III. — Cestodes
Les vers solitaires ordinaires, Tsenia saginata et Tsenia solium, «t leurs formes kystiques respectives, sont assez communs sous
TÉNIAS
les tropiques, leur distribution étant réglée par la présence ou l'absence des hôtes intermédiaires appropriés — le bœuf dans un cas, le porc dans le second — et par les mœurs des populations en ce qui concerne la cuisson et la conservation des aliments. Echinococciis granulosus Tsenia echinococcus) du chien et sa fôrme kystique cl (hydatide) se trouvent dans les endroits où il y a des chiens et des moutons, c'est-àdire, en pratique, partout. Le cestode large {Dibothriocephalus latus) est connu auTurkestan, au Japon — où les habitants mangent du poisson cru, — à Madagascar, et parmi les indigènes des bords du lac Ngami (Afrique du Sud). Les habitudes d'ichtyophagie sont probablement responsables de l'infection par le Diplogonoporus grandis, 'autre genre de l'espèce Dibothriocephalidœ, trouvé par Ijama et Kurimoto chez un Japonais de la province de Hizen.
Les seuls cestodes humains que l'on puisse actuellement attribuer plus particuhèrement aux pays chauds sont T. af ricana, T. hominis, Hymenolepis nana, Daminea madagascariensis, D. asiatica, Sparganum mansoni et S. proliferum. Il y a sans nul doiité d'autres espèces qui ont échappé jusqu'ici à l'observation;
Fig. 148. — Tœnia saginata (agrandi).
{D'après BraUn.)
a, extrémité céphalique; b, segment mûr (grandeur naturelle).
TmmA AFRicÀNA (Poirier, 1887).
Historique. — Tsenia af ricana a été décrit par Linstow en 1900. Il fut trouvé dans l'Afrique orientale allemande chez des soldats indigènes en garnison à Langenburg, près du lac Nyassa.
Diagnostic spécifique. — T. africana diffère considérablement du ténia inerme ordinaire. Son strobile atteint l'a,40 de long et est composé de 600 proglottides environ. Les colex est en quadrilatère, inerme, très petit (l™ni,38 de large sur 0'n™,47 de long) et pourvu d'une ventouse apicale (0'»'»,16) en outre des quatre ventouses normales (0™'n,63). Le cou est très court, et un peu plus gros que le scolex. Les anneaux sont tous plus larges que longs. Immédiatement en arrière du scolex, ils mesurent O-^^.lô de long sur de large et 0^^,59 d'épaisseur; vers le milieu du strobile, ils ont comme dimensions 3 millimètres de long sur 9 millimètres de large et l""n,20 d'épaisseur. Les anneaux terminaux et gravides mesurent 7 millimètres de long sur 12 à
PARASITES INTESTINAUX
15 millimètres de large et d'épaisseur. Les pores génitaux alternent
irrégulièrement, et sont placés au milieu du bord de chaque segment. Les testicules sont très nombreux et répandus dans la couche moyenne. Le canal déférent est très sinueux. La poche du cirrus est piriforme et a des parois épaisses. Le cirrus et le vagin sont pourvus de poils dirigés vers l'extérieur. La vésicule séminale est fusiforme. L'ovaire consiste en deux ailes en forme d'éventail, composées de tubes en massues rayonnant vers 1ê
Fig. 149. — Taenia africana (ex- Fig. 150. — Tœnia africana.
tf'émitécéphalique vue de faco). A, coupe frontale du segment mûr.
(D'après Linstow.) B, coupe frontale du segment gravide.
glande cuticulaire ; cette dernière est médiane et sphérique. L'utérus comprend un tronc médian et 15 ou 20 branches latérales, non ramifiées, qui sont plus longues que le tronc et s'étendent en éventail. Les œufs sont Sp^hériques, l'embryophore mesure 31 à 39 [jl sur 33 p. et présente une enveloppe épaisse à stries rayonnantes ; les stylets de l'onchosphère mesurent 7,8 [X de long.
Le stade kystique de ce ténia est inconnu. Linstow suppose qu'il doit se passer chez le zébu {Bos indiens), dont les indigènes mangent la viande crue.
TiENiA HOMiNis (Linstow, 1902).
Historique. — f. hominis fut décrit par Linstow en 1902, d'après un
spécimen provenant de l'intestin d'un homme à Aschabad (Russie d'Asie).
Diagnostic spécifique. — Le strobile examiné par Linstow n'était pas mûr et mesurait 70 millimètres de long. Le scolex avait pour dimensions 1™™,34 de long sur 2 millimètres de large et présentait un rostellum rudimentaire inerme. A la partie postérieure des ventouses se trouvait un anneau circu-
„. ^ . , laire caractéristique. Les organes génitaux n'étaient
Fig. 151. — Tœnia ko- j, , .
minis (tête). (D'après Pas développés.
Le GRAIN.) La forme kystique est inconnue.
TÉNIAS
HYMENOLEPis NANA (v. Siebold, 1852).
Synonymes. — Tsenia nana, Diplacanthus nanus, Hymenolepis murina.
Historique. — Ce ténia, le plus petit de tous les vers rubanés habitant le corps de l'homme, fut découvert comme parasite humain par Bilharz, au Caire, en 1852. L'année suivante, il fut décrit par von Siebold qui proposa de l'appeler Tœnia nana. En 1887, Grossi l'identifia avec Hymenolepis murina du rat et montra qu'il peut se passer d'un hôte intermédiaire, la larve pénétrant dans une villosité de l'intestin du' rongeur pour devenir cysticercoïde, et de là retourner dans le canal intestinal pour atteindre l'état adulte.
Distribution zoologique. — H. nana se trouve chez le rat brun {Mus decumanus), le rat noir {M. ratus), la souris domestique {M. musculus), le surmulot {M. minutus) et le loir des jardins [Eliomys guercinus).
Distribution géographique. — On le trouve en Egypte, au Siam, au Japon, dans les États du Sud (États-Unis d'Amérique), au Brésil, dans l'Argentine et un peu partout en Europe, mais plus spécialement dans les régions chaudes comme en Sicile où, d'après Calandruccio, 10 p. 100 des enfants en sont atteints.
Diagnostic spécifique. — Le strobile varie de longueur de 5 à 45 millimètres suivant le nombre des proglottides qui est ordinairement de 100 à 200. Le scolex est sub-globuleux et mesure 139 à 480 [x de diamètre ; il est pourvu d'un rostellum bien développé, armé d'une seule couronne de 20 à 30 crochets longs de 14 à 18 ; les ventouses sont sphériques et ont un diamètre de 80 à 150 \u Le cou est long. Les proglottides sont très courts antérieurement, et augmentent peu à peu de volume tout en restant plus larges que longs. Seuls les segments de l'extrémité postérieure peuvent être carrés ou même plus longs que larges. La largeur maxima des anneaux est de 0mm^5 à omm^g. Lcs pores génitaux s'ouvrent sur le bord gauche près de la limite antérieure de chaque segment. Il y a trois testicules dans chaque anneau, le canal déférent s'évasant en vésicule séminale dans la poche du cirrus. L'utérus gravide occupe presque tout le segment. Les œufs sont au nombre de 80 à 180 dans chaque anneau ; ils sont ovales ou sphériques et sont entourés de deux membranes distinctes; l'extérieure mesure de 30 à 60 [x de diamètre, l'intérieure de 16 à 34 \i. Celle-ci présente à chaque pôle un tuber. tule mamillé plus ou moins apparent.
PARASITES INTESTINAUX
Développement. — Le développement de H. nana a été étudié expérimentalement par Grassi chez le rat. L'œuf est ingéré et, après avoir éclos,
entre dans unevillosité de la partie inférieure du petit intestin (fig. 153) où il se transforme en cercocystis (1 ). L'embryon hexacanthe est trouvé enkysté vingt-quatre à cinquante heures après ingestion, son grand axe correspondant à celui de la veillosité, t l'extrémité postérieure p ortant les crochets embryonnaires dirigée vers le canal intestinal.
Parfois deux parasites sont trouvés
Fig. 152. — Hymènolepis'nana (agrandi). Fig. 153. — Hymenolepis nana. Cereo- , r cyste dans une villosité intestinale.
ensemble dans une villosité. Dans l'espace de quarante à soixantedix heures après l'ingestion, le scolex a fait son apparition, et au bout de 1 quatre-vingt à quatre-vingt-dix heures le rostellum est pourvu de crochets. Le parasite passe alors dans la cavité intestinale où on peut le voir attaché 'à répithéhum de la villosité avec un cou de peu d'étendue et sans trace de segmentation. La rapidité du développement varie et en général plusieurs stades se passent à la fois chez le même hôte. La strobihsation est rapide, les proglottides atteignant leur maturité en dix ou douze jours, et au bout de trente jours les œufs du parasite commencent à apparaître dans les fèces. Ils ne se développent jamais chez le même hôte, à moins qu'il n'y ait réinfection per os ou par un anti-péristaltisme ; cela tient à ce que, comme dans le, cas, de VOxyuris vermicularis, l'embryon ne peut éclore que si l'œuf est soumis à l'action du suc gastrique.
Les jeunes rats blancs se montrèrent les plus sensibles à l'infection expérimentale, tandis que les rats déjà atteints du parasite étaient réfractaires. Les observations de Grassi n'éhminent pas complètement la possibiUté du rôle d'un hôte intermédiaire comme chez les autres cestodes, mais elles
(1) Le terme de cercocystis a élé proposé par Villot pour désigner les cysticercoïdes jpourvus d'un appendice caudal.
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montrent qu'il n'est pas indispensable et que le rat peut agir en réalité à la fois comme hôte définitif et intermédiaire. Les expériences faites sur 1 homme n'ont pas été concluantes. Sur huit personnes qui ingérèrent des œufs ou des segments mûrs de ce parasite, provenant soit de l'homme, soit du rat une seulement contracta l'infection. Ceci se passait pourtant dans une région (Catane) où ce ténia est très répandu.
Patbogénie. — H. nana est très petit, mais en général il se présente en grand nombre, par centaines et assez souvent par milliers. Lorsqu'il s'attache à l'intestin, il fixe son rosteUum profondément dans le canal d'un follicule de Lieberkûhn, altérant et détruisant ainsi beaucoup de cellules épithéliales. Il est évident,; par conséquent, que ces vers se présentant en grand nombre doivent produire une irritation considérable et même favoriser une infection secondaire. D'après Grassi, H. nana peut s'enfoncer profondément dans la muqueuse, et à l'autopsie d'un cas dans lequel 400 spécimens furent trouvés dans l'iléon, Visconti et Segré ont 'constaté que toute la muqueuse de l'intestin grêle était tuméfiée, hyperémiée et couverte d'une épaisse couche de mucosité grisâtre dans laquelle étaient répandus les vers. Les symptômes les plusfréquents rapportés par les auteurs sont la douleur abdominale, qui peut être accompagnée ou non de diarrhée ;, des convulsionsde diverses sortes, souvent épileptiformes ; la céphalalgie et îe 'strabisme. Les phénomènes nerveux sont attribués à l'absorption 'de produits toxiques élaborés par le parasite. En raison de sa petite taille, ce ténia peut facilement passer inaperçu. Le diagnostia est basé sur la présence des œufs caractéristiques dans les fèces. Il faut bien faire attention en recherchant ces œufs, car ils peuvent échapper à l'observation à cause de leur transparence.
Traitement. — H. nana est facilement expulsé par la fougère mâle. Si un malade est atteint de ce parasite, il devra s'abstenir de coucher dans le même lit qu'une autre personne. Comme mesure prophylactique, les rats seront chassés de la maison, et tous les ahments tenus hors de leur portée.
DAVAiNEA. MADAGAscARiENsis (Davaiue, 1869).
Synonymes. — Tœnia madagascariensis, T. demerariensis.
Historique. — Davainea madagascariensis fut décrit pour ïa- première fois par Davair^'*, en 1869, d'après des fragments de deux strobiles sans tête
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qui lui avaient été envoyés de Mayotte (Comores) par Grenet et qui provenaient de deux enfants créoles. En 1891, Leuckart décrivit un spécimen entier avec le scolex, qu'il avait reçu du Siam. Mais c'est surtout à Blanchard que nous devons nos connaissances sur ce parasite.
Distribution géographique. — Les deux premiers cas publiés furent ceux de Grenet à Mayotte, mais tous deux provenaient d'un autre pays. En effet, l'un des malades était un jeune homme de dix-huit ans qui était arrivé des Antilles cinq mois auparavant, l'autre une petite fille de deux ans arrivée de la Réunion depuis deux mois. Les quatre cas suivants furent observés à Port-Louis (Maurice) par Chevreau, qui recherchait le parasit a sur les conseils de Blanchard. Tous ces cas se produisirent chez des enfants, dont deux n'avaient que cinq ans. Le septième cas, publié par Leuckart, fut celui d'un enfant de trois ans, fils d'un capitaine-marin danois, à Bangkoh, (Siam). Le huitième fut observé par Daniels chez un indigène adulte de Georgetown (Guyane anglaise). Un nouveau spécimen fut décrit par Blanchard qui le trouva dans la collection de Davaine sous l'étiquette suivante : « Nossi- Bé (île), novembre 1873 ; expulsé par une petite fille de trois ans. »
Distribution zoologique. — Jusqu'ici D. madagascariensis n'a été trouvé, que chez l'homme, mais le genre est largement répandu chez les mammifères et les oiseaux. On le trouve chez les rats [Mus siporanus. Mus rajah), chez les lièvres {Lepus sylvaticus, L. arizonse, L. melanotis), chez le pangolin {Manis pentadactyla). Parmi les oiseaux, on le rencontre chez l'autruche {Struthio camelus)., la rhéa commune {Rhea americana), l'ému {Dromœus novae hollandise), la petite aigrette [Ardea garetta), le perroquet gris I^Psittacus erithacus), chez le poulet, le pigeon, le dindon, le faisan, la perdrix, le coq de bruyère, le pivert, le merle, le sansonnet et la caille.
Diagnostic spécifique. — Le strobile atteint 25 à 30 centimètres de long sur de large et se compose de 500 à 600 proglottides. Le scolex est
pourvu de quatre larges ventouses rondes et d'un rostellum rétractile surmonté d'une double couronne de 90 crochets longs de 18 [x. Le rostellum, une fois invaginé, forme une sorte de poche qui produit l'aspect d'une ventouse apicale. Chez les deux spécimens examinés, il n'y avait pas de crochets autour des ventouses, et dans l'un le rostellum était inerme. Ceci pourrait s'expliquer par la caducité des crochets. Le cou est très large, épais, déprimé d'avant en arrière et creusé de sillons latéraux. Les segments proximaux sont plus larges que longs, les segments distaux plus longs que larges (2 millimètres surl'»'™,4). Les 100 derniers proglottides sont gravides et occupent la moitié de la longueur du strobile. Ils ressemblent à des pépins de pomme. Les pores génitaux sont unilatéraux et s'ouvrent près du coin proximal de chaque segment. La poche du cirrus est fusiforme, le conduit éjaculateur très long et sinueux, les testicules au nombre de plus de 50. La vésicule séminale est très longue et large ; elle s'étend dans la moitié du segment et communique avec l'oviducte. L'utérus se compose d'un certain nombre de tubes enroulés de chaque côté en un amas presque sphérique. Lonsqu'il est
TÉNIAS
ses repus se plein d'œufs, distendent dans l'intérieur de l'anneau ; puis leurs parois se rompent, de sorte que les œufs sont mis en liberté dans le parenchyme. Ces œufs sont alors entourés, séparément ou en petits groupes, par des cellules parenchymateuses formant de petites sphères dont chaque segment en contient 300 à 400. L'onchosphère (8 à 15 [j.) est entourée de deux enveloppes parfaitement transparentes, dont l'extérieure porte deux tubercules pointus.
Le stade kystique est inconnu. Blanchard suppose qu'il doit se passer chez un cancrelat {Periplaneta orientalis, P. americana, etc.). Il remarque que le parasite a une large distribution sous les tropiques, et que les cas d'infection se sont produits dans des îles, dans des ports de mer et à bord de navires. Le cancrelat est cosmopolite, infeste les navires et contamine les aliments. D'autres cestodes du genre Davainea sont connus pour passer leur stade larvaire chez des insectes ou des mollusques. D'après Grassi et Revelli, certains de ces ténias, par exemple D. proglottina des oiseaux de basse-cour, peuvent se dispenser d'un hôte intermédiaire et subissent tout leur développement dans le corps du même hôte.
Fig. 154. — Davainea madagascariensis. {Diaprés Blanchard.)
a, tête ; b, grandeur naturelle.
Pathogénie. — On ne sait rien au sujet de la pathogénie de cette forme d'helminthiase. Le parasite a été trouvé presque exclusivement chez des jeunes enfants.
DAVAINEA ASIATICA (LinstOW, 1901).
Synonyme. — Taenia asiatica.
Historique. — D. asiatica fut décrit par Linstow en 1901, d'après un spécimen du Musée zoologique de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg. Il avait été expulsé par un homme à Aschabad (Russie d'Asie) et conservé par Anger.
Diagnostic spécifique. — Le spécimen examiné par Linstow mesurait 29'^,8 de long et se composait de 750 segments. Le scolex manque. Les proglottides sont tous plus larges que longs et mesurent 0min,i6 de largeur à l'extrémité proximale et l'nni,78 à l'extrémité distale. Le bord postérieur de chaque segment débcrd) sur le bord antérieur du segment suivant. Les pores génitaux sont unilatéraux et s'ouvrent au tiers proximal de chaque proglottide. Les testicules (35 à 44 de diamètre) sont disposés en couche dorsale et ventrale ayant chacune huit rangées environ. Le canal déférent s'étend en circonvolutions occupant un tiers environ du segment; la poche du cirrus Manson. — Malad ics des pays chauds. 43
PARASITES INTESTINAUX
Fig. 155. — Davainea asiatica ; coupe sagittale d' un segment gravide. (D'après LiNS-