IV. — HYPOCRÉACÉES
L'importance de cette famille est bien plus grande que celle des Dothidéacées, et des maladies graves des végétaux cultivées sont dues au parasitisme d'Hypocréacées.
Les Hypocréacées se reconnaissent facilement à leurs périthèces charnus, généralement de coloration vive ; les divers genres se distinguent tant à la structure des Delacroix et M.vuBLANc. II- — 10
ascospores qu'à l'existence ou à l'absence d'un stroma supportant les périthèces. "^^
Genre Néctria.
Dans ce genre, le plus nombreux -de la famille, les périthèces, presque toujours de coloration rouge, naissent librement à la surface du support ou sont groupés sur un stroma ; les asques sont cylindriques et renferment huit spores hyalines, bicellulaires»-'
La plupart des Nectria sont de' simples saprophytes, fréquents sur les branches mortes ; quelques espèces sont parasites, notamment le Nectria ditissima, qui cause le « chancre des arbres fruitiers ».
Nectria ditissima Tulasne (pi. LXIX, fig. 1-8). — Ce Champignon cause de très graves dommages en attaquant les rameaux des arbres fruitiers. Poirier et surtout Pommier, ainsi que de quel^i^ arbres forestiers comme le Hêtre. Il provoque l'apifan^ition de chancres, c'est-àdire de plaies vives de l'écorce qui s'agrandissent sans tendance à la cicatrisatio^ Les chancres peuvent être dus à plusieurs causes, -jaotamment aux piqûres du puceron lanigère à l'action -du froid (Sorauer); mais, dans la grande majorité des cas, c'est au Nectria ditissima qu'il faut en attribuer l'qHg^e.
Un chancre produit parMeTVecfrm débute sur le rameau par une petite tache déprimée, où l'écorce brunit et meurt ; l'altération s'étend surtout suivant l'axe du rameau, et autour du point central, place de l'infection, apparaissent bientôt des fentes profondes, disposées s uivant des lignes concentriques. Sur le pourtour, les parties lencore saines réagissent par la production d'un bourre et, tandis que, au centre, l'écorce, crevassée et morte, s'élimine par morceaux, mettant le bois à nu ; sur les bords, l'altération s'étend aux dépens du bourrelet que le mycélium corrode au fur et à mesure de sa formation.
L'apparence du mal varie d'ailleurs notablement sui-
IIYPOCRÉACÉES. 327
vant l'âge de l'organe atteint. La dessiccation de l'écorce fait rapidement le tour des jeunes rameaux, avant que les tissus aient eu le temps de réagir, et toute la partie située au-dessus du point d'attaque se dessèche et se couvre des fructifications de saprophytes variés. Si, au contraire, le Nectria a infecté une branche plus grosse, le bourrelet se développe, mais ne tarde pas à être envahi ; un nouveau bourrelet prend naissance extérieurement au premier ; il est détruit à son tour, et ainsi de suite, en sorte que le chaicre s'étend aux dépens des bourrelets successifs. Si la branche est d'assez petites dimensions, il arrive à en faire le tour, et toute la partie supérieure se dessèche. Ce fait est rare sur les grosses branches ; leur développement est cependant gêné par le Champignon, qui entrave la circulation de la sève.
Le mycélium du Nectria ditissima, formé de filaments hyahns et rameux, circule entre les cellules, que parfois il pénètre ; on le rencontre non seulement dans l'écorce, mais aussi dans le bois, où il s'introduit par les rayons médullaires, mais jamais bien profondément. Dans récorce, il forme des amas qui, en se développant, déchirent les tissus et apparaissent à l'extérieur comme de petits coussinets hémisphériques d'un rose pâle. Leur surface se couvre de conidies allongées, cyhndriques, nn peu courbes, obtuses aux extrémités et pourvues de plusieurs cloisons transversales ; fréquemment elles sont accompagnées de petites spores ovales, qui restent unicellulaires. Les conidies germent en émettant des filaments qui peuvent produire des conidies secondaires (Hartig).
Les périthèces se forment isolément ou groupés à la surface des tissus crevassés et tués de l'écorce, ou bien apparaissent sur les stromas conidifères. Ils sont arrondis, d'un rouge -corail vif. Les asques renferment huit ascosporesoblongues, divisées en deux cellules par une cloison
transversale. Les paraphyses sont formées de plusieurs articles et terminées par un ou deux filaments allongés et grêles. Les ascospores germent par filament et, de même que les conidies, sont capables de reproduire un chancre.
Le Nectria ditissima s'introduit presque toujours dans les rameaux par une blessure ; ce n"est que dans les milieux très humides que le filament germinatif peut pénétrer directement par les lenticelles (Gœthe). En général, l'infection se fait par les plaies de taille, d'insectes, par les déchirures dues aux gelées, etc.
Il y a quelques années (1903), Brzezinski, reprenant l'étude du chancre des arbres fruitiers, l'a attribué à une bactérie avec laquelle il aurait reproduit artificiellement la maladie ; le Nectria ditissima ne serait alors qu'un simple saprophyte. Ces faits sont en contradiction avec les résultats des essais d'infection tentés avec succès par divers auteurs (Gœthe, Lapine, etc.), et repris récemment par Aderhold à la suite des expériences de Brzezinski. Il en résulte que le Nectria ditissima est certainement la cause première du chancre, ce qui ne veut pas dire que les bactéries n'aient aucun rôle dans la destruction des parties envahies par le mycélium du Champignon et dans le brunissement du bois atteint.
L'importance des dégâts causés par le chancre peut être considérable ; la maladie sévit surtout dans les endroits humides, les vallées et sur les sols frais, où la culture de certaines variétés de Pommier particulièrement sensibles (certaines Reinettes notamment) peut devenir impossible. Les variétés à cidre sont en général moins atteintes, mais aucune n'est indemne.
Traitement. — 1° Supprimer les petits rameaux au-dessous du chancre en coupant dans la partie saine et brûler la portion enlevée ;
2» Lorsque le chancre n'intéresse qu'une partie du pourtour de la branche, enlever toute la portion malade jusqu'au tissu tout à fait sain, brûler les parties enlevées,.
l'LANCIIE LAI A.
Hypocréacées
Xectria diiissima. — 1. Rameau de Pommier portant un chancre. —
2. Coupe d'un stronia fructifère Str. : Co., conidies; Pé., périthèces. —
3. Conidies Co., au sommet des stérigmates. — 4. Germination de deux conidies qui s'anastamosent en An. et produisent des conidies secondaires C. os. (d'après Harti=r). — 5. Coupe du bois attaqué : F., vaisseau; Pp., portion de la paroi ponctuée; R. m., rayon médullaire ; K., gomme de blessure; My., mycélium (d'itprès Gœlhe). — 6. Un périthèce en coupe. — 7. .\sque et paraphyse. — 8. Germination d'une ascospore.
Xectvia cinnahurina. — 9. Portion décorce de til'eul avec stromas conidifères .S7. c, et stromas portant des périthèces St. p. — 10. Coupe d'un stroma portant à la fois des conidies Co. et des périihèces jeunes Pé. — 10 bis. Coupe d'un stroma conidifère : Si?'., stroma; F. co., conidiophoi es ; Co., conidies. — 11. Un conidiophore isolé. — 12. Conidies en germination. — 13. .\sque et paraphyse. — 14. Germination d'une ascospore.
badigeonner la plaie avec la solution de Skawinski, puis l'obturer avec un onguent ou du coaltar ;
3° Les pulvérisations effectuées pendant l'hiver avec une bouillie bordelaise concentrée ont donné de bons résultats comme traitement préventif du chancre.
Nectrîa cucurbitula Fries. — Cette espèce, voisine de la précédente, attaque l'Épicéa (Hartig) ; c'est un parasite de blessure qui s'introduit dans les jeunes pousses, tue l'écorce et amène la dessiccation de l'extrémité des tiges. Les fructifications n'apparaissent que sur les écorces tuées maintenues à l'humidité ; elles sont constituées par VLïï stroma qui porte d'abord des conidies cylindriques et cloisonnées, puis des périthèces rouges, ovoïdes. Les ascospores, mûres au printemps, assurent la conservation du parasite.
Le traitement consiste à couper et brûler les rameaux tués.
Nectria cinuabarina Tode (pi. LXIX, fig. 9-14). — Ce Champignon est très répandu à l'état de saprophyte, surtout sous sa forme conidienne [Tubercularia vulgaris Tode). Plus rarement, il vit en parasite sur divers arbres, Marronnier, Tilleul, Orme, Robinier, Érable, Allante, Mûrier, etc. ; il tue les rameaux, qui se recouvrent de petites pustules rouges, d'où le nom dejnaladie du rouge souvent donnée à cette affection.
Le Nectria cinnabarina est un parasite de blessure, dont le' mycélium envahit d'abord le bois ; les filaments pénètrent les vaisseaux et les fibres,détruisent l'amidon, puis toutes les parties non lignifiées. La réaction des cellules vivantes du bois est faible et ne se manifeste que par une formation plus ou moins abondante de thylles et de gomme, mais jamais suffisante pour arrêter la progression du mycélium. Quand le bois est ainsi tué sur une certaine étendue, le Champignon se répand dans l'écorce, qu'il détruit de l'intérieur vers l'extérieur, en ne laissant intacts que le liège et les fibres.
IIYPOCRÉACÉES. 331
Les fructifications apparaissent sur les parties mortes . elles naissent à l'intérieur de l'écorce désorganisée et se montrent extérieurement en rompant le périderme. Ce sont de petits coussinets rouges, hémisphériques, mesurant 1 à 2 millimètres de diamètre, isolés ou parfois réunis. Le stroma qui les constitue est formé d'un pseudo-parenchyme à cellules polygonales, dont les plus externes se prolongent en longs stérigmates filiformes,serrés les uns contre les autres. Les conidies, qui naissent au sommet et sur les côtés des stérigmates, sont très petites, cylindriques ou oblongues et germent par filament.
Les périthèces, plus rares que les conidies, naissent groupés sur les stromas ; ils sont arrondis, d'un rouge vif, leur surface est granuleuse. Les asques, entremêlés de •paraphyses qui diffluent rapidement, ont la forme d'une massue allongée ; les ascospores, divisées par une cloison transversale, sont mises en liberté par gélification de la paroi des asques et sortent des périthèces noyées dans une matière gélatineuse.' Elles germent en produisant des filaments qui souvent portent de petites conidies secondaires. L'infection artificielle a été faite par^Mayr en partant des ascospores.
Le Nectria cmnaôari7m~n'attaque en général que les arbres dépérissants ; dans les villes, il est fréquent sur les arbres languissants des promenades. Le mycéUum est vivace dans les rameaux et les branches, où il progresse tous les ans ; il gagne ainsi le tronc et peut amener la mort de l'arbre entier.
Traitement. — L'ablation des rameaux malades ne suffit pas à enrayer le développement du Champignon, car le mycéUum s'étend souvent loin de la partie morte, sans qu'aucun symptôme n'en décèle la présence.
Le seul traitement à conseiller, purement préventif, consiste à recouvrir de goudron ou d'un onguent quelconque toutes les plaies, pour éviter la germination des spores et la pénétration du mycélium.
Genre Melanospora.
Dans ce genre, les périthèces sont simples, isolés, arrondis, parfois prolongés en un col allongé ; leur coloration, jamais aussi vive que celle de Nectria, est souvent assez foncée ; mais la consistance molle et charnue de la paroi des périthèces éloigne les Melanospora des Sphœriacées. Les asques, généralement en forme de massue large, se gélifient rapidement ; ils sont dépourvus de paraphyses. Les ascospores sont unicellulaires, brunes.
Melanospora damuosa (Sacc. et Berl.) Lindau {Sphœroderma damnosa Sacc. et Berl.) (pi. LXX, fig. 1-2). — Cette espèce attaque le Blé et a été signalée en Sardaigne et en Tunisie ; elle peut causer de graves dégâts. Les pieds atteints restent petits et ne donnent que des épis mal développés, souvent stériles. Le mycélium forme un lacis à la base du chaume, entre les gaines et la tige ; il développe d'abord des conidies [Fusarium) fusiformes, courbées, cloisonnées, puis des périthèces arrondis, jaunes, dont l'ostiole est entourée d'une couronne de poils raides ; les ascospores, contenues dans des asques élargis, sont colorées en olive foncé et ont la forme d'un citron.
Melanospora stysanophora Mattir. (pi. LXX, fig. 3-6). — Ce Champignon est très fréquent sous sa forme conidienne [Stysanus Stemoiiites (Pers.) Corda] sur les plantes mortes ; il est constitué par des filaments bruns, agrégés en petits arbuscules, dont la partie supérieure seule est fertile ; les conidies naissent en chaînes au sommet ramifié des filaments. Mattirolo puis Guéguen ont obtenu en culture des périthèces d'un brun foncé, arrondis, munis d'un col droit peu allongé ; les asques sont ovoïdes et diiïluent très rapidement : les ascospores sont fusiformes et brunes.
Cette eipèce n'est presque toujours qu'un saprop' yte ; cependant, sous le nom de Dematophora glomerala.
HYPOCRÉACÉES. 333
\iala a décrit un Champignon qui produit un pourridié de la Vigne et qui n'est certainement que le Melanospora stysanopJwra ; cet auteur a observé les conidies et les périthèces, qu'ila pris pour des pycnides, n'ayant pu voir les asques. Ce pourridié est spécial aux sahles du midi de la France, où d'ailleurs il est peu répandu. Prunet a constaté la contamination de boutures ou de greffesboutures mises en stratification dans un sable qui avait été en contact avec des fragments de Vigne malades.
Genre Neocosmospora.
Ce genre ne comprend qu'une seule espèce, le Xeocosluospora vasînfectaE.-F. Smith, parasite du Cotonnier et de quelques autres plantes en Amérique et dans les régions chaudes. Ce Champignon possède deux formes de fructification, des conidies {Fusarium vasinjectum Atk.) et des périthèces rouges, superficiels; les asques sont cylindriques, les ascospores arrondies, verruqueuses et brunes.
En Europe, bien que les périthèces n'aient pas été observés, diverses maladies produites par des Fusarium paraissent devoir être rattachées au Neocosmospora. C'est ainsi que van Hall a décrit une maladie des Pois qu'il attribue au Fusarium vasinjectum var. Pisi ; vers la fin de mai, avant la floraison, les plantes se dessèchent à partir du sommet ; le parasite est localisé à la base de la tige. D'autres Légumineuses, Lupin, Fève, présentent parfois des lésions analogues, dues également à des Fusarium.
C'est très vraisemblablement à la même espèce qu'il faut rattacher le Fusarium Dianthi Prill. et Delacr. (pi. LXX, fig. 7-12), Champignon qui attaque les Œillets dans le Midi de la France {Maladie des Œillets d'Antibes). Les pieds atteints sont caractérisés par l'arrêt de leur développement et un léger flétrissement de leur feuillage ; puis certains rameaux se dessèchent, et enfin toute la
334 MALADIES GRYPTOGAMIQUES.
plante jaunit et meurt. Les racines restent saines, et l'altération est localisée à la base de la tige, dont les tissus, notamment le bois, sont envahis par un mycélium hyalin, ramifié. Les fructifications conidiennes, les seules observées jusqu'ici, sont de plusieurs sortes ; une première forme est constituée par de petites conidies cylindroïdes, qui naissent solitaires à l'extrémité de courtes ramifications (forme Cylindrophora). Une autre forme [Fusarium) est constituée par des filaments dressés, qui portent un ou deux verticilles de stérigmates aigus ; les conidies sont fusiformes, courbées, aiguës aux extrémités et munies de deux à cmq cloisons transversales. Elles germent facilement, et les filaments germinatifs portent de petites conidies de la forme Cylindrophora, puis des chlamydospores globuleuses, à membrane épaisse.
L'infection se fait par des blessures ; dans les cultures, les modes de propagation du parasite résultent généralement du bouturage de pieds malades ou de la plantation de boutures saines dans un sol ayant porté des Œillets atteints. Le traitement consiste à détruire les plants attaqués, à prélever les boutures sur des pieds parfaitement sains et à ne les planter que dans un sol indemne ou au moins désinfecté (le meilleur désinfectant semble être le formol).
Le Fusarium tahacivorum Delacr., observé sur le Tabac dans le Sud-Ouest de la France, est aussi très voisin du Fusarium vasinjectum tant par ses caractères microscopiques que par son mode de développement dans les tissus du collet de la plante. Le Neocosmospora vasinfecta a d'ailleurs été signalé sur le Tabac en Amérique.
Genre Hypomyces.
Les Hypomyces, généralement parasites des Champignons supérieurs (Hyménomycètes et Discomycètes), sont caractérisés par leurs périthèces isolés, jaunâtres.
Planche LXXi Hypocréacées.
Melanospora dumnosa. — 1 . La forme conidienne. — 2. Asque (d'après Beilese).
Melanospora stysanophora. — 3. La forme conidienne agrégée [Stysanus). — 4. Slérigmate portant des chaînes de conidies. — 5. Conidies. — 6. Asque (d'après Guégiien).
fusarium Dianthi. — 7 et 8. La forme conidienne ; St., stérigmates ; Co., conidies (jeunes). — 0. Conidies mûres. — 10. Deux conidies en germination. — 11. Fi!ainents germinatifs portant des conidies secondaires Cy. (forme Cylindrophora). — 12. Formation des thlamydospores Ckl.
ffypomyces perniciosus. — 13. Un Champignon de couihe déformé par !a ?)irjfe. — 14. La forme conidienne : Co., conidies (Verdcillium) : Chl., clilaniydospores.
à paroi mince, leurs asques cylindriques, sans paraphyses et leurs ascospores fusiformes, hyalines et bicellulaires. Ces Champignons possèdent des formes conidiennes des types Verticillium et Mycogone. On rattache à ce genre, quoique les périthèces n'aient pas encore été observés, un parasite qui attaque assez fréquemment les Champignons de couche dans les carrières et produit la maladie connue sous le nom de « môle )).
Hypoiiiyces (?) pernîcîosus Magnus (pi. LXX, fig. 13-14). • — Les Champignons de couche {Psalliota campestris) atteints de la môle présentent des déformations caractéristiques, assez variables suivant l'époque d'attaque du parasite : si l'envahissement est tardif, a lieu quand les feuillets de l'Agaric sont difîérenciés, ceux-ci sont ondulés et se couvrent d'une moisissure blanche, tandis que le pied reste court et épais ; au contraire, quand l'attaque est précoce, les déformations sont telles que souvent on ne peut distinguer le pied du chapeau et que tout le Champignon est transformé en une masse bosselée, irrégulière, plus ou moins volumineuse, molle, pourrissant facilement. Les môles sont considérées comme vénéneuses, mais la preuve n'en est pas faite.
Le parasite fructifie à la surface des môles sous forme d'un velouté d'abord blanc, puis roussâtre ; les filaments conidifères sont dressés et portent à leur sommet plusieurs verticilles de conidiophores terminés par de petites conidies hyalines (forme Verticillium). Une autre forme {Mycogone perniciosa Magnus) est constituée par des rameaux courts, terminés par de grosses spores bicellulaires ; la cellule terminale présente à maturité une membrane épaisse et échinulée et se colore en brun ; ce sont de véritables chlamydospores, dont le rôle est d'assurer la conservation du parasite.
Traitement. — La culture du Champignon devient impossible dans les carrières infectées ; outre la destruc-
IlYPOCRÉACÉES. 337
tion des môles dès leur apparition, il faut nettoyer complètement la carrière, remonter tous les fumiers et pulvériser copieusement une solution de lysol à 2 ou 2,5 p. 100.
Genre Claviceps.
i Dans ce genre, les périthèces sont enfoncés dans un stroma et serrés les uns contre les autres sur toute la périphérie de petites têtes arrondies de coloration pâle ; ces têtes sont portées par une tige plus ou moins longue, qui naît d'un sclérote volumineux {ergot). Les ascospores sont filiformes et disposées parallèlement dans les asques.
Claviceps purpurea (Fries) Tulasne (pi. LXXI, fig. 1-12). — L'ergot se rencontre sm' un grand nombre de Graminées sauvages (Ivraie, Dactyle, Vulpin, Flouvo, Glyceria, etc.) et sur les Céréales ; il se développe assez rarement dans les épis du Blé et TOrge, et c'est sur le Seigle qu'on le trouve abondamment.
Les premiers symptômes de l'attaque consistent dans l'apparition d'un liquide visqueux, sucré, qui suinte des épis ; c'est le miélat du Seigle. A ce moment, si l'on écarte les enveloppes florales, on voit le jeune pistil recouvert d'un feutrage mycélien blanc qui en pénètre les parois et produit extérieurement des conidies {Sphacelia segetum Lév.). La surface de cet stroma lâche est inégale, sillonnée et couverte de stérigmates serrés les uns contre les autres en une sorte d'hyménium ; les conidies, ovoïdes et hyalines, naissent au sommet des stérigmates, s'en détachent facilement et se répandent dans le liquide visqueux, qui est sécrété par les filaments du Champignon. Ces conidies germent trèsrapidement dans l'eau et forment parfois des spores secondaires ; leur rôle est de répandre la maladie sur les épis, où elles sont souvent apportées par des insectes attirés par la saveur sucrée du miélat.
L'action du parasite se manifeste par l'avortement du pistil à un stade de développement plus ou moins avancé
338 MALADIES GHYPTOGAMIQUES.
suivant l'époque de l'infection. Pendant que l'évolution du Sphacelia s'achève, les filaments mycéliens les plus profonds se multiplient abondamment, se cloisonnent, épaississent fortement leurs membranes, tandis que des gouttelettes huileuses apparaissent dans leur contenu ; c'est l'ébauche d'un sclérote compact (ergot), qui s'accroît par son sommet en restant comme coiffé par le Sphacelia. Celui-ci se dessèche peu à peu et finit par se détacher. En grossissant, l'ergot écarte les glumes et les glumelles, qu'il dépasse longuement ; c'est un organe allongé, à section un peu triangulaire, plus ou moins arqué et sillonné du côté concave. Sa surface est inégale et souvent fendillée ; sa coloration, d'un violet foncé, est due à une sorte d'écorce formée de filaments parallèles dont la paroi est restée mince. A l'intérieur, l'ergot est blanc et de consistance cornée. La forme et les dimensions varient d'ailleurs suivant la plante attaquée ; formé sur une Graminée à petites fleurs, l'ergot est plus petit que celui que porte une plante à grandes fleurs, comme les Céréales.
Tulasne le premier a reconnu que l'ergot est capable d'un développement ultérieur et peut produire des périthèces au printemps suivant sa formation ; il est facile d'obtenir cette germination en enterrant légèrement les sclérotes et en les laissant à l'air. A la fin de l'hiver et au printemps, on voit la partie corticale se fendre sous la poussée de petits mamelons blanchâtres ; bientôt apparaissent des tiges cyhndriques rougeâtres, qui peuvent atteindre 2 à 3 centimètres de longueur, puis se renflent à leur sommet en une tête arrondie couverte de points saillants réguhèrement disposés ; ce sont les ostioles des périthèces. Les asques sont allongés, étroits, entourés de paraphyses hnéaires ; ils contiennent huit ascospores fiUformes, réunies en un fraisceau, capables de germer dans les fleurs de Seigle et de reproduire la forme Sphacelia (Ktihn).
Le Claviceps purpurea ne possède pas de formes bien
Planche LXXl.
Hypocréacées
Claviceps purpurca. — I. Un ergot E. dans une fleur de Sei^'Ie. — 2. Sommet de l'ergot jeune (grossi). — 3. Jeune pistil atlaqué par la forme conidienne S. — 4. Coupe de l'ovaire 0. entouré de la forme conidienne. — o. Portion de la figure 4 très grosjic ; Ov., cavité de l'ovaire; Ce., rangée de ses cellules externes conservées; Str., slroma ; Sfg., stérigmates ; Co., conidies. — 6. Germination des coniJies. — 7. Un ergot E., portant la forme ascospore P. — 8. Coupe de la forme ascospore. — 9. Un périthèce i^ulé : Po., son pore. — 10. Asque. — 11. Ascospore. — 12. Germination d'une ascospore (d'après Tulasne, sauf fig. 6 et 12; d'après Kûhn).
Epichloe typkina. — 13. La forme ascospore sur Hounue laineuse. — 1 i. Un asqiie, — 15. Coupe de la forme ascospore; Fc, deux gaines entourées par le stroma Sir. du Champignon ; LL, faisceaux des gaines; Pé., périlhèces.
340 iMALADIES CRYPTOGAMIQUES.
spécialisées à telle ou telle Graminée ; ainsi le Seigle peut être infecté par des Graminées ergotées croissant à son son voisinage.
Les dégâts causés aux cultures ne sont pas bien importants par eux-mêmes ; mais il en est autrement des conséquences que peut avoir pour Thomme et les animaux domestiques l'ingestion d'aliments contenant des débris d'ergot. Ce Champignon est vénéneux et agit per un alcaloïde, Vergotine, qui, par son action constrictive sur les muscles lisses des artérioles, est employée en thérapeutique. La présence d'ergot dans le pain de seigle produit une intoxication lente qui se traduit par la gangrène sèche et la chute des extrémités. Ces accidents sont heureusement devenus très rares en France ; mais autrefois ils étaient très fréquents dans les régions où le pain de Seigle constituait le fond de la nourriture dans les campagnes.
Traitement. — 1° Séparer des grains et récolter soigneusement les ergots, qui seront brûlés ou vendus aux droguistes ;
20 Cultiver de préférence les variétés de Seigle tallant peu, dans lesquelles la floraison se fait en même temps pour tous les épis, ce qui ne permet pas à la forme conidienne de se répandre successivement dans un très grand nombre de fleurs et diminue par conséquent la proportion de celles détruites par l'ergot.
Genre Epichloe.
Les Epichloe ont, comme les Claviceps, des périthèces enfoncés dans un stroma et des ascospores filiformes ; mais ils ne possèdent pas de sclérote,et leur stroma forme une gaine autour du chaume des Graminées.
Epichloe typhina (Pers.) Tul. (pi. LXXI, fig. 13 15). — Cette espèce attaque un grand nombre de Graminées de prairies (Flouve, Dactyle, Houque, Fléole, etc.), dont elle
HYPOGRÉACÉES. 341
entoure les gaines d'un revêtement stromatique blanc, puis jaune brillant. L'inflorescence ne peut se dégager de la gaine supérieure, qui reste soudée par le mycélium ; l'aspect caractéristique des plantes atteintes a fait donner à cette maladie le nom de Quenouille des Graminées.
Le mycélium envahit les gaines et les feuilles et pénètre jusqu'à l'intérieur du chaume ; il remplit toutes les lacunes d'un stroma et extérieurement forme une couche de pseudo -parenchyme fructifère. Les fructifications conidiennes se montrent sous forme d'une poussière blanche {Sphacelia typhina Sacc.) ; les conidies sont très petites et naissent à l'extrémité de longs stérigmates serrés. Plus tard l'aspect change, la coloration devient d'un jaune d'or, et la surface du stroma prend une apparence granuleuse, due aux ostioles saillantes de très nombreux périthèces enfoncés dans le tissu. Les asques contiennent huit ascospores filiformes.
Le grand développement de VEpichloe peut causer des dommages dans les prairies, en empêchant la floraison des Graminées. Le foin contaminé a été accusé de provoquer des accès de toux chez le cheval.
Le seul traitement consiste à faucher prématurément la prairie avant la formation des périthèces.
Genre Polystlgma.
Ce genre renferme des Champignons parasites des feuilles ; ils produisent des taches rouges ou jaunâtres, où le tissu du limbe est remplacé par un stroma creusé de spermogonies, puis de périthèces. Les ascospores sont elliptiques et hyalines.
Le Polystlgma ruhruni (Pers.) D.C. forme en été sur les feuilles du Prunier des taches rouges saillantes à la face inférieure, où se voient les ostioles ponctiformes des fructifications. Pendant le cours de la végétation, ce sont
des spermogonies {Polystigmina rubra (Bon.) Sacc] à spermaties filiformes et courbées en crochet ; les périthèces se montrent sur les feuilles mortes et tombées. Les dégâts causés par ce Champignon sont peu importants.