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CHAPITRE IX

La science possède peu d’observations sur les kystes de la prostate; les auteurs modernes, ceux mêmes dont nous avons si souvent invoqué la vaste expérience, gardent le silence sur ces tumeurs.

Néanmoins, nous avons déjà quelques observations intéressantes sur ce point de pathologie de la prostate.

Morgagni (1) a vu dans la partie antérieure de la glande prostate une cavité entièrement renfermée dans sa substance, ayant la forme et la grosseur d’un grain de raisin médiocre, et dont les parois, teintes de la même couleur que le reste de la glande, semblaient tapissées par une petite membrane qui était comme le follicule d’une tumeur; mais ses parois ne contenaient rien.

Obs. 38 (2). — Kyste hydatique de la prostate.

Un homme de soixante-quatre ans, mal nourri, mal vêtu et continuellement exposé à toutes les intempéries de l’air, était sujet à de la difficulté d’uriner depuis trois ou quatre ans. Suivant lui, depuis cette époque, il n’avait jamais réussi à vider complètement la vessie; enfin, dans les derniers temps, la rétention d’urine était devenue presque complète. A son entrée à l’hôpital du comté de Sussex, cet homme était en proie à une rétention ; on avait essayé à plusieurs reprises, avant ce temps, de le sonder, mais sans succès. La première tentative que fit l’auteur ne fut pas plus heureuse ; l’instrument arrivait avec facilité jusqu’à la région prostatique, mais là il s’engageait dans de nombreuses fausses routes ; tantôt on sentait la pointe au-dessus du pubis, en avant de la vessie; tantôt elle se perdait dans une situation plus profonde. En examinant par le rectum, on découvrit une tumeur volumineuse, offrant une élasticité obscure, et située dans le point qu’occupe la prostate ; elle remplissait presque entièrement le bassin. L’état de faiblesse de cet homme ne laissait pas de temps à perdre; on le mit dans un bain chaud, qui permit la sortie d’une certaine quantité d'urine; cependant, la vessie était encore distendue; quelques heures après, on fit de nouvelles tentatives de cathétérisme, et on réussit à passer une petite sonde n° 4, ce qui donna issue à trois pintes d une urine fortement alcaline. La tumeur du rectum ne diminua pas du tout. En palpant avec soin l’abdomen, on découvrit deux petites tumeurs dans la direction de l’arc du côlon ; on supposa d’abord que c’étaient des scy baies, mais les lavements ne purent parvenir à les faire disparaître. Ce malade succomba quelques jours après, dans un épuisement graduel.

Autopsie. — Le péritoine, dans le voisinage de la vessie, était noir et ramolli ; le tissu cellulaire, au niveau du col de cet organe, était mou et épaissi, ainsi que celui qui tapisse les muscles psoas et iliaques; ces derniers muscles étaient décolorés et animés ; la vessie était fortement épaisse, et au niveau de la prostate il y avait une tumeur plus grosse que la tête d’un fœtus à terme, qui n’était autre qu’un kyste hydatique. Ce kyste était tellement rempli d’hydatides comprimées les unes contre les autres, que la coupe en paraissait uniforme. La substance de la prostate était perdue au sein de ce kyste. L’urèthre était sain dans tout son trajet, et tellement comprimé dans sa portion prostatique, que le cathéter l’avait labouré dans tous les sens. Les deux tumeurs qu’on avait senties pendant la vie, près de

(1) Du siège et des causes du mal, t. VII, 44e lettre, p. 153.

(2) Arch. génér. de méd., 4esér., t. XVII, p. 103,

l’arc du côlon, étaient comprises dans l’épaisseur de l’épiploon, et toutes deux renfermaient des hydatides dans un kyste épais et résistant. (Lowel.)

Obs, 39. — Un laboureur, âgé de cinquante-huit ans, atteint depuis quelque temps de difficulté d'uriner, entra à l’hôpital de Londres, le 7 septembre 1 8 40, avec une rétention complète d’urine qui datait de la nuit précédente. En examinant par le rectum, on reconnut une hypertrophie de la prostate ; on introduisit un cathéter volumineux dans la vessie. Cependant le malade continue à se plaindre d’une douleur vive au périnée, que les sangsues et les bains ne soulagèrent pas. Bientôt l’abdomen se ballonna et devint sensible à la pression, et les forces commencèrent à diminuer. Le 2,2 septembre, le malade rendait son urine involontairement ; en examinant de nouveau par le rectum, on sentit du côté de la vessie une tumeur, qui donnait au doigt une sensation peu distincte de fluctuation ; supposant que la vessie était remplie de sang coagulé , on y introduisit un large cathéter , par lequel on injecta 6 onces d’eau tiède , dont une partie seulement s’écoula après la sortie du cathéter. La douleur et l’affaiblissement allèrent toujours en augmentant jusqu’au 28 septembre, que ce malheureux succomba. A Yautopsie , on découvrit une petite hernie de la ligne blanche, qui n’était nullement étranglée ; le péritoine était fortement enflammé, surtout dans la région hypogastrique ; la vessie vide est contractée et refoulée jusqu’au-dessus du pubis. Entre la vessie et le rectum, il y avait un kyste hydatique d’un volume d’un œuf d’autruche , et qui remplissait presque entièrement le bassin. Le rectum était fortement rétréci dans une étendue de 2 pouces; ses parois, fortement épaissies, renfermaient dans leur épaisseur un kyste hydatique du volume d’une grosse noix, qui n’avait aucun rapport avec le kyste prostatique. La surface interne de la vessie était fortement rugueuse, et sa membrane muqueuse d’un rouge foncé. L’urèthre était refoulé en haut, et déchiré à 1 pouce de son extrémité vésicale ; là se trouvait un long sinus, qui s’étendait en partie dans l’épaisseur de la vessie, en partie entre la vessie et le gros kyste hydatique, pour s’ouvrir dans le péritoine. Le tissu cellulaire du bassin était infiltré de pus ; les ganglions lombaires et iliaques dans un état de suppuration commençante. Il y avait un troisième kyste hydatique dans le lobe droit du foie ; ce kyste, qui refoulait en haut le diaphragme, et se trouvait en rapport en bas avec le rein droit et le pancréas, contenait 3 pintes d’un liquide jaune foncé et deux grosses hydatiques, dont une du volume d’une orange; un quatrième kyste hydatique, d’un petit volume, adhérait au pancréas et au duodénum. (Curling.)

Obs 40. — Mon excellent collègue et amiM. Dolbeau a vu, dans une dissection, deux kystes sur la prostate d’un sujet qui avait environ 60 ans. Ces kystes du volume d’un pois étaient situés symétriquement de chaque côté du verumontanum, immédiatement au-dessous de la crête uréthrale. Ils contenaient un liquide blanchâtre dont l’analyse n’a pas été faite. Us paraissent s’être formés aux dépens et dans l’intérieur des prostatiques. M. Dolbeau a remarqué que leur présence était accompagnée d’une hypertrophie assez notable de la glande prostatique.

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