‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 32 sur 136 · CAUSES LOCALES · texte numérisé non relu

CAUSES LOCALES

de la première invasion ont donc une signification très différente de celles qui accompagnent les rechutes.

Distribution géographique. — La distribution géographique de la malaria est très étendue ; elle occupe dans Thémisphère Nord toute la région comprise entre le Cercle Arctique et l'Equateur ; elle est probablement aussi vaste dans riiémisphèro Sud. Dans cette immense étendue, la distribution de la malaria n'est pas uniforme. Elle se rencontre en des foyers endémiques limités qui ont un^e tendance générale à devenir plus nombreux et plus larges à mesure qu'on s'approche de l'Equateur.

Influence de La latitude et des saisons. — Dans les climats tempérés, il existe une relation marquée entre le paludisme et les marais; dans les climats chauds, cette relation est beaucoup moins exclusive et apparente. Dans les climats tempérés, la maladie est plus bénigne, tandis qu'elle a une tendance à dévenir plus grave dans les climats chauds. Néanmoins, dans certains pays chauds, tels que la République Argentine et beaucoup des îles du Pacifique Sud, le paludisme est entièrement inconnu, ou rare et bénin. Dans les climats tempérés, la malaria sévit uniquement pendant j l'été ou au début de l'automne ; dans les climats chauds, elle sévit toute l'année, certaines saisons (d'ordinaire, mais non invariablement, les saisons chaudes) présentant plus de cas de paludisme que les autres.

Influence des conditions locales. — Les pays de plaines inondées, situés au pied de chaînes de montagnes, les deltas des grandes rivières, les lits marécageux des cours d'eau desséchés, les régions qui ont cessé d'être cultivées, les pays récemment déboisés sont, dans beaucoup de contrées, i des régions notoirement palustres. Les pays élevés, bieJ I drainés et soigneusement cultivés sont en général sains. Il y a des cas toutefois où des plaines élevées, arides et sablonneuses sont fortement impaludées. Les villes sont beaucoup moins infectées (pic les villages ou les campagnes.

Patbick Mansok. — Muludk's des pfijs cbaïuls.

malaria

Malaria sur les navires. - Bien qu'on ait rapporté plusieurs cas d'épidémies de malaria qui auraient éclate sur des navires en pleine mer, beaucoup d'épidômiologistes refusent d'accepter le diagnostic de paludisme et affirment que la malaria n'est jamais contractée loin de terre (). Les moustiques restent dans un navire quelque temps après qu'il a quitté le port. S'ils sont porteurs de l'hématozoaire, soit qu'ils l'aient apporté à bord avec eux ou qu'ils 1 aient contracté depuis, ils pourront très bien communiquer le paludisme.

Fluctuations endémiques et épidémiques. - De temps en temps la malaria se répand en dehors des foyers endémiques, sous forme d'épidémie, sur de larges étendues de ten-ains habituellement sains. Il y a quelques eas bien authentiques de pays (Mauriee, Réunion) (') où le paludisme, iadis inconnu, existe maintenant à l'état endémique ; et réciproquement il y a beaucoup d'exemples de pays, jadis palu. déens, qui, dans la suite, surtout sous 1 influence de la culture et du drainage, sont devenus salubres.

Ces circonstances ont évidemment un rapport avec la distribution des moustiques spéciaux à la ma aria. Les moustiques comme les autres insectes, lorsqu'ils se trouven a^s des conditions particuliérementfavorables, augmentent énormément en nombre et se répandent dans toutes les dictions. De nouvellesespéces l--ent donc être inU-od^s dans des endroits où elles étaient inconnues j .squalois. comme c'est le cas du Cukx ciliaris en Australie.

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Davidson, Geograplùcal l'alhology.

CAUSES LOCALES iJi

Je crois cjii'iin moustique capable de renfermer l'hématozoaire fut introduit de cette manière, vers i865, à Maurice, île dont la faune et la flore avaient été jusque-là très spéciales. C'est ainsi que nous pouvons concevoir la production de la grande épidémie de malaria survenue dans l'île à cette époque, et l'état d'insalubrité endémique qui y règne aujourd'hui. La même aventure pourrait arriver aux îles du Pacifique Sud dans un avenir assez proche.

Température atmosphérique. — Une des plus importantes conditions nécessaires pour la production de la phase extracorporelle du germe de la malaria est une température moyenne continue de i5° au moins.

Altitude. — L'altitude n'a apparemment aucune influence par elle-même sur la malaria. C'est la diminution de température, conséquence ordinaire d'une augmentation d'altitude, qui est la condition déterminante capable d'amener une diminution d'intensité de la malaria dans les rég-ions élevées. Sous les tropiques, une élévation de 1 800 à 2000 mètres n'assure pas l'immunité contre le paludisme, à moins qu'il n'y ait en même temps une diminution suffisante de la température. En Italie il y a beaucoup de localités palustres situées sur des collines ; le même fait se rencontre aux Indes et ailleurs dans ces vallées élevées qui sont en même temps étroites, imparfaitement ventilées et mal drainées.

Humidité. — Une autre condition importante pour la production de la malaria est la présence d'eau. Dans le Sahara il .n'y a pas de malaria, sauf dans les oasis ; mais dans celles-ci le paludisme abonde — à Biskra, par exemple. Une grande étendue d'eau n'est pas favorable à la malaria. Le moustique prospère surtout dans les petits étangs où il n'y a pas de poissons pour manger ses larves, et où la surface n'est pas agitée par le vent. Une semblable mare près d'une maison suffit à la rendre insalubre.

Matières végétales en décomposition. ~ On a coutume de

regarder encore une autre condition comme nécessaire à ■ex tence de la malaria, à savoir la présence dans le sol dW notable quantité de matières organic,ùes en cco.po sition particulièrement de matières végétales. Mais ce qu preuve que ce n'est pas une condition indispensable, e t quTy a beaucoup de terres presque stériles ou le palu-

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INFLUENCE DU CLIMAT i33

la (iM (le la saison des .pluies, lorsque le sol commence à se dessécher. Lorsqu'on examine de plus près la question, on constate que, bien que s'appliquant à quelques régions, cette règle ne peut être généralisée. 11 y a des localités où la courbe des cas rie fièvre atteint son maximum avant l'établissement des pluies. Dans certains pays, surtout dans les endroits bas, marécageux et plats, les fièvres de première invasion disparaissent presque complètement lorsque la région est inondée. Ce manque apparent de relation définie et universelle entre la courbe des cas de fièvre et celle des pluies montre que les conditions déterminantes de l'existence de la malaria sont d'une grande complexité, et qu'en aucune façon elles ne sont uniquement une affaire de chaleur, d'humidité et de végétation. Dans certains endroits, une forte pluie comblera et assainira les marais à moustiques; dans d'autres, elle ne fera que les remplir. L'explication des rapports variés entre la malaria et le régime des pluies réside dans l'influence de ces dernières sur les marais où se midtiplient les moustiques.

Influence des vents et diffusion à travers V atmosphère. — On a dit que le vent peut transporter le germe de la malaria à des distances considérables, le rouler au-dessus du sol comme un duvet et même lui faire gravir des montagnes élevées. Il est très douteux cependant que le germe de la malaria puisse être transporté de celte façon loin de son marais d'origine. Le moustique ne s'élève pas au delà de quelques pieds au-dessus du sol, et dans le cas de vents violents ou même simplement de courants d'air comme en l>roduit un panka, cherche aussitôt un abri. Il est certain qu'une largeur de mer de quelque mille à quinze cents mètres entre un navire et une côte impaludée suffit pour assurer l'immunité de l'équipage. Les circonstances bien connues de l'expédition de Walcheren en sont une preuve. A terre, un éloignement semblable d'une localité palustre <'St probablement aussi efficace. La diffusion de la malaria

„ , MALARIA i34

les venls est rrobable.ne„t extrêmement ,estrem te. L'intérieur d'une ville peut être extrêmement salubre tand. q„e les campagnes environnantes peuvent P- [ ™;

t elles. Un village peut être infecté tandis que v lage voisin sera salubre. Certainement, s. es venls t.an lortaient le germe de la malaria à des distances considéra" ne devrait pas y avoir de si grandes différences ent e a salubrité des localités urbaines et suburbaines, e" re celle de maisons ou de villages vois.ns. De même entie grandes hauteurs au-

l'hématozoaire ne s eleve pas a ue 5,

dessus du sol. Se basant sur l'observatron emp.r que de ce fai les paysans, dans beaucoup de localités msalubres en lie et'e/Gréce, acquièrent un degré — ^^«^ munitéen passant la nuit, pendant la saison des fievi es sur Tes plate-formes élevées sur des poteaux, à quelques met ! i-desls du sol. D-oi, il semble permis de conclure J 1» diffusion horizontale et verticale du germe de la malaria, et par suite du moustique, est très

lflue.ce de. arbres et des haUtaUons - L " '-P d'une haie d'arbres entre un marais palustie ^ ' °

liques, favorisent la contagion. Poui la m m aangereux de dormir -J^^ - Irstiquaire.

l'appartement, ou sans etie « j Evidemment,

neares d. i^^^^^J ^tZ^^, le moment qui étant données les habitudes

précède le lever ou qui su t le ' .^^^ 1„ eonla-

L nuit, ont la réputation d'êu. Us f^ J^^^,.. d'.nfec

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lieures. souvent observé que

Tvamax de terrassement. - On a

INFLUENCE DES mAVAUX DU SOL

dans certaines contrées palustres, tant qu'on ne remue pas le sol, les fièvres et surtout les formes graves sont relativement rares, mais aussitôt que l'on construit, que l'on fait des routes ou d'autres travaux qui obligent à remuer la terre, alors apparaissent les fièvres palustres graves. Au bout d'un certain temps, et lorsque ces travaux ont été terminés et que la surface du sol qui avait été défoncée est, pour ainsi dire, cicatrisée, la localité redevient comparativement salubre. L'histoire médicale de Hong-Kong peut être citée comme un exemple de ce fait. Au début de l'occupa- . tion de cette île par les Anglais, elle fut pendant un certain temps assez salubre. Puis, lorsque la cession à l'Angleterre fut définitive, que les casernes et les maisons commencèrent à être construits et qu'on fit des routes, Hong-Kong devint extrêmement insalubre. Les soldats mouraient par centaines, de fièvres pernicieuses. Avec le temps, la maladie et la mortalité diminuèrent graduellement ; et maintenant, au point de vue de la malaria, la ville de Victoria est saine. Mais, encore aujourd'hui, chaque fois qu'on construit dans les faubourgs des maisons, des routes, des forts et autres travaux analogues dans lesquels le sol est remué, on est presque certain de voir éclater des fièvres (et souvent du caractère le plus pernicieux) parmi ceux qui exécutent ces travaux. Je cite le cas de Hong-Kong ; mais il y a des douzaines d'autres exemples qu'on pourrait invoquer, et qui montrent d'une manière frappante le danger qu'il y a à remuer le sol dans les contrées impaludées, particulièrement pendant la saison chaude. Comme je l'ai déjà mentionné, il est difficile d'expliquer ces faits si l'on suppose que la malaria est acquise exclusivement par la piqûre du moustique. Il faut supposer qu'il existe quelque autre voie de pénétration dans les tissus humains, et quelque forme latente que prend l'hématozoaire dans des conditions défavorables, par exemple k la mort du moustique. Los « spores noires » de Ross pourraient peut-être se rapporter à cet état latent.

CIRCO^'ST.V^'CES 1.•AY0RTSA^^T LES MAKirESTATIONS CLINIQUES DE l'jISV.VSTON MA.LA.RIQUE

En oénéi-nl, l'invasion .U; Torganismc par riiémalozoaire se déclare au bout de luùl, à -lix jouis. Comme dans les autres infections, certains individus résistent plus ou nto.ns longtemps. Un très petit nombre paraissent immumses d'une manière permanente. Tout ce qui tend à produire une dépression physiologique favorise la susceptibilité et l'apparition de symptômes aigus.

Influence des condilions mcléorologiques sur les rechates. Un paludéen, tant qu'il réside dans la tiédeur des climats tropicaux, peut rester en parfaite santé ; ma.slors,«a a à lutter, comme c'est le cas des marins et des voyageu s retournant en Angleterre, contre ^^l^^'S^'^^;'^^ ^^^^ Nord, lorsqu'il est exposé au froid, qu'il a a subir de longues ve°Ues et des travaux fatigants, le paludisme, très souvent a ■é at latent, se réveille et la fièvre éclate. C'est une expérience de tous les jours faite avec les paludéens qui le.ien rent des tropiques ; c'est presque la règle avec ceux qui on u sur la c6te occidentale de l'Afrique. S-nlc^' ™l>POnue tant que lui et ses compagnons remontèrent le Congo : a;t le vent pour eux et par conséquent n'en e ant pa Jcommodés, ils n'eurent pas de fièvre ; mais lo.squ ils des eendirent le fleuve, une forte brise leur frappait le x sage e t r froidissait, et ils eurent alors constamment d e s La dépression pliysiologique et les désordres prod u^^^^

par le froid paralysèrent le pouvoir de ''-^'^^='"^1^; ' " f, . n me et permirent i. l'hématozoaire jusquedà a 1 état a.e de prêndrl le dessus. On constate que dans les régions les p ufCpaludées de l'Afrique tropicale, les habitation places sur des éminences et exposées au vent ne son pa Tsi salubres que celles qui sont situées un peu p >^ et par suite sont moins exposées au vent et plus

rn.iiXSMfssio.x par le moustique 137

Ce dernier fait ne doit pas être interprété comme prouvant que le vent [)roduit la malaria ou en transporte le germe. Le vent agit simplement comme cause de dépression physiologique, de refroidissement ; il a la même action que la fatigue, la faim, l'humidité, la maladie, la peur, les excès ou les émotions déprimantes.

Sexe, âge, occupation. — Le sexe en lui-môme ne semble avoir aucune influence en ce qui regarde la sensibilité au paludisme ou la gravité des accès. Il en est de même de la profession, bien que naturellement ceux qui cultivent ou travaillent le sol soient plus exposés à la malaria et par suite plus sujets à ses manifestations que les citadins ou les marins. Les accès paludéens sont plus fréquents, plus graves et plus dangereux chez les jeunes enfants que chez les adultes.

La malaria maladie transmissible. — La malaria n'est certainement pas transmisible d'une manière directe, au sens où on l'entend pour la variole ou la rougeole, par exemple. Elle ne peut se transmettre directement que par l'injection de sang paludéen. Mais on ne peut plus douter actuellement qu'un malade atteint de malaria ne soit une source de danger pour ses voisins, pourvu qu'il existe dans la localité des moustiques sensibles au paludisme. Si le malade est piqué par de tels moustiques — soit dans une chambrée de caserne, soit dans une prison ou dans une habitation — au bout d'une semaine les personnes piquées par les mômes insectes pourront être infectées, et dix jours plus tard elles pourront être atteintes d'accès palustres.

Nécessité de V étude du moustique. — Que la malaria puisse être acquise par l'inhalation ou l'ingestion des spores du parasite, ou qu'elle ne soit transmise que par la piqûre du moustique, il n'en est pas moins vrai que cet insecte est 1 agent principal et indispensable de la diffusion du germe. On n'aura donc une entière connaissance de tout ce qui concerne l'éliologie de la maladie que lorsqu'on connaîtra

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à fond les diverses espèces de moustiques capables de donner asile à l'hématozoaire, les divers vertébrés qui peuvent prendre la place de l'homme dans le cycle d'évolution du parasite, leur distribution géographique, leurs mœurs, leurs ennemis. Pour l'instant cette étude est à peine commencée. Quand nous aurons dit que l'hématozoaire est transporté par certaines espèces à' Anophèles, et que ces espèces ont des mœurs nocturnes, nous aurons énuméré les prmcipaux points de nos connaissances actuelles, sur ce sujet. Quant a savoir si certaines espèces de Cedex ne peuvent pas renfermer le parasite, comme elles font certainement pour le Proteo^ soma et la Filaria nocturna, voilà ce qu'il est impossdDle de dire pour le moment. Ce vaste champ d'études est activement parcouru aujourd'hui, de sorte qu'on peut s'attendre à posséder dans peu d'années des connaissances beaucoup plus étendues et d'une grande valeur pratique.

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