I. - PUCCINIÉES
Cette tribu, caractérisée par ses téleutospores pédicellées et isolées, comprend un certain nombre de genres qui se distinguent par la structure de leurs téleutospores. Nous ne parlerons que des suivants :
Puccinia, Uromyces, Triphragmium, Phragmidium et Gymnosporangium .
Les Hemileia, voisins des Uromyces et dont une espèce, H. vastatrix, est la cause d'une très grave maladie du Caféier, n'ont pas de représentants dans nos régions.
Genre Puccinia.
Les Puccinia sont caractérisés par leurs téleutospores bicellulées produisant leur promycélium, la cellule supé-
Heure par le sommet, la cellule inférieure au voisinage immédiat de la cloison médiane. Ils comprennent de très nombreuses espèces, dont plusieurs sont la cause de maladies graves, et en particulier des rouilles des Céréales.
Houilles des Céréales.
Jusqu'aux travaux d'Eriksson, on distinguait trois espèces de Rouilles vivant sur les Céréales :
Puccinia Graminis Pers. avec secidium sur l'Épine- Vinette ;
Puccinia Ruhigo-vera (D. C.) Wint., avec œcidium sur les Borraginées ;
Puccinia coronata Corda, avec secidium sur les Bourdaines [Rhamnus).
Mais, en réalité, ces trois types correspondent à trois groupes, dans chacun desquels on peut distinguer plusieurs espèces, très voisines par leurs caractères morphologiques, mais cependant distinctes par leur mode de vie, comme l'ont montré les travaux d'Eriksson, de Klebahn, etc.
Type de « Puccinia Graminis )>. — On peut le caractériser ainsi :
Les urédospores sont ellipsoïdes ou oblongues, d'un jaune brunâtre, échinulées, munies ordinairement de quatreporesgerminatifs dans leurrégion équatoriale et disposées en sores allongées qui se fendent de bonne heure pour laisser échapper les spores.
Les téleutospores sont allongées, généralement en pointe mousse à leur sommet, supportées par un pédicelle assez long et restant adhérent à la spore ; les sores ressemblent à celles des urédospores ; elles sont allongées (jusqu'à 1 centimètre de long), souvent confluentes, s'ouvrent de bonne heure en devenant pulvérulentes et noires. 11 n'y a pas de paraphyses.
A ce groupe appartiennent les espèces suivantes : Puccinia Graminis Pers. {Uredo linearis Pers., yfi'ci-
URÉDINÉES. 153
dimn Berheridis Pers.) {pi. XXVI, fig. 1-2). — Cette espèce se développe sur les feuilles, les gaines, les tiges, plus rarement les glumes de nombreuses Graminées et produit la maladie nommée rouille noire.
L'œcidium se rencontre, comme nous l'avons dit, sur l'Épine-Vinette et aussi, mais rarement, sur les Mahonia.
Le Puccinia Graminis présente plusieurs formes spécialisées, dont les plus importantes sont :
1° Forme Tritici, spéciale au Blé, mais qui peut aussi envahir l'Orge, le Seigle et l'Avoine ; ' 2° Forme A(>enœ, spéciale à l'Avoine et à quelque Graminées sauvages ;
30 Forme Secalis, qui attaque le Seigle, l'Orge et quelques Graminées sauvages ; elle ne se développe ni sur le Blé, ni sur l'Avoine.
Puccinia Phlei-pratensis Erikss. et Henn. — Très voisine de la précédente, cette espèce, qui vit sur le Phleum pratense et le Festuca elatior, en difière en ce qu'elle ne produit pas d'œcidium sur l'Épine-Vinette.
Tyi>e de « PucciDia Kubigo-vera ». — Les espèces de ce groupe présentent les caractères communs suivants :
Les urédospores naissent dans des sores ovales, bien plus courtes que dans P. Graminis, isolées et longtemps recouvertesparl'épidermejles spores sontàpeu près globuleuses, échinulées, jaunes, et les stérigmates qui les portent sont entremêlés de filaments stériles, de paraphyses.
Les téleutospores naissent dans des sores un peu allongées, restant recouvertes par l'épiderme, de sorte que les spores restent enfermées dans la feuille et que leur coloration noire n'apparaît extérieurement que par transparence. Ces téleutospores sont plus ou moins en forme de massue, atténuées à la base et tronquées à leur sommet qui est épaissi ; le pédicelle est très court ; enfin elles sont entremêlées de paraphyses, cellules allongées, brunes, naissant par groupes du stroma surtout sur les bords de la fructification.
On range dans ce groupe les espèces suivantes '. Puccinia glumarum (Schm.) Er. et Henn. (pi. XXVI, fig. 3-6). — C'est la Rouille jaune des Céréales. Les pustules d'urédo et de téleutospores sont disposées à la face inférieure des feuilles en séries longitudinales atteignant plusieurs centimètres de long et souvent confluentes. Les sores de téleutospores naissent sur les chaumes et la face inférieure des feuilles avec la même disposition. Cette rouille se rencontre aussi fréquemment sur les glumes, mais ne leur est nullement spéciale, comme son nom pourrait le faire croire.
On rencontre le Puccinia glumarum sur toutes les Céréales, sauf l'Avoine, et sur quelques Graminées sauvages. Oa ne lui connaît pas de forme secidienne.
On a distingué plusieurs formes spécialisées, notamment au Blé. à l'Oi'ge et au Seigle, cette dernière étant moins bien fixée.
Puccinia dispersa Er. et Henn. — Cette espèce se distingue de la précédente par certains caractères morphologiques^: les pustules d'urédospores sont petites, ferrugineuses et disposées sans ordre, surtout à la face inférieure de la feuille ; les sores à téleutospores sont également éparses et se rencontrent surtout sur les gaines. Cette espèce est spéciale au Seigle et produit la Rouille brune du Seigle ; son secidium se développe sur diverses espèces du genre Anchusa (Buglosse).
Puccinia triticina Er. — La Rouille brune du Blé a la même apparence extérieure que celle du Seigle; mais elle est spéciale au Blé, et on ne lui connaît pas d'secidium. Puccinia simplex (Kern.) Er. et Henn. (pi. XXVI, fig. 7). — Voisine par son aspect extérieur des deux précédentes, cette espèce se reconnaît à ce que, mélangées aux téleutospores normales, on rencontre très fréquemment des spores unicellulaires oblongues, ou en forme de massue irrégulière (mésospores). On ne connaît pas d'œcidium se rapportant à cette rouille, qui est spéciale à l'Orge.
Planche XXVI.
Urédinées.
Puccinia Graminis. — 1. L'cecidiim /E sur une feuille d'Épine-V'inette. - ■2. Groupe de téleutospores (grossi) sur une feuille de Blé.
Puccinia glumnrum . — 3. Portion de feuille de Blé portant un groupe de téleutospores recouvert par l'épiderme. — 4. Coupe d'un urédo : Cut., cuticule; Ur., urédospores; Pé., leur pédoncule; Pa., paraphyses. — 5. Coupe dans un groupe de téleutospores Té., : Ep., épidémie; Pa., paraphyses. — 6. Téleutospores.
Puccinia simplex. — 7. Téleutospore uniceliulaire.
Puccinia Lolii. — 8. Téleutospores.
A ce même groupe et au voisinage de Puccinia dispersa se rattachent les espèces suivantes, moins importantes au p3int de vue qui nous occupe :
Puccinia bromina Er., espèce hétéroïque qui se développe d'une part sur les Bromes et, de l'autre, sur la Pulmonaire et la Consoude ;
Puccinia agropyrina Er., espèce autoïque spéciale à V Agropyrum repens ;
Puccinia Triseti Er., espèce autoïque spéciale à l'Avoine jaunâtre.
Type de c^ Puccinia coroiiata ». — Les espèces de ce groupe présentent une grande analogie avec celles du précédent ; les urédospores sont cependant de forme plus irrégulière; les téleutospores, disposées en sores analogues, se reconnaissent à des petites saillies ou des dents qui forment une sorte de couronne au sommet tronqué de la spore, d'où le nom de Rouille couronnée.
Ce groupe comprend deux espèces :
Puccinia Lolii Niessl (P. coronifera Kleb.) (pi. XXVI, fig. 8). — L'secidium se développe sur une Bourdaine, Rhamnus cathartica; les autres formes sur l'Avoine et diverses Graminées sauvages : Vulpins, Houques, Fétuque élevée, Ray-grass anglais, etc. On a distingué plusieurs formes, dont une est spécialisée sur l'Avoine.
Puccinia coronata Corda. — L'œcidium se rencontre uniquement sur le Rhamnus Frangula, les urédospores et les téleutospores sur diverses Graminées : Agrostis, Houques, Calamagrostis, etc. L'Avoine et les autres Céréales ne sont pas atteintes.
A la suite de ces Rouilles et en laissant de côté un certain nombre d'espèces qui, attaquant les Graminées sauvages, n'ont pas d'importance pratique, il faut signaler les suivantes, qui se rencontrent sur le Maïs et le Sorgho.
Puccinia Maydis Bérang. {P. Sorghi Schwein.)
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(pi. XXVII, fig. 1). ^- La Rouille du Maïs produit sur les deux faces des feuilles des pustules d'un jaune brunâtre, longtemps couvertes par l'épiderme ; les urédospores sont globuleuses ou elliptiques, échinulées, d'un brun pâle. Les téleutospores sont brunes, oblongues ou un peu en massue, obtuses à leur extrémité et portées par un pédicelle assez long.
Cette rouille n'a été rencontrée que sur le Maïs. D'après des recherches récentes, elle serait hétéroïque et produirait sa forme aecidienne sur les Oxalis, O. stricta et corniculata en Europe (Tranzschel), O. cymosaen Amérique (Arthur).
PuccinîapurpureaCooke. — Cette espèce sereconnaît aux taches pourprées sur lesquelles naissent les urédospores, puis des téleutospores très longuement pédicellées. Elle attaque le Sorgho dans les régions chaudes et le midi de l'Europe.
C'est sous leur forme urédo que les Rouilles sont dangereuses ; si le temps est chaud et humide, les taches se développent et fructifient en très peu de temps, émettant des quantités d'urédospores et amenant la propagation rapide de la maladie. Il en résulte une diminution, parfois considérable, dans la quantité et aussi la qualité de la récolte, grain et paille. L'importance de ces dégâts est variable. La Rouille noire {Puccinia Graminis) est certainement la plus grave, ce qui tient surtout à son apparition tardive dans les cultures ; c'est pendant les mois de juin et de juillet qu'elle exerce ses ravages, tandis que l'évolution des urédospores se fait plus tôt et est généralement terminée en juin dans le cas des Puccinia du groupe Rubigo vera.
Dans ce dernier groupe, le Puccinia glumarum est l'espèce la plus nuisible, surtout la forme qui envahit les glumes et qui gêne le développement de l'épi. Les attaques des P. dispersa, triticina et simplex sont en général de courte durée et sans grande importance ; il en est de même de la Rouille couronnée de l'Avoine.
Les diverses variétés de Céréales sont très inégalement sensibles à la Rouille, sans qu'on puisse donner encore l'explication de ces différences. D'ailleurs la résistance d'une variété donnée n'est nullement constante et présente de grandes variations, notamment suivant le climat : ainsi les Blés qui se montrent résistants dans le midi de la France se rouillent facilement s'ils sont semés dans le nord ; il en est de même pour les Blés américains, qui, résistants dans leur pays d'origine, sont attaqués dans le nord de la France. Cependant on peut dire d'une façon générale que les variétés précoces ont moins à souffrir des attaques des rouilles que les variétés tardives ; leur développement est déjà avancé à l'époque où la maladie (surtout Puccinia Graminis) sévit avec intensité, et la plante offre alors une résistance que n'ont pas les variétés tardives moins développées. Les Blés de Saumur, de Noé et surtout de Bordeaux sont particulièrement sensibles ; au contraire les Foulards, les Pétanielles, les Épeautres, l'Engrain résistent.
L'influence de la nature chimique du sol et des engrais est peu marquée sur le développement des rouilles.
Par contre, l'influence de l'humidité est très nette ; la rouille sévit avec plus d'intensité dans les terrains bas et humides que sur les plateaux secs ; cette difl'érence s'accentue dans les années sèches.
Traitement. — On ne peut songer dans le cas actuel aux traitements préventifs par des fongicides; le sulfate de cuivre exerce bien une action sur la germination des spores, mais de tels traitements sont impossibles en grande culture.
La destruction des hôtes de la forme secidienne (Épine- Vinette, Bourdaines, Borraginées) ne peut donner que des résultats incomplets ; il est certain que l'Épine-Vinette favorise le développement de la rouille noire, qui apparaît souvent au voisinage des buissons attaqués par l'œcidium ; mais, à côté de ces cas, il faut signaler l'existence fréquente du Puccinia Graminis dans des régions où
URÉDINÉES. Iu9
l'Épine-Vinette n'existe pas. D'ailleurs la destruction, possible pour cette dernière plante, ne l'est plus pour les Bourdaines et les Borraginées et, d'un autre côté, les recherches d'Eriksson ont nettement montré que certaines Rouilles du gi'oupe Rubigo vera, le Puccinia glumarum notamment, n'ont pas besoin de deux hôtes pour accomplir le cycle de leur développement.
Le but à poursuivre est l'obtention de variétés qui soient résistantes à la rouille, tout en ayant un fort rendement et des produits de bonne qualité. En attendant que les recherches faites dans cette voie aient abouti, les précautions suivantes diminueront les dégâts produits parles rouilles :
1° Employer des variétés précoces et reconnues comme résistantes dans la région ;
20 Semer en lignes pour favoriser l'aération et diminuer l'humidité ;
30 Assainir les sols trop humides.
Rouilles des végétaux cultivés autres que les Céréales.
1° Espèces possédant une forme œcidienne. —
a. HÉTÉROïQUEs. — A ce groupe appartiennent un grand nombre d'espèces vivant sur les Graminées sauvages et les Cypéracées sous leur forme téleutosporée. Telles sont par exemple :
Puccinia Agrostidis Plowr, qui vit d'une part sur les Agrostis et de l'autre (secidium) sur les Ancolies;
Puccinia Festucœ PlowT. : urédo et téleutospores sur les Fétuques ; œcidium sur les Chèvrefeuilles ;
Puccinia Phragmitis (Schum.) Kœrn. : urédo et téleutospores sur les Phragmites, œcidium sur divers Ruinex;
Puccinia Poarum ^Niels : urédo et téleutospores sur les Paturins, œcidium sur le Tussilage ;
Puccinia Agropyri Eli. et Ev. : urédo et téleu-
160 MALADIES CRYPTOGAiMlOUES.
tospores sur les Triticum, secidium sur les Clématites;
Puccinia Caricis (Schum.) Rebent. — Cette espèce attaque les Carex et forme son secidium sur les Orties.
C'est également à un ou plusieurs Puccinia donnant leurs téleutospores sur des Carex qu'il faut, d'après Klebahn, rattacher VJEcidium Grossulariœ GmeL, qui vit sur les Groseilliers.
Puccinia Pruiii spinosœ Pers. (P. Pruni Pers.) (pi. XXVII, fig. 2-3). — Cette rouille attaque les feuilles des Pruniers, de l'Amandier, du Pêcher, de l'Abricotier, sur lesquelles se développent les urédospores et les téleutospores. Les premières forment de petites pustules brunes à la face inférieure des feuilles ; elles sont tantôt irrégulièrement ovoïdes et épaissies au sommet, tantôt arrondies et pourvues d'une membrane uniformément mince; de très nombreuses paraphyses en massue les entourent. Les téleutospores forment de petites touffes d'un brun foncé ; les deux cellules qui les constituent sont globuleuses, la supérieure plus grosse, couvertes de verrues et entremêlées de paraphyses comme les urédospores.
D'après des recherches récentes, ce Puccinia serait hétéroïque et produirait un Mcidiuni sur les Anémones cultivées ( anémone coronaria) selon TranzscheletW. Krieg, et sur l'Hépatique {Anémone Hepaîica), selon Arthur.
b. AUTOÏQUES.
Puccinia Aspai-agi D. C. (pi. XXVII, fig. 4). —La rouille de l'Asperge présente successivement sur les tiges au printemps des œcidioles et des œcidies, puis des urédospores d'un brun de cannelle, enfin à l'automne des téleutospores elliptiques ou oblongues, brunes, longuement pédicellées.
Le seul traitement consiste à couper et brûler les tiges atteintes.
Puccinia Porri (Sow.)Wint. (pi. XXVII, fig. 5). — Cette espèce attaque un grand nombre d'espèces du genre Alliuni : Oignon, Poireau, Ail, etc., sur lesquelles se déve-
Planche XX^' Urédinées.
Puccinia A/aydis. — 1. Téleulospore.
Puccinia Pruni-spinosœ. — 2. Paraphyse Pa, et urédospore Ur. 3. Téleutospores.
Pucciîiia Aspnragi. — 4. Un téleutospore.
Puccinia Porri. — 3. Téleutospores.
Puccinia Hieracii. — 6. Téleutospore.
Puccinia bullata. — 7. Téleiitospoiv-.
Puccinia Allii. — 8. Téleutospores.
Puccinia Malvacearum. — 9. Feuille de Mauve attaquée. — 10. Ték tospore.
Puccinia Arenariœ. — 11. Téleutospore.
loppent les quatre formes de fructification. Les téleulospores sont oblongues, arrondies ou tronquées au sommet, à pédicelle court, dépourvues de paraphyses : elles forment des taches plombées, sous-épidermiques.
A ce même groupe appartiennent encore les Rouilles suivantes :
Puccinia Tragopogi (Pers.) Corda, fréquent sur les Tragopogon (Salsifis) ; les téleutospores sont verruqueuses, comme celles de l'espèce suivante;
Puccinia Menthœ Pers., qui se développe sur un grand nombre de Labiées, notamment sur les Menthes ;
Puccinia Apii Desm., sur les feuilles et les tiges du Céleri; cette espèce ne présente pas d'aecidioles;
Puccinia Violée (Schum.) D. C. sur les Violettes.
2° Espèces possédant des urédospores et des téleutospores sans forme œcidienne. — Puccinia Cerasi (Barang.) Gast. — Cette Rouille, qui attaque l'Amandier, le Cerisier et le Prunier, se distingue facilement du Puccinia Pruni-spinosœ. par ses urédospores d'un jaune d'or, par l'absence de paraphyses et par ses téleutospores oblongues, lisses, longuement pédicellées.
Puccinia Hieracii (Schum.) Mart. (P. Conipositarum Schlecht.) (pi. XXVII, fig. 6). — On réunissait sous ce nom une grande partie des Rouilles des Composées; mais il est certain que diverses espèces, quelques-unes encore mal définies, étaient confondues sous cette dénomination. Toutes présentent des urédospores globuleuses ou ovales, formant de petites pustules couleur cannelle et des téleutospores ellipsoïdes, arrondies au sommet.
C'est à ce groupe qu'appartiennent, outre de nombreuses rjuilles de Composées sauvages, celles qui se développent sur les Lactuca : Laitue, Romaine {Puccinia Lactucarum Syd.?) et les Cichorium : Endive [Puccinia Endiviœ Pass.).
Citons encore parmi les rouilles des Composées :
Puccinia Absinthii D. C. sur diverses Armoises (Absinthe, Estragon, etc.);
URÉDINÉES. 16:^
Puccinia Helianthi Schw. sur les Helianthus, notamment le topinambour;
Puccinia Chrysanthemi Roze, espèce remarquable par les formes variées que présentent les urédospores ; elle a apparu en 1895 en Europe dans les cultures de Chrysanthème et a depuis lors pris une extension considérable ; son origine semble être le Japon.
Puccinia buUata (Pers.) Schrœt. (pi. XXYII, fig. 7). — C'est encore une espèce collective dans laquelle on faisait entrer des formes possédant un secidium (comme Puccinia Apii que nous avons déjà cité) et d'autres ne possédant que des urédospores et des téleutospores ; toutes se développent sur des Ombellifères, comme par exemple :
Puccinia Petroselini (D. C.) Lindr., sur les feuilles et les tiges du Persil ;
Puccinia Angelicœ (Schum.) Fuck., sur l'Angélique.
Pucciuia Viiicîe (D. C.) Berk. —Cette rouille attaque les Pervenches; sur les feuilles se développent des pustules d'urédo d'un brun pâle, couvrant toute la face inférieure de la feuille et entremêlées d'œcidioles. Les téleutospores forment des sores de couleur plus foncée ; elles sont ellipsoïdes ou ovales, à membrane légèrement verruqueuse et munies d'une papille plus pâle à leur sommet.
Puccinia AlIii(D. C.) Rud. (pi. XXVII, fig. 8). — Cette espèce est fréquente sur les Allium (Ail, Ognon, Poireau, etc.) et se distingue du Puccinia Porri, qui vit sur les mêmes plantes, par l'absence d'aecidium, ses sores de téleutospores compactes, restant recouvertes par l'épiderme et ses téleutospores en massue accompagnées de nombreuses paraphyses,
Puccinia Iridis (D. C.) Wallr. — Cette rouille attaque les feuilles des Iris ; les urédospores sont disposées en sores allongées et ferrugineuses, les téleutospores en sores linéaires, noires.
3° Espèces ne possédant que la forme téleuto
164 MALADIES CKYPTOGAMIQUES.
spore. — Puccinîa Malvacearuiii. Mont. (pi. XXVII, fig. 9-10). — Cette espèce forme sur les feuilles et les tiges des Malvacées (Mauves, Guimauve, Rose trémière, etc.) des coussinets compacts, gris rosé, puis bruns, formés uniquement de téleutospores. Celles-ci sont oblongues et portées par un très long pédicelle.
Cette rouille est originaire du Chili et a été importée en Europe vers 1869, époque à laquelle elle a été constatée en Espagne et en France (Thuret, d'après Delacroix) ; depuis son aire de dispersion s'est considérablement accrue.
Puccinîa Arenariae (Schum.) Wint. (pi. XXVII, fig. 11). — Ce Champignon est répandu sur un grand nombre de Crucifères, notamment les Œillets cultivés. Les téleutospores forment sur les feuilles et les tiges des coussinets arrondis, souvent disposés en cercles, bruns, puis noirs ; ces spores sont allongées, fusiformes ou en massue. Elles germent sur place dès leur maturité.
Puccinia Buxi D. C. — Cette rouille, assez fréquente sur le Buis, forme sur les deux faces des feuilles des coussinets hémisphériques, compacts, d'un brun noir ; les téleutospores sont oblongues, volumineuses, longuement pédicellées.
Puccioîa Ribis D. C. — La rouille des Groseilliers se présente sous la forme de taches jaunes, puis brunes, portant des sores disposées en cercle; les téleutospores sont verruqueuses et ne germent qu'au printemps suivant.
Signalons encore :
Puccinia Schrœteri Pass., qui attaque le Narcissus poeticus (rarement en France) ; les téleutospores présentent à leur surface un réseau peu apparent;
Puccinia Gladioli Cast., qui se développe sur divers Glfïeuls et dont les téleutospores, parfois unicellulaires, sont entremêlées de paraphyses.
URÉDINÉES. 165
Genre Uromyces.
Les Uromyces ne diffèrent des Puccinia que par leurs téleutospores unicellulaires, pourvues à leur sommet d'un pore par lequel se fait la germination.
Uromyces Pisi (Pers.) de Bary (pi. XXVIII, fig. 1). — C'est une espèce hétéroïque dont les secidioles et les œcidium se développent sur les Euphorbia Cyparissiasei plus rarement Esula, tandis que les deux autres formes se rencontrent sur diverses Légumineuses des genres Lathyrus et Vicia, et surtout sur les Pois.
Les Euphorbes attaquées sont complètement déformées par le parasite ; leurs feuilles, normalement étroites, deviennent courtes, charnues et se couvrent de fructifications ; la plante ne fleurit pas (castration parasitaire). Le mycélium hiverne dans les euphorbes attaquées.
Les urédospores, elliptiques et échinulées, forment de petites pustules brunes; les téleutospores sont arrondies, pourvues à leur sommet d'une petite papille incolore; leur membrane est finement ponctuée.
D'autres espèces voisines de F Uromyces Pisi et également hétéroïques provoquent des déformations analogues sur V Euphorbia Cyparissias ; telles sont :
U Uromyces striatus SchrœL. (pi. XXVIII, fig. 2), dont les urédospores et les téleutospores se développent sur divers Trèfles et Luzernes ; les téleutospores sont ornées de fines crêtes longitudinales, ondulées ;
U Uromyces EupJiorbiœ-corniculati Jordi, qui rappelle beaucoup la rouille précédente, mais ne peut infecter que le Lotier corniculé.
Uromyces Trifolîi(A.etS.)Wint. (pi. XXVIII,fig. 3). — Cette rouille est autoïque et produit ses quatre formes de fructifications sur les Trèfles. Les œcidiospores apparaissent au printemps, les urédospores pendant l'été et enfin à l'automne les téleutospores, qui sont globuleuses et lisses.
Uroiiiycesappeii(lîcula(us(Pers.)Lév. [U. Phaseoli Wint.) (pi. XXVIII, fig. 4-5). — La rouille des Haricots présente aussi ses quatre sortes de fructifications sur la même plante, dont les feuilles et les fruits sont attaqués. Les téleutospores possèdent à leur sommet une papille saillante, hyaline.
Uromyces Fabie (Pers.) Schrœt. (pi. XXVIII, fig. 6). — Cette rouille peut attaquer les Lathyrus et Vicia, mais c'est surtout sur la Fève qu'elle présente de l'importance. Elle ressemble à la rouille des Haricots et en diffère par ses téleutospores plus allongées, épaissies au sommet, où la papille hyaline est moins nette et moins saillante.
Uromyces Betse (Pers.) Kùhn. — Cette espèce, fréquente sur les feuilles de la Betterave, y développe ses quatre sortes de fructifications ; ce sont surtout les urédospores qui sont abondantes et permettent une rapide dissémination de la maladie. En automne, se forment des téleutospores ovales, à membrane lisse.
Le seul traitement consiste à ne pas porter les feuilles malades au fumier.
Signalons encore les espèces suivantes, qui ne présentent que des urédospores et des téleutospores :
Uromyces Genistse Schrœt., qui croît sur les Légumineuses (Ganêts, Cytise, Colutea arborescens) ; les téleutospores sont couvertes de verrues très marquées ;
Uromyces Anthyllidis (Grev.) Schrœt., espèce voisine de la précédente et qu'on rencontre sur V Anthyllis, les Lupins et le Coronilla Emerus ;
Uromyces Onohrychydis (Desm.) Lév., espèce spéciale au Sainfoin et dont les téleutospores sont ornées de verrues moins nettes que dans les deux rouilles précédentes ;
Uromyces caryophyllinus (Schrank.) Wint., qui se développe sur diverses Caryophyllées, notamment sur les 'Œillets cultivés.
Planche XXVIU.
Urédinées.
Uromyces Pisi. — 1. Téleutospore.
Uromijces strintus. — -2. Téleutospore.
Uromyces Trifotii. — 3. Téleutospore.
Uromyces appendieulatus. — 4. Portion de feuille de Haricot avec téleutospores (grossi). — 5. Une téleutospore.
Uromyces Fabœ. — 6. Téleutospore.
Phragmidium Rubi-Idasi. — 7. Coupe d'un gecidium : My.s., mycélium stroinatique ; Stg., stérigniates ; yE.m., aecidiospore mûre; Pa.. paraphyses; Ep.s., épidémie supérieur de la feuille. — 8. Coupe d'un urédo : Ur.m., urédospore nuire; Eji.i , épidémie inférieur. — 9. Téleutospore.
Phragmidium subcorticinm. — 10. Téleutospore.
Phragmidium violaceum. — 11. Une téleutospore en germination (d'après Tulasne).
Genre Triphragmium.
Ce genre, peu nombreux, est caractérisé par ses téleutospores divisées en trois loges par des cloisons qui se réunissent au centre de la spore. Il ne renferme pas d'espèces parasites des plantes cultivées. Citons le Triphragmium Ulmariœ (Schum.) Link., fréquent sous ses quatre formes sur les feuilles et les tiges de la Spirée Ulmaire.
Genre Phragmidium.
Dans ce genre, les téleutospores sont formées de plusieurs cellules (trois à douze) disposées en file; la supérieure germe par un pore terminal, les autres possèdent plusieurs pores (généralement quatre) situés à l'équateur. Les urédospores et téleustospores forment des touffes entourées de paraphyses en massue et plus ou moins courbées vers l'intérieur de la fructification. Il en est de même pour l'œcidium ; le pseudopéridium est remplacé par une couronne de ces paraphyses ; aussi l'secidium ressemble-t-il beaucoup à l'urédo, dont il diffère par la disposition en chapelet des œcidiospores.
Les Phragmidium sont tous des parasites des Rosacée?, fréquents surtout sur les Ruhus, Rosa et Potentilla.
Phragmidium Rubi-Idaei (D. C.) Karst. (pi. XXVIII, fig. 7-9). — La rouille du Framboisier présente trois formes de fructifications. Les secidium, constitués comme nous venons de le dire, se montrent à la face supérieure des feuilles, plus rarement sur les pétioles et les jeunes tiges, groupés en petits cercles déprimés au centre. Les urédospores forment de petits sores jaunes, dispersées à la face inférieure des feuilles. A l'automne, les téleutospores apparaissent au milieu des réceptacles d'urédospores, puis dans des sores spéciales entourées de paraphyses ; elles sont allongées, cylindriques, formées d'un grand nombre de
URÉDINÉES. 160
cellules (jusqu'à onze, généralement sept à neuf) ; leur sommet est terminé par une pointe conique ; leur membrane épaisse, verruqueuse, est colorée en brun foncé ; le pédicelle est long, transparent, fortement renflé à la base.
Phra^midiuin subcortîcium (Schrank) Wint.
(pi. XXVin, fig. 10). — La rouille du Rosier présente de grandes analogies avec la précédente dans la structure de l'aecidium et de l'urédo. Les téleutospores sont plutôt fusiformes que cylindriques, atténuées à chaque extrémité, formées de quatre à neuf cellules, très fortement colorées, presque opaques à maturité ; le pédicelle est très long, renflé à la base.
Sur les Rosa, on rencontre aussi d'autres Phragmidium:
P. tuherculatum Millier, voisin du précédent, mais présentant des 9e:idioles mêlées aux œcidium ; ses téleutospores à trois à cinq cloisons sont terminées par une longue pointe conique et hyaline ;
P. fusiforme Schrœt., espèce spéciale au Rosa alpina, à téleutospores plus grêles, plus étroites, formées de nombreuses cellules (jusqu'à douze).
Sur les Ronces (Rubus), on rencontre très fréquemment le Phragmidium violaceum (Schultz) Wint. (pi. XXVIII, fig. 11), à téleutospores ordinairement formées de quatre cellules seulement, et le P. Rubi (Pers.) Wint.
Genre Gymnosporangium.
Les Gymnosporangium rappellent les Puccinia par leurs téleutospores bicellulaires ; mais la germination de cellesci se fait par la production de plusieurs basides qui naissent pour les deux cellules au voisinage de la cloison médiane. De plus ces téleutospores sont très longuement pédicellées et réunies en masses brunes ou jaunes, gélatineuses, souvent volumineuses.
Les Gymnosporangium sont hétéroïques : les téleutospores se développent sur les Gymnospermes et presque Delacroix et Maublaxc. II. — 10
exclusivement sur les G3iiévriers, Quant à la forme œcidienne, elle se rencontre toujours sur les Rosacées de la tribu des Pomacées ; elle présente des caractères particuliers qui l'avaient fait ranger dans un genre particulier, le genre Rœstelia, avant qu'on découvrît les relations qui l'unissent aux Gymnosporangium. Le pseudopéridium ne s'ouvre pas en forme de coupe ; il est prolongé au-dessus de la fructification en une sorte de chapeau formé de cellules allongées qui se séparent les unes des autres en un grillage par les mailles duquel sortent les secidiospores.
Gyiiiiiosporan^iuiu Sabînae { Dicks. ) Wint. (pi. XXIX). — Sous sa forme secidienne {Rœstelia cancellata Rebent.), cette espèce produit la rouille grillagée du Poirier. La maladie apparaît en juin ou juillet sur les feuilles et y forme de grandes taches rouges ou orangées, criblées à la face supérieure de petits points brunâtres, saillants; ce sont des œcidioles. Plus tard la face inférieure de la feuille se bosselé ; il y a production d'une véritable galle due à un cloisonnement dans deux directions perpendiculaires des cellules du limbe ; c'est dans cet épaississement que sont creusées les œcidium. Les secidiospores naissent en chapelets qui se désagrègent rapidement ; le pseudopéridium forme au-dessus de la cavité de la fructification une sorte de dôme allongé dont la partie moyenne se fendille à maturité pour laisser échapper les œcidiospores. Dans la région grillagée, les cellules du pseudopéridium sont allongées, munies de parois épaisses et couvertes de fines aspérités.
Des fructifications analogues, apparaissant sur les jeunes rameaux et les fruits, provoquent un arrêt dans la croissance de ces organes. Cette forme de la maladie est plus grave que l'attaque simple des feuilles.
Les téleutospores se développent sur le Genévrier Sabine. L'influence de cette plante sur la production de la rouille du Poirier avait été constatée depuis longtemps par les praticiens, sans qu'on en connût la raison. C'est
Planche XXIX.
Urédinées.
Gymnosporangium Sahinse. — l. Une feuille de Poirier attaquée : E., œcidium {Rœstelia) ; Sp., œcidiolcs. — 2. La forme Rœstelia : un aecidium jeune en a, ouvert en b. — 3. Coupe de la feuille dans une tache d'œcidium : Hij., tissu lacuneux hypertrophié; Pa., tissu en palissade; Sp., œcidioles ; /E., aecidium; St., stroma mycélien ; Stg., stéri^'males; L., pseudopéridium commençant à s'ouvrir. — 4. Portion de la figures fortement grossie : Pé., pseudopéridium ; yfi",, secidiospores mûres; My., mycélium ; P. h., cellules du parenchyme hypertrophié. — o. Formation des œcidiospores yE ; i, cellule intercalaire (d'après Sorauer). — 6. Une œcidiospore mûre. — 7. Cellules dissociées du pseudopéridium. — 8. Les masses gélatineuses de téleutospores Té., sur un rameau de Genévrier Sabine. — 9. Téleutospores — 10. Germination d'une téleutospore : Pr.. promycélium ; Spd., sporidie.
Œrstedt qui le premier prouva expérimentalement que le Rœstelia cancellata était la forme secidienne du Gymnosporangium Sahinœ ; depuis ce fait a été vérifié par de nombreux expérimentateurs.
Les rameaux des Sabines attaquées présentent des renflements fusiformes où le bois est hypertrophié et profondément modifié dans sa structure ; de l'écorce sortent au printemps des masses brunâtres, plus ou moins coniques, gélatineuses, pouvant atteindre 1 centimètre de longueur ; elles sont formées uniquement de téleutosporesdont les très longs pédicellessont gélifiés. Gestéleutospores sont elliptiques, à paroi mince, peu colorée ; chacune des deux cellules qui les constituent possède quatre pores germinatifs au voisinage de la cloison médiane. Les basidiospores infectent facilement les feuilles du Poirier (et de quelques autres espèces du genre Pirus) ; les spermogonies apparaissent au bout de quinze jours environ ; les secidiospores sont mûres quatre mois après l'infection.
On n'a pas encore réalisé expérimentalement l'infection de la Sabine avec les secidiospores.
Le Gymnosporangium Sabinœ peut aussi attaquer d'autres Genévriers, notamment les Juniperus Virginiana, Oxycedrus, Phœnicsea, etc., et même le Pin d'Alep (d'après Reess).
Traitement. — 1° Détruire les Gsnévriers, surtout les
Sabines, dans le voisinage des plantations de Poiriers;
2° Les pulvérisations avec une bouillie bordelaise
faible et neutre protègent efficacement les feuilles contre
l'infection due à la germination des téleutospores.
Gymiiosporan^iuin confusum Plowr. — Longtemps confondue avec le G. Sabinœ, cette espèce développe également ses téleutospores sur la Sabine et le Genévrier de Virginie ; mais la forme secidienne se rencontre sur l'Aubépine et surtout le Néflier {^cidium MespiliD. C.) eile Cjignassier {Rœstelia Cydoniœ Thum.) ; exceptionnelle-
UREDINEES. 173
ment le Poirier peut être infecté. Le pseudopéridium est bien plus allongé que dans le Rœstelia cancellata.
GymDosporau^ium tremelloicles Hartig. — Cette espèce produit ses téleutospores sur le Genévrier commun et sonsecidium {Rœstelia penicillata Fv.) sur le Pommier et le Sorhus Aria. Les téleutospores ont sensiblement la même forme que celles du^G. Sabinœ, mais sont réunies en masses hémisphériques très volumineuses.
Gyninosporang^ium juniperinum (L.) Fr. — Les téleutospores qui naissent sur le^Genévrier commun peuvent infecter le Sorbier des oiseleurs et l'Amelanchier {Rœstelia cornuta Fr.).
Gymiiosporangîuiii clavariîforme (Jacq.) Reess. — Cette espèce, qui croît également sur le Ganévrier commun, se distingue à ses téleutospores en fuseau allongé l'aecidium [Rœstelia lacerata (Sow.)~Mérat] se développe surtout sur les Cratœgus (Aubépine).
IL — MÉLAMPSORÉES.
Cette tribu se distingue à ses téleutospores sessiles ; elles sont tantôt serrées les unes contre les autres sur un seul rang et forment une mince croûte sous l'épiderme ou dans l'intérieur même des cellules épidermiques {Melampsora, Pucciniastrum, etc.) ; tantôt elles sont disposées en chaînes {Chrysomyxa, Cronartium).
Genre Melampsora.
Les téleutospores sontunicellulaires,en forme de prisme, serrées les unes contre les autres et forment une croûte entre l'épiderme et la cuticule. La germination se fait au printemps par le sommet de la spore.
Les urédospores sont entourées de paraphyses en massue à parois épaisses.
Très fréquemment les Melampsora sont hétéroïques, et
leur forme œcidienne appartient à l'ancien genre Cœoma; les aecidiospores se forment en courts chapelets, selon le mode ordinaire, mais ne sont pas entourées d'un pseudopéridium, de sorte que la fructification a l'aspect d'un urédo à spores en chapelet.
Melanipsora pîiiitorquaRostrup (pi. XXX, fig. 1-7). — C'est à cette espèce qu'est due la rouille courbeuse du Pin, qui attaque les jeunes peuplements de Pin silvestre aussi bien que les jeunes pousses d'arbres plus âgés. L'infection se fait au printemps, le mycélium pénétrant un rameau y détermine l'apparition d'une tache pâle, allongée. L'arrêt de végétation qui résulte de la présence du parasite sur un côté du rameau amène une courbure dans la concavité de laquelle se trouvent le mycélium, puis les fructifications.
Suivant la violence de l'attaque et la grosseur du rameau envahi, celui-ci peut se dessécher ou continuer à pousser ; dans ce dernier cas, il s'infléchit, puis peut se redresser en forme d'S. Les dommages sont d'autant moins graves que les arbres sont plus âgés; l'attaque des jeunes plants peut entraîner leur mort.
Les fructifications qui apparaissent dans la partie concave de la courbure sont d'abord des œcidioles ; puis des aecidiospores (Cœoma pinitorqua A. Br.) se différencient assez profondément dans l'écorce aux dépens de filaments parallèles, serrés ; la pression des chapelets de ces spores amène bientôt une rupture longitudinale de l'épiderme.
Les œcidiospores, semées sur les feuilles du Tremble, les infectent et y produisent des urédospores, puis des téleutospores de Melampsora pinitorqua. Les Populus alba et canescens peuvent également être contaminés.
Dans ces dernières années, les recherches de divers auteurs et surtout de Klebahn ont montré qu'un grand nombrede Melampsora étaient hétéroïques. Selon la plante
Planche XXX.
Urédinées.
Mclamiisora iiinilorqua. — 1. Rameau de Pin silvestre courbé en crosse par la forme Cœoma. — 2. Porlion d'une coupe de ce rameau dans la région atteinte; a?., apcidiole ; Cœ., forme Cœoma. — 3. Porlion du Cœoma : St., slcrigmates ; m., aecidiospores ; /., cellule intercalaire. — 4. Coupe de l'urédo sur feui.le de Tremble : Ep.i.. épidémie inférieur; My.s., stroma mycélien ;" Ur., urédospore ; Ur.7i}., urédospore mûre détachée; Pa., paraphyses. — 5. Portion de la feuille de Tremble montrant les taches d'urédo (d'après Di°tel). — 6. Coupe transversale dans la forme à téleutospores Te. ; £"/>., épidémie ; Cutic, cuticule (d'après Prillieux). — 7. Téleutospores en germination (d'après Piowright) .
Melatnpsoridiu7n betuliintm. — 8. La forme urédo ; Pc., pseudopéridium ; Cr., urédospores.
qui hospitalise la forme Cœoma, on peut les diviser en plusieurs groupes comprenant chacun plusieurs espèces (ou formes spécialisées), dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer :
Cœoma sur le Mélèze [Cœoma Laricis (West.) Hart.] : les urédospores et téleutospores se forment sur les Saules, lesPeupliers (la forme Cseoma présente un pseudopéridium rudimentaire formé de grosses paraphyses en massue); Cœoma sur Rihes [Cseoma confluens (Pers.) Schrœt.] : téleutospores sur les Saules;
Cseoma sur Allium [Cseoma Alliorum Link) : téleutospores sur les Saules et les Peupliers;
Cseoma sur la Mercuriale vivace [Cseoma Mercurialis (Mart.)Link] : téleutospores sur le Tremble et le Peuplier blanc [Melampsora Rostrupii Wagner), etc.
Parmi les espèces dont on ne connaît pas l'aecidium, signalons : ,
Melampsora Lini (D. C.) TuL, qui vit sur les Lins ; on ne connaît que les urédospores et les téleutospores ; les premières sont les plus abondantes et couvrent les feuilles et les tiges de taches orangées.
Melampsora? Quercus (Brond.) Schrœ.., espèce connue seulement par ses urédospores et qu'on rattache avec doute au genre Melampsora ; elle est fréquente sur les feuilles des Chênes.
Genre Melampsoridium.
Ce genre a été établi par Klebahn pour une espèce hétéroïque, Melampsoridium betiiliiium (Pers.) Kleb. {Melampsora heiulina Tul.) (pi. XXX, fig. 8).
La forme œcidienne se rencontre sur les feuilles de Mélèze ; ce n'est pas un Cseoma comme dans le genre précédent, mais un véritable J^cidium pourvu d'un pseudopéridium très développé, analogue à celui que nous trouverons dans les Perldermium.
URÉDINÉES. 177
Les urédospores et téleutospores se forment sur les Bouleaux ; les premières, dépourvues de paraphyses, forment des sores enfoncées dans les tissus de la feuille et munies d'un véritable pseudopéridium hémisphérique ouvert par un pore. Les téleutospores sont semblables à celles des Melampsora.
Une autre espèce du même genre, Melampsoridium Carpini (Neess) Dietel, vit sur les feuilles de Charme ; l'sBcidium en est inconnu.
Genre Melampsorella.
Gomme dans les Melampsoridium, les urédospores sont enfermées dans un pseudopéridium; mais les téleutospores des Melampsorella naissent non plus à l'extérieur, mais dans l'intérieur même des cellules épidermiques ; elles sont unicellulaires,et leur membrane reste pâle et mince. Alelampsorella Caryopliyllacearuiii (D. C.) Schrœt.[M.Ceras«a(Pers.)Schrœt.](pl. XXXI, fig.l-3).— Les urédospores et téleutospores se forment sur les Garyophyllées : Stellaria, Cerastium, Arenaria, etc.
En 1901, Fischer montra expérimentalement que cette rouille était hétéroïque et que les téleutospores étaient capables d'infecter le Sapin pectine en y produisant une maladie répandue dans les régions montagneuses et bien connue sous les noms de Balai de sorcière et de Chaudron du Sapin. Le mycélium de l'Urédinée pénètre l'écorce et le bois d'un rameau; celui-ci réagit, augmente de volume, se renfle ; il en résulte une véritable tumeur due à l'hypertrophie de l'écorce et du bois. Le mycélium est vivace et persiste plusieurs années dans le rameau. Bientôt l'écorce se crevasse profondément, se dessèche par places; il se forme des plaies vives, des chancres qui n'ont pas tendance à se cicatriser et sont une porte d'entrée pour les parasites de blessure, notamment les Polypores. Ge sont ces plaies que les forestiers désignent du nom de chaudrons.
Les jeunes pousses envahies présentent un aspect singulier qui les fait reconnaître de loin : elles sont dressées verticalement, abondamment ramifiées et simulent un petit arbuste implanté sur la branche de Sapin ; ce sont les Balais de sorcière. Les feuilles sont courtes et larges, disposées tout autour durameau, presque décolorées ; elles se couvrent bientôt des fructifications du Champignon disposées de chaque côté de la nervure médiane. Ce sont d'abord des spermogonies, puis des seiidium [Mcidium elatinum Alb. et Schw.) à pseudopéridium irrégulièrement déchiré ; les œridiospores, elliptiques ou polygonales, sont fortement verruqueuses, à contenu orangé. Ces feuilles atteintes tombent rapidement ; le Balai de sorcière n'a lui-même qu'une faible vitalité, se dessèche et tombeau bout de quelques années, amenant la production d'un chaudron.
La suppression des balais de sorcière dès leur apparition est le seul remède connu contre cette maladie qui cause d'importants dégâts dans les forêts de montagne.
Le Melampsorella Symphyti{I).C.)Bubdik,ïréquenisous sa forme urédo sur les feuilles de la Consoude, produirait d'après Bubak un secidium sur le Sapin pectine, mais sans y amener de déformations.
Genre Pucciniastrum.
Les téleutospores, serrées et disposées en couche mince comme dans les genres précédents, sont dans les Pucciniastrum divisées longitudinalement par une ou deux cloisons en croix ; elles naissent à l'intérieur ou à l'extérieur des cellules épidermiques.
Pucciniastrum Goeppertianuni (Kuhn) Kleb. [Calytospora Goepperiiana Kûhn) (pi. XXXI, fig. 4-7). — Les téleutospores de cette rouille se forment sur le Vaccinium Vitis-Idœa et en déforment les pousses atteintes ; nées dans les cellules épidermiques, ces spoVes sont divi-
Planche XXXI.
Urédinées.
Mclampsorella Canjnphyllace irum. — 1. Branche de Sapin portant un ■rameau sain S., et unjnilai de sorcière Ba. — 2. Aiguille portant l'a'cidium '{^■E . elatinum). — 3. Branche de Sapin montrant un chaudron.
Pucciniastrurn Goep/iertianum. — 4. Aiguille de Sapin portant Viccidium. — i). Une file d'aecidiospores : /, cellule intercalaire. — 6. Téleutospores en germination dans une cellule épiderniique de Vaccinium ; Pr.j., J)asi.ie jeune; Pr., baside (promycéliam) mûre; Stg., stérigmates ; Spd., basidiospores (sporidies). — 7. Cellule épidermique contenant des léleulo- ?spores Té., et supposée vue par le haut.
180 MALADIES GRYPTOGAMIQUES.
sées en quatre par deux cloisons longitudinales en croix. Elles germent au printemps, chaque cellule produisant une baside à son sommet. Les basidiospores peuvent, comme l'ont montré les expériences d'Hartig, infecter les aiguilles du Sapin pectine et y amener la production d'un œcidium à pseudopéridium très allongé et cylindrique, VMcidium columnare Alb. et Schwein.; les 8e3idiospores sont globuleuses et échinulées. Les dégâts causés par ce Champignon sur les Sapins sont insignifiants.
D'autres Pucciniastrum présentent sur le Sapin une forme œ^idienne analogue, par exemple le Pucciniastrum Ahieti-Chamœnerii Kleb, qui forme ses téleutospores sur les Ëpilobes.
Le Pucciniastrum Padi (Kunze et Schum.) Diet. présente ses urédospores et ses téleutospores sur les feuilles de Prunus Padus et ses secidiospores sur les cônes d'Épicéa [M'cidium strobilinum (A. et S.) Reess].
Genre Chrysomyxa.
■ Les Chrysomyxa diffèrent considérablement des genres précédents : leurs téleutospores sessiles forment des chapelets simples ou ramifiés, naissant côte à côte en touffes qui soulèvent et déchirent l'épiderme. La germination se fait par la production d'une baside terminale pour la spore supérieure du chapelet, latérale pour les autres ; les spores inférieures restent stériles.
CliivysoiiiyaRhododendri(D.C.) de Bary(pL XXXII, fig. 1-3). — Les urédospores et téleutospores se développent au printemps sur les feuilles des Rhododendron {R. ferrugineum et hirsutum). De Bary a montré que l'œcidium habitait les aiguilles de l'Épicéa [Mcidium abietinum Alb. et Schw.) ; celles-ci montrent en été des taches jaunâtres où apparaissent des spermogonies, puis des aeoidium à pseudopéridium saillant, cylindrique, irrégulièrement denté au sommet. Cette maladie est peu
Planche XXXIl Urédinées.
Chrysomyxa Rhododendri. — 1. File d'œcidiospores ,E.; /. , cellule intercalaire (d'après de Bary). — 2. Téleutospores au début'de leur germination. — 3. Téleutospores ayant germé ; Stg., stérigmates (d'après de Bary).
Chrysomijxn Abietis. — i. Aiguilles d'Épicéa portant les téleutospores Té. — 0. l'ouffe de téleutospores Té., faisant irruption en déchirant l'épidermc Ep. — 6. Germination de la téleutospore.
Delacroix et Maublanc.
d82 MALADIES CRYPTOGAMIQUES.
répandue et ne se rencontre qu'à une altitude assez grande (1 000 mètres) ; elle peut amener la chute d'un grand nombre d'aiguilles.
Le Chrysomyxa Ledi (A. et S.) de Bary est voisin du précédent ; l'œcidium attaque aussi les feuilles de l'Épicéa, mais c'est le Ledum palustre qui hospitalise les téleutospores.
Chrysomyxa Abietis (Wallr.) Unger. (pi. XXXII, fig. 4-6). — Cette rouille attaque l'Épicéa sous sa forme téleutospore, la seule existante. En été, les aiguilles montrent des zones annulaires jaunâtres, puis d'un jaune vif, où se remarque une accumulation considérable d'amidon. Au printemps suivant, l'épiderme, soulevé par places, se déchire et met à nu les téleutospores,' qui germent aussitôt ; la feuille tombe après la production des basidiospores ; celles-ci infectent directement l'Épicéa.
Cette maladie sévit surtout dans les fonds humides.
Genre Cronartium.
Les Cronartium, comme les Chrysomyxa, présentent des téleutospores en chapelet; mais tous les chapelets d'une même sore sont unis en une colonne saillante, dressée, pouvant acquérir une grande longueur. Les téleutospores germent latéralement sur place selon le mode ordinaire. Les urédospores et les téleutospores naissent dans des sores enfoncées dans la feuille et munies d'un pseudopéridium hémisphérique, ouvert par un pore.
Les espèces dont on connaît le cycle complet de développement sont hétéroïques avec forme caeidienne sur les Pins ; ces 8e3idium sont très volumineux et caractérisés par leur pseudopéridium en forme de vessie membraneuse et blanchâtre, qui se déchire irrégulièrement pour mettre les spores en liberté. Ces particularités avaient fait distinguer ces aecidium sous le nom de Peridermium.
Crouartium asclepiadeum(Willd.)Fr. [C. flaccidwn
Planche XXXI H.
Urédinées.
Cronartium asclepiadeum. — 1. Rameau de Pin portant les vésicules de Peridermium P. — 2. Une vésicule en voie de déhiscence. — 3. iîcidiospore. — 4. Branche de Pin attaquée depuis de nombreuses années par le Peridermium ; en a et a, régions où le parasite s'est installé au début et a tué le canibium (d'après Hartig). — 6. Feuille de Dompte-venin présentant l'urédo et les téleutospores. — 6. Coupe transversale de cette feuille : à droite un urédo ; à gauche, une colonne de téleutospores Té. surgissant du fo:id de l'urédo; Ur., urédospores ; Ep.i., épidémie inférieur de la feuille: My, mycélium. — 7. Germination des téleutospores : Pr.j ., baside jeune ; Pr., baside mûre; Spd., basidiospores ; Stg., stérigmates.
Coleosporium Senecionis. — 8. Feuilles de Pin portant le Peridermium^. — 9. File d'^cidiospores : /., cellule intercalaire 10. ^Ecidiospore.
— 11. Coupe de l'urédo : Ep. i. épidémie inférieur; Ur., urédospores (en chapelet) ; Mij.s., mycélium. — 12. Forme à téleutospores Té. ; Bg., début de germination. — i;5 Germination de la téleutospore ; Sg., stérigmate ;. Spd., sporidie (hasidiospore) .
184 MALADIES GRYPTOGAMIQUES.
(A. et S.) Winter] (pi. XXXIIT, fig. 1-7). — Cette rouille attaque les feuilles du Dompte-venin [Vincetoxicum officinale), de la Pivoine, ainsi que des Nemesia versicolor et Verhena teucrioides, sur lesquelles se développent les urédospores et les téleutospores. A la face inférieure des feuilles apparaissent de petites pustules qui s'ouvrent au sommet par un pore ; elles contiennent d'abord des urédospores ; puis, dans chacune d'elles, naît une colonne brune, grêle, très allongée, atteignant 2 millimètres de longueur et formée uniquement de téleutospores. La germination se fait sur place, et les basidiospores peuvent infecter le Pin silvestre, fait que Cornu mit pour la première fois en évidence en 1886.
Sur le Pin, les rameaux de divers âges peuvent être attaqués par le mycélium, qui y est vivace et s'étend de plus en plus autour du point d'infection ; dans la partie envahie, qui s'accroît ainsi chaque année, le cambium est détruit plus ou moins complètement; il en résulte la formation de véritables chancres qui entraînent la mort de la branche quand ils en ont fait le tour. Les dommages peuvent être très grands, surtout dans les jeunes peuplements.
Le mycélium fructifie chaque année en mai ou juin ; l'œcidium {Peridermium Cornui Kleb.) apparaît au dehors en déchirant l'écorce ; les se^idiospores sont arrondies et fortement verruqueuses.
S'il est bien prouvé que le Cronartium ascîepiadeum a pour secidium le Peridermium Cornui, il n'en résulte pas que tous les Peridermium qu'on rencontre sur les branches des Pins appartiennent à cette espèce; et en effet, en partant de formes morphologiquement identiques au Peridermium Cornui, de nombreux auteurs (Klebahn, Eriksson, v. Tubeuf, etc.) n'ont pu obtenir l'infection du Dompte-venin et d'un grand nombre d'autres plantes ; le semis sur l'écorce de Pin est également resté sans résultat. Il semble donc qu'en dehors du Cronartium ascle-
URÉDINÉES. 185
piadeum il existe des rouilles hétéroïques capables de produire des Peridermium sur les rameaux des Pins.
Cronartium ribicola Dietr. — Très voisin de l'espèce précédente, le Cronartium ribicola d'une part attaque les Groseilliers sous ses formes urédo et téleutospore, et de l'autre sous sa forme œcidienne {Peridermium Strobi Kleb.) produit sur les rameaux des Pinus Strobus, Lambertiana et Cembro des lésions très analogues à celles du Peridermium Cornui.