VARICES LYMPHATIQUES
Varices lymphatiques cutanées et profondes. — On rencontre quelquefois des varices lymphatiques cutanées à la surface de l'abdomen, aux jambes, aux bras et probablement ailleurs. Dans certains cas, elles sont permanentes ; dans d'autres, lorsqu'elles sont plus profondément situées, elles constituent de petits renflements qui peuvent aller et venir dans l'espace de quelques heures. Je crois que ces dernières varices dépendent souvent de la présence actuelle de filaires adultes dans la tumeur. Cet état variqueux est le signe d'une obstruction lymphatique,. Il n'est pas rare de constater une lymphangiectasie filariqùe du cordon spermatique. Le contenu des vaisseaux dilatés peut être laiteux et chyleux, ou couleur paille et lymphatique, suivant leur situation et leurs connexions.
Épaississement des troncs lymphatiques. — JMaitland a fréquemment rencontré à Madras des cas de lymphangite dans lesquels, après que le gonflement initial et l'inflammation avaient disparu, subsistait encore un cordon épaissi. En excisant ce tissu épaissi et en le disséquant avec soin, il y a constaté de petites dilatations kystiques des lymphatiques malades, et dans ces kystes des filaires enroulées, tantôt mortes, tantôt savantes. La lymphangite, d'après cet auteur, serait causée dans ces cas par la mort des filaires. Daniels a fait de semblables observations dans la Guyane anglaise. J'ai récemment observé un cas analogue dans le service du D^ Abercrombie à l'hôpital de Charing Cross à Londres. Après la disparition d'une lymphangite filariqùe du bras, un épaississement de la grosseur du petit doigt subsistait à l'avant-bras. Gomme on y soupçonnait la présence de filaires adultes, ce cordon épaissi fut excisé par M. Young et placé dans la solution normale de chlorure de sodium. Au bout de huit heures, il fut finement disséqué et l'on y découvrit une filaire femelle vivante, d'environ 10 centimètres de long. Le parasite continua de vivre et de nager avec activité dans la solution saHne pendant près de deux heures.
Lympho-scrotum (fig. 88). — Symptômes. — Dans cette maladie, le scrotum est plus ou moins hypertrophié. Bien que soyeuse en général au toucher, la peau présente, à l'inspection, un nombre plus ou moins grand de varices lymphatiques de dimeo-
Manson.- Maladies clos pays chauds. 38
59'' FILAlilOSE.
sions variables, lesquelles, ouvertes par ponction ou spontanément, donnent issue à une grande quantité de liquide (lymphe ou chyle) laiteux ou sanguinolent, ou jaune-paille, qui se coagule rapidement. Dans certains cas, il s'échappe, en une heure ou deux, jusqu'à 250 ou 300 grammes de cette matière ; elle peut ainsi couler pendant plusieurs heures, souillant les vêtements et épuisant le malade. D'ordinaire, on peut découvrir des filaires embryonnaires dans la lymphe ainsi obtenue, aussi bien que dans le sang du malade.
Il arrive très souvent, dans ces cas de lympho-scrotum, que les ganglions inguinaux et fémoraux, d'un seul côté ou des deux à la fois, soient le siège de varices.
Il se produit fréquemment de l'inflammation érysipélateuse et de la fièvre éléphantiasique provoquées probablement par le frottement des cuisses ou des vêtements. L'abcès lymphatique n'est pas rare. Avec le temps, dans un certain nombre de cas, le scrotum tend à rester épaissi d'une Fig. 88. — Lympho-scrotum et adéno- manière permanente et à
lymphocèle. {D'après une photographie du .
Rennie, Foutchéou.) devenir le siège d un véri-
table éléphantiasis.
Traitement. — A moins de rechutes fréquentes d'inflammation, ou de lymphorragie débihtante, ou à moins que la maladie ne tende à devenir de l'éléphantiasis vrai, le lympho-scrotum doit être abandonné à lui-même, à condition de le tenir scrupuleusement propre, poudré, suspendu et protégé. Si cependant, pour une raison quelconque, on croit utile de réséquer les tissus malades, cette opération peut être aisément pratiquée. Le scrotum sera bien étiré par un aide, tandis que les testicules seront repous-
L YMPHO-SCROTUM.
sés en haut. Un bistouri est alors enfoncé à travers le scrotum, dans les tissus sains, les testicules étant tenus éloignés, et la masse est excisée en la sectionnant en avant et en arrière. Tous les tissus malades doivent être supprimés. On obtiendra suffisamment de peau pour recouvrir les testicules en étirant la peau des cuisses qui prête rapidement et fournit une ample enveloppe.
Par suite de cette soudaine et violente suppression d'un gros paquet variqueux dont le lympho-scrotum ne représente qu'une partie, il peut survenir de la chylurie et quelquefois de l'éléphantiasis de la jambe. Le malade devra être averti de cette possibilité.
Chylurie. — Pathogénie. — Lorsqu'une varice lymphatique de la paroi de la vessie, consécutive à une obstruction filarique du canal thoracique, vient à se rompre, le contenu des lymphatiques dilatés se répand dans la vessie et se mêle à l'urine. Il en résulte de la chylurie.
Symptômes. — Cette maladie a souvent un début brusque ; ordinairement, néanmoins, elle est précédée de douleurs lombaires et de sensations pénibles dans le bassin et dans les aines, causées probablement par la distension des varices lymphatiques préexistantes. La rétention d'urine, provenant de la présence d'un coagulum chyleux, est quelquefois la première indication d'un trouble important. Quel que soit le prélude de la chylurie, le malade s'aperçoit tout à coup que son urine est laiteuse. Parfois, au Heu d'être blanche, l'urine a une couleur rosée ou même rouge ; parfois elle est blanche le matin et rougeâtre le soir, ou çice versa. Dans certains cas, elle est chyleuse une partie de la journée, et parfaitement Hmpide le reste du temps. Il existe à cet égard une très grande variété chez les divers malades, et même de temps en temps chez un malade donné, sous l'influence d'une occlusion temporaire du lymphatique rupturé et aussi de la nature de l'ahmentation (1).
Caractères physiques de V urine chyleuse. — Si l'urine chyleusev
(1) L'aspect sanguinolent si souvent constaté dans l'urine chyleuse et dans les autres formes de lymphorragie filarique dépend probablement, dans quelques cas de Ja formation de globules sanguins dans une lymphe longtemps retenue à l'intérieur des vaisseaux variqueux, et résulte de l'évolution normale des éléments figurés de ce liquide. Dans d'autres cas, cet aspect est probablement causé par la rupture de petits vaisseaux sanguins dans les lymphatiques dilatés. ^
596 FILARIOSE.
est recueillie dans un verre à expériences, ordinairement, au bout d'un temps très court, la totalité de l'urine se coagule. Le coagulum se resserre graduellement, et, dans l'espace de quelques heures, un petit caillot, plus ou moins globuleux, en général rouge brillant ou rosé, flotte dans le liquide laiteux. Plus tard, ce liquide lui-même se sépare en trois couches. A la surface existe une peUicule crémeuse; au fond du verre, un sédiment rougeâtre, comprenant parfois de petits caillots rouges ; entre les deux, la masse de Turine forme un stratum épais, blanc laiteux ou blanc rougeâtre, dans lequel flotte le coagulum contracté. Si l'on prend à l'aide d'une pipette une petite quantité du sédiment et qu'on l'examine au microscope, on y découvre des cellules ressemblant aux globules rouges du sang, des lymphocytes, une matière granulo-graisseuse,-de l'épithéhum et des sels urinaires, et, mêlées à ces éléments, du moins dans un grand nombre de cas, des filaires embryonnaires. La couche intermédiaire contient beaucoup de matière granulo-graisseuse, tandis que la couche superficielle à aspect crémeux contient des globules graisseux en grande abondance, les granules tendant à s'agréger dans les globules volumineux. Si l'on détache une petite portion du coagulum et qu'on la presse entre deux lames, à l'examen microscopique on pourra trouver des filaires plus ou moins actives entre les faisceaux de fibrine. Si l'on agite l'urine laiteuse avec de l'éther, les particules graisseuses se dissolvent et l'urine devient claire ; la graisse peut réapparaître par décantation et évaporation de l'éther qui flotte à la surface de l'urine. L'ébuUition donne un précipité abondant d'albumine.
Guérison et rechutes. — La chylurie varie d'intensité d'une manière très capricieuse. Quelquefois l'urine reste chyleuse avec persistance pendant des semaines et des mois, et soudain, sans cause apparente, redevient hmpide et d'aspect normal, exempte de graisse ou d'albumine. Plus tard, une rechute se produira, puis la maladie disparaîtra de nouveau après un temps indéfini ; et ainsi de suite pendant de longues années.
Rétention d'urine. - La rétention d'urine n'est pas exceptionnelle ; elle est produite par la formation d'un coagulum dans la vessie. La sécrétion se rétabht d'ordinaire après quelques heures dp souffrance, l'urine entraînant de petits caillots vermiformes. E^ets constitutionnels. - Quoique la chylurie ne soit pas
CH YLURIE.
directement dangereuse pour l'existence, néanmoins, par sa durr elle peut produire une anémie prononcée, une depres- ^on nerv usl une sensation de faiblesse et de débiUté, et conduit TacUement le malade à une incapacité physique le rendant .mpropre à une vie active.
Causes déterminantes de la chylurie. - La chylurie a une grande tendance à se produire soit primitivement, soit comme rechute, pendant la grossesse ou après l'accouchement ; les troubles des lymphatiques pelviens pendant la grossesse, et les efforts musculaires accompagnant le travail, produisent sans doute une rupture des lymphatiques pelviens préalablement rendus variqueux par l'obstruction filarienne du canal thoracique. Chez 1 homme, la course, le saut et, en général, les efforts violents, sont souvent cités comme causes de chylurie ; d'ordinaire la cause déterminante n'est pas reconnue.
Traitement. - Le traitement de la chylurie doit être conduit d'après la même méthode que celui de toutes varices inaccessibles ; il faut chercher, par le repos et l'élévation de la partie atteinte, a diminuer autant que possible la pression hydrostatique dans les vaisseaux distendus. De nombreux traitements médicaux ont été préconisés. Lorsque, durant l'emploi de quelque médicament, la chylurie vient à disparaître, on est porté à attribuer a ce médicament des propriétés curatives. On obtiendra les meilleurs résultats en faisant coucher le malade, en élevant le bassin, en restreignant la quantité de nourriture et de hquide (surtout d'ahments gras), en prescrivant un léger purgatif et le repos absolu. On constatera souvent, au bout d'un jour ou deux de ce traitement, une cessation temporaire ou parfois prolongée de la chylurie. Les remèdes qui ont été particuhèrement célébrés dans le traitement de cette maladie sont l'acide galhque ou l'acide benzoïque à haute dose, la glycérine, la teinture de perchlorure de fer, la décoction d'écorce de palétuvier, l'acide chromique, la quinine, le sahcylate de soude, l'ichtyol et la Nigella sativa. Je ne crois pas que ces substances aient une influence quelconque sur la marche de la lymphorragie. Je ne crois pas non plus que le thymol, recommandé par Lawrie, ni le bleu de méthylène, prescrit par les auteurs américains, aient quelque effet, soit sur la filaire, soit sur la maladie qu'elle produit ; depuis qu'ils ont été recommandés pour la première fois, ces deux médica-
FILARIOSE.
ments ont été expérimentés, mais ils ont échoué en d'autres mains.
Orchite filarienne. — Plusieurs auteurs français décrivent, sous le nom d' « orchite paludéenne «, une forme spéciale d'inflammation des testicules, et, çà et là, dans la littérature médicale de 1 Inde, il est fait allusion à un sujet analogue ou identique. J ai maintes fois rencontré des cas d'orchite filarienne, mais je ne puis dire que j'aie jamais vu d'orchite purement et indiscutablement paludéenne. La fièvre qui accompagne l'orchite filanenne (laquelle est ordinairement associée à la lymphangite du cordon spermatique et parfois à l'inflammation du scrotum), comme la fièvre éléphantiasique, ressemble de très près à un accès paludéen et peut être attribuée par erreur à la malaria. Sans vouloir mer absolument l'existence d'une orchite paludéenne, je crois pouvoir avancer que l'affection décrite par les auteurs français et par ceux de l'Inde, et, en général, les inflammations endé-' miques des testicules, des cordons spermatiques et du scrotum, sont d'origine filarienne.
Synovite filarienne. — Maitland mentionne la synovite aiguë de l'articulation du genou comme pouvant être produite par la filaire, et donne 5 observations de cette affection. Il considère la coïncidence de la synovite et de la filaire comme trop commune pour être accidentelle.