II. — SPHiERIACÉES
C'est le groupe le plus important des Pyrénomycètes, celui qui renferme le plus grand nombre de parasites des plantes cultivées.
Les nombreux genres qui constituent cette famille se distinguent à l'apparence des périthèces (superficiels ou enfoncés dans les tissus, isolés ou réunis par un stroma, etc.) et à la structure des ascospores (simples ou cloisonnées, hyalines ou colorées, etc.).
Genre Rosellinla.
Les périthèces des Rosellinia sont noirs, volumineux et naissent superficiellement au milieu d'un lacis de filaments mycéliens ; leurs asques sont allongés et entourés de paraphyses grêles, les ascospores brunes et unicellulaires.
Plusieurs espèces de ce genre vivent en parasites sur les racines des plantes ; les maladies qu'elles causent sont connues sous le nom de pourridié et souvent confondues avec les altérations dues à d'autres Champignons, à VArmillaria mellea notamment.
Rosellinia necatrix (Hart.) Berl. {Dematophora necatrix Hartig) (pi. LVIII). — Ce Champignon, étudié par Hartig, puis par Viala, attaque les racines de nombreux arbres, surtout des arbres fruitiers (Pêcher, Pru-
nier. Cerisier, Abricotier, etc.) ; on le rencontre plus rarement sur les arbres des forêts. Il est répandu également sur le Mûrier et sur la Vigne. Quelques plantes herbacées peuvent aussi être envahies (Fève, Pivoine) ; nous avons une seule fois observé sur des tubercules de Pomme de terre un mycélium stérile présentant tous les caractères de celui de cette espèce.
Les racines des arbres envahis montrent un revêtement d'un blanc pur au début, devenant ensuite grisâtre ; ce mycélium s'agrège en lames et forme des cordonnets d'un gris plombé, ressemblant un peu aux rhizomorphes de V Armillarria mellea, mais plus irréguliers, moins compacts et floconneux à l'extérieur. Ces cordons se répandent dans le sol et disséminent la maladie ; s'ils rencontrent une racine, ils s'étalent à sa surface, s'y introduisent et s'épanouissent en lame mince entre le bois et le liber. Le bois est lui-même pénétré et tué ; il s'imprègne d'une matière gommeuse brune comme dans les arbres attaqués par les Polypores.
Les filaments mycéliens sont grêles, cloisonnés, incolores, puis brunâtres ; un caractère les fait facilement reconnaître, c'est la présence de dilatations piriformes, surtout abondantes dans le mycélium brunâtre de la surface, plus rares sur le trajet des filaments grêles qui circulent dans les tissus.
Des sclérotes se montrent sur les racines envahies depuis longtemps ; ils naissent dans les tissus en face des rayons médullaires et apparaissent au dehors en soulevant l'écorce ; ce sont de petites masses brunes, souvent disposées en files longitudinales.
Les racines mortes placées à l'humidité se couvrent de fructifications conidiennes. Les conidiophores forment un revêtement brun à la surface des tissus et surtout sur les sclérotes ; ce sont des filaments à membrane épaisse, agrégés en petites colonnes dressées ; leurs ■ extrémités sont plus pâles, ramifiées et produisent de
Planche LVUI.
Sphœriacées.
Rosellina necatrix. — 1. Racine de Mûrier présentant le mycélium et les cordonnets du parasite. — 2. Filaments mycéliens: «, mycélium âgé ; ft, filament plus jeune avec dilatations ; e, anastomose de deux filaments. — 3. Scléroles couverts de conidies sur racine de Mûrier. — i. Une fructification conidienne. — 5. Extrémité d'un conidiophore. — 6. Conidies; en germination en b. — 7. Périthèces sur racine de Pécher (grossis). — 8. Coupe d'un périthêce; Ce, couche externe carbonacée ; Ci., couche interne blanche; N., a?ques et paraphyses. — 9. Un asque entouré de paraphyses Pa. ; b, le bouchon du sommet de Tasque. — 10. Pycnides P. naissant dans un sclérote St. — 11. Stylospores (fig. 10 et 11 d'après Yiala).
très petites conidies ovoïdes,presque hyalines, qui germent en reproduisant le mycélium.
Sur des racines mortes depuis plusieurs années, Viala a rencontré des pycnides et des périthèces ; ces derniers ont été retrouvés par Prillieux, qui en a complété la description. Les pycnides se forment à l'intérieur des sclérotes et contiennent des spores volumineuses, brunes, simples ou cloisonnées en leur milieu. Les périthèces naissent extérieurement à la plante au milieu des conidiophores ; ils sont volumineux (1"^'°,5), arrondis, brunâtres ; leur paroi est formée de deux couches distinctes, l'extérieure noire, carbonacée et dure, l'intérieure blanche donne naissance aux asques et aux paraphyses. Ces paraphyses sont filiformes, très allongées et très nombreuses ; les asques, de forme cylindrique, renferment huit spores disposées en une seule file ; jeunes, ils présentent à leur sommet un point réfringent qui s'accroît et, à maturité des spores, forme une sorte de bouchon terminal, colorable en bleu par l'iode (chambre à air de Viala) ; cette disposition se retrouve dans d'autres Rosellinia. Les ascospores, de grande taille et de couleur brune, sont allongées en forme de navette et pointues aux deux extrémités ; elles sont mises en liberté par gélification de la paroi de l'asque. On n'a pu les faire germer.
Les périthèces ne présentent pas de véritables pores ; leur sommet est muni d'une petite papille saillante qui se crevasse pour laisser échapper les spores ; souvent ces fentes s'étendent en grandes craquelures qui partagent le périthèce en valves irrégulières (PriUieux).
L'évolution du parasite est plus ou moins rapide selon la nature du sol et aussi suivant la plante attaquée. Souvent les Pêchers sont tués très rapidement : après avoir fourni une récolte abondante, ils se dessèchent brusquement au printemps suivant ; le premier développement s'était fait uniquement aux dépens des
Planche LIX.
Sphœri acées.
Rosellina aquila. — 1. Fragment de racine de Mûrier portant les cordonnets mycéliens F.c. — 2. Un conidiophore : Co., conidie ; My., mycélium. — 3. Coupe d'un périthèce; Ce., couche externe noire; Ci., couche interne blanche ; H., l'hyménium. — 4. Un groupe de périthèces sur Mûrier.
— 5. Asque As. et paraphyses Pa.; b., bouchon terminal. — Extrémité de l'asque n un grossissement plus fort; b., bouchon : ^'y)., ascospore. — 7. Une ascospore en germination.
Rosellinin quercina. — 8. Base de la tige d'un chêne couverte du revètenientmycélien ; P., périthèces. — 9. Conidiophore: Co., conidie. — 10. Coupe d'un périthèce; Ce., couche externe noire; Ci., couche interne blanche.
— H. .Vsque et paraphyse Pa (la base seule est figurée) ; b., bouchon terminal. — 12. Germination de l'ascospore (fig. 8-12 d'après Hartig).
Delacroix et Maublaxc.
réserves accumulées dans l'arbre, mais les racines étaient mortes. Des dessiccations brusques s'observent aussi •dans le midi sur les Mûriers.
Les sols humides sont particulièrement favorables au développement du pourridié.
Traitement. — 1° Drainer les sols humides ;
2° Arracher les arbres morts en ayant soin d'extirper et de brûler sur place tous les débris de racines. On veillera à ne pas replanter les places contaminées avant plusieurs années, cinq ou six ans au moins, pendant lesquelles le sol sera maintenu sans culture.
Si la maladie s'est étendue à un certain nombre •d'arbres et forme tache, on arrachera tous les arbres atteints et même, sur les bords de la tache, un certain nombre encore sains, et on enclora d'un fossé profond {60 à 80 centimètres au moins), dont on rejettera la terre ■en dedans ;
3° L'emploi du sulfure de carbone, injecté au sol avec le pal, a donné quelques bons résultats ; le traitement d'extinction est fait après arrachage des arbres atteints à la dose de 200 grammes par mètre carré. Il n'y a guère à compter sur l'efficacité des traitements d'entretien faits à une dose plus faible (30 à 40 grammes) sur le sol planté.
Rosellinia aquila (Fr.) de Not. (pi. LIX, fig. 1-7) — Cette espèce, fréquente à l'état saprophytique, peut attaquer les racines de certains arbres et surtout du Mûrier {maladie des racines du Mûrier), de la même manière que le Rosellinia neca^rjo:, auquel elle ressemble d'ailleurs beaucoup. La maladie est moins grave et évolue moins rapidement que le pourridié produit par ce dernier Champignon.
Le mycélium forme à la surface des racines un revêtement floconneux blanc, devenant gris foncé avec l'âge. Les fructifications apparaissent sur les racines mortes ; •ce sont d'abord des conidiophores isolés, ramifiés et ter-
SPHiERlÂCÉES. 279^
minés par des conidies ovoïdes. Les périthèces naissent au milieu des conidiophores ; ils ont à peu près l'aspect et la taille de ceux du Rosellinia necatrix, mais sont pourvus d'un pore terminal bien formé ; les asques, munis d'un bouchon colorable par l'iode, contiennent huit ascospores brunes, ovoïdes avec une face plus bombée que l'autre, obtuses aux deux extrémités et munies d'une ou deux gouttelettes.
Le traitement est le même que pour le Rosellinia necatrix.
Rosellinia quercioa Hartig (pi. LIX, fig. 8-12). — Cette espèce, étudiée par Hartig, produit un pourridié sur le Chêne ; seuls les jeunes plants dans les pépinières sont gravement atteints; ils jaunissent, se dessèchent à partir du sommet ; leurs racines se couvrent d'un lacis mycélien qui s'agrège en cordonnets, puis en un> réseau à la surface de la plante et dans le sol.
Les fructifications sont de deux sortes : des conidiophores dressés portant plusieurs verticilles de courts ramuscules terminés par des conidies et des périthèces ressemblant à ceux des espèces précédentes ; les ascospores sont fusiformes, et les asques accompagnés de paraphyses épaisses et longues.
Cette maladie est rare en France, beaucoup plus répandue en Allemagne ; on la rencontre dans les pépinières forestières, qu'elle peut détruire, surtout dans les terrains humides.
Genre Guignardia.
Ce genre est caractérisé par ses périthèces simples,, arrondis, enfoncés dans les tissus de la plante-hôtepar ses asques dépourvus de paraphyses et par ses spores hyalines, continues. Il renferme des parasites très importants et en particulier le G. Bidwelii, cause du Black-rot de la Vigne.
Guigiiardia Bidwellii (Ellis) Viala et Ravaz (pi. LX et LXI). — Le Black-rot de la Vigne (pourriture noire) a été importé en Europe avec des Vignes américaines ; en Amérique, il a causé des dégâts considérables signalés dès 1848. Reconnu en 1885 dans l'Hérault, il ne tarda pas à apparaître dans différentes régions de la vallée de la Garonne, puis dans tout le sudouest, les Charentes, le Beaujolais, la Nièvre, l'Yonne, le Jura, la Savoie, la vallée du Knônf' ; mais c'est dans la vallée de la Garonne que ses dégâts ont été le plus graves.
Le Champignon se développe sur les feuilles, les jeunes sarments, les pétioles, les vrilles et les grappes. C'est sur les fruits, dont l'invasion succède à celle des feuilles, qu'il peut produire de véritables désastres ; on a observé plus d'une fois la destruction complète de la récolte.
Sur les feuilles, la maladie débute par de légères boursouflures peu visibles, dues à la réaction de l'épiderme et de la couche palissadique ; puis la boursouflure s'affaisse, se décolore, prend une teinte feuille morte ; à ce moment le contenu des cellules est coagulé et bruni. Tout autour de la partie atteinte, les tissus sains réagissent et limitent la tache par une lame de liège qui forme une marge brune légèrement proéminente. Ces taches ne mesurent pas plus de 1 centimètre de diamètre et, par elles-mêmes, ne causent que des dégâts peu importants. Les fructifications apparaissent à la face supérieure, plus rarement sur les deux faces, sous la forme de petits points noirs, souvent disposés en cercles concentriques.
Sur les jeunes rameaux, les taches sont plus allongées, déprimées, souvent fendillées ; rarement elles font le tour du rameau, et alors la partie placée au-dessus meurt. Des lésions analogues se montrent sur les pétioles, les rafles, les vrilles.
Les raisins peuvent être atteints à tous les états de développement jusqu'à la véraison. Au début, les phéno-
Planche LX.
Sphaeriacées
Guignnrdia Didwellii. — 1. Feuilles de Vigne portant les taches t du Black-rot. — 2. Tache i sur un sarment. — 3. Portion de grappe attaquée : S. grains sains ; /"., grains couverts de fructitications. — 4. Un grain couvert de fruclilications. — 5. Deux grains sur lesquels l'évolution du Champignon est arrêtée. — 6. Pycaides émettant leurs spores en uu filgélalineux. — 7. Une pycnide : Cutic, cuticule du grain ; Ost., l'ostiole ; St., stylospores ; Aly., mycélium; C.t., cellules tuées de la pulpe. — 8. Stylospores. — 9. Une spermogonie ; Spg., spermatie. — 10. Spermaties.
mènes de réaction sont les mêmes que sur les feuilles : d'abord apparaît une légère protubérance due à l'hypertrophie des cellules épidermiques, puis la tache s'étend, se décolore et, dès le cinquième ou le sixième jour, le grain commence à se rider ; la pulpe devient molle et brunâtre ; la surface entière, noire et brillante, se couvre de petites pustules globuleuses qui lui donnent un aspect chagriné. Selon l'état de développement du grain au moment de l'attaque, l'apparence des lésions peut varier un peu. Les raisins atteints tombent ou restent attachés à la grappe. Très rarement l'évolution du parasite peut s'arrêter et se limiter par une lame de liège ; la lésion se réduit alors à une macule qui peut se détacher et tomber. Ce cas ne s'observe que quand un temps exceptionellement sec entrave le développement du mycélium.
Les fructifications du Champignon sont de plusieurs sortes ; pendant toute la période de végétation, on n'observe que des spermogonies et des pycnidës, tant sur les raisins que sur les feuilles ou les rameaux. Ces organes proviennent de la différenciation du mycélium, dont les filaments se pelotonnent et forment une masse assez homogène, à structure celluleuse, enfoncée dans les tissus; dans la partie périphérique de ces petits corps, les parois des filaments s'épaississent, deviennent noires ; le tissu central, resté hyalin, se résorbe ; un pore apparaît au sommet de la sphère, tandis que toute la surface interne se couvre de fins stérigmates terminés par des spores. Dans les spermogonies, les conidies sont petites (5 à 6 [i. de long), cylindriques ; elles ne germent pas. Dans les pycnidës {Phoma uvicola Berk. et Gurt.), les stylospores sont plus grosses (9,5 x 5 ;jl en moyenne), ovoïdes ou presque arrondies, à protoplasma granuleux ; les stérigmates se gélifient rapidement, et les spores sortent agglomérées par une matière visqueuse en un long filament blanchâtre.
Quand on conserve pendant l'hiver des raisins atteints,.
SPII.ERIÂGÉES. 285
les pycnides (1) qu'ils portent se remplissent d'un tissu homogène dû à la prolifération de la couche qui portait les stylospores et se transforment en véritables sclérotes (de tels organes se rencontrent aussi pendant l'été sur les grains ; ce sont alors des pycnides non évoluées). Vers la fin de l'hiver, les sclérotes se transforment en périthèces, où les asques se différencient progressivement. Mûrs, ces asques sont dépourvus de paraphyses,allongés, un peu en massue au sommet et atténués à la base et contiennent huit ascospores hyalines, irrégulièrement ovoïdes, souvent renflées au milieu. La membrane de l'asque se gélifie en partie, et la poussée qui en résulte expulse violemment les spores et les projette à quelques centimètres hors des périthèces. L'époque de maturité des asques varie suivant les régions ; elle est plus précoce dans le midi.
En dehors de ces formes, le Guignardia Bidwellii présente , plus rarement (Lamson Schribner, Delacroix} une forme conidienne qui apparaît au sommet des pycnides, des spermogonies et des sclérotes ; ce sont des filaments bruns, ramifiés, qui portent des conidies ovoïdes,brunâtres, simples ou cloisonnées. Quant à une autre forme conidienne décrite par Viala, elle paraît n'être qu'une moisissure du genre Verticillium développée accidentellement sur les conceptacles du Black-rot.
La germination des stylospores et des ascospores se fait de la même façon, par production d'un filament qui s'allonge et se ramifie; dans quelques cas, il se produit une conidie secondaire terminale, à membrane brune (Prunet,Ravaz). Les stylospores semblent conserver leur pouvoir germinatif plus longtemps que les ascospores.
Viala et Pacottet ont obtenu la culture artificielle du Guignardia Bidwellii en partant du mycélium pris dans la pulpe d'un grain atteint; le Champignon se déve-
(1) Les Spermogonies ne se transforment pas en périthèces; on lesretrouve intactes au printemps suivant.
loppe facilement sur un moût stérilisé à basse température et, après plusieurs passages sur ce milieu, devient capable de se développer sur de nombreux milieux artificiels, sur lesquels il fructifie et forme des pycnides.
L'infection se fait par la pénétration du filament provenant de la germination d'une spore. Ce filament rampe d'abord à la surface de la feuille ou du grain, puis pénètre sous la cuticule et, sans s'enfoncer plus profondément, se ramifie abondamment en suivant le contour des cellules épidermiques ; il finit par former ainsi un véritable réseau. A ce moment seulement des rameaux s'enfoncent verticalement dans les tissus, où ils se ramifient rapidement (Ravaz et Bonnet, Ducomet). Ce sont des filaments cloisonnés, variqueux, hyalins, brunâtres aux environs des fructifications.
Le Black-rot procède par foyers qui s'étendent assez lentement et par poussées successives ; il se distingue par là du Mildiou et de l'Oïdium qui sont de véritables maladies épidémiques. Les premières invasions ou invasions primaires du Black-rot, qui se succèdent à intervalles assez rapprochés, sont uniquement dues aux ascospores (ou aux stylospores qui ont pu persister pendant l'hiver sur les raisins atteints l'année précédente). L'époque de ces premières invasions est variable suivant les régions et pour une même région suivant les conditions climatériques, chaleur et humidité. Les invasions suivantes sont dues aux stylospores développées sur les premières taches; d'abord les feuilles seules sont atteintes, puis les jeunes grappes. Il est extrêmement rare que le Black-rot se développe d'emblée sur les raisins.
Chaque invasion coïncide toujours avec une période pluvieuse ; elle ne se manifeste d'ailleurs extérieurement par l'apparition des taches que plusieurs jours après l'infection. Mais toute pluie n'amène pas forcément une invasion ; d'après Cazeaux-Cazalet et Capus, il faut en plus un abaissement de la température qui
Planche LXI.
Sphaeriacées.
Guignardia Bidivellii. — 11. Stylospores St., en germination. —
12. Stylospores germant et produisant des conidies secondaires Co.s. —
13. Le mycélium dans la pulpe d'un grain : a?!., anastomose de i filaments voisins ; r., ramificalio:i jeune (?). — 14. I. La forme conidienne sur un sclérote: ScL; Fil., filament; Co.j., conidie jeune ; Co., conidie mûre. — II. Une conidie cloisonnée. — III. Conidie en germination. — 15. Le mycélium Mij. au début de l'attaque d'un grain; Ciitic, cuticule (d'après Ravaz et Bonnet). — 16. Le même en coupe tangenlielle (d'après Ravaz et Bonnet). — 17. Un périthèce: Culic, cuticule; ^Jy., mycélium ; Ost., ostiole ; As., asque. — 18. Un asque. — 19. Germination des ascospores par spores secondaires
produit un ralentissement dans la végétation de la Vigne et met celle-ci en état d'être pénétré par le mycélium, en état de réceptivité ; l'infection proprement dite se fait quand la température se relève.
D'ailleurs un organe de la Vigne, quelles que soient les conditions extérieures d'humidité et de température, n'est pas pendant toute son existence susceptible d'être pénétré par le mycélium ; il faut certaines conditions internes qui paraissent tenir à la composition chimique des tissus. Ainsi les feuilles ne peuvent être atteintes que lorsqu'elles sont jeunes, pendant une période qui correspond à la présence dans leurs cellules d'acide tartrique, corps dont les feuilles adultes sont dépourvues. De même les fruits ne sont attaqués que jusqu'à la véraison, tant qu'ils contiennent une certaine dose d'acide. Ces faits sont à rapprocher de l'action exercée par les acides sur les cultures artificielles du Guignardia Bidwellii ; le Champignon ne pousse que dans les milieux acides, les bases en arrêtent le développement, le sucre le retarde (Viala et Pacottet).
L'influence du cépage sur la gravité du Black-rot paraît tenir surtout à l'épaisseur de la cuticule des feuilles et du grain ; les cépages américains et les hybrides franco-américains sont en général plus résistants que les Vignes françaises et surtout que l'Aramon, la Carignane, la Folle -blanche, etc.
Traitement. — Le traitement est exclusivement préventif et comporte les indications suivantes : suppression des foyers d'infection, pulvérisation des bouillies.
La suppression des foyers d'infection, surtout préconisée par Prillieux, consiste dans le ramassage au moment de la vendange et dans la destruction par le feu de tous les débris (surtout les grappes qui seules portent des périthèces) desséchés par le parasite ; on supprime ainsi au moins en partie la cause première
SPH^RIACÉES. 287
de l'infection pour l'année suivante. L'enfouissement par un labour léger de ces débris ne peut remplacer leur incinération; car les spores ne sont pas toujours tuées dans le sol et peuvent être ramenées à la surface pour une cause ou une autre.
L'enlèvement des feuilles atteintes dans les premières invasions, quand le nombre de ces feuilles rend l'opération possible, diminue l'intensité des invasions suivantes ; elle doit être faite dès l'apparition des taches.
Quant à la pulvérisation des bouillies et surtout de la bouillie bordelaise, son efficacité est certaine; bien que les spores du Guignardia Bidwellii soient notablement plus résistantes aux poisons que celles du Mildiou, la bouillie bordelaise ordinaire à 2 p. 100 de sulfate de cuivre est suffisante, et il n'y a aucun intérêt à augmenter la dose de ce sel.
On conçoit que les premiers traitements soient et de beaucoup les plus importants ; ils ont pour but de protéger les Vignes contre les invasions primaires provenant de la germination des ascospores; si, au moment où la dissémination de ces spores est terminée, c'est-à-dire vers la fin de juin, le feuillage de la Vigne est absolument indemne, la récolte peut être considérée comme sauvée, l'infection des grains étant toujours due aux stylospores nées sur les feuilles. On doit donc avoir pour but de prévenir les invasions primaires ; le premier traitement doit être effectué dès que les jeunes pousses ont de cinq à sept feuilles, et théoriquement les pulvérisations suivantes devraient être assez rapprochées pour que les feuilles soient recouvertes de bouillie à mesure qu'elles se développent. En pratique, on fait de trois à cinq traitements entre le débourrage et la formation des grains, suivant l'intensité de la maladie dans la région, puis un dernier quand les grains ont la grosseur d'un pois. Mais, pour diminuer les frais, on a cherché à réduire le nombre de pulvérisations ; et, en effet, un traitement n'est utile
que s'il est fait au moment d'une invasion ; le problème revient donc à prévoir les invasions. Cazeaux-Gazalet et Capus recommandent de traiter dès que la température s'abaisse et que des pluies sont à craindre ; on peut d'ailleurs soit mesurer directement la température, soit mesurer le ralentissement dans la croissance des pousses, qui en est la conséquence ; le traitement doit toujours précéder le relèvement de la température, car c'est alors que l'infection se fait. Ducos a proposé un autre système qui consiste essentiellement à placer dans un pied de Vigne témoin et non traité une grappe atteinte l'année précédente et à traiter dès qu'une invasion se manifeste sur ce cep témoin.
On voit qu'il est en somme assez délicat de pratiquer les traitements en temps voulu si l'on ne veut pas les multiplier outre mesure. Tous les échecs souvent observés ne viennent pas d'une inefficacité des pulvérisations cupriques, mais uniquement de ce que l'application n'en avait pas été faite au moment des invasions.
Les cultures faites par Viala et Pacottet et les résultats de l'étude des poisons sur le développement du Guignardia Bidwellii leur ont montré que ce Champignon était très sensible à l'action de l'acide acétique et leur a suggéré l'idée d'employer une bouillie contenant 1 p. 100 de verdet et 0,5 d'acide acétique pur. Les quelques essais faits avec cette formule ont donné des résultats favorables.
Guig^nardia baccpe (Gavara) Jasez. [G. reniformis Prill. et Delacr.) (pi. LXII, fig. 1-5). — La maladie produite par cette espèce a été observée en Italie, en Algérie, au Caucase, en Asie Mineure, dans le midi de la France, etc. ; elle doit être assez répandue, mais les grandes analogies qu'elle présente avec le Black-rot ont dû faire souvent confondre les deux affections. On peut cependant les distinguer assez facilement sans avoir
SPH.EHIAGÉES. 289
recours à l'examen microscopique : dans le cas du Guignardia baccœ on trouve très souvent, ce qui est exceptionnel dans le Black-rot, des grains où le mycélium, arrêté dans son développement, reste localisé en une tache n'occupant qu'une partie de la surface et limitée par une lame de liège. De ce mode de développement resuite une gravité moins grande de la maladie. De plus, le Guignardia baccse n'attaque que fort rarement les feuilles.
Les pycnides se distinguent très facilement de celles du Guignardia Bidçvellii ; leurs stylospores sont volumineuses (20 à 22 .a de longueur), d'abord fusiformes puis arquées, cylindriques et obtuses aux extrémitésces différences dans l'aspect des spores avaient fait croire à deux espèces distinctes, qui, avant la découverte de la forme à asques, avaient reçu les noms de Phoma flaccida Viala pour les pycnides jeunes et de Phoma renifonnis pour les pycnides adultes.
Les périthèces ressemblent beaucoup à ceux du Guignardia Bidwellii ; ils sont toutefois plus piriformes munis d'une papille allongée et saillante et d'un pore plus large ; les asques sont claviformes ; les ascospores sont un peu verdâtres, un peu plus grosses et plus allongées que celles du Black-rot. De plus, les périthèces sont murs dès l'automne et apparaissent au milieu des pycnides.
Le parasitisme de cette espèce, bien que nié par quelques auteurs (Ravaz et Bonnet), a été établi par des infections d'une façon certaine (Speschnew).
Le traitement est celui du Black-rot.
Genre Glomerella.
Los Glomerella {Gnomoniopsis Stonem.) rappellent le^ Guignardia par leurs asques et leurs ascospores ; mais leurs périthèces, souvent munis à \,uv sommet d'un col Delacroix et Mviiu. ANC. II. ^~
court traversé par le pore, sont rapprochés ou même réunis à la base par un stroma. De plus leurs formes conidiennes appartiennent au type Glœosporium ; ce sont des stromas aplatis, prenant naissance sous l'épiderme et tapissés à leur face externe de stérigmates ; les conidies sont simples et hyalines.
Une seule espèce est signalée comme dangereuse en Europe, où d'ailleurs on n'a encore rencontré que sa forme conidienne.
Glomerella rufo-inaculaiis (Berk.) Spauld. et Schrenk. [Glomerella fructigena SdiCC.) (pi. LXII, fig. 6-11). — Cette espèce, très fréquente en Amérique, où elle attaque les fruits et même les rameaux des arbres fruitiers, existe aussi en Europe ; mais elle y est moins dangereuse et ne se rencontre guère que sur les fruits conservés au fruitier et presque exclusivement sur les fruits à pépins : pommes, poires, coings ; on l'a signalée également sur les pêches, les cerises et les abricots.
C'est un parasite de blessure incapable de perforer la cuticule saine des fruits ; il produit des taches brunes, un peu déprimées, s'étendant rapidement et où la chair prend un goût amère, ce qui justifie le nom de pourriture amère {BiUerjaule) souvent donné à cette maladie. Sur les taches brunes apparaissent des pustules d'un blanc rosé, souvent disposées en cercles concentriques. Le stroma qui les constitue porte sur sa face externe des stérigmates cylindriques terminés par des conidies unicellulaires, oblongues, incolores, à contenu granuleux ; parfois, au milieu des stérigmates, on trouve de longs poils allongés, bruns et stériles. A la germination, les conidies se cloisonnent et émettent des filaments terminés par des spores secondaires. Cette forme conidienne {Glœosporium fructigenum Berk., Ascochyta rufo-maculans Berk.) est la seule qui ait été observée en Europe ; en Amérique, Clinton, puis von Schrenk et Spaulding ont trouvé sur des pommes atteintes des périthèces noirs contenant des
Planche LXll.
Sphœriacées.
■-.;c-'jt.
Guignardia baccœ. — 1. Une pyonide : Cut., cuticule du grain; O-^t., ostiole ; St., stylospores: My., mycélium; C. t., cellules tuées delà pulpe. — 2. Stylospores. — 3. Coupe d'un périthèce : .4s., asque-. — 4. Asque. — •"). Ascospores.
Cilomerella rufo-maculans. — 6. Coupe dans la forme conidienne : Co., conidies ; St., stérigmates ; Str., slroma; C. t., cellules tuées du fruit. — 7. Forme conidienne avec un poil P., naissant au milieu des stérigmates. — >l. Conidies. — 9. Germination des conidies Co. ; Chl., chlamydospores (daprès Southleworth). — 10. Un périthèce (d'après Spaulding). — ll.Asques (d'après Spaulding).
292 MALADIES CRYPTOGAMKjUES.
asques dépourvus de paraphyses ; les ascospores sont allongées, unicellubires, hyalines.
Le seul traitement consiste à supprimer les fruits malades pour éviter la propagation de la pourriture.
Genre Sphaer.ella Mycosphairella).
Dans ce genre, les périthèces sont simples et les asques sans paraphyses comme chez les Guignardia ; mais les ascospores sont munies d'une cloison transversale qui les divise en deux cellules souvent inégales ; elles sont incolores ou légèrement jaunâtres.
Parmi les très nombreuses espèces de Sphœrella, beaucoup sont parasites sur des taches foliaires ; quelques-unes sont la cause de graves maladies.
Sph«?rella tahifica Prill. et Delacr. (pi. LXIII, fig. 1-5). — Ce Champignon est l'agent de la pourriture du cœur de la Betterave (1), maladie qui prend certaines années un développement considérable et peut détruire presque complètement la récolte.
C'est en juillet ou août nque les premiers symptômes apparaissent : on voit les pétioles se courber, puis la feuille jaunit et se dessèche en partie. Les pétioles montrent à leur face supérieure de très longues taches desséchées, blanchâtres, souvent craquelées, puis couvertes de petits points noirs, qui sont les pycnides du Champignon. Le limbe présente aussi des taches d'aspect un peu analogue, mais plus arrondies, brunes et zonées. Le mycélium pénètre profondément les tissus du pétiole, le bois brunit, ce qui explique le flétrissement et la dessiccation du limbe. A partir de ce moment, les racines ne grossissent pas ; de plus la pourriture en suivant les vaisseaux gagne
(1) Le Peronospora Schac/ilii proLluit aussi une pourriluie des jeunes
teuilles du cœur de la Betterave; on le reconnaît facilement à la teinte jaune
des organes atteints, à leur consistance fragile et au i-cvètenienl violacé ([ui les recouvre.
SPH^RIACÉES. -i93
le collet et amène la mort du bourgeon terminal et des jeunes feuilles. Celles-ci se couvrent alors de moisissures d'un brun verdâtre {Cladosporium, Alternaria, etc.), qui ne sont que de simples saprophytes, quoique certains auteurs aient cru trouver là la vraie cause du mal ou y aient vu des formes conidiennes du Sphserella tabifica.
Les feuilles atteintes se dessèchent et se détachent de la plante; en automne, des bourgeons adventifs poussent tout autour du bourgeon terminal détruit ; mais ce développement est trop tardif pour permettre à la racine de grossir, d'autant qu'il se fait aux dépens des réserves qui y sont accumulées.
Au moment de l'arrachage, les Betteraves, sauf la destruction du bourgeon terminal, ne présentent pas de lésions bien visibles ; mais le mycélium du Champignon existe dans leurs tissus et se développe dans les silos ; on voit alors apparaître de grandes taches déprimées, d'un brun livide, qui se couvrent d'une multitude de points noirs ; ce sont des pycnides analogues à celles qu'on rencontre sur les pétioles ou sur les taches du limite. Les Betteraves ainsi atteintes sont inutilisables, et la pourriture peut se répandre aux racines voisines.
La pourriture du cœur est causée par un Champignon dont le mycélium hyalin existe dans tous les organes atteints. Les pycnides {Phoma Betse Frank, P. fa&?7icaPrill. et Del.) sont globuleuses ou un peu aplaties ; les stylospores s'échappent par le pore terminal en un long filament blanchâtre, gélatineux ; ces spores sont largement ovoïdes et portées par des stérigmates très courts, à peine visibles.
Les périthèces ont été trouvés à l'arrière -saison sur les pétioles morts"; ils ont le même aspect que les pycnides et renferment des asques en massue dépourvus de paraphyses. Les ascospores sont divisées par une cloison en deux loges un peu inégales, l'inférieure plus étroite et plus amincie à son extrémité que la supérieure.
En temps ordinaire, la pourriture du cœur reste localisée sur certaines terres à sous-sol compact, sans air et caractérisées surtout par la prédominance des éléments fins : ce sont des « terres battantes », qui pendant l'été se tassent fortement et où les Betteraves souffrent du manque d'eau. La croissance est arrêtée, la plante se trouve alors dans les conditions nécessaires à l'infection ; elle est en état de réceptivité. Dans les années humides, la maladie reste localisée sur ces terres et n'y cause pas de bien grands dégâts ; mais, si l'été est sec, les conditions nécessaires au développement de la pourriture se trouvent réalisées au maximum ; la récolte peut être détruite, et le mal rayonne tout autour de ces terres compactes, sans produire, il est vrai, d'aussi grands dégâts sur les sols généralement indemnes.
Cette influence de la sécheresse est très nette et au premier abord paraît en contradiction avec ce qu'on sait du développement des maladies cryptogamiques ; elle ne peut s'expliquer que par l'état de souffrance des Betteraves, condition nécessaire à l'infection ; une très légère pluie, insuffisante pour imbiber le sol, peut permettre la germination des spores (Merle).
En somme, la pourriture du cœur de la Betterave présente dans son mode de développement d'assez grandes analogies avec le Black-rot de la Vigne ; comme lui, elle procède par foyers et invasions (Merle).
Traitement. — 1° Éviter de porter au fumier ou d'enfouir dans le sol les fanes de Betteraves ; le mieux est de les réunir sur le sol après l'arrachage et de les brûler ;
2° Labourer très profondément avant l'hiver pour permettre au sol d'absorber une grande réserve d'eau ;
30 Pratiquer une longue alternance de cultures (quatre ans au moins) ;
4° Les essais d'engrais n'ont pas donné jusqu'ici des indications bien nettes ; cependant il semble que les engrais potassiques favorisent la résistance des Betteraves.
Planche LXlll.
S phœriacees
Sphœrella /'(bi/lra. — 1. Une pyciiide laissaul échaiiper les stylusDures îigglutinées en un (il (vue en coupe tangenlielle du pétiole). — 2. Coupe transversale d'une pycnide. — 3. Paroi de la pycnide montrant l'insertion des slylospores, St. — 4. Un asque. — 5. Ascospores.
Sphœrella Fvagariae. — 6. Une foliole de Fraisier attaquée par la forme <-onidienne. — 7. Coupe dans une tache passant parla forme conidienne. — >!. Une conidie en germination. — 9. Asque.
Sphœrella Morî. — 10. Une feuille de Mûrier allaquéc. — 11. La forme conidienne : P. />., parenchyme en palissade : Ep. s., épidémie supérieur; Co.. conidie^. — 1-. Une conidie. — 13. Coupe schématique d'un périthèce. — i. .\<qu«'.
296 MALADIES CRVl'TUGAMloUES.
Sphiei-clla Fragariae (Tul.) Sacc. (pi. LXIII. fig. 6-9). — Ce Champignon, très commun sur les feuilles des Fraisiers, produit de petites taches arrondies, d'un brun pourpre au début ; puis le centre se dessèche, pâlit et prend une teinte blanche.
En été et en automne, les fructifications conidiennes {Ramularia Tulasnei Sacc.) forment de petits points blancs peu visibles sur la partie blanche des taches. Elles sont constituées par des bouquets de filaments incolores qui sortent au dehors en déchirant l'épiderme et se terminent par de courtes chaînes de spores ; ces conidies sont hyalines, cylindriques et prennent souvent à leur maturité une ou plusieurs cloisons transversales ; elles germent par un filament.
Sur des taches analogues, on a rencontré d'autres formes de fructifications ; c'est ainsi qu'on trouve souveiU des pycnides appartenant à plusieurs types, les unes à petites spores simples, les autres à stylospores cloisonnées ; mais la preuve expérimentale du rattachement de ces organes au Sphœrella Fragarise n'a pas encore été faite. Quant au Septoria Fragarise Sacc, pycnide à spores filiformes, il ne paraît pas entrer dans le cycle de développement du Sphœrella.
Les périthèces se forment en hiver sur les feuilles desséchées et sont mûrs au printemps. Ils naissent à l'intérieur des tissus, puis déchirent l'épiderme et font saillie sous forme de petits points noirs en cercle sur les taches desséchées. Les asques sont sessiles, les ascospores ovoïdes, munies d'une cloison qui les divise en deux cellules inégales. L'infection à partir des ascospores a reproduit la forme conidienne (Voglino).
Des spermogonies à petites spores peuvent accompagner les périthèces (Scribner) ; Tulasne a signalé aussi sur les taches au printemps une forme conidienne brune à filaments agrégés {GraphiotheciumphyllogenumSd.cc.), qui n'est très probablement qu'un saprophyte étranger.
SPH^RIACEES. 29 i
Cette maladie, peu grave en général, prend parfois une grande extension, détruit les feuilles et arrête le développement des fruits ; elle peut même tuer la plante.
Traitement. — 1° Détruire les feuilles malades ; pour faciliter cette opération, on a conseillé d'arroser les plants à l'automne avec une solution de sulfate de fer à 8 p. 100 ou d'acide sulfurique à 2 p. 100 ;
2° Les pulvérisations à la bouillie bordelaise sont efficaces ; il faut les effectuer au premier printemps avant la floraison, puis à l'automne ;
30 Les essais faits en Amérique avec une solution faible (0,50 à 0,75 p. 100) de sulfure de potassium ont également donné de bons résultats (Arthur).
Sphœrella Mori Fuck. {S. morifolia Passer.) (pi. LXIII. fig. 10-13). — Cette espèce produit sur les feuilles du Mûrier des taches d'un brun pâle, irrégulières et limitées par une étroite bordure plus foncée. Ce? taches, qui apparaissent au printemps, donnent naissance à leur face supérieure à de petites pustules brunes ; ce sont les fructifications conidiennes [Phlseospora Mori (Lév.)Sacc , Cylindrosporium Mori Berl.]. Les stromas étalés qui les constituent naissent sous l'épiderme, le rompent et se couvrent à leur face externe de stérigmates cylindriques ; les conidies sont allongées, un peu amincies au sommet et divisées par trois cloisons transversales.
Les périthèces se forment à la face inférieure des feuilles tombées et ne sont mûrs qu'après Thiver ; les asques sont larges, un peu renflés à la base; les ascospores oblongues, uniseptées.
Cette maladie sévit surtout dans les régions humides et cause quelques dégâts ; les feuilles malades ne sont cependant pas impropres à la nourriture des vers à soie; ceux-ci ne mangent pas les taches.
Spliaerella maculiformis (Pers). Auersw. — Ce Champignon, souvent saprophyte, peut attaquer divers arbres, surtout les Châtaigniers, dans certaines conditions
298 MALADIES CRYPTOGAMluUES.
d'humidité ; il provoque la chute prématurée des feuilles, qui sont couvertes de nombreuses petites taches anguleuses et brunes. Le Champignon fructifie sous plusieurs formes (Berlese) à la face supérieure des feuilles, d'abord une forme conidifère [Cylindrosporium castaneicolum (Desm.) Berl.], ressemblant à celle du Sphserella Mort, puis des spermogonies à très petites spores bacillaires {Phyllosticta macidijormis Sacc. ). Les périthèces se rencontrent sur Ihs feuilles tombées.
Splitierella sciitiuaFuckel (pi. LXIV, fig. 1-4). — Sous sa forme pycnide [Septoria piricola Desm.), cette espèce est commune sur les feuilles du Poirier, où sa présence est décelée par de petites taches grises ou blanches, rondes ou anguleuses, entourées d'une auréole d'un brun foncé. Les pycnides se forment surtout à la face supérieure et apparaissent comme de petits points moirs ; elles contiennent des stylospores allongées, plus ou moins courbées en arc et pourvues de deux cloisons.
Klebahn a récemment montré que ces pycnides appartenaient à une espèce, Sphœrella sentina, dont les périthèces se forment à la face inférieure des feuilles pendant l'hiver ; ils sont arrondis, enfoncés dans les tissus ; les ascospores sont fusiformes, droites ou un peu courbes. En germant sur les feuilles de Poirier, elles reproduisent les taches caractéristiques de la maladie (Klebahn).
Les dégâts causés par cette espèce ne sont pas bien graves et se réduisent à la perte de quelques -feuilles.
Traitement. — Les bouillies cupriques s'opposent à la germination des spores et à l'infection.
Signalons seulement les espèces suivantes, moins importantes :
Sphœrella brassicicola Ces. et de Not., qui produit des taches grisâtres sur les feuilles des Choux ;
SPiï.ERIACÉES. 29'J
Sphœrella allicina Aiiersw., sur l'Ail et l'Oignon, etc. ;
SphîereUa Ulmi Klebahn, sur les feuilles des Ormes ; la forme conidienne ressemble à celle du S. Mori.
Rathay a signalé le parasitisme d'une espèee du même genre sur les raisins {Sphserella Ralhayi Nypels).
Genre Stigmatea.
Ce genre est très voisin de Sphserella, dont il ne diffère que par ses asques accompagnés de quelques paraphyses et ses péritlièces naissant superficiellement.
Stigmatea MespiliSorauer (pi. LXIV, fig.5). — Cette espèce attaque au printemps les feuilles du Poirier, du Néflier et du Coignassier ; il les couvre de petites taches rouges d'abord, puis brunes, qui, dans les cas graves, se réunissent et amènent la dessiccation et la chute des feuilles. Les jeunes rameaux sont parfois aussi atteints. A la face supérieure des taches apparaissent des pycnides noires, très aplaties, dont le fond porte des spores à l'extrémité de stérigmates allongés. Ces spores {Entomosporium maculatum Lév.) sont très caractéristiques ; elles sont formées de deux ou trois cellules placées les unes à la suite des autres, la terminale prolongée en un cil filiforme ; latéralement, deux autres cellules plus petites portent également un cil.
Les périthèces ont été découverts par Sorauer sur les feuilles tombées et sont mûrs au printemps. Les asques renferment des spores formées de deux cellules inégales.
On ne connaît pas le traitement de cette maladie.
Genre Gnomonia.
Les périthèces des Gnomonia sont enfoncés dans l'intérieur des tissus de la plante-support et prolongés à leur partie supérieure en un long col faisant saillie au dehors. Les asques sont dépourvus de paraphyses, les ascospores
divisées en deux cellules généralement inégales, Tinférieure plus petite.
Guomoiiia eryUirostoma (Pers.) Auersw, (pi. LXI\ , fig. 6, 11). — La maladie produite par ce champignon sévit sur les Cerisiers et n'est pas rare certaines années en France ; elle a fait l'objet d'études très complètes de la part de Frank.
En été, les feuilles se couvrent de grandes taches jaunâtres, qui s'étendent, brunissent et se dessèchent ; le limbe se contourne, le pétiole se replie et s'abaisse, sans se détacher du rameau auquel les feuilles sèches restent adhérentes pendant tout l'hiver.
Les fruits sont aussi envahis ; selon l'époque de leur infection, ils se dessèchent ou bien présentent des déformations qui les rendent invendables.
Pendant l'été, le Gnomonia forme des spermogonies [Septoria), petits conceptacles bruns, arrondis, apparaissant comme de très petits points noirs à la surface des feuilles desséchées ; les spermaties sont filiformes et ne germent pas.
Les périthèces se forment dès l'automne, mais ne sont mûrs qu'au printemps suivant. Ils sont globuleux, complètement enfoncés dans les tissus de la feuille ; leui' col, coloré en rouge brunâtre, fait saillie à la face inférieure et est seul visible au dehors. Les asques sont allongés, atténués à la base ; les ascospores, ovoïdes et un peu renflées au sommet, sont divisées en deux cellules par une cloison située près de la base ; la cellule supérieure contient deux gouttelettes. Les asques portent au sommet un épaississement analogue à celui qu'on voit chez les Rosellinia, mais moins développé.
Au moment de leur maturité, les asques se gonflent, s'allongent et successivement viennent s'engager dans le col du périthèce, où ils lancent brusquement leurs huit spores (Frank). Tombant sur une feuille de Cerisier, l'ascospore germe ; elle émet un fdament trapu qui reste
Planche LXIV.
Sphœriacées
Splixrella sentina. — 1. Feuille de Poirier portant des taches tVuclifiées- (pycnides). — 2. Une slylospore. — 3. Vn asque. — 4. Ascospores (fig. o-i^. (l'après Klebalin).
SUginatca Mespili. — 5. Une conidie.
(iiiomonia ei'ijthrostoma. — 0. Coupe dune sperniogonie Sj/. ; L'o., conidies ; Ep., épider ne. — 7. Deux sperniaties. — s. Coupedun périthèce : Ep. i., épidémie inférieur de la feuille; Ep. s., épidémie supérieur ; Co., col ; .15.,asque. — 9. Asque. — 10. Ascospore. — 11. Ascospores .1*. en gerniination (fig. 6 à 9 el 11 d'après Fiank; fig. 10 d'après Saccardo).
<h\omonia veneta. — 12. La forme conidienne: Ep., épidémie: St., stronia niycélien ; Sig., slérigniates ; Co.. conidies (d'après Prillieux)- — Kî. \'n asque d'après K'iehahn).
302 Maladies cryptoijAMiules.
court, s'applique en se dilatant sur l'épiderme, puis pousse un tube fin à travers la cuticule. Dans l'intérieur de la feuille, le filament reprend un diamètre plus considérable et se répand entre les cellules.
Cette maladie cause parfois des dommages assez importants en détruisant le feuillage et en rendant les fruits inutilisal)les.
Traitement. — Il consiste à enlever et à brûler les feuilles desséchées qui persistent sur les arbres pendant l'hiver.
Gnotnoiiia veiieta (Sacc. et Speg.) Kleb. (pi. LXIV, fig. 12-13). — Sous sa forme conidienne [Glœosporium Platani (Mont.) Oud., G. nervisequum (Fuck.) Sacc], ce Champignon est très commun sur les feuilles des Platanes; au printemps apparaissent des taches fauves, desséchées, irrégulières, qui suivent les nervures principales : très souvent elles s'étendent au pétiole et produisent la chute de la feuille. Mais les dégâts ne se bornent pas à cette attaque des feuilles, et, surtout dans les printemps froids et humides, le Champignon envahit les rameaux et même les grosses branches (Beauverie) ; le mal part alors presque toujours de l'extrémité des rameaux taillés l'année précédente, gagne les rameaux plus âgés et peut atteindre le tronc. Il forme des taches brunes pénétrant jusqu'au bois et amenant la mort de la branche dès qu'elles en ont fait le tour.
La maladie a pris dans ces dernières années un carac. tère de gravité qu'elle n'avait pas auparavant. Dans les pépinières, les dégâts peuvent être considérables.
Les fructifications s'établissent sur les feuilles le long des nervures et sur les taches brunes des rameaux ; elles forment de petites pustules de coloration foncée et sont constituées par un stroma couvert de conidies et protégé dans le jeune âge par l'épiderme ; une fente longitudinale met les spores en liberté. On trouve d'ailleurs toutes les transitions entre des stromas largement ouverts,
SPll.EKIACEES. 30:^
simplement concaves et des pycnides fermées ; ces dernières sont toutefois plus rares. Les conidies sont ovales ou piriformes, hyalines, et germent par un filament.
Les périthèces sont mûrs au printemps ; les ascospores sont presque piriformes et munies d'une cloison tout près de leur base. Klebahn a pu reproduire la maladie en partant des ascospores aussi bien que des conidies.
Les cultures artificielles du Gnomonia veneta, faites pour la première fois par Klebahn, ont reproduit la forme conidienne. Viala et Pacottet sont arrivés au même résultat et, outre les pycnides, ont décrit des kystes bruns contenant des spores internes et une forme levure ; mais Guillermond a récemment montré que ces levures ne rentraient pas. dans le cycle de développement du Gnomonia et n'étaient qu'une impureté développée dans les cultures.
Traitement. — 1° L'élagage a donné de bons résultats (Leclerc du Sablon) ; on le pratique pendant l'hiver en enlevant tous les jeunes rameaux ;
2° Dans les pépinières, il faut obturer toutes les plaies de taille après les avoir badigeonnées avec la solution de Skawinski (Beauverie) ;
30 Enfin les boutures devront être choisies sur des arbres absolument sains.
Gnomonia leptostyla (Fr.) Ces. et de Not. (pi. LXV, fig. 1-5). — Cette espèce attaque les feuilles, les jeunes rameaux et les fruits du Noyer. Sur les feuilles, elle forme des taches d'un gris roux ou fauves, à la face inférieure desquelles on voit de petits points noirs, les fructifications conidiennes. Des taches semblables apparaissent sur les fruits : souvent elles les déforment et, quand l'infection est précoce, ne leur permettent pas d'arriver à leur développement complet.
Les fructifications conidiennes \Marssonia Juglandis (Lib.) Sacc] sont constituées par des stromas aplatis, sous-épidermiques, produisant abondamment à leur sur-
face des conidies dont la pression soulève puis déchire l'épiderme. Ces conidies sont incolores, courbées en croissant, un peu atténuées à la base et terminées au sommet par un bec recourbé ; elles germent par filament.
Parfois on rencontre sur des stromas semblables ou même mélangées avec les conidies de fines spermaties bacillaires, qu'on n'a pu faire germer.
Quelques auteurs avaient rattaché cette forme coni dienne au Gnomonia leptostyla ; récemment Klebahn a démontré l'exactitude de cette assimilation. Les périthèces sont très analogues à ceux des espèces précédentes et surmontés d'un très long col ; les ascospores sont fusiformes et cloisonnées en leur milieu.
Les infections réussissent avec les ascospores et les conidies.
Klebahn a réussi à cultiver le Champignon eu milieu artificiel ; le mycélium reproduit les deux formes de conidies et même des périthèces munis de leur col caractéristique, mais qui n'ont pu être suivis jusqu'à maturité des ascospores.
On ne connaît pas de traitement pratique de cette maladie.
Genre Venturia.
Dans ce genre, les périthèces, arrondis et plus ou moins enfoncés dans les tissus, portent à leur sommet autour du pore quelques soies raides, cloisonnées et colorées en brun ; les asques ne sont pas accompagnés de paraphyses ; les ascospjores, souvent jaunâtres à maturité, sont divisées en deux par une cloison transversale.
On rattache à ce genre, quoique la preuve expérimentale n'en ait pas encore été faite, des Champignons parasites qui causent sur les arbres fruitiers les graves maladies connues sous le nom de tavelures. Le mycélium, au moins dans les feuilles, ne s'enfonce pas dans l'intérieur
Planche LW.
Sphaeriacées
Giiomonia leptostyla. — Feuille de Noyer couverte des taches du parasite — 2. Coupe transversale dune feuille montrant la fructification conidienne reposant sur le stroma Str. Cm^îc. , cuticule de la face inférieure. — 3. Deux conidies. — 4. Asqne. — o. Ascospores (fig. 4eto d'après Klebahn).
Venturin pirina. — «. Poire présentant les crevasses de la tavelure ; T., taches fructifiées. — 7. Extrémité d'un rameau tavelé. — S. Le mycélium jeune vu en coupe tangentielle (d'après Ducomet). — 9. Coupe d'une feuille dans une tache fruc ifiée : Ciit., cuticule; Ep., épidémie inférieur: <S'f., stroma sous-cuticulaire ; .S7^., stérigmaie ; Co., conidies. — 10. Deux stérigraates isolés. — 12. Une conidie en germination. — 13. Coupe dun périthéce P.; Mij.. mycélium ;0., ostiole ; Po., poil. — I 1. l'n asqne (d'après Aderhold). — li. Ascos]X)res (d'après .Vderholdl.
des tissus et reste localisé sous la cuticule ; il émet des stérigmates dressés qui portent à leur sommet des conidies brunes, ovoïdes ou un peu piriformes, souvent cloisonnées à maturité (forme Fusicladium).
Venturia piriua Aderhold (pi. LXV, fig. 6-15). — La tavelure du Poirier se développe à la fois sur les feuilles, les rameaux et les fruits.
Sur les feuilles, on voit de petites taches arrondies, d'un brun olivâtre, localisées à la face inférieure. Le mycélium du Champignon est formé de filaments isolés, rameux, de diamètre irrégulier, qui rampent sous la cuticule sans jamais pénétrer plus profondément dans le tissu et en suivant le contour des cellules ; les cellules épidermiques sont brunies et tuées. Les conidiophores [Fusicladium pirinum (Lib.) Fuck.] apparaissent au sommet de rameaux courts disposés en éventail ; ils se dressent perpendiculairement à la surface du limbe et sortent par petits groupes. Ils sont colorés en brun olivâtre, un peu noueux et portent à leur sommet de petites points saillants, qui sont les cicatrices laissées par la chute des conidies. Celles-ci naissent comme de petits bourgeons arrondis, hyalins, qui en grossissant s'allongent, deviennent piriformes et se colorent ; la conidie mûre se détache, parfois se cloisonne et est capable de germer en produisant un filament.
Sur les rameaux, la maladie est bien plus grave et se présente sous un aspect tout différent. Au début, le mycélium est sous-cuticulaire comme dans la feuille ; mais, tout en s'étendant en surface, il pénètre bientôt l'écorce en s'insinuant entre les cellules qu'il ne traverse pas ; il forme des amas, des lames stromatiques dans les méats et entre les cellules de l'écorce. Le rameau réagit en différenciant des lames de liège de plus en plus profondes et de plus en plus étendues, barrières que le mycélium déborde dans son développement. Le mycélium arrive ainsi à faire souvent le tour du rameau et à le tuer. Les
SPHiERIACEES. 307
braiichettes attaquées se reconnaissent facilement : les tissus extérieurs aux couches de liège se dessèchent, meurent, diminuent de volume et se fendillent ; aussi la surface tavelée est-elle irrégulière, crevassée et a-telle tendance à se détacher en écailles. Dans toute la partie tuée, la mycélium forme des stromas parfois assez volumineux, mamelonnés, qui produisent des conidiophores analogues à ceux des feuilles. Plus rarement, on voit des spermogonies à petites spores creusées dans les stromas.
Sur les fruits, où le mycélium devient rapidement profond, les altérations rappellent celles des tiges ; les poires tavelées portent des taches brunes qui par dessiccation diminuent de volume, ce qui très souvent amène la formation de profondes crevasses. Les fruits fortement atteints sont inutilisables.
La forme parfaite à laquelle on rattache les conidies, le Venturia pirina Aderhold, se montre au printemps sur les feuilles mortes ; les périthèces, dont l'ostiole est entourée d'un petit nombre de poils bruns, s'ouvrent à la face inférieure de la feuille ; les ascospores sont jaunâtres et munies d'une cloison transversale vers leur base.
Le Champignon n'a d'ailleurs pas besoin des périthèces pour se propager d'une année à l'autre ; le mycélium est vivace dans les rameaux, sur lesquels il fructifie au printemps.
La tavelure du Poirier est influencée très nettement par l'humidité ; la présence sur les feuilles de gouttes d'eau paraît nécessaire à la germination des spores. La maladie est plus fréquente et plus grave dans les sols humides ; les arbres en espalier, surtout ceux qui sont exposés à l'est, sont moins atteints que les arbres en plein vent. Enfin les diverses variétés ont une sensibilité très inégale à la tavelure ; certaines, et en particulier le Doyenné d'hiver, sont tellement atteintes dans
308 MALADIES CRYPTOGAMIOUES.
les sols humides que la culture n'en est pas possible.
Traitement. — 1° Au moment de la taille, enlever tous les rameaux tavelés par lesquels le mycélium peut se conserver pendant l'hiver ;
2» Après la taille, badigeonner les arbres malades avec une bouillie bordelaise forte (8 p. 100 de sulfate de cuivre) ou avec une solution à 15 p. 100 de sulfate de fer ;
3» Pendant le cours de la végétation, des pulvérisations devront être faites avec une bouillie bordelaise faible (1,5 p. 100 de sulfate de cuivre) et neutre au papier de tournesol ; plusieiu's traitements doivent être pratiqués, le plus important aussitôt après la floraison;
4^ L'ensachement des fruits jeunes les préservera de la tavelure ; mais ce procédé ne peut être employé que pour les fruits de luxe.
Venturîa inœciualis (Cooke) Aderh. (pi. LXVI, fig. 1-6). — Quoique voisine de la précédente, cette espèce, qui produit la tavelure du Pommier, s'en distingue par des caractères très nets. C'est sous sa forme conidienne IFusicladium dendriticum (Wallr.) Fuck.] qu'elle est parasite.
Sur les feuilles, les taches apparaissent surtout à la face supérieure : elles sont noires, couvertes d'un velouté verdâtre à maturité des conidies et se montrent à la loupe formées de petites fibres ramifiées, rayonnant autour du centre. Le mycélium est exclusivement souscuticulaire, comme pour la tavelure du Poirier ; les filaments qui le constituent ont tendance à se grouper en faisceaux rameux, qui donnent aux taches leur aspect caractéristique ; latéralement ils émettent de courtes ramifications irrégulièrement étalées en éventiil à la surface des cellules. Les conidiophores naissent le plus souvent sur le trajet des filaments et se dressent perpendiculairement à la surface de la feuille ; ils sont courts, unicellulaires et se terminent par une conidie ;
SPH^RIACEES. 309
les conidies sont piriformes, brunes et prennent tardivement une cloison transversale. Elles germent par filament. Les lésions sont limitées au brunissement de l'épiderme et à l'allongement des cellules du tissu en palissade, qui fréquemment se cloisonnent.
Sur les fruits, la tavelure produit des taches noires, desséchées, qui ne prennent pas une grande extension et n'entravent pas la maturité du fruit. Cependant, quand l'attaque est précoce, le mal est plus grand, la jeune Pomme se dessèche en partie, se déforme, mûrit mal quand elle ne tombe pas. Le mycélium se comporte de la même façon que dans les Poires.
L'attaque des rameaux est beaucoup plus rare que sur le Poirier (Aderhold, Sorauer, Ducomet, etc.) ; elle se fait d'ailleurs de la même manière, mais les taches ne prennent pas d'extension et restent limitées à de petites pustules proéminentes qui brunissent et s'éliminent.
Les périthèces se forment dans les mêmes conditions que ceux de la tavelure du Poirier ; les ascospores sont divisées en deux cellules, l'inférieure presque cylindrique, la supérieure plus large et un peu conique.
La tavelure du Pommier ne cause pas de dégâts aussi grands que celle du Poirier ; seule l'attaque des jeunes fruits peut compromettre la récolte. Le traitement est d'ailleurs le même pour les deux maladies.
Venturîa Cerasi Aderhold. — La tavelure du Cerisier est moins importante que les deux précédentes ; le Champignon n'attaque généralement que les fruits mûrs qu'il couvre de petites taches d'un noir verdâtre. Cependant quelquefois il se développe sur les jeunes cerises et les fait sécher sur l'arbre (A. Braun). Enfin, d'après Aderhold, les feuilles peuvent aussi être atteintes.
Le mycélium, uniquement sous-cuticulaire, même dans les fruits, produit des conidiophores [Fusicladium Cerasi (Rabenh.) Sacc] courts, cylindriques, cloison-
nés à la base, portant à leur extrémité successivement plusieurs conidies fusif ormes.
La forme parfaite, signalée par Aderhold sur les feuilles sèches, ressemble au Venturia pirina.
Ducomet a observé sur des Prunes et décrit sous le nom de Fusicladium Pruni une forme conidienne qui paraît n'être qu'une variété de cette espèce ou au moins s'en rapproche beaucoup.
Genre Didymosphaeria.
Ce genre est caractérisé par ses périthèces simples, enfoncés dans les tissus, par ses asques accompagnés de paraphyses grêles et par ses ascospores bicellulaires et brunes à maturité.
Didymosphîieria populina Vuillemin (pi. LXVI, fig. 7-13). — Cette espèce, assez fréquente en France, attaque les Peupliers et surtout le Peuplier pyramidal.
Au début de mai, sur les feuilles des jeunes pousses apparaissent des taches brunes, plus colorées à la marge ; elles se couvrent à la face supérieure d'un velouté olivâtre constituée par les fructifications conidiennes \N apicladium Tremulse (Fr.) Sacc.]. Le mycélium qui infiltre la feuille se condense dans les cellules épidermiques en une couche stromatique qui fructifie au dehors en soulevant la cuticule ; les conidies, presque sessiles sur le stroma, naissent en petites touffes; elles sont fusiformes et deux fois cloisonnées à maturité.
Un peu plus tard, vers la fin de mai, l'extrémité des pousses se courbe en crosse, brunit, puis se dessèche ; quoiqu'elle soient remplacées par le développement de bourgeons latéraux, l'arbre soufre, languit et, si la maladie se reproduit plusieurs années, de suite, se dessèche peu à peu à partir de la cime. Le mycélium fructifie sur les rameaux sous une forme autre que celle des feuilles ; pendant l'été, il produit des petites pycnides
Veiilurla iJKi'qnaiis. — 1. Feuille de l'oinniier portant les taclies du parasite (face supérieure). — 2. Une Pomme tavelée. — 3. Fructification conidienne : Sir., stroma; Stg. stérigmates ; Co., conidies. — 4. Portion du mycélium sous-cuticulaire (d'après Ducomet). — o. .Vsque (d "après .\derhoId;. — 6. .\scospores (d'après Aderhold).
Didymosphœi'ia populina. — 7. Extrémité d un rameau de Peuplier atta- (jué par le parasite. — 8. La forme conidienne. — 9. Conidie. 10. — a : une pycnide ; b. stylospores. — 11. Un périthèce. — 12.Asque. — 1.3. Ascospore.
Gibeliina cerealis. — 14. Portion de chaume de Blé portant les taches du Champignon. — 15. Coupe d'un périthèce muni de son col Co. — \^. Un asque As. et une paraphyse Pa. — 17. Deu.\ ascospores.
:n2 MALADIES CKYPTOGAMIQUES.
rondes, qui déchirent l'épiderme et émettent des stylospores incolores et elliptiques.
En automne, les périthèces se différencient, mais ils ne sont mûrs qu'au printemps ; ils sont globuleux, plus gros que les pycnides, complètement enfoncés dans l'écorce ; les paraphyses se gélifient très rapidement ; les asques sont cylindriques ; les ascospores, brunes à maturité, sont formées de deux cellules très inégales, la supérieure plus grosse et plus arrondie que l'inférieure.
L'infection à l'aide des ascospores a reproduit sur ies feuilles la forme conidienne (Prillieux),
On ne connaît pas de traitement pratique de cette maladie ; la récolte et la destruction des rameaux tués sont If plus souvent impraticables.
Genre Gibeilina.
Dans ce genre, les périthèces, enfoncés dans les tissus et munis d'un col saillant, sont réunis sur un stroma lâche ; les asques sont accompagnés de paraphyses, les ascospores fusif ormes, brunes et pourvues d'une cloison transversale.
Gibeilina cerealis Pass. (pi. LXVI, fig. 14-17). — Ce Champignon, observé en Italie par Passerini, puis par Cavara, a été rencontré aussi, mais très rarement, dans le midi de la France. Il attaque le Blé au printemps et produit sur les feuilles et surtout sur les gaines de grandes taches allongées, couvertes d'un feutrage mycélien blanchâtre. Les pieds atteints ne fleurissent pas ou ne donnent que des épis mal développés, qui restent stériles. Le feutrage mycélien externe est en relation avec un mycélium interne qui infiltre les tissus et forme un stroma assez lâche entre la gaine et le chaume. Les périthèces se montrent extérieurement sous la forme de petits points noirs ; ils naissent à l'intérieur de la gaine, sont globuleux et prolongés en un col épais, assez
SPH.EHIÂCEES. 313
allongé, qui fait saillie au dehors. Les asques sont accompagnés de paraphyses continues ; les ascospores, disposées dans l'asque sur deux rangs, sont fusiformes, cloisonnées transversalement en leur milieu, d'un jaune brun à maturité. On ne connaît pas le développement ultérieur des ascospores, ni le mode par lequel se fait l'infection.
Genre Acanthostigma.
Les Acanthostigma ont des périthèces superficiels, libres et couverts de poils raides souvent localisés autour du pore ; les ascospores sont fusiformes et munies de plusieurs cloisons transversales.
Acaiithostig^ina parasiticum (Hart.) Sacc. — Ce Champignon attaque le Sapin, plus rarement l'Épicéa ; son mycélium couvre les rameaux et les aiguilles, qui se dessèchent en restant fixées à la branche. Les filaments forment à la face inférieure des feuilles des stromas bruns, assez lâches, qui corrodent l'épiderme, pénètrent à l'intérieur et tuent les celUules. Les périthèces, formés à l'extérieur des tissus, portent à leur sommet des poils bruns, raides et divergents ; les asques contiennent huit spores fusiformes, d'un gris brunâtre et divisées par trois cloisons transversales.
La maladie sévit surtout dans les massifs serrés, où elle peut gagner de proche en proche en passant d'un arbre à l'autre par simple contact d'une branche saine avec une malade.
Genre Herpotrichia.
Les Herpotrichia, très voisins des Acanthostigma, n'en diffèrent que par leurs périthèces couverts de longs poils flexueux.
Herpotrichia iiii>-ra Hartig. — C'est un parasite des Conifères de montagne (Épicéa. Pin Mugho). Delackoin. et Maiulanc. II. — 18
314 MALADIES CRYPTUGAMKjUES.
qui recouvre les rameaux et les feuilles d'un revêtement mycélien brun. Les filaments entourent les aiguilles et les agglomèrent en une masse serrée autour de la tige ; ils s'introduisent dans les tissus en pénétrant par les stomates.
Les périthèces se forment dans le mycélium externe, auquel ils se relient par les longs filaments bruns qui couvrent toute leur surface. Les asques sont allongés et entourés de nombreuses paraphyses qui se gélifient de bonne heure ; les ascospores sont incolores et divisées transversalement par trois cloisons.
Cette maladie, spéciale aux régions montagneuses, sévit surtout dans les vallées et les dépressions où la neige s'accumule pendant l'hiver.
Genres Leptosphœria et Ophiobolus.
L'étude des espèces constituant ces deux genres est inséparable; par un mode d'action identique, elles produisent sur les Céréales une maladie bien connue des cultivateurs sous les noms de piétin ou de maladie du pied.
D'ailleurs, les Leptosphœria se reconnaissent facilement à leurs ascospores fusiformes, colorées et munies de plusieurs cloisons transversales, tandis que, chez les Ophiobolus, les ascospores sont filiformes et allongées parallèlement dans l'asque.
Piétin des céréales. — Le piétin, ou maladie du pied, se manifeste par une altération du chaume au niveau du sol ; on le rencontre sur le Blé et d'autres Céréales, l'Orge et le Seigle. Les entre-nœuds inférieurs, et principalement celui que surmonte la première couronne de racines, noircissent et meurent ; la tige se dessèche, le développement de l'épi est d'autant plus incomplet que l'attaque a été plus précoce. Souvent les pieds attaqués se couchent sur le sol ; cette verse
SPILERIACEES. 31:')
parasitaire se distingue facilement de la verse non parasitaire (1) en ce cjue les épis s'abattent sans cause apparente dans toutes les directions; dans la verse non parasitaire, au contraire, les épis sont couchés dans le même sens, et leur chute est déterminée par la pluie ouïe vent.
Le piétin sévit avec intensité, dans les années pluvieuses, sur les sols humides et peut causer des dégâts considérables. Les diverses variétés sont inégalement sensibles à la maladie ; les plus précoces sont les plus atteintes (Blé Noé, de Saint-Laud et surtout Blé de Bordeaux) ; au contraire, les plus tardives résistent mieux (Épi carré, Goldendrop, Blé de Hallett, Poulard, etc.) (Schribaux).
Le piétin est dû sans conteste à l'action de parasites cryptogamiques ; mais il ne faut pas y voir le fait d'un seul Champignon ; plusieurs espèces, quelques-unes encore mal connues, peuvent produire la maladie ; les plus importantes sont VOphiobolus Graminis et le Leptosphœria herpotrichoides.
L'attaque se fait toujours à la base du chaume ; les premiers entre-nœuds, débarrassés des gaines desséchées qui les couvrent, se montrent brunis et couverts de minces croûtes noires. A ce niveau, la paille est visiblement altérée, cassante, de couleur brunâtre ; c'est La faible résistance de cette partie qui explique la verse fréquente des pieds atteints. Au microscope, la lésion réside en une diminution d'épaisseur des membranes cellulaires et surtout de Tappareil de soutien de la tige ; l'anneau scléreux qui normalement englobe les faisceaux externes du chaume est très réduit, parfois même prescfue nul dans la partie atteinte. D'ailleurs, cette lésion est la même que celle de la verse non parasitaire ; elle est due à l'étiolement de la base du chaume beaucoup plus qu'à l'action du mycélium.
(H V,)V. Dr C. DuA, i;ni\. Mahltlii-s „n„ /,a fisi la i ns. u. -J07.
310 MALADIES GHYPTOGAMIQUES.
Pendant la période de végétation de la Céréale, le mycélium reste peu apparent et limité à la croûte brune visible à l'extérieur et à des filaments hyalins pénétrant les tissus ; les fructifications n'apparaissent qu'à l'automne et en hiver sur les chaumes morts.
Ophiobolus Graminis Sacc. (pi. LXVII, fig. 1-11). — Dans cette espèce, le mycélium forme un revêtement superficiel brun, adhérent au chaume ; les filaments sont très cloisonnés, ramifiés et par places s'enchevêtrent en petites pelotes noires. Les périthèces se forment tardivement, en hiver ; ils sont noirs, globuleux, entourés d'un lacis de filaments mycéliens et terminés en un col court, tronqué, souvent coudé. Au début, ils sont enfouis dans le tissu de la gaine, dont la destruction rapide les rend superficiels, de sorte qu'à maturité ils semblent libres sur le revêtement brun qui couvre la base du chaume. Les paraphyses sont peu nombreuses et disparaissent très vite. Les asques, en massue allongée, contiennent chacun un faisceau de huit spores bacillaires (70 à 75 [i. de long), un peu courbes, munies de gouttelettes et divisées en quatre cellules à leur maturité complète. Une rupture transversale vers le tiers inférieur de l'asque les met en liberté. Elles germent par production de filaments partant des deux extrémités de la spore et se ramifiant latéralement.
On a attribué à VOphioholus Graminis plusieurs formes conidiennes; mais la preuve expérimentale de ce rattachement n'a pas été donnée. Mangin a rencontré des conidies unicellulaires noires {Coniosporium), qu'il rapporte avec doute à VOphioholus. Des pycnides [Hendersoîiia) à spores allongées, colorées, cloisonnées ont aussi été décrites (Mac Alpine).
Dans nombre de cas et surtout pour le Blé, le piétin est dû à VOphiobolus. Des essais d'infection ont montré les propriétés pathogènes de cette espèce. Mangin pense cependant qu'elle n'a qu'un rôle accessoire dans
l^I ANCHE LW'II.
Sphœriacées.
Op/iiobolus (Irami/tis. — 1. Péiillièces jeune<. Pr., fiicoie tnfe.-M--; <l.'ms Je tissu d'une gaine; Mij., mycélium. — . Un groupe de périlhèces mûrs. — 3. Un de ces périthèccs plus grossi. — i. h' mycélium My., à la face inieneure d'une gaine. — ."). Mycélium dans les cellules du premier entre-nœud. — 6. .Masse de stroma à la surface du chaume. — 7. Asque jeune et paraphyse. — S. Asque mùi-. — 0. Ascospores l'asque. — 11. Germination des .iscospores : .1. après U, après quatre jours.
f.pptosphœrirr /iprpolrirhoii/i's. — IJ. In pcritli 1 1. Ascospore germant.
— 10. Déhisconce de vingt-quatre heures ;
la production de la maladie ; mais il ne semble pas que le Champignon étudié soit bien VOphiobolus Graminis ; les ascospores qu'il a décrites sont plus allongées (95 à 105), plus cloisonnées que celles du véritable Ophiobolus Graminis, et germent d'une façon différente (par spores secondaires).
Ophiobolus herpotrîchus Fries. — Cette espèce est voisine de la précédente, dont elle diffère par ses ascospores plus longues et jaunâtres ; elle paraît capable de provoquer des lésions comparables à celles que produit VOphiobolus Graminis ( Krûger, etc.)-
Leptosphœria herpotrîchoîdes de Notaris (pi. LXVII, fig. 12-14). — Quoique, selon certains auteurs, cette espèce soit plus spéciale au Seigle, on la rencontre aussi fréquemment sur le Blé et même, d'après Mangin, c'est à son action qu'il faut attribuer le piétin dans la grande majorité des cas. Ajoutons que le Leptosphœria a également été trouvé sur des Graminées sauvages.
Le mycélium forme à la base du chaume un réseau brun plus ou moins serré et adhérent, dont les filaments portent çà et là des rameaux courts renflés en ampoules fusiformes (Mangin). Les périthèces se montrent plus tôt ciue ceux de VOphiobolus ; ils sont enfoncés dans les tissus de la gaine ou libres sur les parties nues des entre -nœuds ; ils sont prolongés en un col droit plus ou moins long et munis de poils bruns tantôt répandus sur toute leur surface, tantôt localisés sur la partie ventrue ou sur le col. Les asques ont la forme d'une massue allongée. Les ascospores sont fusiformes, droites ou un peu courbes, jaunes et munies de six à huit cloisons transversales ; elles sont mises en liberté par gélification de la paroi de Tasque et germent par filaments.
Mangin a décrit une forme conidienne (Dictyosporium) à grosses spores ovoïdes, constituées de cinq à sept rangées de cellules brunes.
Traitement. — Le traitement du piétin, purement
SPH.ERIACEES. 319
préventif, est basé sur l'absence des périthèces au moment de la moisson, quel que soit d'ailleurs le parasite ; il consiste à décliaumer soigneusement après la récolte et à brûler les chaumes sur place.
D'un autre côté, tout ce qui contribuera à diminuer rhumidité à la base des tiges mettra une entrave au développement du parasite ; on drainera les terres humides, on veillera à semer en lignes.
Enfm diverses autres précautions culturales sont de nature à restreindre le mal, notamment un assolement long. (Notons que le sainfoin, précédant une Céréale, est considéré par nombre de cultivateurs comme prédisposant à la maladie.) L'emploi des variétés résistantes s'impose également.
Genre Dilophia.
Les Dilophia présentent des ascospores filiformes comme les Ophioholus ; mais leurs périthèces sont réunis par un stroma noir. Une seule espèce présente de l'intérêt.
Dilophia Gramiiiis (Fuck.) Sacc. (pi. LXVIII, fig. 1-8). — Cette espèce peut attaquer les épis du Blé ; elle est rare en France, où on ne l'a observée que sur des Blés d'origine anglaise aux environs de Vitry-le-François ot de Rouen ; on la rencontre plus fréquemment sur quelques Graminées sauvages (Vulpin, Houque, Avoine élevée, etc.).
Les épis de Blé atteints sont entourés totalement ou en partie par un stroma dur, très compact, noir, qui englobe les fleurs atrophiées et les soude à l'axe. Parfois, quand l'attaque a été précoce, Tépi ne peut sortir des gaines auxquelles son sommet est fixé par le stroma ; l'allongement du chaume courbe alors le sommet de la tige et renverse l'épi, qui ne peut se dégager de la gaine.
Le stroma est blanc à l'intérieur et rappelle un sclérote par sa consistance et sa structure ; sa périphérie
320 MALADIES CRYPTOGAMIOUES.
est creusée de nombreuses pycnides (Dilophospora Graminis Desm.) globuleuses, tangentes les unes aux autres. Les stylospores sont cylindriques et terminées à chaque extrémité par deux ou trois cils rameux. Pour germer, elles se gonflent, se divisent par une cloison transversale ; puis les deux cellules s'écartent légèrement pour laisser passer un gros filament à contenu granuleux.
Les périthèces, qu'on n'a pas encore rencontrés sur le Blé, ont été découverts par Fuckel sur des Graminées sauvages (Calamagrostis) ; ils ressemblent aux pycnides, mais contiennent des asques cylindriques et des ascospores allongées, très aiguës à chaque extrémité et munies de nombreuses cloisons.
Traitement. — Il consiste à récolter et l)rûler les épis atteints (quand leur nombre rend l'opération possible) et à changer la provenance de la semence.
Genre Pleospora.
Les Pleospora se reconnaissent à leurs périthèces simples, enfoncés dans les tissus, et à leurs ascospores colorées et munies de cloisons transversales et longitudinales.
Très généralement ce sont de simples saprophytes très fréquents sur les plantes mortes ; cependant on a signalé quelques cas de parasitisme dus à des espèces de ce genre.
Les Pleospora ont des formes conidiennes à spores brunes et cloisonnées dans deux directions perpendiculaires, très variables de forme et de dimension, tantôt en massue allongée {Alternaria), tantôt elliptiques ou ovales (Macrosporium). L'étude de ces formes, difficiles à caractériser et à séparer nettement les unes des autres, est très complexe ; certaines, dont la forme parfaite n'a pas encore été trouvée, seront étudiées plus loin avec les autres formes conidiennes incomplètement connues.
Planche LXVUL Sphœriacées.
Dilophla Ci'dminis. — 1. Un é])i de Blé ilél'ornié par le struina Si. du Champignon. — 2. Coupe langentielle du sti'onia montrant les ostioles, Ost., des pycnides. — 3. Une pycnide P. en coupe : Str., stroma; Hy., hyméiiium de styiospoi'es. — 4. Asqiic. — .'i. Asoospore. — 0. Stylospore. — 7 et 8. Germination des stylospores.
Pleospora herbaruin. — 9. Coupe d'un périlhèce. — 10. Asque As, entouré de paraphyses gélifiées Pa. d. — tl. .\scosporo. — 12. La forme conidienne.
Pleospora nlùicans. — 1:{. Vu rameau de Ciiicorée portant une tache fruotitiée. — 14. Coupe d'une pycnide. — 15. Hyménium de la pycnide : St., stylospore; S/)., spermatie. — 16. Un périthèce. — 17. Asque. — 18. .\scospores (d'après Prillieux) .
Pleospora hifi-doria. — 19. La forme conidienne.
322 MALADIES CRYPTOGAMloUES.
PleosporalierI>arum(Pers.) Rabenh. (pi. LXVIII, fig. 9-12). — C'est un Champignon très commun sur les végétaux morts, surtout sur les plantes herbacées. Sur l'Ail, l'Oignon et quelques plantes voisines, il est capable de se développer en parasite ; le mycélium, qui pénètre les bulbes et les feuilles, fructifie à la surface de ces organes sous forme d'une moisissure noire ; les filaments conidifères sortent par les stomates; ils sont simples ou un peu ramifiés et se terminent par de grosses spores brunes, de forme variable, très finement échinulées, munies de cloisons transversales et longitudinales ; c'est le Macrosporium commune Rabenh. Les périthèces se forment en automne sur les feuilles et les tuniques desséchées des bulbes atteints ; ils naissent sous l'épiderme et sont no^rs, durs et un peu aplatis ; les paraphyses diffluent rapidement ; les asques renferment huit spores ovales ou oblongues, d'un jaune brunâtre, pourvues généralement de sept cloisons transversales et de quelques cloisons longitudinales.
Les pycnides, qu'on rencontre parfois avec les conidies ou les périthèces, ne rentrent sans doute pas dans le cycle de développement de cette espèce.
Thumen a rencontré sur l'Ail un Macrosporium, M. parasiticum, qui ne semble pas différer de la forme conidienne du Pleospora herhanun (Miyabe).
Sur l'Ail et l'Oignon, le Pleospora herbarum n'est pas toujours parasite ; on le rencontre fréquemment vivant sur les parties tuées par le mycélium du Peronospora Schleideni. Plus rarement il existe seul, et les dégâts sont dans ces circonstances certainement dus à son action (Miyabe, Prilieux et Delacroix).
Pleospora albicans Fuck. (pi. LXVIII, fig. 13-18). — Cette espèce est bien voisine de la précédente, à laquelle quelques auteurs la réunissent ; les périthèces des deux Champignons sont en effet si semblables qu'il est presque impossible de les distinguer. Mais le Pleo-
SPIL'EKIACEES. 323
spora albicans ne présente pas de forme Macrosporium ; on ne lui connaît que des pycnides [Phoma albicans Rob. et Desm.)-
Prillieux l'a rencontré sur les Chicorées, où il produit des taches d'un gris jaunâtre bordées de brun, localisées sur les tiges, se répandant plus rarement sur les feuilles ; bientôt ces taches blanchissent, leur bordure noircit, et l'on y voit apparaître de petits points noirs, ce sont les pycnides. Elles sont enfoncées dans les tissus, un peu aplaties et s'ouvrent au dehors au sommet d'un col très court ; elles contiennent de petites stylospores hyalines, cylindriques, parfois mélangées à des spermaties filiformes, qui naissent dans le même conceptacle. Après l'hiver, les périthèces se forment au milieu des pycnides vides.
Pleospora infectoria Fuck. (P. Alteniarise Gib. et Griff.) (pi. LXVIII, fig. 19). — Gibelli et Griffmi ont montré qu'à cette espèce se rattache une forme conidienne très commune généralement saprophyte, V Alternaria tennis Nées. Les conidies ont la forme d'une massue effilée à son sommet ; elles sont cloisonnées dans deux directions perpendiculaires et colorées en brun. La première naît à l'extrémité d'un court filament dressé sur le mycélium, puis produit à son sommet une seconde spore ; les conidies forment ainsi des chapelets, chacune provenant du bourgeonnement de l'extrémité de la conidie précédente. Les périthèces ressemblent à ceux du Pleospora herharum ; mais les ascospores sont plus petites et munies seulement de cinq cloisons transversales.
Un cas de parasitisme de V Alternaria tennis a été signalé par Behrens sur des germinations de Tabac ; les cotylédons et les feuilles deviennent mous, gluants, puis se couvrent d'un velouté noir constitué par les conidies. Le même Champignon se rencontre aussi sur les feuilles adultes du Tabac, sur lesquelles il produit des taches desséchées, fauves, confondues par les cultivateurs sous
324 iMALADlES CRYPTOGAMIQUES.
le nom général de rouille avec d'autres altérations de cause parasitaire ou non.
D'autres Pleospora ont été signalés comme parasites, mais leur étude est encore incomplète. C'est ainsi que Fuckel attribue une pourriture du cœur de la Betterave à une moisissure qu'il appelle Sporidesmium putrefaciejis et qui paraît très voisine des Alternaria. D'après Frank, ce serait la forme conidienne d'un Pleospora, P. puirefaciens, espèce qui posséderait d'ailleurs d'autres formes de fructification. Ces formes, encore mal connues et qui se rapportent sans doute à plusieurs espèces distinctes, seraient parasites d'après Frank, mais ne causeraient pas de grands dommages.
Genre Cucurbitaria.
Les ascospores des Cucurbitaria sont pluricellulaires et colorées comme celles des Pleospora ; mais les périthèces sont groupés sur un stroma en nombre parfois considérable.
Quelques espèces peuvent devenir des parasites de blessure, comme le Cucurbitaria pithyophila (Kunze) de Not., qui attaque les jeunes Sapins déjà affaiblis par le manc{ue de lumière dans les forêts sombres.
Le Cucurbitaria Laburni (Pers.) Ces. et de Not. peut pénétrer les rameaux blessés du Cytisus Laburnum et y produire des taches décolorées, jaunâtres ; les fructifications, pycnides à stylospores de plusieurs sortes et périthèces, se montrent sur les parties tuées. Le parasitisme de cette espèce a été signalé par von Tubeuf ; en France, notamment dans les parcs des environs de Paris, des cas analogues ne sont pas rares.