INFECTION EXPÉRIMENTALE
rition suivante, est en général de sept jours environ ; parfois il se réduit à deux jours, d'autres fois au contraire il atteint dix jours. Le nombre des spirochètes à chaque rechute est beaucoup inférieur à celui du premier paroxysme ; ce fait indique nettement le développement d'une certaine immunité. La guerison est la règle chez les souris comme chez les autres animaux.
Les mêmes observateurs ont trouvé que les rats sont susceptibles, et que le processus pathologique était différent du précédent. La période d'incubation était plus longue .(quarante heures) et il n'y avait pas de rechutes. Par son passage à travers une longue série de rats, la virulence du parasite était augmentée, de sorte que la période d'incubation se réduisait à quinze ou dixhuit heures, et la persistance des spirochètes dans le sang atteignait soixante heures au Heu de quarante-huit heures, chiffre constaté chez les premiers animaux ; en même temps le nombre des parasites était considérablement augmenté.
Le parasite, qui se rencontre non seulement dans la circulation sanguine, mais dans tous les organes, ne semble pas produire de sérieuses lésions chez le rat, à part une grande augmentation temporaire de la rate. La guérison est pratiquement invariable. Les jeunes rats sont plus susceptibles que les vieux. L'immunité persiste plusieurs mois.
Le lapin et le cobaye sont réfractaires au spirochète.
Immunité. — Sabritschewsky a montré en 1896 que, si l'on mélange par parties égales du sang ou du sérum d'un individu infecté par le spirochète avec du sérum normal, les parasites survivent plus longtemps que si le sang infecté est mélangé à celui d'un individu ayant guéri de la fièvre récurrente. Il en conclut que la cause de la crise et de l'immunité subséquente dans cette affection était le développement d'une substance germicide dans le sang. Il fut le premier à apphquer la sérothérapie au traitement de la fièvre récurrente. Il obtint un sérum anti-spirochète par des inoculations répétées de sang humain infecté faites sur des chevaux. La valeur de ce sérum fut victorieusement démontrée par Lôwenthal qui, sur 87 malades ainsi traités, obtint 43 guérisons sans rechute, soit 47 p. 100.
Novy et Knapp ont prouvé la présence dans le sang d'une substance puissamment germicide dans la fièvre récurrente en
comparant la vitalité du spirochète dans du sang pris : i" au début de la maladie, 2° durant la crise, 3° douze à vingt-quatre heures après la disparition des parasites, et 4» chez des animaux hyperimmunisés par des infections successives. Dans le premier cas, les spirochètes vivent et sont mobiles pendant quarante jours, et le sang garde son pouvoir infectieux pendant plus de trente-sept jours ; dans le second, on ne trouve plus de spirochètes vivants après vingt-quatre à quarante-huit heures; dans le troisième, les parasites meurent en trente à soixante minutes ; dans le dernier, ils sont tués instantanément.
Les mêmes auteurs ont montré, en examinant le sang durant le décHn de la fièvre chez un animal infecté traité avec du sang réfractaire, que la formation de corps agglutinés et germicides pouvait être reconnue in vivo d'heure en heure. Les parasites s'agglutinent visiblement en rosettes et en longs filaments de 70 à 100 ix.
Traités in vitro -avec du sérum hyperimmunisé, les spirochètes se transforment rapidement en agrégations de granules absolument méconnaissables.
Période d'incubation. — La période d'incubation dure de deux à dix jours. Dans certains cas, l'accès de fièvre suit de très près l'infection ; il n'est jamais retardé au delà du quatorzième jour. Dans les inoculations artificielles, les symptômes apparaissent au bout de deux à six jours.
Symptômes. — Type indien et européen. — Le début est en général brusque, et marqué par des frissons, des vertiges, des vomissements et une céphalalgie intense. Chez les enfants, il peut se produire des convulsions. La température monte rapidement à 40° ou 40o,5 et peut parfois atteindre 42°. Le pouls est rapide, 110 à 130. Si la fièvre est forte, il peut y avoir du délire. La peau est sèche, bien qu'il se produise quelquefois des poussées de sueurs, surtout le premier jour. Une légère teinte subictérique des conjonctives est usuelle ; assez souvent même il y a de l'ictère prononcé. La rate est invariablement augmentée et sensible. La langue est chargée et humide, sauf dans les cas défavorables où elle peut sécher et brunir. La constipation est de règle. Quelquefois on note de l'herpès labial, et dans certaines épidémies on a
observé un rash de taches rosées sur le tronc et les membres. Quelques auteurs décrivent des pétéchies. Une légère bronchite n'est pas rare. L'urine, peu diminuée comme quantité, est très colorée. Cette fièvre primitive dure de cinq à sept jours. Au début, la température du matin est inférieure à celle du soir, mais vers le troisième jour il y a rarement une différence entre lies deux chiffres. Vers le quatrième, le cinquième ou le sixième jour, il y a une nouvelle ascension thermométrique accompagnée parfois de délire, et se terminant en crise de sueurs profuses et de diarrhée. La température descend alors rapidement vers la normale ou même au-dessous, cet abaissement pouvant atteindre 10 degrés en quelques heures ; dans ce dernier cas, surtout chez des malades âgés ou délicats, il peut se produire un collapsus fatal.
La pyrexic initiale, appelée premier paroxysme, est suivie d'une première période d'apyrexie durant laquelle le malade guérit si rapidement qu'après quatre ou cinq jours il peut être difficile de le retenir à l'hôpital. Mais vers le septième ou le neuvième jour qui suit la crise, c'est-à-dire vers le quatorzième jour à partir du début de l'accès, les frissons surviennent de nouveau, suivis par un second accès de fièvre, première rechute. Celle-ci peut être plus violente que le premier accès ; d'ordinaire elle est moins forte et dure rarement aussi longtemps. Durant son évolution, la sécrétion urinaire est très augmentée ; les sueurs sont profuses et la prostration marquée.
Avec la défervescence de la première rechute, le malade entre dans la seconde période d'apyrexie, qui ordinairement coïncide avec la convalescence. Mais chez certains malades il peut se produire une seconde rechute, en général vers- le vingt et unième jour à dater du début initial des symptômes. Cette seconde rechute dure rarement plus de trois jours et est d'ordinaire plus légère que les paroxysmes précédents. Dans de rares cas, on a pu observer trois, quatre, cinq rechutes ou davantage. La convalescence peut être prolongée et compliquée par des suites telles que néphrite, ophtalmie, otorrhée, pneumonie, névrite, parotidite, adénite. Chez les femmes enceintes, l'avortement est la règle.
Type africain. — La fièvre spirillaire africaine transmise par la t.] que, bien que ressemblant comme type de fièvre aux formes
classiques européenne et indienne, en diffère par certaines particularités importantes, La fièvre initiale n'est pas aussi prolongée en général, et se termine en crise dans les trois jours. La diarrhée et la dysenterie sont des symptômes fréquents. L'intervalle apyrétique est d'une durée très irrégulière ; il varie, d'après Philip Ross, entre un jour et trois semaines. Au lieu d'une ou deux rechutes seulement, comme dans la fièvre récurrente ordinaire, il peut y en avoir jusqu'à onze, et la moyenne est de cinq ou six.
La fièvre, quoique plus courte, est aussi forte dans les rechutes que dans l'accès initial, mais les intervalles deviennent de plus en plus longs. Comme nous l'avons déjà indiqué, les parasites sont ordinairement très rares dans le sang périphérique et peuvent être difficiles à découvrir. .
Chez les indigènes des districts où l'affection est endémique, on observe en général des symptômes beaucoup plus atténués que chez les Européens ou les étrangers ; les accès sont ordinairement réduits à un ou deux, et ne durent qu'un ou deux jours. La bénignité de ces attaques s'explique probablement par une immunité partielle due à des attaques antérieures.
Mortalité. — La fièvre récurrente n'est pas très dangereuse. La mortalité est en général inférieure à 6 p. 100. Chez les gens affaiblis et les vieillards, la mort peut se produire au plus fort du premier accès.
Diagnostic. — La maladie est facilement confondue avec la malaria, la fièvre typhoïde, le typhus et l'influenza. La recherche des spirochètes sous le microscope ou par l'inoculation à des animaux est le meilleur moyen de diagnostic. A la période de début, le caractère récurrent des symptômes ne s'étant pas encore déclaré, le diagnostic ne peut être établi cliniquement, mais à un stade plus avancé les commémoratifs — fièvre ayant rechuté vers le quatorzième jour à dater du début de la maladie — sont fortement suggestifs en faveur de la fièvre récurrente.
Anatomie pathologique^ — Il n'y a pas de ésions anatomiques caractéristiques. La rate est ordinairement augmentée et ramollie. Le foia, les reins, le cœur sont enflés par places. La
TRAITEMENT
peau est ordinairement ictérique dans les cas mortels, et il peut y avoir des pétéchies sous-muqueuses. La moelle osseuse est hyperémiée. Il y a en général une leucocytose polymorphonucléaire très marquée.
Traitement. — Jusqu'à ce que la sérothérapie soit rendue pratique, le traitement de la fièvre récurrente devra être dirigé suivant les principes généraux. Nous ne connaissons aucun médicament qui puisse juguler la maladie ou prévenir les rechutes.
Sérothérapie. — Novy et Knapp ont prouvé qu'une immunité active succède à la guérison de l'infection par le spirochète, et que cette immunité peut être accrue par des injections successives de sang contenant des spirochètes. Ils ont montré en outre qu'une immunité passive peut être conférée par l'injection de sang d'individus guéris ou hyperimmunisés, et que ces deux immunités active et passive durent plusieurs mois. Des inoculations préventives ont été pratiquées avec succès chez des rats, des souris et des singes. Les animaux infectés peuvent être rapidement guéris par l'injection d'un sérum hyperimmunisé, et les rechutes prévenues par le même moyen. Quoique Todd n'ait pas été aussi heureux dans ses expériences, il paraît probable que nous avons dans ces observations des bases sérieuses pour la prévention et la guérison de la fièvre récurrente chez l'homme.
Prophylaxie. — Le fait que le spirochète est transmis à l'homme par la piqûre d'une punaise ou d'une tique indique comme première condition d'une prophylaxie rationnelle la propreté personnelle et domestique et la nécessité d'éviter les individus ou les endroits infestés de cette vermine. Les endroits à éviter spécialement en Afrique sont les haltes des caravanes et des voyageurs et les cases des indigènes.
L'usage de la moustiquaire, d'un lit éloigné du sol et d'une lumière allumée la nuit est indispensable dans ce pays, où les habitudes nocturnes de VOrnithodoros moubata rendent les heures de sommeil particuhèrement dangereuses.
TIQUES
Les récents progrès de la pathologie humaine et vétérinaire ont montré le rôle important joué par les tiques dans la transmission des maladies. Elles
TIQUES
sont largement distribuées ; presque tous les animaux en ont une espèce particulière ou sont aptes à contracter des espèces plus répandues. Les tiques appartiennent à l'ordre des Acariens, dont elles sont de beaucoup la plus nombreuse famille. Elles sont toujours visibles à l'œil nu, et les femelles sont presque invariablement plus grosses que les mâles. Chez certaines espèces les fe^melles ovigères, lorsqu'elles sont gorgées de sang, peuvent atteindre plus d un centimètre de long. En général, ce sont des parasites temporaires mais certaines d'entre elles vivent d'une manière quasi permanente sur lé corps de leur hôte ; et, occasionnellement, quelques-unes, comme la tique du mouton {Ixodes redmius), peuvent même se ûxer sous la peau Elles diffèrent des insectes en ce qu'elles possèdent quatre paires de pattes (classe des Arachnides) et en ce que les trois segments du corps, tête, thorax et abdomen, sont fusionnés en une seule masse non articulée. Ce dernier caractère les différencie également des araignées, chez lesquelles l'abdomen est distinctement séparé du céphalothorax.
Après fécondation, la tique femelle s'attache à son hôte. Devenue énormément distendue par le sang absorbé, elle se laisse tomber et se cache dans quelque abri où elle dépose ses œufs, qui sont de petits grains jaunâtres, semblables à du frai de poisson, parfois au nombre de plusieurs milliers.' La ponte commence deux à dix jours après que la femelle a quitté son hôte ; elle dure plusieurs jours. Au bout de deux à trois semaines dans des conditions favorables, les œufs éclosent. Les larves ressemblent à de petits grains de sable mobiles. Elles sont pourvues de trois paires de pattes seulement, et ne possèdent ni stigmates, ni orifice sexuel. Lorsqu'une occasion propice se présente, la larve s'attache à son hôte vertébré. Après une période de croissance, elle subit une première mue (ecdysis) et sort de son enveloppe larvaire à l'état de nymphe, pourvue de huit pattes au lieu de six, et d'une paire de stigmates placés de chaque côté du corps, derrière la quatrième paire de pattes. Après une seconde période de croissance, les organes sexuels sont constitués. Les nymphes subissent trois mues, la troisième les amenant à l'état d'image. Chez certaines espèces, par exemple chez le Margaropus bovis la métamorphose de la larve en nymphe, et de la nymphe en image, se fait sur le même hôte, auquel le parasite reste fixé durant toutes ses transformations. Chez d'autres espèces, telles que i'Hsemaphysalis leachi, la tique, avant chaque mue, se détache dès qu'elle a cessé de sè nourrir, et en conséquence doit changer d'hôte trois fois dans sa vie au lieu d'une seule. Une fois parvenus à maturité, les deux sexes s'unissent. Après fécondation, le mâle meurt, mais la femelle commence à se gorger de sang pour permettre à ses œufs de se développer. En raison de la difficulté qu'elles éprouvent parfois pour rencontrer un hôte favorable, les tiques à tous les stades de leur développement peuvent se passer de nourriture pendant un temps phénoménal. Megnin a trouvé des spécimens d'.^rgas persicus vivants après un jeûne de plus de quatre ans.
Les tiques comprennent deux familles d'Acariens, les Ixodidae et les Argasidse, différant par leur structure et leurs habitudes. Leurs caractéristiques et leur classification générique sont suffisamment indiquées, pour les besoins do la pratique, par le tableau synoptique de la page 193.
PLANCHE IV. — Tiques (femelles).
1, Margaropus {Boophilus) annulatus (en partie distendu): 2, Ixodes reduvius (en partie distendu) ; 3, OrnilhocJoros moubaia ; 4, Argas persicus.
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