POLYPORÉES
Genre Trametes.
Les Trametes ne diffèrent des Polypores que par leurs tubes, qui ne forment pas une couche distincte du reste du réceptacle. Quelques espèces sont parasites et se comportent comme les Polypores ; la plus importante est la suivante :
Trametes Pini (Brot.) Fr. {Polyporus Pini Fers.) (pi. XXXVIII, fig. 4). — Ce Champignon est la cause de la « pourriture rouge du Pin » ; il se rencontre aussi, mais plus rarement, sur le Mélèze et l'Épicéa. Le mycélium, issu de la germination d'une spore sur une plaie, se développe dans le cœur du bois des arbres âgés ; les jeunes branches sont protégées contre l'infection par l'abondance de la résine qui suinte de leurs blessures. Le champignon se répand d'une part selon l'axe de la tige et de l'autre dans le sens transversal, en suivant les couches annuelles du bois, de façon à former un croissant ou un anneau complet. Dans la partie atteinte, le bois de printemps est détruit le premier; il brunit et se creuse de cavités tapissées par le mycélium ; le bois d'automne, plus dense et plus riche en résine, résiste mieux et persiste seul sous forme de feuillets isolés par la destruction des couches de printemps. L'invasion ne gagne pas vers la périphérie grâce à une incrustation de résine sur le bord de la partie malade ; aussi l'arbre peut-il résister longtemps au parasite; mais son bois a perdu toute valeur.
Les chapeaux sont d'un brun ferrugineux, noircissant avec l'âge, à surface rugueuse et zonée concentriquement, de consistance ligneuse très dure ; les pores sont grands, hexagonaux ou allongés, d'un jaune d'ocre ; l'hyménium porte, outre les basides, des cystides brunes, allongées et aiguës à l'extrémité.
. Traitement. — Exploiter de suite les arbres atteints,
avant que leur bois ait perdu toute valeur commerciaie; on évitera ainsi la formation des réceptacles et la dissémination des spores, qui constituent le seul organe de multiplication du Trametes Pini.
Genre Lenzites.
Les Lenzites sont caractérisés par leurs chapeaux coriaces, portant à la face inférieure des lames rayonnantes souvent anastomosées à la base. Ce ne sont pas des parasites des arbres sur pied; mais quelques espèces peuvent attaquer les bois de charpente et en amener la pourriture, comme les Lenzites ssepiaria Fr. et ahietina Fr., qui se développent sur les résineux.
Genre Merulius.
Dans ce genre, les tubes de l'hyménium sont réduits à des alvéoles peu profondes, irrégulières et séparées par des veines ou des cloisons épaisses, fertiles sur la tranche, caractère qui les distingue nettement des autres Polyporées. De plus, ces champignons ont généralement une consistance gélatineuse.
Merulius lacrjnians (Jacq.) Fr. {Gyroplana lacrymans Pat.) (pi. XXXIX). — Cette espèce, souvent appelée « Champignon des charpentes », « Champignon des maisons », a fréquemment causé de graves dégâts en détruisant les bois de charpente et en amenant l'effondrement des constructions. Les résineux. Pin et Pitch-pin, sont surtout atteints ; le Chêne n'est cependant pas à l'abri des ravages du Merulius. Le bois attaqué se colore en brun jaunâtre, diminue de volume et, par suite, se fend dans deux directions perpendiculaires; sec, il est pulvérulent; placé à l'humidité, il se gonfle rapidement, devient onctueux et acquiert la consistance du beurre. Le mycéhum imprègne complète-
Planche XXXIX.
Polyporées.
Afe7'ulius lao'ijmans. — 1. Une fruclification étalée sur bois de Sapin. — 2. Les alvéoles de riiyniénium (grossi). — 3. Le mycélium agrégé en orcdons. — 4. Baside et spores. — 5. Germination d'une basidiospore Sp., par un fdament Fg. — 6. Filaments mycéliens montrant les boucle«, bo.
ment ses éléments ; à la surface, il forme un revêtement aranéeux blanc ou des cordons irréguliers qui dans les locaux humides et peu aérés s'étendent au loin, gagnent les murs et les bois voisins. A l'humidité, le mycéhum se couvre de gouttelettes fortement acides renfermant une diastase capable de délignifier le bois. Les filaments mycéliens portent fréquemment au niveau des cloisons, comme l'a montré Hartig, des boucles qui font communiquer les deux cellules voisines et d'où partent des ramifications; cette disposition est d'ailleurs assez fréquente sur le mycélium des Hyménomycètes.
Les fructifications apparaissent à la surface des bois pourris ; ce sont des plaques minces, blanches au début, puis d'un brun ferrugineux au centre ; elles se couvrent de plis sinueux anastomosés Umitant des alvéoles irrégulières ; le fond de ces alvéoles, leur paroi et la tranche même des plis sont couverts d'un hyménium dont les basides allongées portent quatre spores elliptiques ou réniformes, d'un beau jaune. Ces spores conservent longtemps leur faculté germinative (Hartig).
L'infection se fait par les spores qui tombent à la surface de bois sain surtout lors de la manipulation de pièces envahies ; la germination se fait très facilement sur les bois récemment abattus et encore humides; les substances ammoniacales et les sels de potasse la favorisent (Hartig). D'un autre côté, le Champignon se propage aussi très facilement dans les lieux humides, les caves, par ses cordons mycéliens qui peuvent se répandre à une grande distance et gagner de proche en proche.
L'humidité est le facteur qui influe le plus activement sur le développement du Merulius ; le mycélium ne présente qu'une résistance très faible à la dessiccation, qui amène la mort rapide des cordonnets eux-mêmes.
Traitement. — 1° Pour éviter la contamination des bois, planches et madriers, les conserver dans un local
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sec et bien aéré, sans aucun mélange avec des vieux bois pouvant être atteints ;
2° Les substances anticryptogamiques ont été essayées pour la protection des bois à placer dans des conditions favorables au développement du Merulius ; les injections au sulfate de cuivre n'ont donné que des résultats incomplets ; par contre, on obtient une protection efficace par un badigeonnage avec l'huile lourde de houille, la créosote, le carbolineum et autres substances analogues.
30 Dans la construction d'une maison, n'employer que des bois parfaitement secs et éviter toute cause d'humidité : ainsi attendre pour la pose des boiseries que les murs soient secs ; s'il n'y a pas de sous-sol, isoler le sol par une couche de béton ou d'asphalte et interposer sous le parquet un lit de graviers secs ; proscrire de la construction les matériaux hygrométriques, etc. ;
40 Si le champignon apparaît, enlever les parties atteintes dès qu'on s'aperçoit du dégât ; les brûler sur place, détruire les cordons mycéliens qui auront pu se former et n'utihser pour la reconstruction que des bois sains, secs et traités aux antiseptiques.