I. NON SPÉCIFIQUES
BOURBOUILLES.
Les bourbouilles (gale bédouine, en anglais prickly heat), appelées quelquefois « lichen tropicus » , sont probablement une forme de miliaire (non de lichen) produite par l'excessive transpiration qu'entraîne la chaleur des climats tropicaux. D'après Polhtzer, le mécanisme de leur production dépend de la non cornification des cellules du stratum corneum ; ces cellules se gonflent et obstruent les orifices des glandes sudoripares, causant par là une accumulation de sueur dans les conduits. Le gonflement des cellules de la couche cornée et leur non corniflcation sont, dit-il, la conséquence de l'humidité constante maintenue à leur niveau par une active perspiration. Pearse regarde la maladie comme une distension aiguë des glandes sébacées par leur propre sécrétion ; les glandes, d'après cet auteur, sont oMigées de fournir une quantité anormale de sébum à la peau, pour remplacer celle qui est entraînée par une transpiration inaccoutumée. Durham considère les bourbouilles comme une maladie infectieuse produite par une petite amibe très active, que l'on trouve facilement dans le hquide des vésicules, pourvu qu'on le recherche avant que leur contenu ne
devienne trouble.
Presque tous les Européens sous les tropiques souffrent des bour- ,
BOURBOUILLES.
bouilles, particulièrement pendant les premières années de leur séjour. Certains ne s'acclimatent jamais à cet égard, et continuent d'année en année à récolter leur moisson de bourbouilles lorsque revient la saison chaude.
Chez les individus robustes et sains, les bourbouilles, bien que constituant une cause de gêne, ne sont pas une affection sérieuse. Il en est autrement pour les invaUdes, les enfants déhcats et maladifs, les hystériques et particuUèrement les femmes enceintes ; pour toutes ces personnes, cette affection peut présenter de la gravité en empêchant le sommeil et en provoquant de l'agitation. Les bourbouilles sont aussi fréquemment une cause indirecte de furoncles ; car les brèches de la surface de la peau, consécutives au grattage, offrent toute facilité à l'invasion des microorganismes de la suppuration.
Les bourbouilles consistent en une éruption miliaire, généralement abondante sur les parties couvertes de vêtements, comme la poitrine ; mais elles se produisent aussi sur le dos des mains, sur les bras, les jambes, le front, parfois sur la face, le cuir chevelu, en fait sur toutes les parties de la surface du corps, sauf les paumes des mains et les plantes des pieds. Les petites vésicules brillantes, vitreuses, et les nombreuses papules confluentes et légèrement enflammées donnent au toucher la sensation d'un semis abondant de grains de sable. L'éruption peut durer des mois, avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation suivant les circonstances. La démangeaison et la sensation de piqûre sont souvent extrêmement désagréables. Tout ce qui favorise la transpiration provoque immédiatement cette démangeaison presque intolérable, — rien ne la provoque aussi sûrement qu'une tasse de thé chaud ou une assiette de soupe chaude. Les boissons abondantes, l'exposition aux ardeurs du soleil, les chambres étroites, les vêtements chauds, aggravent la sensation de gêne. Quelquefois les petites vésicules peuvent devenir des pustules, évidemment par suite d'une infection microbienne. Dès que le temps se rafraîchit, l'éruption et l'irritation disparaissent rapidement.
Traitement. — Manifestement, la précaution la plus importante est d'éviter toutes les causes de transpiration, en particuUer les copieuses absorptions de liquides, surtout de hquides chauds, les exercices violents, les chambres étroites, les vêtements
MALADIES DE LA PEAU
chauds, etc. On ne doit pas se servir de savon dans le bain. Le matelas et l'oreiller seront recouverts d'une natte végétale finement tissée, et le lit pourvu de l'instrument connu en Extrême- Orient sous le nom de « femme hollandaise » — c'est-à-dire un cylindre creux, de l'",20 de long sur 25 à 30 centimètres de largo, en rotin ajouré, sur lequel les bras et les jambes peuvent être jetés de manière à éviter la juxtaposition inutile de surfaces en transpiration. Un panka la nuit procure un grand soulagement. Plusieurs substances ont été recommandées comme préventives : par exemple, du jus de citron en frictions après le bain, de la hqueur de Jeyes ou du son dans le bain, etc. Toute salle de bain sous les tropiques doit être pourvue d'une poudre légèrement astringente ou antiseptique. On en prépare une très bonne avec de l'acide borique, de l'oxyde de zinc et de l'amidon à parties égales. On doit l'appliquer largement après avoir bien séché la peau, particulièrement aux aisselles, sous les seins chez les femmes, et entre les plis de la peau chez les enfants et les personnes grasses. Une simple précaution de ce genre épargnera beaucoup de souffrances du fait des bourbouilles et des maladies épiphytiques de la peau.
Durham recommande de badigeonner les plaques avec de la teinture d'iode faible ou, mieux, de frictionner avec une solution de subUmé (1 p. 500 à 1 p. 1000) ; ce traitement lui a donné de bons résultats, et a amené la guérison après une ou deux applications. Il conseille d'employer de préférence un savon antiseptique, comme moins dangereux à manier entre des mains inexpérimentées.
Pearse recommande beaucoup les onctions avec un mélange d'huile d'amande et de lanohne dans la proportion de 8 p. 1, parfumé au goût de chacun. St. Georges Gray trouve que la flanelle mince est meilleure à porter que le coton ou la toile pour prévenir les bourbouilles. Quelquefois la poudre suivante, frottée légèrement pendant cinq à dix minutes avec une éponge humide, guérira les plaques de bourbouilles confluentes : soufre sublimé, 80 parties ; magnésie, 15 parties ; oxyde de zinc, 5 parties. Des lotions d'acide phénique soulagent temporairement la démangeaison.
BOURBOUILLËS.