FIÈVRES MALIGNES
valions faites avec soin, à la fois au point de vue clinique et microscopique, semblent indiquer une pluralité d'espèces. Je me rangerai à cette dernière opinion.
Les trois parasites (pl. I, fig. 3, et pl. II, fig. 1) décrits par les auteurs italiens comme étant en relation avec les formes malignes de la malaria, sont souvent associés entre eux aussi bien qu'avec les parasites des formes bénignes ; mais on peut parfois les rencontrer séparément, on pourrait presque dire en culture pure.
Fig. 21. — Courbe de fièvre tierce bénig.ie
'D'après l'étude de semblables cas, on a pu définir plus ou moins exactement la morphologie, les caractères différentiels et les effets physiologiques des diverses espèces. Bien qu'il reste encore beaucoup à faire, ce que nous connaissons nous suffit déjà, dans une certaine mesure, pour différencier ces parasites les uns des autres aussi bien que des formes bénignes, et pour justifier leur groupement en espèces distinctes.
Caractères communs aux parasites des fièvres malignes. — Un caractère notable de ces parasites est qu'ils sont beaucoup plus petits que ceux des fièvres bénignes. La première phase, non pigmentée, est très difficile à observer au milieu de l'hémo-
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globine, tant à cause de la petitesse de l'hématozoaire que de sa transparence. Lorsqu'on monte la préparation sur lame, les mouvements amiboïdes sont d'abord très actifs (pl. I, fig. 3, d) Au bout de peu de temps, ils deviennent plus modérés et alors les petits parasites tendent à prendre une forme plus passive et à se présenter sous l'aspect d'anneaux incolores, assez réfringents faciles à reconnaître, quoique de dimensions réduites et ayant un contour défini (pl. I, fig. 3, a, b, c, e). Parfois ces anneau, peuvent encore revêtir la forme amiboïde, et cela plusieurs fois de suite ; en dernier lieu, la forme en anneaux devient permanente On trouve souvent, dans un seul globule, plusieurs parasites (pl. I, fig. 3, g), et cela beaucoup plus fréquemment que dans les fièvres bénignes ; ce fait résulte évidemment du nombre prodigieux de parasites qui, dans ces infections, se rencontrent parfois dans la circulation. A mesure que l'hématozoaire se développe, les globules infectés semblent en quelque sorte filtrer à travers les capillaires et les petites artères (pl. II, fig. 2, A, B, C) des viscères profonds et de la moelle des os ; de sorte que, même dans les infections graves, la forme pigmentée du parasite ne se retrouve qu'en bien plus faible proportion, et parfois même pas du tout, dans le sang obtenu par piqûre du doigt, et la forme segmentée (pl. I, fig. 3, i, j) encore moins. Pour trouver en grand nombre des exemples des phases avancées de ces parasites, il est nécessaire d'aspirer du sang de la rate, ou de porter ses recherches, en cas d'issue fatale, dans les viscères profonds ou dans la moelle osseuse, immédiatement après la mort. A cause de l'absence des formes avancées de ces parasites dans la circulation périphérique, la durée de leur évolution est difficile à fixer ; elle varie probablement entre "vdngt-quatre et quarante-huit heures, n'ayant pas d'ailleurs une parfaite constance, même dans un type donné.
Corps cuivrés. — Les parasites des fièvres malignes donnent souvent au globule envahi une ondulation particulière qui aboutit à la formation d'un globule dentelé ou plissé, de couleur très foncée. Ce globule, de forme irrégulière, de couleur foncée, a été désigné par les Italiens, d'après sa coloration, sous le' nom de « corps cuivré » (pl. I, fig. 3, e). Dans l'intérieur de ces globules particuliers, le parasite se montre le plus souvent sous forme d'un petit anneau pâle.
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Corps en croissant caractéristique. — Le caractère le plus distinctif des parasites des fièvres malignes — tout au moins des sub-tierces — est que seuls ils peuvent former des gamétocytes en croissant.
Époque d'apparition des croissants ; ce n'est pas une forme py rétique. - Nous avons remarqué déjà que ces corps en croissant ne se montrent pas dès le début de l'infection. Une semaine s'écoule ordinaire! îient entre la première apparition, dans le sang périphérique, des petites plasmodies intra-globulaires et la première apparition des corps en croissant (1). Une fois que ces derniers ont commencé à se montrer, ils tendent en général à augmenter en nombre pendant quelques jours. Ils peuvent persister, mais alors en nombre progressivement décroissant, une, deux ou trois semaines après que les petits hématozoaires intra-globulaires et la fièvre qu'ils produisent ont disparu, soit spontanément, soit par suite de l'administration de quinine. Bien que la quinine, donnée au début de l'infection, puisse empêcher l'apparition des croissants, il n'en est pas moins vrai qu'une fois les croissants formés, ce médicament ne parait avoir aucune influence sur ces corps ni sur leur tendance à produire des microgamètes. Le corps en croissant ne produit pas de fièvre. Il est en général associé avec une cachexie marquée.
Un fait remarquable, c'est que dans beaucoup de types très dangereux de malaria tropicale — en Afrique par exemple — les croissants sont peu nombreux et quelquefois ne peuvent pas être découverts par les méthodes ordinaires. A. Plehn rapporte que, pendant une période de deux ans en Afrique, il n'a vu qu'une seule fois des corps flagellés. D'autre part, quand nous examinons en Angleterre des cas de fièvre d'Afrique, les croissants se rencontrent presque toujours et souvent en grande abondance ; c'est du moins ma propre expérience.
(1) On a beaucoup discuté sur la destinée différente des hématozoaires évoluant les uns en schizontes, d'autres en gamétocytes. Le fait que les gamètes apparaissent tardivement est regardé comme une preuve que le sang, par suite de la pullulation des parasites endogènes, est épuisé en tant que milieu nutritif et que dès lors les hématozoaires sont amenés, pour continuer leur évolution, à vivre et à se développer dans un autre milieu, c'est-à-dire chez le moustique. Cette conception est appuyée parles processus analogues observés chez d'autres sporozoaires et chez les bactéries.
MALARIA
Caractères de la fièvre. ~ On observe que les fièvres produites par ces parasites ont une évolution très irréguliôre Le stade de frisson est relativement moins marqué, le stade de jièvre plus prolongé et souvent caractérisé par une tendance à 1 adynamie, aux vomissements, au catarrhe intestinal, à la courbature, à l'anorexie, à une céphalée intense et à une grande dépression. Après une guérison apparente, le malade est très sujet aux rechutes à des intervalles plus ou moins réguliers de huit a qmnze jours. Ces fièvres s'accompagnent d'une rapide destruction de globules rouges et sont le plus souvent suivies d une cachexie prononcée. A n'importe quel moment de leur évolution, des symptômes pernicieux du plus grave caractère peuvent se déclarer.