‹ Maladies de la moelle épinièreChapitre 25 sur 33 · TISSUS ÉTRANGERS DANS LA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

TISSUS ÉTRANGERS DANS LA MOELLE ÉPINIÈRE

Parmi les tissus morbides, il faut distinguer les vers vésiculaires que Laënnec a désignés sous le nom d'acéplialocystes, et qui se développent dans le canal osseux des vertèbres, de la dure-mère rachidienne, ou bien dans la cavité des membranes de la moelle épinière. Dans le premier cas, les acéphalocystes paraissent avoir pénétré par les trous de conjugaison des vertèbres, qui sont alors élargis, et communique avec un kyste plus ou moins ample adhérent à l'extérieur du rachis. Chaussier en a rapporté deux exemples, dont voici le résumé.

Une femme âgée de vingt-deux ans, qui était au commencement du neuvième mois de sa grossesse, se sentait depuis quelques semaines attaquée d'insensibilité et de paralysie des membres inférieurs, attribuée àla compression des nerfs sacro-lombaires. Elle avait éprouvé antérieurement une douleur sourde à la partie supérieure du dos, avec oppression, et engourdissement dans le bras droit, et enfin avec tous les phénomènes légers de convulsions et de paralysie dans tout le côté droit du corps. Cet ensemble de symptômes indiquait assez qu'il existait un point de compression sur le prolongement rachidien. Cependant les symptômes restèrent stationnaires; l'accouchement s'opéra tout d'un coup, et presque sans que la femme s'en aperçût : il survint des soubresauts passagers dans les membres inférieurs, surtout du côté droit ; le quatrième jour,

les lochies se suppriment; il y a délire, déjections involontaires, formation d'ulcères gangreneux; les jours suivants les symptômes s'aggravent, la dyspnée augmente, et la malade succombe dix jours après l'accouchement. A l'ouverture du corps, on trouva que le poumon droit était fortement adhérent à la partie postérieure du thorax, et faisait en cet endroit partie d'un kyste ovoïde, situé sur le côté droit des vertèbres du dos, et qui du bord inférieur de la deuxième côte, s'étendait à la quatrième. Ce kyste contenait un grand nombre de vers vésicuculaires, et communiquait parle fond avec le corps des troisième et quatrième vertèbres dorsales ; entre ces deux vertèbres il y avait une excavation qui gagnait l'apophyse épineuse et s'étendait dans l'épaisseur des muscles dorsaux. Une douzaine de vers vésiculaires avait pénétré dans l'intérieur du canal rachidien par le trou latéral droit de la quatrième vertèbre. Ces acéphalocystes étaient attachés à la face externe de la méninge, au niveau de la première vertèbre du dos, et l'embrassaient comme un anneau.

On voit dans cet exemple la marche des diverses lésions de la sensibilité et du mouvement suivre le développement des acéphalocystes, qui, partis de l'intérieur du poumon, ont successivement envahi les parties environnantes, pénétré dans le rachis et exercé d'abord sur un de ses côtés une compression qui a fini par devenir presque générale. L'autre fait rapporté par Chaussier se réduit à une simple noie. Il est question d'une femme de vingt-six ans, qui ressentit, sans cause connue, dans la région

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lombaire gauche, une douleur sourde, qui devint bientôt lancinante ; sej^t mois après, fourmillements, crampes et engourdissements dans les membres abdominaux ; la parajjlégie devint complète ; paralysie de la vessie et de l'intestin; dyspnée, fièvre lente, escarres gangreneuses, et mort neuf mois après l'apparition des premiers symptômes.

Autopsie.

Au-dessous du rein gauche, on remarqua une tumeur saillante, élastique, adhérente au corps de la première et de la seconde vertèbre lombaire ; cette tumeur était remplie d'hydatides de grosseur variable ; les trous intervertébraux lombaires formaient un canal qui avait donné passage aux hydatides ; elles avaient pénétré entre le tube osseux et la dure-mère. On trouva qu'elles entouraient la méninge de tous côtés, et qu'elles comprimaient le faisceau des nerfs sacro-lombaires. De là la paraplégie et les autres phénomènes observés pendant la vie.

Ces observations sont remarquables par les analogies nombreuses qu'elles présentent ; ainsi, une douleur sourde, continue, dans la région où se développe le kyste hydatique, douleur qui peut devenir aiguë , lancinante ; puis , engourdissement et frémissements douloureux, contraction spasmodique des membres inférieurs ; enfin paralysie. Tels sont les phénomènes qui semblent suivre le développement du kyste, l'introduction des acéphalocystes à travers les trous de conjugaison, et leur présence

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dans le canal osseux du rachis, en dehors de la dure-mère.

On possède encore trop peu dénotions sur lesacéphalocystes de la cavité rachidienne pour pouvoir indiquer les causes les plus fréquentes de leur formation. Cependant, on les trouve surtout chez les femmes lymphatiques; elles se forment principalement dans les tissus séro- cellulaires, et, comme les tuhercules , elles semblent tenir à une diathèse générale, mais encore inconnue.

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