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I. — CHYTRIDIACÉES

Les Chytridiacées ou Chytridinées sont des Champignons, le plus souvent aquatiques, vivant sur des Algues ou des Infusoires, plus rarement sur des végétaux supérieurs ; ils possèdent presque tous les zoospores, nées dans des zoosporanges et munies suivant les genres d'un ou de deux cils vibratiles. La reproduction sexuée, quand elle existe, est tantôt isogame, tantôt hétéro game.

L'organe végétatif (thalle) est constitué, dans certaines espèces de cette famille et pendant une période plus ou moins longue de l'existence du Champignon, par un protoplasma nu, dépourvu de membrane, ce qui les rapproche des Myxomycètes.

Genre Olpidium.

Le genre Olpidium comprend un certain nombre d'espèces, qui généralement se développent sur des Algues, plus rarement sur des plantes supérieures, et qui sont caractérisées par l'existence d'un plasmode dans l'intérieur même des cellules de la plante hospitalière, plasmode qui se transforme soit en un zoosporange arrondi, terminé par un col, soit en un véritable kyste (spore durable), à membrane épaisse. On ne connaît pas de reproduction sexuée chez les espèces de ce genre.

Olpidium Brassicse (Woronine) Dangeard {Chytridium Brassicse Woronin) (pi. VIII, fig. 1-2). — Cette espèce a été observée par Woronine sur de jeunes semis de Chou, qui, au printemps, se courbaient au niveau du collet, se couchaient sur le sol et y pourrissaient. Le

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Champignon se rencontre dans la racine et dans l'axe hypocotylé sous forme de zoosporanges arrondis, situés dans l'intérieur des cellules et terminés par un col plus ou moins long, par lequel s'échappent des zoospores à un cil. Celles-ci, mises en liberté, peuvent pénétrer les jeunes Choux au niveau du collet ; elles se développent dans les cellules de l'écorce en un plasmode qui bientôt s'entoure d'une membrane cellulosique avant de se diviser tout entier en zoospores. Parfois le plasmode passe à l'état de repos sous forme d'un kyste à membrane irrégulière, capable de devenir un zoosporange, si les conditions redeviennent favorables.

Cette maladie est très peu répandue et généralement n'amène pas la destruction complète des semis. On n'en connaît pas le traitement.

h'Olpidium Nicotianœ Preissecker, observé sur le Tabac, n'est sans doute qu'une variété du précédent.

UOlpidiuin Trifolii (Passerini) Schrœter (pi. VIII, fig. 3) se rencontre sur le Trèfle blanc, dont les feuilles, pétioles et pédoncules portent de petites tuméfactions de même couleur que la tige ; la maladie est d'ailleurs peu grave et passe facilement inaperçue. Les tissus contiennent des zoosporanges disposés en files plus ou moins longues dans les celulles épidermiques et des spores durables qui restent longtemps à l'état dormant.

Genre Asterocystis.

Le genre Asterocystis, très voisin d'Olpidium, n'en diffère guère que par l'absence du col des zoosporanges et par la structure des spores durables (kystes). L'unique espèce, Asterocystis radicis de Wildeman, attaque les racines de diverses plantes et surtout du Lin, sur lequel elle produit la maladie connue du nom de « brûlure du Lin » (pi. VIII, fig. 4-7).

C'est en mai que généralement le mal fait son appa- Delvcroix et M.vriiLANc. II. — 5

rilion; il forme des taches où les plantes semblent arrêtées dans leur développement, jaunissent, se flétrissent, se courbent à leur extrémité; ces taches s'accroissent rapidement si le temps est humide. Parfois la plante peut se rétablir, tout en restant plus courte qu'à l'état normal ; mais souvent elle se dessèche sur pied. Cette maladie a été observée en Belgique par de Wildeman, puis E. Marchai ; elle existe également en France (nord de la France, Bretagne), en Hollande, en Allemagne, etc.

D'autres plantes peuvent être aussi attaquées ; E. Marchai a observé V Aster ocystis en particulier sur le Poireau, le Radis, le Navet, le Colza, la Laitue, la Luzerne, le Paturin des prés, etc.

C'est dans les racines que se trouve le parasite ; il est localisé dans l'assise pilifère et les poils radicaux. On y rencontre des sporanges elliptiques à zoospores uniciliées et des kystes globuleux ou elliptiques ayant l'aspect d'une étoile inscrite dans un cercle ou une elhpse, aspect dû à la présence de dépressions superficielles tangentes entre elles.

L'infection se fait par l'extrémité des racines et seulement quand la plante est très jeune (de treize à dixhuit jours après la mise en germination, d'après Marchai) ; V Asterocystis se multiplie ensuite abondamment dans la plante sans qu'on sache exactement par quel •procédé.

La « brûlure du Lin » cause aux cultures de graves dommages certaines années.

Traitement. — 1° Sur une terre où le Lin a été atteint, ne pas planter pendant un temps assez long (sept à dix ans d'après Marchai) de plantes susceptibles de servir de support au parasite ;

2° Arracher les Lins malades et les brûler dès l'apparition de la maladie (avant la formation des spores durables).

Planche VllI.

Chytridiacées.

Olpidium Brassicse. — 1. Sporanges (mûis en a. vides de leur contenu «n b) dans une cellule de Chou. — i. Zoospores (d'après Woroniiu).

Olpidium Trifolii. — 3. Coupe transversale dune feui'le de Trèfle : Ep., épiderme ; Spg., sporanges; Ky., ky-tes (d'après Woronine).

Asteronjstis radîcis. — i. Cellule de la racine de Lin contenant un zoosporange Sp.o. rempli de zoospores r et un sporange vide Sp.v. — 5. Zoospores. — 6. Cellules de la racine de Lin avec plasmode PL, sporange jeune Sp.j. et sporange mûr Sp. — 7. Kystes K dans un poil radical (d'après E. Marchai).

Cladochyfrium Gramhtis. — 8. Un kyste A' dans une feuille de Dactyle.

Urophiyciis leproidvs. — 9. Tum«urs t sur Betterave. — 10. Schéma de la coupe d'une tumeur. — Jl. Spores: Sp.f., spore à membrane colorée (oosphère?); Sp. .s/., renflement hyalin (anlhéridie'?).

70 MALADIES GRYPTOGAMIQUES.

Genre Chrysophlyctis.

Ce genre, voisin d'Olpidium, est encore peu connu et ne renferme qu'une espèce, Chrysophlyctis endohiotica Schilberzski, qui produit sur les Pommes de terre, d'après Schilberszki et Potter, des lésions assez comparables à celles de la gale. On y rencontre des zoosporanges colorés en jaune brun et des spores durables à membrane épaisse.

Genre Synchytrium.

Les Synchytrium diffèrent des espèces précédentes par la présence de plusieurs sporanges ou kystes à l'intérieur d'une enveloppe commune ; ces organes dérivent de la transformation d'un plasmode transitoire. La fructification des Synchytrium s'accomplit dans les cellules épidermiques et amène la production de véritables galles.

Les espèces de ce genre sont assez nombreuses ; ce sont toujours des parasites des plantes supérieures, mais elles n'attaquent guère que les plantes sauvages, sans d'ailleurs leur causer de dommages sérieux. On peut citer comme exemples :

Synchytrium Taraxaci de Bary et Woronine, parasite sur les feuilles de diverses composées ; Synchytrium Anémones (DC) Woronine (sur les Anémones); Synchytrium aureum Schrœter, etc.

Genre Cladochytrium.

Tandis que les genres précédents rappelaient les Myxomycètes, les Cladochytrium et le genre suivant s'en éloignent davantage et présentent des filaments mycéliens très fins et rameux; dans les Cladochytrium, ces filaments portent des renflements qui se transforment en zoosporanges ou en spores durables.

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Le Cladochytrium Graminis de Bary (pi. VIII, fig. 8) se rencontre sur diverses Graminées de prairies (Dactyle, etc.), en arrête le développement et peut même en amener la mort. On ne connaît pas les sporanges de cette espèce, qui ne produit que des kystes ovales, à membrane épaisse, lisse, brune ; ils se forment dans les feuilles, où leur présence est décelée par l'apparition de lignes brunes. Cette maladie, assez dangereuse, est fort rare.

Genre Urophlyctis.

Les espèces de ce genre produisent de véritables galles sur les organes où elles se développent. Leur mycélium est formé de filaments très fins, ramifiés ; chez certaines espèces, il y a production de zoosporanges comme dans les genres précédents. De plus, on y rencontre des organes à membrane épaisse, brune, ressemblant à des kystes ; ils sont le plus souvent hémisphériques, aplatis sur une face. On les considère comme des oospores provenant de la fusion de deux gamètes semblables, dont l'un se développe en œuf, tandis que l'autre reste petit et persiste sous forme d'une petite vésicule hyaline placée sous l'oosphère.

Les galles à" Urophlyctis sont placées tantôt sur les organes aériens de la plante, tantôt sur les racines. Parmi les premiers, on peut citer :

Urophlyctis Trifolii (Passerini) Magnus, qui produit de petites pustules sur les feuilles et les pétioles des Trèfles ;

Urophlyctis hemisphœrica (Speg.) Magnus, sur les tiges et feuilles des Ombellifères ;

Urophlyctis pulposa (Wall.) Schrœter, qui forme des galles sur les tiges et les feuilles des Chenopodium et Atriplex; etc.

Les espèces radicicoles sont plus nuisibles. Les principales sont :

78 MALADIES CHYPTOGAMIOUES.

Urophlyctis leproides (Trab.) P. Magnus [Entyloma leproides Trabut, Œdomyces leproides Sacc.) (pi. VIII, fig. 9-11), — Ce parasite, fort rare, n'a été rencontré qu'une seule fois par Trabut à l'École d'Agriculture de Rouïba, près Alger; il attaque les Betteraves et produit vers la partie supérieure de la racine des tumeurs irrégulières, bosselées, sessiles ou pédonculées, pouvant atteindre le volume du poing. Une coupe de ces excroissances montre un tissu charnu d'abord blanc, puis parsemé de ponctuations noires qui correspondent à de véritables cellules géantes remplies des oospores (?) du parasite ; celles-ci sont volumineuses (35 [i), hémisphériques, brunes, à membrane lisse ; on n'en connaît pas le développement ultérieur, et on n'a pas observé d'autres modes de reproduction du Champignon.

Il faut se garder de confondre cette maladie avec les tumeurs volumineuses qui s'observent assez souvent sur les Betteraves; leur tissu est homogène, sans points noirs ; l'origine n'en est pas co*nnue.

Urophlyctîs Alfalfœ (Lag.) Magnus {Cladochytrium Alfalfse de Lagerheim). — Cette espèce produit sur les racines de la Luzerne et parfois à la base des tiges des galles irrégulières, dont la dimension varie entre celle d'un Pois et celle d'un grain de Maïs; comme pour celles de la Betterave, elles sont d'abord blanches à la coupe, puis parsemées de points noirs correspondant aux amas d'oospores (?) ; celles-ci ont la même forme que dans l'espèce précédente, mais sont plus grandes (40-50 u.).

Cette maladie, d'abord signalée dans l'Amérique du Sud (Equateur), a été récemment retrouvée en Alsace (Magnus), en Italie (Peglion) et en Suisse (Volkart).

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Maladies douteuses ou mal connues attribuées à des Chytpjdiacées.

Dangeard a signalé dans l'ouest de la France (environs de Poitiers) une maladie du Peuplier pyramidal caractérisée par la dessiccation progressive de la cime de l'arbre et qu'il attribue à une Chytridiacée, Rhizophagus populinus Dangeard, vivant dans les radicelles. Ce Champignon posséderait un mycélium continu, des sortes de suçoirs très rameux (comme on en trouve dans beaucoup de mycorhizes), des vésicules (sporanges ?) et des kystes ; mais rien ne prouve que c'est bien là la cause de la maladie ; il est même possible que la Chytridinée de Dangeard ne soit qu'un Champignon des mycorhizes.

Prunet a étudié dans le sud-ouest de la France une maladie du Blé qui se manifeste par un arrêt de croissance, un jaunissement, puis la dessiccation progressive de la plante. Il s'agit, d'après cet auteur, d'une Chytridiacée, Pyroctonum sphœricum Prunet, voisine de Cladochytrium et possédant des zoosporanges naissant sur un mycélium grêle. Ce Champignon n'a pas été retrouvé, et la question demande de nouvelles études.

Enfin nous signalerons le Cladochytrium viticolum Prunet, qui serait la cause de la brunissure et de la gommose bacillaire de la Vigne; il y a tout lieu de croire que la création de ce Champignon est due à une erreur d'interprétation comme celle du genre Pseudocommis.

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