à une lésion de la moelle
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OU de ses enveloiipes, et nous avons pu voir par les observations que nous avons rapportées, que cette opinion était souvent d'accord avec les faits cliniques. Les faits isolés ne manquent pas; mais quand on veut les généraliser trop vite, c'est là que commencent l'incertitude et les contradictions.
La chorée a certainement, dans plusieurs cas, été produite par un travail d'irritation dans les cordons de la moelle épinière, et le raisonnement est ici d'accord avec l'observation ; cependant, dans bien des occasions, on n'a pu constater aucune altération sensible des enveloppes ou du tissu rachidien ; et ceci s'explique encore, puisque les faisceaux moteurs vont s'épanouissant dans toute l'encéphale, et peuvent y être malades.
Nous verrons, en décrivant la méningite rachidienne, qu'elle produit des spasmes tétaniques et une raideur du tronc propres à caractériser le tétanos, et que souvent aussi, de cette dernière aflection, on n'a rencontré aucune altération dans le prolongement rachidien. L'hydrophobie, en raison de l'obscurité de son siège, a su lixer aussi l'attention des médecins qui ont étudie les maladies de la moelle épinière, et il ne faut pas s'étonner que quelques auteurs aient cru trouver sa cause dans une inflammation de toute la région cervicale du cordon rachidien.
N'est-il pas rationnel aussi d'attribuer h une modification particulière de la moelle épinière beaucoup de névroses, telles que l'angine de poitrine, l'asthme convulsif, les palpitations, la cardialgic , les pollutions diurnes graves, le priapisme? Il suf-
fit de songer en effet combien sont étroites les liaisons de toutes les fonctions dites organiques avec le centre rachidien pour comprendre cette influence morbide. On sait qu'il n'est pas rare de voir des paraplégies dans la dyssenterie, et ne faut-il pas admettre que c'est aux communications de la moelle épinière avec l'appareil ganglionnaire, dont les filets se distribuent à tous les viscères thorachiqiies et abdominaux, que l'on doit attribuer le sentiment de brisure générale, d'affaiblissement, de picotements que l'on remarque dans les membres ?
Ces considérations nous conduisent à dire quelques mots sur la paralysie saturnine ou la colique de plomb. On sait que cette maladie est quelquefois accompagnée de douleurs vives dans le dos, avec affaiblissement de la motilité, mais avec persistance de la sensibilité. L'anéantissement du mouvement est précédé de douleurs générales dans les membres et dans les parois thoracliiques, de gêne dans la respiration. C'est surtout alors que l'on peut supposer que la moelle épinière est directement affectée. La paralysie ne frappe souvent que l'avantbras et le nerf cubital particulièrement , ou les mains ; en un mot la paralysie est très-circonscrite. Olivier pense que ce sont les nerfs seulement qui sont alors partiellement affectés, quoique de ce point l'irritation puisse s'étendre rapidement au cordon rachidien.
On sait qu'une famille entière de végétaux , les strychnos amers, ont la propriété d'exciter fortement la moelle épinière sans paraître intéresser directement les fonctions du cerveau. Les animaux
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soumis à l'influence de ce poison périssent avec tous les symptômes du tétanos, et cependant M. Magendie et M. Orfila n'ont jamais observé d'altération appréciable dans la moelle épinière ou dans ses enveloppes. On peut admettre que la rapidité de la mort a empêché la désorganisation de s'établir et que le temps a manqué à son développement. Quelle que soit la valeur de cette explication, il n'en est pas moins constant que la strychnine agit fortement sur la moelle épinière, et que c'est une indication thérapeutique à saisir lorsqu'on veut rétablir son action : aussi ce médicament est-il indiqué dans les débilités de la moelle épinière qui sont le produit de la masturbation, des excès vénériens, de l'abus répété des spiritueux, de l'action de certains métaux. Dans ces cas, la strychnine, administrée à des doses convenables, a produit une amélioration notable, et même la guérison dans certaines affections paralytiques de la nature de celles que nous venons d'indiquer.
Nous aurions voulu pouvoir ajouter quelques expériences relatives au traitement de la moelle épinière par l'appareil de bains dits hydrofcres. Ce mode d'action dans les maladies chroniques peut offrir des avantages incontestables ; mais nous manquons encore de faits assez précis pour émettre une opinion médicale digne de l'importance de ce nouvel agent thérapeutique.