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I.- PARASITES DES SYSTÈMES CIRCULATOIRE ET LYMPHATIQUE

(Fin.)

HÉMATURIE ENDÉMIQUE (bILH ARZIOSE).

(scHiSTOSOMUM H^MATOBiuM, Bilh. — V. Sieb, 1852).

Définition. — Maladie chronique, endémique, causée par le Schistosomumh8ematohium{Bilharzia hsematohia, Distomumhdsmatobium), donnant naissance à de la cystite et à de l'hématurie, à de la rectite et à d'autres symptômes, et caractérisée par la présence des œufs de ce parasite dans l'urine, ou dans les fèces, ou dans ces deux excrétions.

Historique et distribution géographique. — La fréquence de l'hématurie en Egypte, chez les indigènes et chez les gens qui visitent ce pays, a été constatée depuis longtemps. L'ejcphcation de cette circonstance particuUère fut donnée par Bilharz qui, en 1851, en découvrit la cause dans un trématode spécial, appelé dans la suite par Cobbold Bilharzia, en l'honneur de l'auteur de la découverte.

John Harley découvrit en 1864 les œufs caractéristiques dans des cas d'hématurie du Natal. On a rencontré depuis la maladie dans beaucoup d'autres régions de l'Afrique, en particuUer sur la côte Est de ce* continent, jusqu'à Port-Éhsabeth dans le Sud. Balfour l'a trouvée au Soudan. D'après Low, elle est très fréquente chez les indigènes de l'Ouganda. En Égypte, à en juger par les autopsies pratiquées par Bilharz, Griesinger et Sonsino, elle existe chez la moitié de la population. Elle se produit aussi en Arabie, en Syrie, en Perse, en Mésopotamie, à Chypre, à Maurice.

Étiolcgie. — Le parasite (fig. 99). — Le Schistosomum hsematobium est un trématode bisexué appartenant à la famille des ScJiistosomidse. Le mâle est

HÉMATURIE ENDÉMIQUE.

blanc, cylindroïde, mesurant de 11 à 15 millimètres de long sur 1 millimètre de large. Il possède une ventouse orale et une ventrale de dimensions sensiblement égales et placées côte à côte. L'aspect cylindrique du ver est produit par l'enroulement ventral des deux bords, sans lequel le corps serait plat.

Par cet enroulement est formé un canal gynécophore, dans lequel la femelle peut être partiellement renfermée. La femelle est plus foncée en couleur que le mâle, beaucoup plus longue (20 millimètres), plus filiforme, sa partie médiane étant embrassée durant le coït par le canal gycécophore dont nous avons parlé, tandis que les parties antérieure et postérieure restent libres. Les orifices génitaux des deux sexes sont situés face à face, et sont immédiatfiment postérieurs à la ventouse ventrale.

Ces parasites se trouvent dans le sang de la veine porte, dans ses branches mésentérique et splénique, et dans les veines vésicales, utérines et hémorroïdales. On les a rencontrés également dans la veine cave ; Sonsino considère que, si on les recherchait, on les trouverait probablement ailleurs dans la circulation. Leur nombre varie considérablement.

Fig. 99. — Schistosomum hse- Sonsino en a trouvé 40 dans un cas ; dans matobium, mâle et femelle. autre cas, Kartulis en a rencontré 300

(En partie d'après hooss.) ^^^^ ^^.^^ ^^^^^ et dans ses branches.

Looss a vu le tissu sous-muqueux de la vessie si riche en vers qu'on pouvait en trouver une paire dans chaque aire d'un demi-centimètre carré.

L'œuf (fig.l26,p. 666). — A l'examen microscopique, l'utérus de la femelle est trouvé garni d'œufs d'un aspect caractéristique. Ils sont de forme ovale, chaque œuf mesurant en moyenne 0'»«i,16 de long surî.0'"'",06 de large ; l'une des extrémités de l'œuf est pourvue d'une forte épine, courte et bien définie.

La nature exacte du processus par lequel les œufs quittent le corps de leur hôte humain n'a pas encore été exphquée d'une manière satisfaisante. Apparemment, le ver femelle émigré de temps en temps des grosses veines dans leurs petites racines, et dépose là ses œufs. Les parois de la vessie et du rectum sont ses lieux de prédilection pour cette ponte. Ensuite les œufs sont transportés, peut-être à l'aide de l'épine dont ils sont pourvus, vers la surface de la muqueuse, et là, tombant dans la lumière de l'intestin ou dans la vessie, sont expulsés avec les fèces ou avec l'urine, en même temps que se produit une hémorragie.

rembryon libre (fig. 102). — Dans l'urine qui vient d'être expulsée, l'œuf présente un aspect brunâtre, et contient généralement un embryon cilié (miracidium). Après un certain temps, cet embryon peut s'échapper par une ouverture longitudinale de sa membrane d'enveloppe. 11 nage alors de tous côtés, mais, s'il ne trouve pas d'eau douce, il meurt rapidement. Si l'urine

est bien diluée dans l'eau, l'embryon non seulement sort plus rapidement de son enveloppe, mais continue à vivre, à nager et à évoluer très activement pendant un temps considérable. Lorsqu'il nage, son corps change plusieurs fois de forme. La plupart du temps, lorsqu'il avance, il est oblong, s'amincissant un peu à la partie postérieure ; lorsqu'il est stationnaire, il tend à

iff 100 — Schistosomum hœmatobium ; Fig. 101. — Schistossmum hœmatohium • extrémité antérieure du mâle. diagramme de la coupe transversale

(D'après Looss.) (mâle et femelle).

prendre un aspect sphérique. Il se meut au moyen de ses cils qui, à l'exception d'un petit bec papillaire, recouvrent en épais faisceau toute la surface du corps. Si l'on examine attentivement l'embryon, on peut y reconnaître un canal allant du bec en question jusqu'à un estomac rudimentaire ; des deux côtés de ce canal, on peut voir deux toutpet its organes glandulaires, émettant chacun un tube délicat qui s'ouvre probablement quelque part dans le voisinage du bec. La masse de l'embryon est occupée par un grand nombre de globules sarcodiques. Une description détaillée de cet embryon est donnée par leD'G.-S. Brock dans la Lancet du 9 septembre 1893, page 625 ; nous y renvoyons le lecteur.

Évolution. — A part son premier stade de natation en liberté, le cycle extra-corporel de la Bilharzia est absolument inconnu, malgré les nombreuses tentatives qui ont été faites pour suivre son évolution. Sonsino croyait à une certaine époque qu'il avait découvert l'hôte intermédiaire dans un arthropode d'eau douce ; cette vue a été ensuite abandonnée. Raisonnant par analogie, on peut supposer que le miracidium passe dans le corps d'un mollusque d'eau douce, dans celui d'un crustacé ou d'une larve d'arthropode ; là, probablement, il subit les transformations ordinaires des trématodes en redia et en cercaire. Plus tard il s'enkyste sans doute et alors, soit en liberté, soit toujours dans le corps de l'hôte intermédiaire, il parvient chez l'homme par l'eau de boisson, et passe par l'estomac jusqu'aux veines du système porte.

Fig. — SchistO' somum hsematobium (miracidium). {D'après Looss.)

HÉMATURIE ENDÉMIQUE.

Récemment Looss a exprimé l'opinion que, à l'inverse des autres trématodes, S. hœmatobium ne demande pas un abri à un hôte intermédiaire, et que le miracidium entre dans le corps humain par pénétration directe dé la peau. Les indigènes de certaines régions de l'Afrique croient que l'hématurie endémique s'acquiert en se baignant, par pénétration du parasite dans l'urètre ; en conséquence, ils emploient divers procédés mécaniques pour prévenir ce danger. Je remarquerai que si S. hœmatobium ne demande pas à passer par un hôte intermédiaire, sa limitation géographique particulière est difficile à expliquer.

Symptômes. — Les symptômes produits par le schistosome varient d'importance dans de très larges limites. Quelquefois le malade ne ressent absolument rien ; dans d'autres cas la souffrance est très grande. Indirectement, par la nature grave des lésions des organes urinaires auxquelles il peut donner lieu, le schistosome est souvent une cause de mort.

Le symptôme le plus caractéristique de sa présence dans les parois de la vessie est l'émission de sang à la fin de la miction, avec ou sans sensation d'irritation. La quantité de sang qui s'écoule varie de quelques gouttes d'urine légèrement teintée à une quantité considérable de sang pur. La quantité de sang et le degré d'irritation augmentent à la suite de l'exercice, des imprudences diététiques et de toutes les causes qui aggravent la cystite. En général, les dernières gouttes d'urine contiennent seules du sang ; quelquefois, cependant, l'hémorragie est plusétendue, et alors la totalité de l'urine peut être teintée de sang. Parfois même des caillots sont expulsés.

Si, dans le cas d'une bilharziose de moyenne gravité, on recueille l'urine dans un verre et qu'on la regarde par transparence, on verra de petits flocons, ou des filaments mucoïdes enroulés, flottant dans l'intérieur du liquide. Si on laisse l'urine déposer,^ les flocons, et parfois aussi de petits caillots, s'amasseront au fond du verre ; ce dépôt, recueilli avec une pipette et examiné au microscope, sera trouvé composé non seulement de globules sanguins et des produits catarrhaux ordinaires, mais aussi d'un grand nombre d'oeufs à éperons caractéristiques.

Dans les cas douteux, lorsque les œufs sont peu nombreux, le meilleur procédé pour les rechercher est de faire vider sa vessie au malade et de recueillir dans un verre de montre les dernières gouttes d'urine qui sont expulsées en faisant des elïorts ; on y

SYMPTOMES

trouve invariablement des œufs. Un faible grossissement du inicroscope suffit et doit être préféré pour le diagnostic.

L'hématurie endémique dure des mois ou des années. La guérison est rarement complète. Dans les cas ordinaires, pourvu qu'il n'y ait pas de réinfection, l'hématurie tend à décroître, quoiqu'on puisse pendant des années continuer à trouver des œufs dans les dernières gouttes d'urine. Dans les cas graves, tôt ou tard des signes de cystite surviennent et s'accompagnent de souffrances très vives. Assez souvent les œufs deviennent les noyaux de calculs, et alors les symptômes d'une lithiase urinaire se surajoutent. Quelquefois, les lésions produites par la présence du parasite dans la vessie donnent heu à la formation d'une tumeur, auquel cas les symptômes augmentent de gravité, l'hématurie pouvant devenir excessive. L'hypertrophie, la contraction ou même la dilatation de la vessie ne sont pas rares. Outre les symptômes vésicaux, il peut y avoir des signes de prostatite, ou d'affection des vésicules séminales avec spermatorrhée. Dans ce dernier cas, on peut trouver des œufs dans le sperme. D'autres fois, les uretères et les reins euxmêmes sont affectés, et une grave maladie de ces organes en est la conséquence. Ces formes aggravées de l'infection produisent des souffrances énormes ; le malade anémié, amaigri, débilité, devient aisément la proie de toute maladie intercurrente.

Milton a montré l'extrême fréquence de la fistule urinaire en Égypte, conséquence de la maladie de l'urètre due au Schisiosomum. Ces fistules peuvent se produire en n'importe" quel point au voisinage des organes génitaux, mais sont particuhèrement communes au périnée et à la surface postérieure du scrotum ; elles sont dues à la lésion de la surface pubienne ou toit de l'urètre juste en face du bulbe, les œufs du parasite étant déposés dans le tissu muqueux ou sous-muqueux. Le rétrécissement de l'urètre est assez fréquent par suite de la même cause, surtout dans le cas de fistules en rapport avec le plancher de l'urètre.

Chez la femme, on a observé des vaginites et des métrites du col produites par ce parasite. Sur lu vulve, on rencontre très

Fig.l03. — Coupe d'un noyau de calcul urinaire contenant des œufs de Schistosomum hsematobium.

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fréquemment, d'après Madden, des masses papillomateuses contenant des œufs de Schistosomum.

Outre les lésions des organes génito-urinaires, des symptômes rectaux ont été décrits et les œufs caractéristiques du S. hœmatohium ont été trouvés dans le rectum. Cependant, une autre espèce {S. mansoni), qui expulse invariablement ses œufs par l'intestin, a été souvent confondue avec la vieille espèce classique. Les lésions intestinales donnent lieu à des symptômes dysentériformes. Très souvent les matières fécales contiennent du sang et des mucosités, et les efforts continuels peuvent être très pénibles, surtout lorsque des masses polypoïdes volumineuses font saillie hors de l'anus. Récemment, j'ai vu un cas dans lequel existaient autour de l'anus, au périnée et à l'aine, des excroissances condylomateuses étendues et remplies d'œufs.

Anatomie pathologique. — Le caractère des lésions produites par le Schistosomum varie beaucoup suivant le degré et la durée de l'infection. Dans presque tous les cas, les parois de la vessie sont intéressées de bonne heure. Tout ce qu'on peut apercevoir à l'œil nu, à ce stade de la maladie, est un certain degré d'injection des petits vaisseaux de la muqueuse vésicale, et, d'après Sonsino, certaines élévations vésiculeuses ou papuleuses de très petite dimension sur la surface de cette membrane. Quand ces petites excroissances sont examinées au microscope, on y trouve des œufs. On peut encore rencontrer des œufs dans les petits vaisseaux sanguins dilatés. Plus tard, on observe, surtout au niveau du trigone vésical, des plaques rondes d'épaississement inflammatoire qui font légèrement saillie, ont une surface granuleuse et une certaine densité ; à la section, elles crient sous le couteau, comme si elles contenaient des parcelles de gravier. Il est évident que ces plaques épaissies et surélevées sont le résultat d'un processus inflammatoire provoqué par les grappes d'œufs que le microscope montre répandus dans toute leur étendue. Les œufs sont surtout déposés dans la sous-muqueuse, en moins grand nombre dans la muqueuse elle-même, et encore moins abondamment dans les parois musculaires de l'organe ou dans son tissu conjonctif sous-séreux. Ils tendent à se montrer en groupes, chacun de ces amas étant entouré d'une sorte de japsule de tissu connectif ; ou bien ils peuvent reposer dans les

AN ATOMIE PATHOLOGIQUE. 621

petits vaisseaux sanguins qu'ils obstruent. Quelques-uns sont calcifiés ; d'autres sont encore vivants, soit en voie de segmentation, soit renfermant un embryon cilié. A la surface des petites plaques rondes dont nous avons parlé, des dépôts de phosphates, contenant aussi des œufs, sont souvent formés ; quelquefois ces plaques présentent de petites escarres. On trouve en outre, a la surface de la muqueuse, des formes variées d'excroissances polypoïdes (quelquefois ulcérées) qui font saiUie dans la cavité vesicale. Ces diverses hyperplasies contiennent fréquemment des parasites adultes aussi bien que des œufs.

Outre ce qu'on peut appeler les lésions spécifiques de la muqueuse, la tunique musculaire de la vessie est généralement hypertrophiée. Par suite de cette hypertrophie, par suite aussi de l'accroissement des viUosités et de la formation de diverses tumeurs, la capacité de l'organe peut être diminuée. Sa surface muqueuse est généralement recouverte d'un enduit muco-sanguinolent contenant des myriades d'œufs. On trouve parfois du gravier ou de petits calculs déposés dans les lacunes de la paroi vésicale hypertrophiée et durcie, ou libres dans la cavité. Assez souvent une semblable hyperplasie se produit dans les uretères, particuUèrement vers leurs extrémités inférieures. Dans de rares circonstances, le rein lui-même est affecté. L'oblitération de l'uretère se produit parfois, par suite de l'épaississement de sa muqueuse et du passage de petits calculs ; elle aboutit à la dilatation du bassinet et à l'atrophie du parenchyme rénal. Il est facile de comprendre qu'avec le temps ces lésions de la vessie et des uretères peuvent donner Ueu à de l'hydronéphrose, à de la pyélite, à l'abcès du rein, et à des affections secondaires analogues.

L'hyperplasie par suite de l'infection bilharzienne peut aussi se produire dans les vésicules séminales, dans les parois du vagin et dans le col de l'utérus, et aboutir à un écoulement sanguinolent contenant des œufs du parasite.

Lorsque le tube intestinal est impliqué, on trouve de nombreuses excroissances polypoïdes adénomateuses, surtout dans le rectum ; en général elles se mortifient et sont éhminées, laissant des ulcérations à bords déchiquetés. Les parois de l'intestin s'épaississent et s'indurent par suite de la formation d'un tissu fibreux abondant entre les couches des ligaments péritonéaux.

HÉMATURIE ENDÉMIQUE.

On peut mentionner que les œufs de schistosome ont été rencontrés en petit nombre dans le foie, dans des calculs biliaires, dans les poumons, dans le cœur et dans les reins. Nous n'avons aucune observation d'une lésion quelconque produite par leur présence dans ces organes.

Enfin des tumeurs ont été quelquefois causées par le schistosome dans le péritoine et les ligaments de l'utérus

Diagnostic. — Le diagnostic de la bilharziose est facile ; la présence des œufs dans les urines est décisive. Dans les pays, comme l'Egypte, où la maladie coïncide souvent avec la chylurie, avec la lithiase rénale, avec une tumeur vésicale, avec la cystite blennorragique, ou avec la pyélite, aussi bien qu'avec des affections prostatiques, on doit avoir grand soin, dans chaque cas particulier, de séparer les facteurs spéciaux auxquels les différents symptômes doivent être attribués. Ainsi, dans la chylurie associée à la bilharziose, il y aura dans l'urine du chyle mélangé au sang. Dans cette combinaison, le caillot qui se formera sera volumineux, contiendra des gouttelettes de graisse et des globules sanguins, et, très probablement, des filaires embryonnaires mélangées aux œufs de Schistosomum; en outre, les filaires pourront être généralement rencontrées dans le sang obtenu la nuit par piqûre du doigt. Si l'on soupçonne la présence de calculs dans la vessie, on les recherchera à l'aide de la sonde. Dans la cystite blennorragique, il existe des commémoratifs d'urétrite. Dans les affections de la prostate, on peut reconnaître l'hypertrophie de cet organe. Le diagnostic peut être rendu difficile par la présence des œufs en petit nombre, ou par leur absence totale par suite de la mort des vers adultes. Les troubles causés par le parasite continuent à se produire, bien que les œufs — le signe le plus certain de l'existence du parasite — ne soient plus expulsés. Mais, lors même que les œufs sont très peu nombreux, on peut les trouver néanmoins dans les dernières gouttes d'urine. Si l'on ne réussit pas à les découvrir dans l'urine, on arrive parfois à en obtenir en raclant avec la sonde la muqueuse vésicale ; si l'on examine au microscope les lambeaux de muqueuse ainsi obtenus, on pourra y observer quelques œufs, peut-être calcifiés, mais présentant l'éperon caractéristique.

Dans les affections du rectum, si l'on soupçonne l'action du schistosome, on examinera, au point de vue de la recherche des

TRAITEMENT ^23

œufs le mucus et les fèces ou, en leur absence, une des excroissances polypoïdes arrachée avec les doigts ou la pince ; on ne négligera pas l'examen de l'urine.

Pronostic — Un élément important à considérer pour établir un pronostic est la longue durée de la vie du parasite. Sonsmo mentionne un cas dans lequel des œufs vivants continuèrent a être expulsés pendant neuf ans après leur première apparition, et après que toute chance de réinfection avait disparu. Un autre élément important est le degré de l'infection ; plus grand est le nombre des vers, plus graves et plus étendues sont les lésions produites. Comme pour l'infection filarienne, le nombre des cas graves croît en proportion du nombre de personnes atteintes dans une ré^ gion. Le pronostic est pratiquement celui d'une cystite chronique produite par une cause irrémédiable, mais non fatale par ellemême. On peut souvent prévoir beaucoup de souffrances, et, en conséquence, de l'anémie et de la faiblesse ; il peut se former des calculs ; il peut se produire de graves affections rénales. Dans les cas d'infection légère, qui sont heureusement les plus fréquents, le malade ne semble souffrir en rien de la présence du parasite, et généralement échappe à toutes les suites graves. Dans tous les cas, bénins ou sévères, il peut y avoir des hématuries de temps en temps ; en général, la quantité de sang perdue est insignifiante.

Traitement. — Notre connaissance des positions occupées par le parasite dans le corps humain nous montre l'inutihté des moyens employés pour essayer de le détruire radicalement par l'emploi de substances toxiques introduites dans la vessie, le rectum ou l'estomac. Jusqu'ici nous ne connaissons aucun procédé, direct ou indirect, pour détruire les schistosomes. Il ne peut résulter que du mal pour le malade de toute tentative de cure radicale. Nous devons donc borner nos efforts à palher les eiîets de la présence du parasite. Pratiquement, le traitement se réduit à celui de la cystite chronique. La diète doit être légère, mais nutritive ; les stimulants et les épices seront évités. Les excès de toutes sortes, les violents efforts musculaires, le froid et les autres causes de catarrhe sont également à redouter. Durant les exacerbations de l'hématurie ou de la cystite, on doit prescrire

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le repos et les boissons abondantes. Milton a obtenu de bons résultats par l'emploi de l'extrait éthéré de fougère mâle administré en doses de 1 gramme trois fois par jour dans l'hématurie à schistosome. Un auteur récent a préconisé le bleu de méthylène (3 grammes trois fois par jour) dans la même affection. L'adrénaHne a quelque influence contre l'hémorragie.

La douleur sera combattue par les calmants. Le catarrhe excessif do la vessie sera traité par les lavages à l'acide borique faible, et l'administration interne d'urotropine, d'uva ursi, de buchu (rutacée de l'Afrique australe), parfois de petites doses de cubèbe, de copahu, de santal, de salol, d'acide benzoïque, etc. Les calculs et les excroissances gênantes doivent être enlevés par une opération. Lorsque les troubles produits par la maladie étaient excessifs, Mackie et d'autres praticiens ont obtenu de bons résultats à la suite d'une cystotomie périnéale suivie de drainage. Les excroissances adénomateuses du rectum, lorsqu'elles sont accessibles, doivent être excisées. Dans le cas de lésions graves du rectum, les moyens ordinaires ayant échoué, l'excision de la partie atteinte peut être nécessaire. La fistule périnéale sera traitée par les procédés chirurgicaux habituels. L'hyperplasie du vagin et du col de l'utérus est justiciable d'un curettage.

Prophylaxie. — Puisque l'analogie justifie l'hypothèse que l'embryon du schistosome, parvenu dans l'eau, entre dans le corps d'un animal d'eau douce et pénètre ainsi chez un nouvel hôte humain, il est évident que si l'on empêche l'embryon d'arriver dans l'eau de boisson, ou si l'on ne boit que de l'eau filtrée ou bouilhe, on s'opposera efficacement à la propagation de la maladie.

Dans les régions endémiques, les enfants en particuher doivent être prévenus avec insistance du danger de boire l'eau des étangs ou des canaux. Pourvu que l'on écarte tout danger de réinfection par un redoublement de prudence au sujet de l'eau de boisson, il n'est pas nécessaire d'envoyer un malade atteint de bilharziose hors de la région où il a contracté sa maladie.

Tous les soins doivent être apportés à prévenir la diffusion de la maladie, en empêchant l'évacuation des excréta dans l'eau où les miracidia pourraient trouver toutes facilités pour se développer et transmettre la maladie. Cette prohibition ne doit pas être restreinte aux malades seuls, mais étendue à tout le monde, car.

SCHISTOSOMUM M AN SON 1, 628

ainsi que l'ont montré les enquêtes à ce sujet, une grande proportion des individus atteints de schistosomes ne souffrent aucunement de leur infection et ignorent souvent son existence.

SCHISTOSOMUM MANsoNi, Sambou, 1907.

L'existence d'un schistosome produisant des œufs à épine latérale fut signalée par Bilharz en 1851 ; mais cet auteur confondit cette espèce avec le S. hœmatobium et supposa que ces œufs à épine latérale représentaient des capsules formées par les larves une fois écloses. Après Bilharz, plusieurs observateurs rencontrèrent des femelles portant in utero ces œufs particuliers,^ et l'idée d'une espèce distincte se présenta à l'esprit de Sonsino entre autres, mais cette idée fut aussitôt écartée en faveur d'autres hypothèses. Les œufs à épine latérale étant trouvés seulement dans les fèces d'Égyptiens atteints d'hématurie, la majorité des médecins croyaient que la position particuUère de l'épine était due à la distension subie par la capsule de l'œuf pendant son passage à travers la tunique musculeuse du rectum ; ils oubhaient que la ponte de ces œufs ne se produit que dans la couche sousmuqueuse, et que les mêmes œufs à épine latérale se trouvent déjà dans l'utérus de la femelle. Sonsino a suggéré que les deux sortes d'œufs représentaient respectivement les embryons mâle et femelle. Looss supposait que les œufs, à épine la.térale pouvaient être le produit de femelles non fécondées.

En 1903, en examinant un malade qui avait longtemps résidé à Antigua et dans d'autres îles des Antilles et qui n'avait jamais été en Afrique, je trouvai dans ses fèces de nombreux œufs de Schistosomum portant une épine latérale. Des examens répétés de l'urine restèrent négatifs, et le malade affirma qu'il n'avait à aucun moment souffert d'hématurie. Ce cas, joint à l'absence de l'hématurie endémique aux Antilles, m'amena à penser que les œufs à épine latérale devaient indiquer une espèce distincte de schistosome, et je pubhai cette hypothèse à diverses reprises. Depuis lors un faisceau de preuves s'accumula en faveur de ma conjecture. Une nouvelle espèce de Schistosomum {S. japonicum), possédant dés œufs sans épine et affectant seulement l'intestin, a été découverte au Japon, et des examens attentifs au point de vue helminthes faits au Congo belge (Brôden) et à Porto-Rico Manson. — Maladies des pays chauds.

SCHISTOSOMUM M AN SON I

(Gunn, etc.) ont montré l'absence de maladie iirinaire et la fréquence de lésions rectales produites par un schistosome dont les œufs portent invariablement une épine latérale. Finalement Sambon {Proceedings of the Zoological Society, 9 mars 1907), ayant eu l'occasion de comparer des spécimens du type à épin& latérale avec S. hasmatohium et d^Sinir es, S chistosomidœ, et prenant en considération sa distribution géographique et sa pathogénie particulière, proposa d'en faire une espèce distincte et me fit l'honneur de l'appeler S. mansoni en considération de l'hypothèse que j'avais émise. Les préparations ayant été mal conservées, Sambon ne put donner les dimensions exactes et la structureanatomique de la nouvelle espèce, qui ressemble beaucoup, comme aspect général, à S. haematohium (1). Sa détermination est surtout basée sur les caractères des œufs. Après avoir rappelé que d'autres espèces d'animaux, par exemple une autruche(/î/iea),ont étéétabhes uniquement d'après les caractères de leurs œufs, Sambon attire l'attention sur ce fait que toutes les Schistosomidœ de l'homme et des bestiaux sont très semblables comme morphologie générale, leur seule différence frappante et caractéristique résidant dans leurs œufs, qui varient beaucoup d'une espèce à l'autre. Ghez^ S. haematohium, les œufs sont plus ou moins ovoïdes et pourvus d'une courte épine terminale droite; chez S. hovis, ils sont fusiformes et leur courte épine terminale est en forme de cœur ; chez S. japonicum, ils sont ovoïdes et dépourvus d'épines; enfin, chez S. mansoni ils sont ovales et pourvus d'une grosse épine latérale.

Une étude comparative approfondie montrerait probablement de nombreuses différences structurales entre S. hasmatohium et S. mansoni ; pour l'instant, les caractères de leurs œufs sont suffisants par eux-mêmes pour séparer les deux espèces (2). Il est vraisemblable que S. mansoni est une espèce africaine introduite dans le nouveau continent, comme Necator americanus, par des nègres de l'Afrique occidentale.

(1) Dans les deux espèces les mâles présentent une surface externe irréguliôre. mais les tubercules semblent différer de nombre et de volume.

(2) Holcomb, dans un travail dont je viens d'avoir connaissance, mentionne 5 cas autochtones de schistosomiase intestinale dans l'île de Vièques. Les œufs du parasite étaient invariablement pourvus d'une épine latérale. Il ajoute que 167 cas semblables ont été observés à Porto-Rico ; les œufs ne se trouvaient que dans les fèces, jamais, dans l'urine.

SCHISTOSÔMUM JAPON ICUM. 629

S. mansoni habite surtout les veines mésentériques, et ses œufs, déposés dans la sous-muqueuse du rectum, produisent des symptômes dysentériformes, consistant dans l'excrétion de mucosités et de sang et dans l'émission fréquente de selles contenant des œufs et dont l'expulsion est accompagnée de ténesme. Dans ces cas, on peut sentir à l'intérieur du sphincter anal des excroissances petites ou quelquefois volumineuses, molles, ramifiées. Elles ressemblent aux tumeurs polypoïdes et sont facilement prises pour des hémorroïdes. Elles peuvent remonter jusqu'à la courbure sigmoïde. En disséquant l'une de ces excroissances, on trouvera des œufs à l'intérieur.

Les œufs de S. mansoni ont été rencontrés aussi dans le foie, donnant lieu à une forme de cirrhose particuhère.

SCHISTOSOMUM jAPONicuM, Katsurada, 1904.

(Syn. : Schistosomum cattoi, Blanchard.)

Historique. — Depuis quelques années, les médecins japonais avaient observé dans les provinces de Yamanashi et Hiroshima et à Saga (Japon) une maladie endémique caractérisée par l'hypertrophie du foie et de la rate, la cachexie et l'ascite. Les malades étaient atteints de diarrhée, leurs selles contenant du mucus teinté de sang. Parfois ils présentaient de la fièvre. Ils s'anémiaient et beaucoup d'entre eux mouraient d'épuisement. A l'autopsie, le foie et les autres organes étaient trouvés contenir les œufs d'un helminthe inconnu (1). En avril 1904, Katsudara découvrit que les œufs trouvés dans les selles de ces malades contenaient un embryon cilié assez semblable au miracidium de Schistosomum hœmatobium. Désappointé par une autopsie, il examina des chiens et des chats dans la zone d'endémicité et eut la chance de trouver du premier coup, dans le système porte de deux chats de la province de Yamanashi, de nombreuses Schistosomidse contenant des œufs exactement semblables à ceux découverts auparavant chez l'homme. Il publia cette découverte le 13 août 1904 et nomma ce nouveau trématode S. j'aponiciim. Presque

(1) Dés l'année 1888, Majima, à Tokio, trouva des œufs particuliers dans le foie d'un cirrhotique. Il les décrivit comme les œufs d'un parasite inconnu. En 1890, dans un cas semblable, Yamagiwa trouva des œufs qu'il attribua à un trématode pulmonaire.

SCHISTOSOMVM JAPONICUM.

simultanément, et indépendamment, Fujinami observa des cas de cette maladie dans le village de Katayami (province de Bingo) et trouva à l'autopsie de son premier cas mortel les œufs caractéristiques dans divers organes. Dans une seconde autopsie, il trouva, outre les œufs contenus dans le foie, la paroi intestinale et les ganglions mésentériques, un parasite situé dans une branche de la veine porte et qu'il regarda comme S. hxmatohium. En novembre 1904, Catto découvrit le même parasite dans des coupes du mésocôlon d'un Chinois de la province de Fo-Kien qui mourut du choléra à l'île Saint-John (lazaret de Singapore).

Description du parasite. — Schistosomum japonicum ressemble beaucoup comme structure générale à S. hsematohium. Comme chez ce dernier, les

ventouses sont placées côte à côte à l'extrémité antérieure du corps ; l'acetabulum ou ventouse postérieure est distinctement pédiculée et en forme d'entonnoir. Les ventouses chez les deux sexes et la surface ventrale du corps chez le mâle sont pourvues de petites épines.- Les caractères distinctifs du nouveau trématode sont ses petites dimensions (mâle 9 à 12 millimètres de long sur Omm^S d'épaisseur; femelle 12 miUimètres de long sur 0'nnï,4 d'épaisseur), et la plus grande largeur de l'acetabulum comparé à la ventouse orale. Chez le mâle, le tégument est lisse et non granuleux, et la partie postérieure du corps est relativement plus large, les deux bords se superposent bien moins que chez S. hsematohium. Enfin les œufs (70 à 75 de long sur 45 à 55 [a de diamètre) sont lisses et ne possèdent pas d'épine. Une étude comparative de l'anatomie des deux Schistosomidse montrera probablement d'autres différences morphologiques. Catto mentionne un large canal déférent et des testicules lobulés chez le mâle, et une disposition différente des cellules jaunes chez la femelle. Looss remarque un plus grand développement du système musculaire chez S. japonicum mâle, ce qui suppléerait, d'après lui, à l'absence d'éminences cuticulaires.

Catto a trouvé les vers adultes dans les petits vaisseaux sangmns du mésentère, mais n'a pu déterminer s'ils occupent les artères ou les vemes. Il croit qu'on peut les rencontrer dans les deux. Le tégument hsse et non granuleux de S. japonicum semble indiquer un habitat anatomique différent de celui de S. hœmalohium, ce dernier ayant une cuticule pourvue de nombreuses protubérances épineuses. S. luematohium, qui habite le système veineux, a un tégument irréguher qui lui permet d'adhérer à la tunique interne des veinules et de résister à la pression sanguine durant la ponte. S. japo-

Fig. 104. — Schistosomum japonicum (mâle).

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