PATHOGÉNIE DE LA CACHEXIE
vorable pour faire camper des troupes ou établir des résidences.
Tendance à la rupture des tumeurs spléniques. — Un autre point de pratique est que ces rates hypertrophiées peuvent très facilement se rompre à la suite d'un coup sur l'abdomen. Dans les pays chauds et palustres, beaucoup de coolies vont à leur travail bien qu'ayant dans l'abdomen une rate qui a presque deux fois la grosseur de la tête et peut aisément se rompre. C'est un fait dont il faudra se souvenir en administrant des punitions corporelles même légères aux indigènes des régions impaludées. Des Européens ont été plus d'une fois poursuivis pour homicide involontaire, pour avoir négligé ce fait. Étant donnée cette tendance à la rupture, on ne devra pas permettre aux malades porteurs de ces grosses rates de se livrer à des jeux violents tels que le football ou le cricket, ni à aucun jeu dans lequel l'organe malade est exposé à des coups. A part le cas de violence directe, une grosse rate peut encore se rompre spontanément au cours d'un accès de fièvre, par suite d'une augmentation subite de volume.
Les ruptures de la rate sont naturellement mortelles en règle générale. Il arrive parfois que la présence d'adhérences limite et restreint l'hémorragie ; des hémorragies locaUsées de cette espèce peuvent, au bout d'un certain temps, se transformer en abcès de la rate.
Hypertrophie du foie. — De même que la rate, le foie chez les cachectiques paludéens augmente pendant les rechutes de fièvre. Sous l'influence d'une série d'accès aigus, la congestion hépatique peut acquérir graduellement un caractère plus ou moins permanent. Après la mort survenue à la suite de pareilles fièvres, on trouve que la capsule du foie est tendue ; à la section, on voit que le tissu fortement vascularisé de l'organe a une coloration brun rougeâtre ou presque noire selon le degré et la variété de pigmentation. Si cet état de congestion dure longtemps, il tend à produire diverses variétés et divers degrés d'hépatite chronique avec hypertrophie du tissu connectif intralobulaire, et après un certain temps il survient une cirrhose hypertrophique ou une des différentes formes de cirrhose atrophique. Il peut s'ensuivre une maladie organique irrémédiable du foie, une obstruction du système porte et de l'ascite.
Sidérose. — C'est dans les foies ainsi atteints que se produit une variété d'hépatite désignée sous le nom de sidérose et qui est le
MALARIA
résultat de transformations chimiques subies par le pigment jaune dont les diverses cellules du foie sont chargées. Nous avona déjà constaté que lorsque ce pigment se dépose pour la première fois, il ne donne pas les réactions du fer avec le sulfhydrate d'ammoniaque ou avec le cyanure double de fer et de potassium • et que, à mesure que le dépôt devient plus ancien, de légère» transformations chimiques se produisent et aboutissent à l'élaboration d'une variété de fer qui prendra alors la couleur noire caractéristique avec le premier réactif, et la couleur bleue avec le second. Traitées par le sulfhydrate d'ammoniaque, les coupes du foie, de la rate, des reins et des autres tissus chargés d'hémosidérine chez des paludéens chroniques peuvent prendre une coloration presque noire à l'œil nu, et en tout cas présenter, lorsqu'on les place sous le microscope, une grande abondance de pigment ayant viré au noir. Dans de pareilles coupes, on observe que l'hémosidérine ne se présente plus sous forme de grains très fins, mais au contraire sous forme de blocs aussi volumineux que les globules du sang, et même davantage. Ce pigment est d'une nature évidemment différente de l'hémozoïne produite par l'hématozoaire qui se dépose dans les mêmes organes.
Considérations pratiques. — Certains faits cliniques au sujet de la congestion hépatique paludéenne et de l'hépatite palustre ont une grande importance : 1° ces états congestifs n'aboutissent pas à la suppuration ; 2° ils sont associés d'une manière presque invariable avec l'hypertrophie de la rate. Ce sont des faits importants dont il faudra se souvenir pour établir le diagnostic entre l'hépatite palustre et l'abcès du foie. Autre fait qu'il faut se rappeler : une augmentation de volume du foie datant de peu de temps chez un paludéen est d'ordinaire chose curable, résultant le plus souvent d'une simple congestion ; tandis qu'une hépatite palustre datant de longtemps est ordinairement incurable, car elle résulte le plus souvent d'une hypertrophie du tissu conjonctif et d'un état cirrhotique de l'organe.
Le paludisme cause de néphrite. — Des changements analogues à ceux qu'on trouve dans le foie s'observent également dans les reins comme conséquence du paludisme ; au bout d'un certain temps, ils aboutissent au mal de Bright. De là probablement la fréquence du mal de Bright dans quelques régions profondément impaludées. Dans le British Guiana Médical Annual, la