‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 169 sur 213 · MODE D'INFECTION · texte numérisé non relu

MODE D'INFECTION

l'eau de boisson, était digéré ; et que le parasite, étant mis en liberté, se frayait un chemin dans les tissus de son hôte nouveau et définitif ; mais toutes les expériences qu'il a faites pour communiquer l'infection par l'ingestion de cyclopes contenant des larves de Dracunculus ont donné un résultat négatif. Ces échecs ont fait supposer que les embryons peuvent avoir besoin de subir certaines transformations avant d'être adaptés à la vie dans le corps de l'homme. Considérant la Hmitation géographique particuUère de cette helminthiase et la distribution très générale du cyclope, cette hypothèse semble assez vraisemblable (1).

Tout récemment, Leiper a montré que si l'on transporte un cyclope infecté dans une solution à 0,2 p. 100 d'acide chlorhydrique, il est immédiatement tué, mais les embryons, bien loin d'être détruits, sont au contraire excités et rendus très actifs et, s'ils viennent à s'échapper dans le Uquide, y nagent hbrement. Il en conclut que, dans les conditions naturelles, l'homme peut' être infecté par l'ingestion de cyclopes porteurs du parasite, et que le suc gastrique doit agir sur le cyclope et sur les larves comme' fait l'acide chlorhydrique de l'expérience précédente. Pour prouver ce fait, il nourrit un singe avec des bananes contenant des cyclopes qui avaient été infectés cinq semaines auparavant, et qui contenaient des embryons bien développés. Six mois plus tard, lorsque le singe mourut, cinq vers furent trouvés dans son tissu conjonctif, possédant tous les caractères anatomiques du D. medinensis.

On possède aujourd'hui les preuves complètes que l'évolution du dragonneau femelle dure à peu près une année, probablement en conformité des habitudes de certaines espèces de cyclopes qui leur servent d'hôtes intermédiaires dans les conditions ordinaires. On ne peut guère supposer que toutes les espèces de cyclopes puissent remplir ce rôle ; car autrement le ver de Guinée aurait une distribution géographique beaucoup plus étendue.

Explication des particularités biologiques. — Le peu que nous connaissons maintenant de l'évolution du ver de Guinée nous explique beaucoup de points auparavant mystérieux. Nous pouvons comprendre comment le parasite, en atteignant sa maturité, se dirige vers les jambes et les pieds ; ce sont les parties du corps

(1) Un auteur allemand a affirmé avoir réussi à communiquer le ver de Guinée à un singe en appliquant des embryons vivants sur la peau de l'animal.

VER DE GUINÉE

humain les plus exposées, dans les pays tropicaux, à venir au contact des flaques d'eau, milieu où vit le cyclope, hôte intermédiaire. Nous pouvons également comprendre pourquoi c'est le contact de l'eau sur la peau du malade qui amène le ver de Guinée à expulser ses embryons, et quelle est la raison d'être de l'arrosage à l'eau froide, si pratiqué par les indigènes de certaines régions endémiques dans leurs tentatives d'extraction.

Les porteurs d'eau en Inde passent pour être très sujets à la draconculose ; le parasite apparaît chez eux dans le dos, 'qui est la partie du corps en contact avec les outres qu'ils transportent. On a voulu déduire de ce fait que le jeune dragonneau pénètre par la peau. J'en inférerais plutôt, si le fait est exact, que le ver adulte, obéissant à son instinct, cherche la partie du corps la plus exposée à l'eau, laquelle, dans le cas du porteur d'eau, se trouve être la région dorsale.

Mort prématurée du parasite. — Quelquefois le ver de Guinée n'arrive pas à percer le tégument de son hôte; d'autres fois, il meurt avant d'arriver à maturité. Dans certains cas il peut produire des abcès ; ou bien il se calcifié et on peut le sentir, des années après, comme un cordon dur enroulé sous la peau de la jambe> ou le découvrir seulement à la dissection.

Traitement. — Autrefois, on avait l'habitude, aussitôt qu'un ver de Guinée apparaissait, d'attacher l'extrémité qui faisait saillie à l'extérieur à un morceau de bois, et de l'enrouler en don- . . nant à cette baguette un tour ou

deux chaque jour. Quelquefois ces tentatives réussissaient ; mais, aussi souvent, le ver . se rompait sous l'effort. Les conséquences de cet accident étaient souvent désastreuses. Des myriades d'embryons s'échappaient par le point de rup-

Fig. 111. — Extraction du ver ^ , - i 4. j i 4.;^^,,^

■ de Guinée. ^'^^^ 6t, se répandant dans les tissus,

produisaient une violente inflammation accompagnée de fièvre et suivie d'abcès et de gangrène ; dos semaines et parfois des mois s'écoulaient avant que les malheureuses victimes de cette chirurgie grossière fussent de nouveau sur pied. Trop souvent de sérieuses rétractions et des ankyloses, par

TRAITEMENT

suite de la perte de substance et de l'inflammation, quelquefois même la mort par suite de troubles septiques, en étaient la conséquence.

Si un ver de Guinée est protégé contre les traumatismes, et que la région qu'il occupe soit fréquemment arrosée d'eau, son utérus se remplira naturellement et graduellement d'embryons. Jusqu'à ce que ce processus soit achevé, il résiste à l'extraction ; il est possible que le crochet formé par son extrémité caudale lui serve à se maintenir en place. Mais lorsqu'au bout de quinze ou vingt jours la parturition est accomphe, le ver se résorbe ou tend à émerger spontanément. A ce moment, une légère traction peut aider sa sortie ; mais cette traction ne doit pas être pratiquée tant que le parasite émet des embryons. L'accomplissement de la parturition peut être aisément constatée par l'expérience de l'arrosage à l'eau froide déjà décrite.

Êmily, médecin de la marine française, a publié un système de traitement des cas de draconculose qui promet beaucoup pour abréger la durée de la maladie et obvier aux risques sérieux que faisait courir le vieux système de la baguette. Au moyen d'une seringue de Pravaz, il injecte dans le corps du ver, si celui-ci fait saillie à l'extérieur, une solution de bichloruredemercure à 1 p. 1000. Il tue ainsi le parasite. Au bout de vingt-quatre heures, l'extraction se fait en général aisément. Si le ver ne s'est pas montré à l'extérieur, mais peut être senti enroulé sous la peau, il injecte le plus près possible de l'animal, et en plusieurs piqûres, quelques gouttes de la même solution. Il arrive encore, par ce même procédé, à tuer le parasite. Le corps du ver est alors résorbé, comme le serait un morceau de catgut aseptique, sans inflammation ni réaction d'aucune sorte ; ou bien on peut le disséquer et l'extraire aisément. D'autres auteurs ont confirmé la valeur de la méthode d'Émily qui fait gagner du temps et supprime de la souffrance et qui, avec des précautions convenables, est dépourvue de risques.

Prophylaxie. — 11 est évident, d'après ce que nous avons dit sur le rôle du cyclope, que la prophylaxie du ver de Guinée consiste simplement à empêcher les individus atteints de draconculose de contaminer l'eau de boisson.

F} LA ni A LOA.

FILARIA LOA.

Synonymes. — Dracunculus oculi. — D. loa. — Filaria oculi. — F. siibconjunctwalis. — F. diurna. — F. hourgi.

historique. — La Filaria loa est connue depuis plus de trois cents ans. Quoiqu'elle soit indubitablement d'origine africaine, les premières descriptions se rapportent à des nègres des Antilles qui devaient avoir contracté leurs parasites en Afrique occidentale avant d'être emmenés comme esclaves en Amérique. Pendant longtemps, le ver fut regardé comme nn Dracunculus non adulte. Depuis que les caractères de ce parasite ont été mieux étudiés, cette opinion n'a plus pu être soutenue et la F. loa est maintenant classée comme une espèce particulière.

En 1891, je trouvai dans le sang de deux nègres — l'un du Bas- Congo, l'autre du Vieux-Calabar — certaines microfilaires ressemblant beaucoup, au point de vue morphologique, à celle de la F. hancrofti, mais différant de cette dernière en ce qu'elles se montraient pendant le jour dans la circulation périphérique et en disparaissaient la nuit. Comme l'un de

Fie. 112. — Filaria loa > •, - x ' ±.

(grandeur naturelle). ces negres avait présente auparavant une

F. loa dans son œil, je supposai que la nouvelle micro filaire, que je nommai F. diurna, était la forme larvaire de la F. loa. Cette hypothèse était appuyée sur le fait que, dans des fragments d'une loa que m'avait envoyés Leuckart, étaient renfermés des embryons paraissant identiques à tous égards avec F. diurna. Néanmoins je ne pus, dans plusieurs cas d'infection par lai^. loa, découvrir la micro filaria diurna dans le sang.

En 1901, Dutton, Annett et Elhott eurent l'occasion d'étudier la F. diurna dans son pays, en Afrique occidentale, et arrivèrent à la conclusion que mon hypothèse en ce qui regarde la relation de la microfilaria diurna et de la F. loa était erronée. Ces auteurs soutenaient que la microfilaria diurna n'était autre que la microfilaria bancrofti dont la périodicité normale avait été inversée par les habitudes particuhères des nègres de l'Afrique occidentale, lesquels, d'après eux, passaient leurs nuits en orgies.

Sambon, réfutant la théorie de la Commission de Liverpool,

montra à son tour la grande ressemblance de la microfilaria diurna avec les larves trouvées dans l'utérus de la F. loa, et expliqua que le manque de simultanéité entre la microfilaria diurna et la F. loa chez un même malade était probablement dû au fait que ce parasite très vivace ne produit d'embryons qu'après une longue période erratile et que plus tard, arrivé à maturité, il se retire dans des tissus plus profonds en vue de la parturition. Il a montré que la majorité des filaires prises sous la peau des malades étaient des formes plus ou moins incomplètement développées ; que chez les jeunes enfants la seule forme qu'on trouve est la F. loa, tandis que chez les adultes la plupart du temps on rencontre la microfilaria diurna, l'historique de la maladie révélant souvent la présence antérieure d'une loa. Enfin il montra que la F. equina du cheval et de l'âne, qu'on trouve aussi dans les yeux ou autour des yeux dans ses stades d'incomplet développement, descend dans la cavité péritonéale en vue de la parturition lorsqu'elle est arrivée à maturité.

Plus tard, on découvrit une association entre la F. loa et la maladie connue sous le nom de « tumeurs de Calabar », et aussi entre cet! e affection et la microfilaria diurna. En outre, comme un nombre co-isidérable de cas de F. loa coïncidant avec la microfilaria diurna ont été aujourd'hui rapportés par Prout, Henley, Brumpt, Wurtz, Penel, Kew et par moi-même, et comme la coïncidence des limites géographiques des deux formes de parasite est bien étabhe, il n'y a guère de doute que la F. loa et la microfilaria diurna ne soient respectivement les formes adulte et embryonnaire d'une même espèce de filaire.

Distribution géographique. — Nous ne possédons aucune notion précise sur la distribution géographique de la F. loa. Elle paraît être largement répandue sur l'Afrique occidentale tropicale, de Sierra Leone à Benguela (Angola). En certaines régions — telles que Vieux-Calabar, Cameroon, fleuve Ogooué — elle atteint une large proportion des indigènes, Jusqu'où s'étend sa pénétration à l'intérieur, on ne le connaît pas encore. J'ai vu plusieurs cas contractés par des Européens dans le Haut-Congo à quelques milles de Stanley Falls. Brumpt relate sa présence à Kassai, à 960 kilomètres environ de la côte, sur l'un des principaux affluents du Congo. La forme larvaire {microfilaria loa) a été trouvée

Manson. — Maladies des pays cliauds. 41

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deux fois par Cook dans l'Ouganda ; mais ces découvertes isolées ne peuvent pas servir de points de repère, car la F. loa est un parasite très vivace et ses hôtes peuvent avoir contracté leur infection plusieurs années auparavant, et à des distances très grandes de l'endroit où on les en a reconnus atteints. A l'époque de la traite des esclaves, on a rapporté des cas de cette filariose aux Antilles et dans l'Amérique du Sud, mais toujours chez des nègres d'Afrique, et on n'en a plus constaté depuis l'abolition de l'esclavage. L'hypothèse que vers 1795 il existait un centre d'endémicité de ce parasite à Saint-Domingue est basée sur des ' preuves très sujettes à caution. De nos jours, on rencontre occasionnellement des cas en Europe et en Amérique, chez des nègres ou chez des blancs, mais seulement chez des personnes qui ont fréquenté les régions de l'Afrique habitées par ce parasite. Il est possible que la F. loa puisse étendre grandement son domame en Afrique, étant données l'ouverture de nouvelles routes commerciales et là fréquence croissante des communications entre les indigènes.

Distribution zoologique. - Jusqu'ici la F. loa n'a pas été constatée par des observateurs dignes de foi chez les animaux ; cependant, d'après Plehn. les indigènes du Cameroon affirment qu'elle existe chez le mouton et la chèvre.

Diaanostic spécifique. - La F. loa est spécifiquement différenciée des autres nématodes de l'homme par la présence, sur sa cuticule, de nombreuses protX^ arrondies, lisses, translucides, mesurant 12 à 16 , de diamètre «[ hlutes de 6 à 11 au-dessus de la surface du corps. Ces bosses chitmeuse vari nt Lau^^^^^^ en nombre et en disposition d'une filaire à l'autre et sont In Xéral plus nombreuses chez la femelle. Leur distribution est t.es irrégul^re Chez l mâle, elles font défaut aux deux extrémités, et n'apparaissent „u'à 1- 5 de la bouche et à 2--,5 de l'extrémité caudale. Chez la femelle. ellel vont ordinairement jusqu'au bout de la queue et peuvent aussi se ren- /-ontrer sur l'extrémité céphalique.

L jcorps est fllitorme, cylindrique, blanchâtre, denai-transparent. A la p rU. anUrieure. il B'etffle assez brusquement vers rorince buccal «~ ; f,.tit sintDle inerme et parait dépourvu de papilles. Il n y a pas d étrangle ment S^Tcâl marqué, mais une sorte d'épaulement à 0".,15 environ de la Cchr à ce niveau existent deux petites papilles, l'une ventrale, l'autre

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