‹ Maladies de la prostateChapitre 15 sur 25 · DU CANCER DE LA PROSTATE · texte numérisé non relu

DU CANCER DE LA PROSTATE

Les auteurs parlent assez fréquemment de la dégénérescence cancéreuse de la prostate, mais en termes généraux. Ils ne s’attachent pas assez à décrire, à tracer méthodiquement les caractères de la lésion qu’ils désignant sous ce nom. Quand je pense combien il est difficile, même anatomiquement, de bien classer une tumeur que l'on a sous les yeux, il me vient des doutes sérieux sur la nature de ces prétendus cancers mentionnés si souvent dans Baillie, Desault, Chopart et autres. On ne doit accepter qu’avec les plus grandes réserves ces paroles de Boyer (1), quand il dit : “ L’engorgement squirrheux de la prostate est une maladie très commune chez les vieillards. «* En effet, dès qu’une tumeur a une consistance assez grande pour crier sous le scalpel, ces auteurs, se décident en faveur du cancer. Nous sommes donc obligé, pour rester dans la vérité, de rejeter toutes les observations anciennes, et nous n’admettons comme cancers que les tumeurs dont les caractères sont bien déterminés. Dès lors, le champ de

(1) Bullet. de la Soc. anat., t. XIV, p. 171.

nos recherches se trouve plus restreint; nous n’avons plus qu’à consulter nos contemporains. .

M. Cruveilhier avoue n’avoir jamais rencontré un vrai cancer de la prostate. Rokitansky pense que les cancers de la prostate sont très rares, et dans la plupart des cas, ils sont des cancers consécutifs secondaires; il n’admet que la forme encéphaîoïde. Lafosse a trouvé le cancer colloïde sur la prostate d’un bœuf.

M. Mercier n’admettait que difficilement le cancer de la prostate ; voici comment il s’exprimait dans un rapport (1) : « Pour moi, je n’ai, jamais vu de cancer primitivement développé dans la glande prostate; j’ai même remarqué que, dans la plupart des cancers de la vessie que j’ai vus ou dont j’ai lu la description, la prostate ne participait pas à la dégénération. Presque tous occupaient la paroi postérieure de la vessie aux environs des embouchures des uretères. •• Cependant, tout en exprimant ces doutes, M. Mercier annonce que M. le Dr Contour, interne des hôpitaux lui en a communiqué un exemple non douteux. Mais aujourd’hui la science s’est enrichie d’observations précieuses; nous pouvons même admettre plusieurs espèces de cancers : l’encéphaloïde, le squirrheux, le colloïde, le mélanique et le fibro-plastique. Pour ôter tous les doutes à cet égard, nous allons rapporter les observations.

Obs. 30 (1). — Tumeur de la prostate. — Rétention d’urine. — Néphrite purulente — Mort.

Le nommé Jonat (Auguste), âgé de huit ans et demi, entre le \\ janvier 1853 dans le service de chirurgie de l hôpital des Enfants pour une rétention d'urine.

Antécédents.— Le père et la mère de l'enfant sont bien portants, s’il faut en croire celle-ci. L’enfant a été nourri par sa mère jusqu’à 1 âge de six mois, puis il a été élevé à la campagne ; il a été vacciné, n’a jamais eu de fièvre éruptive ni de maladie grave.

Il y a six mois, en juillet I 852, l'enfant a été pris pendant une nuit de rétention d’urine ; il a été saigné immédiatement par un médecin de Belleville qui a prescrit des bains et des cataplasmes sur le ventre. L’enfant n’urinait que goutte à goutte, et se plaignait de picotements au bout de la verge. Lorsqu’il urinait, il éprouvait souvent un besoin pressant d’aller à la selle et ne pouvait retenir les matières. Au bout de quelques jours, il a reçu les soins de M. Ségalas, qui l’a sondé à différences reprises. Le cathétérisme paraît avoir été difficile dès lors, car il donnait souvent lieu à l'écoulement de quelques gouttes de sang, et M. Ségalas a établi une sonde à demeure pendant six semaines. Les urines étaient troubles, glaireuses ;

(1) Bull, de la Soc. anal., 1855, p. 103,

mais bien que M. Ségalas eût recommandé aux parents de bien les examiner, on n’v a jamais vu de calculs ni de graviers. M. Ségalas aurait, dit la mère, considéré la maladie comme le commencement d’une affection calculeuse, bien qu’il n’ait jamais pu reconnaître la présence d’un calcul. Au bout de six semaines, l’enfant paraissait guéri ; il marchait bien, il urinait facilement, bien que les urines fussent souvent glaireuses. Il est resté dans cet état pendant trois à quatre mois.

Le malade a été repris, vers le 15 décembre 1 852, de dysentérie avec catarrhe vésical. M Ségalas lui a remis une sonde à demeure; quinze jours après, il allait déjà un peu mieux, lorsqu’à la suite de grandes fatigues éprouvées au jour de l’an, il est retombé plus malade qu’auparavant.

Le M janvier 1853, il a été porté à l’hôpital Saint-Louis, à la consultation de M. Malgaigne, qui l’a sondé à plusieurs reprises et n’a pas trouvé de calcul, mais s’est étonné de voir la vessie remontée si haut dans la cavité abdominale.

L’enfant est reçu à l’hôpital des Enfants dans la journée du 1 1 janvier. État actuel. — Le 12 janvier, le malade se plaint de prurit au bout de la verge ; il a bien dormi la nuit précédente, mais il n’a pas uriné. La face èst pâle, la langue humide ; depuis quinze jours il a perdu l'appétit ; l’épigastre n’est pas douloureux. A l’hypogastre, on voit et l’on palpe une tumeur volumineuse, arrondie, remontant à 1 ou 2 centimètres au-dessus de l’ombilic, et d'une matité complète à la percussion. Les organes génitaux sont assez développés, le gland se découvre bien.

L’enfant essaye en vain d’uriner en se mettant à genoux. M. Guersant procède au cathétérisme ; une sonde d’argent de petite dimension est introduite sans effort, mais elle ne pénètre pas jusque dans la vessie ; elle semble s’engager dans une fausse route, et donne lieu à l’écoulement de quelques gouttes de sang. Une sonde élastique, introduite sans mandrin, pénètre facilement, mais doit être enfoncée tout entière (d’une longueur de 25 centimètres environ) pour arriver jusque dans la cavité de la vessie. L’urine s’écoule d’abord, mais le jet s’arrête presque immédiatement ; la vessie ne se vide que lorsque l’on presse sur l’abdomen. La pression est douloureuse, et l’urine qui s’écoule à la fin est trouble.

On essaye de nouveau d’introduire la sonde d’argent, mais elle donne lieu à un écoulement de sang, et l’on ne pousse pas plus loin l’examen.

L’enfant ne se plaint du reste d’aucune autre région ; il ne tousse pas, et l’examen de la poitrine montre que la respiration se fait bien. Le pouls est à 1 1 2 .

Chiendent, graine de lin, bain, cataplasme sur le ventre, bouillons.

Le soir, rétention d’urine; on pénètre facilement avec la sonde élastique sans mandrin. La vessie ne se vide pas ; il faut presser sur le ventre, et cette pression est très douloureuse, surtout lorsque la vessie est vide.

Le 13, nouveau cathétérisme. L'enfant sera sondé quatre fois par jour avec la sonde élastique.

L’urine de la veille a déposé beaucoup de matières muqueuses. La vessie est très sensible ; lorsqu’elle a été vidée, elle forme encore une tumeur dure, remontant très haut dans l'abdomen, presque jusqu’à l’ombilic. La tension des muscles abdominaux empêche de palper convenablement la tumeur. L’enfant souffre beaucoup d’un prurit au bout delà verge, qui devient très pénible, surtout après chaque cathétérisme.

Même régime.

Le 1 4. Le malade a vomi son bouillon la veille , la vessie est très douloureuse.

Frictions sur l’hypogastre avec l’onguent napolitain, lavement d’eau froide.

Le 1 5 et le 1 6 . Même état, si ce n’est que le malade n’a plus vomi ; il a un peu d’appétit, mais il est très faible.

Le 17. La vessie est toujours dure, très remontée dans l’abdomen, et l’urine chargée de matières muco-purulentes. La sonde élastique pénètre facilement, mais la vessie ne se vide pas. Le malade n’urine que par regojc-* gement. Prurit au bout de la verge; même état général ; inappétence.

Le 18. On tente en vain l’exploration avec la sonde en argent. Il y a écoulement de sang. Une sonde en gomme élastique est introduite et fixée dans la vessie, mais le malade éprouve des douleurs extrêmes et enlève la sonde.

Le 1 9 au matin. On introduit de nouveau une sonde en gomme élastique, qu’on renonce à fixer à cause des douleurs qu’elle occasionne : elle pénètre assez facilement, mais on remarque qu’elle éprouve un mouvement de torsion pour arriver dans la vessie.

Etat général. — Le malade a de la fièvre, il ne peut presque boire, ij vomit. Grande prostration ; incontinence des matières fécales; vessie douloureuse; urines troubles.

Vésicatoire camphré à la région hypogastrique.

Le 20. A sept heures du matin, l’enfant est pris de convulsions cloniques peu étendues des bras et de la face avec perte de connaissance. A la visite, vers les neuf heures, les convulsions existent toujours ; l’enfant est sans connaissance ; on pratique le cathétérisme, on vide la vessie, et les muscles abdominaux étant relâchés, on peut percevoir à l’hypogastre une tumeur dure, presque grosse comme le poing.

Potion calmante, sinapismes.

A midi, le pouls est à 160, petit, dépressible, se ralentit par moment* les yeux sont immobiles; le malade est dans le coma; il n’y a plus de convulsions. Il reste dans le coma jusqu’au soir. Mort à huit heures du soir.

Autopsie. — Encéphale. — Rien de particulier, si ce n’est un peu d’infiltration superficielle de la partie supérieure des circonvolutions. Rien dans les cavités cérébrales, pas d’augmentation de sérosité.

Thorax. Cœur. — Hypertrophie du ventricule gauche; quelques caillots décolorés dans le cœur droit, rien dans le péricarde ni dans les plèvres ; poumons assez fortement congestionnés, un peu de pneumonie hypostatique aux bords postérieurs, quelques ganglions bronchiques indurés, congestionnés. Les organes digestifs sont sains.

La vessie est soulevée jusqu’à l’ombilic par une tumeur qui occupe presque toute l’excavation du petit bassin, en remontant de 2 centimètres environ au-dessus du pubis. On scie le pubis de chaque côté, et l’on enlève toute la pièce avec le rectum, les reins et les uretères. On reconnaît alors que le col et le bas-fond de la vessie sont embrassés par une tumeur grosse au moins comme le poing, et dont voici du reste les dimensions principales :

Longueur (à la partie supérieure) , 1 1 centimètres ; - Largeur (à

la partie supérieure, col de la vessie), 9 centimètres; — Circonférence du point le plus volumineux, 22 centimètres.

La prostate a complètement disparu dans la tumeur; à la partie postérieure et inférieure de celle-ci existe une rainure longitudinale, qui contient le canal de l’urèthre en rapport immédiat avec le rectum. Celui-ci est intact, et l’urèthre étant incisé dans toute sa longueur par sa paroi postérieure, ainsi que la vessie, on reconnaît à la paroi antérieure de l’urèthre, dans les portions membraneuse et prostatique, deux ou trois traces de fausses routes pratiquées au sein de la tumeur elle-même par les sondes métalliques précédemment employées. Déplus, les parois de la vessie sont hypertrophiées. La muqueuse est assez saine, bien quelle soit recouverte d’une matière muco -purulente assez abondante; mais tout le bas-fond de la vessie est occupé par un paquet de végétations ressemblant à des polypes muqueux. En incisant une de ces végétations, on voit qu’elles sont constituées par un tissu mou, lardacé, d’apparence cérébriforme. Quant à la tumeur principale, on trouve, en y pratiquant une coupe longitudinale, un tissu blanc lardacé, contenant des noyaux arrondis assez volumineux, dont les uns sont durs, résistants, fibreux, les autres plus mous, d’apparence encéphaloïde. Autour de la tumeur principale, on trouve dans le bassin plusieurs petites masses de même nature, qui n’adhèrent à la tumeur principale que par du tissu cellulo- fibreux. Les uretères sont distendus par de l’urine.

Les reins sont hypertrophiés, plus volumineux que ceux d’un adulte. Le bassinet et les calices sont hypertrophiés, pleins d’une urine muco- purulente; la muqueuse est injectée, couverte en quelques points de fausses membranes. En pratiquant une coupe longitudinale, on voit s’écouler une sanie rouge-violette, analogue à la boue splénique et mêlée de pus : toute la substance du rein est enflammée et suppurée, et. présente plusieurs collections purulentes dont les parois sont tapissées de pseudo-membranes : la surface des reins est d’un rouge vineux, marbrée de taches et d’étoiles blanc jaunâtre.

Cette autopsie rend compte de tous les symptômes présentés pendant la vie. Rétention d'urine, état muco-purulent de celle-ci, impossibilité de pénétrer avec les sondes métalliques, longueur extrême de la sonde élastique qu’on était obligé d’introduire, douleurs lancinantes pendant le cathétérisme, persistance d’une tumeur abdominale après que la vessie était vidée, enfin la difficulté de contenir les matières fécales dès que celles-ci étaient arrivées dans le rectum.

L’examen microscopique de ces tumeurs a été fait par MM. Broca et Robin, qui n’ont trouvé nulle part l’élément cancéreux, mais seulement du tissu fibro plastique et en quelques points un tissu mal déterminé assez analogue à des fibres musculaires dégénérées, sans qu’il soit possible cependant d’y préciser cet élément, non plus que la substance propre de la prostate. (Isambert.)

Obs. 31 (1). — Tumeur mélanique de la prostate. — Autopsie.

Au mois de novembre 1838, je fus appelé près de W. Mathews, enfant de cinq ans que l’on croyait atteint d’une tumeur de l'abdomen. 11 y avait une saillie considérable qui s’élevait à deux ponces au-dessus de l’ombilic,

(1) Archives, 3* série, t. Vif, 1810, p. 245.

et que l’on pouvait limiter aisément avec les doigts. Un examen attentif me fit reconnaître une distension delà vessie. La pression de la tumeur n’était point douloureuse; il n’existait aucun signe d’altération de la moelle épinière capable d’expliquer la paralysie de la vessie, du reste aucun renseignement ne mettait sur la voie du diagnostic. L’enfant se plaignait seulement de ne pouvoir uriner, il essaya inutilement devant moi. Je sus de sa mère que trois ou quatre mois auparavant on avait remarqué des envies fréquentes d’uriner et que le ventre était enflé. La santé générale avait peu souffert : quoiqu’un peu maigre et moins gai, il mangeait et dormait bien.

Lorsque je le vis sa figure était altérée. Il y avait beaucoup de fièvre. La langue était sale. J'introduisis une sonde dans la vessie, d'où il sortit 25 onces d’urine naturelle. Le soir la vessie était aussi distendue et contenait à peu près la même quantité. On futobligé de sonder deux fois par j On appliqua des sangsues au périnée, un vésicatoire aux lombes. Des apéritifs, desopiats, du muriate de fer furent employés; mais les symptômes persistèrent sans qu’on pût arriver à un diagnostic précis. L’enfant s’affaiblit beaucoup et mourut huit jours après.

Autopsie. — Viscères thoraciques et abdominaux sains; sérosité dans les ventricules cérébraux ; reins développés, mais sans altération notable. La vessie, grosse comme un œuf de poule, contenait une once d’urine mêlée avec une matière purulente. La muqueuse était épaissie. La prostate égalait en volume une très grosse noix, sa forme était globuleuse comme dans les hypertrophies s’ensiles. Derrière l’orifice vésical de l’urèthre sur la prostate, et faisant saillie dans la vessie, était une tumeur arrondie comme un mamelon, semblable à la saillie de la glande décrite dans l’hypertrophie du troisième lobe. On incise l'organe sur le côté, et l’on voit que son tissu ressemblait à la matière encéphaloïde pour la couleur, la coloration et la texture. Une partie était si noire qu’on dut croire à une tumeur mélanique et encéphaloïde à la fois. Il faut observer que chez un enfant de cinq ans la prostate a le volume d’une noisette; son développement dans ce cas était très considérable, puisque le troisième lobe avait à lui seul la grosseur normale de l’organe tout entier à cette période de la vie. [Medico-chir . Transact., London, 1839. — Dr Strafford.)

Obs. 32 (1). — Cancer encéphaloïde ramolli. — Caractères anatomiques .

M. Mercier parle d’un septuagénaire qui rendait avec difficulté et douleurs des urines boueuses, de couleur noirâtre, vers les derniers temps de sa vie. A l’ouverture du corps, on trouva les parois de la vessie épaissies, et sa surface interne de teinte ardoisée. La prostate, du volume d’un œuf d’autruche, était dégénérée en cancer, offrant au plus haut degré tous les caractères du tissu encéphaloïde ramolli. Dans l’un et l’autre lobe existait un foyer sanguin, analogue à ceux qu’on rencontre dans le cerveau de quelques apoplectiques. Les deux foyers communiquaient ensemble et avec la vessie, dont la partie voisine de la prostate était aussi dégénérée. La portion prostatique de l’urèthre était réduite à une pulpe molle au travers de laquelle la sonde s’était frayé une fausse route qui aboutissait à l’un des foyers .

(1) Cité dans Civiale, Traité pratique, t. II, p. 502.

Bér.

Obs 33 (1) — M. Civiale raconte que, chez un jeune homme qui mourut clans son service peu de temps après son admission, sans avoir subi aucun traitement, et avant même qu’on eût eu le temps de déterminer la nature de sa maladie, les reins étaient fortement hypertrophiés, mais sans désorganisation manifeste, sans collections purulentes. Leur substance, jaunâtre et ferme, ressemblait pour la couleur à celle des foies qu’on appelle gras. La partie de l’urèthre embrassée par la prostate était détruite par une ulcération profonde, et la glande elle-même envahie par un vaste cancer qui en avait détruit le corps d’avant en arrière dans toute son étendue. 11 ne restait à l’état granuleux, mais avec induration de tissu, que l’extrémité antérieure des lobes latéraux et quelques points de la circonférence. De là résultait une cavité au-devant de la vessie capable de contenir un petit œuf. La surface de cette vaste ulcération était inégale, bosselée et d'une couleur lardacée. Les tissus superficiels étaient réduits à l’état de putrilage et de pulpe molle en dessous. Plus profondément encore, ils conservaient un peu de l’apparence normale. La partie du corps de la prostate que recouvre le trigone vésical était cancéreuse aussi. Le trigone n’avait point été atteint ; vu du côté de la vessie, on eût dit qu’il recélait un abcès. La vessie ne présentait non plus que des parois hypertrophiées et une légère phlogosede sa membrane interne. On y découvrit une pierre aplatie, longue de 1 5 lignes sur 1 6 de large et 9 d’épaisseur, fort remarquable par sa couleur.

Obs. 34 (2). — Cancer de la prostale chez un enfant de trois ans. — Les affections de la prostate, si communes chez les vieillards, sont d’une extrême rareté dans l’enfance ; aussi le cas suivant offre-t-il un grand intérêt. Le sujet de cette observation se plaignit, trois mois avant sa mort, d’une douleur à la région de l estomac et d’une difficulté à uriner ; dans l’intervalle des douleurs, il jouait sans paraître souffrir.

Le 4 3 novembre, M. Solly, appelé pour voir ce malade, passa un petit cathéter dans l’urèthre; mais il rencontra, vers la bulbe et au col de la vessie, un obstacle, et ne put introduire son instrument dans la vessie pour en tirer l’urine. Il ordonna un bain chaud et de l’opium ; explorée par le rectum, la vessie parut contractée et on la crut vide. Le 4 4, M. Solly échoua encore. Le 4 6, il réussit à introduire une très petite sonde, et il s’écoula une pinte et demie d’urine. L’instrument entra dans la vessie avec une grande difficulté; il était très solidement serré. Le 18, en retirant la sonde, on éprouva une sensation de frottement comme celle que peut communiquer une pierre. Le 4 9, burine passa librement , A un nouvel examen, un chirurgien d’hôpital exprima l'opinion qu’il existait là une pierre. Le 23, M. Green sonda cet enfant et prétendit qu’il ne sentait pas positivement une pierre, quoiqu’il semblât y avoir quelque chose d’analogue; mais cela ne suffisait pas pour justifier une opération, et l’enfant mourut, le jour suivant, avec une péritonite.

Autopsie. — Sérum trouble et flocons de lymphe dans la cavité abdominale; péritoine enflammé, vessie contenant environ une once d’urine. Au lieu de la prostate, petite dans l’enfant, on trouvait une tumeur dure, lo-

(1) Traité pratique sur les maladies des organes génitaux , 2e part., 2* édit. Paris, 1850, p. 502.

(2) Arch. génér. de méd.f 4* série, t. XXIX, p. 84.

bulée, du volume d’un œuf de poule, qui traversait l’urèthre. Cette tumeur présentait une couleur de crème ; à la sensation, elle était lobulée ; un tissu fibreux environnait ces lobules et donnait une consistance cartilagineuse. M. Ramsey, par un examen microscopique, trouva que cette tumeur contenait d’innombrables cellules.

Obs. 35 (4). — M. Strattforda relaté un cas semblable dans le XXII® volume des Médico-chirurgical Transactions. L’enfant avait cinq ans ; la tumeur égalait en volume les plus grosses noix, et consistait en une matière encéphaloïde et mélanique. {London Medical Gazette, janvier 4 851, page 28, Pathology Society of London.)

Obs. 36 (2). — Un homme, âgé de cinquante-quatre ans, d’une constitution autrefois forte , mais détériorée par de longues souffrances , entra dans le service de M. Civiale en 1837. Depuis trente ans, il était graveleux ; ses urines avaient été sanguinolentes à diverses reprises ; il avait souffert, et il souffrait encore dans les reins ; l’émission de l'urine était depuis longtemps difficile, douloureuse, et le liquide, trouble, fétide, déposait d’abondantes mucosités. L’état de ce malade s’était aggravé depuis cinq mois; les douleurs, qui jusqu’alors lui permettaient de vaquer à ses affaires, finirent par le retenir au lit presque constamment. On l'avait sondé à plusieurs reprises, sans rencontrer de corps étrangers dans sa vessie. Je n’eus cependant pas de peine à m’assurer, par le cathétérisme ordinaire, qu’il portait un calcul vésical, et même assez gros. Les conditions étaient si peu favorables, que je m’abstins de toute opération, et la mort ne tarda pas à survenir.

Il y avait dans la vessie un calcul mural de la grosseur d’un œuf de pigeon. Le moyen lobe de la prostate, du volume d’un œuf de poule, faisait une saillie considérable à l’angle antérieur du trigone vésical. En avant, cette tumeur s’étendait jusqu’à la partie membraneuse de l’urèthre, qui présentait une large excavation, se prolongeant en arrière dans l’étendue d’un pouce et demi à deux pouces. Du reste, la prostate était désorganisée et ramollie en cet endroit , d’où, par la pression, s’échappait une substance cérébriforme.

Obs. 37 (3). — Cancer de la prostate et de l'estomac.

Au mois de mai 1839, il est entré à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Jean, un vieillard de soixante-dix ans, d’une taille moyenne, d’une constitution détériorée, et dans un état de maigreur très grande. Cet homme, d’une intelligence obtuse, répondait vaguement aux questions que je lui fis, et il me fut impossible de savoir quelque chose d’exact sur les antécédents de sa maladie : il se plaignit d’uriner difficilement, et faisait remonter cette difficulté à dix-huit mois ; les urines étaient peu abondantes, sales, boueuses, et, vers les derniers temps, elles présentaient une coloration noirâtre, qui me fit croire à la présence d’une certaine quantité de sang. Il n’avait jamais eu dans le cours de son existence aucune maladie du côté des voies urinaires.

Pendant les deux premiers jours de son entrée à l'hôpital, il fut simple-

(1) Arch. génér. deméd., 4e série, t. XXIX, p. 85.

(2) Civiale, loc. cit., p. 503.

(3) Mercier, Malad. des org. urin. et génit . Paris, 1841, p. 169.

ment traité par les émollients (bain tiède, cataplasmes sur l’hypogastre, tisanes légèrement diurétiques). Le troisième jour, je le sondai, et, quoique je crusse être arrivé dans la vessie, il ne sortit pas d’urine.

M. Breschet pratiqua aussi le cathétérisme , pénétra dans une cavité dont on sentait parfaitement les parois, en communiquant de légers mouvements de rotation à la sonde , et quoiqu’il ne sortît pas d’urine, il crut être dans la vessie, dont il supposait les parois affaissées. Quelques jours après, le malade tomba dans une prostration très grande ; il mourut treize jours après son entrée.

A l’autopsie, faite trente- six heures après la mort, je trouvai la vessie médiocrement distendue par une urine noirâtre, et empruntant bien évidemment sa coloration à une certaine quantité de sang dont j’indiquerai plus bas la source. Les parois de la vessie étaient épaisses ; sa muqueuse avait une coloration ardoisée, et dans deux points différents elle était soulevée par un peu de pus tendant à quitter l’état liquide. La prostate avait le volume d’un œuf d’autruche, et était entièrement dégénérée en cancer ; elle présentait, et cela au plus haut degré d’évidence, tous les caractères du tissu encéphaloïde ramolli, ce qui fut parfaitement constaté par plusieurs personnes, entre autres par M. Letenneur, membre de la Société anatomique. Dans l’un et l’autre lobe de la prostate existait un foyer sanguin tout à fait semblable à ceux qu’on rencontre dans le cerveau dans les cas d’apoplexie. De ces deux foyers, celui du côté droit aurait pu contenir deux grosses noix dans son intérieur; l’autre, plus petit, communiquait par un petit pertuis avec la cavité de la vessie qui, dans toute la partie avoisinant la prostate, était aussi dégénérée. Ces deux foyers renfermaient du sang en caillots dont la coloration noire et la faible consistance attestaient le peu d’ancienneté ; leurs parois étaient inégales, légèrement anfractueuses, déchiquetées, tout à fait semblables à un foyer sanguin qui vient pe se former dans le cerveau. Ces deux foyers communiquaient entre eux par un petit conduit transversal passant au-dessous d'une espèce de pont. Le canal de l’urèthre dans cet endroit n’existait plus, à proprement parler : c’était une bouillie molle, pulpeuse, à travers laquelle la sonde s était frayé une route qui aboutissait au plus grand foyer, ce qui explique pourquoi le cathétérisme, tout en faisant croire à l’entrée de la sonde dans la vessie, n’a pas donné lieu à l’évacuation de l’urine. J1 existait encore un cancer encéphaloïde ramolli, occupant une partie de la petite courbure de l’estomac, et se présentant sous la forme d un champignon. Le malade ne s’était pas plaint de l’estomac, et jusque dans les derniers temps ses digestions se faisaient bien. Quelques tubercules pulmonaires complétaient ce que j’ai trouvé à l’autopsie de cet homme.

Comme fait curieux et intéressant, nous signalerons ici les recherches d’un auteur allemand.

Forster (1) a trouvé assez souvent la métamorphose colloïdienne des cellules et de leurs nucléoles comme un progrès physiologique dans la prostate.

Cette métamorphose se fait de deux manières :

(i) Illuslricîhe meclicmischç . Zeitung, 1833, I, 2.

1° Le nucléole même se change en une vésicule avec un contenu luisant, laquelle se ratatine beaucoup en se plissant; si l’on ajoute l’acide acétique, cette vésicule fait disparaître peu à peu la cellule ;

2° Cette métamorphose se fait en même temps dans le contenu des noyaux et des cellules, de sorte que l'un se transforme dans l’autre ; puis , le contenu des cellules colioïdiennes ainsi faites flotte dans le produit delà prostate comme un corps luisant.

Enfin nous ajouterons que M. Desprès a eu l'obligeance de nous montrer dans sa collection une tumeur de la prostate recueillie chez un vieillard; cette tumeur, qui avait le volume d’un gros œuf et qui occupait plus particulièrement le lobe droit, offrait à la coupe l’aspect d’une éponge très serrée, et, dans les espaces aréolaires, on avait trouvé une substance qui avait tous les caractères des cancers. JVI. Ordonez a fait lui-même l’examen au microscope.

De tous ces faits, nous pouvons tirer quelques conclusions pratiques. Ainsi, il est curieux de voir que les enfants sont assez souvent atteints de cancers de la prostate ; nous en avons cité deux observations. Au point de vue séméiologique, nous dirons qu’il est difficile de diagnostiquer un cancer; les signes locaux ne nous apprendront rien sur la nature du mal, ou du moins ils ne seront certains qu’à une époque déjà avancée de la maladie On n’a pour se guider dans cette occurrence que l’état général du malade. Ainsi, que le malade porte une tumeur prostatique, qu’il ait vu ses forces s’affaiblir et son embonpoint diminuer, qu’il éprouve des douleurs violentes en dehors de la miction, il est probable qu’il sera atteint d’une affection maligne de la prostate.

Le traitement du cancer prostatique n’offre rien de spécial quant aux accidents que la tumeur en elle-même peut produire ; nous nous en occuperons bientôt.

Page 1