CHAPITRE XXXVIII
NEMATODfiS
Examen microscopique des selles pour la recherche des œufs des parasites intestinaux. — Si l'on examine au microscope, d'une manière systématique, les selles des indigènes des pays chauds et des Européens revenant des mêmes régions, on est étonné de la fréquence avec laquelle on y rencontre les œufs de trois espèces de nématodes — Ascaris lumbricoïdes, Trichocephalus clispar, Ankylostomum diiodenale. Les œufs des vers solitaires (cestodes) et du ver filiforme ordinaire [Oxyuris vennicularis) se rencontrent rarement dans les selles ; car, d'une manière générale, ces parasites ne se séparent pas de leurs œufs tant que les anneaux des premiers ou le corps entier du dernier n ont pas quitté le tube digestif. Mais comme les trois nématodes susmentionnés mettent directement leurs œufs en liberté dans l'intestin, ces œufs se rencontrent d'ordinaire dans les selles et constituent une preuve non équivoque de la présence dans le tube digestif des formes adultes qui leur ont donné naissance. On peut parfois rencontrer les œufs de parasites moins fréquents du foie et de l'intestin, - tels (^ne BWmrzia hoematobia, Dislomum sinense, Distomumcrasswn,Distomum licpalicum, et un ou deux àu très helminthes plus rares encore • mais ces vers, à l'exception de la bilharzia, se rencontrent très rarement, et, au point de vue pratique, on peut n'eii pas len.r compte. Si l'on n'a poinf une grande expérience, on ne
()'>(j /',I/M.S/77;,S' I^TKS-IIXAUX
peut, à j)i'emièi'e vue, identifier les œufs de ces parasites relativement rares ; mais si le médecin a appris à distinguer les œufs des trois espèces communes, il saura alors qu'il est en présence des œufs d'une espèce plus rare et, en s'en rapportant à quelque ouvrage spécial d'helminthologie, il arrivera sans grande difficulté à un diagnostic exact.
L'examen microscopique des selles pour la recherche des œufs est quelque peu désagréable, mais ne présente aucune difficulté. Il suffit, pour faire une préparation, de placer sur la lame une parcelle des matières suspectes (environ le volume d'un grain de chènevis) et de la recouvrir d'une lamelle qu'on fait doucement glisser sur la lame de façon à ce que la masse s'étende en couche mince, bien uniforme et transparente. Si la consistance des selles était trop grande, on ajouterait un peu d'eau pour les ramollir. Si les selles étaient aqueuses et abondantes, on prendrait un peu de sédiment à l'aide d'une pipette et on l'examinerait. Il est bon de faire deux ou trois préparations. L'examen microscopique doit tout d'abord être fait avec un faible grossissement (objectif n° 2 ou mieux n" 4). On fera des recherches sur toutes les parties de la lame, et tout corps suspect sera examiné soigneusement en se servant, si cela est nécessaire, d'un plus fort grossissement. Il suffit de très peu de pratique pour identifier non seulement les œufs, mais l'espèce de parasite à laquelle ces œufs appartiennent.
Les points que l'on a à considérer pour faire le diagnostic sont : les dimensions, la forme, la couleur, l'épaisseur, les inégalités ou le poli de la surface et les signes particuliers que l'on y rencontre; la présence ou l'absence de sphères centrales, d'un embryon différencié ou, dans le cas des tœnias, des trois paires de crochets embryonnaires ; enfin l'existence d'un opercule, dans le cas de certains distomes et du bothriocéphale. Les œufs de la même espèce de parasite varient très peu et sont dans chaque cas suffisamment stables et définis pour permettre d'établir un diagnostic correct.
Fig. 90. — Œuls de : «, Trichocephalus dispar; h, Ascaris laïubricoides ; c, Aiihyloslumuni daudenale (Sonsino).
EXIMEN MICUOSCOl'IQi'l-: DES SELLES 637
Œufs de Trichocephalus dispar (fig. yo, a). — Des trois iiéinatodes communs siis-rneiitionncs — Trichocephalus dispar, Ascaris lumbricoides et AnkylosLomuinduodeiiale — c'est le premier dont on rencontre les œufs le plus fréquemment. Ils se présentent parfois en nombre considérable, cinq ou six spécimens étant alors visibles dans le champ de l'objectif n" 2. Ils offrent un aspect assez frappant sous le microscope. Ils sont ovales, mesurant depuis 56 [j. sur 24 jusqu'à 36 \). sur 26; les extrémités du grand axe sont légèrement pointues et garnies d'une sorte de tampon brillant. Leur aspect général rappelle celui d'un plateau ovale allongé, les tampons placés aux pôles de l'œuf représentant les anses du plateau. Ils ont une couleur brun foncé, une forme nettement définie, un double contour; ils ne contiennent pas d'embryon différencié.
Les œufs de V Ascaris lumbricoides (fig. 90, b) sont considérablement plus larges (60 à 70 y- sur 36 à 55 ijl) que ceux du Trichocephalus dispar. En règle générale, ils sont aussi plus sphériques ou plutôt d'un ovale plus large ; parfois ils ont presque la forme d'un baril. Gomme ceux du trichocéphale, ils ont une couleur brun foncé produite par la bile, mais ils sont beaucoup moins nettement définis, leur surface est moins polie, et ils possèdent une enveloppe épaisse et rugueuse, rendue inégale par de nombreuses excroissances en forme de verrues. Leur contenu spliérique est difficile à mettre en évidence et lorsqu'on y arrive on ne voit trace ni d'embryon ni de segmentation.
Un point d'importance pratique qu'il faut se rappeler, est que la couche rugueuse qui entoure l'enveloppe de l'œuf de l'ascaris se détache très facilement, laissant autour de l'œuf
une lueinbrane lisse et bien nette qui peut éveiller Tidée d'u.ne autre forme de parasite. Il faut donc, pour éviter cette source d'erreur, s'abstenir, en montant la préparation, de faire trop glisser la lamelle sur la lame.
Les œufs cV Aiikylostonium duodenale (fig.go, c) contrastent d'une manière frappante avec ceux des deux espèces précédentes, surtout au point de vue de leur couleur. Les œufs de trîchocéphale et d^ascaris ont invariablement une coloration foncée due à la bile ; ceux de Fanlcylostome sont remarquablement clairs et transparents. Ils mesurent 55 à 65 \j. sur 32 à 43 ^- ; ils ont une forme ovale régulière, quelque peu allongée, avec une enveloppe délicate, unie et transparente, à travers laquelle on peut apercevoir distinctement deux à quatre segments gris pâle formés par la substance centrale. Il est bon de rechercher ces œufs peu de temps après l'évacuation des selles ; autrement, vu la rapidité avec laquelle se produit le développement dans les cas favorables, l'embryon peut avoir abandonné l'enveloppe et l'œuf peut n'être plus visible.
TRICHOCEPHALUS DISPAR
Le TricliocephaliLS dispar, ou ver en fouet, vit principalement dans le caecum. Dans beaucoup de pays il existe chez plus de la moitié de la population. On croit qu'il s'attache aux parois intestinales en transperçant, à la manière d'une épingle, un pli superficiel de la muqueuse, à l'aide de son extrémité céphalique effilée. D'après Powell, les femelles sont en énorme majorité, la proportion étant de 466 pour I mâle. A moins que le médecin ne se soit familiarisé aveo* l'aspect de ses œufs dans les selles, de manière à pouvoir les distinguer de ceux de l'ascaris, de l'ankylostome et des autres parasites, sa présence n'a aucun intérêt pratique. Autant que l'on peut le savoir, il ne produit pas de lésion pathologique sérieuse ; il est heureux qu'il en soit ainsi, car
MODE D'INDUCTION GSfj «
jusqu'ici on n'a pu acquérir la certitude d'expulser ce para- | site à l'aide des anthelniinli(|ues. {
.VSCAIUS LUMBUICOIDES
Bien qu'il ne soit pas aussi fréquent dans les régions tropicales que le trichocephalus, l'ascaris est néanmoins très commun, surtout chez les enfants, qui souvent renferment ces hôtes désagréables en très grand nombre — par douzaines ou môme par centaines. Dans ces pays, à un moment où à un autre, presque tous les enfants en sont atteints ; de sorte que lorsqu'il y a doute sur la nature de quelque affection obscure, une dose ou deux de santonine produisent souvent des résultats qui semblent justifier le diagnostic de u vers » et qui parfois, pour le moment présent du moins, rassurent une mère anxieuse.
Mode d'infection. — 11 y a probablement une double raison pour expliquer la grande fréquence de V ascaris lumbricoïdes dans les régions tropicales — la chaleur du climat, et les habitudes des populations en ce qui regarde les vidanges. Dans les selles, les œufs ne présentent pas trace de segmentation ou d'embryon différencié; mais, si on les met dans Feau ou qu'on les place h l'humidité dans un endroit chaud, au bout de cinq à six mois — plus tôt ou plus tard suivant k température — l'embryon est développé et on peut le voir replié sur lui-même et mobile à l'intérieur de l'œuf. Si, intentionnellement ou par accident, on avale un de ces' œufs, lorsqu'il arrivera dans l'estomac son enveloppe sera dissoute et l'embryon qu'il contient sera mis en liberté. Dans l'espace d un mois, cet embryon se transforme en un animal parvenu a la maturité au point de vue sexuel, et si les deux sexes coexistent dans l'intestin, ils produiront un nombre incalculable d'œufs qui ne tarderont pas à se montrer dans les selles. La dessiccation de l'œuf à la température atmosphé-
G4o PAUAS/TES liVrESTINAUX
rique ne détruit pas renibryon, ([iii revient rapidement à la vie lorsqu'on le replace à l'humidité. Dans beaucoup de pays chauds, les vidanges constituent l'engrais de choix; on les conserve précieusement et on les répand dans les champs. De cette façon, les œufs d'ascaris sont dans des conditions favorables pour arriver à maturité et en même temps pour être ingérés par l'homme. Us peuvent également être déversés dans l'eau de boisson ; ou, après s'être desséchés dans les champs, être transportés par l'air comme des poussières ; ou ils peuvent encore s'attacher à des fruits ou à des légumes. C'est par ce moyen, ou par quelque autre semblable, qu'ils parviennent finalement dans l'estomac humain et y arrivent à maturité.
Symptômes. — Il arrive très souvent que l'ascaris ne produit pas de symptômes bien notables ; dans d'autres cas, on doit lui attribuer un certain nombre de troubles gastriques et peut-être de troubles nerveux mal définis — appétit capricieux, mauvaise haleine, sommeil agité, humeur chagrine, douleurs abdominales vagues, nausées, etc. Parfois les vers pénètrent dans l'estomac et sont rejetés dans des vomissements, leur apparition produisant souvent une frayeur considérable. Ils peuvent même remonter l'œsophage et parvenir jusque dans la bouche ou daiis les narines. On a rapporté des cas où ils ont causé de la suffocation en pénétrant ainsi dans l'ouverture glottique. On sait aussi qu'ils peuvent entrer dans les canaux biliaires et produire ainsi de l'ictère ; qu'ils traversent parfois les tuniques de l'intestin et s'échappent dans le péritoine en provoquant une péritonite ; ou qu'ils peuvent encore pénétrer dans les parois abdominales et y produire des abcès. Heureusement ces accidents se rencontrent rarement ; on devra néanmoins se rappeler leur possibilité, et, sauf dans des cas spéciaux, s'efforcer de débarrasser le malade aussi rapidement que possible de ces hôtes désagréables. Partant de ce principe,
j'avais l'habitude, dans ma pratique médicale en Chine, de donner à mes petits malades quelques doses de santonine une ou deux fois par an comme traitement routinier ; très souvent cette précaution était justifiée par l'apparition d'un ou de plusieurs ascarides dans les selles.
Les adultes, surtout les jeunes gens, peuvent renfermer ces parasites, mais à un degré moindre que les enfants. Parfois certains symptômes dyspeptiques obscurs, chez des individus ayant achevé leur croissance, résistent à tous les traitements jusqu'à ce qu'on ait administré quelques centigrammes de santonine accompagnés d'un purgatif. J'ai eu jadis à soigner un malade qui, depuis longtemps, était incommodé d'une nausée que rien ne pouvait expliquer. Un jour, au milieu de son repas, pris de nausées encore plus violentes, il dut quitter la table et, après deux ou trois efforts de vomissements, expulser un ascaris lumbricoides . Il fut, dès lors, complètement débarrassé de son mal. Il est donc indiqué, lorsqu'on aura à soigner chez des malades des pays chauds des troubles dyspeptiques obscurs, de soupçonner la présence de l'ascaris. Lorsque, pour une raison quelconque, on préfère ne pas donner de la santonine sans nécessité, on devra d'abord faire l'examen microscopique des selles. Si l'on trouve des œufs (fig. 90 6), une ou deux doses de santonine pourront éclairer le diagnostic et guérir le malade ; si l'on ne trouve pas d'œufs, on ne prescrira pas la santonine et on abandonnera l'idée d'ascarides.
Traitement. — V Ascaris lumbricoides est promptement expulsé à l'aide de quelques centigrammes de santonine La dose est de 3 à 6 centigrammes pour un enfant, 20 à ^5 centigrammes pour un adulte. Une bonne méthode pour administrer le médicament est de prescrire trois doses semblables pendant trois nuits consécutives, la première et la dernière dose étant suivies le lendemain malin d'une
Pathick Manso:». — Maladies des pays chauds. , ,
purgalion à l'huile de ricin. Le malade, ou la mère s'il s'agit d'un enfant, devra être averti de l'eflet particulier de la santonine sur les urines et parfois sur la vue. Je n'ai observé qu'une seule fois des accidents à la suite de l'administration du médicament ; dans ce cas il y eut une espèce d'intoxication suivie de délire, qui ne disparut qu'au bout de plusieurs jours.
ANKYLOSTOMUM DUODEjSALE KT ANKYLOSTOMIASE
V Ascaris lumhricoicles , quoique désagréable, n'est pas un parasite très dangereux, à moins de circonstances très exceptionnelles. Il en est autrement de l'ankylostome (appelé parfois Dochmius duodenalis) qui, dans beaucoup de pays, par la cachexie grave qu'il produit et qu'on appelle ankylostomiase, prend les proportions d'un véritable fléau.
Nomenclature. — La forme d'anémie endémique à laquelle donne lieu ce parasite est d'un caractère si particulier qu'il existe pour la désigner une grande variété d'expressions. Ainsi, dans les Antilles françaises, l'ankylostomiase à forme grave est appelée cachexie aqueuse, parfois malcœur, ou encore mal cV estomac des nègres; en Colombie on la nomme funtun et les malades qui en souffrent sont appelés Luiiieiitos ; au Brésil elle a reçu les noms de oppilacio, opilaçao et caiiçaço ; en Europe on la connaît parfois sous ceux ci' « anémie des mineurs » ou de « maladie des tunnels » — ce dernier nom a été donné par allusion à l'épidémie bien connue du Saint-Gothard ; la forme de la maladie qui existe en Egypte est dite « chlorose d'Egypte «; à Ceylan on l'a appelée « béribéri » ; et, sans aucun doute, il existe dans d'autres pays des noms spéciaux pour désigner cette anémie particulière produite par des vers.
Distribution géographique. — Depuis sa découverte par Dubini, en i838, on a tmuvé rankylostomc si largement
ANKYLOSTOMIAfiE 5^3
répandu qu on peut dire qu'il se rencontre dans presque toutes les régions tropicales et sus-tropicales. Outre sa présence en très grande quantité dans le sud de l'Europe et dans les régions tropicales et sus-tropicales de l'Asie et de l'Amérique, on a démontré son existence dans le nord et le sud du Queensland, en Australie [Trans. latercoLonial Med. Cong. of. Australia, 1893, D" Gibson et Turner) et dans plusieurs des îles du Pacifique. II se rencontre en si grande quantité dans la plus grande partie de l'Inde que, selon Dobson [Trans. Firsl. Jncl. Med. Cong.^ Calcutta, i8o5) iusqua 70 p. xoo des indigènes en sont atteints. En E^Pte on le trouve dans presque toutes les autopsies ; et l'anémie qu 11 produit est un des motifs de réforme les plus fréquents dans es conseils de revision. Thorn [Trans. First. Ind. Wed. Cong.^ Calcutta ^ ,895) regarde ses ravages à Ceylan fcomme beaucoup plus graves que ceux du choléra • et cela f on pas tant à cause du nombre des morts qu'il' produit directen^ent, que par suite du grand nombre' d'individus qu 1 a.teint, de la nature chronique de la maladie, et de la ^^^o.^^, directe et surtout indirecte, dont il' est ill
Le parasite (fig. 91). - L'habitat normal de \A. duodenale est l'intestin grêle de l'homme, particulièrement le jéjunum moins fréquemment le duodénum, et rarement l'iléon ou les portions plus inférieures 9^- - ^'^h- Jlu tube digestif; exceptionnellement on t'r';;/;:; le rencontre dans l'estomac. Il se fixe à (bL^-. iaide d'une solide armature buccale à la membrane muqueuse de ces organes dont il tire le sano-
a ondancepour sa nourriture. On suppose qu'il 1 g
d'ab.n ""^^ '"^^'^•^ ^f"^ Pi^lûre qu'il vient
d abandonner continue à laisser couler du snno- n moment On d,> rr,.';! .1 1 pendant un
ent. Un dit qu il absorbe une quantité énorme de sanc
et que les globules rouges ne ibnt que traverser son canal intestinal sans transformation, le plasma seul étant utilisé.
Le miMe et la femelle de Tanlcylostome (on rencontre en général un mâle pour trois femelles) ne diffèrent pas d'une manière très notable par leurs dimensions, comme c'est le
cas pour beaucoup d'autres nématodes. Le mâle (fig. 92) mesure de 6 à 1 1 millimètres de long sur o"'"',4 à o""",5 de large ; la femelle, de 7 à i5 millimètres de long sur I millimètre de large. Chez les deux sexes la forme est cylindrique ; leur couleur est blanche lorsqu'ils sont vivants, grise après leur mort et brun rougeâtre lorsqu'ils sont pleins de sang. Chez le mâle, comme chez la femelle, l'extrémité postérieure est de beaucoup la plus large ; le corps va en diminuant à partir de cetle extrémité jusqu'à un cou étroit se terminant par une capsule buccale puissamment armée qui fait une saillie distincte. Le
organe
pig g2 — Ankylostomum diiocJcnak (mâle).
bord libre de cet remarquable est armé de quatre crochets puissants pareils à des griffes (deux de chaque côté de la ligne ventrale) et de deux dents coniques (une de chaque côté de la ligne dorsale). L'extrémité caudale de la femelle est conique et se termine sous forme d'épine courte et délicate; l'anus est subterminal, et le vagin s'ouvre sur la face ventrale au commencement du tiers postérieur du corps. La queue du mâle
AMKyLOUTOMIASE. — LE PARASITE 645
est pourvue d'une ])ourse trilobée, pareille à une ombrelle, qui possède onze rayons. Deux spicules allongés et très délicats s'échappent du cloaque qui s'ouvre au fond de la bourse. Quant à la position relative des ouvertures sexuelles, les vers en conjugaison ont la forme d'un y grec.
Reproduclioii et mode d'infection. — Les ankylostomes femelles produisent, d'une manière ininterrompue, un nombre prodigieux d'œufs ifig. 90, c) qui passent dans les selles. Gomme on l'a déjà constalé, tant qu'il est dans le corps de son hôte, le développement de l'embryon ne va pas très loin ; mais lorsqu'il a quitté l'intestin de l'homme, si les circonstances sont favorables, il se développe si rapidement qu'au bout d'un ou deux jours naît un embryon (pàêao^-, verge) rhabditiforme (o""",2 sur o-",oi4). Ce petit organisme a des mouvements très actifs; il dévore avec voracité toutes les matières organiques qu'il peut trouver et, pendant une semaine, il augmente rapidement (jusqu'à o""\56 sur o""",o24). Pendant ce temps, il mue deux fois. Après la seconde mue, il passe dans un état de torpeur et cesse alors de se nourrir et de s'accroître. Dans cet état, il peut vivre des semâmes et des mois et se mouvoir avec plus ou moins de lenteur dans l'eau saumâtre, dans du limon ou dans de la terre humide. Si le hasard lui est favorable, il est finalement transporté dans le tube digestif de l'homme, soit dans une eau de boisson bourbèuse, soit dans la poussière ou dans la boue qui peut adhérer aux mains ou aux ustensiles de cuisme des agriculteurs, des fabricants de briques, ou des autres ouvriers qui travaillent la terre; ou encore, il peut être avalé directement avec de la terre par les géophao-es Arrivé chez son hôte final, après avoir mué de nouveau à la hn de la cinquième semaine (Leichtenstern), il acquiert ses organes sexuels et sa forme adulte permanente. La durée de la vie de l'^l. duodenaLe dans l'intestin n'a pas été déterminée. Certains lui assignent quelques mois, d'autres quelques années (Sonsino) - un auteur trois ans. Etant
646 PARASITES L\TESTL\AUM
donné la possiljilité d'une réinleclion, ce point, très important pour le pronostic, est difficile à déterminer.
Giles croit que VA. duodeiiale peut atteindre sa maturité sexuelle en dehors de l'organisme humain et à l'état libre ; en d'autres termes, que c'est un être hétérogénétique, qui, en présence d'une nourriture abondante, se multiplie sans parasitisme. Ces observations, à notre connaissance, n'ont pas été confirmées ; bien que partiellement adoptées par Sandwith, elles ont été mises en doute par Sonsino et Macdonald.
ANKYLOSTOMIA.SE
Historique. — Bien que Griesinger ait jadis montré que la chlorose d'Egypte était due à la présence de l'ankylostome dans l'intestin grêle, et bien que des observations analogues aient été faites sur des nègres en Amérique, ce n'est qu'après l'épidémie d'anémie à mortalité élevée qui éclata parmi les mineurs du tunnel de Saint-Gothard en 1880 (laquelle attira l'attention des médecins en Europe), que l'on commença à constater Timportance réelle de ce parasite en pathologie. De nombreuses observations ont montré que ce parasite, suceur de sang, quoique d'un faible volume, est des plus dangereux lorsqu'il existe en grand nombre et continue longtemps son action, plus spécialement lorsque ses victimes se nourrissent mal. La perte continuelle de sang qu'il produit, le catarrhe intestinal qui succède à l'irritation causée par les plaies de la membrane muqueuse, l'altération consécutive de la nutrition, et peutêtre, comme on l'a supposé, l'absorption de quelque toxine hémolytique (élaborée par le parasite), tout cela donne naissance à une cachexie profonde, qui enlève plus ou moins à celui qui en est atteint la faculté de travailler, et qui, assez fréquemment, se termine par la mort.
AiXRVLOSrOMIASE. — SON IMPORTANCE 647
Son importance. — Il no suffit pas cependant de la présence de rankylostome pour que des conséquences aussi sérieuses s'ensuivent. Il peut y avoir des douzaines d'ankylostomes dans l'intestin sans qu'il se produise d'anémie appréciable, ou môme de symptômes quels qu'ils soient. Les symptômes graves sont l'exception. Il faut donc éviter avec soin de conclure que l'ankylostome est la cause de tout état pathologique avec lequel sa présence dans l'intestin peut coïncider.
D'autre part, il ûiut se rappeler que beaucoup d'indigènes des pays chauds sont en état d'inanition chronique. Prenant une nourriture massive, grossière, peu nutritive, ils sont sujets à la dilatation de l'estomac et aux troubles dyspeptiques. En pareil cas, survient-il en outre une cause de dénutrition, comme par exemple une certaine quantité d'ankylostomes dans l'intestin et par suite une perte parfois mmmie, mais quotidienne de sang, cette condition suffît pour faire pencher la balance et produire un état pathologique. Dans ces régions, comme partout ailleurs, il y a ' eaucoup de gens qui vivent sur la limite qui sépare la onne santé de la maladie; ce sont ceux-là chez qui l'ankyostome sera la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il est évident, que lorsqu'il complique une fièvre typhoïde, ne affection rénale, une dysenterie, une fièvre paludéenne,' n somme une maladie chronique ou débilitante quelconque, importance de ce parasite anémiant ne peut pas être éconnue.
Sous les tropiques, le médecin doit donc avoir constamment présente à l'esprit, dans tous les cas d'anémie, de t^.) spepsie et, d'une manière générale, dans tous les cas de dépérissement, la possibilité d'une manifestation de l'ankyostome. Il devra se rappeler que ce parasite, comme nous le verrons plus loin, lorsqu'il séjourne pendant longtemps ^ansl intestin, peut être la cause non seulement d'une anémie guérissable, mais de dégénérescences de divers
organes dues à cette anémie et qu'il est impossible de guérir. A ce point de vue aussi, il est de première importance de pouvoir établir le diagnostic dès le début.
Outre ces diverses considérations, l'ankylostomiase est / une maladie très importante pour celui qui emploie la maind'œuvre indigène. L'incapacité de travail qu'elle produit ' parmi les coolies, sans compter les décès, est souvent, financièrement parlant, chose sérieuse pour un planteur ou un directeur de mines. I
Une dépense sagement faite, de légers ennuis supportés i pour traiter et guérir cette helminthiase, seront rapidement i^emboursés par l'augmentation du nombre des travailleurs valides.
Symptômes. — Les symptômes essentiels de l'ankylostomiase sont ceux d'une anémie profonde, anémie qui est généralement associée à des troubles dyspeptiques, mais qui, dans les cas non compliqués, n'est pas accompagnée d'amaigrissement. Si l'on ne parvient pas à arrêter les progrès de la maladie, des effusions séreuses dans les divers organes et une dégénérescence graisseuse du cœur s'ensuivent, et la mort peut survenir par syncope ou par suite de complications intercurrentes.
Un des symptômes du début, dans le cas d'une infection grave par les ankylostomes, est une sensation de douleur ou de gêne au niveau de l'épigastre. Cette sensation est généralement augmentée par la pression, mais peut être calmée momentanément par l'ingestion d'aliments. L'appétit, qm parfois fait défaut, est plus souvent vorace; mais, en cherchant à l'apaiser, il peut se produire des troubles dyspeptiques de différentes espèces, des coliques, des borborygmes et parfois de la diarrhée avec rejet d'aliments non digérés. Dans certains cas, il peut y avoir de la constipation, dans d'autres de l'irrégularité intestinale. Le goût peut être perverti, certains malades montrant un appétit peu
ANKYLOSTOMIASE. — SYMl^TOMES 649
naturel et persistant pour la terre, la boue, la chaux; c'est ce qu'on désigne sous le nom de pica ou de géophagie. Les selles présentent parfois, bien que cela soit rare, une coloration brun rougeâtre, par suite du mélange avec une certaine quantité de sang mal digéré. Elles contiennent parfois de petits flocons de mucus teinté de sang. Rarement, il y a expulsion de sang pur; plus rarement encore, on ob'serve une hémorragie abondante, à moins de colite concomitante, bien qu'à l'autopsie on puisse trouver dans l'intestin grêle des quantités considérables de sang. On observe souvent une fièvre d'un type intermittent ou même sub-continu. D'autre part, on peut observer des cas où la température est constamment au-dessous de la normale ; ou encore, ces deux états peuvent alterner. Au bout d'un temps plus ou. moins long, les symptômes d'anémie profonde se déclarent graduellement. Les muqueuses et la peau pâlissent, la face devient bouffie, les pieds et les chevilles enflent. Tous les symptômes subjectifs d'une anémie bien définie se montrent alors de plus en plus visibles; le malade est fatigué, essoufflé, il a des palpitations, des bourdonnements d'oreille, du vertige, sa vue baisse, il a de l'apathie, de la dépression intellectuelle, une tendance aux syncopes, etc. La circulation est irritable et l'on peut entendre des bruits anormaux au niveau du cœur et des gros vaisseaux. L'examen ophthalmoscopique peut révéler des hémorragies rétiniennes.
D'après quelques-uns de ces symptômes, si ce n'était que l'anémie progressive ne s'accompagne pas de perte de poids, on pourrait être conduit à envisager l'hypothèse de la tuberculose, d'une maladie cancéreuse ou d'un mal de Bright. Bien loin de perdre du poids, le malade peut avoir les apparences d'une excellente santé; et, quoique les recherches hématimétriques révèlent une diminution lente et régulière de la richesse en globules rouges jusqu'à la limite extrême compatible avec la vie, il n'y a pas de vraie
<35o PARASITES INTESTINAUX
poïkilocylose comme dans l'anémie pernicieuse idiopalhique, ni de leucocytose excessive comme dans la leucocythémie, et il ne se produit pas nécessairement de l'hypertrophie de la rate, du foie ou des ganglions lymphatiques. La teneur des hématies en hémoglobine n'est pas diminuée proportionnellement au nombre des globules.
La marche de la maladie est très différente suivant les cas. Dans quelques-uns, le malade peut arriver à un degré d'anémie avancé, et même à une issue mortelle, dans l'espace de quelques semaines ou de quelques mois à compter de l'apparition des premiers symptômes. Ces terminaisons rapides sont rares; le plus souvent, la maladie présente une marche éminemment chronique, Soit avec des alternatives d'amélioration et d'exacerbation, soit avec une progression lentement graduelle, pendant une longue suite d'années.
Si une ankylostomiase se produisait avant la puberté, il pourrait en résulter un retard et môme un arrêt complet dans le développement de l'enfant.
Diagnostic. — Pourvu que l'on soupçonne sa présence, l'ankylostome est facile à diagnostiquer. Dans les pays tropicaux, une anémie sans cause apparente devra toujours suggérer l'idée d'un examen microscopique des selles. Si l'on trouve des œufs d'ankylostome (fig. 90, c) et qu'il n'y ait pas d'autre façon d'expliquer l'anémie, il est à présumer que le parasite est responsable du dommage; en tout cas, aucun mal ne doit résulter pour le malade d'un traitement établi d'après cette hypothèse. D'un autre côté, si Ton ne trouve pas d'œufs, il ne faut pas en conclure qu"il ne s'agit pas d'un cas d'ankylostomiase ; car il peut arriver parfois que, dans les dernières périodes de la maladie, les symptômes persistent, bien que les parasites qui les ont produits aient disparu spontanément ou bien aient été expulsés par le traitement. Des dégénérescences perma-
A^'ATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATIJOGLWIE 6ïi
nentes du tube digestif, du cœur, du Ibie, des reins et des organes hématopoïétiques peuvent subsister et même devenir mortelles, bien que la cause première ait cessé d'exister. La constatation de Tabsence de toute autre cause d'anémie est la seule indication qui puisse mettre sur la voie du diagnostic en pareil cas.
L'ankylostomiase est parfois confondue avec le béribéri et fice fersà. La présence dans le béribéri de symptômes parétiques et cardiaques non proportionnés au degré modéré de l'anémie, et leur absence dans l'ankylostomiase, suffisent pour établir le diagnostic. L'anémie produite par lankylostome diffère de celle de la malaria en ce que cette dernière s'accompagne d'hypertrophie de la rate, d'une teinte jaunâtre et parfois pigmentée des téguments, d'une coloration ictérique des conjonctives, d'accès de fièvre à intermittence bien marquée et justiciables de la quinine, et surtout de la présence concomitante de l'hématozoaire dans le sang. Naturellement, la cachexie palustre et l'anhylostomiase peuvent se rencontrer, et s'observent même souvent ensemble chez le même individu.
On peut se faire une idée de l'intensité de la maladie par la numération des œufs du parasite dans une quantité donnée de matières fécales; d'après Grassi et Parona, ido à i8o œufs par centimètre cube indiquent une infection d'environ un millier de vers, mâles et femelles.
Anatomie pathologique et pathogénie. — Gomme nous l'avons déjà remarqué, les corps des individus qui succombent à l'ankylostomiase ne sont pas amaigris; au contraire, ils contiennent en général une abondante quantité de graisse. L'aspect d'embonpoint est augmenté par la présence d'un œdème plus ou moins généralisé. Il peut y avoir des épanchements dans une ou plusieurs cavités séreuses. Tous les organes sont anémiés. Le cœur est dilaté et Hasque, son tissu musculaire étant dans un état avancé de
65a PARASITES INTESTINAUX
dégénérescence graisseuse. Le foie est également graisseux, et il en est de même des reins.
Si Ton fait l'autopsie une heure ou deux après la mort, on pourra observer les ankylostomes, en nombre variant de quelques douzaines à plusieurs centaines, attachés par leur armature buccale à la surface muqueuse de la partie inférieure du duodénum, à celle du jéjunum et parfois à celle de la partie supérieure de l'iléon. Mais si l'on a différé l'autopsie de quelques heures, on trouvera que les parasites ont lâché prise et baignent maintenant dans les mucosités qui recouvrent la surface interne de l'intestin. De nombreuses extravasations sanguines très petites (quelques-unes récentes, d'autres datant de quelque temps) seront observées sur la muqueuse, et le point où le parasite était attaché est indiqué par une petite plaie au centre de chaque extravasation. Parfois des cavités remplies de sang, aussi grosses qu'une noisette, se rencontrent sur la muqueuse; chacune de ces cavités renferme un ou deux vers et communique probablement par l'intermédiaire d'un petit conduit avec le tube intestinal. Des hémorragies anciennes sont marquées par des pigmentations ponctiformes. Il peut y avoir des signes de catarrhe d'un degré plus ou moins prononcé, sous forme de vésicules ou d'épaississejuents de la muqueuse. On trouve parfois dans le canal intestinal des traînées ou de gros caillots de sang.
Daniels {British Guiaiia Médical Anniial, 7" année, 1895) et d'autres auteurs ont obsex'vé, en faisant l'examen microscopique du foie et des reins, la présence, à l'intérieur des cellules du parenchyme, de grains de pigment jaune ayant les réactions de l'hématoïdine; ce qui indique une destruction intra-yasculaire du sang, telle qu'il s'en produit dans l'anémie pernicieuse et dans les autres maladies qui ont comme symptôme une hématolyse excessive. En raison de ce fait, et aussi parce qu'il a découvert des granules de nature ferrique dans les cellules du foie, Daniels conclut que l'ané-
ANHYLOSTOMIASE. — mAITEMENT 653
mie de Fanlcylostomiase est, dans une certaine mesure, le résultat d'une destruction du sang-, dans l'intérieur des vaisseaux, par quelque substance toxique produite par le parasite et absorbée par l'intestin. Ces résultats n'ont pas été confirmés par les autres observateurs; au contraire, le D'" Beaven Rake [Journal of Pathology ^ nov. 1894) concluait, à la suite d'une sérieuse mensuration de la quantité de fer contenue dans le foie de cinq sujets morts d'ankylostomiase, que dans cette maladie la quantité de fer hépatique est audessous de la normale, et que l'anémie est entièrement due à une soustraction directe du sang par les parasites. L'existence de l'affection connue sous le nom d'anémie bothriocéphalique donne un certain poids à la théorie d'une toxine hémolytique. 11 est nécessaire de faire d'autres observations avant de pouvoir résoudre cette question.
Traitement. — Fougère mâle. — Avant 1880, époque où Bozzolo introduisit dans la thérapeutique l'usage du thymol, l'extrait de fougère mâle était l'anthelmintique ordinairement employé dans l'anlcylostomiase, La fougère mâle a encore ses partisans. On peut l'employer lorsque le thymol a échoué, ce qui arrive parfois.
Thymol. — Avant l'administration du thymol, le malade devra observer une diète liquide pendant un jour ou deux et bien vider son intestin à l'aide d'un purgatif. Dans la matinée, et après que l'action du purgatif se sera produite, on fera prendre, l'estomac étant vide, trois ou quatre doses de o gr. Go à i gr. 80 de thymol bien trituré, en cachets, en capsules ou en émulsion, à des intervalles d'une heure. Si l'mtestin ne s'est pas dégagé spontanément, quatre ou cinq heures après que la dernière dose de thymol aura été prise, on donnera un second purgatif. D'habitude, par cette médication, un grand nombre d'ankylostomes sont expulsés et on peut les trouver dans les selles. Un seul traitement au thymol peut suffire, mais il est bon, après avoir laissé passer
654 P.iRASITES INTESTINAUX
une semaine, crexaminer à nouveau les selles au microscope et, si on trouve encore des œufs, de recommencer le traitement au thymol une ou plusieurs fois.
Certaines précautions doivent être observées lorsqu'on emploie ce médicament. Il produit parfois des symptômes très désagréables d'intoxication : vertiges, excitation, etc. ; et l'urine peut devenir noire comme dans l'empoisonnement par l'acide phénique. Il est bon, par conséquent, que le malade garde le lit lorsqu'il prendra le médicament, et qu'il reste couché pendant plusieurs heures après avoir pris la dernière dose. Le thymol est tout à fait insoluble dans l'eau, et, par suite, dans les conditions ordinaires, est difficilement absorbé à dose toxique. Si cependant le malade, pendant que son estomac contient ce médicament, venait à prendre quelque boisson alcoolique, il y aurait de grandes chances pour qu'un empoisonnement s'ensuivît. L'alcool, l'éther, la glycérine, la térébenthine, le chloroforme et les huiles dissolvent le thymol et doivent, par conséquent, être évités lorsqu'on emploie ce médicament. Thornhill a rapporté un cas qui se termina par la mort, causée apparemment par l'oubli des précautions élémentaires que nous venons d'énoncer. Un homme avait pris, à 7 heures du matin, une dose de I gr. 80 de thymol dans de l'eau. « Après avoir pris cette dose, il n'éprouva pas de symptômes particuliers, età 9 heures l'infirmier lui donna une seconde dose de i gr. 80. Comme cet homme recevait de l'arack à titre d'extra et que d'habitude on donnait une partie de cette arack à 9 heures du mctin, l'infirmier lui en fit prendre aussitôt après la seconde dose de thymol. Le résultat fut presque immédiat : le malade tomba dans un profond collapsus et, malgré tous les soins, il mourut dans l'espace de vingt-quatre heures, le collapsus ayant été manifestement dû à la dissolution du thymol par l'arack, et à son absorption consécutive. » Thornhill rapporte deux autres cas mortels d'empoisonnement par le thymol, qu'il a eu l'occasion d'observer; d'autres auteurs ont
ANKVLOSTOMIASE. — TRAITEMENT ■ 65>
mentionné des accidents semblables. Pour cette raison, et parce que ce remède est extrêmement désagréable à prendre (produisant parfois une sensation pénible de brûlure au niveau de l'estomac et du pharynx et souvent aussi de Texcitalion, des vertiges, des syncopes et des vomissements), il serait à désirer qu'on trouvcàt un autre médicament aussi efficace, mais moins dangereux.
A moins d'avoir préparé avec soin ses malades par le repos et par une nourriture appropriée, il ne faut jamais se servir du thymol dans les cas graves d'ankylostomiase, ni lorsque la prostration est extrême.
Autres médicaments. — Thornhill semblait préférer l'extrait de fougère mâle au thymol, comme étant à la fois un peu moins dangereux, moins désagréable à avaler et peutêtre tout aussi efficace, si ce n'est davantage. Lorsqu'on administre l'extrait de fougère mâle, la manière de préparer le malade, la dose et le mode d'administration sont les mômes que pour le thymol. On a proposé, pour remplacer le thymol et la fougère mâle, d'employer l'huile de peppermint (menthe poivrée), le kérosène (huile de pétrole) en doses de XXX gouttes, et le carbonate de gaïacol ; mais jusqu'ici on n'a rien publié se rapportant à des expériences de quelque étendue faites avec ces médicaments.
Powell [Ind. Med. Gaz., 1889) considère que le fait de chiquer du bétel agit comme préventif de Tanlcylostomiase • drecommande d'ajouter au traitementpar le thymoldes doses de 3o grammes de noix d'arec [areca catechu) pulvérisée Convalescence. ~ Il faudra, pendant un certain temps* s occuper très soigneusement du régime des convalescents qui relèvent d'ankylostomiase. On évitera un régime diété^ t.que substantiel jusqu'à ce que les fonctions digestives se soient rétablies ; autrement il s'ensuivrait une entérite et une diarrhée tenaces qui pourraient retarder la guérison, parfois même l'empêcher complètement. Le fer et l'arsenil son indiqués a titre de réparateurs du sano-.
Prophylaxie. — Lorsqu'on aura à établir un système de prophylaxie contre l'ankylostomiase, le fait essentiel qu'on devra avoir en vue est que c'est à l'aide des selles des individus déjà infectés que le parasite se propage. D'où la nécessité d'empêcher la contamination du sol et de l'eau par les selles. Dans ce but, il faut interdire l'épandage des matières fécales à proximité des maisons, des villages et des champs. On installera sur les chantiers où travaillent les coolies, dans les campements des mineurs, dans les villages indigènes et le long des grandes voies de communication, des lieux d'aisance nombreux et facilement accessibles. En l'absence d'un système plus compliqué de fosses d'aisance, des trous ou des tranchées suffiront. De temps en temps il faudra les combler avec de la terre et en ouvrir d'autres à côté. Je crois que le système de fosses à vidange des Chinois, sous forme de trous larges, cimentés et imperméables à l'eau, est pratique. On sait que si les œufs d'ankylostome séjournent dans les selles, l'embryon se développe et s'échappe de l'œuf d'une façon normale ; mais on sait aussi que si l'embryon n'a pas, pour se développer, une certaine quantité d'air et de terre, il ne tarde pas à mourir. Ce qu'il faut donc éviter, c'est de mêler de la terre à des matières fécales de fraîche date. Dans le système chinois, la vidange est d'abord conservée dans de vastes fosses cimentées pendant des mois; là il se produit des fermentations et des putréfactions, puis les matières sont répandues dans les champs. De cette façon les embryons d'ankylostome sont tués, et on a en même temps un bon engrais pour l'agriculture.
Il est évident que lorsqu'on s'occupera d'établir des lieux d'aisance et de faire des règlements sanitaires, il faudra tenir compte des coutumes du pays qu'on veut faire bénéficier de ces mesures; si Ton n'y prenait pas garde, si l'on ignorait les habitudes et les préjugés populaires, aucun système, si parfait qu'il fût en théorie, ne pourrait réussir dans la pratique.
ANKYLOSrOMIASK. — PROPHYLAXIE 637
Il faudra soigneusèment éviter toute contamination des cours d'eau et des réservoirs par les matières fécales. L'eau de boisson sera bouillie ou filtrée. Autant que possible il faudra donner toutes facilités pour éviter la souillure des mains et des aliments par la terre et la boue; il faudra encourager toute pratique dans ce but.
Il serait préférable d'abandonner tout terrain qui serait fortement contaminé ; mais si l'on ne pouvait le faire, il vaudrait mieux retourner la terre avec la charrue, ou la flamber avec de grands feux d'herbes, ou traiter le sol de telle façon que tous les œufs ou embryons qu'il pourrait contenir fussent détruits. Il faut recommander d'examiner périodiquement d'une manière systématique les coolies des plantations. Lors de ces inspections, tous les sujets atteints de dyspepsie ou d'anémie seront mis à part pour être examinés sérieusement; et, si l'on trouve dans leurs selles des œufs d'ankylostome, quelques doses bien employées de thymol pourront préserver ces individus d'une maladie grave et les empêcher de devenir une source de contamination pour leurs compagnons.
Par suite du danger très grand pour la santé qui existe dans certains pays du fait de la présence de ce parasite ou d autres semblables, les autorités sanitaires devront faire circuler parmi le peuple, à l'aide de brochures ou d'affiches quelques mesures préventives simples contre l'ankylostomiase et les maladies du même genre.
HHABDONEMA INTESTINALE
Il arrive quelquefois, en examinant les selles pour y rechercher les œufs de l'ankylostome, que l'observateur est étonne de voir un petit animal en forme de serpent (fîo- o3 a) traverser soudain le cliamp du microscope. En l'examinant soigneusement, on trouve que cet animal a environ o . « o - 3 de long, sur i3 de large; qu'il possède une
Patrick Makson. - Maladies des pays chauds
queue très effilée et une tôte arrondie ; qu'il est transparent, et qu'on y aperroit un œsophage court, se terminant par un
double bulbe pharyngien dont l'extrémité postérieure est munie de trois segments en forme de dents. Tel est l'animal que l'on appelle, ou plutôt que l'on a jadis appelé Aiiguillula stercoralis.
VAngLLillula stercoralis a été découverte par Normand, en 1876. Pendant quelque temps, on a cru qu'elle était la cause d'une forme de diarrhée chronique très commune en Gochinchine. Des observations ultérieures, en éclaircissant l'histoire naturelle de ce parasite, lui ont enlevé toute prétention à Fig. ç)i. — Bhabdomejia intestinale, un rôle pathologique important. On a trouvé que, bien que l'anguillule ne soit pas aussi commune, sa distribution géographique est presque la même que celle de VAiikylostomum duodenale, et que, de plus, les conditions physiques exigées pour la vie non parasitaire de ces deux vers sont à peu près les mêmes. Powell a rencontré l'anguillule dans i5 sur 20 environ des cas d'anémie. On a élabh aussi que l'animal jusqu'alors désigné sous le nom à'AiigidliLila stercoralis n'est autre que la phase rhabditiforme du Rhabdonema intestinale (fig. 9^, h) (qu'on appelait autrefois AnguiUula intestinalis), nématode qui, sous la forme parasitaire, vit dans le mucus du duodénum et de la partie supérieure du jéjunum de l'homme.
Le rhabdonema adulte est un vers très petit et très mince,
UUABDOMENA INTESTINALE G5cj
mesurant -2 millimètres de long sur o mm. 06 de large. On ne connaît pas le mâle. La lemelle adulte est faciîement reconnaissable à ses dimensions et à la série de cinq ou six œufs ellipsoïdes (10 ;^ sur 34 ^x), visibles vers le milieu du corps.
Lorsqu'ils sont mis en liberté dans le contenu intestinal, les œufs se développent avec une très grande rapidité - de telle sorte qu'avant qu'ils ne quittent le corps de leur hôte et à moins que l'on n'ait adjuinistré un purgatif énergique' 1 embryon s'est échappé de son enveloppe et nage dans les' selles, comme nous l'avons déjà décrit, avec une grande vigueur, surtout lorsque ces selles sont liquides. Ce n'est que dans le cas d'une purgation violente, que les œufs non eclos se montrent dans les selles, et c'est ainsi qu'ils peuvent être entraînés en dehors de leur hôte, avant que l'embryon ait pu s'échapper. Ces œufs se reconnaîtront facilement à ce quils sont enfilés ensemble, bout à bout, dans l'intérieur à un tube très fin (fig. 93, c). Après avoir quitté le corps de leur hote, s'ils ne rencontrent pas quelque milieu liquide non en putréfaction, les embryons meurent rapidement - il est donc nécessaire, si l'on veut suivre leur développem;nt ultérieur, de mélanger les selles avec de l'eau. Si ce mélano-e est maintenu à une basse température, le jeune rhabdonema e développe sous forme d'une larve filariforme, laquelle lorsqu elle est avalée par l'homme dans l'eau d boisson
Iccute. Si au contraire, le milieude culture est maintenu à une température plus élevée, les embryons prennent e ormes rhabditKiues mâle (o mm. ,) et femelle ' millimètre 1-, après un certain temps, aboutissent à leur tou " de Wes filanformes analogues à celles dérivées di^ emei ^ J^nbryons dans les climats plus Iroids, et pouvanH^ ! iement, lorsqu'elles sont insérées mr l'I.^»
Le ,.haJ„,„ne,.a peul ,„o.U,h.„ „„ 1,,,., dU^U^Uon
66o • PARASITES INTESTINAUX
catarrhale de Tintestin, bien que ce fait même soit douteux. On a trouvé parfois ces parasites enroulés dans les follicules intestinaux, mais on ne peut attribuer avec certitude aucune lésion grave à leur présence ; et c'est là une heureuse circonstance, car jusquici on-ne connaît pas d'anlhelminthique capable de les expulser. Sonsino recommande l'usage prolongé du perchlorure de fer associé à de très faibles doses de thymol. Il est probable qu'un état catarrhal de l'intestm favorise le développement de ces parasites, et que c'est pour cette raison qu'on les rencontre si fréquemment dans les cas de diarrhée chronique des pays chauds. Le traitem*ent devra donc avoir pour but de guérir le catarrhe mtestinal.
Les mesures prophylactiques sont les mêmes que celles qui ont été indiquées pour VAnhylostomum duodeimle.
STRONGÏLUS SUBTILIS
Looss ICaitralblall fav BaklerioL, XVHl, p. .6., .Sgîja décrit un nématode très fin qu'on rencontre fréquemment! ehe. les fellahs d'Egypte. Son habitat estla partie supér.em. , de l'intestin grêle. Le màle, qui est pourvu de deux sp.c.d^^^^, ■ a environ 4 à 5 millimètres de long sur o mm. 07 de laige. . es fimelles sont beaucoup plus grandes et beaucoup p us abondantes que les miles. Les œufs sont ovales possed une mince enveloppe, un vitellus non segmente et mesu ent 63 , sur 4. Ce parasite ne se rencontre jama. en. très R-randes quantités ; et, comme ,1 ne possède pas d ar ^auu-ebuccl et que ses dimensions sont e.vtrèmement.
ne parai pas capable de produire des symptomes spéciaux.
THEMATODES
Fig. 94.
Ampliistomuin hominis (grandeur naturelle).
TREM.\TODES AMPHISTOMUM IIOMTNIS (Fig. 94)
Ce petit trématode, découvert dans le cœcam et le côlon de deux hindous à Calcutta par Lewis et Mac Connell en 1876, mesure de 5 à 8 millimètres de long sur 3 à 4 millimètres de large. 11 est facilement reconnaissable à sa large ventouse postérieure, qui est terminale et qui dépasse de beaucoup en largeur le reste du corps. Il s'attache à l'aide de cette ventouse à la membrane muqueuse de l'intestin. Les œufs, qui sont pourvus d'un opercule à leur petite extrémité, ont en moyenne i5o p. de long sur 72 ^ de large. On ne connaît rien touchant l'évolution de cet animal.
Ce trématode a été rencontré par Giles chez des indigènes d'Assam et par Law dans la Guyane anglaise chez un immigrant venu de l'Inde.
DISTOMUM BUSKI (v. CRASSUm) (Fig. 90)
Le Distomum buski, qui a plus de 3 centimètres de long, est le plus volumineux de tous les distomes parasites de l'homme. On l'a trouvé en Chine, à Sumatra, dans la presqu'île de Malacca, en Assam, en Inde, et Law l'a rencontré chez un immigrant hindou dans la Guyane anglaise. 11 a une forme ovale allongée, et sa partie antérieure est un peu plus étroite que la postérieure; il est charnu et couvert de petites épines. Les ventouses sont très rapprochées. Les œufs sont ovales et mesurent 12 j u. sur 7;) i^; j'ai constaté qu'ils sont fermés par un opercule
iMg. 95. — Distomum huski (grandeur naturelle).
G6.i PARASITES INTESTINAUX
très délicat. Dans deux cas publiés par Cobbold, la présence du D. buski coïncidait avec une diarrhée récurrente et d'autres signes d'irritation intestinale. Son habitat probable est la partie supérieure de l'intestin grôle. On ne connaît rien de son histoire naturelle. On peut l'expulser en donnant du thymol comme pour l'ankylostome.
DISTOMUM HETEROPHYES (Fig. 96)
Le Disiomiun heterophyes est le plus petit de tous les distomes connus comme parasites de l'homme. Il mesure de i millimètre à i mm. 5 de long sur o mm. 7 de large. Il a une coloration rouge brillant. La partie antérieure, la plus étroite et la plus mobile, est couverte de petites épines. Ses œufs sont brun rougeâtre et mesurent 26 p. sur i5 ij.. lia été découvert en i85i par Bilharz, au Caire, dans l'intestin grêle d'un enfant, chez lequel les petits parasites présentaient l'aspect de points rouges sur la membrane muqueuse. Depuis cette époque, il a été retrouvé en Egypte par d'autres observateurs. On ne connaît rien de son histoire naturelle ; on croit qu'il ne produit aucun trouble pathologique.
Dislo-
Fig. 96.
miun heterophyes (agrandi).
CESTODES
Les vers rubanés ordinaires, Taniœ sagiiiaia et Tœnia solium, et leurs formes kystiques respectives, sont assez fréquents dans les régions tropicales et sus-tropicales ; leur distribution géographique dépend de la présence ou de l'absence de leur hôte intermédiaire (le bœuf dans un cas, le porc dans l'autre), et aussi des habitudes des indigènes
CESTODES 6G3
en ce qui concerne la préparation et la conservation des aliments. Le Tœnia echinococcus du chien et sa forme kystique (hydatide) se rencontrent dans les endroits où se trouvent le chien et le mouton, c'est-à-dire en pratique partout. On sait que le Bothriocephalus laLus existe dans le Turkestan, au Japon (où les habitants ont la coutume de manger du poisson cru), et aussi parmi les indigènes des bords du Lac 'Ngami dans le Sud de l'Afrique. Il faut probablement attribuer à des habitudes ichthyophagiques la présence du large ver riibané décrit par Blanchard sous le nom de Kvahhea grandis et trouvé par Ijima et Kurimoto chez un Japonais delà province de Hizen {Comptes rendus de la Soc, de Biologie, I, p. 609, 1894).
Les seuls cestodes de l'homme qui, dans l'état actuel de nos connaissances, puissent avec quelque raison être considérés comme plus ou moins particuliers aux pays chauds, sont le Tœnia nana, le Tœnia madagascariensis, et le Bothriocehalus niansoni. Sans aucun doute il y a d'autres espèces qui jusqu'ici ont échappé à l'observation.
TŒNIA NANA (Fig. 97)
Ce tœnia, le plus petit de tous les vers rubanés qui habitent le corps de l'homme, fut découvert comme parasite humain par Bilharz, au Caire, en iSSa. Dans ces dernières années, on l'a identifié avec le Tœnia murina du rat et des autres rongeurs. Il a une distribution géographique assez étendue. Dans le cas de l'homme tout au moins, il paraît avoir une prédilection 't^^^^:!^^ pour les pays chauds. En plus de l'Egypte, on l'a rencontré en Italie, à IBuenos-Ayres et à Bano-kok
«îG/t PARASITES INTESTINAUX
(Siani). On le reconnaît facilement à ses petites dimensions (lo à i5 millimètres de long avec une largeur maxima de G mm. 7). Il a de i5o à 200 anneaux; la tête possède une trompe rétractile entourée d'une seule rangée de vingt-quatre à vingt-huit crochets. Les œufs sont ovales ou ronds, ont un diamètre de 3o à 87 [j., et possèdent trois memhranes à travers lesquelles l'embryon hexacanthe peut difricilemenl être, mis en évidence.
Grassi a montré que, chez le rat, l'embryon de ce cestode peut se passer d'hôte intermédiaire et qu'il pénètre dans la membrane muqueuse de l'intestin où il développe son cysticerque. Au bout d'un certain temps ce cysticerque éclate, permettant à la tête de s'échapper et de s'attacher à la muqueuse, pour acquérir rapidement les dimensions du parasite adulte.
On a publié des cas où l'intestin de l'homme contenait des centaines de ces petits parasites qui, par leur présence, produisaient des symptômes d'irritation gastro-intestinale très marqués. On les expulse facilement à l'aide de la fougère mâle.
TCENIA (dAVAINEA) MÀDA.GASCÂRIENSIS
Découvert par T^renet à Mayotte (Madagascar), ce parasite a été trouvé depuis à l'île Maurice, à Bangkok, et, par le Daniels (L«72.ce^, vol. Il, p. i455, iS96),chez un Indien de Demerara. En raison de sa distribution géographique étendue, Blanchard {BuL de VAcad. de Méd., 12 janvier 1897 ; — Archives de Parasitologie, avril 1899) remarque avec sagacité que son hôte intermédiaire doit probablement être quelque insecte ayant un domaine semblable ; ce serait, suppose-t-il, un insecte vivant sur les navires, comme, par exemple, la blatte ou cancrelat (Pe/'t>^fl/iei« orieiitalis).
Le Tœiiia madagascariensis atteint une longueur de 25 à 3o centimètres et est formé de 5oo à 600 anneaux trapé-
CKSTODES
zoïdes. La tête se termine par un rostre massif, entouré d'un double cercle de 90 crochets ayant 18 |jl de longueur. Les ventouses sont arrondies et ont une dimension considérable. Le pore génital est unilatéral. Dans les segments mûrs, les œufs sont agglomérés en plusieurs masses rondes et séparées les unes des autres.
D'après ce que nous en savons, les symptômes produits par ce parasite correspondent à ceux des autres tœnias qui nous sont plus familiers. Ils sont probablement justiciables de la fougère mâle,
BOTHRIOCEPHALUS MANSONI (Fig. 98)
Ce parasite, forme larvaire d'une espèce inconnue de bothriocéphale, a été découvert par Fauteur en faisant Tautopsie d'un Chinois cà Amoy. Un certain nombre de spécimens furent trouvés sous le péritoine, au voisinage des reins et des fosses iliaques, et un autre (probablement un spécimen à l'état de liberté) dans la cavité pleurale. Ils étaient plus ou moins enroulésîet disposés d'une manière irrégulière dans le fascia sous-péritonéal, ayant l'aspect de filaments de graisse rubanés ; retirés du corps, ils présentèrent des mouvements très ûiibles mais distincts. Aucune tôte différenciée, aucune structure définie, aucune trace d'organe sexuel ne put être découverte ; il n'y avait môme pas d'essai de segmentation visible. A l'état frais, ces parasites mesuraient de 3o à 35 centimètres de longueur sur 2 mm. 5 de largeur. Ils étaient plats et]légèrement effilés vers l'une des extrémités. A leur extrémité la plus laro-e, il
Fig. 98. — Botrio- \ cephalus mansoni ( spécimens conservés dans l'alcool et par conséqiient ralatinés).
666 PAHASITES INTESTINAUX
y avait une sorte de papille qui, dans certains cas, était rétractée. Scheube a extrait un parasite semblable de l'urètre d'un Japonais; on en a aussi trouvé à Bathurst (Australie). Daniels a tout récemment rencontré ce parasite ou un autre semblable chez un Caraïbe de la Guyane anglaise.
Leuckart pense que l'hôte définitif de ce parasite est probablement un animal Carnivore vivant au contact de riiomme.
LARVES D'INSKGTES DIPTÈRES
Une caractéristique constante de la vie de nombreux insectes diptères est leur séjour, à une certaine période de leur évolution, dans le tube digestif de quelque vertébré.
Les œufs de ces insectes sont absorbés par leur hôte, soit en léchant la peau, soit en ingérant la nourriture sur laquelle ils ont été déposés. C'est par ce moyen qu'ils sont transportés dans Testomac, où, au bout d'un certain temps, la larve éclot et se développe ; elle finit par apparaître dans les fèces. L'homme est assez souvent l'hôte de semblables insectes, surtout dans les pays chauds.
Parfois, jusqu'à ce qu'un diagnostic exact ait été posé, la patient est très alarmé par l'apparition de ces larves dans les selles. On les reconnaîtra facilement. Leur corps annelé et cylindrique, mesurant de i à 3 centimètres de suivant les espèces, large à une extrémité, plus effilé à l'autre, entouré d'ordinaire de petites épines ou de poils, est suffisamment caractéristique (fig. 99). Une dose d'huile de ricin amènera probablement l'expulsion
Fig. 99. — Larves de miisca vomitoria, ou mouche bleue [bluehottle fly). La figure supérieure agrandie [Leuckart).
long
LARVES D'/iVSECrES DIPTÈRES OGy
de tous ceux qui n'auraient pas été rendus spontanément.
Une prophylaxie rationnelle consisterait à couvrir les aliments après qu'ils ont été préparés, en vue d'en rendre l'accès impossible aux mouches.