EXAMEN DU SANG
goutte de sang par un simple contact du centre de la lame. Le sang est alors répandu à l'aide d'une aiguille do manière à former une mince pellicule de 2 à 3 centimètres carrés. Chaque lame, aussitôt que le sang est étalé, doit être posée sur une surface unie et horizontale, la face chargée en dessus, jusqu'à ce qu'elle soit sèche. Ensuite, on étiquettè et on met les lames de côté. On fera ainsi une préparation du sang de chaque individu, qui devra représenter simplement ila moyenne de la population, et être choisi, pa-^ conséquent, en dehors de toute considération de santé ou de maladie.
Les préparations peuvent être examinées de diverses ' manières, soit aussitôt, soit, s'il est plusicommode, des semaines' ou'des mois plus tard ; si on les tient sèches et à l'abri des cancrelats, etc., elles ne s'altèrent pas. Un bon procédé est de tremper les lames, sans fixation préalable, dans une solution faible de fuchsine — environ 3 ou 4 gouttes de solution alcoolique saturée pour 30 grammes d'eau. On les laisse dans le colorant pendant une heure environ, et on les examine ensuite à l'état humide et sans lamelle. Si les préparations sont anciennes, elles peuvent se colorer trop fortement ; dans ce cas, on les décolorera partiellement à l'acide acétique faible — 2 ou 3 gouttes dans 30 grammes d'eau — et on les lavera ensuite. Les préparations récentes, lorsqu'on les plonge dans l'eau pendant quelques mmutes pour dissoudre l'hémoglobine, permettent de voir très bien les microfilaires ; il est bon, cependant, si l'on n'est pas familiarisé avec ce procédé, d'employer tout d'abord la coloration par la fuchsine décrite ci-dessus.
Une autre méthode consiste à fixer la préparation à l'alcool et à colorer ensuite en y faisant couler.quelques gouttes [de solution aqueuse saturée de bleu de méthylène, en lavant après une demi-minute et en décolorant, s'il est nécessaire, à l'acide acétique faible ; la lame est ensuite examinée à l'état humide sous le microscope. Ou bien, sans fixation préalable à l'alcool, la lame, une fois sèche, est plongée pendant quelques secondes dans l'eau, de manière à dissoudre l'hémoglobine, puis séchée de nouveau, et alors, avec ou sans fixage, colorée au bleu de méthylène, au bois de campêche ou à l'aide de tout autre colorant.
Un objectif n^ 2 et une platine mobile à déplacement horizontal permettront à l'observateur de passer rapidement en revue la totalité de la pellicule de sang. Dans les préparations non fixées, la présence de la filaire sera aisément reconnue ; l'hémoglobine des globules rouges étant dissoute par la solution colorante, les globules blancs et les filaires, s'il s'en trouve, sont les seules parties colorées, et par conséquent attirent aussitôt le regard.
Dans toute région où la filaire est modérément répandue, sur 100 préparations faites par ce procédé avec le sang d'autant d'individus, 8 ou 10 contiendront probablement le parasite. Lorsque les filaires ont été découvertes, les individus dont elles proviennent peuvent servir désormais comme sujets d'étude.
Examen des microfilaires vivantes. — Si l'on désire étudier les filaires en vie, on n'a qu'à faire trois ou quatre préparations humides ordinaires avec le sang d'un individu contenant le parasite — à condition d'opérer la nuit et d'entourer la lamelle de vaseline, de façon à prévenir la dessiccation. Dans de telles préparations, les filaires restent vivantes pendant une semaine et
FILARIOSE.
peuvent aisément être décelées par leurs mouvements ; on emploiera en premier lieu un objectif no 2 pour cette recherche.
Préparations permanentes. — On peut faire des préparations permanentes en fixant de très minces pellicules de sang à l'alcool ou à la chaleur, en colorant au bleu de méthylène, à l'éosine, etc., et en montant au baume au xylol. 11 est généralement préférable, avant de fixer, de dissoudre l'hémoglobine à l'aide de l'eau ou d'acide acétique très faible. Le campêche est peutêtre le meilleur colorant ; il fait très distinctement ressortir les gaines et met les noyaux en évidence. La double coloration à l'éosine et au campêche montre très bien la structure de la couche musculo-cutanée du ver, en outre des autres détails anatomiques.
Description de la forme embryonnaire. — Examinée dans du sang ffrais, la microfilaria bancrofti (fig. 74) apparaît sous la forme d'un petit organisme transparent, incolore, en forme de serpent, qui, sans changer matériellement, de position sur la lame, s'agite avec une grande activité et déplace constamment les globules qui l'entourent. Tout d'abord les mouvements sont si actifs que les détails anatomiques de la filaire ne peuvent pas être perçus. Dans l'espace de quelques heures, ces mouvements se ralentissent, et on peut alors remarquer que le petit ver a la forme d'un serpent ou d'une anguille — c'est-à-dire d'un organisme cylindrique long et effilé ayant une de ses extrémités brusquement arrondie, l'autre extrémité rétrécie graduellement sur un cinquième de la longueur totale et terminée en pointe. Les dimensions sont d'un tiers de millimètre en longueur et de 7 à 8a en épaisseur (à peu près le diamètre d'un globule rouge). Lorsqu'on l'examine à un faible grossissement, la filaire paraît homogène ; à un fort grossissement, on peut, avec beaucoup d'attention, découvrir certains détails de la structure. Tout d'abord, on s'apercevra que l'ammal est contenu tout entier dans une sorte de sac excessivement délicat, fiexible et homogène, dans lequel il se meut en avant et en arrière (fig. 74, a). Ce sac. ou .< gaine », comme on l'appelle généralement, quoique étroitement appliqué sur le corps, est considérablement plus long que le ver qu'il renferme; de sorte que la portion du sac qui, pour l'instant, n'est pas occupée.
Fig. 74.
- Anatomie de la microfilaria nocturna.
a, a, gaine tache en V
; b, viscère central d, tache caudale.