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II. - PARASITES DU TISSU C.ONJONCTI.F

VER DE GUINÉE ; FILARIA LOA ; FILARIA VOLVULUS.

VER DE GUINÉE {DracuTiculus medineusis, Velsch, 1674).

Synonymes. — Vena medinensis, Dracunculus persariim, Gordius medinensis, Filaria dracunculus, F. medinensis, dragonneau.

Distribution géographique. — Cet important parasite se rencontre dans certaines parties de l'Inde (le Deccan, Scinde, etc.), en Perse, dans le Turkestan, l'Arabie, l'Afrique tropicale (particulièrement sur la côte ouest), et dans une portion très limitée du Brésil (Feira de Santa Anna). On supposait autrefois qu'il était endémique à Curaçao, Demerara et Surinam ; il parait avoir disparu de ces régions. Le ver de Guinée n'est pas également répandu à travers la vaste zone que nous venons d'indiquer ; il tend à sévir spécialement dans des districts limités, et dans certains d'entre eux il est excessivement commun. Dans plusieurs points du Deccan, par exemple, et en certaines saisons de l'année, près de la moitié de la population en est atteinte ; et dans des régions de la côte occidentale d'Afrique, presque tous les nègres en présentent un ou plusieurs spécimens. Quoique le ver de Guinée soit quelquefois rencontré en Europe, c'est seulement sur des indigènes des pays cités plus haut, ou sur des individus qui reviennent de ces régions. Introduit fréquemment de cette manière, il ne s'est néanmoins jamais acclimaté soit en Europe, soit dans l'Amérique du Nord. Nous n'avons pas d'observation de ce parasite, en tant qu'endémique, ni dans aucune partie de l'Asie à l'est de l'Hindoustan, ni dans l'Archipel Malais, ni en Austrahe, ni dans les îles du Pacifique.

Le ver de Guinée se rencontre parfois chez les animaux — cheval, chien, bœuf, chat sauvage, chacal, léopard, etc. — Il est possible

VER DE GUINÉE

que certains des parasites décrits chez ces animaux comme étant le ver de Guinée appartiennent à des espèces tout à l'ait différentes.

Le parasite (fig. 105). — Caractères anatomiques. — La femelle du parasite passe pour atteindre en certains cas des dimensions énormes ; il est probable, cependant, que les vers de cinq ou six pieds de long doivent leur étendue à des erreurs d'observation, et qu'il s'agissait de deux vers ou de leurs

Fig. i05. — Dracunculus medinensis (réduit).

fragments, que l'on a pris pour un seul. D'après Ewart, sur quarante spécimens soigneusement mesurés, le plus petit avait 32 centimètres, le plus grand l'",20 de long ; la longueur moyenne est probablement de 90 centimètres. Le diamètre du ver est d'environ imm^s imm^';;^ Lg corps est cylindrique blanc laiteux, lisse et uniforme. L'extrémité caudale est brusquement recour bée, et forme une sorte de crochet émoussé, fonctionnant peut-être comme un crampon. L'extrémité céphalique est arrondie, et se termine par ce que l'on appelle l'écusson céphalique. La bouche est triangulaire, très petite et

Fig. 106. — Drattunculus me- Fig. 107. — Coupe transversale du ver de Guinée. dinensis. (D'après J euckaiit.) (Leuckart.)

entourée de six papilles — deux grandes et quatre petites. Le tube digestif est relativement réduit, étant comprimé et rejeté sur le côté par l'utérus ; il est probablement cœcal chez le ver adulte, car on n'a pu le suivre jusqu'à un anus. Le corps de l'animal est occupé presque tout entier par l'utérus qui, rempli d'embryons enroulés, s'étend d'une extrémité à l'autre. Le vagin peut aussi faire défaut. D'après Looss, les tubes utérins (il dit qu'il y en a deux, tandis que Leuckart en compte un seul) s'ouvrent à la partie postérieure de l'œsophage par un canalcommun ; au moment de la parturition, l'œsophage ferait

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hernie par l'ouverture buccale et se rétracterait ensuite. Leiper, cependant, ■1 montré que le ver expulse ses embryons par un prolapsus utérm comme je l'ai décrit, mais que ce prolapsus utérin n'a pas lieu, comme Looss et moi le supposions, à travers l'orifice buccal, mais par une ouverture située juste en dehors de l'anneau circum-oral de papilles, et qui est peut-être le vagin. On ne sait rien de précis sur le ver mâle. D'après Polak, les Persans connaissent depuis longtemps le dragonneau mâle, qui serait un ver plus petit, de 7 à 10 centimètres de long. Ils ont affirmé qu'on trouvait parfois jusqu'à vingt de ces petits vers enroulés autour d'un spécimen femelle.

Charles a décrit un ver plus court (4 centimètres) qu'il regarde comme le mâle, et qu'il a rencontré deux fois attaché au ver femelle plus volumineux dans le tissu conjonctif sous-péritonéal. La description de Charles n'exclut pas la possibilité que ce qu'il décrit comme le ver mâle in coitu ne fut réellement un prolapsus de l'utérus à travers une brèche du tégument. Damels, à l'autopsie d'un singe expérimentalement infecté par Leiper six mois auparavant, a trouvé trois femelles non adultes (30 centimètres de long) et deux mâles remarquablement petits (22 millimètres) qui furent extraits l'un du muscle psoas, l'autre du tissu conjonctif à la partie postérieure de l'œsophage.

Vie parasitaire ; draconcalose (1). — L'habitat du dragonneau femelle est le tissu conjonctif des membres et du tronc. Lorsqu'il est arrivé à maturité, obéissant à son instinct, il commence à se tracer une voie à travers ce tissu, et, finalement, gagnant les membres inférieurs, atteint une jambe ou un pied. Dans 85 p. 100 des cas, il se présente en quelque point des extrémités inférieures ; parfois dans le scrotum ; rarement dans les bras ; très exceptionnellement dans d'autres parties du corps, ou même dans la tête. Arrivé à destination, il perce le derme. Probablement en conséquence d'une sécrétion irritante, il se forme une petite ampoule qui soulève l'épiderme au-dessus du point où le derme est perforé. Peu à peu cette ampoule s'ouvre, et laisse à nu un petit ulcère superficiel de 20 à 25 miUimètres de diamètre. Au centre de l'ulcère, qui quelquefois se guérit spontanément en peu de temps, un petit trou, assez large pour admettre un stylet ordinaire, peut être aperçu. Quelquefois, lorsque l'ampoule se rompt, la tête du ver fait saillie par l'ouverture en question ; en général, cependant, l'animal ne se montre pas tout d'abord. Si maintenant nous répandons dans le voisinage de l'ulcère un petit filet d'eau

(1) C'est le nom donné en France à la maladie produite par le dragonneaii (Draeunculus). Signalons que certains auteurs anglais (Sutherland) et français (Barlot, Merklen, Comméléran) ont décrit une urticaire généralisée (qu'ils ont comparée à celle des kystes hydatiques) comme accompagnant parfois la draconculose. Plusieurs ont en outre observé una céphalée violente. (M. G.)

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froide à l'aide d'une éponge, et si, à mesure que l'eau tombe, nous examinons attentivement le petit trou qui est au centre de l'ulcère, nous verrons, au bout de quelques secondes, une gouttelette de liquide — d'abord clair, puis laiteux — sourdre de cette ouverture et s'écouler à la surface de l'ulcère. Quelquefois, au lieu de ce liquide, un petit tube remarquablement transparent, d'en-

Fig. 108. — Embryons de ver de Guinée. {D'après une photographie de M. H.-B. Bristow.)

viron 1 millimètre de diamètre (qui n'est autre que l'utérus du ver projeté hors de la bouche), fait sailhe par l'ouverture du derme, réagissant contre l'impression de l'eau froide. Quand ce tube s'est allongé à l'extérieur de 2 à 3 centimètres, il se remplit soudain d'une substance opaque blanchâtre, se rompt et s'affaisse ; le liquide se répand sur la surface de l'ulcère. Si l'on recueille une parcelle du hquide, soit sorti directement du trou, soit répandu après la rupture du tube, et qu'on la place sous le microscope, on constate qu'elle contient des myriades de vers de Guinée

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embryonnaires qui sont enroulés, presque immobiles, et projetant leurs queues d'une manière caractéristique (fig. 108). Si maintenant nous instillons une goutte d'eau entre la lamelle et la lame, les embryons se dérouleront et, au bout d'un temps très court, se mettront à nager more suo, avec une grande activité. Ces embryons proviennent évidemment d'un ver de Guinée qui se trouve dans les tissus et communique avec la surface par l'ouverture pratiquée dans le derme. Si l'on fait de nouveau couler de l'eau sur l'ulcère, au bout d'une heure ou plus un nouvel essaim de larves pourra être obtenu ; et ainsi de suite jusqu'à ce que le ver se soit vidé. Apparemment, l'application du froid sur la peau du patient excite le ver à se contracter et à évaginer son utérus, de 2 à 3 centimètres chaque fois, jusqu'à ce qu'il soit complètement sorti. Lorsque la portion herniée de l'utérus s'est rompue sous la pression de la visa fergo, elle se flétrit, se dessèche et, par ce fait, obture efficacement la portion de l'organe qui est encore à l'intérieur du ver, empêchant, par conséquent, toute émission de larve inopportune et trop abondante.

Vemhrxjon (flg. 109). — L'embryon n'est pas cylindrique ; il est distinctement aplati. Il nage en projetant sa queue de côté et d'autre comme un fouet et en remuant son corps à la manière d'un têtard. Les mouvements natatoires sont intermittents, courts, et séparés par des pauses.Lorsque l'animal progresse, le plus grand axe transverse du corps est perpendiculaire au plan sur lequel il se meut ; mais, lorsqu'il se repose, il se tourne graduellement sur sa surface plane. Aussitôt qu'il est dans cette position, il se remet sur le côté d'une secousse et recommence à nager. Cette série de mouvements est constamment répétée.

L'embryon du ver de Guinée mesure de 0™n\50 à Oin'n,75 de long, et 15 à 25 [->. dans sa plus grande largeur. La tête est quelque peu effilée et ensuite brusquement arrondie. L'extrémité caudale est longue, amincie et en pointe légèrement émoussée. Le tube digestif peut être facilement reconnu. Vers la racine de la queue, on remarque deux organes glandulaires particuliers, placés en face l'un de l'autre. La cuticule est très visiblement striée transversalement.

Dans l'eau pure, l'embryon reste en vie pendant six jours ; dans l'eau saumâtre, ou dans la terre humide, il vit de deux à trois semaines. S'il est lentement desséché, il ne meurt pas; on peut alors le ressusciter en le plongeant à nouveau dans un peu d'eau.

Uhôie iniermédiaire. — Si, expérimentalement, nous plaçons des embryons <le ver de Guinée à côté d'un Cyclops quadricornis dans un verre de montre, nous constaterons, au bout de quelques heures, que les embryons se sont transportés dans la cavité centrale du corps du cyclope, où on peut les voir animés de mouvements, s'enroulant et se déroulant avec une activité consi-

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dérable (fig. 110). On peut compter jusqu'à quinze ou vingt embryons dans chacun des petits crustacés qui, à moins d'une infection excessive, ne semblent pas incommodés le moins du monde. Au bout d'un certain temps, les embryons uifiài enfermés subissent une métamorphose. Ils changent de peau deux ou

trois fois, se débarrassent de leur queue-nageoire, prennent une forme cylindrique et finalement, outre leur augmentation de volume, acquièrent une extrémité postérieure trilobée, qui rappelle celles de la F. bancrojti et de la F. recondita aux derniers stades du séjour de la première dans le moustique et de la seconde dans la puce du chien (Grassi).

Mode d'infection. — La métamorphose du ver de Guinée dans le cyclope a été découverte par Fedschenko dans leTurkestan. J'ai

Fig. 109. — Embryon de D. medinensis.

a, vu de profil ; b (d'après Loess), vu de face.

Fig. 110. — Embryons di' D. medinensis dans la cavité centrale du cyclope. Le cyclope a été légèrement comprimé de façon à forcer quelques-uns des vers à s'échapper au niveau de la rupture de la tête et de la queue. (D'après une photographie de M. Andrew Pringle.)

pu confirmer ses observations en Angleterre ; mais, dans le climat plus froid de ce dernier pays, les métamorphoses dans le cyclope d'Angleterre demandent plus de temps pour être complètes : huit ou neuf semaines, alors qu'il suffit de cinq semaines dans le Turkestan. Fedschenko supposait que le cyclope contenant des embryons de ver de Guinée, une fois ingéré par l'homme dans

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