PLAN ET CADRE DE L OUVRAGE
composition physique ou chimique, détermine, chez les arbres fruitiers un certain nombre d'affections morbides, dont il est très utile de connaître les caractères, et qu'il sera souvent facile de combattre à l'aide de drainages ou de fumures appropriées. L'action des agents atmosphériques peut aussi provoquer des lésions assez nombreuses, que malgré notre bonne volonté nous sommes souvent impuissants à prévenir, car cela est au-dessus de nos moyens. On pourra toutefois placer les arbres fruitiers les plus délicats dans une situation favorable, par exemple ou en espaliers, ou sous des abris qui les protégeront contre les gelées, les coups de vent ou de soleil.
LE POIRIER {Pirus communis).
Arachnides et Insectes parasites.
Les Poiriers ont à souffrir des attaques d'un grand nombre d 'Arachnides et d'Insectes, soit à l'état de larves, soit à l'état adulte.
Les uns dévorent les organes verts, feuilles, bourgeons ou fleurs, d'autres creusent des galeries à l'intérieur du tronc ou des branches, d'autres, attaquent les racines, d'autres enfin produisent du fait de leurs piqûres des galles ou des pustules, qui ont quelque analogie avec certaines déformations causées par des cryptogames; c'est ce dernier groupe qui nous intéresse particulièrement. Les autres rentrent dans la catégorie des insectes , nuisibles aux arbres fruitiers, dont l'étude et la description font l'objet d'un ouvrage spécial.
Les Arachnides qui attaquent les Poiriers appartiennent toutes au groupe des Acariens ou Mites^ animaux de très petite taille, qui échappent à notre vue, et ne peuvent être étudiés qu'à l'aide du microscope. Les Acariens sont caractérisés parla présence de quatre paires de pattes ; dans le jeune âge, ils n'en ont quelquefois que trois. Les Phi/toptides font toutefois exception, car ils n'ont que deux paires de pattes à l'état parfait; les deux paires postérieures étant atrophiées ou nulles. Comme chez toutes les Arachnides, la tète et le thorax sont soudés en une eulse pièce distincte; leur abdomen, ordinairement
globuleux, est muni d'un certain nombre de paires de longues soies.
Les Acariens qui sont préjudiciables aux Poiriers sont : le Phytoptvs Piri^ le Phytocoptes Schlechtendali et VErineum pirinum *
Le seul insecte que nous Récrirons succinctement est un microlépidoptère, le Cemiostoma scitélla^ qui détermine sur les feuilles la maladie connue sous le nom de Tache noire du Poirier,
Nous ne ferons que citer un petit coléoptère, le Scolytus Pruni, dont les larves creusent des galeries entre Técorce et le bois.
Phjrtoptus Piri
Cloqtie du Poirier,
Le Pht/toptm appartient, comme nous venons de le voir, à cet ordre d'Arachnides, bien connu des horticulteurs sous le nom d'Acariens ou Mites , et qui renferme un assez grand nombre de parasites des végétaux. Le genre Phytoptm est particulièrement intéressant par deux de ses espèces, qui sont souvent fort préjudiciables ; ce sont les Phytoptus Vitis, qui produit VÉrinose de la Vigne, et le Phytoptm Piri, qui cause la maladie que nous allons décrire, appelée vulgairement Gloqm des feuilles du Poirier.
Les feuilles habitées par ce parasite présentent des pustules, ordinairement arrondies, ou allongées, parfois confluentes, et dont la teinte est variable avec Tâge : jaunes ou rouge-carmin sur les jeunes feuilles, brunes ou noires sur les feuilles plus âgées. Sur les deux faces l'aspect de ces pustules est aussi un peu différent ; à la face inférieure elles forment d'abord une élévation plate, qui plus tard se déprime ; à la
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face supérieure elles sont plus bombées (fig. 1}. Si on examine au microscope une coupe transversale passant par le centre de la pustule, Tépiderme inférieur se montre interrompu, et en ce point les
bords en sont repliés en dedans, en forme d'entonnoir; il y a donc ainsi un orifice permettant le libre accès de l'air, à l'intérieur de la pustule dont le parenchyme interne est disjoint, déchiré, offrant ainsi de grands méats aérifères, où l'on distingue des corps ovoï-
des, qui sont les œufs du Phytoptits, Ces œufs éclosent au bout de peu de temps, et dans le courant de l'été, on trouve dans ces pustules des larves de difiFérentes grandeurs. Arrivés à l'état adulte, ces Acariens
sortent par l'orifice dont Fig. 1. — Feuille de Poirier j i
attaquée depuis longtemps ^^^^ venons de parler, par le Phytoptus Pin. Iciiché et se promènent à la face de la maison Deyi^lle.) . i.^ • j r -n
' inférieure des feuilles.
Cet acarien de très petite taille, que l'on ne peut distinguer dans tous ses détails qu'à l'aide du microscope, possède un céphalothorax court, terminé en avant par un rostre, muni de deux stylets, qui lui servent à piquer les tissus de la feuille. Le point le plus saillant de son organisation est la présence de
deux paires de pattes seulement, les postérieures étant avortées; ce caractère permet de le distinguer de la plupart des autres Acariens^ qui possèdent généralement 4 paires de pattes, à Tétat adulte. L'ab-
Fig. 2. — Phytoptus Piri vu par sa Fiç. 3. — Phytoptus Piri vu face ventrale. — P, rostre. — og, de profil. {DeyrolU,) orifice des organes génitaux.
{DeyroUe,)
domen assez allongé est pourvu de stries fines, et de deux longues soies caudales implantées latéralement (fig. 2 et 3).
A l'approche de Thiver ils se réfugient entre les écailles des bourgeons, percent avec leur rostre les
cellules épidermiques des jeunes feuilles, encore incluses ou en train de s'épanouir. Les cellules ainsi piquées meurent, se détruisent, produisant de la sorte un orifice, dont les bords se replient en dedans en forme de cratère.
A Tintérieur de la feuille, le parenchyme lacuneux se disjoint, cesse de relier les deux épidermes, qui, la tension étant alors détruite, se soulèvent, formant ainsi les pustules précédemment décrites. Plus tard par cette ouverture, un peu agrandie naturellement, pénètrent des femelles, qui viennent y déposer leurs œufs.
Quand ces pustules sont clairsemées sur les feuilles, le dommage ainsi causé est de peu d'importance. Mais il n'en est plus de même, quand ces taches se multiplient, au point de recouvrir la plus grande partie de la surface de la feuille, qui par suite né peut plus remplir ses fonctions essentielles, indispen-* sables à la vie de la plante ; dans ces conditions, ce parasite cause un préjudice notable, par suite de Tarrét de développement et du dépérissement qu'il occasionne, et compromet ainsi les récoltes à venir.
Malheureusement, on ne connaît aucun remède efficace contre ce parasite, qui, par sa taille infime, échappe à nos regards, et est à l'intérieur des tissus à l'abri de l'action nocive des insecticides.
Le seul moyen pratique de le combattre consiste k enlever les feuilles inférieures des pousses du printemps, alors qu'elles renferment à leur intérieur les œufs encore non éclos, et les individus adultes qui ont passé l'hiver dans les bourgeons.
Si après ce traitement, les feuilles supérieures de la pousse présentaient encore les taches caractéris-
tiques de cette maladie, il faudrait également les brûler.
Ce moyen est certainement loin d'être pratique pour un verger de quelque étendue, et si, par hasard, un arbre se montrait fortement atteint, il serait encore préférable de l'abattre et de brûler toutes ses feuilles, pour prévenir l'extension de la maladie sur les Poiriers voisins.
On conseille également les soufrages répétés; mais pour que le remède donne quelque résultat il est indispensable de l'utiliser dès l'apparition du mal.
Phyllocoptes Schlechtendali.
Le Phyllocoptes Schlechtendali est un acarien très voisin des Phytoptus^ dont il diffère principalement par le genre de vie.
Il ne produit pas de galles, et mène une existence libre, à la surface des feuilles, sur lesquelles il décèle sa présence par le fait de taches pâles et blanchâtres, qu'il occasionne par ses piqûres.
Cet acarien a aussi un aspect un peu différent de celui du Phytoptus. Il n'est pas cylindrique, mais de forme ovale ; son céphalothorax plus ou moins triangulaire présente des stries ondulées, qui partent de la pointe antérieure. L'abdomen est pourvu, comme celui des Phytoptm^ de 4 paires de soies latérales, dont la paire anale est également beaucoup plus développée.
Le Phyllocoptes Schlechtendali vit librement sur les feuilles des Poiriers et Pommiers; aussi sa destruction est-elle plus facile que celle des Phytoptus, qui habitent dans des galles, et sont par suite à l'abri des insecticides.
Pour le combattre, on peut employer avec succès, soit du jus de tabac, soit des soufrages répétés (voir p. 34).
Pour le traitement par le jus de tabac, il convient de se servir d'une solution, marquant! degré 1/2 Baume, que Ton épandera sur toutes les parties de l'arbre, à l'aide d'un pulvérisateur.
Erinéumlplirinum.
Erinose du Poirier.
VErinose du Poirier est produite par un petit acarien, VErineum pirinum, qu'il ne faut pas confondre avec le Fht/topttcs Firi.
Cet acarim détermine à la face intérieure des feuilles de Poirier, des galles fort différentes de celles qu'occasionne ce Fhytoptus, et qui d'autre part, ont une ressemblance frappante avec les galles causées sur les feuilles de vigne par leFhptopùm Vitis, encore nommé Fhytocopfes epidermi.
Ce parasite, au moyen de son armature buccale, entame l'épiderme de la face inférieure des feuilles, et y déverse une sécrétion de glandes, placées à la base des mandibules ; après cette opération, il pond ses œufs dans le voisinage.
L'irritation spéciale causée par ce suc glandulaire produit des modifications dans les cellules épidermiques, qui s'allongent en poils; ceux-ci s'entor*tillent et forment un feutrage d'abord jaunâtre, qui augmente bientôt, en largeur et en épaisseur, et prend une teinte brunâtre ; l'épiderme supérieur reste intact et la feuille ne présente pas ces boursouflures si caractéristiques de l'Erinose de la vigne (fîg. 4),
Les jeunes larves issues des œufs sont allongées, cylindriques, ayant quelque ressemblance avec les Phytoptus ; comme ces derniers elles ne possèdent
Fi g. 4. — Coupe d'une feuille de Poirier attaquée par YEri' neum pirinum, — c, épidenne inférieur dont les cellules 8'aUongent en poils p simples ou rameux. — 0, œufs. — ph^ Erineum pirinum, {Deyroile.)
-que deux paires de pattes; ces larves tétrapodes re«produisent Tespèce parthénogénétiquement pendant le cours de Tété.
En automne, ces larves s'enkystent, soit dans les
galles, soit dans les écailles des bourgeons, ou enfin dans les gerçures de Técorce. Au printemps il en sort des larves, pourvues de trois paires de pattes ; ces larves hexapodes grossissent rapidement, acquièrent une nouvelle paire de pattes et deviennent adultes (fig. 5).
Fig. 5. ^ Erineum piHnum à plusieurs états de développement. — 1, œuf renfermé dans sa coque. — 2, larve sortant de sa coque. — 3, larve tétrapode. — 4, larve hexapode. — 3, mâle adulte, pourvu de 4 paires de pattes. — 6, femelle* {Deyrolle,)
Les mâles difiFèrent sensiblement des femelles, ont un corps ovoïde et [de plus petite taille ; les femelles sont plus grosses, avec un abdomen globuleux.
Comme remède on peut employer des soufrages répétés, surtout au début de la végétation ; on arrê* tarait ainsi le développement de cet acarien.
Il est également nécessaire d'agir contre la forme enkystée en brûlant les feuilles, puis badigeonnant le tronc et les grosses branches, après décortication, avec le mélange Balbiani.
La composition de cet insecticide est la suivante :
Huile lourde de houille 2 kilogr.
Naphtaline brute 6
Chaux Tive 12
Eau 40
Çemyostoma scitella
ou Tciche noire du Poirier,
La Çemyostoma scitella est un microlépidoptère, dont la chenille, longue seulement de 2 à 3 millimètres, rappelle un peu par sa forme celle d'un petit asticot.
Cette chenille vit à Tintérieur des feuilles du Poirier, où elle produit une tache noire ; elle se nourrit du parenchyme ou tissu interne de la feuille, sans attaquer les épidermes. Ces taches circulaires s'agrandissent peu à peu, la chenille dévorant progressivement les tissus, par couches concentriques.
Quand elle a atteint toute sa taille, elle abandonne, la feuille pour aller filer, dans une anfractuosité ou sous Técorce du tronc, un petit cocon de soie blanchâtre, d'où s'échappera le petit papillon d'avril en juillet
Ce microlépidoptère, de 5 à 6 millimètres d'envergure, a des ailes antérieures de couleur gris-perle, avec une sorte d'œil formé d'un point argenté entre
deux gros points noirs, d'où partent deux raies d'un beau jaune d'or; les ailes postérieures présentent la môme teinte.
Le moyen le plus simple de le combattre consiste à brûler les feuilles attaquées, qui sont facilement reconnaissables aux taches noires, décrites précédemment.
Une autre méthode consiste à suspendre, au mois de mai, à l'intérieur de l'arbre, un flacon d'une contenance d'environ 100 grammes, et rempli de sulfure de carbone ; les vapeurs dégagées tuent rapidement les papillons qui se tiennent sur l'arbre, ainsi que les chenilles qui sont sorties des taches.