MALADIES DUES A LA PILAIRE
Des douleurs siégeant profondément dans le thorax ou dans l'abdomen, accompagnées d'une fièvre inflammatoire qui devient hectique, et d'une diminution dans le nombre des filaires embryonnaires, ou de leur absence totale dans le sang périphérique, doivent, en pareil cas, faire penser à un abcès fiîarique et suggérer l'opportunité d'une exploration et, si possible, d'uneintervention chirurgicale.
Lymphangite et fièvre éléphantiasique. — Symptômes.
La lymphangite est une lésion fréquente dans toutes les-
formes de filariose, particuHèrement dans l'éléphantiasis, l'engorgement ganghonnaire et le lympho-scrotum. Lorsqu'elle se produit dans un membre, on peut ordinairement constater, au début de l'attaque, le gonflement caractéristique des troncslymphatiques et des ganglions correspondants, sous forme decordons douloureux, et la traînée rouge de congestion dans la peau de la région. Très rapidement, le tissu conjonctif et la peau, de la zone imphquée s'enflamment et deviennent tendus et uneforte fièvre, précédée par un frisson violent et prolongé, s'étabht bientôt. L'attaque peut durer plusieurs jours, et s'accompagned'une céphalalgie très pénible, d'anorexie, souvent de vomissements, et quelquefois de délire. Au bout d'un certain temps^ la tension des téguments enflammés peut disparaître sous l'action, d'un épanchement de lymphe. Ordinairement l'attaque se termine par une abondante diaphorèse générale. Le gonflement, diminue alors graduellement sans cesser complètement, lesparties enflammées restant épaissies d'une manière permanente. La lymphangite peut être confinée aux ganghons de l'aine,, au testicule, au cordon spermatique ou aux lymphatiques abdominaux.
Diagnostic. — Cette fièvre, très justement appelée « fièvre éléphantiasique » par Fayrer, se produit ordinairement dans presque toutes les formes de filariose, à des intervalles variés, qui peuvent durer des semaines, des mois ou des années. Sa tendance aux récurrences, le violent frisson qui la précède et la diaphorèse terminale peuvent la faire confondre avec l'accèspaludéen. A la Barbadc, où la malaria est inconnue, on donne à la fièvre éléphantiasique le nom de « agiie » (en anglais accès aigu de fièvre paludéenne). Toutefois l'impUcation des lympha-
FILARIOSE.
tiques, la douleur locale, la tuméfaction érysipélateuse, la durée du -stade de pyrexie, l'absence de l'hématozoaire, la présence possible de la filaire et l'inefficacité de la quinine suffiront à établir le diagnostic. Néanmoins, l'erreur de diagnostic est fréquente particulièrement lorsque les attaques se reproduisent à de courts intervalles et avec une certaine régularité, ce qui est ordinairement le cas.
Traitement. — Le traitement doit consister à éloigner toute cause d'irritation et à prescrire le repos, l'élévation de la partie malade, les lotions rafraîchissantes et les fomentations chaudes, les purgatifs légers, l'opium pour calmer la douleur, et, si la tension est considérable, la ponction ou la scarification de la zone tuméfiée, dans des conditions d'asepsie convenables.
Adéno-lymphocèle (fig. 86, 87). — L'adéno-lymphocèle est fréquemment associée au lympho-scrotum ; quelquefois à l'hydrocèle chyleuse ; quelquefois à la chylurie. Il arrive parfois que ces quatre lésions coexistent chez le même individu.
Symptômes. — En général, le début étant indolore, le malade ne s'aperçoit de l'existence d'un engorgement ganghonnaire que lorsque la tuméfaction est déjà très prononcée. Alors une sensation de tension ou une attaque de lymphangite appellent l'attention sur l'état des aines, où l'on découvre des ganglions tuméfiés et ramoDis. La tumeur peut avoir de faibles dimensions ou atteindre la grosseur du poing. Elle peut exister aux deux aines, ou être seulement unilatérale ; elle peut n'affecter que les ganglions inguinaux ou que les ganghons cruraux, mais généralement elle s'étend à ces deux groupes.
A la palpation, la tumeur est trouvée molle, pâteuse et vaguement lobulée. La peau, d'aspect normal, peut être mobilisée au-dessus de la surface des tumeurs, mais celles-ci ne sont pas déplaçables sur le fascia sous-jacent. On peut trouver parfois des noyaux indurés dans l'intérieur, ou bien 'la masse entière peut être résistante à la pression. La ponction faite avec une aiguille de Pravaz amène l'écoulement abondant d'un liquide blanc ou rose (chyle), ou d'un hquide clair (lymphe). Ce liquide se coagule rapidement et contient ordinairement des filaires embryonnaires vivantes.
Diagnostic. — Il est important de pouvoir établir le diagnostic
A DENO-L YMPIJOCÈLE.
de ces tumeurs avec la hernie, avec laquelle elles sont souvent confondues. On y arrivera en observant qu'elles ne sont pas tympaniques à la percussion; que, si elles diminuent à la pression elles ne le font que très lentement ; qu'il n'y a pas, comme dans la hernie, de disparition soudaine accompagnée de gargouillement lorsqu'on emploie le taxis ; qu'en faisant tousser le malade la projection de la tumeur est nulle, ou très légère ; qu'elle s'affaisse
Fig. 86. — Adéno-lymphocèle et chylocèle. (Chez un malade de M. Johnson Smith),
lentement lorsqu'on fait coucher le malade, et reparaît lentement lorsqu'il reprend la position verticale, même si l'on exerce une pression au niveau de l'anneau inguinal. L'usage prudent de la seringue hypodermique confirmera le diagnostic, lequel sera encore renforcé par la coexistence de lympho-scrotum, de chylurie ou d'hydrocèle chyleuse, et par la présence de la filaire dans le sang. Une tuméfaction chronique, siégeant au niveau de Vaine, du cordon, du testicule, du scrotum, chez les malades tropicaux, doit toujours être regardée comme pouvant être due à la filaire.
Anatomie pathologique. — A la dissection, on constate que ces tumeurs sont constituées par un amas de lymphatiques
FI LA n JOSE.
variqueux, et qu'elles font partie d'un vaste réseau variqueux comprenant les lymphatiques pelviens et abdominaux.
Traitement. — A condition qu'elle ne donne pas lieu à une gêne trop considérable et qu'elle ne soit pas le siège de fréquentes poussées de lymphangite, l'adéno-lymphocèle doit être abandonnée à elle-même. On doit toujours se rappeler que les vais-
J'ai émis l'hypothèse que ces tumeurs pourraient être traitées avec succès en établissant une anastomose entre l'un des lymphatiques dilatés et une veine voisine. M. Godlee a pratiqué deux fois cette opération, sur ma demande, avec un succès partiel. L'opération est assez difficile, étant doamées la fragilité des vaisseaux lymphatiques dilatés et leur peu d'étendue.
On a dit (Azéma) que ces tumeurs gangUonnaires tendent à diminuer de volume après quarante ans. Je ne puis confirmer cette assertion par dès observations personnelles.
On trouve parfois, mais beaucoup plus rarement, une semblable dilatation des gangUons axillaires. Bancroft a désigné ces tumeurs axillaires ou inguinales sous le nom d'« helminthoma elastica ».
Fig. 87. — Adéno-lymphocèle. (7oMrn. 0/ 7'rop. Medicine.)
TSRZI.' —
seaux engorgés font partie d'une anastomose nécessaire à la vie.
Si la tumeur était assez gênante pour empêcher le travail, on pourrait en faire l'ablation. On doit, en opérant, observer strictement les méthodes aseptiques,, car une lymphangite septique est prompte à se produire en pareil cas, et a fréquemment amené une issue fatale. L'excision n'est pas toujours efficace, car elle peut être suivie de lymphorragie au niveau de la plaie opératoire, ou encore d'une dilatation excessive en un autre point de la zone lymphatique affectée, ou de chylurie, ou enfin d'éléphantiasis des membres inférieurs.