I. — EXOBASIDIÉES
Cette famille ne renferme que des espèces parasites dont le mycélium pénètre les tissus vivants de quelques Phanérogames ; il envoie dans l'intérieur des cellules des suçoirs et fructifie au dehors ; les basides, isolées les unes des autres, donnent naissance à un nombre irrégulier de spores qui germent par bourgeonnement en produisant des conidies-levures.
Les Exobasidiées ne comprennent guère que le genre Exohasidium, dont la plupart des espèces attaquent les Éricacées et y produisent fréquemment des hypertrophies charnues, de véritables galles, comme par exemple V Exohasidium Vaccinii (Fuck.) Woron. sur les Vaccinium, V Exohasidium Rhododendri Cramer sur les Rhododendron. Une espèce, V Exohasidium Juglandis (Bér.) Pat. {Microstoma Juglandis Sacc), croît à la face inférieure des feuilles du Noyer sans les déformer ; ses basides sont monospores et agglomérées en petites masses qui soulèvent et déchirent l'épiderme.
Exobasidiuin Vitis (Viala et Boyer) Prill. et Delacr. {Aureohasidium Vitis, Viala et Boyer (pi. XXXIV, fig. 1-3). — Cette espèce envahit au printemps les feuilles et en automne les fruits de la Vigne. Les feuilles brunissent et sèchent en partie ; les grains présentent des taches déprimées qui se dessèchent. Sur les organes attaqués apparaissent de petites pustules blanches, ressemblant à de la poussière de plâtre et formées de bouquets de filaments allongés, ramifiés ; tandis que certains de ces filaments restent stériles, les autres se renflent à leur sommet en une baside peu différenciée ; les spores sont en nombre variable (deux à dix par baside), sessiles, hyalines, ovoïdes ou un peu fusiformes. Elles germent en bourgeonnant à la façon des levures. Ce parasite est peu répandu et ses dégâts, en général insignifiants, peuvent cependant acquérir une certaine importance dans les printemps et les automnes chauds et humides. Les traitements essayés n'ont donné que des résultats incomplets.
IL — THÉLÉPHORÉES.
Dans cette famille, l'hyménium est disposé sur une surface lisse dont l'aspect est d'ailleurs assez variable suivant les genres. Ce sont le plus souvent des sapro-
Planche XXXIV.
Exobasidiées. — Théléphorées,
Ëxobasidium Vitis. — 1. Filament de mycélium produisant une baside Ba, avec spores Sp. — 2. Basidiospores. — 3. Les mêmes en germination.
Hijpochnus Solani. — -i. Baside Ba et spores Sp.
Stereum frusUdosurn. — 5. Coupe transversale du bois de Chêne attaqué. — 6. Coupe longitudinale du même. — 7. Les fructifications sur Chêne. — 8. Basides Ba et spores Sp.
Stereum hirsutum. — !). Fructifications hur écorce de Chêne.
d92 MALADIES CRYPTOGAMIQUES.
phytes ; quelques espèces seulement sont ou peuvent devenir parasites.
Genre Hypochnus.
Les Hypochnus ont une structure assez simple ; la fructification est constituée par un feutrage lâche, mal limité, appliqué sur le support et dont la surface libre est couverte de basides peu serrées, accompagnées ou non de cystides ; les basidiospores sont incolores.
Les Hypochnus vivent généralement en saprophytes sur le sol ou sur des végétaux morts ; quelques espèces sont considérées comme parasites.
Hypochnus Solani Prill. et Delacr. (pi. XXXIV, fig. 4). — Observé une seule fois sur les tiges de la Pomme de terre, qu'il recouvre de plaques blanchâtres, puis brunes, ce Champignon n'a causé que des dégâts insignifiants.
Hypochnus Cucumeris Frank. ■ — D'après Frank, ce Champignon attaque les Concombres et quelques autres plantes (Lupin, Trèfle) ; la base des tiges est couverte d'un lacis mycélien gris qui amène la pourriture des tissus et la mort de la plante. On ne l'a pas observé en France.
Genre Stereum.
Les fructifications des Stereum sont beaucoup mieux différenciées que celles des Hypochnus ; ce sont des réceptacles coriaces, résupinés, c'est-à-dire appliqués par le dos sur la plante nourricière, ou bien libres et atténués en un pied court ; la surface supérieure est le plus souvent zonée, parfois poilue ; l'inférieure lisse est constituée par l'hyménium. Les basides sont entremêlées de cystides, les spores ovoïdes ou cylindriques, incolores.
Quelques Stereum sont des parasites de blessure ; les
THÉLÉPHORÉES. 193
autres, de beaucoup les plus n mbreux, vivent en saprophytes sur le bois mort.
Stereuni frustulosum Fries {Thelephora Perdix Hartig) (pi. XXXIV, fig. 5-8). — Cette espèce, étudiée par Hartig, attaque les Chênes, dans lesquels le mycélium pénètre par des plaies; la lésion qu'elle produit est très caractéristique.
Par son action sur les tissus, le mycélium amène d'abord la formation de gomme de blessure, d'où brunissement du bois ; puis, dans son développement ultérieur, il détruit cette gomme en même temps qu'il attaque les éléments du bois : la matière intercellulaire disparaît la première ; le bois se résoud alors en une sorte de charpie blanche où se reconnaissent les fibres et les vaisseaux complètement dissociés ; la membrane de ces éléments est elle-même attaquée par les sécrétions du mycélium; elle est délignifiée, perd toute solidité et finit par se désagréger complètement. Comme cette attaque ne se fait pas dans toute la masse, on voit apparaître dans le bois bruni des taches blanches qui s'agrandissent peu à peu et finissent par se transformer en cavités tapissées d'un revêtement mycélien blanc et allongées dans le sens radial et surtout suivant l'axe de la tige. Cette apparence est caractéristique de l'attaque du Stereum frustidosum.
Les fructifications apparaissent dans les régions où le bois est mis à nu sous forme de petits réceptacles résupinés, grisâtres, arrondis quand ils sont isolés,. mais souvent rapprochés en une large plaque craquelée. Ces réceptacles sont vivaces et s'accroissent chaque année en épaisseur par la production à leur surface extérieure d'une nouvelle couche hyméniale superposée à celle de l'année précédente. Les basides sont allongées et couvertes de fines aspérités ; elles portent quatre spores incolores.
Le traitement est celui des plaies infectées ; nous en parlerons à propos des Polypores.
194 MALADIES GRYPTOGAMIQUES.
Stereumliirsutum(Willd.)Fries.(pl. XXXIV, fig. 9). — Cette espèce est très répandue, mais généralement c'est un simple saprophyte sur les branches mortes. Dans certains cas cependant le mycélium peut pénétrer par une plaie, souvent à la base du tronc. L'arbre envahi présente des zones concentriques brunes, puis blanches, où les éléments sont délignifiés sans que la lamelle intermédiaire des cellules soit détruite. Les fructifications apparaissent sur les parties mortes ; ce sont des chapeaux adhérents au support par leur partie inférieure ; la face supérieure est irrégulièrement zonée et couverte ■de poils raides ; l'inférieure est fertile, lisse, colorée en jaunâtre. Les basides sont cylindriques, munies de -quatre longs stérigmates.
Genre Thelephora.
Les Thelephora, généralement terrestres, ne sont pas des parasites, mais parfois les fructifications de grande taille de quelques espèces {Thelephora laciniata Pers.) entourent dans leur développement sur le sol des herbes et même la base de jeunes arbres qu'elles arrivent à ■étouffer ; le fait peut se présenter dans les pépinières et les jeunes plantations, surtout de résineux.
in. — CLAVARIÉES.
Dans cette famille, les réceptacles fructifères se présentent sous la forme d'une tige dressée, droite et simple, ou d'un arbuscule ramifié dont l'hyménium tapisse la surface. Presque tous ces Champignons se développent sur la terre ou sur des végétaux en décomposition ; les quelques espèces qu'on a signalées comme parasites appartiennent au genre Typhula, dont les fructifications consistent en une massue grêle, fertile, portée par un pédicelle allongé et stérile ; souvent ces appareils naissent d'un sclérote.