REMÈDES
Des expériences soigneuses ont montré qu'en traitant au pulvérisateur les plantes des pommes de terre cinq ou six fois à des intervalles d'environ deux semaines, — commençant de bonne heure en juillet, pour la rouille hâtive, et au moment où les taches foncées apparaissent pour la pourriture de la pomme de terre — avec un mélange de sulfate de cuivre et de chaux dans de l'eau, qui est conn sous le nom de '< bouillie bordelaise," on peut contrôler dans une grande mesure ces deux maladies dévastatrices.
MouilUe bordelaise.
Sulfate de cuivre o livres.
Chaux fraîche 4 livres.
Eau 45 gallons.
Pour préparer la bouillie bordelaise, on prend 6 livres de sulfate de cuivre (vitriol bleu) en poudre et ou les renferme dans un sac de toile mince— un sac à sel fera l'affaire — on suspend ce sac à un bâton mis en travers d'un baril à demi rempli d'eau nette, de façon à ce que le sac soit juste au-dessous de la surface de l'eau, et le sulfate
de cuivre se dissoudra dans une heure ou deux. Dans un autre vaisseau, on fait éteindre 4 livres de chaux dans une quantité d'eau suffisante pour former une bouillie claire. On passe cette bouillie à travers un tamis fin ou une toile à sac afin d'enlever tous les grumeaux. Lorsque le sulfate de cuivre est tout dissous, on verse lentement la bouillie dans le baril, en ayant soin de brasser le mélange tout le temps. Ensuite on remplit le baril d'eau jusqu'au bord, et la bouillie est prête à servir.
Pour appliquer cette bouillie sur les feuilles, le moyen le meilleur et le plus éconoiçique est incontestablement une pompe à pulvérisateur convenable, mais si l'on n'en a pas, on peut obtenir de bous résultats qui feroat plus que compenser la peine prise, en appliquant la bouillie à l'aide d'arrosoirs " ^tommes à trous fins. Il y a plusieurs espèces de pompes à pulvérisateur dans le commerce ; la plus commode peut-être pour ce travail est une pompe foulante fixée sur un tonneau monté sur des roues, qu'un cheval mène à travers le champ. Des machines plus petites, appelées hottes, pulvérisateurs, consistent en réservoirs contenant une petite pompe foulante, et qu'un homme peut porter sur le dos. Le prix de ces deux espèces de pompe varie de $10 à $20, et sont en vente che? la plupart des grainetiers. Il sera nécessaire de faire deux ou trois applications afin de protéger parfaitement la récolte. Il i^'y a aucun danger que la bouillie ci-dessus brûle les feuilles.
Un grand avantage de ce mélange est que l'on peut appliquer en même temps le vert de Paris, qui est le seul remède pratique contre le barbeau de la pomme de terre (mouche à patate). Pour cela, on délaye d'un quart de livre à une demi-livre de vert de Paris dans un peu d'eau, de manière à eu faire une pâte épaisse, que l'on ajoute ensuite aux 45 gallons de bouillie bordelaise ; en d'autres mots, on en met la même quantité que dans l'eau claire.
Pendant l'application il faut agiter constamment le mélange, car la chaux de la bouillie bordelaise et le vert de Paris se précipitent rapidement au fond de tout mélange qu'on laisse en repos.
Temps pour V appliquer. — La bouillie bordelaise est un préventif, et le meilleur temps pour l'appliquer est juste avant l'époque où les maladies que l'on vient de décrire font généralement leur apparition dans la localité, l'objet étant de garder les plantes, pendant tout le temps qu'elles sont exposées à être attaquées, recouvertes de la préparation fongicide.
La rouille hâtive dans cette partie du Canada apparaît <rén(^vale. ment a la fin de juin ou de bonne heure en juillet. La rouille tardive ou pourriture de la pomme de terre apparaît rarement avant août. En conséquence l'arrosage avec le pulvérisateur devrait commencer en juillet, et être répété toutes les doux semaines au moins jusqu'à la fin d'août.
J. pletcher/
botaniste.
Wm. Saundebs,
Directeur, Ottawa, 1er juillet 1894.