‹ Maladies des plantes cultivées;Chapitre 48 sur 156 · V. — POLYPORÉES · texte numérisé non relu

V. — POLYPORÉES

Cette famille, beaucoup plus importante que les précédentes, est composée d'espèces généralement de grande taille, annuelles ou pérennantes, et de consistance coriace ou subéreuse, plus rarement charnue. La surface hyméniale est typiquement creusée de pores, mais peut présenter de grandes variations ; parfois ce sont de véritables lames rayonnantes, coriaces, qui portent les basides; ces lames peuvent être réunies par des veines transversales, ou bien les pores, normalement arrondis ou anguleux, se transforment en sinuosités irréguhères. La structure des tubes allongés ., et parallèles qui constituent l'hyménium normal des Polyporées est analogue à celle des lames des Agaricinées ; les basides, parfois accompagnées de cystides, tapissent l'intérieur

Planche XXX V.

Clavariées. — Hydnées. — Polyporées.

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Ttjphula variabilis. — 1. Fructification avec son sclérole. — 2. Filament fertile terminé par une baside Da. —3. Coupe du sclérote: Ec. portion corticale noire; M., portion médullaire hyaline.

Hydnum diversidevs. — 4. Coupe longitudinale dans une fructification.

Polijporus sulfurens. — 5. Une fructification sur Châtaignier; H., l'hyniénium. — 5 bis. Basides Ba et spores Sp.

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de ces tubes et naissent d'une couche de filaments lâches, la couche sous-hyméniale. Des filaments plus serrés constituent le reste de la paroi des tubes et les soudent entre eux ; ils sont l'homologue de la couche médullaire des lames des Agaricinées.

Chez les Polyporées, le développement de l'hyménium est successif, c'est-à-dire que l'hyménium est d'autant plus âgé qu'il est plus rapproché de la base de la plante ; tandis que, chez les Agaricinées, il est nettement limité dès le début et ne présente pas cet accroissement centrifuge.

Une autre différence capitale entre les deux familles, c'est que, chez les Polyporées, l'hyménium est toujours nu à tous ses stades de développement, tandis que, chez les Agaricinées, tout le Champignon est d'abord enfermé dans une enveloppe générale.

Ajoutons que les Polypores présentent parfois de^ fructifications conidiennes.

Genre Polyporus.

Ce genre comprend des Champignons le plus souvent lignicoles caractérisés par leurs tubes soudés sur toute leur longueur, formant une couche distincte du reste •du réceptacle, tapissés intérieurement par l'hyménium, mais stériles à leur orifice.

Ainsi Hmités, les Polypores forment un groupe très nombreux que divers auteurs ont divisé en plusieurs genres, en se basant sur la consistance du réceptacle, la couleur des spores, etc. ; nous ne pouvons entrer dans le détail de ces genres, qui n'offrent à notre point de vue qu'un intérêt secondaire.

Beaucoup de Polypores peuvent parasiter des arbres forestiers ou fruitiers en y pénétrant par des plaies (branches brisées, plaies d'élagage, blessures causées par les insectes ou autres animaux, gélivures, etc.); le

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mycélium se développe dans le bois et amène une altération qui varie suivant les espèces et aboutit à la délignification des tissus et à leur transformation en une masse friable, sans consistance.

Polyporus sulfureus Bull. (pi. XXXV, fig. 5). — Ce Champignon est très répandu sur un grand nombre d'arbres : Chêne, Noyer, Peuplier, Poirier, Châtaignier, dans lesquels son mycélium pénètre toujours par des blessures. Le bois envahi prend d'abord une coloration fauve due à l'accumulation d'une matière insoluble, amorphe, analogue à la gomme de blessure ; puis, cette substance disparaissant, le bois pâlit et se crevasse dans deux directions perpendiculaires ; les fentes se couvrent d'un feutrage mycélien épais et blanc. Les tissus délignifiés ont alors perdu toute consistance et se réduisent facilement en poussière. Toute la partie malade est hmitée par une ligne étroite, d'un noir intense.

Les fructifications sont de deux sortes : il se forme des conidies tantôt dans l'intérieur même du bois (Hartig), tantôt dans des réceptacles à basides, tantôt enfin dans des réceptacles spéciaux {Ptychogaster aurantiaeus Pat.) ; ces conidies sont globuleuses et naissent solitaires à l'extrémité de filaments très ramifiés (de Seynes).

Bien plus fréquemment on rencontre les réceptacles à basides : ce sont des chapeaux horizontaux, disposés les uns au-dessus des autres et réunis à la base ; l'ensemble forme une masse charnue, assez molle, qui par dessiccation devient fragile et cassante. La partie supérieure, d'un jaune soufré au début, devient orangée ou rougeâtre ; l'inférieure porte des tubes dont les orifices sont arrondis, d'un jaune de soufre.

Polyporus {Phseolus) Schweinitzii Fr. — Cette espèce attaque la partie inférieure du tronc et le sommet des racines des Pins âgés : seul le cœur du bois est

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envahi par le mycélium et coloré en rouge brun ; il devient léger, cassant, puis se crevasse. Les fructifications, souvent très volumineuses, sont pourvues d'un pied irrégulier ; d'abord spongieuses, elles deviennent dures en vieillisant ; la chair est colorée en brun ; la face supérieure est velue, d'un fauve cannelle, l'inférieure munie de tubes courts, jaunes, puis bruns ; les spores sont ovoïdes, incolores.

Polyporus {Spongipellis) borealis Fr. — Ce parasite attaque les résineux. Sapin et Épicéa, dans les régions montagneuses. Son mode d'action rappelle celui du Polyporus Schweinitzii. Les fructifications apparaissent sur les bois abattus sous forme de chapeaux réniformes, fixés latéralement, charnus, blancs, puis devenant subéreux et brunâtres ; la chair est fibreuse, blanche ; les pores sinueux, blancs, puis ocracés.

Polyporus [Xantochrous) hispidus Bull. (pi. XXXVI, fig. 6). — Les arbres feuillus, Pommier, Poirier, Noyer, Mûrier, sont attaqués par ce Champignon, qui se présente sous forme de consoles épaisses, convexes en dessus, à chair fibreuse, jaune et molle dans la jeunesse, puis devenant dures en vieillissant. La face supérieure est couverte de nombreux poils agglutinés et colorée en brun ferrugineux avec le bord plus pâle ; l'inférieure est jaune et percée des orifices arrondis des tubes. Les spores sont ovoïdes, jaunes. Tout le Champignon prend en vieiUissant une couleur noire, se dessèche en restant fixé à l'arbre et s'élimine par fragments.

L'infection se fait par la germination des spores sur une blessure, branche brisée ou coupée ; le mycélium, blanc et très ténu, gagne le cœur de l'arbre, le bois y brunit, puis, complètement délignifié, se transforme en une masse blanche sans consistance, qui bientôt fait place à une cavité occupant le centre de l'arbre. L'arbre attaqué peut vivre tant que les dernières couches de bois formées n'ont pas encore été atteintes par le mycélium ;

Planche XXXVl.

Polyporées.

Polyporus hispidus. — G. Un réceptacle su:- Mûrier; //., l'hyméniani. — 6 bis. Un baside avec ses spores.

Polyporus annosus. — 7. Réceptacles fructifères sur une grosse racine. — 7 bij. Portion de la coupe transversale d'un tube montrant les basides Ba. «t leurs spores Sp.

mais il a perdu toute solidité et peut être facilement brisé par le vent. Toute la partie atteinte est séparée du bois encore sain par une ligne brune où une substance d'apparence gommeuse remplit les vaisseaux et les fibres.

Polyporus {Ungulina) aiinosus Fries {Trametes radiciperda Hartig) (pi. XXXVI, fig. 7, et pi. XXXVII, fig. 15). — Cette espèce, étudiée avec soin par Hartig, se rencontre surtout sur les résineux, Épicéas et Pins, plus rarement sur les feuillus, sur lesquels elle ne prend jamais une grande extension. Quoique les arbres âgés soient plus souvent atteints, le parasite peut aussi s'attaquer à des arbres jeunes (quatre à cinq ans) et les tuer.

L'infection se fait par la germination des spores sur des blessures au collet ou à la partie supérieure des racines de l'arbre ; de là le mycélium gagne en profondeur les racines et aussi remonte jusqu'à une certaine hauteur dans le tronc. La rapidité d'évolution de la maladie varie avec le point d'attaque ; ainsi, si l'infection s'est produite sur une grosse racine, l'arbe peut périr en quelques mois.

Hartig a montré que, en~dehors"de ce mode d'infection par spore, le Polyporus annosus pouvait aussi se répandre par simple contact d'une racine malade avec une racine saine ; la propagation se fait dès lors dans le sol tout autour d'un arbre atteint, et la maladie gagne rapidement, surtout dans les massifs résineux purs.

Dans le bois attaqué, les rayons médullaires prennent d'abord une coloration brune due à une matière gommeuse qui sert de nourriture au mycélium ; puis celuici pénètre dans les éléments ligneux en perforant leur membrane, les délignifie, les dissocie et transforme le bois en une sorte de charpie blanche sans cohésion. L'écorce, également imprégnée de filaments mycéliens, se crevasse et porte de petites masses stromatiques capables, comme nous l'avons dit, de pénétrer directement une racine saine.

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