‹ Maladies de la moelle épinièreChapitre 3 sur 33 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Aujourd'hui, en indiquant d'une manière fort sommaire les sources nombreuses où nous avons dû puiser, n'est-ce pas faire apprécier le nombre et la diversité des matériaux épars de tous côtés que nous avons dû réunir et mettre en ordre afin de les présenter sous un jour qui permît d'en saisir l'ensemble.

C'est le seul mérite que nous ambitionnons, puisqu'il peut être de quelque utilité aux étudiants et aux médecins qui voudront avoir sous la main un résumé complet et facile à consulter sur un sujet immense qui se trouvait disséminé dans une foule de travaux disparates. Nous ajouterons que ce travail n'a d'autre but que d'être un exposé complet des maladies de la moelle épinière, et que si nous n'avons pas mis en relief les travaux récents de nos auteurs plus modernes, c'est que la diversité de leurs opinions et les fausses interprétations qu'ils ont émises, nous ont forcé d'avoir recours à des sources dont la maturité nous garantissait de sages et puissantes réflexions.

Proies indigna parentum

Mémento

(Virgile.)

Certes , il serait aussi satisfaisant pour l'esprit qu'avantageux pour une classification méthodique, de classer les maladies de la moelle épinière suivant les deux grands ordres de fonctions auxquelles elle préside, c'est-à-dire de pouvoir ne distinguer dans ses affections que deux groupes principaux, les maladies de la mobilité et les maladies de la sensibilité. Ce vœu, exprimé par l'honorable M.Longet, ne paraît pas réalisable encore de longtemps, parce que dans la moelle épinière, cordon si ténu et si mince, il est rare qu'une altération soit circonscrite comme une lésion expérimentale, et qu'ensuite cette distinction même n'affirme aucune indication nouvelle aux moyens thérapeutiques. Si.

eu cherchant à débrouiller le chaos des affections cérébrales . nous avons considéré les maladies de l'encéphale, suivant ses fonctions diverses, et les avons exposées dans un ordre plus régulier, nous le pensons du moins, en les classant suivant qu'elles intéressent l'intelligence, les penchants, la mobilité et la sensibilité, nous n'en avons pas moins été obligés continuellement de revenir à l'étude des altérations elles-mêmes, et à puiser dans leur connaissance plus approfondie des inductions de détails d'abord, et d'ensemble ensuite, sur le siège, la nature , la marche et le traitement de ces maladies diverses, inductions qui peuvent être seules réellement utiles au praticien comme au physiologiste.

Nous appliquerons les mêmes principes aux maladies de la moelle épinière ; c'est moins dans la lésion fonctionnelle que dans la lésion anatomique qu'il faut chercher des données positives, et sous ce rapport, nous déclarons que nous allons suivre entièrement le plan et la classification qu'Olivier, d'Angers, a cru devoir adopter dans son traité classique sur cetle matière, en y ajoutant toutefois les recherches plus récentes qui ont ]ju être faites par d'autres observateurs, notamment parMM.Cruveilhier et Yclpeau.

Nous allons donc traiter successivement . 1° des vices de conformation et des altérations de hi moelle chez le fœlus et les nouveau-nés; 2° de ses plaies, contusions ou compressions brusques ; 3" de sa compression lente; 4" de ses congestions sanguines; 5° de sa congestion veineuse et intra-myélienne; 6° de l'apoplexie de la moelle ; 7" de ses iluides ga-

zeux ; 8" de l'irrita tion spinale; 9° de l'inflammation de la moelle ; 10° de son atrophie et de son hypertrophie, et 11° des productions accidentelles et morbides développées dans son tissu ou dans ses mem^ branes.

Nous aurons soin de nous aider de toutes les observations chimiques qui pourront éclairer chacune de ces altérations ; et, avant d'entrer en matière, nous croyons devoir exposer quelques considérations préliminaires , dans un sujet aussi vaste et aussi important.

S'il est vrai que là fréquence des maladies soit en raison de l'activité fonctionnelle de l'organe, on doit penser, au premier aspect, que les maladies de la moelle sont plus communes chez les animaux que chez l'homme, et que les affections du cerveau sont au contraire, par la même raison, plus fréquentes chez l'homme que chez les animaux ; c'est un résultat que l'observation vient, en effet, confirmer chaque jour. Mais il ne faut pas oublier que chez l'homme les commotions physiques ou morales du cerveau vont retentir dans tout l'axe nerveux, et qu'alors la moelle épinière est soumise à une solidarité d'influence qui peut expliquer la fréquence et la gravité de ses lésions, même chez les personnes les plus paisibles, aussi bien que chez les hommes dont l'intelligence est dans un état continuel d'excitation. En effet, toutes les impressions, de quelque genre qu'elles puissent être, sont d'abord perçues par les hémisphères cérébraux, où elles se répètent et se succèdent continuellement ; et quoique la moelle épinière les reçoive ensuite d'une

manière plus imiforme et toute secondaire, il n'en est pas moins vrai qu'elles influencent fortement cet organe, parce qu'en définitive le cerveau et la moelle ne forment réellement qu'un seul centre nerveux, dont les éléments sont identiques. Il est vrai que chez le cheval, par exemple, dont l'appareil locomoteur est continuellement en action, on a observé de fréquents ramollissements de la moelle épinière, et spécialement dans le renflement lombaire qui correspond au train de derrière, où se trouve un centre continuel d'activité ; et que l'on trouve aussi fréquemment des épanchements de sang dans le canal rachidien chez d'autres animaux soumis à une fatigue continuelle ou violente. Ici la cause est trop appréciable et les faits sont trop évidents, pour qu'on puisse les méconnaître ; mais ils n'infirment en rien ce que nous venons de dire sur l'influence que les afl'ections cérébrales exercent chez l'homme sur le développement des lésions de la moelle.

L'étude des maladies des nouveau-nés vient encore à l'aide de cette vérité : chez eux, la moelle est déjà dans un état d'organisation parfaite, tandis que le cerveau n'est organisé que partiellement, et ne présente même qu'une ébauche informe de ce qu'il sera par la suite : la moelle épinière remplit alors à elle seule toutes les autres fonctions de l'innervation ; il en résulte qu'à cette époque de la vie, les maladies de la moelle épinière sont accompagnées de symptômes plus graves que celles du cerveau proprement dit. Il est rare, en efl'et, qu'une altération un peu profonde se prononce dans la

moelle sans déranger complètement toute l'économie, tandis que le cerveau peut être profondément altéré sans que la vie végétative en subisse de trèsgraves atteintes. On peut juger déjà, d'après ces premiers aperçus, que les maladies de la moelle épinière doivent être plus fréquentes qu'on ne le pense, puisqu'elles sont primitives ou secondaires, c'eât-à-dire qu'elles reconnaissent une double cause presque directe. Ses connexions multipliées avec les viscères présidant aux fonctions organiques deviennent, d'une part, la source d'une infinité d'impressions qui peuvent ébranler fortement la moelle épinière ; et, d'autre part , il est arrivé souvent que des phénomènes provenant d'une altération directe de la moelle elle-même, ont été pris pour des affections primitives d'autres organes ; c'est sur ces apparences trompeuses qu'on a été conduit à supposer le siège du mal dans les organes dont les fonctions étaient troublées, tandis que ces symptômes n'étaient que l'expression d'une lésion du cordon rachidien, dont les nombreuses ramifications nerveuses se rendent à ces organes.

De là une des causes principales de l'obscurité du diagnostic dans les maladies de la moelle, et la croyance que ses maladies sont assez rares ; une observation plus attentive fait reconnaître au contraire qu'elles sont tout aussi fréquentes et se comportent de la même manière que celles du cerveau : seulement il est constant que les diverses altérations de la moelle épinière affectent bien plus souvent sa partie supérieure que sa partie inférieure, comme si l'extrémité lombaire participait moins aux influences

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comme aux allérations de l'encéphale ; ensuite la différence des fonctions dont est chargée la moelle, dans ses régions crânienne, cervicale, dorsale et lombaire, peut encore expliquer la fréquence relative des altérations, suivant ces diverses régions.

Quoique les principaux symptômes qui accompagnent les lésions de la moelle épinière aient été signaléspar les médecins de l'antiquité, ce n'est qu'à une époque trés-rai^prochée de nous qu'on a sérieusement songé à rattacher à une altération de ce centre nerveux quelques-uns des désordres fonctionnels, qu'une connaissance plus superficielle attribuait vaguement au trouble général de l'économie. Bâillon et Hoffmann ont les premiers placé dans cette portion de l'axe cérébro-spinal le jjoint de départ des principaux phénomènes qui accompagnent la fièvre; et quand on songe sérieusement aux sentiments de frisson fit de froidure dorsale, aux modifications de la chaleur, au malaise général qui précèdent et qui marquent le début d'un accès fébrile, on peut admettre aisément que la moelle épinière est modifiée, sinon primitivement , du moins d'une façon trèsforte, quoique secondaire, par les altérations des viscères, qui vont réagir sur elle, au moyen des nerfs et des ganglions sympathiques.

L'histoire des maladies de la moelle épinière, pour être complète, doit embrasser l'ensemble de ses altérations congénitales, accidentelles et spontanées. Parmi les premières, il en est qui ne sont pas compatibles avec l'existence extra-utérine, et qu'on ne peut rencontre!- f(ue dans l'embryon ou dans le fœtus; d'autres n'exerçant pas une influence aussi

immédiate sur la vie, n'occasionnent la mort qu'à une époque plus ou moins éloignée de la naissance, comme nous en verrons un exemple dans l'histoire de l'hydrorachis avec spina-billda.

La description de cette dernière maladie, établissant la transition naturelle des altérations de la moelle épinière chez le fœtus aux autres lésions du même cordon chez l'enfant et chez l'adulte, sera suivie de quelques considérations sur les affections des centres nerveux chez les nouveau-nés ; ces considérations serviront à rendre jjlus complet le tableau des maladies de la moelle épinière dans les différents âges, et pourront aussi fournir quelques lumières à la physiologie pathologique de cet important organe. D'après le plan que nous venons de tracer, nous allons donc commencer par l'exposition des altérations de la moelle épinière chez l'embryon et le fœtus, en suivant la classification que Béclard et Olivier, d'Angers, ont adoptée pour ces anomalies morbides.

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