‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 164 sur 213 · FI LA RI A PERSTANS · texte numérisé non relu

FI LA RI A PERSTANS

dans le tissu conjonctif à la racine du mésentère, derrière l'aorte abdominale et sous le péricarde.

Évolution. — On sait très peu de chose sur l'évolution de la F. perstans. Bien qu'elle ait une distribution géographique étendue, cette filaire est partout limitée dans sa topographie à des régions couvertes de vastes forêts et abondant en marécages. Au Kavirondo, où les forêts disparaissent et où le sol est couvert de broussailles et de'courts herbages, on ne la rencontre pas, non plus que dans les hauts plateaux de i- Afrique orientale "anglaise. Les villes et les régions cultivées en sont dépourvues. Cette limitation particulière sembl^ indiquer l'existence d'un mtermédiaire qui aurait lui-même une distribution restreinte, par exemple certaines Tabanidae (taons) ou certaines espèces de moustiques. En vue de trouver l'hôte intermédiaire de la F. perstans, Low a fait de nombreuses expériences avec des espèces différentes «t variées de moustiques [Culex fatigans, C. atratus, C. viridus, C. luieolateralis, C. quasi' gelidus ; Anophèles argyrotarsis, A. costalis, A. funestus ; Stethomyia nimbus; Zanthinosoma musica; Mansonia af ricana; Uratsenia cœruleocephala; Tœniorhynchus fuscopennatus) et d'autres insectes hématophages {Pulex irritans, Sarcopsylla penetrans, Pediculus capitis et P. vestimentis). Ces insectes furent capturés soit adultes, dans les cases d'individus atteints de la filaire, soit à l'état larvaire et nourris ensuite du sang de gens filariosés. Après ua certain temps, ils furent disséqués ; mais, sauf une exception, les résultats furent négatifs. Dans un cas isolé, on trouva deux formes évolutives entre les muscles thoraciques d'un Teeniorhynchus fuscopennatus pris à l'état larvaire et nourri sur un individu infecté. Christy a suggéré que l'intermédiaire véritable de la F. perstans était Ornithodoros moubata, tique de la sous-famille des Argasinœ (voir page 194). Il ne donne aucune preuve de cette opinion, qui est contredite par les faits' de' .a distribution géographique «t topographique.

Pathogénie. — Jusqu'ici la F. perstans ne paraît pas avoir une grande importance pathologique ; la présence des parasites adultes dans le mésentère semble faire peu de mal à ceux qui en sont atteints.

MiCROFiLARiA DEMARQUAI!, Mausou, 1895 (Planche V, fig. 4).

En examinant du sang qui m'avait été envoyé par le Newsam et qui provenait d'indigènes de Saint-Vincent (Antilles), je trouvai cette microfilaire dans le sang de plusieurs individus — dans 10 préparations sur 152. Elle ressemble à la microfilaria bancrofti et à la microfilaria loa au point de vue de la forme, mais en diffère par 'ses dimensions, qui mesurent en moyenne, d'après Low, 0'nni,2 sur 0in'n,005. Elle a une queue effilée, ne possède aucune périodicité ; on la trouve dans la circulation périphérique aussi bien le jour que la nuit. Ses mouvements sont très actifs ; elle peut s'allonger •ou se raccourcir, et non seulement elle frétille avec activité, mais elle se déplace sur la lame dans une préparation de sang frais. On ne sait rien de son évolution ni de ses conséquences pathologiques.

J'ai rencontré le même parasite dans le sang d'indigènes de Sainte-Lucie

FILARIOSE.

(Antilles), observation confirmée par Galgey, Low et Saint-Georges Gray. Low l'a aussi trouvé dans le sang d'indigènes de la Dominique et de la Trinidad. D'ordinaire, on rencontre de huit à dix parasites dans une préparation de dimensions ordinaires ; parfois, chez des sujets très infectés, on peut en compter plusieurs centaines sur une même lame. La distribution de cette microfilaire est singulièrement limitée, même dans les régions où elle est endémique.

Galgey ai trouvé cinq filaires femelles adultes dans le tissu péritonéaî d'un individu dont le sang avait contenu des microfilaria demarquaii durant la vie. Aucun mâle n'y fut découvert.

Ces vers ressemblaient beaucoup à la F. ozzardi adulte, mais, d'après Daniels, présentaient des différences structurales, spécialement en ce qui regarde la forme de la tête et de la queue, ce qui l'amena à conclure qu'ils appartenaient à une espèce distincte. Ils mesuraient de 65 à 80 millimètres de long sur 0°i«',21 à 0'»",25 de large. La tête a un diamètre de 0""»,09 à 0™™,1. L'orifice buccal est terminal. Le pore génital s'ouvre à O^'^.TG de la tête. Le tube digestif est presque droit et se termine par un anus subterminal. L'ouverture de l'anus est marquée par une légère papille. La queue est recourbée et diminue rapidement d'épaisseur au-dessous de la papille anale. Une cuticule épaissie recouvre l'extrémité caudale. Le diamètre au niveau de cette extrémité, avant sa terminaison, est de On^^jOS, La F. demarquaii est un ver plus gros que la F. perstans. Elle diffère^ de la jP. bancrofti et de la F. ozzardi en ce que sa tête est plus volumineuse et sa queue plus petite, et surtout par la cuticule épaisse qui recouvre sa queue. Cette cuticule présente des renflements, mais les divisions ne sont pas aussi marquées que chez la F. perstans. L'hôte intermédiaire n'a pas été découvert. Low croit que c'est une espèce rare de moustique. Il est très possible que certaines des petites filaires à queue effilée {F. ozzardi) de la Guyane anglaise appartiennent à la même espèce.

J'ai aussi trouvé une petite microfllaire à extrémité aiguë et sans gaine dans le sang d'indigènes de la Nouvelle-Guinée, filaire ressemblant de très près à la microfilaria demarquaii. Il est impossible de décider si ces divers embryons menus, à queue effilée et dépourvus de gaine, appartiennent à une ou plusieurs espèces, tant que les formes adultes n'auront pas été découvertes et comparées.

FiLARiA OZZARDI, Mauson, 1897.

Il y a quelques années, je reçus du D^ Ozzard, du Service médical de la Guyane anglaise, un certain nombre de préparations de sang obtenues d'Indiens Caraïbes habitant l'intérieur de cette colonie. Bien que les nègres et d'autres habitants du littoral et des districts colonisés de la Guyane anglaise soient très sujets à la F. bancrofti et à l'éléphantiasis, je n'ai jamais rencontré, dans les nombreuses préparations de sang caraïbe reçues à diverses reprises des D" Ozzard et Daniels, aucune microfilaria bancrofti. Le D'' Daniel a obtenu des résultats identiques. J'ai reçu du D' Ozzard l'assurance que l'éléphantiasis estinconnu parmi cette population. En examinant les préparations de sang en question, je découvris certains nématodes embryonnaires aveo

FILARIÂ OZZARDI.

des caractères si particuliers que je soupçonnai qu'ils représentaient au moins une nouvelle espèce de parasite du sang, à laquelle je donnai provisoirement le nom de F. ozzardL La moitié au moins des lames examinées contenaient ces parasites, quelques-unes au nombre d'un ou deux seulement, d'autres jusqu'à quarante ou cinquante.

Par leur forme et leurs dimensions, cinq sur six de ces embryons ressemblaient de très près à la microfilaria perstans (p. 609) — c'est-à-dire étaient émoussés à leur extrémité, ne possédaient pas de gaine et avaient des dimensions très réduites (Omm,! 73 à 0n"n,240 sur 0mm,0043 à Qi^m^ooS, Daniels). Mais en même temps que les filaires à queue émoussée et sur les mêmes lames se trouvait une forme à extrémité pointue, également très petite, et ressemblant à la microfilaria demarquaii. Les D^s Ozzard et Daniels ont confirmé cette découverte. Ces deux observateurs ont eu des occasions nombreuses d'examiner ces filaires à l'état de vie. Ils ont trouvé que les deux sortes de parasites se comportent dans le sang frais, sous le microscope, à peu près de la même manière que la microfilaria perstans et la microfilaria demarquaii, c'est-àdire qu'ils frétillent très activement, se rétractant, s'allongeant au même moment, et se mouvant dans le liquide sanguin.

Forme adulte. — Pendant un certain temps, la relation de ces filaires embryonnaires entre elles ainsi qu'avec la microfilaria demarquaii est restée indéterminée. Récemment Daniels a trouvé des filaires adultes — mâle et femelle — à l'autopsie de deux Indiens de Demerara dont le sang, durant la vie, avait contenu des embryons à extrémité émoussée et à extrémité pointue. Les formes adultes, qui paraissaient nombreuses, mesuraient environ 75 millimètres de long et étaient très effilées, — leur diamètre étant à peu près le tiers de celui de la F. bancrofti. Ce n'étaient donc pas des spécimens de la F. magalhâesi (p. 614). La tête avait la forme d'une massue et ne présentait pas de papilles. L'extrémité caudale du mâle était très enroulée et portait au moins un long spicule faisant saillie. Ces vers furent trouvés, dans un cas, dans le mésentère et dans le tissu adipeux à la base du mésentère ; dans l'autre, « non seulement dans le mésentère et dans la graisse abdominale, mais aussi dans la graisse sous-péricardique ». Les embryons in utero étaient tous à queue émoussée, comme l'a établi Daniels. J'ai eu l'occasion de comparer ces vers avec des F. perstans adultes authentiques. J'ai trouvé une identité complète entre les deux formes. L'arrangement bifide particulier de l'extrémité caudale était tout à fait caractéristique (p. 610).

Plus tard, Daniels a trouvé à l'autopsie d'un troisième aborigène, dans le sang duquel on avait rencontré des microfilaires à queue émoussée {F. perstans) et des microfilaires à queue pointue (et pas d'autres), quelques F. perstans adultes et, en outre, un ver femelle et une portion de ver mâle d'une espèce toute différente — probablement la forme adulte de l'embryon à queue pointue. Ces deux dernières formes adultes étaient placées l'une contre l'autre et l'on croit qu'elles étaient situées dans le tissu conjonctif souspéritonéal, dans la paroi abdominale antérieure. Excepté au point de vue de l'extrémité caudale qui était bulbeuse, elles ressemblaient exactement en dimension et en structure à la F. bancrofti. Daniels a dressé le tableau

FILARIOSE.

des principales dimensions des trois espèces — c'est-à-dire de la F. bancrofti, de la F. perstans et de cette lilaire peut-être nouvelle que je propose d'appeler provisoirement F. ozzardi (1).

Tableau comparatif des principales dimensions.

Page 1